Jane Austen
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| Jane Austen | |
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Portrait de Jane Austen d'après un dessin de sa sœur
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| Activité(s) | écrivain |
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| Naissance | 16 décembre 1775 Hampshire (Angleterre) |
| Décès | 18 juillet 1817 Winchester (Angleterre) |
| Œuvres principales | |
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Jane Austen (16 décembre 1775, Steventon, Hampshire - 18 juillet 1817, Winchester) est une femme de lettres anglaise.
Son réalisme, sa critique sociale mordante et sa maîtrise du discours indirect libre, son humour décalé et son ironie lui ont donné sa place parmi les écrivains anglais les plus largement lus et aimés[1].
Toute sa vie, Jane Austen demeure au sein d'une cellule familiale étroitement unie, appartenant à la petite gentry anglaise[2],[3]. Elle doit son éducation en grande partie à son père et à ses frères aînés, ainsi qu'à ses propres lectures. Le soutien sans faille de sa famille est essentiel pour son évolution en tant qu'écrivain professionnel[4],[5],[6],[7]. L'apprentissage artistique de Jane Austen s'étend du début de son adolescence jusqu'à sa vingt-cinquième année environ. Durant cette période, elle s'essaie à différentes formes littéraires, y compris le roman épistolaire qu'elle expérimente avant de l'abandonner, et écrit et retravaille profondément trois romans majeurs, tout en commençant un quatrième.
De 1811 à 1816, avec la parution de Sense and Sensibility (1811), Pride and Prejudice (1813), Mansfield Park (1814) et Emma (1816), elle connait le succès comme écrivain publié. Elle écrit deux autres romans, Northanger Abbey et Persuasion, qui font tous les deux l'objet d'une publication posthume en 1818, et en commence un troisième, finalement intitulé Sanditon, mais qu'elle ne peut achever avant sa mort.
L'œuvre de Jane Austen est, entre autres, une critique des romans sentimentaux de la seconde moitié du XVIIIe siècle et appartient à la transition qui conduit au réalisme littéraire du XIXe[8]. Les intrigues de Jane Austen, bien qu'essentiellement de nature comique, c'est-à-dire avec un dénouement heureux[9], mettent en lumière la dépendance des femmes à l'égard du mariage pour obtenir statut social et sécurité économique[10],[11]. Tel Samuel Johnson, l'une de ses influences majeures, elle s'intéresse à des sujets traitant de questions morales[12],[13].
Parce qu'elle a choisi l'anonymat, sa réputation reste limitée de son vivant, avec quelques critiques favorables. Au XIXe siècle, ses romans ne sont admirés que par l'élite littéraire. Cependant, la parution en 1869 de A Memoir of Jane Austen (Mémoire de Jane Austen), écrit par son neveu, la fait connaître d'un public plus large. On découvre alors une personnalité attirante, et, du coup, l'intérêt populaire pour ses œuvres prend son essor. Dans les années 1940, Jane Austen était largement reconnue sur le plan académique comme « grand écrivain anglais ». La seconde moitié du vingtième siècle voit proliférer les recherches sur ses romans, qui sont analysés sous divers aspects, par exemple artistique, idéologique et historique. Peu à peu, la culture populaire s'empare de Jane Austen, et les adaptations cinématographiques ou télévisuelles qui sont réalisées sur sa vie ou ses romans connaissent un réel succès.
Jane Austen appartient désormais au patrimoine littéraire de la Grande-Bretagne, des pays anglophones et au-delà. Comme les Brontë, quoique à un degré moindre, elle fait l'objet d'un véritable culte.
Sommaire
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[modifier] Biographie
Selon l'un de ses biographes, les informations sur la vie de Jane Austen sont « célèbres pour leur rareté » (famously scarce)[14]. Il ne reste que quelques lettres d'ordre personnel ou familial (selon une estimation, 160 lettres sur un total de 3 000[15]). Sa sœur Cassandra, à qui la plupart étaient adressées, en a brûlé beaucoup et a censuré celles qu'elle a gardées[16],[17]. D'autres ont été détruites par les héritiers de son frère, l'amiral Francis Austen[18].
Les éléments biographiques, rendus disponibles dans les cinquante années suivant sa mort, émanent presque tous de ses proches. Ils reflètent la tendance familiale à accentuer l'aspect de « Tante Jane, si bonne et si gentille » (« good quiet Aunt Jane »). Depuis, bien peu de documents nouveaux ont été mis à jour par les chercheurs[14].
[modifier] Famille
Le père de Jane Austen, William George Austen (1731–1805), et sa femme, Cassandra (1739-1827), appartiennent tous les deux à la petite gentry[19]. George descend d'une famille de tisserands en laine, peu à peu parvenus au statut de la petite gentry terrienne[20],[21]. Sa femme Cassandra Austen, née Leigh, compte parmi ses ancêtres Sir Thomas Leigh, Lord-Maire au temps de la reine Elisabeth[22],[23],[24]. De 1765 à 1801, soit pendant une grande partie de la vie de Jane, George Austen est recteur de la paroisse anglicane de Steventon[N 1], ainsi que d'un village voisin, situé, lui aussi, dans le Hampshire. De 1773 à 1796, il arrondit ses revenus par des activités annexes, celles de fermier, et aussi de précepteur de trois ou quatre garçons, en pension chez lui[25],[26]. La famille habite une maison de deux étages et un grenier, le Rectory (« le presbytère »), entourée d'une grange, d'arbres et de prés.
La proche famille de Jane Austen est importante, six frères, James (1765-1819), George (1766-1838), Edward (1767–1852), Henry Thomas (1771–1850), Francis William (Frank) (1774-1865), Charles John (1779–1852), et une sœur, Cassandra Elizabeth[27] (1773–1845), qui, comme Jane Austen, meurt sans s'être mariée. Cassandra Elizabeth est l'amie la plus proche et la confidente de Jane tout au long de sa vie[28],[14],[29]. Parmi ses frères, c'est de Henry qu'elle se sent le plus proche. D'abord banquier, il devient, après sa faillite, clergyman de l'église anglicane. C'est lui qui sert d'agent littéraire à sa sœur. Parmi son vaste cercle londonien, se trouvent des banquiers, des marchands, des éditeurs, des peintres et des acteurs. Ainsi, grâce à son entregent, Jane a l'occasion de fréquenter une catégorie sociale normalement inaccessible à une personne isolée dans une petite paroisse rurale du fond du Hampshire[30],[31].
George, quant à lui, est très jeune confié à une famille locale, car, comme le rapporte Deirdre Le Faye, biographe de Jane Austen, il est « mentalement anormal et sujet à des crises »[32]. Il se peut aussi qu'il ait été sourd et muet[32].
Charles et Frank, eux, servent dans la marine, où ils s'élèvent au grade d'amiral. Edouard est adopté par un cousin, Thomas Knight, et, à ce titre, hérite de son domaine, dont il reprend le nom en 1812[33],[34].
[modifier] Jeunes années et éducation
Jane Austen est née le 16 décembre 1775, au presbytère de Steventon, et est baptisée le 5 avril 1776[36]. Après quelques mois, sa mère la place chez Elizabeth Littlewood, habitant à proximité et qui sera sa nourrice pendant un an ou un an et demi[37],[38],[39],[N 2],[40]. En 1783, selon la tradition familiale, Jane et Cassandra sont envoyées à Oxford pour y être éduquées par Mrs Ann Cawley qu'elles suivent à Southampton un peu plus tard cette même année. Les deux sœurs contractent le typhus et Jane frôle la mort[41],[42]. Jane Austen est désormais élevée chez elle, jusqu'à son départ en pension, au début de l'année 1785, avec sa sœur Cassandra. L'enseignement comprend vraisemblablement le français, l'orthographe, les travaux de couture et de broderie, la danse, la musique, et peut-être le théatre. Dès décembre 1786, Jane et Cassandra sont de retour chez elles, car leurs parents ne peuvent plus financer leur pension[43],[44],[45]. L'éducation de Jane se poursuit par la lecture, sur les conseils de son père et de ses frères James et Henry[46],[47],[48],[49],[50].
Il semble que George Austen donne à ses filles un accès sans restriction à l'ensemble de sa bibliothèque, à la fois importante (près de 500 ouvrages) et variée (essentiellement littérature et histoire), tolère certaines tentatives littéraires parfois osées (risqué) de Jane, et fournit à ses filles le papier et le matériel coûteux dont elles ont besoin pour leurs écrits et leurs dessins[51],[52]. Selon Park Honan, biographe de Jane Austen, la vie au foyer des Austen baigne dans une « atmosphère intellectuelle ouverte, amusée et facile », où les idées sociales et politiques autres que les leurs sont prises en compte et discutées[53]. Ainsi, après son retour du pensionnat en 1786, Jane Austen « ne vit plus jamais en dehors de son environnement familial immédiat »[54].
Les représentations théatrales privées faisant aussi partie de l'éducation, de sept ans à ses treize ans, Jane participe à une série de pièces que montent sa famille et les amis proches. Ainsi, on joue The Rivals de Richard Sheridan, créée en 1775, et Bon Ton de David Garrick. Si les détails restent inconnus, il est quasi certain que Jane est partie prenante, d'abord comme spectatrice, puis, alors qu'elle grandit, de façon plus active[55],[56],[57],[58]. La plupart de ces pièces sont des comédies, ce qui contribue au développement de son sens comique et satirique[59],[60],[61]. La cousine « française » de Jane Austen, Eliza de Feuillide, participe avec brio à certaines de ces pièces, dont elle tient alors le rôle principal[62]. Plus tard, dans Mansfield Park, Jane Austen donnera à la partie dite « theatricals » une importance allant bien au-delà du simple divertissement.
[modifier] Juvenilia
Selon toute vraisemblance, Jane Austen commence dès 1787 à écrire des poèmes, des histoires et des pièces pour son propre amusement et celui de sa famille[63],[64],[65]. Plus tard, elle fera des fair copies (« au propre ») de 29 de ces œuvres précoces, en trois carnets reliés, aujourd'hui connus sous le nom de Juvenilia et contenant des écrits échelonnés de 1787 à 1793[66],[67]. Certains manuscrits révèlent que Jane Austen a continué à y travailler jusque vers 1809-1810, et que son neveu et sa nièce, James Edward et Anna Austen, y ont ajouté jusqu'en 1814[68][69].
