D'Arcy Wentworth Thompson (1860-1948)

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D'Arcy Wentworth Thompson
Naissance
Édimbourg (Écosse)
Décès (à 88 ans)
St Andrews (Écosse)
Nationalité Drapeau de Grande-Bretagne Britannique
Champs Biomathématique
Institutions Université de St Andrews
Diplôme Université de Cambridge
Distinctions Médaille linnéenne (1938)
Médaille Daniel Giraud Elliot (1942)
Médaille Darwin (1946)

D'Arcy Wentworth Thompson, souvent appelé D'Arcy Thompson, est un biologiste et mathématicien écossais, né le 2 mai 1860 à Édimbourg, mort le 21 juin 1948 à St Andrews (Écosse).

Il est l'auteur de On Growth and Form (1917, révisée en 1942) traduit en français sous le titre Forme et croissance[1], qui fit de lui le premier biomathématicien. Il a notamment montré qu'on pouvait passer d'une forme d'une espèce à la forme d'une espèce proche par certaines transformations géométriques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils du professeur de grec du Queen's College de Galway, D'Arcy Wentworth Thompson (1829-1902)[2] — dont le nom est sans doute un hommage au convict D'Arcy Wentworth (1762–1827), qui parvint à commuer sa peine en se portant infirmier volontaire pour l'expédition de Botany Bay en 1790 —, il accomplit ses études secondaires de 1870 à 1877 à Edinburgh Academy, et remporta le 1er prix de cette institution[3] en 1877. En 1878, il s'inscrivit en médecine à l’Université d'Édimbourg. Deux ans plus tard, il acheva ses études au Trinity College de l’Université de Cambridge[4], où il reçut la licence ès Arts option Sciences Naturelles[2] en 1883. Dès l'année suivante, il était nommé professeur de Biologie (puis d'Histoire naturelle) à l’University College (Dundee), poste qu'il conserva pendant 32 ans. L'une de ses premières tâches fut de créer un musée de zoologie pour l'enseignement et la recherche, collection naturaliste qui fut en son temps considérée comme la plus complète du Royaume-Uni, avec une spécialisation pour la zoologie arctique, qui s'explique par les liens du jeune professeur avec les chasseurs de baleine de Dundee. En 1896 et 1897, il se joignit aux aventureuses expéditions vers le détroit de Béring, en tant qu'expert du gouvernement Britannique dans l'enquête internationale sur la pêche au phoque. Il profita de ces voyages pour recueillir plusieurs spécimens pour son musée, dont un crabe araignée géant (qu'on peut encore voir aujourd'hui) et le squelette rarissime d'une vache de mer.

Thompson s'est inspiré des recherches d'Albrecht Dürer sur l'anamorphose[5].

En 1917, Thompson fut nommé à la Chaire d'Histoire naturelle de l’Université de St Andrews, où il passa les 30 dernières années de sa vie. Pour cette ville universitaire d’Écosse, D'Arcy-Thompson était un personnage, que l'on voyait arpenter les rues en chaussures de sport, un perroquet sur l'épaule, et qui contribuait volontiers au magazine Country Life de St Andrews (n° d'octobre 1923). Élu Fellow de la Royal Society en 1916[6], il fut anobli en 1937 et récompensé de la médaille Darwin en 1946. L'édition révisée de son essai On Growth and Form, lui valut la médaille Daniel Giraud Elliot de l’Académie nationale des sciences (États-Unis)[7] en 1942.

On Growth and Form[modifier | modifier le code]

La thèse centrale de On Growth and Form est que les biologistes du début du XXe siècle ont surestimé le rôle de l’Évolution (en insistant sur la sélection naturelle) et ont sous-estimé le rôle de la physique et de la mécanique dans la constitution des formes et des structures des organismes vivants.

D'Arcy Thompson indique un certain nombre d'exemples de corrélation entre des formes biologiques et des phénomènes mécaniques. Il montre une similarité entre les formes de méduses et les formes de gouttes de liquide tombant dans un fluide visqueux, et entre les structures internes des os creux d'oiseaux et les lignes d'égale tension dans les poutres. Il retrouve dans la phyllotaxie (les relations numériques entre des structures en spirale dans les plantes) une séquence particulière, la suite de Fibonacci.

Absolument sui generis, ce livre ne cadre presque jamais avec le courant dominant de la pensée biologique. Il ne présente aucune réelle découverte centrale, et dans la plupart des cas n'essaie même pas d'établir une relation causale entre les formes ayant une origine physique et les formes analogues observées en biologie. Ce travail se situe dans une tradition descriptive. Thompson n'a pas articulé ses intuitions sous la forme d'hypothèses expérimentales pouvant être mises à l'épreuve. Il en était conscient, affirmant : « Mon livre a à peine besoin de préface, pour la raison qu'il est tout entier une préface du début à la fin. »

Son livre, très long, bien écrit, et enrichi de nombreuses illustrations, aurait enthousiasmé et influencé des générations de biologistes, architectes, artistes et mathématiciens. Claude Lévi-Strauss affirma que la notion de transformation structurale, qu'il utilisait dans ses travaux d'anthropologie structurale, ne venait pas tant de la linguistique ou de la logique que de la biologie de D'Arcy Thompson[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'Arcy Thompson (trad. Dominique Teyssié), Forme et croissance, Seuil, coll. « Science ouverte »,‎ , 334 p. (ISBN 978-2020988346). Il s'agit de la traduction d'une version abrégée due à John Tyler Bonner publiée en 1961. La réédition par Dover Publications en 1992 de l'édition complète et révisée de 1942 (ISBN 978-0486671352) comporte 1 116 pages et n'est actuellement pas traduite en français.
  2. a et b Alumni Cantabrigienses, Cambridge University Press,‎ (lire en ligne), « Thompson, D'Arcy Wentworth (THM880DW) »
  3. The Edinburgh Academy Register 1824-1914, impr. T & A Constable pour l’Edinburgh Academical Club (1914), p. 328.
  4. Obituary in The Scotman
  5. Richards, Oscar W., « D'Arcy W. Thompson's mathematical transformation and the analysis of growth », Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 63, no 4,‎ , p. 456-473 (DOI 10.1111/j.1749-6632.1955.tb32103.x)
  6. D'après Clifford Dobell, « D'Arcy Wentworth Thompson. 1860-1948 », Obituary Notices of Fellows of the Royal Society, vol. 18,‎ , p. 599–526 (DOI 10.1098/rsbm.1949.0015)
  7. « Daniel Giraud Elliot Medal », sur National Academy of Sciences (consulté le 16 février 2011)
  8. Claude Lévi-Strauss, De près et de loin, 1988, p. 158-159

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Clifford Dobell (1949). D’Arcy Wentworth Thompson. 1860-1948, Obituary Notices of Fellows of the Royal Society, 6 (18) : 599-617. (ISSN 1479-571X)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]