Halage

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Exemple de Chemin de halage ayant conservé une forte naturalité sur le canal du Chesapeake à l’Ohio aux États-Unis
Halage par traction animale, sur un chemin pavé, ayant contribué à une forte artificialisation de la berge, ici sur le canal « Finow » (le plus ancien canal artificiel d'Allemagne, toujours en activité)
Halage à la bricole, Les Bateliers de la Volga, par Ilya Repine
Chemin de halage taillé dans la roche (commune de Bouziès) sur le Lot

Le halage est un mode de traction terrestre des péniches et des coches d'eau. Sans se substituer aux fonctions écologiques d'une vraie berge, cet aménagement joue encore un certain rôle de corridor biologique

Il nécessite un chemin dégagé et mis hors d'eau qui longe de près la berge des voies d'eau navigables et que les francophones nomment « chemin de halage ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Développement[modifier | modifier le code]

La traction des péniches le long des fleuves et canaux était très répandue avant l’invention de moteurs adaptés aux bateaux, l’usage de voiles n’étant pas toujours possible en raison de la présence de tunnels, de ponts ou pour cause de vents défavorables.

On distingue trois modes de traction terrestre des navires et péniches :

  • le halage à la « bricole » : le marinier et sa famille s'attachaient à la corde de traction, appelée bricole (ou verdon, fintrelle, maillette, ancierre[1]), pour tirer le bateau ;
  • la traction animale, par chevaux, ânes ou mulets : elle était surtout pratiquée (en France) dans le Centre ; les bêtes appartenaient au marinier, qui les logeait à bord, ou à des charretiers, appelés les « longs jours », qui disposaient de relais, le long des voies d'eau. En 1935, on comptait encore 1 500 bateaux écuries en France.
  • la traction mécanique, par des locotracteurs électriques sur rail ou sur pneus, ou par des tracteurs diesel (Latil).

D’autres modes de traction existent (remorquage, poussage, éclusée, touage, etc.), mais ne nécessitent pas de chemin de halage.

Sur le Rhône, le régime des vents défavorable nécessita le halage des navires remontant. Cette pratique datant du Moyen Âge, fut particulièrement utilisée au XVe siècle, alors que le trafic avait diminué et que la main-d’œuvre avait déserté les campagnes et était donc relativement abondante et bon marché. Cette activité mobilisait plusieurs milliers d’hommes, les enses, sur le Rhône et ses affluents, dont l’Isère et la Saône[2]. Les rives du fleuve étant particulièrement mouvantes, il n’existait pas de chemin de halage pour ce remonter ce fleuve au Moyen Âge. La profondeur variable du lit et le déplacement du chenal navigable obligeait aussi à de fréquents changements de rive[3]. Les haleurs étaient recrutés dans les villages et sur les marchés des villes riveraines, Valence, Avignon et Pont-Saint-Esprit principalement[4]. La remontée complète du Rhône jusqu’à Lyon prenait plus d’un mois, à un rythme quotidien de 6 à 11 km[5].

Désuétude[modifier | modifier le code]

Le développement de la propulsion motorisée supplanta les tractions humaines et animales et les chemins de halage ne furent plus d’aucune utilité pour la navigation fluviale. Au cours des dernières années néanmoins, un certain nombre de chemins de halage ont trouvé une nouvelle vocation, puisqu’ils ont été réaménagés pour le tourisme et le cyclotourisme, comme véloroute ou Voie verte. Bien qu’ils n’en aient plus la fonction, les anciens chemins de halage sont toujours désignés comme tels.

L'un des plus célèbres d'entre eux est le chemin de halage de la Mayenne qui s'étend sur 85 km.

Sur les bords du Rhône, le halage fut exclusivement humain jusqu’au dernier quart du XVe siècle, avant d’être très rapidement remplacé par le halage à cheval, du moins d’Arles à Lyon. Il se maintient sur l’Isère jusqu’au milieu du XVIe siècle, le haut Rhône jusqu’à Seyssel. Il se maintient également sur des courtes distances[6]. À la fin du XVe siècle, l’essor économique, et le repeuplement des campagnes rendent la main-d’œuvre plus rare et chère[7]

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Seul le décollage de la péniche est pénible. Les chevaux doivent alors donner un gros coup de collier. Après, ce n'est plus qu'une traction régulière tout au long du parcours, facilitée par le glissement du bateau sur l'eau. Un angle de traction mobile fixé à un mât permet un contre-balancement dirigé par le charretier et diminue la peine de la bête.

Régime juridique[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Afin de garantir l'intégrité des chemins de halage, dans l'intérêt des mariniers, les propriétés riveraines du domaine public fluvial sont grevées d'une servitude de halage (espace de 7,80 mètres en bordure du cours d'eau). La circulation des automobiles ou des cyclistes sur les chemins de halage est de ce fait en principe interdite et passible d'une contravention de grande voirie. Malgré le développement de la motorisation des bateaux, la servitude subsiste, mais pour l'agrément des promeneurs et parfois la création de pistes cyclables.

Bateau de halage[modifier | modifier le code]

Chemins de halage et Environnement[modifier | modifier le code]

Le transport par voie d'eau comporte de nombreux atouts, environnementaux notamment, mais la création des chemins de halage qui a accompagné la rectification et l'aménagement des cours d'eau, ainsi localement que leur canalisation, a été cause d'un recul important de la naturalité des berges avec, en particulier en Europe, la destruction des ripisylves et de l'habitat du castor européen.

Néanmoins, tant que ces chemins, souvent accompagnés d'un fossé et d'un talus, sont peu artificialisés et écologiquement bien gérés (sans pesticides ni entretien intensif), ils peuvent jouer un rôle secondaire et non négligeable de corridor biologique.

Ils sont aussi parfois utilisés dans les programmes de véloroutes et voies vertes

En France, via des conventions de superposition de gestion, VNF peut permettre à des collectivités d'y faire une gestion écologique et donc différentiée. Une expérience de gestion restauratoire intégrant l'abandon des pesticides et l'utilisation de moutons, est conduite par VNF (en cours en 2007-2008) dans le Parc naturel régional Scarpe-Escaut, sur le modèle de ce qui se fait couramment sur les digues de polders ou les berges de certains canaux aux Pays-Bas (les moutons présentant l'avantage d'être légers et de ne pas dégrader les berges ou talus fragiles, sableux notamment).

La création de lagunages naturels linéaires ou structures assimilées, ou d'aménagements permettent aux animaux tombés à l'eau de remonter sur les berges.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lexique fluvial et batelier, Histoire & Patrimoine des Rivières & Canaux.
  2. M. Rossiaud, « Les haleurs du Rhône au XVe siècle », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public. 7e congrès, Rennes, 1976 : « Les transports au Moyen Âge ». p. 288.
  3. Rossiaud, op. cit., p. 285.
  4. Rossiaud, op. cit., p. 290.
  5. Rossiaud, op. cit., p. 294 et note 38.
  6. Rossiaud, op. cit., p. 296-297.
  7. Rossiaud, op. cit., p. 298-299.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • [PDF] Les Bateaux fluviaux, partie 4 de « L'Escaut » de Jean-Marie Valaeys.
  • M. Rossiaud, « Les haleurs du Rhône au XVe siècle », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public. 7e congrès, Rennes, 1976 : « Les transports au Moyen Âge ». p. 283-304.

doi : 10.3406/shmes.1976.1239 url :