Parmi ces écrits, se trouve un roman épistolaire satirique, Love and Freindship [sic], dans lequel elle se moque des romans sentimentaux à la mode (novels of sensibility)[70],[71],[72]. Y figure également L'Histoire de l'Angleterre, manuscrit de 34 pages accompagné de 13 aquarelles miniatures réalisées par Cassandra. Il s'agit une parodie d'écrits historiques en vogue, et tout particulièrement, de l'Histoire d'Angleterre d'Oliver Goldsmith, publiée en 1764[73]. Par exemple, Jane Austen y écrit :
« As I am myself partial to the roman catholic religion, it is with infinite regret that I am obliged to blame the Behaviour of any Member of it: yet Truth being I think very excusable in an Historian, I am necessitated to say that in this reign the roman Catholics of England did not behave like Gentlemen to the protestants[74]. »
« Comme je fais moi-même montre de partialité envers la religion catholique, c'est avec un infini regret que je me vois obligée de blâmer la Conduite de quiconque de ses Membres : cependant, la Vérité étant je pense bien excusable chez un Historien, je suis dans l'obligation de dire que durant ce règne, les Catholiques d'Angleterre ne se sont pas comportés en Gentlemen à l'égard des protestants. »
Selon le spécialiste Richard Jenkyns, les Juvenilia de Jane Austen sont anarchiques et regorgent de turbulente gaieté ; il les compare à l'œuvre du romancier du XVIIIe siècle, Laurence Sterne, et aux Monty Python du XXe siècle[75].
[modifier] Arrivée à l'âge adulte
Parvenue à l'âge adulte, Jane Austen continue à vivre chez ses parents, se consacrant aux activités habituelles pour une femme de son âge et de son statut social : elle joue du piano-forte, aide sa sœur et sa mère à superviser les domestiques, assiste les femmes de la famille lorsqu'elles accouchent et les parents âgés sur leur lit de mort[76]. Elle envoie quelques courts écrits à ses nièces Fanny Catherine et Jane Anna qui viennent de naître[77]. Elle se montre particulièrement fière de ses talents de couturière[78].
Jane Austen fréquente l'église régulièrement, rend visite à ses amies et ses voisins[N 3], et lit des romans — souvent écrits par elle-même — le soir, à haute voix, avec sa famille. Les relations avec les voisins conduisent souvent à danser, de façon improvisée lors d'une visite, après le souper, ou lors de bals tenus dans les salles de réunion de l'hôtel de ville[79],[80]. D'après son frère Henry, « Jane adorait danser, et d'ailleurs y excellait »[81],[82].
En 1793, Jane Austen commence, puis délaisse une courte pièce de théatre, plus tard intitulée Sir Charles Grandison, ou l'Homme heureux, qu'elle terminera vers 1800. Il s'agit d'une parodie de quelques résumés à usage scolaire, de son roman favori, L'Histoire de Sir Charles Grandison (1753), de Samuel Richardson[83]. Honan émet l'hypothèse que, peu de temps après Love and Freindship [sic] en 1789, Jane Austen prend la décision « d'écrire pour gagner de l'argent, et de se consacrer à raconter des histoires », en d'autres termes, de devenir écrivain professionnel[84]. Il est de fait qu'à partir de 1793, elle entreprend des œuvres plus longues et plus complexes[84].
Entre 1793 et 1795, Jane Austen écrit Lady Susan, court roman épistolaire, généralement considéré comme son ouvrage de jeunesse le plus ambitieux[85],[86]. Lady Susan ne ressemble à aucun de ses autres ouvrages. Claire Tomalin voit en son héroïne une prédatrice sexuelle qui use de son intelligence et de son charme pour manipuler, trahir et tromper ses victimes, amants, amis ou proches. Elle écrit :
« Raconté sous forme épistolaire, c'est là une histoire aussi bien ourdie qu'une pièce de théatre, et d'un cynisme de ton qui égale les comédies les plus scandaleuses de la Restauration, qui ont peut-être été l'une des sources de son inspiration … [Ce court roman] occupe une place unique dans l'œuvre de Jane Austen en tant qu'étude d'une femme adulte dont l'intelligence et la force de caractère sont supérieures à celles de tous ceux dont elle croise la route[87],[88]. »
[modifier] Premiers romans
Après avoir achevé Lady Susan, Jane Austen s'essaye à son premier roman, Elinor and Marianne. Sa sœur Cassandra se rappellera plus tard qu'il fut lu à la famille « avant 1796 », et se présentait sous la forme d'une série de lettres. En l'absence des manuscrits originaux, il est impossible de dire dans quelle mesure le brouillon original a survécu dans le roman publié en 1811 sous le titre de Sense and Sensibility[89],[90][91].
Quand Jane Austen atteint l'âge de vingt ans, Thomas Langlois Lefroy, le neveu d'une famille voisine, vient à Steventon où il restera de décembre 1795 à janvier 1796. Fraîchement diplômé de l'université, il s'apprête à déménager à Londres pour s'y former au métier d'avocat (barrister). Tom Lefroy et Jane Austen sont sans doute présentés l'un à l'autre lors d'une rencontre entre voisins ou au cours d'un bal. Les lettres de Jane à Cassandra témoignent que les jeunes gens passent beaucoup de temps ensemble :
« J'ai presque peur de te raconter comment mon ami irlandais et moi nous sommes comportés. Imagine-toi tout ce qu'il y a de plus dissolu et de plus choquant dans notre façon de danser et de nous asseoir ensemble[N 4],[92]. »
La famille Lefroy intervient et écarte Tom à la fin de janvier. Le mariage n'est pas envisageable, Tom et Jane le savent bien : ni l'un ni l'autre ne sont fortunés et lui, dépend d'un grand-oncle irlandais pour financer ses études et s'établir dans sa profession. Tom Lefroy reviendra dans le Hampshire, mais il y sera soigneusement tenu à l'écart des Austen et Jane ne le reverra jamais[93],[94],[95].
En 1796, Jane Austen commence un second roman, First Impressions, le futur Pride and Prejudice, dont elle termine le premier jet en août 1797, alors qu'elle n'a que 21 ans. Comme toujours, elle lit le manuscrit en préparation à haute voix et, très vite, l'ouvrage devient la coqueluche de la famille (« an established favorite »)[96]. Son père entreprend alors des démarches en vue d'une première publication. En novembre 1797, George Austen écrit à Thomas Cadell, éditeur londonien de renom, pour lui demander s'il serait disposé, le cas échéant, à publier « un Roman Manuscrit, comprenant trois volumes, à peu près de la longueur de Evelina, de Miss Burney [il s'agit de First Impressions] », le risque financier étant endossé par l'auteur. Cadell renvoie rapidement la lettre avec la mention : « Refusé par retour du courrier » (« Declined by Return of Post »). Il se peut que Jane Austen n'ait pas eu connaissance de cette initiative paternelle[97],[98],[99]. Quoi qu'il en soit, après avoir terminé First Impression, elle retourne à Elinor and Marianne, et, de novembre 1797 jusqu'à mi 1798, elle le retravaille en profondeur, renonçant au format épistolaire en faveur d'un récit à la troisième personne, d'une facture proche de Sense and Sensibility[100],[101][102],[103].
Vers le milieu de 1798, après avoir achevé la réécriture de Elinor and Marianne, Jane Austen commence un troisième roman provisoirement intitulé Susan. C'est le futur Northanger Abbey, une satire des romans gothiques qui font rage depuis 1764[104]et ont encore une belle carrière devant eux[105]. L'œuvre est terminée environ un an plus tard. Au début de 1803, Henry Austen propose Susan à un éditeur londonien, Benjamin Crosby, qui l'achète pour 10 livres sterling (£10), promet une publication rapide, annonce que l'ouvrage est « sous presse », et en reste là. Le manuscrit dormira chez Crosby jusqu'en 1816, lorsque Jane Austen elle-même lui en reprendra les droits[106],[107].
[modifier] Bath et Southampton
En décembre 1800, le Révérend George Austen décide sans préavis de quitter son ministère, de partir de Steventon et de déménager avec sa famille à Bath, dans le Somerset. Si cette cessation d'activité et ce voyage furent une bonne chose pour les aînés, Jane Austen est bouleversée à l'idée d'abandonner la seule maison qu'elle ait jamais connue[108]. Pendant son séjour à Bath, elle cesse pratiquement d'écrire, ce qui en dit assez sur son état d'esprit. Elle travaille un peu à Susan, commence puis délaisse un nouveau roman, The Watsons, mais l'activité des années 1795-1799 semble loin[109]. Claire Tomalin avance l'hypothèse que cette stérilité porte la marque d'une profonde dépression. Park Honan, lui, est d'un avis contraire et constate que Jane Austen n'a cessé d'écrire ou de retravailler ses manuscrits pendant toute sa vie active, à la seule exception des quelques mois ayant suivi le décès de son père[110],[111],[112],[113]. La question reste controversée et Margaret Doody, par exemple, abonde dans le sens de Tomalin[114].
En décembre 1802, Jane Austen reçoit sa seule proposition de mariage. Elle et sa sœur sont en visite chez Alethea et Catherine Bigg, des amies de longue date qui vivent près de Basingstoke. Leur plus jeune frère, Harris Bigg-Wither, ayant terminé ses études à l'Université d'Oxford, se trouve à la maison et demande la main de Jane, qui accepte. Caroline Austen, la nièce de la romancière, tout comme Reginald Bigg-Wither, un descendant de ce prétendant, le décrivent comme un grand gaillard manquant de séduction. Il est d'aspect quelconque, parle peu, bredouille dès qu'il ouvre la bouche et se fait même agressif dans la conversation. De plus, il s'avère pratiquement dénué de tact. Jane, cependant, le connait depuis l'enfance et le mariage offre de nombreux avantages tant pour elle-même que pour sa famille. Harris est, en effet, l'héritier de vastes propriétés familiales situées dans la région où les sœurs ont grandi. Ainsi nantie, Jane Austen pourrait assurer à ses parents une vieillesse confortable, donner à Cassandra une maison qui soit à elle, et peut-être, aider ses frères à faire carrière. Le lendemain matin, Jane Austen se rend compte qu'elle a fait une erreur et reprend son consentement[115],[116],[117]. Aucune correspondance, ni aucun journal ne permettent de savoir ce qu'elle a réellement pensé de cette proposition de mariage[118].
En 1814, Jane Austen écrit à Fanny Knight, l'une de ses nièces (qu'elle considère presque comme une sœur ainsi qu'elle l'écrit à Cassandra[119]), qui lui a demandé conseil à propos de la demande en mariage que lui a adressé Mr John Plumtre :
« Et à présent, ma chère Fanny, après avoir écrit en faveur de ce jeune homme, je vais maintenant te conjurer de ne pas t'engager plus avant, et de ne pas songer à l'accepter à moins qu'il ne te plaise réellement. Tout doit être préféré ou supporté plutôt que de se marier sans affection[120],[119]. »
Le roman commencé à Bath en 1804, The Watsons, concerne un clergyman invalide et sans grande ressources financières, et quatre jeunes filles non mariées. Sutherland décrit ce roman comme « une étude sur les dures réalités économiques de la vie des femmes financièrement dépendantes »[121]. Park Honan est d'opinion, et Claire Tomalin le suit sur ce point, que Jane Austen a délibérément cessé de travailler à ce livre après la mort de son père, le 21 janvier 1805 : sa propre situation ressemblait trop à celle de ses personnages pour qu'elle n'en ressentît pas un certain malaise[122],[123],[124].
