Sciences humaines et sociales

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Les sciences humaines et sociales forment un ensemble de disciplines étudiant divers aspects de la réalité humaine sur le plan de l'individu et sur le plan collectif.

Définition[modifier | modifier le code]

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Les sciences humaines et sociales regroupent de nombreuses disciplines scientifiques qui cherchent à expliquer des phénomènes dont les explications ne relèvent pas de la biophysique, mais plutôt des influences, des faits sociaux, des autres ou de l'environnement sur les actions, comportements et attitudes humaines.[réf. souhaitée] Ses domaines de recherche sont nombreux, allant de la géographie à la psychologie sociale, en passant par la linguistique, la démographie, l'histoire, l'anthropologie ou la sociologie.

Actuellement, les sciences humaines et sociales peuvent converger plus ou moins avec d'autres domaines des sciences. C'est le cas avec la biologie (notamment dans le domaine de l'environnement). Certaines convergent également vers la physique et la chimie. D'autres en divergent fortement. Des champs entiers des sciences sociales font usage des mathématiques et du formalisme.[réf. souhaitée]

Chaque discipline des sciences humaines et sociales, a ses propres écoles de pensée et de nombreuses approches méthodologiques et théoriques. Il n'y a pas de principe universel ou une seule dénomination; chaque champ de recherche a ses particularités. L'expression "Sciences humaines et sociales" vise ici à dépasser les nomenclatures administratives et historiques propres à chaque pays et même parfois chaque université, afin de traiter du sujet ; un champ de la recherche vaste, où les influences sociales et humaines sont étudiées[réf. souhaitée].

Perspective historique des différents champs des sciences humaines et sociales[modifier | modifier le code]

Les dénominations des actuelles « sciences humaines et sociales » varient dans l'histoire et selon les pays, sans toujours recouvrir exactement les mêmes champs de recherche concernés.

Problématique des appellations et champs concernés[modifier | modifier le code]

En France, les « sciences humaines » désignent en général les études de psychologie et de sociologie. « Depuis la Seconde Guerre mondiale, l'expression a remplacé l'ancienne appellation de “sciences morales” », et selon Edmond Ortigues, cette ancienne appellation fut utilisée en 1942, pour traduire « l'ouvrage de Wilhelm Dilthey sur les sciences de l'esprit (Geisteswissenschaften) » sous le titre « Introduction aux sciences humaines ». E. Ortigues rapporte qu'« on transforma les facultés des lettres en facultés des lettres et sciences humaines, dans le dessein d'y promouvoir l'enseignement d'une partie des sciences sociales (la psychologie et la sociologie), au voisinage des humanités littéraires » (décret paru au Journal officiel du 27 juillet 1958). Il précise à cette occasion que l'anglais recourt à cette dénomination « parfois dans des contextes assez lâches, mais dit plus couramment social sciences »[1].

L'expression anglaise de « science sociale » serait apparue en 1824, dans un livre du coopératiste William Thompson[2]. Elle est maintenant largement utilisée dans la francophonie[réf. souhaitée].

D'après E. Ortigues, l'expression « sciences humaines » est une désignation académique « typiquement française » qui « ne recouvre pas tout le champ des sciences de l'homme ». En particulier l'histoire en est exclue. La formule aurait « l'inconvénient de ne pas préciser ce qui, en l'homme, relève des sciences positives, c'est-à-dire du recours à l'expérience ». Ortigues considère qu'en parlant des « sciences de l'homme », « le mot « homme » désigne un domaine intermédiaire entre, d'une part, les sciences naturelles (biologie) et, d'autre part, les sciences abstraites du raisonnement (logique, mathématique, philosophie) ». Le domaine des « sciences humaines » a selon lui « un caractère social dans la mesure où il inclut l'acquisition d'un langage et d'une culture », et « les formes sociales sont des formes mixtes qui participent à la fois de la vie et de la pensée »[3].

La position « positiviste »[modifier | modifier le code]

Le XIXe siècle fut l'âge du positivisme, qui désigne, au sens strict du terme, le système d'Auguste Comte. Ce dernier affirmait en effet que la société traversait trois étapes ascendantes et progressives, l'âge théologique, l'âge métaphysique et enfin l'âge scientifique. Cette vision évolutionniste, qui considère l'histoire comme ayant un sens unilinéaire, a été très largement partagée au XIXe siècle (Hegel, Spengler, etc.), bien que la détermination du « sens » en question ait été matière à débat.

