David Lodge

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David Lodge

Activités Écrivain
Naissance
Brockley
Langue d'écriture Anglais
Distinctions Prix Hawthornden, 1975
Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres, 1997
Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique, 1998

David Lodge, selon l'état civil David John Lodge, né le à Brockley dans le sud de Londres, est un universitaire spécialiste de littérature et un écrivain britannique.

Biographie[modifier | modifier le code]

David Lodge est issu d'une famille modeste de religion catholique qui habitait le quartier de Brockley (district de Lewisham) dans la banlieue sud de Londres ; ses père et mère étaient respectivement musicien dans un orchestre de danse et secrétaire.

Enfant, il est marqué par la Seconde Guerre mondiale (bombardements de Londres), puis par ses conséquences. En 1951, il vient en vacances à Heidelberg à l'invitation de sa tante qui travaille au quartier général de l'armée américaine[1], il est surpris en constatant la différence de situation entre le Royaume-Uni, où le rationnement est encore en cours, et les pays du continent, Belgique, France et même Allemagne occupée[2].

Passionné par la lecture, il est très tôt aussi attiré par l'écriture ; sa première publication a lieu en 1950 : une nouvelle, dans le journal de son lycée[3].

Les années 1950 : études de Lettres et début de l'écriture de fiction[modifier | modifier le code]

En 1952[4], il entre à l'université de Londres (University College), ou il obtient un Bachelor of Arts (BA) en 1955. Il fait alors son service militaire de deux ans, passés dans le Royal Armoured Corps, principalement comme secrétaire au sein du Royal Tank Regiment, au camp de Bovington (Dorset), à la suite de son refus de suivre une formation d'officier de réserve[5]. Le parcours de David Lodge comme soldat est repris pour évoquer celui du narrateur de Ginger, You're Barmy (1962), Jonathan Browne. Libéré en août 1957, David Lodge revient à l'université de Londres où il obtient un Master of Arts (MA) en 1959, avec un mémoire sur les romanciers catholiques britanniques.

Durant cette période, il rédige un premier roman à l'âge de 18 ans (1953), « Le Diable, le Monde et la Chair » (« non publié, Dieu merci »[6]). Sa première publication pour le grand public date de 1960 (The Picturegoers, « Les spectateurs de cinéma », inédit en France).

Les débuts professionnels et le doctorat (1960-1967)[modifier | modifier le code]

Il se marie en 1959 avec Mary Frances Jacob, aussi diplômée (MA) de l'université de Londres[7], et ils auront deux enfants dans les années 1960-1963[8]. En 1959-1960, il travaille à Londres comme professeur d'anglais pour le British Council[5]. En 1960, il obtient un emploi de chargé de cours[9] à l'université de Birmingham où il prépare une thèse (Ph.D.) de littérature anglaise[10].

En 1963, il participe avec Malcolm Bradbury et un étudiant, James Duckett, à l'élaboration d'un spectacle de revue pour le Birmingham Repertory Theatre, joué durant l'automne 1963. C'est au cours d'une représentation, dans un sketch comportant l'écoute d'un transistor, qu'il apprend, en même temps que la salle, l'assassinat de Kennedy, ce qui, dit-il, jette un froid sur la suite du spectacle[11]. À travers cette expérience théâtrale, il se découvre un certain talent comique, qu'il exploitera dans son roman suivant, et d'une façon générale par la suite, alors que les deux premiers étaient tout à fait sérieux et réalistes[11].

Séjour aux États-Unis (1964-1965)[modifier | modifier le code]

En 1964-65, il séjourne aux États-Unis grâce une bourse d'études du Harkness Commonwealth Fellowship[11], qui astreint le bénéficiaire à voyager au minimum 3 mois sur 12 aux États-Unis avec une voiture fournie par la société. D'août 1964 à mars 1965, la famille séjourne à Providence (Rhode-Island) ; David Lodge suit les cours de Littérature américaine à l'université Brown. Puis ils partent en voyage jusqu'à San Francisco. Durant cette période, dépourvu d'obligations d'enseignement, il écrit assez rapidement son troisième roman, La Chute du British Museum[11].

