Georges Bataille

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Georges Bataille
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Sylvia Bataille
Diane Kotchoubey de Beauharnais (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Colette Peignot
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Enfants
Laurence Bataille (en)
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Georges Bataille, né le à Billom (Puy-de-Dôme), mort le [note 1] à Paris, est un écrivain français. Son œuvre se compose d'ouvrages de littérature, mais aussi d'anthropologie, de philosophie, d'économie, de sociologie et d'histoire de l'art. Il ne considère jamais l'écriture comme une fin en soi, mais comme un outil qui lui permet de témoigner de ses différentes entreprises qui vont des romans aux essais, de la philosophie à la création de revues. Sa vie et son œuvre se confondent alors dans le champ de ses expériences, qui mêlent mysticisme et érotisme, avec une fascination de la mort qui se retrouve en particulier dans l'un de ses textes, La pratique de la joie devant la mort. Il use parfois de pseudonymes pour signer certains écrits : Troppmann (W.-C.), Lord Auch, Pierre Angélique, Louis Trente et Dianus.

Son engagement politique le conduit à jeter sur Staline et l'Union soviétique un regard critique. Il côtoie beaucoup les surréalistes, sans jamais réellement faire partie du groupe d'André Breton. Mais il est très proche des futurs « excommuniés » de Breton réunis avant même le premier Manifeste du surréalisme dans deux groupes annexes : le groupe de la rue Blomet sous l'égide de André Masson, et le groupe de la rue du Château qui comprend notamment Jacques Prévert et Yves Tanguy. Par son indépendance d'esprit, Bataille y exerce une influence dont il ne mesure pas tout de suite l'importance, mais qui fait de lui un « hérétique » aux yeux du pape du surréalisme. Il fonde alors la revue Documents, point de ralliement de tous les excommuniés de Breton, et qui est une véritable déclaration de guerre à Breton. Plus tard, avec des fidèles, il fonde la revue Acéphale dont le thème principal est l'exaltation tragique et dionysiaque de la vie, jusque dans la cruauté et la mort, sous la figure tutélaire de Nietzsche, mais aussi Sade, Kierkegaard, Dionysos, Don Juan ou Héraclite.

Persuadé de la perversité du fascisme, ne croyant pas aux mouvements prolétariens, il fonde en 1936, après la victoire du Front populaire de 1935, un mouvement d'intellectuels révolutionnaires « Contre-Attaque » qui se situe contre le capitalisme, contre la bourgeoisie, pour la libre expression sexuelle. Cette révolution est placée sous le triple signe de Sade, Nietzsche et Fourier. Pour cela il se réconcilie avec André Breton et dirige le mouvement avec lui pendant une courte période.

Plus tard, il se détourne de l'action politique pour se consacrer à l'écriture d'ouvrages très souvent à composante autobiographique, dans lesquels il développe sa recherche du sacré et de l'extase, l'horreur de la mort et sa fascination pour celle-ci. Ses références à Sade, Nietzsche et Hegel, souvent détournées, servent le plus souvent à justifier ses recherches très personnelles. De récentes études ont démontré la faible filiation que son œuvre présentait avec les uns et les autres.

Auréolé d'un prestige considérable dans les milieux intellectuels, surtout connu pour ses écrits sur l'érotisme qui ont fait scandale, il reste mal connu du grand public et très peu lu. Il fait cependant l'objet d'un très grand nombre d'études et d'exégèses. Son œuvre est difficile à caractériser, « les catégories traditionnelles, les délimitations qu'elles établissent, se révèlent inappropriées ou encombrantes dès lors qu'on veut rendre compte de l'ensemble de ses écrits[1]. » D'autant plus qu'il s'est évertué à brouiller les pistes, ainsi que le démontre Jean-Louis Cornille dans un article intitulé « Bataille le prestidigitateur, ou comment brouiller les cartes »[2].

Il est enterré au cimetière de Vézelay dans l'Yonne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et éducation[modifier | modifier le code]

Georges Bataille, son père et son frère Martial (à gauche)

Le père de Georges, Joseph-Aristide Bataille, a épousé Marie-Antoinette Tournadre alors qu'il avait déjà 35 ans. Successivement économe de collège, employé à la maison centrale de Melun, puis receveur buraliste, il a quarante-deux ans à la naissance de son deuxième fils : Georges. L'aîné de Georges, Martial, est celui qui va s'opposer à son frère lorsqu'en 1961 Bataille déclare dans une entrevue avec Madeleine Chapsal que son père était fou[3]. Joseph-Aristide est atteint de syphilis, maladie qui s'est déclarée entre la naissance de ses deux enfants et qui progresse rapidement. À la naissance de Georges, il est déjà presque aveugle et ses membres sont paralysés. « Je suis né d'un père P.G., qui m'a conçu déjà aveugle, et qui fut cloué, peu après ma naissance, dans son fauteuil, par sa sinistre maladie[4]. »

Georges n'a que trois ans lorsqu'il est témoin des effets furieux de la maladie de son père : douleurs atroces, troubles des viscères, des sphincters, il « conchiait ses culottes[5] ». Georges aime néanmoins ce père qui avait tout d'une « bête ». Il l'aime jusqu'à ce que son amour se transforme en haine quand commencent à se manifester les premiers signes de folie, que Georges constate vers 1911, à l'âge de quatorze ans, et qui se développent pendant que Martial part sur le front. Ce qui explique les témoignages opposés des deux frères sur le père : Martial n'a pas assisté aux dernières années de vie de son père. L'aveugle criait des insanités à caractère sexuel au médecin venu le soigner, ainsi qu'à sa femme qui perdit la raison pendant un temps, selon les récits de son enfance que fait Georges Bataille[6]. « Dis donc, docteur, quand tu auras fini de piner ma femme[7] ! »

La famille est alors installée à Reims, sans doute parce que le père y a été muté, à une date imprécise (1898,1899, ou 1900). Toutefois, Marie-Antoinette survit à son époux une quinzaine d'années en compagnie de ses enfants et il n'est plus, ensuite, question de sa folie[6]. De l'enfance de Georges, on sait peu de choses à l'exception des souvenirs qu'il livre de ses parents. Tous se rapportent d'abord à l'affliction du père. Bataille écrit qu'il s'est adonné au plaisir de l'auto-mutilation avec son porte plume « pour s'endurcir contre la douleur » dans Le Bleu du ciel, sans qu'il soit possible de déceler la part autobiographique de ce récit et la part littéraire[8]. Bataille ne l'a jamais écrit ouvertement, mais il a longtemps été convaincu que son père s'était livré sur lui à des attouchements incestueux, pédérastes, il aurait même parlé de viol[9].

Un récit intitulé Le Rêve décrit ce père qu'il revoit « avec un sourire fielleux et aveugle étendre ses mains obscènes sur lui, souvenir qui lui paraît le plus terrible de tous[10]. » On a fini par convaincre Bataille que ces scènes n'avaient pas pu avoir lieu à la cave comme il le raconte, puisque son père était paralysé, mais il reste sans doute possible que certains gestes du père aient pu paraître obscènes à l'enfant[9].

Georges étudie au lycée de Reims jusqu'en classe de première, il poursuit ensuite au collège d'Épernay où il est pensionnaire à sa demande, il y obtient son premier baccalauréat en 1914[11].

La foi en Dieu, conversion[modifier | modifier le code]

Cathédrale Notre-Dame de Reims
Reims détruite (1916) lors de la Première Guerre mondiale

Beaucoup de choses sont difficiles à comprendre, voire inexplicables, dans la démarche de Bataille. Pour quelle raison affirme-t-il en 1914 que « son affaire en ce monde était d'écrire, en particulier d'élaborer une philosophie paradoxale[12]. » Il a dix-sept ans à cette date, et rien n'explique pourquoi il découvre Dieu à ce moment-là : son père était irréligieux, sa mère indifférente. Il se convertit en août 1914 à la cathédrale de Reims[13] où il assiste aux offices du cardinal Luçon[14], mentionne Michel Surya en s'appuyant sur une déclaration de l'auteur à propos de lui-même : « se convertit régulièrement en août 14[14]. » Toutefois, il semble qu'il y ait désaccord de biographes sur la date du baptême de Georges Bataille. Jean-François Louette mentionne la date de 1898 dans la chronologie de Georges Bataille, Romans et récits, La Pléiade 2004, p. XCIV, et Frédéric Aribit dans André Breton, Georges Bataille : le vif du sujet indique comme date du baptême 1898[15]. Ce qui laisse supposer que les parents de Georges l'auraient fait baptiser à l'âge de un an alors qu'ils étaient irréligieux ou indifférents à la religion[note 2]. Cependant, Pierre Prévost indique l'âge du baptême de Bataille : 17 ans, et l'année : 1914[16].

Dès le mois de septembre de la même année, après la déclaration de guerre par l'Allemagne, Georges est évacué, avec sa mère et son frère, en même temps que les populations réfugiées à Reims depuis le début du mois d'août. Ils s'établissent à Riom-ès-Montagnes dans le Cantal, chez les Tournadre. Le père, incapable de se déplacer, a été laissé sur place, confié aux soins ponctuels d'une femme de ménage[17]. Mais « il est probable même qu'en père de famille attaché au sort des siens, il leur enjoignit de partir (ils se rendirent à Riom-ès-Montagnes)[17]. » Georges vit ce départ comme un abandon, il en ressent une certaine culpabilité. Il ne reverra pas son père vivant : Joseph-Aristide meurt le 6 novembre 1915[17].

Dans l'esprit de Georges, la mort du père revient, par un cheminement de pensée complexe, à « la mort d'un dieu ». Sa conversion est alors à assimiler à un rapprochement vers un Dieu de consolation. Sa chrétienté n'est pas simple à interpréter. Georges ne fut jamais définitivement athée, « jamais du moins au sens où l'athéisme ne fut pas pour lui une question. » « Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de Dieu, pas davantage parce que Dieu est mort, mais parce qu'il y a plus fort que Dieu, plus fort parce qu'aveugle et fou. À sa façon, Joseph-Aristide était la folie de Dieu[18]. »

À Riom, Georges mène une vie pieuse dans la maison de ses grands-parents Tournadre. Il passe son temps en promenades et en études, et il prépare son second baccalauréat. Il n'y a que de rares témoignages sur lui à cette époque : il aime chasser, pêcher les truites à mains nues. Entre dix-sept et vingt trois ans, on le présente plutôt comme un jeune homme modèle, déférent. Le premier livre qu'il écrit en 1918 est un livre pieux, courte plaquette : Notre-Dame de Reims. Il envisage de devenir prêtre, ce dont son oncle Victor le dissuade. Il passe tout de même une année scolaire, d'octobre 1917 à août 1918 au séminaire de Saint-Flour, qu'il quitte à la fin de la guerre pour entrer à Paris à l'École nationale des chartes où il est admis en novembre 1918. Avant d'entrer au séminaire, il est brièvement mobilisé en 1916 et renvoyé en 1917 pour raisons de santé : des problèmes pulmonaires ont été détectés[19]. Notre-Dame de Reims n'est pas à compter dans l'œuvre littéraire de Bataille : anecdotique, autobiographique, il reste seulement un témoignage précis de la jeunesse de l'auteur. L'image des ruines de Notre-Dame de Reims, encore debout, peut être vue comme le symbole de la foi dressée contre l'irréligion, mais inversement, assimilée à l'image de la mère, ses ruines sont aussi le symbole inconscient du doute et de l'abandon : « Elle a cessé de donner la vie, elle s'étend comme un cadavre[20]. »

À Paris, il se plonge dans Le Latin mystique de Remy de Gourmont, qui devient son livre de chevet, et Odon de Cluny. Mais, bien que très pieux et très austère, il ne pousse pas aussi loin le déni de la chair que le préconisent Odon de Cluny et Remy de Gourmont[21].

