Félicité de Genlis

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Félicité de Genlis

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Portrait par Jacques-Antoine-Marie Lemoine.

Activités femme de lettres
Naissance Château de Champcery (Issy-l'Évêque)
21 janvier 1746
Décès 31 décembre 1830
Paris

Stéphanie Félicité du Crest de Saint-Aubin, par son mariage comtesse de Genlis, marquise de Sillery, née au château de Champcery à Issy-l'Évêque le 21 janvier 1746 et morte à Paris le 31 décembre 1830, est une femme de lettres française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Portrait par Adélaïde Labille-Guiard (1790)
Madame de Genlis peu avant sa mort
Tombe au Père-Lachaise

Stéphanie-Félicité du Crest, comtesse de Genlis, marquise de Sillery, naquit dans une famille de noblesse d’épée originaire de Bourgogne ; elle était la fille d’un ancien capitaine qui portait le titre de marquis de Saint-Aubin. Dans son enfance, conformément à un usage alors fréquent dans la noblesse de province, son père, après avoir fourni la preuve de huit quartiers de noblesse pour Félicité, la fit recevoir chanoinesse dans un des chapitres du Lyonnais. Lorsqu’il mourut en 1763, sa veuve, marquise de Saint-Aubin, et ses deux enfants – Félicité et son frère – se trouvèrent soudain jetés, sinon dans la pauvreté comme on l’a dit, du moins dans une certaine gêne[1]. Comme chanoinesse, elle fut appelée « la comtesse Félicité de Lancy », parce que son père était seigneur et patron de cette petite ville. Pendant cette période elle acquit un savoir encyclopédique qui devait lui être utile par la suite.

La marquise de Saint-Aubin – mère de Félicité – eut l’habileté de s’introduire dans les salons des grands financiers du temps, où sa jeune fille se fit remarquer par son talent de harpiste. Ce furent ses concerts qui remirent à la mode cet instrument, qu’on avait cru oublié depuis la Renaissance. Quatre fois par semaine, la mère et la fille se rendaient à des dîners à l’issue desquels Félicité donnait son récital (on prétendit que c’était moyennant une rétribution convenue à l’avance). Toutefois, on trouve dans les mémoires de la marquise de Créquy un démenti formel, et fort argumenté : « On a dit et publié (par animosité contre Mme de Sillery) que sa mère avait eu l’indignité de lui faire jouer de la harpe à des concerts publics, et qu’on les faisait venir à nos soirées moyennant rétribution, ce qui n’est pas vrai le moins du monde. D’abord aucune personne comme il faut n’aurait voulu participer à cet avilissement d’une famille noble et d’une fille de condition ; ensuite Mme du Crest avait deux fortes pensions sur les états et le clergé de Bourgogne, sans compter l’argent qu’on allait solliciter pour elle et qu’on obtenait toujours de M. le Prince de Condé, gouverneur de Bourgogne. À ma connaissance, et jusqu’au mariage de sa fille, au moins, elle n’a jamais dépensé dans une année moins de quinze à dix-huit mille francs honorablement perçus. Enfin, son caractère était justement l’opposé d’une pareille conduite ; et quand nous avions donné quelque bagatelle à sa fille, elle ne manquait jamais de faire apporter chez nous un panier du crû de Montrachet, que nous appelions, à cause de cela, le vin des États de Bourgogne. — Vous me ruinez, nous disait-elle, avec vos cadeaux ; et si vous avez compassion de moi, ayez la bonté de ne jamais nous en faire !… »

Par l’entremise de sa tante, la marquise de Montesson[2], Félicité rencontra Charles-Alexis Brûlart, comte de Genlis, filleul et héritier d’un ancien ministre d’État, Louis Philogène Brûlart de Sillery, marquis de Puisieulx, colonel des Grenadiers, qui devint par la suite marquis de Sillery. Félicité qui cherchait un mari aisé et bien portant sauta sur l’occasion. Les jeunes gens se marièrent en 1763 mais monsieur de Genlis n’interférera jamais dans les ambitions sociales de sa femme. Grâce à sa position dans la société, la comtesse de Genlis fut présentée à la cour deux ans après son mariage. En 1770, elle espérait entrer dans la maison de Marie-Joséphine de Savoie[3]. Les Brûlart, refusant de s’abaisser à en faire la demande à la comtesse du Barry, ainsi qu’il en était de rigueur à l’époque, Félicité dut se rabattre sur la maison d’Orléans.

