Stéphane Audran

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Stéphane Audran

Nom de naissance Colette Suzanne Jeannine Dacheville
Naissance 8 novembre 1932 (82 ans)
Versailles, France
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession Actrice
Films notables Les Bonnes Femmes (1960)
Les Biches (1968)
La Femme infidèle (1969)
Le Boucher (1970)
Le Charme discret de la bourgeoisie (1972)
Les Noces rouges (1973)
Violette Nozière (1978)
Le Festin de Babette (1987)

Stéphane Audran, de son vrai nom Colette Suzanne Jeannine Dacheville, est une actrice française, née le 8 novembre 1932[1] à Versailles.

Actrice discrète et peu prolifique depuis la fin des années 1980, Stéphane Audran a été une figure emblématique du cinéma français des années 1970. Elle est immédiatement reconnaissable à sa voix traînante et elle est indissociable de ses rôles de femmes belles, complexes et froides.

Après avoir commencé sa carrière au théâtre dans les années 1950, Stéphane Audran obtient quelques rôles secondaires dans des films de la Nouvelle Vague. Sa rencontre avec Claude Chabrol en 1959 est décisive : elle devient à la fois sa femme et son actrice fétiche. Elle joue dans certains des plus grands films du réalisateur, comme Le Boucher et Les Noces rouges, et participe à l'un des chefs-d'œuvres de Luis Buñuel, Le Charme discret de la bourgeoisie. Après 1980, sa carrière s'essouffle, mais elle retrouve le succès avec le film danois Le Festin de Babette en 1987.

Stéphane Audran a reçu plusieurs récompenses au fil de sa carrière, dont un Ours d'argent de la meilleure actrice, un BAFTA de la meilleure actrice et un César de la meilleure actrice dans un second rôle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et débuts[modifier | modifier le code]

Stéphane Audran est née à Versailles en 1932. Son père, médecin, meurt alors qu'elle a six ans. Son enfance est difficile, car elle souffre de colique néphrétique et de colibacillose. Sa mère, qui a perdu sa première fille en bas âge, est obsédée par la santé de sa fille cadette. Stéphane Audran montre très tôt un goût pour le déguisement et la comédie, mais sa mère n'approuve pas son rêve de devenir actrice[2]. Après ses études secondaires, Stéphane Audran suit les cours d'art dramatique de Charles Dullin, Tania Balachova, Michel Vitold et René Simon[3].

Stéphane Audran rencontre Jean-Louis Trintignant pendant ses cours de théâtre[2] et ils se marient en 1953[3]. Elle commence sa carrière au théâtre dans La tragédie des Albigeois de Maurice Clavel et Jacques Panijel en 1955, pièce dans laquelle joue aussi son mari. Elle poursuit la même année sa carrière dans La Maison carrée, puis obtient un rôle dans La Nuit romaine en 1957. Contrairement à plusieurs de ses anciens camarades de cours de théâtre, comme Delphine Seyrig, Michael Lonsdale, Laurent Terzieff ou Trintignant, elle n'obtient pas un grand succès et enchaîne avec des petits rôles au cinéma[2]. Elle tourne dans son premier film en 1957[3].

Rencontre avec Claude Chabrol[modifier | modifier le code]

Désireuse de tourner avec Claude Chabrol, qui a connu le succès avec Le Beau Serge en 1958, elle demande à Gérard Blain de le lui présenter[3],[2]. Chabrol lui donne un petit rôle dans Les Cousins en 1959 et ils entament une relation amoureuse peu après le tournage[2].

L'année suivante, Stéphane Audran obtient un rôle plus conséquent dans Les Bonnes Femmes, également réalisé par Chabrol mais mal accueilli par le public. Chabrol et Audran se marient en 1964 et les années 1960 marquent le début d'une longue collaboration, bien que le jeu de Stéphane Audran ne soit pas acclamé par la critique dans un premier temps[2]. Le producteur de Landru, sorti en 1963, entre d'ailleurs en conflit avec Chabrol à cause de la prestation d'Audran dans le rôle de la dernière maîtresse du personnage principal[2]. L'échec commercial de ses films de l'époque placent Chabrol dans une position financière difficile, agravée par son divorce d'avec Agnès Goute, sa première femme, qui finançait une bonne part de ses films[4].

Il faut attendre Les Biches en 1968 pour que le talent d'actrice de Stéphane Audran soit largement reconnu et pour que Chabrol renoue avec le succès de ses premiers films. Dans Les Biches, qui réunit d'ailleurs Audran et son ancien mari Jean-Louis Trintignant, l'actrice brille par son interprétation d'une bourgeoise belle mais froide, égoïste et possessive. Le jeu d'Audran est alors très éloigné de celui qu'elle présente dans Les Bonnes Femmes, elle a délaissé la spontanéité caractéristique des actrices de la Nouvelle Vague pour la froideur et le détachement. Le succès du film auprès de la critique encourage Chabrol a réaliser d'autres films avec des rôles similaires, parfaitement adaptés au jeu de sa femme[2]. Plus tard, il a dit d'elle qu'« elle a eu de la veine, à l'époque pompidolienne, de correspondre assez bien à ce que je voulais montrer de la classe dominante. [...] Elle en représente une idéalisation »[5].