Le retour en Angleterre est assez difficile : « Je souffrais d'un "syndrome de manque" après une année euphorique passée en Amérique avec ma femme et mes deux enfants comme boursier de la fondation Harkness. »[12]

Cependant, dès 1966, il publie son premier ouvrage de critique universitaire, Language of Fiction[13] et soutient sa thèse, consacrée au Roman catholique du Mouvement d'Oxford à nos jours[11], en 1967.

Construction d'une œuvre à la fois théorique et fictionnelle[modifier | modifier le code]

De 1967 à 1987, il poursuit sa carrière universitaire à l'université de Birmingham, devenant Professeur de Littérature anglaise en 1976, tout en écrivant de nombreux autres essais et romans. En 1969, il passe six mois comme « Professeur associé » à l'université de Berkeley, une seconde expérience américaine importante pour la suite de son œuvre théorique et fictionnelle[5].

En 1987, il abandonne l'université, avec le titre de Professeur honoraire, afin de se consacrer entièrement à l'écriture, mais aussi en raison d'un problème d'audition et des conséquences de la politique de Margaret Thatcher[5] ; dans le roman qu'il écrit à cette époque, Jeu de société (1988), un des personnages quitte l'université, parce que « le gouvernement ne joue plus le jeu », mais pour devenir trader.

Après sa retraite, il oriente ses travaux théoriques vers le grand public. En 1991, le journal The Independant lui propose de tenir une rubrique sur le roman dans son supplément dominical, prenant la suite d'une rubrique poétique Ars poetica tenue par James Fenton[14]. La rubrique reçoit le nom de Art of fiction et, une fois achevée, est publiée après un certain nombre de modifications[15] (The Art of Fiction, 1992).

Distinctions[modifier | modifier le code]

David Lodge a été nommé :

L'œuvre de David Lodge[modifier | modifier le code]

Vue d'ensemble[modifier | modifier le code]

Les premiers romans publiés évoquent l'Angleterre de l'après-guerre (The Picturegoers, 1960) - thème qui marque d'ailleurs d'autres romans ultérieurs à travers les souvenirs d'enfance de certains personnages (Nouvelles du paradis, 1992 ; Thérapie, 1995) -, la période de la guerre (Hors de l'abri, 1970), son passage au service militaire dans les années 1950 (Ginger, you're Barmy, 1962).

Un autre thème important est le rôle de la religion catholique dans la société britannique, en particulier dans ses relations avec la sexualité (Jeux de maux, 1980, dont le titre original est plus explicite : How Far Can You Go ? ("Jusqu'où peut-on aller ?"), Nouvelles du paradis, Thérapie.

Plusieurs de ses romans à partir des années 1970 dépeignent avec ironie les milieux universitaires (Changement de décor, Un tout petit monde, Jeu de société) autour d'une université fictive des Midlands, « Rummidge », avec des personnages récurrents, notamment le professeur américain Morris Zapp, qui aspire à être « le prof de Lettres le mieux payé du monde » et ses homologues britanniques plus modestes sur le plan économique. Il y revient avec Pensées secrètes, localisée dans une autre université fictive, mais dans un lieu réel, Gloucester.

À partir des années 1980, il élargit le cadre de ses romans : le monde de l'entreprise dans Jeu de société, le monde de la télévision dans Thérapie, et aborde des thèmes variés, par exemple, les îles Hawaï et le tourisme dans Nouvelles du paradis, la surdité et la maladie d'Alzheimer dans La Vie en sourdine.

Diffusion et réception[modifier | modifier le code]

En Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

Présent dans la littérature britannique depuis les années 1960, il devient un auteur consacré en obtenant le prix Hawthornden 1975 pour Changement de décor, puis le Whitbread Book of the Year Award en 1980 pour Jeux de maux et le Sunday Express Book of the Year en 1988 pour Jeux de société.

Deux de ses premiers romans sont réédités durant cette période (Ginger, you're Barmy, 1962/1982 et La Chute du British Museum, 1965/1981).

Sa notoriété dans le grand public est aussi attestée par sa présence dans le monde de la télévision dans les années 1980 et 1990. Deux de ses romans y ont été adaptés, ainsi qu'une pièce. Il a adapté Martin Chuzzlewit de Charles Dickens et participé à un documentaire à propos d'un colloque universitaire de linguistique à Glasgow : Big Words - Small Worlds (« Grands mots - Petits mondes »).

