Georges Bataille

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Georges Bataille
Description de l'image defaut.svg.
Nom de naissance Georges Albert Maurice Victor Bataille
Alias
Pierre Angélique, Lord Auch et Louis Trente
Naissance
Billom (Puy-de-Dôme, Auvergne)
Décès (à 64 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Activité principale
Bibliothécaire, écrivain, philosophe
Signature de Georges Bataille

Georges Bataille, né le à Billom (Puy-de-Dôme), mort le à Paris, est un écrivain français. Son œuvre, se compose d'ouvrages de littérature, mais aussi d'anthropologie, de philosophie, d'économie, de sociologie et d'histoire de l'art. Elle est difficile à caractériser, « les catégories traditionnelles, les délimitations qu'elles établissent, se révèlent inappropriées ou encombrantes dès lors qu'on veut rendre compte de l'ensemble de ses écrits[1]. »

Il ne considère jamais l'écriture comme une fin en soi, mais comme un outil qui lui permet de témoigner de ses différentes entreprises. Sa vie et son œuvre se confondent alors dans le champ de ses expérimentations qui vont du mysticisme à l'érotisme , avec une fascination de la mort qui se retrouve en particulier dans l'un de ses essais La pratique de la joie devant la mort. Il use parfois de pseudonymes pour signer certains écrits : Lord Auch, Pierre Angélique, Louis Trente et Dianus.

Son engagement politique le conduit à jeter sur Staline un regard critique. Ayant fait partie un temps des surréalistes, il devient un « hérétique, excommunié par André Breton ». Il fonde alors la revue l'Acéphale, point de ralliement de tous les excommuniés de Breton, et il se détourne de l'engagement politique pour formuler une action existentielle liées au refus nietzschéen et à la conquête de l'extase.

Auréolé d'un prestige considérable dans les milieux intellectuels, surtout connu pour ses écrits sur l'érotisme qui ont fait scandale, il reste mal connu du grand public et très peu lu. Il fait cependant l'objet d'un très grand nombre d'études et d'exégèses.

Il est enterré au cimetière de Vézelay dans l'Yonne.

Famille et éducation[modifier | modifier le code]

Le père de Georges, Joseph-Aristide Bataille, a épousé Marie-Antoinette Tournarde alors qu'il avait déjà 35 ans. Successivement économe de collège, employé à la maison centrale de Melun, puis receveur buraliste, il a quarante-deux ans à la naissance de son deuxième fils : Georges. L'aîné de Georges, Martial, est celui qui va s'opposer à son frère lorsqu'en 1961 Bataille déclare dans une entrevue avec Madeleine Chapsal que son père était fou[2]. Joseph-Aristide est atteint de syphilis, maladie qui s'est déclarée entre la naissance de ses deux enfants et qui progresse rapidement. À la naissance de Georges, il est déjà presqu'aveugle et ses membres sont paralysés.

« Je suis né d'un père P.G., qui m'a conçu déjà aveugle, et qui fut cloué, peu après ma naissance, dans son fauteuil, par sa sinistre maladie[3]. »

Georges n'a que trois ans lorqu'il est témoin des effets furieux de la maladie de son père : douleurs atroces, trouble des viscères, des sphincters, il « conchiait ses culottes[4] ». Georges aime néanmoins ce père qui avait tout d'une « bête ». Il l'aime jusqu'à ce que son amour se transforme en haine, à l'âge de quatorze ans, au moment où se manifestent les premiers signes de folie que Georges constate vers 1911 alors qu'il a quatorze ans, et qui se développent pendant que Martial part sur le front. Ce qui explique les témoignages opposés des deux frères sur le père : Martial n'a pas assisté aux dernières années de vie de son père. L'aveugle criait des insanités à caractère sexuel au médecin venu le soigner, ainsi qu'à sa femme qui perdit la raison pendant un temps, selon les récits de son enfance que fait Georges Bataille[5].

« Dis donc, docteur, quand tu auras fini de piner ma femme![6]. »

La famille est alors installée à Reims, sans doute parce que le père y a été muté, à une date imprécise (1898,1899, ou 1900). Toutefois, Marie-Antoinette survit à son époux une quinzaine d'années en compagnie de ses enfants et il n'est plus, ensuite, question de sa folie[5] De l'enfance de Georges, on sait peu de choses à l'exception des souvenirs qu'il livre de ses parents. Tous se rapportent d'abord à l'affliction du père. Bataille écrit qu'il s'est adonné au plaisir de l'auto-mutilation avec son porte plume « pour s'endurcir contre la douleur » dans Le Bleu du ciel, sans qu'il soit possible de déceler la part autobiographique de ce récit et la part littéraire[7]. Bataille ne l'a jamais écrit ouvertement, mais il a longtemps été convaincu que son père s'était livré sur lui à des attouchements incestueux, pédérastes, il aurait même parlé de viol[8].

Un récit intitulé Le Rêve décrit ce père qu'il revoit

« avec un sourire fielleux et aveugle étendre ses mains obscènes sur lui, souvenir qui lui paraît le plus terrible de tous[9]. »

On a fini par convaincre Bataille que ces scènes n'avaient pas pu avoir lieu à la cave comme il le raconte, puisque son père était paralysé, mais il reste sans doute possible que certains gestes du père aient pu paraître obscènes à l'enfant[8].

Georges étudie au lycée de Reims jusqu'en classe de première, il poursuit ensuite au collège d'Épernay où il est pensionnaire à sa demande, il y obtient son premier baccalauréat en 1914[10].

La foi en Dieu, conversion[modifier | modifier le code]

Cathédrale Notre-Dame de Reims
Reims détruite (1916) lors de la Première Guerre mondiale

Beaucoup de choses sont difficiles à comprendre, voir inexplicables, dans la démarche de Bataille. Pour quelle raison affirme-t-il en 1914 que « son affaire en ce monde était d'écrire, en particulier d'élaborer une philosophie paradoxale[11]. » Il a dix sept ans à cette date, et rien n'explique pourquoi il découvre Dieu à ce moment-là : son père était irréligieux, sa mère indifférente. Sa conversion s'exprime en la cathédrale de Reims où il assiste aux offices du cardinal Luçon et où il reçoit le baptême en août 1914[12].