La maladie, qui devait rapidement emporter le Révérend Austen, est soudaine, le laissant, comme le rapporte Jane à son frère Francis, « complètement inconscient de son propre état »[125],[126],[127]. Jane, Cassandra et leur mère se retrouvent dans une situation difficile. Edward, James, Henry et Francis Austen s'engagent à les soutenir par des versements annuels[128]. Les quatre années qui suivent reflètent cette précarité : les trois femmes sont, la plupart du temps, en location à Bath, puis, à partir de 1806, à Southampton, où elles partagent une maison avec Frank Austen et sa jeune épouse, et les visites à d'autres branches de la famille se multiplient[129].
Le 5 avril 1809, environ trois mois avant le déménagement à Chawton, Jane Austen écrit à Richard Crosby pour lui exprimer sa colère — il n'a toujours pas publié Susan — et lui propose une nouvelle version, si nécessaire, pour une parution immédiate. Crosby répond qu'il ne s'est engagé à aucune échéance, ni même à une publication, mais que Jane Austen peut lui racheter les droits pour les dix livres qu'il avait payées, et se trouver un autre éditeur. Jane Austen, cependant, n'ayant pas les moyens d'effectuer cette transaction, ne peut recouvrer son manuscrit[130].
[modifier] Chawton
Vers le début de l'année 1809, Edward, l'un des frères de Jane Austen, offre à sa mère et à ses sœurs une vie plus stable en mettant à leur disposition un grand cottage dans le village de Chawton[131]. Cette demeure fait partie de son domaine, Chawton House. Jane, Cassandra et leur mère y emménagent le 7 juillet 1809[132],[133]. À Chawton, la vie devient plus calme qu'elle ne l'a été depuis l'arrivée à Bath en 1800. Les Austen ne fréquentent pas la gentry avoisinante et ne reçoivent que lors de visites familiales. Anna, nièce de Jane, raconte leur quotidien : « C'était une vie très calme, de notre point de vue, mais elles lisaient beaucoup, et en dehors des tâches domestiques, nos tantes s'occupaient à aider les pauvres et à apprendre à lire ou à écrire à tel garçon ou telle fille »[134]. Jane Austen écrit presque tous les jours, mais en privé, et semble avoir été dispensée de certaines contraintes de façon qu'elle puisse se consacrer davantage à ses manuscrits[135],[136]. Ainsi, dans ce nouvel environnement, elle retrouve l'entière plénitude de ses capacités créatrices[137].
[modifier] Auteur publié
Pendant son séjour à Chawton, Jane Austen réussit à publier quatre romans, qui reçoivent un accueil plutôt favorable. Sur l'entremise de son frère Henry, l'éditeur Thomas Engerton accepte Sense and Sensibility, qui parait en octobre 1811. La critique est élogieuse et le roman devient à la mode dans les cercles influents[138] ; dès le milieu de 1813, le tirage est épuisé. Le revenu qu'en retire Jane Austen lui permet une certaine indépendance, tant financière que psychologique[139],[140]. En janvier de cette même année, Egerton publie Pride and Prejudice, version retravaillée de First Impressions. Il fait au livre une large publicité, et c'est un succès immédiat, avec trois critiques favorables et de bonnes ventes. Dès octobre, Egerton peut commencer la mise en vente d'une seconde édition[141],[142],[143],[144]. Puis c'est Mansfield Park qui paraît, toujours chez Egerton, en mai 1814. Si la critique ne fait pas grand cas de ce roman, Mansfield Park trouve un écho très favorable auprès du public. Tous les exemplaires sont vendus en à peine six mois, et les gains revenant à Jane Austen dépassent ceux qu'elle a reçus de chacune de ses autres œuvres[145],[146].
Jane Austen apprend que le roi George IV admire ses romans et en garde un exemplaire dans chacune de ses résidences. En novembre 1815, le bibliothécaire du Prince Régent l'invite à Londres et lui conseille de dédicacer sa prochaine œuvre, Emma, au Régent. Jane Austen n'aime guère le personnage, mais il lui est difficile de repousser la requête[147]. Elle écrira plus tard un Plan d'un Roman, selon des conseils de diverses origines, présentant sous une forme satirique les grandes lignes du « roman parfait », d'après les recommandations du bibliothécaire en question[148],[149].
Au milieu de l'année 1815, Jane Austen quitte Egerton pour la maison John Murray, éditeur londonien plus renommé, qui publie Emma en décembre 1815 et, en février de l'année suivante, sort une deuxième édition de Mansfield Park. Emma se vend bien, mais Mansfield Park rencontrant moins de succès, le bilan financier de cette double opération reste très mitigé. Ce sont là les derniers romans à paraître du vivant de l'auteur[150],[151].
Jane Austen a déjà commencé à écrire un nouveau livre, The Elliots, qui paraîtra plus tard sous le titre de Persuasion, dont elle achève la première version en juillet 1816. Peu après la publication de Emma, Henry Austen rachète à Crosby les droits de Susan. Jane, cependant, se voit contrainte de repousser la mise sous presse de ces deux livres par suite des difficultés financières que traverse sa famille. La banque de Henry fait faillite en mars 1816, ce qui entraîne la perte de tous ses biens, le laisse lourdement endetté et lèse également ses frères Edward, James et Frank. Désormais, Henry et Frank ne peuvent plus allouer à leur mère et leurs sœurs la somme annuelle qu'ils leur versaient[152],[153].
[modifier] Maladie et mort
Tôt dans l'année 1816, la santé de Jane Austen commence à se dégrader. Au début, elle ne tient pas compte de la maladie et continue à travailler et à participer aux activités de la famille. Vers le milieu de l'année, ni elle ni son entourage ne peuvent plus douter de la gravité de son état, qui se détériore peu à peu, avec des poussées et des rémissions. Elle meurt en juillet de l'année suivante[154]. La majorité des biographes s'appuie sur le diagnostic rétrospectif que le Dr Vincent Cope s'est efforcé de porter en 1964, et qui met la mort de Jane au compte de la maladie d'Addison. Cependant, la phase finale a également été décrite comme relevant de la maladie de Hodgkin.
Jane Austen a continué à travailler pratiquement jusqu'à sa fin. Insatisfaite du dénouement de The Elliots, elle réécrit les deux chapitres de conclusion, qu'elle termine le 6 août 1816. En janvier 1817, elle commence un nouveau roman, qu'elle intitule The Brothers (Les Frères), titre qui deviendra Sanditon lors de sa première parution en 1925. Elle en achève douze chapitres avant d'arrêter la rédaction à la mi-mars 1817, vraisemblablement parce que la maladie l'empêche de poursuivre sa tâche[155]. Jane évoque son état de manière désinvolte auprès de son entourage, parlant de « bile » et de « rhumatisme », mais elle éprouve de plus en plus de difficultés à marcher et peine à se consacrer à ses autres activités. À la mi-avril, elle ne quitte plus son lit. En mai, Henry accompagne Jane et Cassandra à Winchester pour un traitement médical. Jane Austen meurt le 18 juillet 1817, à l'âge de 41 ans. Grâce à ses relations ecclésiastiques, Henry fait en sorte que sa sœur soit enterrée dans l'aile nord de la nef de la cathédrale de Winchester. L'épitaphe composée par James loue ses qualités personnelles, exprime l'espoir de son salut et mentionne les « dons exceptionnels de son esprit » (« the extraordinary endowments of her mind »), sans faire explicitement état de ses réalisations d'écrivain[156],[157],[158].
[modifier] Publication posthume
Après la mort de leur sœur, Cassandra et Henry Austen conviennent avec Murray de la publication regroupée de Persuasion et de Northanger Abbey en décembre 1817. Henry écrit pour l'occasion une Note biographique qui, pour la première fois, identifie sa sœur comme l'auteur des romans. Claire Tomalin décrit cette note comme un éloge funèbre plein d'affection et rédigé avec soin[159]. Les ventes sont bonnes pendant un an — seuls, 321 exemplaires restent invendus à la fin de 1818 — puis déclinent. Murray se débarrasse du reliquat en 1820, et les romans de Jane Austen ne sont plus réédités pendant douze ans[160],[161]. En 1832, l'éditeur Richard Bentley rachète le reliquat de tous les droits et, à compter de décembre 1832 ou janvier 1833, les fait paraitre en cinq volumes illustrés dans le cadre de sa série dite Romans classiques (Standard Novels). En octobre 1833, il publie la première édition complète. Depuis, les romans de Jane Austen ont été constamment réédités[162].
[modifier] Accueil de la critique
[modifier] Réactions des contemporains
Parues sous l'anonymat, les œuvres de Jane Austen ne lui apportent que bien peu de célébrité. Très vite à la mode parmi l'élite, par exemple auprès de la princesse Charlotte Augusta, fille du Prince Régent futur George IV, elles ne reçoivent pour autant que quelques critiques favorables[163], et encore, pour la plupart, courtes, superficielles et prudentes[164],[165], soulignant surtout leur aspect moral[166]. Certaines réactions, cependant, sont plus perspicaces : ainsi, la feuille de l'éminent romancier Sir Walter Scott, rédigée sous couvert de l'anonymat, qui défend la cause du roman en tant que genre, décrié à cette époque, et loue le réalisme de Jane Austen[167]. De même, Richard Whately, en 1821, compare Jane Austen à Homère et Shakespeare, soulignant les qualités dramatiques de son style narratif. Ainsi, Walter Scott et Whately donnent le ton de la critique austinienne pour, pratiquement, le restant du XIXe siècle[168].
[modifier] Au XIXe siècle
Les romans de Jane Austen ne correspondant pas aux attentes de la littérature romantique et de victorienne, selon lesquelles « une puissante émotion doit être authentifiée par une manifestation insigne de couleur et de son dans l'écriture »[169] , les critiques du XIXe siècle préfèrent en général les œuvres de Charles Dickens et de George Eliot[170],[171]. Bien que Jane Austen soit à nouveau publiée en Grande-Bretagne à partir des années 1830 et continue à bien se vendre, elle ne fait pas partie des auteurs favoris[172].
Certes, elle est appréciée par l'élite littéraire qui voit dans cet engouement une preuve de son propre bon goût. George Henry Lewes, le mari de George Eliot, lui-même auteur et critique influent, exprime ce point de vue dans une série d'articles enthousiastes publiés dans les années 1840 et 1850[173][174]. Cette idée perdure dans la seconde moitié du XIXe siècle avec le romancier Henry James, qui se réfère plusieurs fois à Jane Austen dont, en une occasion, il élève l'œuvre au rang de celles de Shakespeare, Cervantes et Henry Fielding, pour ce qu'il appelle leur « peinture de la vie » (« fine painters of life »)[175]. Il existe certaines exceptions, telle la poétesse Elizabeth Barrett Browning, qui, alors qu'elle entreprend son Aurora Leigh, écrit de Jane : « Elle atteint la perfection dans ce qu'elle entreprend… mais son excellence, me semble-t-il, repose plus dans l'exécution que d'ans l'aspiration. Sa vision de la vie est étroite, terre à terre et essentiellement non-poétique […] Ses personnages ne lèvent jamais le regard, et quand ils le tournent vers eux-mêmes, ils ne touchent pas au tréfonds […] La Vie Conventionnelle n'est pas la Vie Intérieure […] Dieu, la Nature, l'Âme, qu'est-ce qu'elle en dit, ou même suggère à leur propos ? ».[N 5],[176].
