Joseph Bara

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Joseph Bara, Jean-Joseph Weerts, 1882, musée de la Piscine, Roubaix.

François Joseph Bara, ou Barra, né le 30 juillet 1779 au château de Palaiseau[1],[2],[3],[4], mort le 7 décembre 1793 (17 frimaire an II) à Jallais, près de Cholet, est un jeune domestique, en réalité assassiné par des voleurs après s'être emparé des chevaux qu'il promenait dans la campagne pour son maître, dont l'hagiographie révolutionnaire a fait un jeune tambour héroïque tombé sous les balles d'une multitude de royalistes en criant « Vive la République ! ».

Fabrication d’une légende[modifier | modifier le code]

La mort du jeune Barra, Jacques Louis David, musée Calvet.

Neuvième enfant d'une famille qui en comporte dix, Joseph Bara est le fils de François Bara, garde-chasse du prince de Condé, seigneur de Palaiseau, décédé le 16 octobre 1784[5], et de Marie-Anne Le Roy[2],[3],[4]. Il est baptisé le 31 juillet 1779 en l'église Saint-Martin de Palaiseau : son parrain est François Joseph Meyry de la Grange, receveur général et procureur fiscal du Prince de Condé, sa marraine est Jeanne Griffe, épouse du parrain[1].

À l'automne 1792, sa mère qui est déjà veuve depuis cinq ans, place Joseph auprès d'un ancien ami de son mari, l'adjudant-général Desmarres, qui commandait une division cantonnée à Bressuire. L'enfant qui a 13 ans ne fait pas partie de l'armée, mais se trouve employé chez lui comme domestique. Le 7 décembre 1793, alors que Joseph Bara promène deux chevaux dans la campagne pour leur donner de l'exercice, il est assailli par des voleurs qui s'emparent des animaux et tuent l'enfant. Desmarres signale le fait par une note au ministère de la Guerre et sollicite une pension pour la mère de l'enfant.

Il présente Joseph Bara comme un orphelin très pauvre qui s'est engagé volontairement au 8e de hussards de l'armée républicaine pour combattre Vendéens, qui a partagé toutes les fatigues et tous les dangers de la guerre, et qui a été tué lors de l'attaque de Jallais par les Vendéens le 17 frimaire an II, à l'âge de 14 ans.

La note communiquée par le ministère à la Convention émeut Robespierre qui fait un discours publié dans Le Moniteur Universel du 28 décembre 1793 (8 nivôse an II) où il le fait mourir entouré de royalistes en criant : « Vive la République ! »[6], ainsi que Barère qui en fait un jeune tambour et qui proposer de le donner en exemple. « Bara est célèbre à treize ans. Il a déjà, avant que d'entrer dans la vie, présenté à l'Histoire une vie illustre. Il nourrissait sa mère et mourut pour la Patrie ; il tuait des brigands et résistait à l'opinion royaliste. C'est cette vertu qui doit présenter son exemple à tous les enfants de la République, c'est son image traçée par les pinceaux du célèbre David que vous devez exposer dans toutes les écoles primaires ».

Reprenant ces différents documents, Charles Mullié explique, dans Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, comment il est frappé au front d'un coup de sabre dans la mêlée, où il tombe et meurt en pressant la cocarde tricolore sur son cœur. D'après lui, cette mort paraît si héroïque, pour un enfant d'un âge ordinairement insouciant et consacré au jeu, que le général Desmares décide d'en donner avis à la Convention[7].

Pour Jean-Clément Martin, le général Desmares cherche, en mettant l'accent sur la mort de l'enfant, transformé en héros et en martyr républicain, à faire oublier la médiocrité de son commandement, ce qui ne l'empêche pas de finir sur l'échafaud[8].

Selon l'état des pertes du 14e bataillon de Paris, dit de la République, anciennement des Piquiers, Albert-François-Joseph Bara est noté comme « charretier d'artillerie, coup de feu au genou gauche » le 7 décembre 1793, au château de Jalès (sic)[9].

Mort de Joseph Bara, peinture de Charles Moreau-Vauthier
Modèle du marbre représentant Bara par le sculpteur David d'Angers (1838).

L'exemple de Bara semblant de nature à exciter le patriotisme et le civisme parmi la jeunesse, son histoire est citée dans les recueils d'actions héroïques, à la suite du jeune Joseph Agricol Viala qui s'était lui aussi sacrifié pour la patrie quelques mois auparavant.