Stéphane Audran a déclaré à plusieurs reprises qu'elle devait sa carrière à sa rencontre avec Chabrol. De leur côté, les critiques ont souvent pensé que le réalisateur avait été énormément inspiré par l'actrice, ce qu'il a minimisé dans son autobiographie Par lui-même et par les siens. Il indique qu'elle est à l'origine du film Le Boucher, puisqu'elle a incité son mari à la faire tourner avec Jean Yanne, mais qu'il s'agit là de l'influence la plus directe qu'elle ait eu sur son œuvre[6].

Années 1970[modifier | modifier le code]

Les Biches est suivi par d'autres œuvres majeures du cinéma français, comme La Femme infidèle, en 1969, et Le Boucher, en 1970. Ces films de Claude Chabrol asseoient son image d'actrice froide, élégante et sophistiquée, qui est exploitée dans de nombreux films des années 1970, notamment Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel, chronique mondaine teintée d'humour noir et pince-sans-rire. Claude Chabrol salue ce film qui fait selon lui la synthèse de ses propres films dans lesquels joue Stéphane Audran[6]. Le Charme discret de la bourgeoisie lui permet de remporter le BAFTA de la meilleure actrice en 1973. Elle est la seule actrice française avec Marion Cotillard et Emmanuelle Riva a avoir remporté cette récompense depuis que le BAFTA de la meilleure actrice et celui de la meilleure actrice étrangère ont été réunis en un seul[2].

Au cours des années 1970, Stéphane Audran est très solicitée, même si elle privilégie Chabrol. Elle tourne notamment sous la direction de Claude Sautet dans Vincent, François, Paul... et les autres, et de Michel Audiard dans Comment réussir... quand on est con et pleurnichard, film qui marque ses débuts dans la comédie. Elle tourne aussi avec des réalisateurs américains, comme Orson Welles, dans The Other Side of the Wind (inachevé), Anatole Litvak pour l'adaptation du roman de Sébastien Japrisot La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, Peter Collinson dans Dix petits nègres, et Samuel Fuller dans Au-delà de la gloire qui lui permet d'élargir son répertoire avec un film de guerre[5]. Néanmoins, Stéphane Audran n'est jamais parvenue à devenir populaire aux États-Unis, le public américain trouvant son jeu trop froid[2].

En 1978, Violette Nozière de Chabrol marque une étape importante dans la carrière de l'actrice et du réalisateur[2]. C'est la fin du cycle Audran, le premier rôle étant tenu par Isabelle Huppert, nouvelle égérie de Chabrol. Stéphane Audran joue symboliquement le rôle de la mère de Violette, dont la position sociale est très éloignée de celle des bourgeoises qu'elle est habituée à jouer. L'actrice était d'ailleurs réticente pour accepter le rôle, sentant qu'il ne lui allait pas. Finalement, sa prestation a été acclamée et lui a notamment permis d'obtenir le premier rôle dans Le Festin de Babette une dizaine d'années plus tard[2].

Depuis 1980[modifier | modifier le code]

En 1980, Stéphane Audran et Claude Chabrol divorcent. La carrière de l'actrice décline peu à peu, bien qu'elle continue à jouer avec le réalisateur jusqu'au début des années 1990[2]. Ainsi, elle retrouve Chabrol en 1982 dans Le Sang des autres, en 1985 dans Poulet au vinaigre puis dans Jours tranquilles à Clichy en 1990 et Betty en 1992. À partir des années 1980, elle obtient des seconds rôles dans plusieurs comédies françaises, comme Les Saisons du plaisir de Jean-Pierre Mocky, Arlette de Claude Zidi et La Fille de Monaco d'Anne Fontaine, jouant le plus souvent des bourgeoises décalées. Elle joue aussi dans des films plus graves, comme Coup de torchon de Bertrand Tavernier et Mortelle randonnée de Claude Miller.

En 1987, le Danois Gabriel Axel lui offre un de ses plus grands rôles dans Le Festin de Babette, film opposant l'austérité de la société danoise du XIXe siècle à la fantaisie parisienne. Axel avait initialement fait une liste de cinquante actrices pour le rôle de Babette, parmi lesquelles Stéphane Audran et Catherine Deneuve. Il choisit finalement Audran, lui trouvant une manière très parisienne de faire la moindre chose, comme entrer dans une pièce. Il avait initialement remarqué l'actrice dans Violette Nozière[2].