En 1869, la publication de A Memoir of Jane Austen (Souvenir de Jane Austen) par le neveu de la romancière, James Edward Austen-Leigh, offre a un public élargi le portrait d'une « chère tante Jane », vieille fille de grande respectabilité. Cette parution engendre un regain d'intérêt pour l'œuvre, dont les premières éditions populaires sont disponibles en 1883 et se voient bientôt suivies par des versions illustrées et des collections[177]. Leslie Stephen, le père de Virginia Woolf, écrivain et critique, qualifie l'engouement qui s'empare du public dans les années 1880 d'« Austenolâtrie »[178]. Au tout début des années 1900, certains membres de l'élite littéraire réagissent contre cette ferveur : selon eux, qui se définissent comme les Janeites, le peuple ne peut comprendre le sens profond de l'œuvre auquel eux seuls ont accès[179],[180]. Ainsi, Henry James parle d'« une fascination amoureuse » (a beguiled infatuation) dépassant la portée et l'intérêt intrinsèques de son objet[181].
Quoi qu'il en soit, le dernier quart du XIXe siècle fait la part belle à Jane Austen. Après la publication des « Souvenirs » du neveu, son œuvre attire plus d'attention critique en deux ans que pendant les cinquante années précédentes[182].
[modifier] Au XXe siècle
Plusieurs ouvrages importants ont pavé la route menant l'œuvre de Jane Austen à la sanction académique. Le premier jalon est un essai de 1911, écrit par un spécialiste de Shakespeare, Andrew Cecil Bradley, de l'Université d'Oxford, et « généralement considéré comme le point de départ d'une recherche universitaire sérieuse »[183]. Bradley catégorise les romans de Jane Austen en « précoces » et « tardifs », méthodologie encore utilisée aujourd'hui[184].
Deuxième jalon, l'édition complète établie par R. W. Chapman en 1923, la première à être savante, et aussi la première du genre qui soit consacrée à un romancier anglais, si bien que Chapman sert de référence pour toutes les éditions ultérieures[185],[186]. Après cela, vient en 1939 le Jane Austen and Her Art (Jane Austen et son art), de Mary Lascelles, qui donne à la recherche austinienne ses lettres de noblesse[187]. Cette étude novatrice comprend une analyse des lectures de la romancière, de l'impact qu'elles ont pu exercer sur son œuvre, ainsi qu'un examen approfondi de son style et de son « art narratif » (narrative art).
Les années 1940 voient une remise en cause, les chercheurs abordant l'œuvre sous un angle nouveau, celui de la subversion. Cette approche, puis les jugements de valeur portés par F. R. Leavis et Ian Watt, qui placent Jane Austen parmi les plus grands auteurs de fiction de langue anglaise, assurent la prééminence de la romancière auprès des universitaires[188]. Tous s'accordent à penser qu'« elle combine les qualités d'intériorité et d'ironie, de réalisme et de satire de Henry Fielding et de Samuel Richardson, et s'avère supérieure à l'un comme à l'autre »[189]. Après la Seconde Guerre mondiale, d'autres études sont menées, faisant appel à diverses approches critiques, par exemple le féminisme, ou, de façon peut-être plus discutable, le post-colonialisme. Cela dit, l'écart continue à se creuser entre l'engouement populaire, fondé sur le charme immédiat que dégage l'œuvre, et les analyses universitaires tendant à devenir de plus en plus absconses[190],[191].
[modifier] Œuvres
[modifier] Juvenilia
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Juvenilia – Volume the First[192]
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Juvenilia – Volume the Second
Juvenilia – Volume the Third
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[modifier] Œuvres mineures
- Lady Susan
- The Watsons (roman inachevé)
[modifier] Œuvres majeures
- Sense and Sensibility (1811)
- traductions françaises : Raison et sensibilité, ou Les deux manières d'aimer, 1815 ; Raison et sensibilité, 1945 ; Marianne et Elinor, 1948 ; Le Cœur et la raison, 1948 ; Raison et sentiments, 1979
- Pride and Prejudice (1813)
- traductions françaises : Orgueil et prévention, 1822 ; Les Cinq Filles de Mrs Bennett 1932, Orgueil et préjugés, 1946 ; Orgueil et préjugé, 2001
- Mansfield Park (1814)
- Emma (1815)
- Northanger Abbey (1818) posthume
- Persuasion (1818) posthume
[modifier] Roman interrompu par la mort de l'auteur
[modifier] Influences reçues
[modifier] Cadre familial
La première influence dont bénéficie Jane Austen est celle de sa famille. Comme tous ses frères et sœurs, elle est encouragée par son père, George Austen, à se familiariser avec les grands auteurs, et a accès à la bibliothèque paternelle, où elle découvre les poèmes de Pope et de Shakespeare, les essais d'Addison et de Johnson[N 6], les romans de Fanny Burney, de Fielding, de Sterne, et de Richardson, ou encore les œuvres de William Cowper. Cet apprentissage littéraire est complété par les lectures paternelles à la veillée[193], incluant des romans comme The Midnight Bell de Francis Lathom, dont le souvenir se retrouve au chapitre VI de Northanger Abbey, dans la bouche d'Isabella Thorpe[194].
C'est aussi pendant ces séances du soir que s'affute l'art du dialogue de Jane Austen, qui, lorsqu'elle en vient à lire ses premiers romans à haute voix, peut mesurer son style à celui d'auteurs tels que Richardson ou Fielding[195].
Enfin, le contexte familial lui procure l'occasion d'exercer son humour, car ses frères, tout comme elle, ne manquent pas d'esprit. Edward, de caractère jovial, Henry, toujours optimiste, même devant les échecs professionnels, James aussi, l'aîné, pourtant de caractère plus grave, tous se livrent à de joyeux échanges verbaux qui égayent la maisonnée, à quoi Francis et surtout Charles l'espiègle, « notre petit frère adoré », donnent hardiment la réplique[196].
[modifier] Auteurs marquants
[modifier] Fanny Burney
Fanny Burney (1752-1840) partage avec Jane Austen le sens du picaresque féminin et du bizarre, lui révèle les possibilités du discours indirect libre et aborde certains thèmes « féministes » que Jane Austen reprendra. Northanger Abbey donne d'ailleurs à Jane l'occasion de rendre un hommage appuyé à cette aînée[197] : en effet, les romans de Fanny Burney, Camilla, Evelina, Cecilia, ou The Wanderer critiquent l'hypocrisie de la société patriarcale, dont les figures masculines sont souvent les premières à opprimer les femmes qu'elles sont censées protéger[198].
[modifier] Samuel Richardson
Samuel Richardson a eu également une influence considérable sur l'œuvre de Jane Austen, qui avait lu et relu The History of Sir Charles Grandison. Certaines scènes de Mansfield Park (Fanny à Portsmouth) évoquent Clarissa (Clarisse Harlowe), dont l'angoisse préfigure celle de Fanny[199]. Paradoxalement, Jane Austen se livre à une satire du sentimentalisme de Richardson, mais se réfère constamment à lui, et, chaque fois qu'elle met un nouveau roman en chantier, elle retourne à Sir Charles Grandison[200].
[modifier] Henry Fielding
Jane Austen partage avec Henry Fielding le goût de la parodie, telle celle de Shamela (1741), qui moque le Paméla ou la Vertu récompensée de Richardson[201]. De plus, Jane avait lu Tom Jones, ce à quoi son pasteur de père n'avait manifestement pas fait d'objection, bien qu'au fil de l'intrigue, on y côtoyât des prostituées.
[modifier] Autres influences
Elles sont nombreuses, car Jane Austen lit beaucoup, et toute sa vie (ainsi, à Chawton, elle est inscrite à un club de lecture) ; de plus, ses talents d'imitatrice lui permettent de s'approprier sans effort les éléments stylistiques de tel ou tel auteur[195]. Aussi compte-t-on parmi d'autres sources de son inspiration les noms de Ann Radcliffe et son Udolpho, Oliver Goldsmith, George Crabb, et également, parmi les auteurs plus récents, Sir Walter Scott, Thomas Campbell, Robert Burns (cité dans Sanditon), Maria Edgeworth (avec en particulier Belinda) ou William Wordsworth[202].
[modifier] Style
[modifier] Humour et ironie
Sans doute le premier aspect qui frappera le lecteur découvrant les romans de Jane Austen sera-t-il son humour — dont elle use pour dégonfler (« debunk ») la vanité prétentieuse de ses personnages[203] — et son style pétillant[204]. La gaieté, cependant, la légèreté, ces traits d'esprit souvent inattendus s'entremêlent parfois à une ironie plus mordante.
Chaque roman est ainsi parsemé de notations rapides, certaines relevant d'un humour décalé, comme inconscient, qui n'en réjouit que plus le lecteur. Ainsi, dès les premières pages de Persuasion, Elizabeth Elliot, fille, comme sa sœur Anne, de Sir Walter Eliott, baronnet à la fortune chancelante, réfléchit aux moyens de faire face aux très sérieuses difficultés financières de la famille :
« Elizabeth had (…) set seriously to think what could be done, and had finally proposed these two branches of economy, to cut off some unnecessary charities, and to refrain from new furnishing the drawing-room; to which expedients she afterwards added the happy thought of their taking no present down to Anne, as had been the usual yearly custom[205]. »
« Elizabeth s'était mise (…) à réfléchir sérieusement à ce que l'on pouvait faire, et avait finalement proposé ces deux axes d'économies : supprimer quelques dons inutiles à des œuvres de charité, et s'abstenir de changer le mobilier du salon ; à ces expédients, elle ajouta plus tard l'heureuse idée de ne plus offrir de cadeau à Anne, comme cela avait été la coutume chaque année. »
Dans son essai de 1952, Jane Austen: Irony as Defense and Discovery (Jane Austen : l'ironie comme instrument de défense et de découverte), Marvin Mudrick voit dans l'ironie de Jane Austen « une défense contre ses sentiments, et le signe révélateur de l'étroitesse et de l'amertume de sa vie de vieille fille »[206], thèse quelque peu battue en brèche par l'omniprésence de l'ironie depuis les Juvenilia. Cela dit, dans un deuxième temps, l'essai montre que la démarche ironique se fait aussi instrument de découverte, par lequel l'auteur invite le lecteur à s'interroger sur le sens de ce qu'elle écrit et, du coup, à interpréter plus finement la réalité et les interactions d'un personnage à l'autre[207].