Évolution du jeune homme[modifier | modifier le code]

British Museum façade Nord-Est
Casa de Velázquez vue du jardin

Bataille a vingt-deux ans lorsqu'il tombe amoureux de Marie Delteil, fille de Georges Delteil, médecin de sa mère, et dont il va demander la main. Expérience douloureuse pour lui comme pour Marie : la demande est refusée en raison des craintes du père sur l'hérédité de Bataille. Déstabilisé, Georges, qui a déjà un penchant pour les femmes[22], écrit à sa cousine Marie-Louise Bataille le 9 août 1919 : « Je ne sais plus ce qu'il m'arrivera à travers la tête car il y a déjà longtemps que ma pauvre tête porte je ne sais quoi qui la promet à toutes les aventures[23]. »

En 1920, le jeune homme hésite entre voyager ou vivre en reclus. Il est attiré par l'Orient, mais son premier voyage l'emmène en Angleterre pour un séjour d'étude au British Museum de Londres. À cette occasion, il passe trois jours au monastère de Quarr Abbey dans l'île de Wight, séjour fortuit qui n'a aucune influence sur sa décision : entre l'agitation et la contemplation, c'est l'agitation qui l'emporte, semble-t-il[24]. Lors de son séjour à Londres, il rencontre Henri Bergson, et lit Le Rire qui est une grande déception pour lui et qui n'a aucun rapport avec ce que l'on appelle par la suite le rire bataillien qui est un rire de souffrance[25]. Il donne lui-même le détail de cette rencontre

« Mon seul contact avec la philosophie reconnue fut à cette époque (en 1920) la rencontre à Londres, où je faisais des recherches au British Muséum, d'Henri Bergson. Prévenu d'avance, je lus Le rire qui, de même que la personne du philosophe, me déçut (...). Mais le problème du rire me parut sans discussion le fondement. Je n'imaginai pas que rire me dispensât de penser, mais que rire, étant à certains égards préalable à ma pensée, me porterait plus loin que la pensée. Rire et penser me parurent d'abord se compléter. La pensée sans le rire me parut mutilée, le rire sans la pensée était réduit à cette insignifiance qui lui est communément accordée, et que Bergson avait bien pauvrement décrite. Dès lors, dans mon esprit, rire, n'étant plus limité au minable comique de Bergson, équivalait à Dieu sur le plan de l'expérience vécue : bien qu'élevé en dehors de la religion, j'avais alors la foi catholique, et, je dois le dire, de la façon la plus ardente (j'avais même envisagé de me faire moine), mais ma pensée entière se résolut dans cette immense hilarité (je serais incomplet si je n'ajoutais que cette expérience du rire et celle de la sensualité heureuse se trouvèrent mêlées)[26]. »

Selon Antoine Berman dans le dictionnaire des auteurs Laffont-Bompiani, il aurait rompu avec le catholicisme lors d’une visite à l’abbaye Notre-Dame de Quarr, sur l’île de Wight; selon Michel Surya, l'effondrement de la foi du jeune homme est beaucoup plus difficile à dater: « On aurait tort de croire que le rire remplaça sans délai la révélation qu'il avait eu en 1914[27]. » Jean-Jacques Roubine, précise que c'est peu à peu qu'il va découvrir « le rire Nietzschéen[1]. » Il soutient, en 1922 (30, 31 janvier et 1er février) une thèse sur L'ordre de la chevalerie, conte en vers du XIIIe siècle, avec introduction et notes. Reçu deuxième de sa promotion, il est nommé archiviste-paléographe, et comme tel, il est envoyé à l'École des hautes études hispaniques de Madrid, actuelle Casa de Velázquez[25]. À Madrid, Bataille, toujours croyant, reste isolé ; il continue de rêver d'Orient qui reste son seul but. Il décrit son projet dans une lettre à Marie-Louise Bataille : aller au Maroc. Il n'a pas encore découvert l'Espagne qu'il verra plus tard « grave et tragique » et son peuple « angoissé[28] ». Enfermé dans sa piété, qu'il efface par la suite en lui superposant l'image d'une danseuse de flamenco, qu'il allait voir chaque soir et dont il dit, en 1946, que c'est « un petit animal propre à mettre le feu dans un lit[29] », Bataille s'ennuie. Deux événements le sortent de sa torpeur : la prestation d'un chanteur de flamenco à Grenade, et une corrida du 7 mai 1922 à Madrid où le matador Manuel Granero est mutilé par le taureau qui lui défonce l'œil droit. Le torero meurt. Il a à peine vingt ans. Toutefois cette horrible scène ne déclenche pas l'effroi immédiat chez Bataille qui était placé trop loin pour voir. Il va ensuite recréer cet événement en imagination, d'après les récits qu'on lui fait. Plus tard, dans Histoire de l'œil, il consacre un chapitre à cet épisode sanglant intitulé : L'œil de Granero[30]. À ce moment sans doute, naît en lui ce plaisir mêlé d'angoisse qu'il décrit ainsi

« Jamais dès lors, je n'allai aux courses de taureaux sans que l'angoisse ne me tendit les nerfs intensément. L'angoisse, en aucune mesure, n'atténuait le désir d'aller aux arènes. [...] je commençais à comprendre que le malaise est souvent le secret des plaisirs les plus grands[31]. »

De retour à Paris, en 1923, Bataille se lie d'amitié avec le vaudois Alfred Métraux auquel il expose une forme de morale cynique, (Le Joyeux cynique), acquise par les lectures de Gide, Nietzsche et Dostoïevski. Métraux observe chez son ami une forme de « conversion », un éloignement de toute piété[32]. État d'esprit qui s'amplifie avec la fréquentation de Léon Chestov qui le guide dans sa lecture de Nietzsche et de Platon :

« Léon Chestov philosophait à partir de Dostoïevski et de Nietzsche, ce qui me séduisait. (...). Il se scandalisa de mon aversion outrée pour les études philosophiques et je l'écoutai docilement lorsqu'il me guida avec beaucoup de sens dans la lecture de Platon. C'est à lui que je dois la base de connaissances philosophiques qui, sans avoir le caractère de ce qu'il est commun d'attendre sous ce nom, à la longue n'en sont pas moins devenues réelles. Peu après je devais comme toute ma génération m'incliner vers le marxisme. Chestov était un émigré socialiste et je m'éloignai de lui, mais je lui garde une grande reconnaissance, ce qu'il sut me dire de Platon était ce que j'avais besoin d'entendre[33]. »

Ainsi l'ancien idéaliste qui envisageait de se faire représentant de Dieu devient bientôt le plus violent de ses apostats. Chestov lui communique sa philosophie de la tragédie. Bataille étudie toute l'œuvre de Chestov, son intention de publier cette étude ne sera jamais menée à bien. En revanche, il cosigne avec Teresa Beresovski-Chestov la traduction d'un livre de Léon Chestov intitulé L'Idée de Bien chez Tolstoï et Nietzsche, philosophie et prédication qui paraît en 1925 aux Éditions du Siècle. Il est d'ailleurs probable que Bataille s'est surtout chargé de la mise en français, sa connaissance du russe étant très rudimentaire[34]. C'est de cette année que date sa « conversion à rebours », faisant l'expérience que Nietzsche avait faite avant lui : « Les difficultés que rencontra Nietzsche ; lâchant Dieu et lâchant le bien, toutefois brûlant de l'ardeur de ceux qui pour le bien ou Dieu se firent tuer ; je les rencontrais à mon tour[35] ».

Vers le surréalisme et la débauche[modifier | modifier le code]

1924 est une année-clé dans la carrière et l'évolution politique de Bataille. « Cette année-là est celle de la fondation officielle du groupe surréaliste qui s'agrège autour d'André Breton, de la parution le 15 octobre du premier Manifeste du surréalisme[36], et de la naissance de La Révolution surréaliste en décembre. Breton est alors entouré d'André Masson, et plus tard, de Michel Leiris, Théodore Fraenkel[37], » qui participent au Bureau de recherches surréalistes du no 15 rue de Grenelle[36]. Masson, Leiris, Fraenkel ont une influence considérable sur le futur philosophe, même si Bataille ne se considérait pas comme philosophe[note 3], et sur sa prise de conscience politique, jusque-là très limitée. « Le surréalisme aussi (surtout est-on tenté de dire), était l'enjeu. Celui que, consentant ou non, Bataille allait de près ou de loin partager[38]. » Mais le Manifeste du surréalisme lui a semblé illisible, l'écriture automatique, ennuyeuse, Breton prétentieux et conventionnel, Aragon décevant[39]. Nommé bibliothécaire au Département des Médailles de la Bibliothèque nationale cette même année, il rencontre Michel Leiris peu avant son adhésion au surréalisme. Les deux hommes nouent une profonde amitié. Leiris le décrit comme un « dandy très bourgeoisement vêtu qui n'avait rien d'un bohème »[40].

Leiris a laissé ses impressions sur sa première rencontre avec Bataille en 1924 :

« J’admirais non seulement sa culture beaucoup plus étendue et diverse que la mienne, mais son esprit non conformiste marqué par ce qu’on n’était pas encore convenu de nommer l’humour noir. J’étais sensible aussi aux dehors mêmes du personnage qui, plutôt maigre et d’allure à la fois dans le siècle et romantique, possédait (en plus juvénile bien sûr et avec une moindre discrétion) l’élégance dont il ne se départirait jamais, lors même que son maintien alourdi lui aurait donné cet air quelque peu paysan que la plupart ont connu, élégance tout en profondeur et qui se manifestait sans aucun vain déploiement de faste vestimentaire. À ses yeux assez rapprochés et enfoncés, riches de tout le bleu du ciel, s’alliait sa curieuse dentition de bête des bois, fréquemment découverte par un rire que (peut-être à tort) je jugeais sarcastique.[41] »

Bataille est alors, comme il l'écrit plus tard, dans une période « décousue ». Il trouve Dada « pas assez idiot », l'idée d'entrer dans le surréalisme comme on entre en religion lui déplait déjà. Il aime agiter des idées avec Leiris et Jacques Lavaud. Il envisage de fonder avec ses compagnons un « mouvement qui aurait sur Dada la supériorité d'échapper à ce qu'a de puéril une négation systématiquement provocante[42]. »

Déjà « schismatique en puissance[43] » comme le qualifie André Masson, Bataille n'a que faire de la moralisation de Breton. Le futur « pape du surréalisme » réunissait rue Fontaine un certain nombre de fidèles[44], tandis que Masson et sa joyeuse bande de la rue Blomet, composée notamment de Joan Miró Antonin Artaud, Georges Limbour, Leiris, formaient déjà un foyer de dissidence, prônant la liberté sexuelle, contrairement à Breton. Une autre annexe dissidente s'est également formée rue du Château, dans un pavillon remis à neuf grâce à Marcel Duhamel, qui s'y installe en compagnie de Jacques Prévert et Yves Tanguy. Bataille fréquente les deux au moment où paraît la revue Surréalisme, dirigée par Yvan Goll[note 4], à laquelle participent notamment Antonin Artaud, Robert Delaunay, Guillaume Apollinaire (en annexé), Pierre Reverdy, Joseph Delteil. La revue Surréalisme créée par Yvan Goll dans « l'évident dessein de couper l'herbe sous les pieds de Breton [45]» s'ouvre à chaque parution avec un Manifeste du surréalisme, dont Maurice Martin du Gard écrit dans Les Nouvelles littéraires du 11 octobre 1924 qu'ils sont moins discutables que celui de Breton, lequel s'est approprié le néologisme surréalisme forgé par Apollinaire en 1917[45].