Dès le mois de septembre de la même année, après la déclaration de guerre par l'Allemagne, Georges est évacué, avec sa mère et son frère, en même temps que les populations réfugiées à Reims depuis le début du mois d'août. Ils s'établissent Riom-ès-Montagnes dans le Cantal, chez les Tournadre. Le père, incapable de se déplacer, a enjoint sa famille de le laisser sur place. Georges vit ce départ comme un abandon, il en ressent une certaine culpabilité. Il ne reverra pas son père vivant : Joseph-Aristide meurt le 6 novembre 1915 [13].

Dans l'esprit de Georges, la mort du père revient, par un cheminement de pensée complexe, à « la mort d'un dieu ». Sa conversion est alors à assimiler à un rapprochement vers un Dieu de consolation. Sa chrétienté n'est pas simple à interpréter. Georges ne fut jamais définitivement athée, « jamais du moins au sens où l'athéisme ne fut pas pour lui une question. » « Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de Dieu, pas davantage parce que Dieu est mort, mais parce qu'il y a plus fort que Dieu, plus fort parce qu'aveugle et fou. À sa façon, Joseph-Aristide était la folie de Dieu[14]. »

À Rioms, Georges mène une vie pieuse dans la maison de ses grands-parents Tournadre. Il passe son temps en promenade et en études, et il prépare son second baccalauréat. Il n'y a que de rares témoignages sur lui à cette époque : il aime chasser, pêcher les truites à main nues. Entre dix sept et vingt trois ans, on le présente plutôt comme un jeune homme modèle, déférent. Le premier livre qu'il écrit en 1918 est un livre pieux : Notre-Dame de Reims. Il a envisagé de devenir prêtre, ce dont son oncle Victor le dissuade. Il a passe tout de même une année scolaire, d'octobre 1917 à août 1918 au séminaire de Saint-Flour, qu'il quitte à la fin de la guerre pour entrer à Paris à l'École nationale des chartes où il est admis en novembre 1918. Avant d'entrer au séminaire, il a été brièvement mobilisé en 1916 et renvoyé en 1917 pour raisons de santé : des problèmes pulmonaires ont été détectés[15].

Notre-Dame de Reims n'est pas à compter dans l'œuvre littéraire de Bataille : anecdotique, autobiographique, il reste seulement un témoignage précis de la jeunesse de l'auteur. L'image des ruines de Notre-Dame de Reims, encore debout, peut être vue comme le symbole de la foi dressée contre l'irréligion, mais inversement, assimilée à l'image de la mère, ses ruines sont aussi le symbole insconscient du doute et de l'abandon : « Elle a cessé de donner la vie, elle s'étend comme un cadavre[16]. »

À Paris, il se plonge dans Le latin mystique de Remy de Gourmont, qui devient son livre de chevet , et Odon de Cluny. Mais, bien que très pieux et très austère, il ne pousse pas aussi loin le décri de la chair que le préconise Odon de Cluny et Remy de Gourmont[17].

Évolution du jeune homme[modifier | modifier le code]

British Museum façade Nord-Est
Casa de Velázquez vue du jardin

Bataille a vingt deux ans lorsqu'il tombe amoureux de Marie Delteil, fille de Georges Delteil, médecin de sa mère, et qu'il va demander sa main. Expérience douloureuse pour lui comme pour Marie : la demande est refusée en vertu des craintes du médecin sur l'hérédité de Bataille. Déstabilisé, Georges qui a déjà un penchant pour les femmes[18], écrit à sa cousine Marie-Louise Bataille le 9 août 1919 : « Je ne sais plus ce qu'il m'arrivera à travers la tête car il y a déjà longtemps que ma pauvre tête porte je ne sais quoi qui la promet à toutes les aventures[19]. »

En 1920, le jeune homme hésite entre voyager ou vivre en reclus. Il est attiré par l'Orient, mais son premier voyage a lieu en Angleterre pour un séjour d'étude au British Museum de Londres. À cette occasion, il fait un bref séjour de trois jours au monastère de Quarr Abbey dans l'île de Wight, séjour fortuit qui n'a aucune influence sur sa décision : entre l'agitation et la contemplation, c'est l'agitation qui l'emporte semble-t-il[20]. Lors de son séjour à Londres, il rencontre Henri Bergson, et lit le Le Rire qui est une grande déception pour lui et qui n'a aucun rapport avec ce que l'on appelle par la suite le rire Bataillien qui est un rire de souffrance[21]. Il ne rompt en rien avec le catholicisme. « On aurait tort de croire que le rire remplaça sans délai la révélation qu'il avait eu en 1914[22]. » Bataille est encore animé d'une profonde foi religieuse lorsqu'il revient à Paris. Et toujours lorsqu'il soutient, en 1922, (30,31 janvier et 1° février) sa thèse sur L'Ordre de la Chevalerie, conte en vers du XIIIe siècle, avec introduction et notes. Reçu deuxième de sa promotion, il est nommé archiviste-paléographe, et comme tel, il est envoyé à l'École des hautes études hispaniques de Madrid actuelle Casa de Velázquez[21].

À Madrid, Bataille reste isolé, encore très catholique, il continue de rêver d'Orient qui reste son seul but. Il décrit son projet dans une lettre à Marie-Louise Bataille : aller au Maroc. Il n'a pas encore découvert l'Espagne qu'il verra plus tard « grave et tragique » et son peuple « angoissé[23]. » Enfermé dans sa piété, qu'il efface par la suite en lui superposant l'image d'une danseuse de flamenco, qu'il allait voir chaque soir et dont il dit, en 1946, que c'est « un petit animal propre à mettre le feu dans un lit[24], » Bataille s'ennuie. Deux évènements le sortent de sa torpeur : la prestation d'un chanteur de flamenco à Grenade, et une corrida du 17 mai 1922 à Madrid où le matador Manuel Granero est mutilé par le taureau qui lui défonce l'œil droit. Le torero meurt. Il a à peine vingt ans. Toutefois cette horrible scène ne déclenche pas l'effroi immédiat chez Bataille qui était placé trop loin pour voir. Il va ensuite recréer cet évènement en imagination, d'après les récits qu'on lui fait. Plus tard, dans Histoire de l'œil, il consacre un chapitre à cet épisode sanglant intitulé : L'œil de Granero[25]. À ce moment sans doute, naît en lui ce plaisir mêlé d'angoisse qu'il décrit ainsi

« Jamais dès lors, je n'allai aux courses de taureaux sans que l'angoisse ne me tendit les nerfs intensément. L'angoisse, en aucune mesure, n'atténuait le désir d'aller aux arènes. (...) je commençais à comprendre que le malaise est souvent le secret des plaisirs les plus grands[26]. »