Un exemple classique en est la phrase qui ouvre Pride and Prejudice : « It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune, must be in want of a wife » (« c'est une vérité universellement reconnue qu'un célibataire à la tête d'une belle fortune est forcément en quête d'une épouse ») ; car, derrière l'apparence, se niche l'invitation à prendre conscience que les filles à marier recherchent des hommes fortunés, ce que précise, d'ailleurs, la suite du paragraphe : « This truth is so well fixed in the minds of the surrounding families, that he is considered as the rightful property of some one or other of their daughters » (« Cette vérité est si bien ancrée dans l'esprit des familles des alentours qu'il [l'homme fortuné] est considéré comme la propriété légitime de l'une ou l'autre de leurs filles »)[207].
Il arrive que l'humour, prenant alors la forme du trait d'esprit, se fasse plus méchant (wicked wit), voire choquant, tel que l'atteste l'une des lettres qu'elle écrit à Cassandra : « Mrs Hall, of Sherborne, was brought to bed yesterday of a dead child, some weeks before she expected, owing to a fright. I suppose she happened unawares to look at her husband. » (« Mme Hall, de Sherborne, a accouché hier d'un enfant mort-né, quelques semaines avant la date prévue, à la suite d'une grande frayeur. J'imagine que, sans y prendre garde, elle aura regardé son mari. »)[208].
On a pu voir dans cet humour, sombre et quelque peu inconvenant, une défense contre la dureté de la condition féminine (trois de ses belles-sœurs meurent en couche[208]). Cependant, si Jane Austen apparaît auprès de ses vingt-quatre neveux et nièces comme good quiet Aunt Jane (Tante Jane si bonne et si tranquille), elle s'avère en réalité une redoutable observatrice de la société qui l'entoure, n'hésitant guère à stigmatiser les défauts de ses contemporains et ne dédaignant pas de choquer[209].
[modifier] Discours indirect libre
Peinture de Edward Francisco Burney, 1784-1785.
Autre caractéristique du style de Jane Austen, son recours fréquent au discours indirect libre (free indirect speech). Il s'agit d'une forme narrative dont la particularité est de ne pas utiliser de verbe introductif (« parler », « dire », ou encore « penser ») ; autrement dit, la proposition subordonnée contenant l'énoncé cité se retrouve privée de proposition principale. Ainsi, la voix du personnage et celle du narrateur s'enchevêtrent, de sorte qu'on ne sait trop qui parle, le narrateur ou le personnage. De plus, allégé de toute partie et ponctuation introductives, ce mode narratif confère fluidité et vivacité au récit.
Ainsi, dans Northanger Abbey, Jane Austen fait penser tout haut son héroïne, Catherine Morland, alors que son imagination endiablée métamorphose l'abbaye en un lieu ayant recelé de sombres drames, à l'instar des extravagances gothiques qu'elle apprécie tant :
« (…) Catherine's blood ran cold with the horrid suggestions which naturally sprang from these words. Could it be possible? Could Henry's father —? And yet how many were the examples to justify even the blackest suspicions! (…)[210] »
« (…) Le sang de Catherine se glaça à l'idée des horribles implications qu'évoquaient tout naturellement ces mots. Était-ce possible ? Le père de Henry avait-il pu … ? Et pourtant, qu'ils étaient nombreux les exemples justifiant jusqu'aux soupçons les plus noirs ! (…)[N 7] »
Cette forme narrative, comme le rappelle Margaret Anne Doody, a été introduite dans la littérature anglaise par Fanny Burney et quelques autres écrivains femmes de la fin du XVIIIe siècle, dont Jane Austen a ainsi recueilli l'héritage[211].
Ce free indirect speech, le discours indirect libre, a pu être perçu comme une forme d'ironie, dans la mesure où l'auteur fait semblant d'adhérer aux propos du personnage ; à l'inverse, mais on peut aussi y voir une marque de sympathie[211], et d'invitation à l'empathie du lecteur. Le ton ironique est évident dans Northanger Abbey, où Jane Austen laisse libre cours à l'imagination de son héroïne, mais son usage se fait plus complexe dans les autres romans. Ainsi, dans Emma, quand les pensées de l'héroïne sont rapportées indirectement, Jane Austen entend, en fait, mettre en lumière sa redoutable délectation à manipuler son entourage.
Armée des prémices dont elle a hérité, Jane Austen apparaît donc comme le premier écrivain à avoir donné au discours indirect libre la fonction de représenter le « moi » dans l'instantanéité du vécu (to represent the lived self in the moment)[212].
[modifier] Thèmes
[modifier] Relations sociales à l'orée du XIXe siècle
À la fin du XVIIIe siècle, les distractions possibles, pour une société aisée disposant de loisirs importants, restent peu nombreuses et sont essentiellement tributaires des relations sociales que l'on entretient avec ses voisins.
Pour les héros de Jane Austen, comme pour sa propre famille, ces activités sont limitées par les distances qu'on peut parcourir avec un attelage[213], ce qui circonscrit les fréquentations, surtout à la campagne.
Ainsi, les Austen sont très liés avec une douzaine de foyers, les Digweed de Steventon, les Bigg de Manydown, les Lefroy d'Ashe, etc. Ensemble, on organise des dîners, des bals, des jeux de cartes, ou on suit la meute de la chasse à courre[213]. On se réunit aussi pour de simples soirées, une demoiselle faisant montre de ses talents de pianiste, régalant l'assistance ou lançant un bal improvisé.
Les possibilités de loisir sont aussi déterminées par l'éloignement des villes. Dans Sense and Sensibility, on met trois jours pour aller de Barton, Devon, à Londres[214] ; pas question, en conséquence, de n'y passer que quelques jours, mais des semaines, voire des mois. Les voyages à Bath[215] — ville d'eau prisée, plutôt mondaine et un peu « snob »[216](« snob » : mot à l'étymologie douteuse, peut-être « sine nobilitate », que Thackeray sera le premier à exploiter dans The Book of Snobs [Le Livre des snobs]) — ou à Londres, la grande ville où tout est possible, deviennent des expéditions de longue durée, et le retour dépendra des circonstances.
Quand on rend visite à un parent résidant dans une autre région, on s'attarde une quinzaine, un mois, plusieurs mois … , à charge de réciprocité. Ce sera en ces occasions familiales que Jane et sa sœur Cassandra seront le plus souvent amenées à se séparer, donc à s'écrire.
Tel est le mode de vie et de loisir constituant la toile de fond des romans de Jane Austen.
[modifier] Mariage et condition féminine à cette époque
Le mariage — avec en arrière-plan permanent la condition féminine en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe — est le thème le plus évident[217] et le plus présent dans les romans de Jane Austen, l'aboutissement, le but ultime vers lequel tendent toutes les rencontres sociales entre jeune gens.
Le droit anglais ne reconnaissant pas la femme comme sujet juridiquement indépendant, le mariage « la couvre » ; elle est, en effet, « covered » par les droits reconnus à son époux sur les plans économiques et politiques. Sinon, selon le droit coutumier, le père ou la famille gèrent ses intérêts[218].
Au début du XIXe siècle, une femme s'estime à l'aune de sa « mariabilité » (Marriageability is the primary criterion of female value)[219]. On accorde la plus grande attention à sa beauté, mais aussi à ses accomplishments, talents d'agrément destinés à faire honneur au futur mari, le piano, le chant, le dessin et l'aquarelle, la maîtrise du français et, parfois, un peu de géographie.
Le rôle de la femme est tellement assujetti au mariage que ce n'est qu'en 1918 qu'elle obtiendra de voter aux élections législatives, et encore propose-t-on d'exclure les vieilles filles, en raison de « leur échec à attirer ou plaire à un compagnon » (they had failed « to please or attract » mates)[219].
Le statut de « vieille fille » s'attribue très tôt et l'âge mûr arrive à grands pas. Anne Elliot, l'héroïne de Persuasion, est une beauté « fanée » à vingt-sept ans (her bloom had vanished early), et semble vouée au célibat[220].
À trente-huit ans, Jane Austen sait qu'elle a atteint l'âge de la dame respectable, et elle s'en accommode sur le mode humoristique : « (…) as I leave off being young, I find many Douceurs in being a sort of Chaperon for I am put on the Sofa near the Fire & can drink as much wine as I like »[221] (« (…) maintenant que la jeunesse m'abandonne, je trouve bien des agréments à être une sorte de chaperon, car on m'installe sur le sofa près du feu, et je peux boire autant de vin qu'il me plait. »). Jane Austen reçoit l'aide de ses frères et, dans une moindre mesure, jouit du profit de ses romans, mais les vieilles filles moins privilégiées peinent à subvenir à leurs besoins, bien peu de professions leur étant accessibles.
De plus, les femmes peuvent se voir désavantagées par la transmission du patrimoine parental. Bien souvent, des clauses testamentaires prévoient que la fortune de la famille ira à un héritier mâle, peut-être un lointain cousin. Les filles de la famille se trouvent alors déshéritées, voire chassées de leur logis à la mort de leur père. De telles dispositions régissent l'arrière-plan de plusieurs romans de Jane Austen, Pride and Prejudice, où la pratique de l'entail est expliquée au chapitre XIII, et aussi Persuasion et Sense and Sensibility.
Rien d'étonnant, dans de telles conditions, que Mrs Bennet, dans Pride and Prejudice, ait pour premier souci, quasi-obsessionnel, de « bien marier » ses cinq filles.
[modifier] Critique sociale et féminisme
La condition de la femme et ses difficultés sociales expliquent aisément que la critique contemporaine privilégie l'aspect « féministe » chez Jane Austen[222].
Ainsi,Northanger Abbey, en dehors de ses aspects parodiques, apparaît sous une nouvelle dimension : sa violente attaque contre The Spectator, à la fin du chapitre V, stigmatisant le dédain dans lequel le magazine tient les romans écrits par des femmes, ou la description de la façon parfaitement intéressée et malséante dont l'héroïne, Catherine Morland, est traitée par le général Tilney deviennent autant de signes révélateurs d'une revendication de la part de l'auteur[223].
Cela dit, les lecteurs de Jane Austen recherchent avant tout le plaisir que procure son style vif et alerte, d'autant que la manière dont ses héroïnes aspirent au mariage leur semble bien peu féministe et correspondant plutôt à une vision très conservatrice[222].
À l'inverse, certains critiques, comme Misty G. Anderson, voient en Mansfield Park un précurseur du roman lesbien, au vu de « la façon remarquable dont Mary et Fanny sont attirées l'une vers l'autre »[224].
Sans doute est-il vain de chercher chez Jane Austen un concept qui n'est apparu dans le vocabulaire qu'en 1851, avec l'entrée du mot feminism dans l'Oxford English Dictionary, et plus tard encore dans le langage courant, où le mot féminist ne se rencontre qu'à partir des années 1880-1890[225].
En revanche, ce sont bien ces héroïnes qui donnent vie à aux romans et y exposent leurs préoccupations, leurs idées, leurs révoltes ou leurs sentiments d'injustice. Elles sont souvent brillantes, analysent finement le monde qui les entourent et savent se montrer fortes. Des personnages comme Elizabeth Bennet (Pride and Prejudice) ou Emma Woodhouse (Emma) plaident la cause du féminisme par leur existence même[226], si bien que leur fréquentation par les femmes a contribué à constituer une indéniable « culture féminine », quelle que soit l'étiquette précise que l'on veuille lui attribuer.