Le 8 nivôse suivant (28 décembre 1793), Robespierre, désireux de tirer profit de cette histoire dans un contexte de lutte contre les Hébertistes[8], propose à la tribune de la Convention de « décerner les honneurs » du Panthéon au jeune héros. Barère surenchérit en demandant « que la gravure qui » doit représenter « l'action héroïque et la piété filiale de Joseph Barra, de Palaiseau », soit faite « aux frais de la République, et envoyée par la Convention nationale dans toutes les écoles primaires »[10]. Le décret suivant est voté :

« La Convention nationale décerne les honneurs du Panthéon au jeune Barra. Louis David est chargé de donner ses soins à l'embellissement de cette fête nationale. La gravure qui représentera l'action héroïque de Joseph Barra sera faite aux frais de la République, d'après un tableau de David ; un exemplaire, envoyé par la Convention nationale, sera placé dans chaque école primaire[11]. »

Jean-Joseph Weerts, La mort de Bara, 1880.

La Convention décide que la patrie adopte la mère de Bara. Le 10 prairial an II (29 mai 1794), cette pauvre femme est admise avec deux de ses enfants dans l'enceinte de l'Assemblée et prend place quelques instants à côté du président, alors Prieur de la Côte-d'Or[12].

Impulsé par la propagande officielle, son culte se développe parmi la jeunesse, qui l'associe aux autres martyrs lors des fêtes civiques. Le 10 thermidor an II, une grande fête nationale organisée par David doit célébrer les figures de Bara et de Viala ; elle est empêchée par le 9-Thermidor à Paris, mais non en province. Ainsi, à Besançon, le jeune Charles Nodier prononce un éloge de Joseph Bara et de Joseph Agricol Viala en l'église Sainte-Madeleine, à l'invitation de la société populaire de la ville. Pour Jean-Clément Martin, les inventions de la propagande révolutionnaires « ne sont pas à considérer seulement pour ce qu'elles sont, des manipulations grossières de l'opinion ; elles correspondent également à une demande collective d'héroïsme[13]. »

Le transfert au Panthéon n'aura jamais lieu, mais les artistes de la Révolution française ne tardent pas à exploiter l’épisode : Bara inspire à de nombreux auteurs des chansons, des poèmes, des hymnes et des pièces de théâtre. L'an II voit également une floraison d'estampes qui contribuent à propager la légende du jeune tambour. André Grétry en fait un opéra ; le Théâtre-Français donne aussi l'Apothéose du jeune Barra. La mort de Bara est immortalisée en peinture par David et dans le Chant du départ par Chénier[14]. Des décennies plus tard, David d'Angers réalise une statue de Joseph Bara pour l'exposition de 1839. En 1881, Louis Albert-Lefeuvre en fait une statue pour la ville de Palaiseau, son inauguration, le 11 octobre 1881, est l'occasion d'une grande fête patriotique dans toute la ville. En 1883, Jean-Joseph Weerts peint La Mort de Bara, tableau conservé au Musée d'Orsay[15].

La légende qui se développe alors explique que, le 7 décembre 1793, Bara est pris à partie près de Cholet par des Chouans. Contraint de crier « Vive le Roi ! ». Joseph Bara préfère mourir en criant « Vive la République ! »[16] avant de tomber sous les balles royalistes[17]. Très présente dans l'imagerie républicaine, elle reparaît dans les manuels scolaires de la Troisième République.

Un autre enfant-soldat, Pierre Bayle, mort en 1794 à l'âge de 11 ans, n'a pas eu la même fortune. Son promoteur le général Dugommier qui commandait l'Armée des Pyrénées orientales en Catalogne, est lui-même mort au combat peu de temps après.

Hommages[modifier | modifier le code]

Au moins une trentaine de communes françaises ont une rue, une avenue, un boulevard ou une impasse appelé Joseph-Bara. Il y a par exemple une rue Joseph-Bara à Paris, entre la rue d’Assas et la rue Notre-Dame-des-Champs, dans le 6e arrondissement. À Saint-Étienne, la rue Barra a donné son nom à une station des lignes T1 et T2 du tramway. Son nom a également été donné à de nombreux collèges et écoles. Le Foyer Bara, situé rue Bara à Montreuil et géré par l'AFTAM est le plus grand foyer africain de France. Créé en 1968 dans une usine désafectée, c'est l'un des foyers pour travailleurs immigrés les plus vétustes.[réf. nécessaire]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

À lire[modifier | modifier le code]

  • Joseph Bara (1779-1793) : pour le deuxième centenaire de sa naissance, la Ville de Palaiseau et la Société des études robespierristes, Palaiseau, 1981, 164 pages

