Guillaume Ier de Normandie

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Guillaume Ier de Normandie
Statue de Guillaume Longue-Épée sur celle de Guillaume le Conquérant à Falaise.
Statue de Guillaume Longue-Épée sur celle de Guillaume le Conquérant à Falaise.

Titre Jarl des Normands de la Seine
(927 – 942)
Prédécesseur Rollon
Successeur Richard Ier de Normandie
Biographie
Dynastie Rollonides
Décès 17 décembre 942
Picquigny
Père Rollon
Mère Poppa de Bayeux
Conjoint Liutgarde de Vermandois
Sprota
Enfants Richard

Guillaume Ier de Normandie (av. 910-942), dit Guillaume « Longue-Épée »[1], est le fils naturel de Rollon et de Poppa de Bayeux. Il est considéré comme étant le deuxième duc de Normandie, bien que ce titre n'existe pas encore à cette époque. Il est avant tout jarl des Normands de la Seine.

Le successeur de Rollon[modifier | modifier le code]

Un poème[2] écrit peu après la mort de Guillaume Longue-Épée révèle qu'il est né outre-mer, d'une mère chrétienne et d'un père encore païen. Ce dernier, Rollon, n'était pas à ce moment le jarl de la future Normandie. C'était encore un chef viking qui parcourait les mers à la recherche de quelque terre à piller.

Une fois Rollon installé par le roi Charles le Simple en Normandie (911), Guillaume devenait l'héritier naturel de ce territoire. Dudon de Saint-Quentin explique que vers 927 Rollon n'était plus en état de gouverner[3]. Une assemblée de Normands et de Bretons élit Guillaume à leur tête. À peine élu, il se recommande au roi Charles le Simple.

Il est assez difficile de brosser un portrait du nouveau jarl des Normands de la Seine. En effet, le récit de Dudon de Saint-Quentin, notre principal informateur, tend parfois à l'hagiographie. Néanmoins, il est indiscutable que Guillaume fut un vrai chrétien à la différence de son père. Après 935, il épousa chrétiennement Liégarde, fille d'Herbert II, comte de Vermandois. Le jarl fit différentes donations aux chanoines du Mont-Saint-Michel et restaura l'abbaye de Jumièges[4] dans laquelle il songea à se retirer. Il obtient de sa sœur Adèle qu'elle lui envoie douze moines de l'abbaye Saint-Cyprien de Poitiers[4].

Le principat de Guillaume correspond à une consolidation de la jeune Normandie. Dudon présente le jarl comme un restaurateur de la paix et de l'ordre. Beaucoup plus récemment, Lucien Musset le décrit comme le « principal artisan de la réussite normande. C'est à lui qu'on doit attribuer le succès définitif de la greffe scandinave sur le tronc romano-franc, qui permit à l'État fondé en 911 de traverser victorieusement la crise générale que connut dans les années 940 le monde scandinave d'Occident »[5].

Guillaume et les Bretons[modifier | modifier le code]

Vers 931, la Bretagne, occupée par les Normands de la Loire, traversait une période délicate. Les Bretons se révoltèrent contre les occupants. Guillaume Longue Épée (appuyé par les Normands de la Loire ?) envahit la Bretagne. Les chefs bretons Alain « Barbe-Torte » et Juhel Bérenger de Rennes furent battus. Le premier fuit outre-Manche ; l'autre se réconcilia avec le Normand.

Mais quelles sont les conséquences de la victoire de Guillaume ? Dudon de Saint-Quentin répète à l'envi que Guillaume Longue Épée était « duc des Normands et des Bretons ». D'ailleurs, on a retrouvé au Mont-Saint-Michel une pièce qui le désigne comme duc des Bretons. Ces derniers apparaissent à plusieurs reprises dans l'entourage du jarl[6]. Comme si la Bretagne faisait désormais partie des terres sous la domination de Guillaume. Plutôt qu'une conquête, Musset suggère un protectorat de la Normandie sur la Bretagne.

En 933, Guillaume rendit hommage au roi Raoul pour « la terre des Bretons située sur le rivage de la mer ». Il ne s'agit pas de la Bretagne car le souverain n'avait plus aucun droit sur ce territoire. Les historiens traduisent habituellement cette concession par le Cotentin et l'Avranchin[7], régions cédées aux Bretons par Charles le chauve soixante-six ans plus tôt (traité de Compiègne). En 933, la Normandie avait ainsi quasiment atteint son extension définitive.

Toutefois, Karl-Ferdinand Werner[8] prévient que nous n'avons aucune preuve que le deuxième jarl de Rouen maîtrisait effectivement ces confins occidentaux. La concession du roi Raoul - formelle car il ne contrôlait pas lui-même cette partie de la Normandie - invitait surtout Guillaume à soumettre les Bretons du Cotentin et ainsi à les intégrer à son royaume par l'intermédiaire de l'hommage du jarl.

La révolte de Rioulf[modifier | modifier le code]

Vers 934, Guillaume se trouva confronté à une révolte de Normands commandés par Rioulf (Herjólfr). L'origine géographique de la rébellion reste incertaine. Guillaume de Jumièges parle de « l'intérieur de la Normandie »[9]. Le chroniqueur du XIIe siècle Orderic Vital écrit que Rioulf venait de l'Évrecin alors que Lucien Musset pense que les Normands révoltés partaient de l'ouest[10]. Étaient reprochés au jarl son origine franque (par sa mère) et sa politique trop favorable aux Francs. Rioulf conduisit les révoltés jusque sous les murs de Rouen mais Guillaume sortit de la ville et écrasa les adversaires.