Le groupe de la rue Blomet se rallie d'abord à celui de la rue du Château, puis au printemps 1924 à la rue Fontaine. Mais les surréalistes comptent alors plusieurs chapelles qui ne trouvent pas toutes à s'exprimer[46]. Dès 1925, Bataille, qui juge mal Breton tout en l'admirant, est pratiquement le seul à ne pas lui faire allégeance. Sans le savoir, il dispose déjà d'une influence certaine. Il faut tous les efforts de Michel Leiris pour l'amener à collaborer à La Révolution surréaliste à partir d'octobre 1925. Car malgré son admiration pour les surréalistes, Bataille perçoit déjà chez eux un idéalisme ainsi qu'un engourdissement dont il craint qu'il ne le gagne lui-même[43]. Et à travers l'attitude hautaine d'Aragon à son égard, Bataille perçoit déjà la supercherie du surréalisme. « Notre malheur commun était de vivre dans un monde devenu vide à nos yeux, et d'avoir, à défaut de profondes vertus, la nécessité de nous satisfaire en prenant l'aspect [...] de ce que nous n'avions pas le courage d'être[47]. »

Depuis son arrivée à Paris, Bataille s'est peu à peu lancé dans une débauche qui étonne son ami Leiris. Courant de maison close en maison close, « il a substitué le bordel à l'église[48] ». Dès 1926, il devient le philosophe débauché qui écrit à la première page de l'Histoire de l'œil : « J'ai été élevé très seul et aussi loin que je me rappelle, j'étais angoissé par tout ce qui est sexuel[49]. »

En 1927, il rencontre Sylvia Maklès, juive roumaine née en France, actrice issue de l'académie Charles Dullin, qu'il épouse le 20 mars de l'année suivante. Il continue à fréquenter les boîtes et les bordels « avec sa femme ou sans elle ? De toutes les femmes avec lesquelles il vécut, Bataille a fait des complices. Il est douteux que la première qu'on lui connaît ne le fût pas aussi. [...] Non qu'il fût moins amoureux. [...] Bataille le débauché est aussi sentimental. Qui plus est, il ne sera pas le seul que séduira le charme considérable de Sylvia Bataille[50]. » Il quitte l'appartement où il vivait avec sa mère et son frère 85 rue de Rennes. Le couple s'installe avenue de Ségur, et par la suite rue Vauvenargues puis à Boulogne-sur-Seine avant de s'établir à Issy-les-Moulineaux. Ils ont une fille prénommée Laurence, née le 10 juin 1930, cinq mois après la mort de sa grand-mère[51]. On sait peu de choses sur la vie privée des deux époux[52], si ce n'est que Georges Bataille n'était pas de nature fidèle[53]. On sait également qu'il souffrit lorsqu'ils se séparèrent en 1934 et qu'il attendit 1946 pour divorcer : « Le Bleu du ciel témoigne de la crise traversée au moment de la séparation avec Sylvia, sans toutefois en être le récit selon Sylvia Bataille »[50]. Il a en effet très peu écrit sur son mariage. Selon Laurence Bataille, le personnage d'Édith dans Le Bleu du ciel est sans aucun doute celui de la femme de Bataille[54]. Michel Surya précise : « La seule évocation littéraire de ce mariage n'est donc pas seulement tardive, elle est aussi sans recours, négative comme le furent généralement toutes celles de sa vie privée [...] comme le sera celle de la mort de sa mère en 1930 »[54]. À la mort de sa mère, le 15 janvier 1930, « l'horreur de la mort est réelle, et les pleurs le sont... mais l'agenouillement, les prières ? »[55]. Il avait vécu avec elle jusqu'à l'âge de 31 ans. Bataille fait dire crûment à Louis Trente, auteur pseudonyme de Le Petit : « Je me suis branlé nu, dans la nuit, devant le cadavre de ma mère [56] », scène qui réapparaît dans Le Bleu du ciel[57]. Elle est plus développée encore dans un court texte des Écrits posthumes : « [...] entre l'accouchement qui m'avait donné la vie et la morte pour laquelle j'éprouvais alors un amour désespéré qui s'était exprimé à plusieurs reprises par de terribles sanglot puérils. La volupté extrême de mes souvenirs me poussa à me rendre dans cette chambre orgiaque pour m'y branler amoureusement en regardant le cadavre[58]. » De l'avis de Michel Surya, « se branler auprès d'une dépouille aimée » n'en est pas moins « un hommage »[55]. Dans Ma Mère (inachevé), qui est une sorte de prolongement de Madame Edwarda, le thème de l'érotisme maternel et incestueux est encore évoqué : « Étais-je même amoureux de ma mère ? J'ai adoré ma mère, je ne l'ai pas aimée[59]. »

Bataille, qui est dès lors obsédé par la mort (« Ma propre mort m'obsède comme une cochonnerie obscène et par conséquent horriblement désirable[60] »), s'éloigne un temps de ses plus proches amis. Un épisode de la vie de l'auteur inspire en partie deux récits : Madame Edwarda et surtout Sainte, court récit posthume et inachevé, publié aux Éditions Léo Scheer[61]. Bataille s'était épris d'une prostituée, Violette, qu'il voulait sortir de sa condition, mais il ne la revit plus après plusieurs visites car elle avait été déplacée. Cet épisode secret a été livré dans un entretien de Michel Surya avec Diane Bataille (née Diane de Beauharnais Kotchoubey) qui précise que Bataille avait dépensé la presque totalité de l'héritage de sa mère pour faire sortir Violette[62].

L'engagement politique, les revues[modifier | modifier le code]

La revue Documents[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Documents.

Dans le but d'élargir ses troupes et de pallier les exclusions-défections[note 5] (Roger Vitrac, Antonin Artaud, Max Ernst, Joan Miró entre autres exclus), Breton convoque un symposium auquel Bataille est invité. Invitation qu'il décline avec cette phrase : « Beaucoup trop d'emmerdeurs idéalistes[63]. » L'idéalisme est désormais l'ennemi no 1. En 1929, dans le Second manifeste du surréalisme, Bataille est violemment pris à partie par Breton tout comme Vitrac, Masson, Desnos et l’ensemble du « groupe Bataille »[64], qui réplique, en 1930 par un pamphlet intitulé « Un cadavre ».

La revue Documents va devenir une machine de guerre en réponse aux attaques de Breton. Bataille en est le secrétaire général, Georges Limbour le secrétaire de rédaction, l'équipe est composée de Michel Leiris et d'autres transfuges dont Vitrac, Robert Desnos. Initialement conçue et créée par Georges Wildenstein, fils du marchand d'art Nathan Wildenstein, début 1929, pour concurrencer les Cahiers d'art de Christian Zervos, Documents fait appel à Jean Babelon et Pierre d'Espezel, ex-directeurs de la revue Aréthuse à laquelle Bataille a donné des articles[65]. Toutefois, ce n’est pas par l’intermédiaire de Babelon et Espezel que Bataille et Leiris sont introduits dans la revue, mais par le directeur du musée ethnographique Georges Henri Rivière, qui les présente à Wildenstein. Leiris et Bataille forment rapidement un groupe composé d’André Schaeffner, Robert Desnos, Jacques Baron, Georges Ribemont-Dessaignes, Roger Vitrac, André Masson, Jacques-André Boiffard, puis plus tard, Jacques Prévert[66].

La revue est conçue au départ comme une revue scientifique, revue d'art, d'histoire de l'art, et d'ethnographie, dont Carl Einstein est le coordonnateur, donnant à l'ethnographie une place prépondérante qui justifie un des sous-titres de la revue[67] : « Doctrine, archéologie, beaux-arts, ethnographie[68]. » Mais très vite, avec Georges Bataille et son équipe, Documents devient une revue de contre-culture dirigée contre le surréalisme. Tout en utilisant les armes de l’érudition traditionnelle, la revue tend à produire une contre-histoire de l’art[64].

Documents[note 6] se situe alors au croisement de trois réseaux : les conservateurs, les ethnologues, et les dissidents surréalistes. Carl Einstein est en particulier très attaché à l’ethnologie et à l’histoire de l’art. Bataille appartient statutairement au groupe des « conservateurs » qui n'était rattaché que de loin au « surréalisme dissident » et n'avait aucun lien avec le groupe des ethnologues[67], ce qui explique quelques frictions avec Carl Einstein, ethnologue avant tout. Il est entouré d'une équipe hétéroclite qui comprend des peintres (Alberto Giacometti, Pablo Picasso, Salvador Dali), des poètes, (Vitrac et Desnos) et des fidèles comme Leiris. Avec eux, Documents se fait le chantre d'une contre-culture incluant les images, le cinéma, en cela encouragée par les apports de Robert Desnos, mais aussi de Marie Elbée qui ouvre la voie, avec son article sur Gustave Courbet, à ce que le peintre appelait « la réhabilitation du laid » : « Courbet lui-même ; socialiste, d'une violence épaisse et joyeuse, se donna comme révolutionnaire et porteur d'un nouvel évangile de la peinture[69]. » Bataille retourne les concepts d’érudition en s’intéressant aussi à la culture de masse : Fantomas et Les Pieds nickelés font partie de sujets traités, interrogeant ainsi sur la nature de l’érudition[70].

Dès le second numéro, les réticences de Carl Einstein semblent avoir fléchi. Il participe activement à l'élaboration d'un « Dictionnaire critique » qui devient une rubrique régulière nourrie par Einstein, puis presque exclusivement par Bataille, Leiris, Desnos, Marcel Griaule et Jacques Baron. Là se trouve amplifié le combat contre l'idéalisme et le surréalisme. Il s'agit de déconstruire le discours officiel de l'histoire de l'art et d'élaborer une forme de marginalité[64]. Dans le numéro 4, le sous-titre « Doctrines, archéologie, beaux-arts et ethnographie » fait aussi l'objet de l'ajout « Variétés, Magazine illustré » et Bataille y écrit trois articles dont le ton revient à nier l'existence d'une nature humaine[71]. Son anti-idéalisme s'y déchaîne : « l'intérêt de la revue de Georges Wildenstein permet de saisir le moment historique où Georges Bataille [...] excède les limites imparties à la revue érudite pour s'attaquer à l'idéalisme funeste[72]. »

Ainsi naît la machine de guerre contre le surréalisme selon l'expression de Michel Leiris, qui est surtout une machine de guerre contre Breton[73]. En quinze numéros, pas une fois le nom de Breton n'est cité[74].

La revue Minotaure[modifier | modifier le code]

La revue Minotaure est éditée par Albert Skira et dirigée par Tériade. Elle paraît en 12 numéros de juin 1933 à octobre 1938. C'est une revue artistique et littéraire qui entend « exprimer les tendances les plus caractéristiques de l'activité contemporaine » selon la formule de présentation[75], aussi bien dans le domaine des sciences que celui des arts plastiques ou de la poésie[76]. Skira fait appel à Bataille qui a dû renoncer à Documents en 1931. Selon Michel Surya, la revue Minotaure n'appartient pas en propre à ce qu'a fait Bataille[77]. Elle accueille des signatures des surréalistes, alors que, selon André Masson, elle aurait dû être réservée aux seuls dissidents surréalistes car, progressivement, la revue qui se situait du côté des dissidents, est devenue de plus en plus surréaliste sous la pression des surréalistes et de Picasso[78]. L'attitude de Picasso vis-à-vis des surréalistes dans cette revue, a été diversement commentée. Selon Pierre Daix, on a chargé l'œuvre du peintre de connotations surréalistes, « voire, surtout aux États-Unis, sexuelles, mais Il semble bien qu'au départ il ne se soit agi que d'un raccourci ou d'une découverte graphique, formelle, et non sentimentale[79]. »[note 7]. Toutefois la revue est très éclectique. Le no 2 est consacré à la mission Dakar-Djibouti à laquelle participent Paul Rivet, Marcel Griaule et Michel Leiris. Le titre de la revue revient tantôt à Bataille, tantôt à André Masson, tantôt à Roger Vitrac selon Jean Starobinski[80]. Le Minotaure appartient « explicitement à ce que Bataille et Masson jouèrent ensemble, au goût qu'ils eurent ensemble, dès 1924, de la Grèce, des mythes et de la tragédie[81]. »

À partir du no 3 de la revue, le « phagocytage » par les surréalistes commence. Ce sont eux qui lancent une enquête sur la rencontre et les médecins. Claparède étudie « le sommeil réaction de défense » et Lacan développe « les motifs du crime paranoïaque[76]. » Le rapprochement entre les deux camps, que Skira souhaitait dès le départ pour la revue, mais auquel Éluard s'était farouchement opposé dans une lettre à Valentine Hugo le 1er mars 1932 (« Il me paraît impossible que nous collaborions avec des éléments aussi répugnants que Bataille qui compare André à Cocteau (...) L'homme vit avec sa propre mort. Vomissure mystique[82] ») sera très étroit par la suite. La revue, bien que dirigée par Bataille, comporte peu d'articles de sa plume. Il faut attendre le no 8 pour trouver un seul de ses textes[77]. Mais malgré l'emprise des surréalistes, c'est tout de même sa méthode (celle appliquée dans Documents) qui marque Minotaure de son empreinte[78]. José Pierre écrit que l'influence de Bataille demeure repérable dans tout ce qui trahit une certaine fascination pour l'horrible, mais également à travers un certain type d'analyse où une apparente rigueur scientifique sert en fait une approche du genre frénétique[83]. « Tout se passe en somme comme si l'on s'inspirait de l'exemple de Georges Bataille pour mieux se passer de lui écrit José Pierre dans la même publication : Regards sur Minotaure[84]. » L'ombre de Bataille, qui plane sur la revue et que Breton ne peut cette fois exclure, représente pour Michel Surya le triomphe de Bataille[85]. Malgré cela, certaines encyclopédies présentent Minotaure comme une revue surréaliste[75]. Elle a été publiée en 13 numéros sortis en 11 livraisons, les couvertures illustrées respectivement par Picasso, Derain, Bores, Duchamp, Dalí, Matisse, Magritte, Ernst, Masson[86].