Madame de Montesson la fit admettre au début de 1772 comme « dame pour accompagner » la duchesse de Chartres, belle-fille du duc d’Orléans, tandis que le comte de Genlis était nommé capitaine des gardes du duc de Chartres, futur Philippe Égalité. Ces deux postes comportaient le logement au Palais-Royal ainsi que des gages de 6 000 livres pour le mari et 4 000 pour la femme de celui-ci.

À peine arrivée, la comtesse de Genlis entame une liaison avec le duc de Chartres. Pendant l’été 1772, alors que la duchesse était partie en cure à Forges-les-Eaux[4], cette liaison tourna à la passion.

La comtesse de Genlis se chargea également de l'éducation des enfants d'Orléans et notamment de celle du futur roi des Français, qu'elle éleva avec l'idée d'en faire un nouveau saint Louis[5]. Dès la naissance de Louis-Philippe en 1773, elle proposa au duc de Chartres divers gouverneurs possibles, mais, celui-ci les ayant tous rejetés, elle proposa d'éduquer les enfants elle-même. Cette proposition fut acceptée. La charge était délicate étant donné que vers l’âge de sept ans, l’usage était que les princes « passent aux hommes » pour être confiés aux soins d’un gouverneur assisté d’un sous-gouverneur. Félicité de Genlis ne fut pas nommée gouverneur. De cette manière, elle put diriger l’éducation de Louis-Philippe jusqu’au moment où elle pouvait en être officiellement chargée. En attendant, il fut convenu avec la duchesse de Chartres qu’elle prendrait en main l’éducation des deux jumelles nées en 1777 et que, pour ce faire, elle s’installerait avec elles dans un couvent. En fait, elle alla s’établir dans un petit bâtiment appelé pavillon de Chartres ou pavillon de Bellechasse, spécialement construit sur un terrain dépendant du couvent des dames chanoinesses du Saint-Sépulcre au Faubourg Saint-Germain. À cette époque elle se lie avec la baronne de Montolieu qui devient une amie intime.

Le duc de Chartres la nomma « gouverneur » de ses enfants, au nombre desquels le futur Louis-Philippe, roi des Français, qui lui voua toute sa vie une véritable adoration[6]. L’ensemble de ces princes et princesses la préférèrent d’ailleurs toujours à leur propre mère.

Félicité de Genlis se fit connaître par ses principes sur l’éducation des jeunes gens et par de nombreux ouvrages littéraires. Elle rencontra Rousseau et Voltaire, fut l'amie de Charles-Pierre Claret de Fleurieu, de Bernardin de Saint-Pierre, de Talleyrand, de Juliette Récamier, et composa une œuvre riche de quelque cent quarante volumes. Son premier essai, Théâtre à l'usage des jeunes personnes, reçut les éloges de Marmontel, d'Alembert et Fréron[7].

De 1789 à 1791, elle tient un salon, que fréquente le duc d’Orléans, et où se retrouvent Talleyrand, David et de jeunes députés de la Constituante comme Lameth, Barère et Barnave.

Madame de Genlis s'enfuit en Angleterre pendant la Terreur. Son mari ainsi que Philippe Égalité furent guillotinés, tandis que deux de ses pupilles, les frères de Louis-Philippe, croupirent si longtemps en prison qu’ils contractèrent une maladie de poitrine qui les emporta en 1807 et 1808. Sa fille, Pulchérie, mariée au général Jean-Baptiste Cyrus de Timbrune de Thiembronne, passa, elle aussi, très près de l’échafaud. En Angleterre, Félicité de Genlis maria une autre de ses filles, Pamela Brûlart de Sillery qu’elle avait eue en secret du duc de Chartres, à Lord Fitzgerald, qui fut massacré lors de l’insurrection de Dublin en 1798. Sa deuxième fille est la grand-mère de Marie Lafarge.

En 1801, Bonaparte l’autorisa à rentrer en France, l’utilisa comme espionne, et la pensionna. Elle fut, avec Antoinette Legroing de La Maisonneuve, que Mme de Genlis connaissait, une des femmes de lettres qu’il admira, et qu'il tâcha de récompenser. En revanche, Bonaparte n'admira jamais Germaine de Staël, qui fut considérée sa vie durant comme la rivale de Mme de Genlis ; en fait, il la détestait.

