Emmanuel Frémiet

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Emmanuel Fremiet

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Naissance 24 décembre 1824
Paris
Décès 10 septembre 1910 (à 85 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de France Français
Activités Sculpteur
Maîtres François Rude
Mouvement artistique sculpture animalière du XIXe

Emmanuel Fremiet[note 1], né à Paris le 24 décembre 1824 et mort à Paris le 10 septembre 1910, est un sculpteur français. Tout en ayant exécuté des œuvres de commande patriotiques dans un style néoclassique, il est reconnu comme un artiste excellent dans la production d'animaux dans un style naturaliste. Par sa tante Sophie Frémiet, il est le neveu et l'élève du sculpteur François Rude, dont Louis Frémiet, père de Sophie, fut le maître. On le rattache également à l'école réaliste. Il est célèbre pour sa statue de Jeanne d'Arc à Paris et le monument à Ferdinand de Lesseps à Suez. Il était le beau-père de Gabriel Fauré.

Biographie[modifier | modifier le code]

Orang-outang étranglant un « sauvage », d'après les récits et gravures de l'expédition Wallace en Insulinde

Il se consacra surtout à la sculpture animalière et aux statues équestres en armure. Il commença à travailler dans la lithographie scientifique (ostéologie) et pendant cette époque peu agréable travailla dans le sinistre atelier des peintres de la morgue. En 1843 il envoya au Salon une étude sur une gazelle et après cette date travailla de façon prolifique. Son Ours blessé et son Chien blessé datent de 1850 et le Musée de Luxembourg acquit immédiatement cet exemple frappant de son travail. Au cours des années 1850, Frémiet produisit différents œuvres ayant pour sujet Napoléon. En 1853, Frémiet, « le plus grand sculpteur animalier de son temps » exposa des sculptures de bronze représentant des bassets de Napoléon III au Salon de Paris. De 1855 à 1859, il fut chargé d'une série de statuettes militaires pour l'empereur. Il réalisa sa statue équestre de Napoléon Ier en 1868 et de Louis d'Orléans en 1869, au château de Pierrefonds, et en 1874 la première statue équestre de Jeanne d'Arc, érigée place des Pyramides à Paris, qu'il remplaça ensuite par une autre version plus achevée en 1889. Pendant cette période, il exécuta aussi Pan et les oursons, acquis également par le Musée de Luxembourg et maintenant au Musée d'Orsay.

Gorille enlevant une femme

À la fin du XIXe siècle, un thème à la mode inspire Frémiet et d'autres artistes : celui de l'affrontement entre l'Homme et la Bête. Un fait divers rapporté par le journal Le Temps relatait que dans un village gabonais, un gorille égaré et furieux aurait enlevé et molesté une femme, après avoir détruit des cabanes, en 1880. Par ailleurs, les récits d'explorateurs comme Alfred Russel Wallace emplissent les journaux d'articles et de gravures illustrant l'attaque d'un pisteur malais par un orang-outang. Si l'éléphant, le tigre ou le lion sont des classiques de ces articles à sensation, les grands singes exercent une fascination proportionnelle à leur ressemblance avec l'être humain. À la lumière de ce que l'on sait aujourd'hui du comportement des grands singes, ces anecdotes apparaissent comme probablement fictives ou pour le moins très exagérées, mais elles inspirent à Frémiet plusieurs œuvres majeures.

Le Gorille enlevant une femme[1] est d'abord rejeté en 1859 : « Voici mesdames et messieurs, écrit Nadar dans le Journal pour rire, le fameux gorille de M Frémiet. Il emporte dans les bois une petite dame pour la manger. M Frémiet n'ayant pu dire à quelle sauce, le jury a choisi ce prétexte pour refuser cette œuvre intéressante. »[2], mais une nouvelle version reçoit une médaille d'honneur au Salon de 1887[3]. Cette œuvre célèbre à son époque[4] fait néanmoins scandale[5] car elle représente un gorille enlevant une femme nue, prétendument avec l'intention de la violer[6] — acte dont un vrai gorille, femelle de surcroit[7], n'aurait pas la moindre idée. Quoi qu'il en soit, cette scène n'en a pas moins, selon Baudelaire « excité la curiosité priapique » du public[8].