Ses romans sont publiés en format de poche dès les années 1960 par Pan et Panther Books, par Penguin Books à partir des années 1980, par Vintage Publishing[16] (groupe Random House) depuis 2011.

Références télévisuelles
  • Big Words - Small Worlds, documentaire[17] de Ian Potts, narration de David Lodge, Channel Four, 1987
  • Small World, téléfilm en six épisodes de Robert Chetwyn, scénario de Howard Schuman d'après David Lodge, Granada Television, 1988
  • Nice Work, téléfilm[18] en quatre épisodes de Christopher Menaul, scénario de David Lodge d'après lui-même, BBC, 1989, Royal Television Society's Award (meilleure série dramatique), Nymphe d'argent du festival de Monte Carlo (scénario) 1990
  • Martin Chuzzlewit, téléfilm[19] en six épisodes de Pedr James, scénario de David Lodge d'après Charles Dickens, BBC, 1994
  • The Writing Game, téléfilm de Stuart Burge d'après la pièce de David Lodge, Channel Four, 1995

En France[modifier | modifier le code]

Il n'apparaît en France qu'au début des années 1990, grâce aux éditions Rivages, qui publient deux des ses romans en 1990 : Jeu de société (1988[20]) et Changement de décor (1975) et deux autres en 1991 : Un tout petit monde (1984) et La Chute du British Museum (1965).

Depuis lors presque toutes ses œuvres de fiction ont été traduites ; ses œuvres nouvelles sont traduites assez rapidement, désormais publiées par Payot et Rivages, successeur de Rivages.

La publication en France d'ouvrages théoriques commence un peu plus tard, avec en 2003 À la réflexion (2002) ; les œuvres antérieures de ce domaine sont restées inédites en France, sauf L'Art de la fiction (The Art of Fiction, 1992).

Autres pays[modifier | modifier le code]

Ses livres sont régulièrement traduits dans plusieurs autres langues, notamment en français, allemand, espagnol, italien, japonais, portugais, russe, tchèque, turc.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Lieux[modifier | modifier le code]

Deux lieux dotés de noms fictifs sont récurrents dans l'œuvre de David Lodge : la ville de « Rummidge » et le quartier londonien de « Brickley ».

Rummidge

Cette ville apparaît dans Changement de décor, Un tout petit monde, Jeu de société, Nouvelles du paradis et Thérapie . Il s'agit d'une ville des Midlands (dans La Vie en sourdine, l'action se passe aussi dans une ville des Midlands, mais elle n'est pas nommée), anciennement très industrielle, en crise à la fin du XXe siècle. Dans Nouvelles du paradis[21], Rummidge est décrite comme : « une grande ville industrielle au centre du pays. Très grise, très sale, surtout très laide. Aussi différente d'Hawaii qu'aucun autre lieu de la terre... Il n'y a rien de romantique en ce qui concerne Rummidge. »

Rummidge est généralement identifiée comme un avatar de Birmingham.

Brickley

Ce quartier apparaît dans Nouvelles du paradis et dans La Vie en sourdine ; c'est un quartier de la banlieue sud de Londres, où se trouve la maison d'enfance du personnage principal et où vit encore son père. Dans Thérapie, le personnage principal est aussi originaire de la banlieue sud de Londres, mais le quartier n'est pas nommé.

Brickley est probablement le nom littéraire de Brockley, le quartier d'enfance de David Lodge.

Techniques narratives[modifier | modifier le code]

Dans L'Art de la fiction (1992), David Lodge étudie à partir d'exemples généralement pris dans la littérature de langue anglaise différents procédés stylistiques (répétition, variation des niveaux de langue, etc.) ou narratifs (variation des points de vue, défamiliarisation, etc.).