Marx et Engels, qui formulent le projet d'un « matérialisme scientifique », ont eu une influence décisive dans le développement des sciences sociales, bien que la genèse de certaines d'entre elles, dont l'économie, ait précédé la formation théorique du marxisme. Tocqueville, Montesquieu (et sa théorie des climats), Rousseau, ou Al-Biruni [4] et Ibn Khaldoun[5] ont été tour à tour considérés[réf. nécessaire] comme des ancêtres des sciences sociales (Lévi-Strauss a attribué[réf. nécessaire] en particulier un rôle fondamental à Rousseau et Montaigne[réf. nécessaire] dans sa théorie de l'ethnologie).

Vers la fin du XIXe siècle, les tentatives visant à recourir à des équations pour rendre compte du comportement devinrent de plus en plus communes [réf. nécessaire]. Parmi ces premières tentatives, figurent le cas des « lois » de la philologie qui visaient à cartographier les changements sonores d'une langue à travers le temps [réf. nécessaire].

Le positivisme logique : vérification et distinction faits-valeurs[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, le positivisme logique émerge dans le Cercle de Vienne. Le projet de Bertrand Russell, Rudolf Carnap, Alfred Ayer, etc., consiste à tenter de réduire la philosophie à la logique afin d'en faire une « science dure ». Par-delà la critique du kantisme, et en particulier de l'existence des jugements synthétiques a priori, il s'agit en fait de reconduire, par d'autres moyens, le projet kantien de faire de la métaphysique une science. Tandis que Kant voulait faire cela en imitant la révolution copernicienne, le Cercle de Vienne comptait faire cela en éradiquant les énoncés métaphysiques des sciences elles-mêmes, et par un réductionnisme logiciste affirmé. Le Cercle de Vienne pose ainsi les fondements de la philosophie analytique, qui, par sa méthode, tente de s'affirmer comme science rigoureuse. Dans le même temps, Husserl tente, avec la phénoménologie, de bâtir lui aussi une « méthode rigoureuse ». Ces développements de la philosophie consistent ainsi à essayer de trouver ce qui serait une alternative aux méthodes en œuvre dans les sciences de la nature.

Ils influencent nombre de projets théoriques portés par les sciences humaines et sociales, dont le behaviorisme ou le positivisme juridique. De plus, en imposant la distinction faits-valeurs d'un côté, et de l'autre le vérificationnisme, c'est-à-dire l'idée selon laquelle seul peut être validé scientifiquement un énoncé empiriquement testé par l'expérience (au sens large, et non au sens restreint d'expérimentation scientifique), ils conduisent à une certaine conception de la science qui engendrera de nombreux débats en épistémologie. Karl Popper y jouera un rôle majeur, en substituant le critère de réfutabilité au critère vérificationniste, permettant selon lui d'obtenir enfin un critère de scientificité valable. Cela lui permet notamment d'exclure le marxisme et la psychanalyse du champ scientifique.

On peut toutefois se demander s'il est possible d'obtenir un critère unique de scientificité, et si la définition du critère de réfutabilité par Popper ne procède pas d'une volonté préalable d'exclure du champ scientifique marxisme et psychanalyse. La recherche d'un tel critère demeure, aujourd'hui encore, un sujet de recherche problématique pour la philosophie des sciences et l'épistémologie.

Du behaviorisme aux sciences cognitives[modifier | modifier le code]

Sous l'influence du positivisme logique, le behaviorisme devient la tendance dominante de la psychologie aux États-Unis pendant toute la première moitié du XXe siècle, critiqué par un renouveau de la philosophie du langage et de l'esprit, il fut supplanté par le modèle des sciences cognitives. Celles-ci font rejoindre autour d'un même objet d'étude, le fonctionnement du cerveau et de l'esprit, un ensemble de disciplines hétérogènes, telles que les mathématiques ou la philosophie.

La neutralité axiologique en sociologie[modifier | modifier le code]

Outre le positivisme, c'est le principe de neutralité axiologique, formulé par Max Weber dans Le Savant et le politique (1919), qui préside à l'ambition scientifique de la sociologie. Ce principe, qui rejoint partiellement la distinction faits-valeurs (théorisée en particulier par Alfred Ayer dans Langage, Vérité et Logique, 1936), est le réquisit (le présupposé) de l'objectivité des sciences humaines et sociales.

Le retour à une certaine « subjectivité » dans la méthode?[modifier | modifier le code]

Depuis la fin du XXe siècle, la subjectivité retrouverait-elle droit de cité dans les sciences humaines et sociales ?

