Joseph Bara

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Joseph Bara, peinture de Jean-Joseph Weerts, 1882.

François Joseph Bara, ou Barra, né le au château de Palaiseau[1],[2],[3],[4], mort le (17 frimaire an II) à Jallais, près de Cholet, est un adolescent consacré comme héros dans l'hagiographie révolutionnaire.

Naissance d’une légende[modifier | modifier le code]

La mort du jeune Barra Tableau de Jacques Louis David musée Calvet.

Neuvième d'une famille de dix enfants, Joseph Bara est le fils de François Bara, garde-chasse du prince de Condé, seigneur de Palaiseau, décédé le 16 octobre 1784[5], et de Marie-Anne Le Roy[2],[3],[4]. Joseph Bara est baptisé le 31 juillet 1779 en l'église Saint-Martin de Palaiseau : son parrain est François Joseph Meyry de la Grange, receveur général et procureur fiscal du Prince de Condé, sa marraine est Jeanne Griffe, épouse du parrain[1].

Joseph Bara est un jeune volontaire tué lors de l'attaque de Jallais par les Vendéens le 17 frimaire an II, à l'âge de 14 ans. L'adolescent ayant demandé à l'automne 1792 à entrer dans la division de Bressuire, commandée par l'adjudant-général Desmares, ce dernier envoie un rapport au ministère de la Guerre sur la conduite généreuse du garçon et demande à la Convention de secourir sa famille, très pauvre. Selon lui, engagé volontaire au 8e de hussards comme tambour dans les troupes républicaines combattant en Vendée, il aurait partagé toutes les fatigues et tous les dangers de la guerre. Reprenant ce rapport, Charles Mullié explique, dans Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, comment il est frappé au front d'un coup de sabre dans la mêlée, où il tombe et meurt en pressant la cocarde tricolore sur son cœur. D'après lui, cette mort paraît si héroïque, pour un enfant d'un âge ordinairement insouciant et consacré au jeu, que le général Desmares décide d'en donner avis à la Convention[6].

Pour Jean-Clément Martin, le général Desmares cherche, en mettant l'accent sur la mort de l'enfant, transformé en héros et en martyr républicain, à faire oublier la médiocrité de son commandement, ce qui ne l'empêche pas de finir sur l'échafaud[7].

Selon l'état des pertes du 14e bataillon de Paris, dit de la République, anciennement des Piquiers, Albert-François-Joseph Bara est noté comme « charretier d'artillerie, coup de feu au genou gauche » le 7 décembre 1793, au château de Jalès (sic)[8].

Mort de Joseph Bara, peinture de Charles Moreau-Vauthier
Modèle du marbre représentant Bara par le sculpteur David d'Angers (1838).

L'exemple de Bara semblant de nature à exciter le patriotisme et le civisme parmi la jeunesse, son histoire est citée dans les recueils d'actions héroïques, à la suite du jeune Joseph Agricol Viala qui s'était lui aussi sacrifié pour la patrie quelques mois auparavant.

Le 8 nivôse suivant (), Robespierre, désireux de tirer profit de cette histoire dans un contexte de lutte contre les Hébertistes[7], propose à la tribune de la Convention de « décerner les honneurs » du Panthéon au jeune héros. Barère surenchérit en demandant « que la gravure qui » doit représenter « l'action héroïque et la piété filiale de Joseph Barra, de Palaiseau », soit faite « aux frais de la République, et envoyée par la Convention nationale dans toutes les écoles primaires »[9]. Le décret suivant est voté :

« La Convention nationale décerne les honneurs du Panthéon au jeune Barra. Louis David est chargé de donner ses soins à l'embellissement de cette fête nationale. La gravure qui représentera l'action héroïque de Joseph Barra sera faite aux frais de la République, d'après un tableau de David ; un exemplaire, envoyé par la Convention nationale, sera placé dans chaque école primaire[10]. »

Jean-Joseph Weerts, La mort de Bara, 1880.

La Convention décide que la patrie adopte la mère de Bara. Le 10 prairial an II (), cette pauvre femme est admise avec deux de ses enfants dans l'enceinte de l'Assemblée et prend place quelques instants à côté du président, alors Prieur de la Côte-d'Or[11].

Impulsé par la propagande officielle, son culte se développe parmi la jeunesse, qui l'associe aux autres martyrs lors des fêtes civiques. Le 10 thermidor an II, une grande fête nationale organisée par David doit célébrer les figures de Bara et de Viala ; elle est empêchée par le 9-Thermidor à Paris, mais non en province. Ainsi, à Besançon, le jeune Charles Nodier prononce un éloge de Joseph Bara et de Joseph Agricol Viala en l'église Sainte-Madeleine, à l'invitation de la société populaire de la ville. Pour Jean-Clément Martin, les inventions de la propagande révolutionnaires « ne sont pas à considérer seulement pour ce qu'elles sont, des manipulations grossières de l'opinion ; elles correspondent également à une demande collective d'héroïsme[12]. »

Le transfert au Panthéon n'aura jamais lieu, mais les artistes de la Révolution française ne tardent pas à exploiter l’épisode : Bara inspire à de nombreux auteurs des chansons, des poèmes, des hymnes et des pièces de théâtre. L'an II voit également une floraison d'estampes qui contribuent à propager la légende du jeune tambour. André Grétry en fait un opéra ; le Théâtre-Français donne aussi l'Apothéose du jeune Barra. La mort de Bara est immortalisée en peinture par David et dans le Chant du départ par Chénier[13]. Des décennies plus tard, David d'Angers réalise une statue de Joseph Bara pour l'exposition de 1839. En 1881, Louis Albert-Lefeuvre en fait une statue pour la ville de Palaiseau, son inauguration, le 11 octobre 1881, est l'occasion d'une grande fête patriotique dans toute la ville. En 1883, Jean-Joseph Weerts peint La Mort de Bara, tableau conservé au Musée d'Orsay[14].