De retour à Paris, en 1923, Bataille se lie d'amitié avec le vaudois Alfred Métraux auquel il expose une forme de morale cynique, (Le Joyeux cynique), acquise par les lectures de Gide, Nietzsche et Dostoïesvki. Métraux observe chez son ami une forme de « conversion », un éloignement de toute piété[27]. État d'esprit qui s'amplifie avec la fréquentation de Léon Chestov qui le guide dans sa lecture de Nietzsche. Ainsi l'ancien idéaliste qui envisageait de se faire représentant de Dieu devient bientôt le plus violent de ses apostats. Chestov lui communique sa philosophie de la tragédie. Bataille étudie toute l'œuvre de Chestov, son intention de publier cette étude ne sera jamais menée à bien. En revanche, il cosigne avec Teresa Beresovski-Chestov la traduction d'un livre de Léon Chestov intitulé L'Idée de Bien chez Tolstoï et Nietzsche, philosophie et prédication qui paraît en 1925 aux Éditions du Siècle. Il est d'ailleurs probable que Bataille s'est surtout chargé de la mise en français, sa connaissance du russe étant très rudimentaire[28].

Vers le surréalisme et la débauche[modifier | modifier le code]

1924 est une année clé dans la carrière et l'évolution politique de Bataille. Cette année-là est celle de la naissance, le 15 octobre, du Premier manifeste surréaliste qui regroupe notamment, autour d'André Breton, André Masson et plus tard, Michel Leiris, Théodore Fraenkel que Bataille rencontre alors. Ces trois derniers ont une influence considérable sur le futur philosophe[note 1] et sur sa prise de conscience politique, un sujet qui ne l'avait jamais intéressé jusque-là. C'est également avec eux qu'il partage, de près ou de loin, le surréalisme [29]. Nommé bibliothécaire au Département des Médailles de la Bibliothèque nationale cette même année, il rencontre Michel Leiris peu avant son adhésion au surréalisme. Les deux hommes nouent une profonde amitié. Leiris le décrit comme un « dandy très bourgeoisement vêtu qui n'avait rien d'un bohème »[30], et trouve son rire « sarcastique »[31]. Bataille est alors, comme il l'écrit plus tard, dans une période « décousue ». Il trouve Dada « pas assez idiot », l'idée d'entrer dans le surréalisme comme on entre en religion lui déplait déjà. Il aime agiter des idées avec Leiris et Jacques Lavaud. Il envisage de fonder avec ses compagnons un « mouvement qui aurait sur Dada la supériorité d'échapper à ce qu'a de puéril une négation systématiquement provocante[32]. »

Déjà « schismatique en puissance[33] » comme le qualifie André Masson, Bataille n'a que faire de la moralisation de Breton. Le futur « pape du surréalisme » réunissait déjà rue Fontaine un nombre de fidèles[34]. Tandis que Masson et sa joyeuse bande de la rue Blomet, composée notamment de Joan Miró Antonin Artaud, Georges Limbour, Leiris, formait déjà un foyer de dissidence.

Le groupe de la rue Blomet se rallie au printemps 1924 à la rue Fontaine. Mais les surréalistes comptent alors plusieurs chapelles qui ne trouvent pas toutes à s'exprimer[35]. Dès 1925, Bataille, qui juge mal Breton tout en l'admirant, est pratiquement le seul à ne pas lui faire allégeance. Sans le savoir, il dispose déjà d'une influence certaine. Il faut tous les efforts de Michel Leiris pour l'amener à collaborer à la « Révolution surréaliste » à partir d'octobre 1925. Car malgré son admiration pour les surréalistes, Bataille perçoit déjà chez eux un engourdissement dont il craint qu'il ne le gagne lui-même[33]. Et à travers l'attitude hautaine d'Aragon à son égard, Bataille perçoit déjà la supercherie du surréalisme. « Notre malheur commun était de vivre dans un monde devenu vide à nos yeux, et d'avoir, à défaut de profondes vertus, la nécessité de nous sstisfaire en prenant l'apect (...) de ce que nous n'avions pas le courage d'être[36]. »

Depuis son arrivée à Paris, Georges s'est peu à peu lancé dans une débauche qui étonne son ami Leiris. Courant de maison close en maison close, « il a substitué le bordel à l'église[37] ». Dès 1927, il devient le philosphe débauché qui écrit à la première page de L'histoire de l'œil « J'ai été élevé très seul et aussi loin que je me rappelle, j'ai toujours été angoissé par tout ce qui est sexuel[38] »


L'engagement politique et antifasciste[modifier | modifier le code]

Au début des années 1930, Bataille, membre du Cercle communiste démocratique fondé et dirigé par Boris Souvarine, écrit dans sa revue La Critique sociale. En octobre 1933, il adhère à l'association d'extrême gauche, Masses, dirigée par René Lefeuvre, administrée par Jacques Soustelle, et soutenue par Simone Weil. Il y rencontre Dora Maar[39].

Dans ce contexte, en marge des Ligues et du Front populaire, Bataille fonde le mouvement Contre-attaque qu'il dirige dans ses grandes lignes théoriques. Après un premier moment de lutte conduite ensemble . Contre-Attaque. Union de lutte des intellectuels révolutionnaires est signé à la fois par Bataille et André Breton[note 2], avant la rupture entre les deux hommes.

Le Collège de sociologie[modifier | modifier le code]

En 1936 il fonde la revue Acéphale, dont la couverture du no 1, datée du 24 juin 1936, a été dessinée par André Masson, et porte le titre Conjuration sacrée. Les articles sont signés de Bataille, Jean Wahl, Jean Rollin, Pierre Klossowski.[40]

Le groupe a également publié une revue éponyme de la philosophie de Nietzsche qui a tenté de postuler ce que Jacques Derrida a appelé une « anti-souveraineté ». Les collaborateurs de ces projets comprenaient André Masson, Pierre Klossowski, Roger Caillois, Jules Monnerot, Jean Rollin et Jean Wahl.