Lui-même utilise de façon évidente des procédés narratifs divers dans la plupart de ses romans : par exemple, dans Nouvelles du paradis (1991), la narration est le plus souvent à la troisième personne, du point de vue d'un personnage qui n'est pas toujours le personnage principal ; mais on y trouve aussi des narrations à la première personne (journal intime et récit autobiographique, lettre) ; des reproductions de courriers de vacances (cartes postales, emails...), de documents divers, d'écrits théoriques sur le tourisme. Dans Thérapie (1995), la plus grande partie est un journal tenu par le personnage principal, mais on y retrouve le récit autobiographique, ainsi que des textes présentés comme écrits par certaines personnes à propos du personnage principal, mais dont il apparaît finalement qu'il est l'auteur.

Il pratique aussi l'intertextualité[22], notamment dans La Chute du British Museum, relié à Ulysse de James Joyce, et dans Un tout petit monde, relié au cycle des Chevaliers de la Table ronde[23].

En ce qui concerne les thèmes abordés, les romans de David Lodge ne sont pas restreints à un microcosme du style « intellectuels germanopratins », mais sont ouverts sur le monde actuel et ses problèmes. Sur le plan social, il se place en général dans le cadre de la classe moyenne, et même de la classe moyenne supérieure, mais les problèmes du monde du travail ne sont pas absents : en particulier dans Jeu de société et à travers une nouvelle « Mon premier job » (dans L'homme qui ne voulait plus se lever).

Thèmes majeurs[modifier | modifier le code]

  • la vie universitaire
  • Londres de la guerre au début du XXIe siècle
  • le catholicisme et la société britannique depuis la guerre
  • les relations familiales
  • le vieillissement, la maladie et la mort

Thèmes mineurs[modifier | modifier le code]

  • la vie économique
  • le tourisme
  • le sport, particulièrement le football

Publications[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Biographies romanesques[modifier | modifier le code]

Ces ouvrages, dont le sujet est biographique, sont rédigés avec un style littéraire et non pas historiographique (absence d'appareil critique, variété des modes d'énonciation, effort d'imagination pour les éléments dépourvus de documentation).

Nouvelles[modifier | modifier le code]

  • The Man Who Wouldn't Get up and other stories, Bridgewater Press, Londres, 1998, 91 p. [ISBN 0-9534192-0-7][26]
    • L'Homme qui ne voulait plus se lever et autres nouvelles, Payot et Rivages, 1997, 121 p. [ISBN 2-7436-0194-9]. Introduction de l'auteur.

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • The Writing Game, Secker and Warburg, 1991
  • La Vérité toute nue, Payot et Rivages, 2006, 115 p. [ISBN 2-7436-1611-3] (The Death of Diana[28], novellisée par la suite sous le titre Home Truths, cf. supra, Romans)
  • Thinks..., 2011.
    • Pensées secrètes, pièce de théâtre à deux personnages, mise en scène au théâtre Montparnasse à Paris en février 2012 (après adaptation en français)

Essais[modifier | modifier le code]

Histoire de la littérature
  • About Catholic Authors, St Paul Publication, Londres, 1958, 64 p.
  • Graham Greene, Columbia university press, coll. « Columbia essays on modern writers » no 14, New York, 1966, 48 p, Notice BnF
  • Evelyn Waugh, Columbia university press, : « Columbia essays on modern writers » no 17, New York, 1971, 48 p.
Théorie de la littérature
  • Language of Fiction : Essays in Criticism and Verbal Analysis of the English Novel, Routledge and Kegan Paul, Londres, 1966. Cet ouvrage semble être sa thèse de doctorat ou une version grand public.
  • The novelist at the crossroads and other essays on fiction and criticism, Routledge and Kegan Paul, Londres, 1971, 297 p.
  • Working with structuralism : essays and reviews on nineteenth- and twentieth-century literature, Routledge & Kegan Paul, Boston, 1981.
  • After Bakhtin : Essays on criticism and Fiction, Routledge, Londres, 1990, 208 p. [ISBN 0-415-05038-3]
  • The Art of Fiction, Secker and Warburg, 1992 ; Vintage, 2011 [ISBN 978-0-09-955424-0]. Recueil de ses chroniques littéraires pour le journal The Independent (1991-1992)
  • The Practice of Writing, 1996
  • Consciousness and the Novel, 2002
  • The Year of Henry James, and Other Essays, Harvill Secker, 2006, 332 p. [ISBN 1-84655-003-3]

Presentation d'œuvres mineures[modifier | modifier le code]

Ginger, You're Barmy (1962)[modifier | modifier le code]

Le titre signifie : « Poil de Carotte, tu es maboul » et se réfère à une chanson (citée au début de l'ouvrage) dans laquelle ce vers rime avec : You will never join the army .