La légende qui se développe alors explique que, le , Bara est pris à partie près de Cholet par des Chouans. Contraint de crier « Vive le Roi ! ». Joseph Bara préfère mourir en criant « Vive la République ! »[15] avant de tomber sous les balles royalistes[16]. Très présente dans l'imagerie républicaine, elle reparaît dans les manuels scolaires de la Troisième République.

Un autre enfant-soldat, Pierre Bayle, mort en 1794 à l'âge de 11 ans, n'a pas eu la même fortune. Son promoteur le général Dugommier qui commandait l'Armée des Pyrénées orientales en Catalogne, est lui-même mort au combat peu de temps après.

Hommages[modifier | modifier le code]

Au moins une trentaine de communes françaises ont une rue, une avenue, un boulevard ou une impasse appelé Joseph-Bara. Il y a par exemple une rue Joseph-Bara à Paris, entre la rue d’Assas et la rue Notre-Dame-des-Champs, dans le 6e arrondissement. À Saint-Étienne, la rue Barra a donné son nom à une station des lignes T1 et T2 du tramway. Son nom a également été donné à de nombreux collèges et écoles. Le Foyer-Bara, situé rue Bara à Montreuil est le plus grand foyer Sonacotra de France. Créé en 1968 dans une usine désafectée, c'est l'un des foyers pour travailleurs immigrés les plus vétustes et sordides.[réf. nécessaire]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

À lire[modifier | modifier le code]

  • Joseph Bara (1779-1793) : pour le deuxième centenaire de sa naissance, la Ville de Palaiseau et la Société des études robespierristes, Palaiseau, 1981, 164 pages

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Archives départementales de l'Essonne, registre paroissial de Saint-Martin de Palaiseau (1777-1791), page 73
  2. a et b Joseph Bara, 1779-1793: pour le deuxième centenaire de sa naissance, Ville de Palaiseau, Société des Études robespierristes, 1981, 164 pages, p. 38.
  3. a et b « Documents et autographes révolutionnaires : la fête de Bara et de Viala », La Révolution française: revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 1, Charavay frères, 1881, p. 420.
  4. a et b Charles-Louis Chassin, La Vendée patriote, 1793-1800, vol. 3, P. Dupont, 1894, p. 374.
  5. Archives départementales de l'Essonne, registre paroissial de Saint-Martin de Palaiseau (1777-1791), pages 231-232
  6. Il termine ainsi son rapport : « Aussi vertueux que courageux, se bornant à sa nourriture et à son habillement, il faisait passer à sa mère tout ce qu'il pouvait se procurer ; il la laisse, avec plusieurs filles et son jeune frère infirme, sans aucune espèce de secours. Je supplie la Convention de ne pas laisser cette malheureuse mère dans l'horreur de l'indigence. » Voir « Barra Joseph », in Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852.
  7. a et b Jean-Clément Martin, Violence et Révolution. Essai sur la naissance d'un mythe national, Paris, Éditions du Seuil, collection L'univers historique, 2006, p. 181
  8. Charles-Louis Chassin et Léon Hennet, Les volontaires nationaux pendant la Révolution, tome II, p. 355.
  9. Philippe Buchez et Pierre Célestin Roux-Lavergne, Histoire parlementaire de la Révolution française, ou Journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu'en 1815, Paris, Pauli, 1834-1838, 40 volumes, volume 31, p. 25-26.
  10. « Barra Joseph », in Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1851
  11. Des applaudissements unanimes s'élèvent et se prolongent dans toutes les parties de la salle. Un orateur lui adresse quelques paroles de consolation : « Non, tu n'as rien perdu, lui dit-il, ton fils n'est pas mort; il a reçu une nouvelle existence, et il est né à l'immortalité. » Voir « Barra Joseph », in Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1851.
  12. Jean-Clément Martin, Violence et Révolution. Essai sur la naissance d'un mythe national, Paris, Éditions du Seuil, collection L'univers historique, 2006, p. 181
  13. Texte et écoute du Chant du départ
  14. Voir une photo du salon de 1883.
  15. Selon Gilbert Guislain, Pascal Le Pautremat, et Jean-Marie Le Tallec (500 citations de culture générale, Studyrama, 2005, p. 42), il a plus vraisemblablement dit « Va te faire foutre, brigand ! »
  16. Voir par exemple P. Bernard et F. Redon, Notre premier livre d'histoire, cours élémentaire 1re année, Paris, Fernand Nathan, 1950 :

    « Les enfants eux-mêmes donnent leur vie pour sauver la Patrie, la Liberté, la République.
    Joseph Bara, un hussard de 14 ans, est entouré par des Français révoltés : « Crie : vive le Roi ! et l'on ne te fera pas de mal. » Il crie « Vive la République ! » et tombe percé de coups. »