Fondateur de plusieurs revues (dont en 1946, la revue Critique plus tard dirigée par son ami Jean Piel) et groupes d'écrivains, il est l'auteur d'une œuvre abondante et très diverse, publiée en partie sous pseudonyme : récits, poèmes, essais sur d'innombrables sujets< qui vont de la mystique à l'économie, en passant par la poésie, la philosophie, l'art, l'érotisme. Il débat ainsi au sein du Collège de sociologie (1937-1939) avec les ethnologues Roger Caillois, Michel Leiris et Anatole Lewitzki. Relativement peu connu de son vivant, il exerce après sa mort une influence considérable sur des auteurs tels que Michel Foucault, Philippe Sollers ou Jacques Derrida.[réf. nécessaire]

Le conservateur de l'Inguimbertine de Carpentras[modifier | modifier le code]

Une des salles de la Bibliothèque Inguimbertine

En 1949 Bataille reçoit sa nomination de conservateur à la Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras. Le chartiste, qui a fait toute sa carrière à la Bibliothèque nationale, en disponibilité depuis sept ans à cause d’une tuberculose, s'est marié en 1946 avec Diane Kotchoubey de Beauharnais, fille d’Helen Pearce, et du prince Eugène Kotchoubey de Beauharnais (1894-1951)[note 3]. Après la naissance de sa fille Julie, Bataille doit reprendre du service. Il arrive à Carpentras avec sa jeune épouse et leur bébé. Là, il invite ses amis Albert Camus et René Char, directeurs de la revue Empédocle, ainsi que Albert Béguin, co fondateur de la revue et Jacques Dupin, secrétaire de rédaction, avec lequel il se lie d’amitié. Il y publie Comment dire ?. Lors de son séjour à Carpentras, Georges Bataille publie, en 1949, La Part maudite. Essai d’économie générale. T. 1, La Consumation ainsi qu’Éponine (repris l’année suivante dans L’Abbé C.). Cette même année, il rencontre Francis Ponge, André Frénaud, Georges Schehadé et Georges Braque.[réf. nécessaire]

L'écriture et l'engagement de l'écrivain[modifier | modifier le code]

Au cours de l’année 1950, ses rencontres avec René Char, son voisin de l'Isle-sur-la-Sorgue, débouchent sur une estime et une amitié sincères. Peu après le lancement de la revue Critique que dirige Bataille, le poète lui avait écrit : « Toute une région majeure de l’homme dépend aujourd’hui de vous ».

Les discussions entre les deux hommes incitent René Char à poser, en mai de cette année, dans sa revue Empédocle, cette question piège : « Y a-t-il des incompatibilités ? » Attend-il une réponse de la part des écrivains et à des intellectuels sans préjuger du ou des sujets abordés ou, avant tout, espérait-il la contribution de Georges Bataille ? Il ne fut pas déçu.

Elle fut des plus ambitieuses en abordant le problème de l’action opposée au langage, celui du langage comme mode de l’action qui entraîne l’écrivain vers une remise en cause de sa position : « Y a-t-il des incompatibilités entre l’écriture et l’engagement ? ».

Cette analyse, à une époque où l'existentialisme de Sartre pesait de tout son poids, l'entraîna dans la dissection d’un monde en mutation et des rapports de l’intellectuel au pouvoir, questions aussi essentielles qu’intemporelles. Sa Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain, avec dessins de Pierre Alechinsky, a été éditée en 2005.[réf. nécessaire]

L'amateur de corridas[modifier | modifier le code]

Le cruel face à face entre toro et torero
Pablo Picasso

Georges Bataille a découvert la corrida à Madrid en 1922 quand jeune diplômé archiviste paléographe de l’École des chartes, il avait été envoyé à l’École des hautes études hispaniques, la Casa de Vélasquez. Ce fut là qu’il assista dans les arènes madrilènes à la mort horrible du torero Manuel Granero, une corne du taureau l’ayant énucléé avant de transpercer son crâne. Bataille y vit une image où se croisaient mort et sexualité. En 1950, il assiste aux corridas de Nîmes, accueilli par André Castel, un bibliophile, grand aficionado et œnologue nîmois et Michel Leiris qui avait été le témoin de mariage de Georges Bataille avec Sylvia Maklès en 1928.[réf. nécessaire] [note 4]. Leiris a laissé ses impressions sur sa première rencontre avec Bataille en 1924 : «J’admirais non seulement sa culture beaucoup plus étendue et diverse que la mienne, mais son esprit non conformiste marqué par ce qu’on n’était pas encore convenu de nommer l’humour noir. J’étais sensible aussi aux dehors mêmes du personnage qui, plutôt maigre et d’allure à la fois dans le siècle et romantique, possédait (en plus juvénile bien sûr et avec une moindre discrétion) l’élégance dont il ne se départirait jamais, lors même que son maintien alourdi lui aurait donné cet air quelque peu paysan que la plupart ont connu, élégance tout en profondeur et qui se manifestait sans aucun vain déploiement de faste vestimentaire. À ses yeux assez rapprochés et enfoncés, riches de tout le bleu du ciel, s’alliait sa curieuse dentition de bête des bois, fréquemment découverte par un rire que (peut-être à tort) je jugeais sarcastique ». Outre Georges Bataille, le couple Leiris entraînait chez Castel Jean Dubuffet, André Masson, Jean Paulhan et Blaise Cendrars, Jean Cocteau et ses riches amies, mais aussi Pablo Picasso.[réf. nécessaire]

Le Nîmois, que tous appellent Don Misterio, les reçoit dans la cour de son laboratoire d’œnologie, parmi des toreros célèbres, des danseuses et des chanteurs de flamenco. En dépit de l’épisode Dora Maar, les relations entre Bataille et Picasso ont peu souffert. Celui-ci arrivait avec sa compagne Françoise Gilot, qui avait remplacé la célèbre photographe, et le couple formé par Georges et Diane filait le parfait amour. De plus, leur passion taurine gommait tout. [réf. nécessaire]

L’Histoire de l'œil qu’il écrit vers 1926, développe le thème de ce fantasme morbido-sexuel. Considérant la corrida comme un rituel et reliant la tauromachie à sa vision personnelle de l’univers comme confrontation de forces, Bataille intellectualise son afición vers un mythe mithriaque qu’il développe dans son Soleil pourri.[réf. nécessaire]

De Mithra au Minotaure[modifier | modifier le code]

Bataille établit un parallèle entre Mithra dont le culte est à ce moment-là découvert et analysé par l’anthropologie – toute nouvelle science – et la corrida. Culte qui permet de retrouver l’animalité, le sexe, la transgression et le sacrifice. Dans ce texte fondamental paru dans le no 3 de Documents, en 1930, il évoqua Mithra à propos de Picasso et de ses Minotaures.[réf. nécessaire]