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Archives départementales de l'Essonne, registre paroissial de Saint-Martin de Palaiseau (1777-1791), page 73
  2. a et b Joseph Bara, 1779-1793: pour le deuxième centenaire de sa naissance, Ville de Palaiseau, Société des Études robespierristes, 1981, 164 pages, p. 38.
  3. a et b « Documents et autographes révolutionnaires : la fête de Bara et de Viala », La Révolution française: revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 1, Charavay frères, 1881, p. 420.
  4. a et b Charles-Louis Chassin, La Vendée patriote, 1793-1800, vol. 3, P. Dupont, 1894, p. 374.
  5. Archives départementales de l'Essonne, registre paroissial de Saint-Martin de Palaiseau (1777-1791), pages 231-232
  6. « Je veux parler de Barra, ce jeune homme âgé de 13 ans a fait des prodiges de valeur dans la Vendée. Entouré de brigands qui, d'un côté, lui présentaient la mort, et de l'autre lui demandaient de crier « Vive le roi ! », il est mort en criant « Vive la République ! ». Ce jeune enfant nourrissait sa mère avec sa paye, il partageait ses soins entre l'amour filial et l'amour de la Patrie. Il n'est pas possible de choisir un plus bel exemple, un plus parfait modèle pour exciter dans les jeunes coeurs l'amour de la gloire, de la Patrie et de la vertu, et pour préparer les prodiges qu'opérera la génération naissante. En décernant des honneurs au jeune Barra, vous les décernez à toutes les vertus, à l'héroïsme, au courage, à l'amour filial, à l'amour de la Patrie. Les Français seuls ont des héros de 13 ans, c'est la liberté qui produit des hommes d'un si grand caractère. Vous devez présenter ce modèle de magnanimité, de morale à tous les Français et à tous les peuples ; aux Français, afin qu'ils ambitionnent d'acquérir de semblables vertus, et qu'ils attachent un grand prix au titre de citoyen Français ; aux autres peuples, afin qu'ils désespèrent de soumettre un peuple qui compte des héros dans un âge si tendre. Je demande que les honneurs du Panthéon soit décernés à Barra, que cette fête soit promptement célébrée, et avec une pompe analogue à son objet et digne du héros à qui nous la destinons. Je demande que le génie des arts caractérise dignement cette cérémonie qui doit présenter toutes les vertus, que David soit spécialement chargé de prêter ses talents à l'embellissement de cette fête ».
  7. Il termine ainsi son rapport : « Aussi vertueux que courageux, se bornant à sa nourriture et à son habillement, il faisait passer à sa mère tout ce qu'il pouvait se procurer ; il la laisse, avec plusieurs filles et son jeune frère infirme, sans aucune espèce de secours. Je supplie la Convention de ne pas laisser cette malheureuse mère dans l'horreur de l'indigence. » Cf. « Barra Joseph », in Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852.
  8. a et b Jean-Clément Martin, Violence et Révolution. Essai sur la naissance d'un mythe national, Paris, Éditions du Seuil, collection L'univers historique, 2006, p. 181
  9. Charles-Louis Chassin et Léon Hennet, Les volontaires nationaux pendant la Révolution, tome II, p. 355.
  10. Philippe Buchez et Pierre Célestin Roux-Lavergne, Histoire parlementaire de la Révolution française, ou Journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu'en 1815, Paris, Pauli, 1834-1838, 40 volumes, volume 31, p. 25-26.
  11. « Barra Joseph », in Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1851
  12. Des applaudissements unanimes s'élèvent et se prolongent dans toutes les parties de la salle. Un orateur lui adresse quelques paroles de consolation : « Non, tu n'as rien perdu, lui dit-il, ton fils n'est pas mort; il a reçu une nouvelle existence, et il est né à l'immortalité. » Voir « Barra Joseph », in Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1851.
  13. Jean-Clément Martin, Violence et Révolution. Essai sur la naissance d'un mythe national, Paris, Éditions du Seuil, collection L'univers historique, 2006, p. 181
  14. Texte et écoute du Chant du départ
  15. Voir une photo du salon de 1883.
  16. Selon Gilbert Guislain, Pascal Le Pautremat, et Jean-Marie Le Tallec (500 citations de culture générale, Studyrama, 2005, p. 42), il a plus vraisemblablement dit « Va te faire foutre, brigand ! »
  17. Voir par exemple P. Bernard et F. Redon, Notre premier livre d'histoire, cours élémentaire 1re année, Paris, Fernand Nathan, 1950 :

    « Les enfants eux-mêmes donnent leur vie pour sauver la Patrie, la Liberté, la République.
    Joseph Bara, un hussard de 14 ans, est entouré par des Français révoltés : « Crie : vive le Roi ! et l'on ne te fera pas de mal. » Il crie « Vive la République ! » et tombe percé de coups. »