La revue Acéphale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Acéphale (revue).

Au début des années 1930, Bataille est membre du Cercle communiste démocratique fondé et dirigé par Boris Souvarine. Il écrit dans la revue La Critique sociale de Souvarine, avec ce que l'on a appelé le groupe Souvarine comprenant Raymond Queneau, Michel Leiris et d'autres transfuges du surréalisme qui allaient aussi former plus tard le groupe Bataille, soutenant Bataille lorsque Souvarine se montrait réservé sur certains sujets de l'auteur. Une autre figure importante de La Critique sociale était Colette Peignot, compagne de Souvarine, qui eut un rôle déterminant dans l'infléchissement politique de la revue. Sous son influence, Souvarine accepta de laisser place aux positions peu homogènes de Bataille[87]. Simone Weil contestait la présence de Bataille dans le Cercle communiste démocratique. Elle attendait pour y entrer qu'on lui explique comment on peut cohabiter quand on entend par révolution des choses différentes. Elle veut parler de Bataille et d'elle-même. Bataille donne à la critique trois articles majeurs dont un sur le cri de mort des émeutes. Souvarine prend soin de dégager la responsabilité de la revue sur cette parution. Bataille reprend le texte en 1949 sous le titre La Part maudite[88]. En janvier 1933 paraît un autre article important de Bataille : La Notion de dépense suivie de La Structure psychologique du fascisme. « Si la notion de dépense s'arrête à la lutte des classes, la structure psychologique du fascisme commence là. La lutte des classes n'est pas la seule réponse au fascisme, il n'y a pas que le communisme pour lui apporter des solutions[88]. » Le fascisme est le problème de l'État, il est à proportion de la dégénérescence du monde bourgeois : « un monde de vieillards aux dents qui tombent et d'apparences[89] ». André Thirion considère La Notion de dépense comme un texte « majeur de ce siècle » lorsqu'il le relit en 1946, alors que jusque-là, il n'avait pas fait grand cas des écrits théoriques de Bataille[90].

Bataille participe à la « pittoresque et inefficace » manifestation du cours de Vincennes le 12 février 1934 avec les membres de ce qu'il appelle son organisation (qui pourrait être le groupe « Masses » auquel Bataille aurait adhéré, selon Marc Richir dans Texture no 6, hypothèse non confirmée[91]). L'orientation politique de Masses est incertaine bien que située à l'ultra-gauche, et ouverte aussi bien aux marxistes qu'aux non-marxistes. L'adhésion de Bataille à Masses pourrait avoir commencé en octobre 1933 et pris fin en mars 1934[91]. Selon lui, la manifestation du cours de Vincennes est un échec. À ses yeux, le mouvement ouvrier européen se trouve engagé dans une impasse. La suite de l'Histoire lui donnera tort avec l'arrivée du Front populaire, puis raison avec l'arrivée d'Hitler. Masses est dirigée par René Lefeuvre, administrée par Jacques Soustelle, et soutenue par Simone Weil. Il y rencontre Dora Maar[92].

Dans ce contexte, en marge des Ligues et du Front populaire, Bataille fonde le mouvement Contre-Attaque qu'il dirige avec André Breton avec lequel il se réconcilie. Cette réconciliation donne la mesure de l'urgence : « Rien n'est plus possible qu'à condition de se lancer dans la bagarre[93], pour sauver le monde du cauchemar ». Contre-Attaque. Union de lutte des intellectuels révolutionnaires est signé à la fois par Bataille et André Breton[note 8], avant la rupture entre les deux hommes. Contre-Attaque est un mouvement hétéroclite. La première ligne du premier tract indique : « Violemment hostile à toute tendance, quelque forme qu'elle prenne, captant la révolution au bénéfice des idées de nation ou de patrie[94] ». Contre-Attaque pose aussi des problèmes symptomatiquement absents de toute idéologie révolutionnaire pudibonde. Bataille entraîne le groupe avec des appels à la violence. La première réunion publique a lieu le 5 janvier 1936, la première manifestation publique le 17 février 1936. Mais le Front populaire et les dissensions internes à Contre-Attaque auront raison de ce qui avait justifié le mouvement. Contre-Attaque disperse ce que Bataille avait réussi à sauver du groupe Souvarine. Le divorce entre Breton et Bataille devient définitif[95].

En 1936 Bataille fonde la revue Acéphale. Elle est publiée sous la direction de Georges Ambrosino[96], Pierre Klossowski et Georges Bataille. Le no 1, daté du , avec une couverture dessinée par André Masson, porte le titre de Conjuration sacrée. Le no 2 qui porte le titre Réparation à Nietzsche dénonce les falsifications de l'œuvre de Nietzsche par les nazis et les fascistes. Les articles sont signés de Bataille, Jean Wahl, Roger Caillois, Jean Rollin[97], Jules Monnerot, Pierre Klossowski, le numéro 3-4, également illustré de quatre dessins par Masson est consacré à Dionysos et comprend Dionysos philosophe par Jules Monnerot, Les Vertus dionysiaques par Roger Caillois, Don Juan selon Kierkegaard par Pierre Klossowski et Chroniques nietzschéennes par Georges Bataille, plus une importante Note sur la fondation d'un Collège de Sociologie qui allait représenter l'activité du groupe Acéphale consacré à la sociologie sacrée. Le numéro 5 est anonyme, il comprend La Folie de Nietzsche[note 9], La Menace de guerre et La Pratique de la joie devant la mort, sorte d'exercice spirituel à l'usage d'un mystique athée[98]. Aucun numéro d'Acéphale ne paraît en 1938. Le dernier numéro paru en 1939 est entièrement écrit par Bataille. « Il est placé sous le signe tragique de La Pratique de la joie devant la mort[99]. » À propos de ce dernier numéro, Surya remarque :

« Certes, Bataille commémore Nietzsche (mort le 3 janvier 1889), comme l'ont fait les précédents, mais de façon tragique. Bataille est un peu plus profondément descendu dans l'horreur de la mort chaque jour provoquée : Colette Peignot est morte[99]. »

« Le sens de l'Acéphale est l'invocation de la mort, et autour de cette mort, doivent se réunir des hommes et des femmes pénétrés d'une terreur si profonde que rien désormais ne peut les séparer[100]. » Mais bientôt Bataille n'est plus que chagrin devant la maladie de sa compagne Colette Peignot, connue sous le pseudonyme de Laure [note 10]. Il est entouré par quelques rares amis pendant l'agonie de la jeune femme : « La douleur, l'épouvante, les larmes, le délire, l'orgie, la fièvre puis la mort sont le pain quotidien que Laure a partagé avec moi, et ce pain me laisse le souvenir d'une douceur redoutable, mais immense[101] ». Bataille a rencontré Laure en 1931 alors qu'elle vivait avec Boris Souvarine. Il en devient le compagnon en 1935 alors qu'il ne reste à la jeune femme, atteinte de tuberculose, que trois années à vivre. « En 1935, la tuberculose était en elle assez forte pour qu'il ne fût pas déjà trop tard, pour que rien ne pût empêcher son progrès. Il reste à Laure trois années à vivre. Trois années qu'ils ont vécu ensemble[102]. » La mort de Laure eut lieu le 7 novembre 1938 à huit heures quinze le matin. Elle a mis en présence deux clans : d'un côté Bataille et ses amis, de l'autre la famille Peignot, très chrétienne, qui espérait un retour des mécréants dans le giron de l'Église. Lors de son agonie, tous se demandent s'il va faire un signe de croix, les uns avec espoir, les autres avec crainte. Leiris fera un signe de croix à peine esquissé, mais Bataille reste ferme sur ses positions agnostiques, et quand il est interrogé sur la possibilité d'une cérémonie religieuse, affirme que « si jamais on poussait l'audace jusqu'à célébrer une messe, il tirerait sur le prêtre à l'autel[103] ».

En 1937, Bataille participe à la fondation du Collège de sociologie, dont la déclaration inaugurale est publiée dans le dernier numéro d'Acéphale, et qui durera jusqu'en 1939. Leiris a toujours affiché son scepticisme vis à vis de cette entreprise comme vis à vis de Contre attaque[104]. C'est une communauté intellectuelle dont les trois membres du directoire sont Leiris, Bataille, Roger Caillois[94]. S'il n'est défini ni par les études universitaires, ni par la sociologie, que pouvait prétendre être ce Collège de Sociologie ? À cette question Roger Caillois répond qu'il s'agit de Sociologie sacrée. En compétition avec Bataille qui règne sur Acéphale, Caillois entend régner sur le Collège de Sociologie : « Nous étions décidés à déchaîner des mouvements dangereux[104]. » Leiris dénonce alors Bataille avec lequel il se brouille, et Caillois l'abandonne. « Le divorce des deux hommes, et, pour finir, la solitude où se trouva Bataille dénoncé par l'un (Leiris) et abandonné par l'autre (Caillois) trouve selon toute vraisemblance - considérable beaucoup plus qu'il n'y paraît - différence d'appréciation[105]. »

Pendant la guerre et l'après guerre[modifier | modifier le code]

Carte d'identité de Georges Bataille en 1940

Bataille est en zone libre dès juillet 1940 mais, dès le début du mois d'août, il s’installe de nouveau à Paris au 259 rue Saint-Honoré dans un appartement. Il habite tantôt là, tantôt dans celui de Denise Rollin, sa nouvelle compagne depuis 1939, et avec laquelle il vit jusqu’en 1943. Denise habite 3 rue de Lille[106], c’est dans son appartement que vont avoir lieu à partir de 1941 les réunions de la communauté d’amis fondée par Bataille. À cette date, Bataille a écrit Le coupable et Madame Edwarda. La communauté d’amis qu’il tente de fonder avec Pierre Prévost est hétéroclite et se révèle bientôt un échec. Dans l’appartement de Denise Rollin, des lectures-débats organisées par Bataille réunissent deux cercles d’assistants. Le premier comprend Queneau, Leiris, Fardoulis-Lagrange, le deuxième Pierre Prévost, Xavier de Lignac, Petitot. Maurice Blanchot fait partie des deux groupes[107]. Ces réunions semblent, selon les témoignages de Fardoulis et de Prévost, avoir consisté pour l’essentiel en des lectures de passages de l’Expérience intérieure[108] et la mise en débats des questions qui se rattacheront à cet ouvrage lors de sa publication en 1943. Les réunions se poursuivent jusqu’en mars 1943[107].

Bataille aura eu le tort de publier l’Expérience intérieure « pendant la guerre ». Jules Monnerot et Patrick Waldberg lui en font l’amical reproche. Mais bien plus virulente est l’attaque lancée dans un pamphlet intitulé Nom de Dieu signé par quelques obscurs surréalistes, qui visent la collaboration de Bataille à la revue Messages[109]. D’autres encore attaquent violemment l’Expérience intérieure : le très chrétien Gabriel Marcel[110]. Le plus virulent est Jean-Paul Sartre qui qualifie l’ouvrage « d’essai-martyre »[111]. Il décèle dans l’ouvrage l’influence de Nietzsche, et de Pascal. Bataille est très affecté par l’agressivité de Sartre. Le différends entre les deux hommes ne s’estompa jamais complètement bien que, par la suite, Sartre allait se montrer plus attentif aux propos de Bataille, et plus amical[112].