Le thème du Minotaure situait la naissance de l’homme à partir de l’animalité. Il existait pour Bataille un lien profond entre les deux. Pour lui, afin de retrouver son caractère sacré l’homme devait replonger dans l’animalité. Il se parait alors du prestige et de l’innocence de la bête.[réf. nécessaire]

Son analyse alla-t-elle jusqu’à influencer l’art de Picasso ? C’est possible. Puisque les historiens d’art ont identifié une iconographie mithraïque dans la Crucifixion de Picasso, tableau qui date lui aussi de 1930. Trois ans plus tard, Picasso fait la première de couverture de la revue Minotaure éditée par Bataille et lui prend au passage sa maîtresse Dora Maar, photographe surréaliste.[réf. nécessaire]

Du blasphème de Sade au sacré de Bataille[modifier | modifier le code]

Le grand saint Gens
intercesseur de la pluie et du beau temps
Détail de L'Enfer (volet de droite du triptyque du Jardin des délices)

En 1950 que Georges Bataille publie L’Abbé C.. Il dédicace un exemplaire à Pierre Klossowski, spécialiste de Sade[note 5]. en ces termes : « À Pierre, ce livre qui conserve ou exserve une affection qui compte essentiellement pour moi, Georges. » [réf. nécessaire] Dans les faits, il y a un parallèle entre l’Abbé C. de Bataille et le Dialogue entre un prêtre et un moribond de Sade. Chez les deux auteurs le thème central reste la transgression du sacré, du divin. Si pour Sade le Dialogue est l’une de ses affirmations les plus irréductibles de son athéisme, dans l’ABC de Bataille, il y a la certitude que Dieu est mort (l’idée de Dieu, précise Bernard Noël)[note 6], parce que nous savons bien que tout ce qui s’engage dans le temps est condamné à périr.[réf. nécessaire]

Ce qui fait dire à Jacques Lempert à propos des deux auteurs : « L'érotisme est le point nodal de toute leur vision du monde concentrant en ses feux toute la systématique d'une pensée profondément originale ».[réf. nécessaire] Sade résume son Dialogue en cette formule éclair : « Le prédicant devint un homme corrompu par la nature pour ne pas avoir su expliquer ce qu’était la nature corrompue », et pour Bataille, la chute de l’Abbé C. se résume ainsi : « Étant prêtre, il lui fut aisé de devenir le monstre qu’il était. Même il n’eut pas d’autre issue. ».[réf. nécessaire]

Mais alors que pour Sade profaner les reliques, les images de saints, l’hostie, le crucifix, ne devait pas plus importer aux yeux du philosophe que la dégradation d’une statue païenne, pour Bataille, le sacré reste immanence. Lors de ces fonctions de conservateur de l’Inguimbertine, il réunit d’ailleurs une importante collection d’ex-voto, en particulier ceux de Saint Gens.Son fonds a servi de support au court-métrage du C.N.R.S. intitulé : Saint Gens, patron des fiévreux et fidèle intercesseur de la pluie et du beau temps, tourné par Jean Arlaud à Monteux et au Beaucet.[réf. nécessaire]

Pour Sade transgresser le sacré revient à cultiver le blasphème, car, explique-t-il dans La Philosophie dans le boudoir : «Il est essentiel de prononcer des mots forts ou sales, dans l’ivresse du plaisir, et ceux du blasphème servent bien l’imagination. Il n’y faut rien épargner ; il faut orner ces mots du plus grand luxe d’expressions ; il faut qu’ils scandalisent le plus possible ; car il est très doux de scandaliser : il existe là un petit triomphe pour l’orgueil qui n’est nullement à dédaigner ».[réf. nécessaire]

Bataille reste résolument étranger à ce type de jubilation même si sa notion de sacré n’est pas celle des religions. Selon Christian Limousin, là où le chrétien définit le sacré comme un rapport homogénéisant au divin, Bataille entend crachat, excrément, rupture de l’identité[réf. nécessaire] [note 7]. Selon Limousin, le sacré de Bataille s’inscrit dans un mouvement universel de la vie à la mort, un mouvement que le christianisme aimerait refouler. Il se manifeste sur les marges, dans le domaine de l’interdit : c’est en transgressant les tabous que nous expérimentons le sacré et un sentiment d’appartenance au monde. Bataille le cherche et le trouve dans les exhalaisons physiques (sang, sueur, larmes, excrément), les émotions extrêmes (rire, colère, ivresse, extase sexuelle), et dans les activités inutiles (poésie, jeu, crime, érotisme). Chez lui, si le sacré et l’abjection s’épousent, c’est sous une forme de dépassement des antinomies. Cela dit, Bataille sera toujours pour les tabous qui donnent un sens à cet excès. Car le divin ou le sacré sont quelque chose d’ambigu, «à la fois saint et maudit, pur et impur, blanc et noir, fascinans et tremendum » ; «le sacré est le tout autre, séparé, hétérogène », et «cette hétérologie comprend les formes les plus nobles comme les plus basses. Jeu cruel, l’art a le pouvoir d’engendrer une altérité folle, belle, laide ou effrayante ». S’il détourne les mots, ouvre des concepts, il disjoint le sacré de la substance transcendante. Il explique dans L’expérience intérieure : «J’entends par expérience intérieure ce que d’habitude on nomme expérience mystique : les états d’extase, de ravissement, au moins d’émotion méditée » et quand, en 1947, Méthode de méditation recherche une définition de l’opération souveraine, «la moins inexacte image » lui semble être «l’extase des saints ». Si pour lui le sacré reste à la fois fascinant et repoussant, c’est qu’il est l’espace où la violence peut et doit se déchaîner. Ce qui fait expliquer à son biographe, Jacques Lempert :[réf. nécessaire]

« L'érotisme est perversité au sens étymologique du terme : il tourne le vice en vertu, devinant que ce qui était défendu est en fait délicieux. Et plus le tabou est ressenti comme pesant, plus sa transgression sera délicieuse. »

Pour Bataille « La transgression n'abolit pas l'interdit mais le dépasse en le maintenant. L'érotisme est donc inséparable du sacrilège et ne peut exister hors d'une thématique du bien et du mal ». Et Lempert de conclure sur un mode badin : « Le détour par le péché est essentiel à l'épanouissement de l'érotisme : là où il n'y a pas de gêne, il n'y a vraiment pas de plaisir ».