Dans le roman, cela renvoie au personnage de Michael Ginger Brady, qui se révolte, déserte, entre dans l'IRA et finit par passer cinq ans en prison, alors que le personnage principal, Jonathan Browne (double de David Lodge) s'adapte à un milieu qu'il déteste tout autant. Un troisième personnage important est une jeune femme, Pauline, d'abord amie de Michael, mais qui se rapproche ensuite de Jonathan.

Le roman est construit de façon rétrospective : le prologue et l'épilogue sont datés de 1962 ; Jonathan y évoque l'écriture quelques années auparavant du récit de son service national. Ce récit est lui-même construit au présent (1957) autour des derniers jours avant sa libération, et au passé (1955) par des évocations en flash-back de son arrivée et de la période des classes.

En 1955, Jonathan vient d'obtenir sa licence de Lettres avec un First (mention Très bien) ; il a demandé à être affecté dans l' Education Corps, mais se retrouve au camp de Catterick qui relève de l'arme blindée. Là, il retrouve Michael Brady, catholique, d'origine irlandaise, qui a échoué à la licence et qui a en général un comportement non-conformiste. Ils sympathisent avec Percy Higgins, ex-séminariste, totalement inadapté à la vie militaire. Durant la période des classes, Jonathan et Michael sont d'abord placés dans la catégorie Potential officer, mais ils renoncent tous deux ensemble à devenir officiers de réserve. Durant une permission, Michael présente Pauline à Jonathan, ainsi que des amis irlandais visiblement républicains. Au cours d'un exercice, Percy Higgins se tue, accidentellement, mais cela déclenche un conflit entre Michael et le sous-officier instructeur. Michael finit par l'agresser gravement au cours d'une garde de nuit ; puis il s'évade de la prison avant son jugement.

À la fin des classes, Jonathan suit une formation de secrétaire et est affecté au camp de Badmore dans l'ouest de l'Angleterre. Il réussit à se créer une situation assez confortable et devient lance-corporal ; durant les permissions, fréquente régulièrement Pauline, qui devient sa fiancée. Le lundi soir avant sa libération, il est de garde. Le camp subit une opération de l'IRA (vol d'armes) qu'il réussit à déjouer. Le lendemain, lors de l'entrevue de départ avec le colonel, il apprend que Michael était un des hommes de l'IRA faits prisonniers.

Après son départ de l'armée, il part comme prévu avec Pauline à Majorque. Mais au lieu de profiter de sa liberté, il passe son temps à écrire le récit des deux années passées. Peu après, Pauline lui annonce qu'elle est enceinte. Ils se marient et il prend un poste dans l'enseignement secondaire, près de l'endroit où Michael est en prison. Il lui rend régulièrement visite et s'investit dans l'assistance scolaire aux prisonniers. Le roman se termine au moment où Michael va être libéré ; Jonathan envisage de rester tout de même dans la région, au lieu de retourner à Londres comme cela était prévu au départ.

Ce roman a une dimension politique assez marquée, à travers l'évocation de l'IRA (à une époque où celle-ci est relativement peu active) et surtout des relations hiérarchiques au sein de l'armée. Par ailleurs, il rend assez bien compte de l'expérience du service militaire en temps de paix pour quelqu'un qui n'a aucune attirance pour l'armée.

L'homme qui ne voulait plus se lever[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un recueil rassemblant six nouvelles, écrites des années 1960 aux années 1980. Dans son introduction[29], David Lodge donne quelques renseignements sur les circonstances et les motifs de leur rédaction.

« Sous un climat maussade » (publiée en 1987)

Vers 1955, deux couples d'étudiants anglais ont des velléités de libération sexuelle lors d'un séjour à Ibiza. Ce séjour manque se terminer par une rupture des deux couples, mais finalement il y aura deux mariages.

