Récit de voyage

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Marco Polo voyageant. Livre des merveilles, BNF Fr2810, vers 1410-1412

Un récit de voyage ou relation de voyage est un genre littéraire dans lequel l'auteur rend compte d'un ou des voyages, des peuples rencontrés, des émotions ressenties, des choses vues et entendues. Contrairement au roman, le récit de voyage privilégie le réel à la fiction. Pour mériter le titre de « récit » et avoir rang de littérature, la narration doit être structurée et aller au-delà de la simple énumération des dates et des lieux (comme un journal intime ou un livre de bord d'un navire). Cette littérature doit rendre compte d'impressions, d'aventures, de l'exploration ou de la conquête de pays lointains.

Le récit de voyage peut être aussi cinématographique.

Pour l'historien, le récit de voyage est également une source historique qu'il convient de contextualiser et d'analyser. Les récits de voyage apportent des éléments précieux pour éclairer l'histoire des relations internationales, l'histoire sociale et politique de régions traversées par le voyageur, voire l'histoire des cultures matérielles, de l'alimentation, des religions etc. Depuis les années 1980, les relations de voyage en Afrique produites par des Européens dès le XVe siècle ont fait l'objet d'essais d'analyse historique, et des publications scientifiques comprenant un appareil critique développé ont été produites. Soumis à une analyse historique rigoureuse, ces récits de voyage s'avèrent précieux pour reconstituer des fragments de l'histoire de l'Afrique durant les cinq cent dernières années[1].

Certains auteurs comme Voltaire (Candide) utilisent le récit de voyage pour critiquer et satirent la société.

Histoire du genre[modifier | modifier le code]

Un des premiers récits de voyage est Le devisement du monde de Marco Polo écrit en 1299 alors qu'il est en prison. Pétrarque peut être crédité de la primauté du « récit de tourisme » avec le récit de son ascension du Mont Ventoux en 1336 effectuée pour le simple plaisir d'avancer vers ce qu'il décrit comme un infini à atteindre. Il reproche à ses compagnons restés au pied de la montagne leur frigida incuriositas (une froide absence de curiosité) et dresse une allégorie de sa montée comparée aux progrès qu'un homme fait dans sa vie.

Par la suite, les voyages devenant plus fréquents, plus faciles sinon moins dangereux, le progrès technique facilitant les trajets au long cours et l'élévation du niveau de vie procurant plus de loisirs (quand bien même ce terme reste encore pendant longtemps un anachronisme, ou réservé à une classe ultra-minoritaire, disposant de temps pour voyager ou pour lire et pouvant s'offrir ces livres qui étaient des produits de luxe), leurs récits vont également se multiplier.

Avec la Renaissance[2], deux faits concomitants expliquent l'explosion de la littérature de voyage : l'invention de l'imprimerie et la diffusion du papier font du livre un objet plus abordable ; la découverte par les Européens des côtes d'Afrique puis du Nouveau Monde attise sinon la soif de l'or du moins celle de la connaissance.

Au XIXe siècle, l'irrésistible expansion coloniale européenne s'accompagne, d'un phénomène nouveau : désormais, un auteur peut vivre de sa plume. Les « écrivains de voyage » se professionnalisent, écrivains à part entière ou écrivain-journaliste pour les journaux d'éducation destinés à la jeunesse avide d'apprendre ou pour les périodiques de voyage (National Geographic est lancé en 1888).

Au XXe siècle, l'écrivain André Suarès, après son voyage à pied en Italie depuis Paris, publie en 1932 Le Voyage du condottière, où il narre son voyage dans l'Italie des paysages et des beaux-arts.

Le voyageur-écrivain devient écrivain voyageur.

Le récit de voyage imaginaire[modifier | modifier le code]

Robinson et Vendredi

Marchant dans les pas du succès de Marco Polo, Jean de Mandeville écrit un Livre des merveilles du monde - également un succès pan-européen - dont l'avenir montrera qu'il est fantaisiste et inventé. Jean de Mandeville qui prétend être allé en Chine n'a pas dépassé l'Égypte !

L’Histoire comique des Estats et empires de la Lune et l’Histoire comique des Estats et empires du Soleil de Savinien de Cyrano de Bergerac procèdent de la même veine sans prétendre à la vérité géographique…

Daniel Defoe donne à ce sous-genre ses lettres de noblesses avec son Robinson Crusoé (The Life and Strange Surprising Adventures of Robinson Crusoe of York) qui donne naissance au mot « robinsonade ». Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift lui sont contemporains et pourraient tout autant concourir pour la première place, à ceci près que l'un cherche la crédibilité et les autres la fantaisie débridée.

Le récit de voyage prend quelques fois aussi la forme de voyage dans le temps comme dans La Machine à explorer le temps de H. G. Wells (1895).

Exemples de récits de voyageurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chouin, G. "Vu, Dit ou Déduit? L’étude des relations de voyage en Guinée". Paris, Journal des Africanistes, 75, 2. [1]
  2. À noter que les termes de Renaissance et surtout de baroque ou de rococo ne sont pas employés, aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans les guides ou les récits de voyages en langue française, du Grand Tour.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Friedrich Wolfzettel, Le discours du voyageur. Pour une histoire littéraire du récit de voyage en France, du Moyen Âge au XVIIIe siècle, coll. « Perspectives littéraires », Paris, PUF, 1996, 336 p. (ISBN 2-13-047514-0)
  • Vincent Fournier, L'Utopie ambiguë. La Suède et la Norvège chez les voyageurs et essayistes français (1882-1914), coll. « Bibliothèque de littérature générale et comparée. Confrontations », 2, Clermont-Ferrand, Adosa, 1989, 320 p. (ISBN 2-86639-102-0)