[modifier] Code moral
Les romans de Jane Austen sont sous-tendus par un certain code moral : ne pas dépenser plus que son revenu (not to live beyond one's income), savoir être aimable avec ses inférieurs, ne pas être hautain et méprisant, avoir un comportement honorable, qualités éminemment recommandables et tout particulièrement exprimées dans Pride and Préjudice.
George Austen, d'ailleurs, en recommande l'exercice à son fils Francis, alors qu'il s'embarque sur la frégate HMS Perseverance le 23 décembre 1788 comme engagé (Volunteer) à quatorze ans[227],[228] :
« (…) Vous partez si loin que vous ne pourrez plus me consulter (…). Par conséquent, je pense qu'il est nécessaire, avant votre départ, de vous livrer mes sentiments sur des sujets généraux, que j'estime de la plus grande importance pour vous[227]. »
« (…) Vous pouvez soit, par une attitude méprisante, odieuse et égoïste, susciter le dégoût et l'aversion, soit, par votre affabilité, votre bonne humeur et une attitude accommodante, devenir un objet d'estime et d'affection pour autrui. (…) il vous appartiendra (…) de vous concilier la bienveillance par tous les moyens honorables à votre disposition[227]. »
« (…) Tenez une comptabilité exacte de tout ce que vous recevez ou dépensez, (…) et ne vous laissez en aucun cas persuader de risquer votre argent au jeu[227]. »
George Austen, manifestement, s'occupe de l'éducation morale de ses enfants, et la leçon a bien été retenue par sa fille.
[modifier] Thèmes « gothiques »
Les romans gothiques, si prisés alors, tels que ceux d'Ann Radcliffe, l'auteur des Mystères d'Udolphe (écrit en 1794), ont mis à la mode ces intrigues sombres où d'innocentes jeunes femmes sont confrontées à de mystérieux personnages demeurant dans de sinistres châteaux.
Cette approche dramatisée, aussi peu réaliste que possible, est fort loin du style naturel de Jane Austen, qui n'y fait qu'une incursion, sur le mode parodique, dans Northanger Abbey : l'ancienne abbaye qu'habite la famille Tilney prend en effet aux yeux de la jeune Catherine Morland des allures de sombre demeure. Son ami Henry Tilney moque ses craintes mêlées d'une certaine excitation : « Will not your mind misgive you when you find yourself in this gloomy chamber — too lofty and extensive for you, with only the feeble rays of a single lamp to take in its size (…) ? » (« Votre esprit ne concevra-t-il pas quelque appréhension lorsque vous vous retrouverez dans cette chambre lugubre — trop haute et trop vaste pour vous, avec les faibles rayons d'une unique lampe pour vous en révéler l'étendue (…) ? »)[230].
Jane Austen fait là une magistrale démontration qu'elle aurait pu écrire un roman gothique tout aussi terrifiant que ceux d'Ann Radcliffe ou de Matthew « Monk » Lewis, mais son but est de souligner à quel point la jeune Catherine Morland aime à se faire peur : lorsqu'un mystérieux manuscrit se révèle n'être qu'une simple note de blanchisserie oubliée, elle continue, contre toute vraisemblance, à traquer les drames que l'abbaye n'a pu manquer d'abriter[230].
[modifier] Autres thèmes
[modifier] Le roman et les romancières aux environs de 1800
Les romans connaissent alors une grande vogue, en particulier auprès des femmes, dont l'éducation a considérablement progressé au cours du XVIIIe siècle[231].
D'ailleurs, ce sont elles qui sont à l'origine de cette évolution, puisqu'on estime qu'entre 1692 et la fin du XVIIIe, la majorité des romans est écrite par des auteurs féminins[232].
Le roman, pour autant, n'a pas l'aura de la poésie, genre noble par excellence. Ainsi, Margaret Oliphant, essayiste, historienne et mère de cinq enfants, note en 1882 que si la culture britannique célèbre les hommes pour être à l'origine du « flux de noble poésie au tournant du 18e et du 19e siècle, [.…] elle néglige l'émergence soudaine, à la même époque, d'une forme purement féminine du génie littéraire » (negligent of the sudden development of purely feminine genius at the same great era)[233].
La culture masculine, en effet, qu'incarnent à la fin du XVIIe Swift ou Pope, voit d'un mauvais œil l'intrusion de female wits (« de femmes d'esprit ») dans la littérature ; d'ailleurs, un facile jeu de mots permet de salir ces auteurs en assimilant les « femmes publiées » aux « femmes publiques », soit aux prostituées (female publication = public woman)[234].
Aussi, les héros de Jane Austen prennent-ils parfois la défense des romans. Tel est le cas dans Northanger Abbey, par la voix de Catherine Morland et de Henry Tilney, et dans le long développement, souvent commenté, de la fin du chapitre V, où Jane Austen utilise à peu près les mêmes termes que le fera Margaret Oliphant.
[modifier] Jane Austen, chantre des paysages anglais
L'évocation des paysages anglais et de leur beauté est très présente dans les romans de Jane Austen. Outre sa sensibilité propre à cet égard, sans doute faut-il y voir aussi le souvenir de William Cowper, dont les œuvres figurent dans la bibliothèque familiale.
Ainsi, le chapitre 9 de Sense and Sensibility parle abondamment des beautés du Devon, autour de Barton Cottage, qui incitent à la promenade (The whole country about them abounded in beautiful walks — « Tout le pays qui les environnait abondait en belles promenades à pied »)[235].
Le charme de la campagne anglaise est également évoqué lors de la longue promenade automnale vers Winthrop que font Anne Elliot et sa famille dans Persuasion : (…) Her pleasure in the walk must arise (…) from the view of the last smiles of the year upon the tawny leaves and withered hedges (« Pour elle, le plaisir de la promenade devait venir de la contemplation des derniers sourires de l'année sur les feuilles rousses et les haies fanées »)[236].
Pride and Prejudice, enfin, met longuement en valeur le somptueux château et l'immense parc de Pemberley [237], parc qui retient tout l'intérêt de Mrs Gardiner à la fin de sa longue lettre à Elizabeth Bennet[238].
[modifier] Révolution Française et guerres napoléoniennes
Même si cet aspect apparaît peu dans ses romans, Jane Austen vit une époque déchirée par la Révolution Française et les guerres napoléoniennes. Les conséquences s'en font sentir au sein même de sa famille, puisque le mari de sa cousine Eliza Hancock, Jean-François de Feuillide, est guillotiné en février 1794[239].
Ses deux frères Francis et Charles, qui deviendront tous deux amiraux de la Royal Navy, servent pendant les guerres contre la France. La guerre permet aux officiers, au péril de leur vie, de monter rapidement en grade et aussi d'amasser une fortune grâce à leurs prises (prize money). On retrouve l'écho de ces préoccupations dans les accents patriotiques, lancés à la gloire de la Royal Navy, qui concluent Persuasion : She gloried in being a sailor's wife, but she must pay the tax of quick alarm for belonging to the profession which is, if possible, more distinguished in its domestic virtues as in its national importance (« Elle était fière d'être l'épouse d'un marin, mais elle devait bien souvent trembler qu'il fasse partie d'un corps se distinguant par ses vertus domestiques autant que par son importance nationale »).
Jane Austen, tory dans l'âme depuis son adolescence, comme le montre son Histoire de l'Angleterre, est loin d'être une révolutionnaire ; pour autant, cela ne l'empêche pas d'afficher sa conviction que de profonds changements sont nécessaires. En témoignent certains passages de Mansfield Park, où Fanny Price prend la mesure des réformes concernant l'organisation des grandes propriétés. Aussi, certains critiques, tels Alistair Duckworth et Marilyn Butler, ont relevé dans son œuvre des accents rappelant Burke, son opposition à la Révolution Française, mais aussi son souci de réformer la propriété terrienne et les institutions sociales de façon plus radicale. Pour Jane Austen, ces réformes ne concernent pas tant son intérêt individuel que le bien collectif[240].
[modifier] Postérité de l'œuvre
[modifier] Ouvrages critiques
- Allan Bloom, Love and Friendship (tr.fr. L'amour et l'amitié, Livre de Poche. Biblio-Essais, 2003). Cet ouvrage, qui contient des commentaires suivis des œuvres de Jean-Jacques Rousseau, Platon et Shakespeare contient aussi un chapitre suggestif sur l'œuvre de Jane Austen.
[modifier] Adaptations cinématographiques et télévisuelles
- 1940 : Orgueil et préjugés (Pride and Prejudice) réalisé par Robert Z. Leonard ;
- 1995 : Pride and prejudice, téléfilm avec Colin Firth et Jennifer Ehle ;
- 2004 : Coup de foudre à Bollywood (Bride and Prejudice) de Gurinder Chadha, film américano-britannique avec Aishwarya Rai et Martin Henderson ;
- 2005 : Orgueil et préjugés ; (Pride and Prejudice) de Joe Wright, avec Keira Knightley.
- 1972 : Emma, série produite par la BBC ;
- 1995 : Emma, téléfilm réalisé par Diarmuid Lawrence, avec Kate Beckinsale ;
- 1997 : Emma, l'entremetteuse (Emma) réalisé par Douglas McGrath, avec Gwyneth Paltrow.
- 1971 : Sense and Sensibility, mini-série de David Giles pour la BBC, avec Joanna David dans le rôle d'Elinor et Ciaran Madden dans celui de Marianne ;
- 1981 : Sense and Sensibility, mini-série de Rodney Bennett pour la BBC, avec Irene Richard et Tracey Childs ;
- 1995 : Raison et sentiments ; (Sense and sensibility) de Ang Lee avec Emma Thompson, Kate Winslet et Alan Rickman ;
- 2000 : Kandukondain Kandukondain, un film indien basé sur le roman, avec Tabu et Aishwarya Rai ;
- 2008 : Sense and Sensibility, mini-série de John Alexander pour la BBC, avec Hattie Morahan et Charity Wakefield.
- 1999 : Mansfield Park, film britannique de Patricia Rozema., avec Frances O'Connor et Embeth Davidtz.
[modifier] Œuvres inspirées par Jane Austen
- Cinéma
- 2007 : The Jane Austen Book Club (fiction fondée sur les œuvres majeures de l'écrivain) ;
- 2007 : Jane (Becoming Jane), biographie romancée de Jane Austen réalisée par Julian Jarrold, avec Anne Hathaway dans le rôle-titre, et James McAvoy dans celui de Tom Lefroy.
- Littérature
- Nuit et jour, le deuxième roman de Virginia Woolf, dans toute sa facture, style, personnages, trame de l'histoire, est largement inspiré de Jane Austen que Virginia Woolf admire profondément et dont elle parle régulièrement dans son journal.