« Mon premier job » (publiée en 1980)

Vers 1952, avant d'entrer à l'université de Londres, le narrateur (fils d'un petit industriel, devenu chercheur en économie) prend un travail de vendeur de journaux à la gare de Waterloo. Il a deux collègues employés permanents. Ils se mettent à jouer au concours du meilleur vendeur, que le narrateur remporte ; à la fin du job, le patron le félicite chaudement, le montant des ventes ayant fortement augmenté, et prévient les deux collègues qu'ils devront maintenir le niveau de ventes qu'ils ont atteint durant ce mois. Se rendant compte des implications de son jeu, le narrateur décide qu'il n'ira jamais dans le monde de l'entreprise, mais fera une carrière universitaire.

« L'hôtel des Paires et de l'Impair » (écrite vers 1985)

Le titre anglais The Boobs Hotel est fondé sur un jeu de mots, boobs évoquant à la fois les seins (les paires) et les erreurs (les impairs).

Dans un hôtel en Provence, un écrivain anglais est fasciné par la pratique usuelle des seins nus autour de la piscine . En même temps il écrit un récit dans lequel il imagine des relations entre des gens séjournant dans un hôtel où les femmes ont les seins nus autour de la piscine. Un jour un grand coup de vent emporte la pile des feuillets qu'il a écrits.

« L'homme qui ne voulait plus se lever » (écrite en 1966)

Un homme décide un jour de ne pas se lever. Il vit ainsi quelques semaines puis commence à dépérir. Un jour, il tombe du lit, mais quand il appelle au secours, personne ne répond. « Il se rendit alors compte de ce qu'allait être l'éternité pour lui. ». David Lodge présente ce récit comme un cas exceptionnel chez lui de littérature de l'étrange.

« L'avare » (écrite pour la BBC dans les années 1970)

En 1945, il est difficile de trouver des fusées de feu d'artifice pour la Nuit de Guy Fawkes (le 5 novembre). Timothy Young (héros de Hors de l'abri) et deux copains réussissent à s'en procurer. Les deux copains ne résistent pas à la tentation de les utiliser avant la date prévue ; le 4 novembre, un policier vient chez Timothy parce que les fusées proviennent d'un vol et il est obligé de rendre les siennes.

« Pastorale » (écrite pour la BBC vers 1990)

Le narrateur, un jeune catholique, raconte comment, vers 1950, il a écrit puis mis en scène une Nativité pour la fête de Noël de sa paroisse avec en partie des visées de séduction. Le titre vient de ce qu'il utilise un morceau de la Symphonie pastorale de Beethoven. Ce sujet est repris avec des modifications sensibles dans Thérapie (1995).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Biographie de David Lodge[modifier | modifier le code]

David Lodge donne quelques indications autobiographiques dans les annexes de certains de ses romans, notamment

  • l'introduction de L'homme qui ne voulait plus se lever
  • la postface de Hors de l'abri
  • la postface (datée de novembre 1980) de The British Museum Is Falling Down, édition Penguin, 1983

L'œuvre de David Lodge[modifier | modifier le code]

David Lodge lui-même évoque certains aspects de son œuvre dans ses ouvrages critiques, notamment :

  • dans L'Art de la fiction : « Les noms », « L'intertextualité », « Raconter à plusieurs voix », « La coïncidence », « Les chapitres », « Le titre », « La fin ». Dans la chronique sur les noms des personnages, il se sert d'extraits de Jeux de maux et de Jeu de société ; dans les autres, il utilise son œuvre simplement en contrepoint.
  • dans The Novelist at the Crossroads, il évoque la nouvelle « L'homme qui ne voulait pas se lever » à propos d'une fin différente de celle publiée[30].

Thèses françaises sur David Lodge[modifier | modifier le code]

Les ouvrages ci-dessous sont disponibles en prêt inter-bibliothèques.