Une littérature de transgression[modifier | modifier le code]

Bataille eut un talent interdisciplinaire étonnant - il puisa dans des influences diverses et avait l'habitude d'utiliser divers modes de discours pour façonner son œuvre. Son roman Histoire de l'œil, par exemple, publié sous le pseudonyme « Lord Auch »[note 8], fut critiqué initialement comme de la pure pornographie, mais l'interprétation de ce travail a graduellement mûri, révélant alors une profondeur philosophique et émotive considérable ; une caractéristique d'autres auteurs qui ont été classés dans la catégorie de la « littérature de transgression ». Le langage figuré du roman repose ici sur une série de métaphores qui se rapportent à leur tour aux constructions philosophiques développées dans son travail : l'œil, l'œuf, le soleil, la terre, le testicule. Bien que le récit soit peut-être dans sa structure le plus « classique » des récits de Bataille, reposant dans un crescendo menant à une scène finale opérant une synthèse transgressive et poétique de l'ensemble des obsessions rencontrées dans le roman, cette première œuvre marque déjà le génie de l'auteur pour les mises en scènes érotiques, et affirme son style. D'autres romans célèbres incluent Ma mère et Le Bleu du ciel. Le Bleu du ciel avec ses tendances nécrophiles et politiques, ses nuances autobiographiques ou testimoniales, et ses moments philosophiques chamboulent Histoire de l'œil, fournissant un traitement beaucoup plus sombre et morne de la réalité historique contemporaine. Ma mère est un roman publié à titre posthume en 1966. Il fut plutôt faussement considéré comme inachevé. En réalité, Bataille n'a pas fini le recopiage du manuscrit final, mais a accolé deux manuscrits l'un après l'autre (le manuscrit « vert » et le manuscrit « jaune ») de sorte que le texte possède un dénouement et une fin acceptable, offrant une cohérence permettant le commentaire littéraire. Ma mère est un récit sur l’initiation aux vices d'un fils par sa mère. Loin d'être simplement un roman provoquant (avec la suggestion évidente de l'inceste), il représente plutôt une synthèse des préoccupations de Bataille durant l'ensemble de son œuvre alliée à la totale maturité de son style littéraire. La genèse de Ma mère tout comme son analyse mériterait un article à part. [réf. nécessaire]

Le fondateur de l'athéologie[modifier | modifier le code]

Bataille était également un philosophe (bien qu'il ait renoncé à ce titre), mais pour beaucoup, comme Sartre, ses prétentions philosophiques se bornent à un mysticisme athée. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, influencé par Heidegger, Hegel, et Nietzsche, il écrit La Somme athéologique (le titre se réfère à la Somme théologique de Thomas d'Aquin) qui comporte ses travaux L'Expérience intérieure, Le Coupable et Sur Nietzsche. Après la guerre il compose La Part maudite, et fonde l'influente revue Critique. Sa conception très particulière de la « souveraineté » (qui peut être considérée comme anti-souveraine) a été discutée par Jacques Derrida, Giorgio Agamben, Jean-Luc Nancy et d'autres.

L'érotisme face à la mort[modifier | modifier le code]

Bataille jeta ainsi les bases de son œuvre érotique, de son érotisme qui est une : « ouverture entre les ouvertures pour accéder tant soit peu au vide insaisissable de la mort », a commenté Michel Leiris. L’érotisme de Sade ne lui ressemble en rien. Pierre Klossowski l’a analysé en ces termes : « La persévérance du Divin Marquis, toute sa vie durant, à n’étudier que les formes perverses de la nature humaine prouve qu’une seule chose lui importait : la nécessité de rendre à l’homme tout le mal qu’il est capable de rendre ».

Pour le Divin, la seule attitude face à la mort reste la recherche d’une ultime volupté. C’est du moins les phrases qu’il met dans la bouche du moribond expliquant à son confesseur : « Renonce à l’idée d’un autre monde, il n’y en a pas, mais ne renonce pas au plaisir d’être heureux… Mon ami, la volupté fut toujours le plus cher de mes biens, je l’ai encensé toute ma vie, et j’ai voulu la terminer dans ses bras ».

Quant à Bataille, qui toute sa vie s’était « dépensé jusqu’à toucher la mort à force de beuveries, de nuits blanches et de coucheries », il était tout à fait hostile à cet ultime type de libertinage. Pour lui la réduction de l’être humain à un corps source de plaisir physique refoulait, à l’instar du christianisme, la dimension spirituelle de l’érotisme. Lui qui avait perdu la foi, en 1920, après la lecture du Rire de Henri Bergson. Et aussi, disent certains[Qui ?], après une visite à l’abbaye de Quarr, sur l’île de Wight, lors d’une aventure obscure avec une jeune femme croyante. Mais les deux évènements sont concomitants. Dès lors Bataille critiqua le christianisme qui fait croire à l’immortalité de l’âme et au report du plaisir jusqu’au paradis. Pour lui ce refoulement de la mort s’accompagne du refoulement de la sexualité et atteint son comble dans le culte de la Vierge Marie, lui qui avait écrit le Rire de Nietzsche, lui dont le rire fêlé passait pour sarcastique, face à la camarde il privilégia avec une ironie noire un dernier éclat de rire, ce rire, disait-il, qui précipite « l’agonie de Dieu dans la nuit noire », persuadé qu’il était que « dans le rire infini la forme divine fond comme du sucre dans l’eau »[réf. nécessaire]{[note 9]. Alors que le maître de Lacoste n’envisageait d’attendre sa fin que dans les délices du stupre, le conservateur de l’Inguimbertine se posait la question : « Qui pourrait supprimer la mort ? Je mets le feu au bois, les flammes du rire y pétillent »Qui pourra, un jour, élucider le fait que deux des grands auteurs de la littérature érotique mondiale aient vécu à deux cent ans de distance dans le département de Vaucluse ? Si Sade y avait des attaches familiales, il n’en allait pas de même pour Bataille. Et le hasard n’explique rien. Présence de René Char ? Sans doute puisque l’on sait que le poète recevant à l’Isle-sur-la-Sorgue son ami Paul Éluard ne manquait jamais de lui faire visiter la Provence du Divin Marquis en le menant à Mazan, Saumane et Lacoste sur les traces du Grand Ancien.[réf. nécessaire]

Son dernier poste à Orléans[modifier | modifier le code]

Bison et sorcier ithyphallique

Bataille est nommé conservateur de la Bibliothèque municipale d’Orléans, où il s’installe avec son épouse et leur fille en 1951. Si l’année suivante, il est fait chevalier de la Légion d’honneur, il va devoir attendre 1955 pour faire éditer ses deux ouvrages sur l’histoire de l’art : La peinture préhistorique. Lascaux ou la naissance de l’art. En 1955 Diane Bataille publie Les Anges du fouet, pastiche d’un roman érotique victorien. L’abbé Breuil a publié en 1952 Quatre cents siècles d’art pariétal. Les cavernes ornées de l’Âge du Renne. Bataille s'est s’inspiré de ses travaux pour tout ce qui avait trait à la paléontologie et à la paléo-ethnographie. Son artériosclérose cervicale le handicape de plus en plus.