Sa vie devint difficile avec le retour des Bourbons en 1815. Elle ne vécut financièrement que grâce aux droits d’auteur qu’elle tirait de ses romans et nouvelles. Mais, toute sa vie durant, et malgré ses moyens limités, elle adopta de nombreux enfants de toutes les classes sociales et se chargea de leur éducation.

Félicité de Genlis vécut juste assez longtemps pour voir celui qu’elle avait élevé devenir roi des Français. Elle laissait non seulement des mémoires appelés à devenir célèbres mais aussi de nombreux ouvrages édifiants à l’usage de la jeunesse.

Elle fut inhumée au cimetière du Mont-Valérien le 4 janvier 1831. Lors de son enterrement, le doyen de la Faculté des Lettres de Paris déclara : « Pour honorer et célébrer dignement la mémoire de Mme de Genlis, ce seul mot doit suffire : son plus bel éloge est sur le trône de France ! »[8]. Le 21 décembre 1842 ses restes ont été transférées dans la 24e division du cimetière du Père-Lachaise[9].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Madame de Genlis a composé plus de 80 ouvrages, dont seuls quelques-uns sont indiqués ici.

  • Théâtre à l'usage des jeunes personnes, 4 tomes, Paris, Panckoucke, 1779-1780.
  • Adèle et Théodore ou lettres sur l’éducation contenant tous les principes relatifs à l’éducation des Princes, des jeunes personnes et des hommes, Paris, Lambert & F. J. Baudouin, 1782
  • Nouveaux contes moraux et nouvelles historiques, Paris, Maradan, 1806
  • Bélisaire, Paris, Maradan, 1808
  • Maison rustique pour servir à l’éducation de la jeunesse ou Retour en France d’une famille émigrée, Paris, Maradan, 1810
  • Histoire de Henri le Grand, Paris, Maradan, 1815, 2 tomes (436 p. et 411 p.)
  • Dictionnaire critique et raisonné des étiquettes de la Cour ou l’esprit des étiquettes et des usages anciens, Paris, E. Mongie, 1818
  • Les Parvenus, Paris, Ladvocat, 1819
  • Les Petits Émigrés, Ou Correspondance De Quelques Enfans : Ouvrage Fait Pour Servir À L’Éducation De La Jeunesse, Paris, Onfroy ; Berlin, Legarde, 1798
  • Mémoires de la marquise de Bonchamps, Paris, s.n., 1823
  • Mémoires inédits sur le dix-huitième siècle et la Révolution française, depuis 1756 jusqu’à nos jours, Paris, Ladvocat, 1825
  • Alphonsine ou la tendresse maternelle, Paris, Lecointe et Durey, 1825

Données BNF Les œuvres numérisées sur Gallica sont en tête de la liste des 526 documents.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Blanc, Portraits de femmes, artistes et modèles à l’époque de Marie-Antoinette, Paris, Didier Carpentier, 2006
    Présente tous les portraits de la comtesse de Genlis dont 9 reproduits en noir et en couleur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le père de Félicité avait fait faillite et a laissé sa famille dans le besoin
  2. Maîtresse puis épouse morganatique du duc d’Orléans père du futur Philippe-Égalité
  3. Future épouse du comte de Provence, connu par la suite sous le nom de Louis XVIII
  4. Les eaux de cette station balnéaire auraient, pensait-on à l’époque, favorisé la fécondité
  5. Machteld DePoortere, The philosophical and literary ideas of Mme de Stael and Mme de Genlis, tr John Lavash (Currents in Comparative Romance Languages and Literatures, vol. 160, New York and Bern, Peter Lang, 2007), p. 13.
  6. Dans ses Mémoires, le roi Louis-Philippe raconte l’éducation spartiate que ses frères et sœurs ainsi que lui-même avaient reçue de Mme de Genlis. Ce qui ne les empêcha pas de lui vouer une adoration qu’ils ne ressentaient même pas pour leur mère.
  7. Michel de Decker, Le duchesse d'Orléans, épouse de Philippe-Égalité, mère de Louis-Philippe, rééd.Pygmalion 2001 (première édition 1981), p.82
  8. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 640
  9. (en) Gaston Prinet, « Mme de Genlis ; sa sépulture », L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, vol. XCIV, no 1740,‎ 1931, p. 352-353 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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