  • Sophie Gaberel-Payen, De la page à l'écran: David Lodge romancier et adaptateur, 2004, 713 p. Notice SUDOC, thèse de doctorat sous la direction de François Gallix (Université Paris-4)
  • Michelle Magand, La problématique de la masculinité chez David Lodge, 2000, 411 f., Notice SUDOC, thèse de doctorat sous la direction de Maurice Couturier (Université de Nice-Sophia-Antipolis)
  • Armelle Parey, Représentations de l'ère victorienne dans le roman des iles britanniques (1969-1995) : "The french lieutenant's woman" de John Fowles, "The last testament of Oscar Wilde" de Peter Ackroyd, "Nice work" de David Lodge, "Possession" de A.S. Byatt, "Clare" de John Mackenna, "Poor things" d'Alasdair GraySous la direction de Fiona Macphail, 2000, 446 f., Notice SUDOC, thèse de doctorat sous la direction de Fiona Macphail (Université de Caen)
  • Elghalia Moudjahid, Codes métafictionnels et stratégies de renormalisation : le projet romanesque de David Lodge, 1996, 403 f., Notice SUDOC, thèse de doctorat sous la direction de Jean-Claude Dupas (Université Lille-3)
  • Jean-Michel Ganteau, David Lodge, romancier catholique, 1995, 565 f., Notice SUDOC, thèse de doctorat sous la direction d'Alain Blayac (Université de Montpellier-3), .
  • Catherine Mari, David Lodge ou l'esthétique du compromis, 1994, 406 f., Notice SUDOC, thèse de doctorat sous la direction de Ronald Shusterman (Université de Bordeaux-3)

Presse[modifier | modifier le code]

  • « Entretien avec David Lodge », dans Lire, no 402, février 2012, p. 94-101.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Postface de Hors de l'abri.
  2. « Just across the Channel, in France and Belgium, food was plentiful, and even the Germans... were better off in some respects than the British », Out of the Shelter, Vintage, p. 274.
  3. Introduction de David Lodge à L'homme qui ne voulait plus se lever, Rivages, p. 8. Cette nouvelle est inédite par ailleurs.
  4. Ibidem : il indique qu'il a écrit son premier roman à 18 ans, après sa première année d'université.
  5. a, b, c et d Cf. rapport de jury de thèse de l'université Masaryk à Brno, [1]. Il parle aussi de son service militaire dans la postface à Ginger, you're barmy : il fait ses classes au camp de Catterick (nom repris dans le roman), puis est affecté au Royal Tank Regiment, au camp de Bovington, Dorset (« Badmore » dans le roman). Cf. aussi « Introduction » à The Picturegoers, Penguin, p. XIII.
  6. « Introduction » à The Picturegoers, Penguin Books, 1993, p. XI.
  7. Cf. recension de Nice Work dans le Guardian
  8. Cf. « Afterword » de The British Museum Is Falling Down, Penguin, 1983, p. 163-174.
  9. lecturer
  10. Cf. aussi notice biographique de Nice Work, Penguin Books, 1989, pour le cursus universitaire de David Lodge.
  11. a, b, c, d et e Afterword, 1983.
  12. Introduction de L'homme qui..., p. 9.
  13. Afterword, 1983, p. 167.
  14. Préface de de David Lodge pour The Art of Fiction, Vintage, p. IX. Sur James Fenton, né en 1949, professeur de Lettres (poésie) à Oxford, poète, cf. page anglaise.
  15. Préface, The Art of Fiction.
  16. Cf. catalogue Vintage
  17. Big Words - Small Worlds : avec Jacques Derrida, Jean-Luc Godard, Edward Said, etc.
  18. Nice Work : avec Warren Clarke (Vic Wilcox) et Haydn Gwynne (Robyn Penrose). Source : Nice Work, Penguin Books.
  19. Martin Chuzzlewit : avec Paul Scofield, Pete Postlethwaite, etc.
  20. La date entre parenthèses correspond à celle de la parution en anglais.
  21. Penguin, p. 178.
  22. L'Art de la fiction, chronique 21, Vintage, p. 98 à 103.
  23. L'Art de la fiction, Vintage, p. 102.
  24. « "Out of the Shelter" is probably the most autobiographical of my novels », Vintage, p. 275.
  25. Cette édition avec la même traduction que l'édition Rivages de 1994.
  26. L'édition anglaise, postérieure à l'édition française, est un tirage limité hors commerce. Cf. notice British Library : [2]
  27. Play-back : extrait de The Practice of Writing.
  28. Cf. Notice BnF
  29. Rivages, p. 7 à 16.
  30. Introduction de L'homme qui..., p. 10.