Gravement malade, il doit être hospitalisé à deux reprises au cours de l’année 1957. Il parvient cependant à faire publier Le bleu du ciel, qu’il dédie à André Masson, ainsi que La Littérature et le Mal et L’Érotisme, dédiés à Michel Leiris. Un an plus tard, avec l’aide de Patrick Waldberg, Bataille tente de lancer la revue "Genèse", mais Maurice Girodias, l’éditeur pressenti, annule leur projet.

Alors qu’il a de plus en plus de difficultés à travailler, il publie en 1959 Le Procès de Gilles de Rais, ouvrage dont se servira son neveu Michel Bataille pour établir une biographie de Gilles de Rais[41]. Souffrant en permanence, il parvient pourtant à finir en 1961 Les Larmes d’Éros, le dernier livre qu’il verra éditer. Muté à la Bibliothèque nationale, il quitte Orléans, mais ne peut prendre ses fonctions. Il décède à Paris, le , et est inhumé à Vézelay.

Réception de son vivant[modifier | modifier le code]

Critiqué par Breton, puis Sartre[modifier | modifier le code]

Georges Bataille estimant que le surréalisme, sous la houlette d’André Breton, restait bien trop hégélien et trahissait le réel « dans son immédiateté pour un surréel rêvé sur la base d’une élévation d’esprit[note 10] » avait fondé en 1929 une revue anti-surréaliste, Documents, à laquelle contribuèrent des peintres, des écrivains, des historiens d’art et des ethnologues en quête des « traces d’un refoulé sur lequel se sont édifiées la culture et la rationalité occidentales »[réf. nécessaire]. Parmi les collaborateurs de Documents se trouvent des artistes, poètes et intellectuels de l’époque, dont Joan Miró, Picasso, Giacometti, Arp et André Masson, ainsi que des écrivains comme Michel Leiris et Robert Desnos et des photographes comme Jacques-André Boiffard et Karl Blossfeldt.

Allant plus loin encore, Bataille estima que Breton et les surréalistes faisaient de Sade, « ce dépensier de langage », cité par Jacques Lempert, un usage bien futile.Dans son Second manifeste du surréalisme, Breton montra l'exaspération qu'il éprouvait à son égard. Bataille y est présenté comme un malade atteint de « déficit conscient à forme généralisatrice », un « psychasthénique » qui se meut avec délectation dans un univers « souillé, sénile, rance, sordide, égrillard, gâteux ».[réf. nécessaire]

Sartre le prend pour cible quinze ans plus tard dans un article au titre ironique, « Un nouveau mystique[note 11] », qui fait suite à la parution du premier ouvrage signé du nom de Bataille, L'Expérience intérieure. Il est successivement qualifié de « passionné », de « paranoïaque » et de « fou ». Le philosophe lui suggérait un traitement à la fin de l'article : « Le reste est affaire de la psychanalyse ».[réf. nécessaire]

Salué par Foucault[modifier | modifier le code]

En 1970, lors de la parution aux Éditions Gallimard du premier volume des œuvres complètes, Michel Foucault a écrit dans sa préface : « On le sait aujourd’hui : Bataille est un des écrivains les plus importants de son siècle »[note 12].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Principaux ouvrages[modifier | modifier le code]

Signature de Georges Bataille
  • Les Monnaies des grands Mogols, Paris, J. Florange éditeur, s. d. (1927).
  • Histoire de l'œil, 1928 (sous le pseudonyme de Lord Auch).
  • L'Anus solaire[42], 1931.
  • Sacrifices, (année inconnue, entre 1922 et 1940)
  • Madame Edwarda, 1941 (antidaté de 1937, sous le pseudonyme de Pierre Angélique), Édition du Solitaire, (Jean Legrand).
  • L'Expérience intérieure, 1943.
  • Le Petit (sous le pseudonyme de Louis Trente), 1943.
  • Le Coupable, 1944.
  • Dirty[note 13], coll. L'âge d'or, Fontaine, 1945.
  • La Part maudite, 1949.
  • L'Abbé C., 1950.
  • La Peinture préhistorique. Lascaux, ou la Naissance de l'art, 1955[43].
  • Le Bleu du ciel, 1957 (écrit en 1935).
  • L'Érotisme, Paris, Minuit, 1957.
  • La Littérature et le Mal, 1957.
  • Les Larmes d'Éros[note 14], 1961.
  • L'Impossible, 1962 (première parution en 1947 sous le titre La haine de la poésie)
  • Ma mère, 1966 (posthume et inachevé).
  • Le Mort, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1967.
  • Théorie de la religion, Texte établi et présenté par Thadée Klossowski, Paris, Gallimard, 1973, coll. « Idées ».
  • Œuvres complètes. Paris, Gallimard, XII volumes, 1970-1988.
  • Romans et récits. Préface de Denis Hollier. Édition publiée sous la direction de Jean-François Louette, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2004.
  • L'Archangélique et autres poèmes. Paris, Gallimard, coll. NRF/Poésie, 2008.
  • Le Souverain, Fata Morgana, 2010
  • Par-delà la colline ou l'instant, dessins de Claude Stassart-Springer, Vézélay, Éditions de la Goulotte, 2012.