L'épisode n'a pas manqué d'être interprété par les historiens. Ils y voient la révolte de Vikings établis dans l'ouest ou au milieu de la Normandie et peu soumis à l'autorité des jarls de Rouen. Bref, cet événement conforterait la thèse d'une Normandie imparfaitement contrôlée par le descendant de Rollon. Rioulf serait l'exemple d'un de ces chefs de bande viking, indépendant du pouvoir de Rouen[11].

Le guet-apens de Picquigny[modifier | modifier le code]

Miniature du XVe siècle représentant la rencontre d'Arnoul de Flandres et Guillaume Longue-Épée sur l'ile de Picquigny en 942 et l'assassinat de ce dernier.

Avec Arnoul de Flandre, Herbert II de Vermandois et Hugues le Grand, Guillaume faisait partie du petit groupe de princes qui joua un rôle prépondérant dans le nord du royaume. Tantôt alliés, tantôt ennemis, ils soutinrent ou s'opposèrent au roi.

En 935, le jarl épousa chrétiennement Liutgarde de Vermandois, fille d'Herbert II, comte de Vermandois[7]. En 936, selon Dudon de Saint-Quentin, le soutien normand se révéla décisif pour rétablir sur le trône de Francie le prétendant carolingien Louis d'Outremer. Par contre, en 940, Guillaume prit le parti du duc des Francs Hugues le Grand et de Herbert II de Vermandois contre le roi et Arnoul de Flandre. Ils les assista aux sièges de Reims et de Laon, jusqu'à l'obtention d'un accord avec Louis d'Outremer.

Le gisant de Guillaume Longue Épée, dans le déambulatoire de la cathédrale Notre-Dame de Rouen

L'état des relations entre la Normandie et la Flandre était changeant. En 925, alors que Rollon était encore le jarl des Normands, Arnoul Ier avait pris la forteresse d'Eu mais en 939, Guillaume et lui prêtèrent serment ensemble au roi Otton de Germanie contre le roi des Francs. En 938/939, Herluin, comte de Montreuil, ayant perdu sa ville de Montreuil, prise par Arnoul Ier, comte de Flandre (et d'Artois), en appela à Guillaume Longue-Épée[4]. Les Normands finirent par intervenir. Selon Richer et Dudon de Saint-Quentin, le jarl de Rouen y combattit personnellement. Montreuil fut reprise en 939. Ayant récupéré son bien, Herluin rendit hommage de fidélité à Guillaume pour le Ponthieu. Les Normands contrôlèrent ainsi la Picardie maritime et contrarièrent de cette façon l'expansion de la principauté flamande vers le sud.

L'affaire de Montreuil explique peut-être la fin tragique de Guillaume « Longue-Épée » le 17 décembre 942[7]. Ce dernier est invité par Arnoul de Flandre à une entrevue, manigancée par les principaux princes francs, hostiles à la montée en puissance de la Normandie, au prétexte d'un accord, dans un lieu nommé Picquigny. À peine la paix signée par les deux princes, sur une île de la Somme, il est traîtreusement assassiné, vraisemblablement par Baudoin, fils du comte de Cambrai, sur ordre d'Arnoul Ier.

Ses fidèles récupérèrent son corps. On retrouva sur lui une clef, clef ouvrant un coffre renfermant une bure, la bure des moines. Son tombeau se trouve en la cathédrale de Rouen.

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Parents :

Femmes :

Sœur :

Enfants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. nommé Viljâlmr Langaspjôt dans les sagas scandinaves
  2. La Complainte de Guillaume Longue Épée
  3. Pour l'historien anglais D. C. Douglas, Rollon était probablement mort. C. D. Douglas, « Rollo of Normandy », The English Historical Review, vol. 57, no 228, oct. 1942, p. 434-435
  4. a, b et c Neveux 2009, p. 98
  5. Lucien Musset, « Naissance de la Normandie », Michel de Bouärd (dir.), Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p. 109
  6. Pour faire reconnaître son fils Richard Ier de Normandie, Guillaume « appela auprès de lui tous les chefs normands et bretons ». Guillaume de Jumièges, Histoire des Normands, Livre III, éd. Guizot, 1826, p. 71. Lorsque Guillaume fut assassiné, les chefs bretons Alain « Barbe-Torte » et Juhel Bérenger de Rennes l'accompagnaient
  7. a, b et c Neveux 2009, p. 87-88
  8. Karl-Ferdinand Werner, « Quelques observations au sujet des débuts du duché de Normandie. Droits privés et institutions régionales », in Droit privé et Institutions régionales. Études historiques offertes à Jean Yver, Paris, PUF, 1976, p. 701
  9. Guillaume de Jumièges, ibid, p. 62
  10. Lucien Musset, ibid, p. 109
  11. Bauduin 2002, p. 80

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Complainte de Guillaume Longue Épée, J. Lair (éd.), Étude sur la vie et la mort de Guillaume Longue Épée, Paris, Picard, 1893, p. 61-68
  • Dudon de Saint-Quentin, De gestis Normanniae ducum seu de moribus et actis primorum Normanniae ducum, J. Lair (éd.), Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tome XXIII, 1865.
  • Guillaume de Jumièges, Histoire des Normands, Livre III, éd. Guizot, 1826

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bauduin, La Première Normandie (Xe ‑ XIe siècle), Presses Universitaires de Caen,‎ 2002
  • François Neveux, la Normandie des ducs aux Rois. Xe ‑ XIIe siècle, Ouest-France Université, Rennes, 1998
  • François Neveux, L'aventure des Normands : VIIIe ‑ XIIIe siècle, Paris, Perrin, coll. « Tempus »,‎ 2009, 368 p. (ISBN 978-2-262-02981-4)

Articles connexes[modifier | modifier le code]