En avril 1943, Bataille s'installe à Vézelay avec Denise Rollin et son fils âgé de quatre ans. Michel Fardoulis-Lagrange, qui est alors clandestin, les y rejoint. Sylvia Bataille et son compagnon (et futur mari) Jacques Lacan, pour lesquels il a réservé à quelques pas de chez lui, une grande maison sur la place de la basilique, devaient les y rejoindre, ce qui ne se fit pas. Seule Laurence, fille de Georges et de Sylvia rejoint son père, et habite avec lui. Elle a alors treize ans[113]. La maison est pauvre et vétuste, Bataille y séjourne de mars à octobre 1943. Celle qu'il a réservée pour Lacan et Sylvia est finalement occupée par Diane Kotchoubey de Beauharnais qui s'y installe avec sa fille. Diane vient d'être libérée d'un camp d'internement près de Besançon[note 11]. C'est grâce à une invitation lancée par le mari de Denise Rollin, de passage à Vézelay pour voir son fils, que Bataille et Diane se rencontrent et qu'ainsi Bataille se trouve partagé entre deux relations amoureuses : Diane et Denise[114]. Mais dès octobre, 1943, de retour à Paris, il se sépare de Denise et se trouve de la sorte sans logement. Grâce à Pierre Klossowski, il trouve refuge dans l'atelier du peintre Balthus qui est le frère de Klossowski. Dans cet atelier que Jean Piel qualifie de grenier, il vit caché pour échapper à l'ire du mari de Diane qui, bien décidé à tuer l'amant de sa femme, renonce finalement en apprenant que Bataille est malade (il est tuberculeux). Il n'y eut qu'une brève échauffourée dont Bataille ne fait le récit nulle part[115].

En 1944 Bataille rencontre souvent Sartre chez Michel Leiris. Une sorte d'estime mutuelle a remplacé l'agressivité, sans qu'il y ait réelle amitié entre les deux hommes. Il rencontre aussi Henri-François Rey avec lequel il forme le projet d'écrire un scénario de film pour enfin gagner de l'argent. Selon Henri-François : « il vivait alors dans le plus grand dénuement[116]. »

En avril 1944, Bataille quitte Paris pour s'installer à Samois-sur-Seine, non loin de de la maison de Bois-le-Roi où Diane Kotchouny réside. Cela fait maintenant deux ans qu'il est atteint de tuberculose pulmonaire. Il doit se rendre à Fontainebleau pour y recevoir des soins. Diane l'accompagne parfois, mais Bataille est souvent seul. Il écrit Julie curieux livre qui ne sera publié qu'après sa mort dans les œuvres complètes IV[117], et où la guerre est très présente : « il y a ceux qui échapperont à la guerre et ceux qui n'en reviendront pas[118] ».

Cette même année, Bataille s’engage dans un nouveau projet : un cahier intitulé Actualité, avec Pierre Prévost et Maurice Blanchot. Ce cahier, traitant de politique et en particulier de l’Espagne, ne comporte qu’un seul volume qui est édité en 1946 aux éditions Calmann-Lévy. Il est intitulé l’Espagne libre[119]. Albert Camus déclare dans la préface : « Voici neuf ans que les hommes de ma génération portent en eux l’Espagne comme une mauvaise blessure[120] ». La question de l’Espagne est d’ailleurs une blessure faite à toute l’Europe. Elle met en cause la question démocratique. Et selon Jean Cassou qui laisse éclater sa rage, c’est en Espagne qu’a commencé la tragédie européenne[121].

Article détaillé : Critique (revue).

En 1946, Bataille fonde la revue Critique[122]. Elle porte en sous-titre : Revue générale des publications françaises et étrangères et parait en juin 1946. L'objectif est de publier des études sur tous les livres considérés comme importants en France comme à l'étranger afin de constituer un « condensé de la production imprimée du monde entier[123] » Sous la direction de Bataille, le comité de rédaction comprend Maurice Blanchot, Jules Monnerot, Pierre Josserand, Albert Ollivier et Éric Weil. Critique est une somme, les études publiées sont beaucoup plus longues et plus complètes que de simples comptes-rendus critiques[123]. Maurice Girodias directeur des Éditions du Chêne a d'abord proposé à Pierre Prévost le création de cette revue. La proposition a rebondi de Prévost à Blanchot et à Bataille qui forme le projet d'une mise en débat des idées. Mais Critiques dont le titre initial donné par Bataille était Critica, ne devait pas être une revue d'idée pure, mais de commentaires critiques de livres d'idées, d'où le titre finalement choisi La notion d'engagement politique est écartée à priori[124]

En 1947, Bataille se trouve au plus près de l'analyse rationnelle de la situation économique. Il soutient le plan Marshall de Truman[note 12]. Dans le numéro 8-9 de janvier-février de Critique, il formule de manière prémonitoire l'ébauche d'un projet d'aide que Marshall rend public le 5 juin 1947[125]. Ainsi le mouvement normal et nécessaire de l'activité américaine devrait aboutir à l'équipement du globe entier, sans contrepartie selon Bataille[126]. Mais tout en encourageant le plan Marshall il « défend » tout à coup l'Union soviétique, cherchant à comprendre la partition du monde en deux blocs. Bataille est désemparé, de nouveau désespéré. Il hait la bourgeoisie. Mais que valent les communistes ? Bataille les définit ainsi : ils offrent « le saut de la mort », mais quiconque ne le fait pas est assimilable à un bourgeois. Bataille lui-même refuse de se rallier à la bourgeoisie, mais refuse aussi de faire le saut de la mort[127]. Il cherche à « comprendre le monde soviétique, lourd, coercitif, monde de servitude où il n’y a d’autre possibilité que le travail[127] ».

Mais il s’insurge contre la plate protestation morale, inefficace avant guerre, inefficace aujourd'hui. Si le Kremlin cherche une domination mondiale, il ne suffit pas de s'en indigner, il faut agir : la paix n’est possible qu’armée. Bataille ne sera jamais pacifiste[128]. « On mesure mal à quel point il est vain de proposer ce monde au repos. Repos, sommeil ne pourraient être à la rigueur que prodromes de la guerre[129], cité par Michel Surya[128]. » C’est finalement une chance pour l’Occident que l’Union soviétique fasse peser sur lui la crainte d’une menace, cela le fait échapper à la paralysie La menace se résume en trois points : la « police secrète » ; le « bâillonnement de la pensée », les « camps de concentration »[130].

À partir de là, Bataille abandonne l’ethnologie et la politique pour se consacrer entièrement à l’économie Il ne demande rien moins que « d’avoir de la croissance une conscience simultanément sacrificielle[131]. En d'autres termes : « Posséder serait égal à perdre, accumuler égal à ruiner. Avoir conscience de serait alors exactement identique à avoir conscience de rien[132]. »

De Vézelay à Orléans[modifier | modifier le code]

Une des salles de la Bibliothèque Inguimbertine
Lascaux Bison et sorcier ithyphallique
Le cruel face à face entre toro et torero

Si, pendant l'année 1944 l'activité littéraire de Bataille à Samois a été intense (il a écrit de nombreux poèmes dont L'alleluiah, poème d'amour destiné à Diane[133]) à Vézelay, où il s'établit de 1945 à 1949, sa création littéraire est faible. Il écrit beaucoup pour Critique, publie au début 1949 La Scissiparité, réunit Histoire de rats et Orestie sous le titre La Haine de la poésie. Il forme le projet de publier une Théorie de la religion qui est annoncée pour 1949, mais ne paraîtra pas. L'essentiel de son travail consiste à rassembler des livres épars en une somme cohérente pour donner une suite à La Part maudite. C'est ainsi qu'il réunit L'Expérience intérieure, Le Coupable et Sur Nietzsche sous le titre La Somme athéologique[134]. Bataille reste longtemps sans écrire, mais forme un grand nombre de projets dont celui de L'Histoire universelle qu'il a entrepris depuis 1934[134], dont il compte faire une histoire de l'art. De ce projet, paraîtra Lascaux ou la naissance de l'art en 1955 et Les Larmes d'Éros en 1961[135].

Mais pendant toute la période de Vézelay, il est isolé et il se débat dans des problèmes d'argent. Selon Jean-Jacques Pauvert, Georges était au bord de la mendicité[136] ayant brûlé le patrimoine que sa mère lui avait laissé en 1930, ce qui le pousse à reprendre son emploi de bibliothécaire[137].. Chaque fois qu'il parle de cette nouvelle situation, il en souligne le caractère d'obligation, répétant qu'il a dû se faire bibliothécaire, regrettant de ne pouvoir se consacrer à sa revue Critique[138],[139].

En 1949, Bataille reçoit sa nomination de conservateur à la Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras où il s'installe de 1950 à 1951. Le chartiste, qui a fait toute sa carrière à la Bibliothèque nationale, est en disponibilité depuis sept ans à cause d’une tuberculose. Il arrive à Carpentras avec Diane Kotchoubey de Beauharnais, qu'il épouse en 1951[note 13]. Là, il invite ses amis Albert Camus et René Char, directeurs de la revue Empédocle, ainsi qu'Albert Béguin, cofondateur de la revue et Jacques Dupin, secrétaire de rédaction, avec lequel il se lie d’amitié. Il y publie Comment dire ?

La période de Carpentras est l'une des plus difficiles dans la vie de Bataille. Ni Diane Kotchoubey ni lui-même ne s'y plaisait vraiment. L'éloignement de Paris et de ses amis lui était pénible bien qu'il assistât aux corridas de Nîmes en compagnie de René Char, Pablo Picasso, Claude Lefort[139], et Michel Leiris qui avait été le témoin de mariage de Georges Bataille avec Sylvia Maklès en 1928[note 14]. Lorsqu'il était de conservateur de la Bibliothèque Inguimbertine, Bataille aurait réunit une importante collection d’ex-votos, en particulier ceux de Saint Gens. Son fonds aurait servi de support au court-métrage du CNRS intitulé : Saint Gens, patron des fiévreux et fidèle intercesseur de la pluie et du beau temps, tourné par Jean Arlaud à Monteux et au Beaucet[140].

Des lettres de cette période témoignent d'une grande dépression : « Ni Diane ni moi ne nous sommes bien portés à Carpentras[141]. » La solitude de Bataille entre 1949 et 1951 est celle d'un homme contraint de reprendre un emploi à regret, dans une ville qu'il n'aimait pas. La suspension de Critique le jette dans une vacuité intellectuelle. Aussi demande-t-il sa mutation pour Orléans, qu'il obtient à l'été 1951[142].

Au cours de l’année 1950, ses rencontres avec René Char, son voisin de l'Isle-sur-la-Sorgue, débouchent sur une estime et une amitié sincères. Peu après le lancement de la revue Critique que dirige Bataille, le poète lui avait écrit : « Toute une région majeure de l’homme dépend aujourd’hui de vous ».

René Char a posé, en mai de cette année-là, dans sa revue Empédocle, cette question à tous les écrivains : « Y a-t-il des incompatibilités ? » Il s’adresse ainsi à ses « compagnons d’écritures » : « On affirme sous une grande quantité d’angles que certaines fonctions de la conscience, certaine activités contradictoires, peuvent être réunies et tenues par le même individu sans nuire à la vérité pratique et saine que les collectivité humaines s’efforcent d’atteindre. C’est possible, mais ce n’est pas sûr ; la politique, l’économie, le social et quelle morale[143]. ». Bataille, qui lui avait envoyé depuis 1946 une grande quantité d’aphorismes répond à son enquête par une longue lettre, publiée en 2005 avec des dessins de Pierre Alechinsky[144].

Bataille assiste à plusieurs corridas à Nîmes lors de son séjour à Carpentras, mais la tauromachie. n’est pas le sujet le plus important dans son œuvre. L’épisode du matador Manuel Granero et de sa blessure mortelle ont servi de matière première à l’Histoire de l’œil : « Bataille observe la corrida à travers le prisme de ses fantasmes, évoquant la mort de Manuel Granero qu’il trouvait « différent des autres matadors en ce qu’il n’avait nullement l’apparence d’un boucher, mais d’un prince charmant, bien viril, parfaitement élancé »[145] ». Bataille s'y expose avec tous ses fantasmes, depuis la frénésie sexuelle, les références à l'urine, l'orgasme, l'œuf, l'œil, toutes images cristallisant ses fantasmes, dont le seul rapport avec la tauromachie, selon Berman est que Bataille se livre comme le torero au milieu de l'arène[146]. Bataille a en outre écrit un article dans le no 3 de la revue Documents intitulé « Soleil pourri, Hommage à Picasso ». Dans ce même article, il fait référence à l’oreille coupée de Van Gogh[147].

Toutefois, la plupart des écrits sur le rôle sacrificiel de la tauromachie et son lien avec les mythes antiques est à mettre au crédit d’une école fondée par Leiris, Montherlant et d’autres écrivains aficionados. Cette théorie rattache la tauromachie à l’antiquité grecque en s’inspirant des mythes de Mithra, du Minotaure et du sacrificiel[148]. Sans doute à cause de sa proximité avec Michel Leiris, inventeur de la « révélation d’un culte du taureau » en 1926, en compagnie de Picasso, lors d’une corrida médiocre à Fréjus[149] », on a assimilé Bataille à un fervent amateur de tauromachie[note 15]. Mais sa présence dans les arènes, initiée en Espagne en 1922, ne reprend qu'à partir de 1950, date à laquelle il est muté à Carpentras.