Textes de Georges Bataille[modifier | modifier le code]

  • La structure psychologique du fascisme in La Critique sociale no 10,1933, republié dans Hermès nos 5-6, 1989 ; ici en pdf.
  • L'Amour d'un être mortel, paru dans Botteghe Oscure, cahier VIII, p. 105-115 (Rome, novembre 1951), republié par Rue des Cascades, 2012.
  • Manet. Études biographique et critique, Lausanne, Albert Skira, 1955.
  • La Peinture préhistorique. Lascaux, ou la Naissance de l’art, 1955.
  • Le Procès de Gilles de Rais (1965), Paris, Pauvert, 1977.
En ligne

Revues[modifier | modifier le code]

Bataille a joué un rôle majeur au sein des revues suivantes :

  • Une revue consacrée à Georges Bataille a été fondée en 2011 éditée par les Éditions Les Cahiers : les Cahiers Bataille comportent deux parutions : le Cahier n°1 d'octobre 2011[47], le Cahier n°2 d'octobre 2014[48],

Bibliographie de référence[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

° Georges Bataille à perte de vue, document video par André S. Labarthe

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bataille ne se considérait pas comme philosophe
  2. livre paru aux éditions Ypsilon en mars 2013.
  3. née à Victoria, dans l’île de Vancouver, le 4 juin 1918, elle a épousé en premières noces à Gerges Snopko, en 1939, dont elle a eu Catherine. Elle le quitte pour Georges Bataille. De ce nouveau mariage naîtra Julie Bataille le 1er décembre 1949. Par sa famille paternelle Diane descendait de Joséphine Tasher de la Pagerie et de son fils Eugène de Beauharnais. De plus sa grand-mère, Daria de Beauharnais, comtesse de Leuchtenburg, était la petite-fille de Maryia Nikolaievna Ramanov, grande-duchesse de Russie, qui avait épousé Maximilien de Beauharnais, troisième duc de Leuchtenburg
  4. Leiris a participé au mouvement surréaliste et cofondé avec Bataille le Collège de Sociologie destiné à étudier les manifestations du sacré dans l’existence sociale. Bataille lui a dédié L’Érotisme, édité en 1957, et Leiris a fait paraître, en 1988, aux éditions Fourbis, À propos de Georges Bataille.
  5. Pierre Klossowski (1905- 2001), vint au secours de Bataille, resté sans domicile parisien, en l’installant dans le studio de Balthus où il passa l’hiver.
  6. Bernard Noël est un des collaborateurs du Dictionnaire des œuvres érotiques, paru au Mercure de France, en 1971.
  7. Christian Limousin, professeur de lettres au lycée Romain Rolland de Clamecy, a organisé la manifestation de Vézelay : L’Éros et le Sacré, en 2002, célébrant le quarantième anniversaire de la mort de Bataille Vincent Teixeira, Georges Bataille, La part de l’art (la peinture du non-savoir), 1997.
  8. Pseudonyme qu'on peut interpréter comme « Seigneur aux chiottes », voire « Seigneur aussi ».
  9. Cf. Georges Bataille, La pratique de la joie devant la mort, texte établi par Bernard Noël, Mercure de France, 1967.
  10. Vincent Teixeira, Georges Bataille, La part de l’art (la peinture du non-savoir), Éd. L’Harmattan, Paris, 1997.
  11. J.P. Sartre a lancé sa polémique Sur Bataille, Un nouveau mystique en décembre 1943 dans les Cahiers du Sud.
  12. Georges Bataille, Œuvres complètes, T. I. comprenant Premiers écrits, 1922-1940, Histoire de l'œil, L’Anus solaire, Sacrifices et Articles.
  13. Repris dans Le Bleu du ciel.
  14. Où est notamment évoqué le supplice du lingchi ou « cent morceaux » ; les informations sur l'origine des photographies et le degré d'authenticité de leur interprétation sont sujets à caution Bataille et le supplicié chinois : erreurs sur la personne

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Jacques Roubine 1984, p. 178
  2. Michel Surya 2012, p. 14
  3. Bataille dans Histoire de l'œil, OC I, p.75 cité par Michel Surya 2012, p. 589
  4. Bataille,OC I p.76 cité par Michel Surya
  5. a et b Bataille dans Histoire de l'œil, épilogue Michel Surya 2012, p. 590
  6. Histoire de l'œil, p.77 cité dans le Dictionnaire du français non conventionnel par Jacques Cellard et Alain Rey, édition Masson-Hachette, 1980, au mot piner signifiant : posséder une femme
  7. OC III p. 54 cité par Michel Surya 2012, p. 591
  8. a et b Michel Surya 2012, p. 26
  9. Œuvres complètes, OC II, p.10
  10. Michel Surya 2012, p. 27
  11. Michel Surya 2012, p. 28
  12. Michel Surya 2012, p. 591
  13. Michel Surya 2012, p. 30
  14. Michel Surya 2012, p. 32
  15. Michel Surya 2012, p. 35-36
  16. Michel Surya 2012, p. 39
  17. Michel Surya 2012, p. 45
  18. Michel Surya 2012, p. 48
  19. Michel Surya 2012, p. 594.
  20. Michel Surya 2012, p. 51.
  21. a et b Antoine Berman 1990, p. 242
  22. Michel Surya 2012, p. 53.
  23. œuvres complètes, T.5 p.131
  24. Michel Surya 2012, p. 59.
  25. œuvres complètes, T.1 p.56
  26. Michel Surya 2012, p. 596.
  27. Michel Surya 2012, p. 75.
  28. Michel Surya 2012, p. 601.
  29. Michel Surya 2012, p. 91.
  30. Michel Surya 2012, p. 602.
  31. Michel Leiris « De Bataille l'impossible à l'impossible », dans Critique n°195-196, aout-septembre 1963 p.685
  32. Michel Leiris « De Bataille l'impossible à l'impossible », dans Critique n°195-196, aout-septembre 1963 p.684
  33. a et b Michel Surya 2012, p. 98.
  34. Antoine Berman 1990, p. 421
  35. Janover 1995, p. 94.
  36. Georges bataille, œuvre complète T.VIII, p.174
  37. Michel Surya 2012, p. 109.
  38. Œuvres complètes ,T I,Hitoire de l'œil p.13.
  39. Mary Ann Caws, Les Vies de Dora Maar, Thames & Hudson, Paris, 2000, p. 47.
  40. Antoine Berman 1990, p. 241
  41. Michel Bataille, romancier sur le site du quotidien Le Monde.
  42. Voir http://classiques-litterature-erotique.blogspot.com/2011/01/lanus-solaire-georges-bataille.html.
  43. Les réponses érotiques de l’art préhistorique : un éclairage bataillien
  44. Laffont-Bompiani 1990, p. 427.
  45. Laffont-Bompiani 1990, p. 159.
  46. Laffont-Bompiani 1990, p. 14.
  47. cahier 1
  48. cahier n°2

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]