De la même veine et encore plus remarquable est L'Orang-outang étranglant un sauvage de Bornéo, de 1895, une commande du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, inspirée par les récits de Wallace, rapportés avec beaucoup d'exagérations par The Times. Cette fois l'animal est un mâle, comme le signalent ses excroissances faciales, mais néanmoins accompagné d'un petit (ce qui est l'apanage des femelles en réalité) et en étranglant le « sauvage » il accomplit un acte aussi impossible (physiquement et éthologiquement) que le viol d'une femme par un gorille. Mais l'art opère et des générations de visiteurs de la galerie du Muséum où elle est exposée, ont été horrifiés par la force émanant de l'œuvre.

Dans cette période, Frémiet réalisa encore la statue de saint Michel pour la pointe du clocher de l'église du Mont Saint-Michel et la statue équestre de Velázquez pour le Jardin de l'Infante au Louvre. Il fut élu membre de l'Académie des beaux-arts en 1892 et succéda à Antoine-Louis Barye comme professeur de dessin animalier au Muséum d'histoire naturelle.

Quelques œuvres notables[modifier | modifier le code]

De nombreux animaux plus petits sont exposés dans des musées de province et au musée d'Orsay. Un grand nombre de tirages en fonte de bronze ont été réalisées.

Emmanuel Fremiet travailla pendant plusieurs années comme peintre d’animaux au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Dans la sculpture de Pan et oursons (entre 1864 et 1867), Pan reconnaissable à ses pattes de bouc s'amuse avec deux oursons.

Élèves[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

Contexte artistique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La véritable orthographe est « Fremiet ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. On verra ici la statue de plus près.
  2. Albert Ducros et Jacqueline Ducros, « Gare au gorille : l’audace de Frémiet »
  3. « Cette sculpture obtient la médaille d'honneur, la plus haute distinction, au Salon de 1887, sous le titre Gorille-groupe plâtre - Troglodytes Gorilla (sav.)- du Gabon », dans Visiter l'exposition avec une classe, page 11
  4. « En 1859, il fait scandale avec son Gorille emportant une négresse, exposé, grâce à l’appui de Nieuwerkerke, derrière un rideau, ce qui lui assura une célébrité immédiate. », Dictionnaire illustré des sculpteurs animaliers et fondeurs de l’Antiquité à nos jours, Jean-Charles Hachet
  5. « Soulevé dans une réprobation unanime, le Jury déclara sérieusement qu’une telle œuvre offensait les mœurs, et il l’exclut sans pitié du salon. », Dictionnaire illustré des sculpteurs animaliers et fondeurs de l’Antiquité à nos jours, Jean-Charles Hachet
  6. C'est avis de Charles Baudelaire « pour qui ce viol annoncé est indigne du talent de sculpteur », Albert Ducros, Jaqueline Ducros Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, 1992, Volume 4, Numéro 4-3-4 pp. 270
  7. Ce gorille étouffant dans ses bras herculéens une négresse frêle et délicate donna très vite aux juges trop pressés l'idée d'une scène de luxure épouvantable. L'artiste avait cependant insisté, pour que nul n'en ignore, sur le caractère anthropophage de ces troglodytes du Gabon ; et les apparences étaient sauves, puisque le monstre était femelle : cf.: "L'Artiste", Revue de l'art contemporain, 1893
  8. Le "Premier Artiste", Philippe Dagen, Romantisme, Année 1994, volume 24, numéro 84.
  9. Statue de Jeanne d’Arc – Base Mérimée
  10. Notice n°23 sur le site Itinéraire de visite de Nancy
  11. Inaugurée le 4 juin 1916, la statue était accompagnée de deux petits pages en bronze qui ont été fondus en 1942.

Annexes[modifier | modifier le code]

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