En histoire, l'éditeur Pierre Nora a introduit la notion d' « égo-histoire » (1987), qui permet aux historiens de se faire les « historiens d'eux-mêmes »[6].

Le chercheur Ivan Jablonka a proposé la notion de « je de méthode » pour faire de la subjectivité du chercheur un outil épistémologique, accroître la réflexivité et introduire dans le texte une dimension littéraire[7].

Quelques institutions[modifier | modifier le code]

Diverses institutions de recherche, consacrées aux sciences dites plus spécifiquement « sociales » et à leur extension dans d'autres domaines (économie, politique, religions, histoire...), ont été créées dans la première moitié du XXe siècle : la New School for Social Research à New York, en 1919 ; l'Institut international d'histoire sociale à Amsterdam, en 1935 ; en France, depuis 1869 l'École pratique des hautes études possède une section consacrée à l'économie, et la VIe section de l'École deviendra l'École des hautes études en sciences sociales. L'École libre des sciences politiques a été créée en 1872, et deviendra en 1945 Sciences Po. À partir de 1963, Fernand Braudel a dirigé la Fondation Maison des sciences de l'homme, qu'il a contribué à créer.

La Fondation Rockefeller a créé le Département des relations industrielles, visant à mieux comprendre les mouvements sociaux, après le massacre de Ludlow (avril 1914). Le département a été présidé par William Lyon Mackenzie King, qui sera à plusieurs reprises Premier ministre du Canada. Dans les années 1930, la Fondation Rockefeller, qui avait commencé à financer de plus en plus d'infrastructures liées aux sciences sociales en créant entre autres le Social Science Research Council, a racheté le Centre de documentation sociale (CDS), créé en France par le mécène Albert Kahn, et situé rue d'Ulm, dans les locaux de l'École normale supérieure (ENS)[8]. Mais le CDS a cessé ses activités en 1941, et ses fonds ont été dispersés (la plupart étant conservés à la BDIC de Nanterre).

Tendances, prospective[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Edmond Ortigues, « Sciences humaines », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 décembre 2016. URL : [1]
  2. William Thompson, An Inquiry into the Principles of the Distribution of Wealth Most Conducive to Human Happiness; applied to the Newly Proposed System of Voluntary Equality of Wealth, London, Longman, Hurst Rees, Orme, Brown & Green, 1824, p. IX-X et sq. (en ligne) :
    « Social science, the science of morals, including legislation as one of its most important sub-divisions, requires not only a knowledge of what is technically called morals and political economy, but of the outlines of all that is known, with a capacity for following up any particular branch that may be, on particular occasions, conductive to the general end. None of these speculators have confined themselves to their own peculiar province, but have adventured, without appropriate knowledge, on the direct application of their isolated speculations to social science. »
  3. E. Ortigues, « Sciences humaines », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 décembre 2016. URL : [2]
  4. Akbar S. Ahmed (1984). "Al-Biruni: The First Anthropologist", RAIN 60, p. 9-10.
  5. H. Mowlana (2001). "Information in the Arab World", Cooperation South Journal 1.; Salahuddin Ahmed (1999). A Dictionary of Muslim Names. C. Hurst & Co. Publishers. ISBN 1-85065-356-9.; Dr. S. W. Akhtar (1997). "The Islamic Concept of Knowledge", Al-Tawhid: A Quarterly Journal of Islamic Thought & Culture 12 (3).;Akbar Ahmed (2002). "Ibn Khaldun’s Understanding of Civilizations and the Dilemmas of Islam and the West Today", Middle East Journal 56 (1), p. 25.
  6. Pierre Nora, Essais d'égo-histoire, Gallimard, 1987.
  7. Ivan Jablonka, L'histoire est une littérature contemporaine, Seuil, 2014.
  8. Claude Viry, La documentation un outil pour la paix. Albert Kahn, banquier philanthrope, revue Inter CDI n°97
  9. Index savant, Présentation de la revue "Natures Sciences Sociétés", consulté 2013-09-10
  10. Groupe de travail d’interface SHS et Environnement de l’Alliance Athena (2013), SHS et environnement, Panorama et prospective ; état de l'art sur la recherche en SHS sur l'environnement..., Rapport écrit sous la présidence de Lionel Ragot, Athena, avril 2013, PDF, 44 pages voir notamment les tableaux 5, 6 et 7 page 17 et suivantes)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]