Au cours des années 1980, alors qu'elle est divorcée et que sa carrière s'essouffle, Stéphane Audran souffre de troubles psychosomatiques tels qu'une fatigue chronique, des évanouissements et des pertes de mémoire. Elle s'intéresse alors à divers modes de guérison, notamment la médecine chinoise. En 2009, elle publie Une autre façon de vivre, un livre dans lequel elle compile le résultat de ses recherches sur la médecine, la cuisine et la culture en général et ses alternatives[2].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Stéphane Audran a épousé en premières noces l'acteur Jean-Louis Trintignant en 1953[3]. Leur mariage n'a duré que quelques années puisqu'il est tombé amoureux de Brigitte Bardot en 1956 sur le tournage de Et Dieu... créa la femme[2]. Audran et Trintignant se sont toutefois retrouvés à trois reprises au cinéma, en 1968 dans Les Biches, en 1971 dans Sans mobile apparent, et en 1982 dans Boulevard des assassins[2].

Stéphane Audran a ensuite vécu en concubinage avec le réalisateur Claude Chabrol, à partir de 1959[2]. Chabrol était alors marié à Agnès Goute. Audran et Chabrol ont eu un fils, Thomas Chabrol, en 1963, puis se sont mariés l'année suivante, juste après que Chabrol a divorcé de sa première femme[2]. Audran et Chabrol ont divorcé en 1980, alors que le réalisateur avait entamé une relation avec sa scripte Aurore Pajot. Chabrol aimait raconter que c'était Stéphane Audran qui était à l'origine de sa relation avec Aurore Pajot : n'ayant pu se rendre à son anniversaire, elle aurait dit à Chabrol qu'il se consolerait avec sa scripte. Ensuite, l'amitié entre la scripte et le réalisateur se serait muée en histoire d'amour. Stéphane Audran a toujours réfuté l'anecdote[3].

Stéphane Audran était amie avec Bernadette Lafont, autre actrice fétiche de Chabrol. Elle a d'ailleurs permis à la fille de cette dernière, Pauline Lafont, d'obtenir un rôle dans Poulet au vinaigre. Elle est également amie avec Karl Lagerfeld qui a souvent dessiné ses costumes, notamment pour Le Charme discret de la bourgeoisie[2].

Signataire du manifeste des 343, elle déclare en 2009 qu'elle ne pourrait plus le refaire car « c'est terrible de se faire avorter ». En effet, elle s'est intéressée de très près aux médecines et philosophies orientales à partir des années 1980, et cela a changé sa perception de la vie. Elle ajoute qu'elle n'est pas devenue totalement hostile à l'avortement, et souhaiterait notamment un meilleur accompagnement des femmes souhaitant se faire avorter[3].

Récompenses et nominations[modifier | modifier le code]

Carrière[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Années 1950[modifier | modifier le code]

Années 1960[modifier | modifier le code]

Années 1970[modifier | modifier le code]

Années 1980[modifier | modifier le code]

Années 1990[modifier | modifier le code]

Depuis 2000[modifier | modifier le code]

Box-office[modifier | modifier le code]

Films avec Stéphane Audran ayant attiré plus d'un million de spectateurs en France. L'actrice a surtout connu le succès critique dans des films d'auteur, et ceux-ci ont rarement eu un grand succès populaire. Ainsi, dans la majorité des films ayant dépassé le million d'entrées, Stéphane Audran ne tient qu'un rôle mineur. Le box-office de l'actrice ne comprend pas non plus de gros succès de plus de trois millions de spectateurs.

No Film Réalisateur Année Entrées Drapeau de la France
1 Vincent, François, Paul... et les autres Claude Sautet 1974 2 808 609
2 Coup de torchon Bertrand Tavernier 1981 2 201 222
3 Mort d'un pourri Georges Lautner 1977 1 854 317
4 Les Cousins Claude Chabrol 1959 1 816 407
5 La Cage aux folles 3 : Elles se marient Georges Lautner 1985 1 693 055
6 Le Choc Robin Davis 1982 1 508 218
7 Le Charme discret de la bourgeoisie Luis Buñuel 1972 1 504 636
8 La Ligne de démarcation Claude Chabrol 1966 1 369 742
9 Landru Claude Chabrol 1963 1 331 849
10 Montparnasse 19 Jacques Becker 1958 1 297 340
11 Sans mobile apparent Philippe Labro 1971 1 290 572
12 Belle Maman Gabriel Aghion 1999 1 257 317
13 La Gitane Philippe de Broca 1986 1 248 434
14 Le Tigre aime la chair fraîche Claude Chabrol 1964 1 242 601
15 Le Boucher Claude Chabrol 1970 1 149 950

Télévision[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Livre[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait de naissance no 1149/1932 , [1].
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t (en) « Stéphane Audran, Biography », Internet Movie Database
  3. a, b, c, d, e, f et g Interview de Stéphane Audran, Émission On n'est pas couché du 25 avril 2009, France 2.
  4. (en) Richard Neupert, A History of the French New Wave Cinema, University of Wisconsin Press,‎ 2007 (ISBN 9780299217037)
  5. a et b Vincent Ostria, « Ex-madame Chabrol, Le charme discret de la bourgeoise », L'Humanité,‎ 14 octobre 2000
  6. a et b Claude Chabrol et Michel Pascal, Par lui-même et par les siens, Stock,‎ 2011 (ISBN 9782234069930)