Dans le no 3 de la revue Documents, entièrement consacrée à un hommage à Picasso, en 1930, Bataille évoque le culte mithriaque dans son article Soleil pourri. Il n'y rattache aucunement la corrida au culte du taureau, mais fait un rapprochement entre le soleil, Mithra et Prométhée : « Mythologiquement, le soleil regardé s’identifie avec un homme qui égorge un taureau (Mithra), avec un vautour qui mange le foie (Prométhée) ; celui qui regarde, avec le taureau égorgé ou avec le foie mangé[150]. » Il développe la notion de culte mithriaque en rappelant que dans l'antiquité, ce culte du soleil se faisait dans une fosse. Des hommes s'y tenaient nus, tandis qu'un prêtre sur un clayonnage au-dessus d'eux égorgeait un taureau « [...] le taureau lui-même est aussi pour sa part, une image du soleil, mais égorgé[150] ».

Bataille est nommé conservateur de la Bibliothèque municipale d’Orléans, où il s’installe avec son épouse et leur fille en 1951. Pour ceux qui l'avaient lu, « c'était le diable qui s'installait dans cette ville[151]. » C'est d'ailleurs à Orléans que certains de ses livres les plus « lourds, les plus scandaleux » ont été écrits : Histoire de l'érotisme, La Souveraineté[152].

Les dernières années[modifier | modifier le code]

À partir de 1954, Bataille ressent de violentes douleurs qui s'amplifient au point qu'en 1955, il consent à consulter l'un de ses plus anciens amis, le docteur Théodore Fraenkel à l'hôpital Lariboisière. Fraenkel diagnostique une artériosclérose cérébrale, Bataille se sait condamné à terme. Il a cinquante-huit ans, il lui reste sept années à vivre[153]. En s'enfonçant dans la maladie, l'écrivain connaît des moments à la limite de la folie. Cependant, lui, « l'auteur inavoué de livres clandestins », n'hésite pas à venir témoigner au procès fait à Jean-Jacques Pauvert pour avoir édité quatre livres de Sade : La Philosophie dans le boudoir, La Nouvelle Justine, Juliette, Les Cent vingt journées de Sodome[154]. Parmi les témoins cités se trouvaient Cocteau, Breton, et Paulhan. Seuls Bataille et Jean Paulhan viennent témoigner le 15 décembre 1956[154]. Sa déposition est une injonction en philosophe, assez jésuitique, reproduite dans les œuvres complètes XII[155].

Trois livres de Bataille paraissent simultanément chez trois éditeurs différents en 1957 La Littérature et le mal, chez Gallimard, L'Érotisme aux éditions de Minuit, le Bleu du ciel chez Pauvert. L'auteur connaît alors une brève notoriété, ce qui lui vaut un entretien avec Marguerite Duras au cours duquel il fait preuve d'un singulière ironie : à la question « pourrait-il exister une apparence extérieure, » il répond : « la vache dans son pré[156]. » Et lorsque Duras insiste pour lui faire dire qu'il est communiste, Bataille répond seulement « même pas[157] », indiquant ainsi qu'il n'est pas non plus anti-communiste, qu'il ne fait que se soustraire aux exigences d'une idéologie comme il s'est soustrait à toute exigence « engageant quelque responsabilité que ce soit[157]. L'entretien avec Duras est publié dans France observateur du 12 décembre 1957, il est suivi en 1958 d'un entretien télévisé avec Pierre Dumayet[158].

Bataille est cependant très las, mais malgré son état de santé, il se lance pendant un an dans l'élaboration d'un projet que lui propose Maurice Girodias : la création d'une revue érotique. Ce projet avorté portait le titre de Genèse, il devait être bi-mensuel, Bataille travaillait au sommaire avec Patrick Waldberg. Mais les différends entre Bataille et Girodias s'aggravent au cours de l'élaboration du projet, notamment sur les questions de financement, mais aussi parce que Girodias souhaite, dans une lettre à Bataille du 11 août 1958 que Génèse s'adresse davantage au « lecteur moyen[159] ». Auprès de Waldberg, il précise davantage son objectif : que la revue comporte davantage d'« images véhémentes » et séduise « la clientèle des pervers », ce à quoi ni Bataille ni Waldberg ne consentent[160].

Alors qu’il a de plus en plus de difficultés à travailler, il publie en 1959 Le Procès de Gilles de Rais, ouvrage dont se servira son neveu Michel Bataille pour établir une biographie de Gilles de Rais[161]. Malgré ses souffrances permanentes, grâce à sa collaboration avec Joseph-Marie Lo Duca, qui dirige la Bibliothèque internationale d'Érotologie chez Pauvert, il parvient à finir en 1961 Les Larmes d’Éros, le dernier livre qu’il verra éditer.

La même année, il accorde une longue interview à Madeleine Chapsal, dans laquelle il fait un bilan de sa vie[note 16]. Dans ce même entretien, Bataille confie : « Ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir brouillé les cartes [...], c'est-à-dire d'avoir associé la façon de rire la plus turbulente et la plus choquante, la plus scandaleuse, avec l'esprit religieux le plus profond. »[162] Alors qu'il a toujours connu des problèmes d'argent, « rien de ce qu'il a écrit jusqu'ici ne lui a donné les moyens de se consacrer à son œuvre », une vente de solidarité est organisée à son profit à l'hôtel Drouot, le 17 mars 1961. Les œuvres d'amis artistes, notamment celles Arp, Ernst, Giacometti, Fautrier, Picasso, Miró sont vendues par Maître Maurice Rheims, ce qui lui permet d'acheter un appartement à Paris, rue Saint-Sulpice[163]. Muté à sa demande à la Bibliothèque nationale, il quitte Orléans, mais ne peut prendre ses fonctions. En 1961 paraît aux éditions Gallimard la réédition de Le Coupable augmenté de la version définitive de L'Alleluiah[163].

Il finit intellectuellement isolé et brouillé avec la plupart de ceux avec qui il a partagé des projets communs[note 17]. « Le 8 juillet au matin, en présence d'un ami, Jacques Pimpaneau, Georges Bataille mourut […] il est enterré civilement au cimetière de Vézelay, il n'y eut que des paysans pour l'accompagner[164]. » Une autre version des faits contredit le récit que Michel Surya fait de cet épisode « tombé dans le coma, chez lui rue Saint-Sulpice, dans la nuit du 7 au 8, il décède à l'hôpital Laennec de Paris le . Il est inhumé civilement au cimetière de Vézelay, en présence de Diane, Jean Piel, Jacques Pimpaneau, Michel et Zette Leiris[165]. »

L'œuvre et la pensée de Georges Bataille[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Bataille est singulière. « Il est en rupture avec la scène philosophique et anthropologique dominante, et cela lui donne une envolée très sûre comme écrivain[166]. » ; il est celui qui ébranle l'ensemble des discours sur l'expérience mystique, artistique, érotique[166]. Son importance se mesure à la capacité qu'il a eu de penser d'une manière neuve : « en traversant un certain nombre de domaines, et en les ouvrant les uns par les autres au-delà de leurs limites[167]. » Bataille a connu tous les mouvements intellectuels, littéraires et philosophiques de son temps, et il y a pris une part à la fois occulte et active. Sa pensée tout en touchant les domaines les plus divers, de la mystique à l'économie, avait pour centre ce qu'il a appelé en 1943 L'Expérience intérieure, donnant lieu à diverses catégories d'expériences[note 18] : l'excès, la dépense, l'érotisme, la transgression, qui ont exercé une influence considérable après sa mort sur de jeunes penseurs comme Michel Foucault, Philippe Sollers, ou Jacques Derrida[168].

La philosophie de Bataille[modifier | modifier le code]

Autel consacré à Jean de la Croix dans l'église de Los Descalzos à Écija.

Bataille a écrit « je ne suis pas un philosophe[169] ». Sa pensée est exposée dans une langue claire, classique, dépourvue de pesanteur, ce qui explique son hostilité à Sartre. Car, lui, le non-philosophe, semble faire le tour de ce qui lui paraît impossible dans la philosophie Sartrienne : la lourdeur du faux savoir et l'embarras prétentieux du concept[169]. Toutefois, au début des années 1950, il fait cette déclaration qui contredit la première : « Je préfère dire que je suis un philosophe heureux[170]. » Ceci autorise à s'interroger sur la nature de cette philosophie[note 19]. Bataille ne peut pas ne pas songer à Hegel davantage qu'à Nietzsche[170]. En 1932, il décide de penser à la fois à partir de Hegel tel que présenté par Kojève, à partir de Marx (de la doctrine de la lutte des classes enracinée dans la révolution russe), mais aussi avec « une option matérialiste qui lui permet de publier en compagnie de Queneau Critique des fondements de la dialectique hégélienne dès 1932, et à partir de Freud (...) ou du moins de ce qu'il entend comme constituant la thèse de Freud sur le sexualité[171]. » D'autre part, Bataille se tourne vers la sociologie de Durkheim et vers l'anthropologie de Mauss sur un mode qui implique « le primat d'une théorie du lien social sur toute psychologie[172]. » Enfin, il se réfère à Sade qui vient inscrire « la dimension de la part maudite au cœur même du lien social, dans une crise générale de tous les anciens idéaux[172]. » Bataille, en tant que penseur, s'inscrit dans un espace à cinq pôles. Penseur hérétique, face à la vague surréaliste, il est d'emblée un franc-tireur philosophique et politique, se réclamant d'un matérialisme qui pose violemment la question de l'athéisme plus largement que Sartre ne le fera par la suite[173]. Bien que pour Sartre, ses prétentions philosophiques se bornent à un mysticisme athée : « M.Bataille survit à la mort de Dieu[174] ».

Deux articles de Bataille parus en 1933 dans La Critique sociale précisent ce qui s'énonce philosophiquement comme matérialisme hétérodoxe. Le premier Le problème de l'État, fait état de la crise du mouvement communiste[175] le second : La structure psychologique du fascisme se veut une intervention théorique en même temps que politique. Il vise à combler une lacune de la théorie marxiste[176]. Le matérialisme de Bataille ou hétérologie conçoit d'une part les forces homogènes de stabilité et de liaison (travail argent, capital) et les forces hétérogènes de déliaison parmi lesquelles il compte « le sacré », « la dépense improductive », la violence, la démesure, le délire, la folie. L'essentiel du raisonnement expose les deux potentialités révolutionnaires opposées de nos sociétés démocratiques[177]. La Structure du fascisme fait écho à La notion de dépense paru quelques mois plus tôt la même année. En 1933, « l'enjeu politique positif à gauche est encore le communisme seule la Critique sociale commence à en douter et l'enjeu négatif : le fascisme[178]. » Pour l'analyser, Bataille reprend les notions d'« utile » et d'« inutile ». La société homogène est la société productive, que l'État bourgeois régule et homogénéise. Bataille souligne l'incapacité de l'analyse marxiste à comprendre comment se forme une superstructure sociale, religieuse ou politique[179]. Tous les phénomènes sociaux caractérisés par la violence sont hétérogènes : « La réalité hétérogène est celle de la force ou du choc[180]. » À ce point de son étude, Bataille compare le monde plat des politiciens démocrates et celui des leaders fascistes : le monde bourgeois, mais veule se trouve confronté à un monde violent, avec des chefs surgis d'un monde hétérogène[180].