- Le journal de Bridget Jones (Bridget Jones's Diary) de Helen Fielding, hommage multiple à Orgueil et Préjugés. Ce roman a été adapté au cinéma en 2001.
- Télévision
- 2008 Lost in Austen, mini-série en quatre épisodes de ITV : Amanda Price est une jeune femme à l’existence ordinaire qui aime se plonger dans les romans de Jane Austen, et surtout Orgueil et Préjugés. Un jour, Elizabeth Bennet apparaît dans sa salle de bains et lui montre un passage entre leurs deux mondes. Alors, Amanda se retrouve au sein de la famille Bennet, sans possibilité de retour, Lizzie ayant refermé la porte derrière elle…
- Musique
- 1998 : Jane Austen's Door (morceau du guitariste Steve Hackett, du groupe anglais Genesis).
[modifier] Chronologie de la vie et de l'œuvre de Jane Austen
Événements clés touchant à la vie et l'œuvre de Jane Austen, y compris certains évènements d'importance nationale[241],[242],[243],[244].
[modifier] L'enfance et adolescence
- 1775 : 16 décembre. Naissance de Jane Austen à Steventon, seconde fille, après Cassandra Elizabeth, d'une famille comprenant deux filles et six garçons.
- 1779 : Naissance de Charles Austen, le plus jeune fils.
- 1781 : La cousine de Jane, Eliza Hancock, épouse en France Jean-François Capot de Feuillide.
- 1782 : Les Austen montent leurs premières pièces de théatre amateur.
- 1783 : Avec leur cousine Jane Cooper, Jane et Cassandra étudient sous la direction de Mrs Cawley, à Oxford d'abord, puis à Southampton, où elles contractent le typhus.
- 1785 : Études à Abbey House School, à Reading, avec Cassandra.
- 1786 : Leur frère Francis entre à la Royal Naval Academy, à Portsmouth. Jane et Cassandra quittent définitivement l'école.
- 1787 : Jane commence à écrire ses Juvenilia. Sa cousine Eliza de Feuillide leur rend visite à Steventon.
- 1788 : Leur frère Henry va au Saint John's College d'Oxford. Francis part aux Indes orientales sur le HMS Perseverance.
- 1789 : James et Henry, à Oxford, commence la publication de leur périodique The Loiterer (jusqu'en mars 1790).
Le 14 juillet, la Révolution Française éclate. - 1790 : Jane termine Love and Freindship au mois de juin.
- 1791 : Charles, le plus jeune frère, rentre à son tour à la Royal Naval Academy à Portsmouth. Edward épouse Elizabeth Bridges.
- 1792 : Jane commence Catharine, or the Bower. Cassandra et Tom Fowle se fiancent.
- 1793 : 3 juin. Jane termine ses Juvenilia.
- 1794 : Jane travaille sans doute à Lady Susan. En février, le mari d'Eliza de Feuillide est guillotiné en France.
[modifier] Les grands romans
- 1795 : Jane écrit Elinor and Marianne, première version du futur Sense and Sensibility. Le 3 mai, Anne, la première femme de James, meurt, et leur fille Anna est envoyé vivre à Steventon. Flirt de Jane avec Tom Lefroy.
- 1796 : Jane commence First Impressions, le futur Pride and Prejudice.
- 1797 : James épouse Mary Lloyd. En août, Jane termine First Impressions. Le fiancé de Cassandra, Tom Fowle, meurt d'une mauvaise fièvre au large de Saint-Domingue. Henry épouse sa cousine Eliza de Feuillide, veuve de son mari français.
- 1798 ; Jane commence peut-être alors l'écriture de Susan, qui deviendra plus tard Northanger Abbey.
Victoire de Nelson sur la flotte française à Aboukir. - 1799 : Jane termine probablement Susan cette année-là.
- 1800 : George Austen décide de prendre sa retraite, et déménage avec sa famille à Bath.
- 1801 : Jane vit peut-être une brêve aventure sentimentale avec un homme rencontré lors de vacances à Sidmouth ; mais il décède peu après.
Naissance du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, par l'union, le 1er janvier, de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. - 1802 : 2 décembre. Harris Bigg-Wither demande Jane en mariage. Elle accepte tout d'abord, mais reprend son consentement le lendemain.
- 1803 : Jane vend Susan (Northanger Abbey) à l'éditeur Crosby, de Londres ; mais celui-ci ne publie pas le roman.
- 1804 : Jane commence The Watsons.
- 1805 : George Austen, le père de Jane, meurt subitement en janvier. Jane arrête la rédaction de The Watsons. Il se peut que Jane soit courtisée par Edward Bridges.
Victoire de Nelson à Trafalgar le 21 octobre. - 1807 : Jane et sa famille déménagent à Southampton, pour s'installer chez Frank et sa femme. Charles épouse Fanny Palmer aux Bermudes.
La Grande-Bretagne abolit le commerce des esclaves, par le Slave Trade Act, voté le 25 mars. - 1808 : Elizabeth, la femme d'Edward, meurt en couches en donnant naissance à leur onzième enfant.
- 1809 : En avril, Jane s'efforce — sans succès — d'obtenir de Crosby qu'il publie Susan. En juillet, Jane, Cassandra, Mrs Austen et Martha déménagent pour aller s'installer à Chawton, dans le Hampshire, dans un cottage appartenant à Edward.
- 1810 : L'éditeur Egerton accepte Sense and Sensibility.
- 1811 : En octobre, Sense and Sensibility est publié aux risques de l'auteur (on commission). Jane commence Mansfield Park, et retravaille First Impressions pour en faire Pride and Prejudice.
- 1812 : Jane vend les droits de Pride and Prejudice pour 110 livres sterling (£110). La famille d'Edward prend le nom de Knight à la mort de Catherine Knight.
- 1813 : En janvier, Pride and Prejudice est publié et remporte un vif succès. Jane termine Mansfield Park. Réédition de Sense and Sensibility et de Pride and Prejudice. La cousine et belle-sœur de Jane, Eliza, meurt.
- 1814 : Le 21 janvier, Jane commence Emma. Egerton publie Mansfield Park aux risques de l'auteur ; cette première édition est épuisée en six mois. Fanny, la femme de Charles, meurt en couches. La nièce de Jane, Anna Austen, épouse Ben Lefroy.
- 1815 : Jane termine Emma le 29 mars, et commence Persuasion. On l'invite à dédicacer Emma au Prince Régent, qu'elle n'aime guère, mais il est difficile de refuser. Emma est publié par Murray en décembre.
Victoire de l'armée alliée sur l'armée française à Waterloo le 18 juin.
[modifier] La maladie et la mort
- 1816 : Faillite de la banque d'Henry. Jane termine Persuasion au mois d'août. Sa santé commence à s'affaiblir.
- 1817 : Jane travaille sur Sanditon de janvier à mars. Elle déménage avec Cassandra à Winchester, pour disposer de soins médicaux plus accessibles.
Le 18 juillet, à 4h30 du matin, Jane Austen meurt, et est enterrée dans la cathédrale de Winchester. En décembre, Persuasion et Northanger Abbey sont publiés ensemble, datés de 1818, accompagnés d'une « notice biographique » rédigée par Henry.
[modifier] Annexes
[modifier] Notes
- ↑ Irene Collins estime que, lorsque George Austen prend ses fonctions de recteur en 1764, Steventon ne compte pas plus de trente familles. Irene Collins, p. 86.
- ↑ Deirdre Le Faye et Collins ajoutent que les Austen suivent cette coutume pour tous leurs enfants.
- ↑ Pour les conventions sociales de la gentry en général, voir Collins, 105.
- ↑ « I am almost afraid to tell you how my Irish friend and I behaved. Imagine to yourself everything most profligate and shocking in the way of dancing and sitting down together ».
- ↑ Citation : « She is perfect in what she attempts… but her excellence lies, I do hold, rather in the execution than the aspiration. It is a narrow, earthly, & essentially unpoetical view of life […] Her human characters never look up; and when they look within, it is not deeply… Conventional Life is not the Inward Life. […] God, Nature, the Soul … what does she say, or suggest of these? ».
- ↑ « Mon cher Dr Johnson », dit de lui Jane Austen (cité par David Cecil, Un portrait de Jane Austen, 2009, p. 70).
- ↑ De plus, le discours indirect libre permet ici, par des phrases incomplètes et hachées, de rendre compte de l'émoi de Catherine, dont les idées s'entrechoquent et se télescopent.
[modifier] Références
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 102
- ↑ Mary Lascelles 1966, p. 2
- ↑ Pour toute précision sur la petite gentry, voir Irene Collins 1994, p. ix-x
- ↑ Park Honan 1987, p. 79, 183-185
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 66-68
- ↑ Mary Lascelles 1966, p. 4-5
- ↑ MacDonagh, 110-28.
- ↑ Litz, 3-14 ; Grundy, "Jane Austen and Literary Traditions", The Cambridge Companion to Jane Austen, 192-93 ; Waldron, "Critical Responses, Early", Jane Austen in Context, p. 83, 89-90 ; Duffy, "Criticism, 1814-1870", The Jane Austen Companion, 93-94.
- ↑ Litz, 142.
- ↑ Irene Collins 1994, p. 160-161
- ↑ MacDonagh, 66-75.
- ↑ Park Honan 1987, p. 124-127
- ↑ Trott, "Critical Responses, 1830-1970", Jane Austen in Context, 92.
- ↑ a b c Jan Fergus, Janet M. Todd 2005, p. 3-4, « Biography »
- ↑ Janet M. Todd, "Letters", Jane Austen in Context, 2005, p. 33
- ↑ Deirdre Le Faye 2003, p. 270
- ↑ David Nokes 1998, p. 1
- ↑ Deirdre Le Faye 2003, p. 279
- ↑ Park Honan 1987, p. 29-30
- ↑ Park Honan 1987, p. 11-14
- ↑ Tucker, "Jane Austen's Family", The Jane Austen Companion, 143.
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 6, 13-16, 147-151, 170-171
- ↑ Irene Collins 1994, p. 10-11
- ↑ Greene, "Jane Austen and the Peerage", Jane Austen: A Collection of Critical Essays, 156-57; Jan Fergus, "Biography", Jane Austen in Context, 5-6.
- ↑ Park Honan 1987, p. 14, 17-18
- ↑ Irene Collins 1994, p. 54
- ↑ Deirdre Le Faye, A chronology of Jane Austen and her family, Cambridge University Press, 2006, p. 1
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 142
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- ↑ Irene Collins 1994, p. 17
- ↑ MacDonagh, 50-51; Park Honan, Jane Austen: A Life, 1987, p. 24, 246.
- ↑ a b Deirdre Le Faye 2003, p. 22
- ↑ Tucker, "Jane Austen's Family", 147
- ↑ Deirdre Le Faye 2003, p. 43-44
- ↑ Deirdre Le Faye 2003, p. 20
- ↑ Deirdre Le Faye 2003, p. 27
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 7-9
- ↑ Park Honan 1987, p. 21-22
- ↑ Irene Collins 1994, p. 86
- ↑ Deirdre Le Faye 2003, p. 19
- ↑ Deirdre Le Faye 2003, p. 47-49
- ↑ Irene Collins 1994, p. 35, 133
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 9-10, 26, 33-38, 42-43
- ↑ Irene Collins 1994, p. 133-134
- ↑ Deirdre Le Faye 2003, p. 52
- ↑ Mary Lascelles 1966, p. 7-8
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 28-29, 33-43, 66-67
- ↑ Park Honan 1987, p. 31-34
- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", p. 2-3; Grundy, "Jane Austen and Literary Traditions", 190-91.
- ↑ Irene Collins pense que « Jane Austen utilise quelques-uns des manuels dont s'étaient servi les garçons sous le préceptorat de son père (Irene Collins 1994, p. 42)
- ↑ Park Honan 1987, p. 66-68
- ↑ Irene Collins 1994, p. 43
- ↑ Park Honan 1987, p. 211-212
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- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 31-32, 40-42, 55-57, 62-63
- ↑ Park Honan 1987, p. 35, 47-52, 423-424 note 20
- ↑ Tucker, "Amateur Theatricals at Steventon", The Jane Austen Companion, 1-2; Gay, ix, 1.
- ↑ Park Honan 1987, p. 53-54
- ↑ Mary Lascelles 1966, p. 106-107
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- ↑ Kathlyn Sutherland, Janet M. Todd 2005, p. 15, « Chronology of composition and publication »
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- ↑ LeFaye, "Chronology", 4.
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- ↑ Kathlyn Sutherland, Janet M. Todd 2005, p. 16-18, 21, « Chronology of composition and publication »
- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", 5, 7; Jan Fergus, "Biography", p. 7
- ↑ Litz, 59-60.
- ↑ Maurice Lévy, Le Roman gothique anglais 1764-1824, Paris, Albin Michel, 1995, ISBN 2-226-07624-7
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 182, 199, 254
- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", 5, 6, 10; Fergus, "Biography", 8-9; Sutherland, 16, 18-19, 20-22.
- ↑ Irene Collins 1994, p. 8-9
- ↑ Kathlyn Sutherland, Janet M. Todd 2005, p. 21, « Chronology of composition and publication »
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 168-175
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- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", 6-8; Fergus, "Biography", p. 8.
- ↑ Margaret Anne Doody, "Jane Austen, that disconcerting child" in Alexander and McMaster, The Child Writer, 105.
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- ↑ Deirdre Le Faye, "Memoirs and Biographies", Jane Austen in Context, p. 51.
- ↑ a b David Cecil, Un portrait de Jane Austen, 2009, p.235-239
- ↑ Lettre datée du 18 novembre 1814, Jane Austen's Letters, 278-282.
- ↑ Kathlyn Sutherland, Janet M. Todd 2005, p. 15, 21, « Chronology of composition and publication »
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 182-184
- ↑ Park Honan 1987, p. 203-205
- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", p. 7.
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 186
- ↑ Park Honan 1987, p. 212
- ↑ MacDonagh, 111.
- ↑ Park Honan 1987, p. 213-214
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 194-206
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 207
- ↑ Chawton, lors du recensement de 1811, compte une population de 417 habitants. Collins, 89.
- ↑ Park Honan 1987, p. 237-245
- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", p. 8; Claire Tomalin, Jane Austen: A Life, 1997, p. 194-206 ; MacDonagh, 49.
- ↑ Grey, "Chawton", dans The Jane Austen Companion, 38
- ↑ Park Honan 1987, p. 265-266, 351-352
- ↑ Grey, "Chawton", 37-38; Claire Tomalin, Jane Austen: A Life, 1997, p. 208, 211-212.
- ↑ Doody, "The Shorter Fiction", The Cambridge Companion to Jane Austen, p. 87.
- ↑ Park Honan 1987, p. 289-290
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 218
- ↑ Park Honan 1987, p. 290
- ↑ Park Honan 1987, p. 287
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 210-212, 216-220
- ↑ Kathlyn Sutherland, Janet M. Todd 2005, p. 16-17, 21, « Chronology of composition and publication »
- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", p. 8-9; Fergus, "The Professional Woman Writer", 19-23.
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 236, 240-241, 315, note 5
- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", p. 9; Jan Fergus, "The Professional Woman Writer", p. 22-24; Sutherland, p. 18-19.
- ↑ Lettre de Jane Austen à James Stannier Clarke, 15 novembre 1815 ; lettre de Clarke à Jane Austen, 16 novembre 1815 ; lettre de Jane Austen à John Murray, 23 novembre 1815, Deirdre Le Faye, Jane Austen's Letters, p. 296-298.
- ↑ Park Honan 1987, p. 367-369 : Park Honan y décrit l'épisode en détail.
- ↑ Note sur les relations entre le Prince Régent et Jane Austen (jasna.org); Correspondance; Litz, 164-165.
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 256
- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", p. 8-9; Sutherland, 16-21; Jan Fergus, "The Professional Woman Writer", p. 23-27, 30, n.29, 31, n.33; Jan Fergus, "Biography", p. 10.
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 252-254
- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", p. 6, p. 10; Jan Fergus, "The Professional Woman Writer", p. 26-27.
- ↑ Park Honan 1987, p. 378-379, 385-395
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 261
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 254-271
- ↑ Park Honan 1987, p. 385-405
- ↑ Deirdre Le Faye, "Chronology", p. 10-11; Fergus, "The Professional Woman Writer", 26-27.
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 272
- ↑ Claire Tomalin 1997, p. 321, notes 1 et 3
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- ↑ Gilson, "Editions and Publishing History", p. 137 ; Gilson, "Later publishing history, with illustrations," Jane Austen in Context, p. 127 ; Southam, "Criticism, 1870-1940", 102.
- ↑ Park Honan 1987, p. 289-290
- ↑ Park Honan 1987, p. 287-289, 316-317, 372-373
- ↑ Jan Fergus, Jane Austen: A Literary Life, 1991, p. 18–19 ; B. C. Southam, "Introduction", Vol. 1, 1.
- ↑ Mary Waldron, p. 83–91.
- ↑ B. C. Southam, "Scott in the Quarterly Review", Vol. 1, 58 ; Mary Waldron, "Critical Responses, Early", Jane Austen in Context, 86 ; Duffy, "Criticism, 1814-1870", The Jane Austen Companion, 94-96.
- ↑ Mary Waldron, "Critical Responses, Early", Jane Austen in Context, p. 89-90 ; Duffy, "Criticism, 1814-1870", The Jane Austen Companion, 97 ; Watt, "Introduction", 4-5.
- ↑ Duffy, "Criticism, 1814-1870", The Jane Austen Companion, p. 98-99; MacDonagh, 146; Watt, "Introduction", p. 3-4.
- ↑ B. C. Southam 1968, p. 2, Introduction
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 1, Introduction
- ↑ Johnson, "Austen cults and cultures", The Cambridge Companion to Jane Austen, 211 ; Gilson, "Later publishing history, with illustrations," p. 127.
- ↑ B. C. Southam 1968, p. 152, Introduction
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 20-21, Introduction
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 70
- ↑ Elizabeth Barret Browning, Letters of Elizabeth Barrett Browning to Mary Russell Mitford, 1836-1854, ed. Elvan Kintner, 2 vols., Cambridge, Mass., 1969, ii, page 238.
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 58-62
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 47, Introduction
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 46
- ↑ Johnson, "Austen cults and cultures", The Cambridge Companion to Jane Austen, 213.
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 230
- ↑ B. C. Southam 1968, p. 1, Introduction
- ↑ Brian Southam, cité dans Trott, "Critical Responses, 1830-1970", 92 ; B. C. Southam, ed. Jane Austen: The Critical Heritage, 1812-1870, "Introduction", Vol. 2, p. 79.
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 79
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 99-100
- ↑ voir également Watt, "Introduction", 10-11; Gilson, "Later Publishing History, with Illustrations", 149-50 ; Johnson, “Austen cults and cultures”, 218.
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 107-109, p. 124
- ↑ Claudia L. Johnson, "Austen cults and cultures", Jane Austen: Women, Politics and the Novel, 1988, p. 219; Janet Todd, The Cambridge Introduction to Jane Austen, 2006, p. 20.
- ↑ Janet Todd, The Cambridge Introduction to Jane Austen, 2006, p. 20.
- ↑ B. C. Southam 1987, p. 108, p. 127
- ↑ Watt, "Introduction", 10-11; Stovel, "Further Reading", 233; Todd, p. 20.
- ↑ Cette liste des Juvenilia est tirée de The Works of Jane Austen. Vol VI. 1954. Ed. R. W. Chapman and B. C. Southam. Oxford: Oxford University Press, 1988, as supplemented by additional research reflected in Margaret Anne Doody and Douglas Murray, eds. Catharine and Other Writings Oxford: Oxford University Press, 1993.
- ↑ David Cecil 2009, p. 49
- ↑ Janet M. Todd 2005, p. 41
- ↑ a b Janet M. Todd 2005, p. 42
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[modifier] Bibliographie
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- Divers
- (en) Eileen Gillooly, Smile of discontent: humor, gender, and nineteenth-century British fiction, University of Chicago Press, Chicago, Ill., 1999 (ISBN 9780226294025)
[modifier] Articles connexes
- Famille Austen
- George Austen, père de Jane Austen
- Cassandra Austen, née Leigh, mère de Jane Austen
- James Austen
- Edward Austen
- Cassandra Austen, sœur aînée et meilleure amie de Jane Austen
- Henry Austen
- Francis Austen
- Charles Austen
- Eliza, comtesse de Feuillide
- Fanny Knight, l'une des nièces préférées de Jane Austen
- Anna Austen, l'autre nièce préférée de Jane Austen
- Littérature
- Contexte de l'époque
[modifier] Liens externes
- * The Republic of Pemberley, (plus gros site internet consacré à Jane Austen). Consulté le 3 juin 2009
- L'œuvre de Jane Austen en version audio

- Jane Austen, « Pride and Prejudice », 1853 (numérisé le 11 janvier 2007), Copie de l'exemplaire la New York Public Library. Consulté le 3 juin 2009
- Jane Austen, « Sense and Sensibility », 1833 (numérisé le 2 août 2007), Copie de l'exemplaire Université d'Oxford. Consulté le 3 juin 2009
- Jane Austen, « Persuasion », 1818 (réédité en 2008), Forgotten Books. Consulté le 3 juin 2009
- Jane Austen, « Northanger Abbey », 1833 (numérisé le 10 mai 2007), Copie de l'exemplaire Université de Harvard. Consulté le 3 juin 2009
- Jane Austen, « Emma », 1882 (numérisé le 15 août 2007), Copie de l'exemplaire Université d'Oxford. Consulté le 3 juin 2009
- Jane Austen, « Mansfield Park », 1867, B. Tauchnitz. Consulté le 3 juin 2009
[modifier] Source
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Jane Austen ».