En 1934, la recherche de Bataille va du sacré à l’extase et à la quête de l’impossible. Il écrit : « Ma recherche eut un objet double : le sacré, puis l'extase, », et deux ans plus tard il précise que les « états mystiques lui restent fermés[181]. » C'est dans L'Expérience intérieure qu'il développe ce qu'il entend par mystique : il s'agit non pas d'une expérience confessionnelle, mais d'une expérience détachée de tout lien religieux, l'expérience du non savoir. C'est pourquoi il préfère au mot mystique le mot expérience ; l'expérience étant une mise en question qui ne trouve pas de réponse[182]. Le principe de l'Expérience intérieure est qu'on n'atteint l'état d'extase ou de ravissement qu'en dramatisant l'existence, La dramatisation, nécessaire à toute religion (il cite Saint Jean de la Croix) aboutit au non savoir, touche à l’extrême du possible[183]. La différence entre philosophie et mystique réside principalement en ce que dans l'expérience, l'énoncé est rien[184]. Seule l'expérience mène l'être à la limite, dans l'abime de ses possibilités, le précipitant vers un point où le possible est en fait l'impossible-même, ouvrant chaque fois sur Dieu[185]. Faisant appel à Descartes, il réduit la certitude divine à l’argument de Saint Anselme, puis il passe à Hegel[186]. pour aborder le problème de la connaissance. Partant de la dialectique hégélienne, il pose la question de la nature du savoir et de la connaissance directe (l’extase étant l’un des aspects), et de la connaissance indirecte, ce qui l’amène à insérer dans l’ouvrage un autre ouvrage intitulé l’Extase où en vingt pages, il expose plusieurs expériences[187]. Les explications de Bataille sont loin d’être toujours compréhensibles, remarque Pierre Prévost, souvent même contradictoires. Ainsi, lorsqu’en 1937, il commence à écrire Le coupable, il annonce « Je veux décrire une expérience mystique[188] ». Expérience qui se conclut avec le constat que Dieu est absent, Dieu est l’impossible. « mais, en dehors de l’église (qui masque l’impossible), que lui reste-t-il ? Le bordel. Comme la mystique, la débauche le met à nu (...) les bordels ont remplacé les églises[189] ». C’est donc dans les bordels qu’il va chercher l’image de Dieu qui a pour nom Edwarda. Titre de l'ouvrage publié en 1941 : Madame Edwarda[190]. « Edwarda est l'image la plus grimaçante, la plus bouleversante aussi des images qu'il va donner de Dieu[190]. »

La pensée politique[modifier | modifier le code]

La pensée politique de Bataille regroupe un ensemble de positions qui ont été mal interprétées par son entourage, qui lui ont valu des accusations de tout sorte et l'abandon d'un certain nombres d'amis : Michel Leiris, Roger Caillois, Klossowski et Raymond Queneau se détournent de lui à partir de 1937.

Dès 1933, avec La Notion de dépense, il invite à une véritable révolution sur l'économie générale, soulignant l'importance de la dépense improductive[191]. Il entend témoigner d'une possibilité révolutionnaire que les communistes ont trahi par leur mépris du peuple et par une dérive nationaliste. Position dénoncée par Breton et les surréalistes qui ont quitté Contre-attaque dès 1936 : Bataille est accusé de Sur-Fascisme, alors qu'il appelait à la mobilisation ouvrière en dehors de l'appareil communiste et même contre lui[192]. Il a même rédigé seul, en mars 1936, sans l'avis de Breton, un tract intitulé « Travailleurs, vous êtes trahis », y apposant la signature de Breton et des surréalistes, joignant au tract un bulletin de souscription au Comité contre l'Union sacrée ce qui consomme la rupture avec le groupe en avril de la même année[193]. Son ascendant politique sur Breton explique l'agressivité des surréalistes qui l'accusent de Surfascisme souvarinien[194]. C'est d'ailleurs ses écrits sur le fascisme qui ont entraîné le plus de malentendus et d'accusations. Bataille n'est pas seulement le premier à avoir dénoncé le fascisme, mais encore le premier à l'avoir pensé[195].

En 1934, il annonce une analyse dont la précocité retient l'attention : Le fascisme en France. Mais de cette entreprise il ne reste que des pages préparatoires et quelques lignes rédigées[196]: « En janvier 1933, Hitler accédait au pouvoir et réalisait en quelques mois une mise au pas qui avait demandé quatre ans aux Italiens. J'écris en 1934 ce livre sur Le fascisme en France avec la conscience que le monde libéral où nous vivons encore ici est déjà un monde de vieillards aux dents qui tombent et d'apparences » [197]. » En lieu et place de cette étude, Bataille publie dans « un sursaut de rage » Le Bleu du ciel qui célèbre l'envers refoulé de l'optimisme politique[198]. En sociologue qu'il est aussi, Bataille a cette intuition que le fascisme et le communisme sont des religions (...) : « Il observe ceci, de quoi la lecture de leurs théoriciens respectifs ne l’avertissait pas : leur « séduction » est de nature religieuse[199]. »

De 1940 à 1944, Bataille a gardé le silence parce que pour lui la guerre n'est plus la politique, mais sa consumation tragique, qu'à défaut de combattre, on ne peut que regarder. Pourtant, parmi ses plus grands livres de l'après-guerre, on compte La Part maudite et La Souveraineté qui sont essentiellement politiques, d'une politique à différencier de son engagement d'avant-guerre[200]. Mais, de son silence, son entourage déduit une « fascination » pour le fascisme, avec un glissement d'interprétation que Surya qualifie de « demi-savoir [201]. » Et que Raymond Queneau consigne ainsi dans son journal : « Très sceptique Bataille. Plus du tout défense des démocraties[202]. ». Sans être réellement accusatoires, les propos de l'entourage de Bataille sèment le trouble, notamment ceux que rapporte Jean Piel sur sa rencontre avec Bataille en 1941, ou encore la déclaration à double sens de Klossowski tirée d'un entretien avec Jean-Maurice Monnoyer « Pathologiquement engagé comme le fut Sade, la révolution ne l'intéressait qu'à travers le jeu des passions[203] » Et parce que pathologique, il est nécessairement dérouté politiquement, voire douteux. Fardoulis-Lagrange à son tour voit une analogie avec Kojève qui annonçait Staline comme incarnant la fin de l'histoire[201]. Mais le plus virulent accusateur est sans doute Souvarine qui déverse sur l'auteur un monceau d'insultes, l'accusant d'être « détraqué sexuellement », « libidineux », voire intellectuellement pervers, d'avoir prêté à Simone Weil les traits de Lazare dans Le Bleu du ciel parce qu'elle est juive, ajoutant qu'on devine le mot qu'il n'ose pas prononcer, en pensant à la mère de sa fille (Sylvia Bataille est juive). Ainsi le détraqué devient antisémite[201].

Sichère[note 20] a pu voir dans la description du fascisme que donne Bataille une certaine fascination pour le « pouvoir militaire », bien que Bataille « dénonce en même temps le nationalisme allemand fauteur de guerre et la dérive nationaliste des communistes[204]. » Sichère voit aussi, dans la position de Bataille une : « position qu'il me paraît juste de caractériser à la fois comme libertaire et populiste : on ne peut qu'être frappé, dans l'article qu'il écrit sur La Condition humaine, par la constante oscillation entre le lyrisme hugolien (imprécation du peuple ouvrier) et un sur-léninisme (l'appel à une autorité révolutionnaire implacable)[205]. » Poussée libertaire sans doute due à une poussée de romantisme révolutionnaire, dès 1933 avec La Condition humaine de Malraux[205], mais aussi, à partir de 1944, à son engagement dans le cahier Actualité qu'il dirige à partir de 1944 avec Camus et Jean Cassou à ses côtés. Cette thèse, Sichère précise qu'elle « n'a pas la prétention d'être exhaustive (...), elle pose en tout cas qu'il y a à ce moment dans la pensée de Bataille un affrontement décisif à la puissance d'attraction du fascisme qui se distingue radicalement de l'effet de séduction exercé par un aspect de l'imaginaire nazi coupé de ses conséquences comme ce fut le cas, chez Drieu[206]. »

Dans Actualité Bataille écrit deux textes, l’un est un hommage à Picasso, l’autre une invitation à aller prendre une leçon de liberté auprès des espagnols, peuple anarchiste, et dans leur pays : « L’anarchisme est au fond la plus onéreuse expression d’un désir obstiné de l’impossible — Georges Bataille à propos de « Pour qui sonne le glas » de Hemingway[207]. » Populiste parce que Bataille en appelle à la constitution d'un mouvement organique, distinct des formes parlementaires : un mouvement de masse antifasciste, qui appelle à la prise de conscience de ce que les modèles révolutionnaires communistes sont déjà caducs.

« Jamais une démocratie stabilisée n'a été sérieusement menaçée par un milieu ouvrier. Seuls les mouvements fascistes sont venus à bout des régimes démocratiques[208] »

Dès 1937, Denis de Rougemont avait déjà devancé les mésinterprétations de l'enjeu d'Acéphale qu'il considérait comme le signe de l'anti-étatisme radical, c'est-à-dire du seul anti fascisme digne de ce nom[209]. Mais Bataille reste sur sa difficile position à savoir : il est convaincu que le fascisme a réussi à se hisser à une vérité de parade (séduction) supérieure à la vérité homogène des démocraties[210]. Tous les efforts de Bataille portent alors sur le besoin d'un sacré aussi séduisant que celui des nazis. Plus tard André Masson rappelle que les numéros 4 et 5 d'Acéphale ont été écrits et dessinés en Espagne en pleine guerre civile espagnole. Hans Mayer dira encore, en 1988 « Bataille seul, à mon avis, semblait avoir compris qu'il fallait une « Aufklärung  » sans rivage.(...) Il fallait peut-être renoncer aux frontières de la pensée pour la bonne raison que la réalité fasciste avait renoncé aux tabous et aux valeurs traditionnelles[211] »

À propos de la supposée tentation fasciste de Bataille, évoquée notamment par Klossowski[212], Leiris dit dans sa dernière interview accordée à Bernard-Henri Lévy en 1989, publiée dans Les aventures de la liberté : Une histoire subjective des intellectuels[213]

« Mon sentiment c'est que, vraiment, Bataille n'a jamais été fasciste. Il était, si vous voulez, fasciné par le génie de la propagande qu'avaient les nazis. Son souhait, c'était que que la gauche manifeste un égal génie de la propagande dans le sens opposé. Voilà. Je ne sais plus si le nom de Contre Attaque est de lui. Car c'était vraiment comme cela qu'il voyait les choses. C'était une contre-attaque. Il y avait l'attaque fasciste avec ses moyens massifs de propagande. Et il fallait arriver à trouver des moyens aussi puissants pour la contre-attaque. »

Jusque dans les années 1950, Bataille, que Sichère qualifie de « libertaire », a balancé autour de cette formule « Nietzsche ou le communisme » affirmant que la position de Nietzsche est la seule en dehors du communisme[214],[215]. Mais n'a jamais cédé sur ce qui lui paraissait la différence entre le communisme, dont la source est à chercher dans un soulèvement révolutionnaire porteur d'espoir[note 21], et le nazisme[216].

« S'il fallait, en définitive donner une date au relatif désintérêt de Bataille pour la politique ce serait 1953, dix-sept ans plus tard qu'on ne le fait habituellement[217]. »

Du mysticisme à l'impossible, de l'érotisme à la mort[modifier | modifier le code]

hôpital Santa Caridad de Séville où se déroule la dernière scène de l'Histoire de l'œil
Détail de L'Enfer (volet de droite du triptyque du Jardin des délices)

Histoire de l'œil[note 22] témoigne de la place importante que l'érotisme tient dans la recherche mystique de Bataille, ainsi qu'il le développe par la suite avec Madame Edwarda, qui est le plus marquant de ses livres érotiques (1941) selon Pierre Prévost[218]. Histoire de l'œil est un ouvrage sulfureux qui développe une auto-analyse en vue de « se débarrasser de son christianisme et de ses intentions passées de se faire prêtre [218]. » C'est aussi un texte composite qui n'est pas seulement érotique, mais aussi politique, présentant plusieurs niveaux d'expériences biographiques et de lectures[219]. Histoire de l'œil a fait l'objet de nombreuses études, notamment celle de Roland Barthes intitulée « La métaphore de l'œil », parue en 1963 dans le numéro hommage de Critique qui propose d'étudier l'œil comme un objet[219]. La frénésie sexuelle qui se déchaîne à partir d'images comme l'œil, l'œuf, le lait, l'urine, les couilles de taureau cristallisent les fantasmes de Bataille, non pour en faire le point de départ de l'œuvre, mais son sujet-même. Dans une post-face intitulée « Réminiscences », Histoire de l'œil est présentée comme une transposition de certaines images obsessionnelles venues de l'enfance. « Il n'est pas indifférent que ce livre soit né d'une psychanalyse. Il faut voir là une justification de la nécessité qui a conduit l'auteur à s'exposer dans un livre comme un torero s'expose dans l'arène[146]. » L'auteur profane la parole, le livre devient excès, dit alors ce que le mysticisme n'a jamais pu dire et chaque excès de chaque scène est une étape à franchir pour aller vers l'impossible, recherche éternellement recommencée de Bataille[220]. Dans la dernière scène, qui a lieu dans l'église de l'hôpital Santa Caridad de Séville, sous deux tableaux de Juan de Valdés Leal représentant des cadavres en décomposition[note 23], le narrateur livre un jeune ecclésiastique blond aux sévices de Simone, dans un paroxysme de « délire sexuel, déchaînement blasphématoire et fureur meurtrière [221] ». Histoire de l'œil peut-être légitimement regardée comme le premier livre de Bataille : roman d'initiation à la mort pour les raisons-mêmes qui en font un roman.

Toutefois, qualifier l'œuvre de Bataille de littérature érotique, transgressive, perverse, ne doit pas faire oublier la problématique mystique d'un écrivain d'abord lié au christianisme par sa foi, puis par son athéisme paradoxal[222]. Car, dans la rupture se dessine aussi une forme de continuité dont Ernest Renan dit « la foi a ceci de particulier que, disparue, elle survit encore[223]. » Si elle devait survivre dans l'œuvre de Bataille, ce serait dans sa volonté de construire une athéologie, mot constitué de la fusion de théologie accouplée avec un « a » privatif qui pourrait bien souligner un manque[224]. La question mystique n'est certainement pas à bannir, mais s'agit plus d'un détournement : au lieu de tendre vers Dieu, Bataille tendrait vers le Mal[225]. Ainsi, lorsque Sartre le traite de « nouveau mystique » lors de son compte rendu sur L'Expérience intérieure, Bataille considère « qu'il ne l'a pas volé[226] » ,[note 24].

La mystique de Bataille est une posture, une manière de se représenter en tant « qu'écrivain poussé par Dieu[225] ». Il se construit un « je » mystique fondé sur la réinterprétation de figures comme celle l'idiot ou du fou, du martyr ou de l'hérétique [note 25], particulièrement nets dans L'Expérience intérieure

« À moi l'idiot, Dieu parle bouche à bouche : une voix comme du feu vient de l'obscurité et parle – flamme froide, tristesse brûlante – à ... l'homme-parapluie[227]. »

Bataille se représente en personnage de mystique ou de martyr, sorte de théâtralisation de l'écrivain[228]. « Il instaure ainsi dans son texte une fiction mystique: celle d'un marginal qui s'ouvre au mal et ouvre le texte au mal[229]. » Michel Surya a publié Sainteté de Bataille[note 26]. Il met en garde, lors de l'entretien avec Madeline Chalon [230] contre toute simplification qui consisterait à « rabattre » Bataille sur le christianisme, même s'il s'est lui-même parfois dépeint comme un saint[231].

Madame Edwarda correspond à une époque « mystique  » de l'auteur. Écrit en 1937, publié clandestinement en 1941, officiellement en 1956, ce texte n'a cessé de préoccuper Bataille jusqu'à sa mort. Il devait figurer dans une tétralogie comprenant Ma Mère, Divinus Deus, (jamais écrit entièrement, inséré dans le récit de Madame Edwarda), et Charlotte d'Ingerville dont seules trois pages ont été rédigées [232].

Le personnage de central du roman est issu d'une rencontre que l'auteur aurait faite pendant une de ses périodes de débauche et de fréquentation des maisons closes (1930?). Il y avait rencontré Violette, une prostituée pour laquelle il s'est ruiné en essayant de la sauver, selon le témoignage de Diane Bataille[62]. Bataille y développe une pensée commune avec Freud qu'il a présentée dans un article[233] comme « un novateur aussi important que Hegel[234]. » Avec Freud, Bataille voit dans le sacré « l'intouchable, ce qui est frappé d'interdit, parce que trop bas ou trop haut » Madame Edwarda est une putain trop basse, mais elle représente l'image de Dieu, trop haut[232]. L'érotisme de Bataille est toujours décrit de manière très angoissante, voire tragique. À l'exception de la première version de L'Histoire de l'œil, il n'y a pas un récit où les amants ne soient pas mêlés à un rituel mortuaire[235]. Madame Edwarda ne fait pas exception : la gêne, la douleur, l'accablement et la mort font partie du plaisir sexuel. Edwarda se révèle pour ce quelle est : Dieu[190].

« Assise, elle maintenait haute une jambe écartée : pour mieux ouvrir la fente, elle achevait de tirer la peau des deux mains. Ainsi les “guenilles” d'Edwarda me regardaient, velues et roses, pleines de vie, comme une pieuvre répugnante. Je balbutiai : — Pourquoi fais-tu cela ? — Tu vois, dit-elle, je suis Dieu[236]. »

Le narrateur (Bataille ?) n'est pas celui qui a besoin de la mort comme dans Histoire de l'œil, il est la mort-même. Edwarda, vérité abjecte (un porc) est une vérité tendre, comme le livre qui se veut abject et tendre. Edwarda est Dieu révélé mort[237].

En 1950 que Georges Bataille publie L'Abbé C. à partir duquel se sont établis de multiples parallèles bien qu'il « n'y ait jamais lieu de comparer ou de mesurer ensemble deux pensées, comparer ou mesurer a, en l'occurrence, la signification de la négation de toute pensée[238]. » Jean-Louis Cornille le rapproche de La Dame de pique, nouvelle fantastique de Pouchkine dans laquelle deux frères, dont l'un, religieux, se prénomme Robert, et dont la publication en français coïncide avec l'écriture de l'Abbé C[239]. L'abbé Robert C. est peut-être aussi une allusion au traître Robert Alesch qui a été fusillé en 1949 pour avoir dénoncé un réseau de résistants dont Samuel Beckett faisait partie[239], tout comme le fait l'abbé C. dans le livre de Bataille, à la différence que l'Abbé C. ne dénonce pas les résistants mais uniquement ceux qu'il aime. Dans une lettre à Georges Lambrichs, Bataille se défend « d'avoir traité des problèmes de la résistance, d'avoir fait l'apologie de la délation et d'avoir connu un abbé qui ressemblât à l'Abbé C.[240]. »

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Le Bleu du ciel avec ses tendances nécrophiles et politiques, ses nuances autobiographiques ou testimoniales, et ses moments philosophiques[réf. nécessaire] chamboulent Histoire de l'œil, fournissant un traitement beaucoup plus sombre et morne de la réalité historique contemporaine. Ma mère est un roman publié à titre posthume en 1966. Il fut plutôt faussement considéré comme inachevé. En réalité, Bataille n'a pas fini le recopiage du manuscrit final, mais a accolé deux manuscrits l'un après l'autre (le manuscrit « vert » et le manuscrit « jaune ») de sorte que le texte possède un dénouement et une fin acceptable, offrant une cohérence permettant le commentaire littéraire. Ma mère est un récit sur l’initiation aux vices d'un fils par sa mère. Loin d'être simplement un roman provoquant (avec la suggestion évidente de l'inceste), il représente plutôt une synthèse des préoccupations de Bataille durant l'ensemble de son œuvre alliée à la totale maturité de son style littéraire. [réf. nécessaire]

Dans les faits, il y a un parallèle entre l’Abbé C. de Bataille et le Dialogue entre un prêtre et un moribond de Sade. Chez les deux auteurs le thème central reste la transgression du sacré, du divin. Si pour Sade le Dialogue est l’une de ses affirmations les plus irréductibles de son athéisme, dans l’ABC de Bataille, il y a la certitude que Dieu est mort (l’idée de Dieu, précise Bernard Noël)[note 27], parce que nous savons bien que tout ce qui s’engage dans le temps est condamné à périr.« L'érotisme est le point nodal de toute leur vision du monde concentrant en ses feux toute la systématique d'une pensée profondément originale ». Sade résume son Dialogue ainsi : « Le prédicant devint un homme corrompu par la nature pour ne pas avoir su expliquer ce qu’était la nature corrompue », et pour Bataille, la chute de l’Abbé C. se résume ainsi : « Étant prêtre, il lui fut aisé de devenir le monstre qu’il était. Même il n’eut pas d’autre issue. » Mais alors que pour Sade profaner les reliques, les images de saints, l’hostie, le crucifix, ne devait pas plus importer aux yeux du philosophe que la dégradation d’une statue païenne, pour Bataille, le sacré reste immanence. Pour Sade transgresser le sacré revient à cultiver le blasphème, car, explique-t-il dans La Philosophie dans le boudoir : «Il est essentiel de prononcer des mots forts ou sales, dans l’ivresse du plaisir, et ceux du blasphème servent bien l’imagination. Il n’y faut rien épargner ; il faut orner ces mots du plus grand luxe d’expressions ; il faut qu’ils scandalisent le plus possible ; car il est très doux de scandaliser : il existe là un petit triomphe pour l’orgueil qui n’est nullement à dédaigner ».[réf. nécessaire]

Bataille reste résolument étranger à ce type de jubilation même si sa notion de sacré n’est pas celle des religions. Selon Christian Limousin, là où le chrétien définit le sacré comme un rapport homogénéisant au divin, Bataille entend crachat, excrément, rupture de l’identité[réf. nécessaire] [note 28]. Selon Limousin, le sacré de Bataille s’inscrit dans un mouvement universel de la vie à la mort, un mouvement que le christianisme aimerait refouler. Il se manifeste sur les marges, dans le domaine de l’interdit : c’est en transgressant les tabous que nous expérimentons le sacré et un sentiment d’appartenance au monde. Bataille le cherche et le trouve dans les exhalaisons physiques (sang, sueur, larmes, excrément), les émotions extrêmes (rire, colère, ivresse, extase sexuelle), et dans les activités inutiles (poésie, jeu, crime, érotisme). Chez lui, si le sacré et l’abjection s’épousent, c’est sous une forme de dépassement des antinomies. Cela dit, Bataille sera toujours pour les tabous qui donnent un sens à cet excès. Car le divin ou le sacré sont quelque chose d’ambigu, « à la fois saint et maudit, pur et impur, blanc et noir, fascinans et tremendum » ; « le sacré est le tout autre, séparé, hétérogène », et « cette hétérologie comprend les formes les plus nobles comme les plus basses. Jeu cruel, l’art a le pouvoir d’engendrer une altérité folle, belle, laide ou effrayante »[réf. nécessaire][241]. S’il détourne les mots, ouvre des concepts, il disjoint le sacré de la substance transcendante. Il explique dans L’expérience intérieure : « J’entends par expérience intérieure ce que d’habitude on nomme expérience mystique : les états d’extase, de ravissement, au moins d’émotion méditée » et quand, en 1947, Méthode de méditation recherche une définition de l’opération souveraine, « la moins inexacte image » lui semble être « l’extase des saints ». Si pour lui le sacré reste à la fois fascinant et repoussant, c’est qu’il est l’espace où la violence peut et doit se déchaîner.« L'érotisme est perversité au sens étymologique du terme : il tourne le vice en vertu, devinant que ce qui était défendu est en fait délicieux. Et plus le tabou est ressenti comme pesant, plus sa transgression sera délicieuse[242].Pour Bataille « La transgression n'abolit pas l'interdit mais le dépasse en le maintenant. L'érotisme est donc inséparable du sacrilège et ne peut exister hors d'une thématique du bien et du mal ». « Le détour par le péché est essentiel à l'épanouissement de l'érotisme : là où il n'y a pas de gêne, il n'y a vraiment pas de plaisir »[réf. insuffisante]

Bataille jeta aussi les bases de son œuvre érotique, de son érotisme qui est une : « ouverture entre les ouvertures pour accéder tant soit peu au vide insaisissable de la mort », a commenté Michel Leiris. L’érotisme de Sade ne lui ressemble en rien. Pierre Klossowski l’a analysé en ces termes : « La persévérance du Divin Marquis, toute sa vie durant, à n’étudier que les formes perverses de la nature humaine prouve qu’une seule chose lui importait : la nécessité de rendre à l’homme tout le mal qu’il est capable de rendre ».Pour le Divin, la seule attitude face à la mort reste la recherche d’une ultime volupté. C’est du moins les phrases qu’il met dans la bouche du moribond expliquant à son confesseur : « Renonce à l’idée d’un autre monde, il n’y en a pas, mais ne renonce pas au plaisir d’être heureux… Mon ami, la volupté fut toujours le plus cher de mes biens, je l’ai encensé toute ma vie, et j’ai voulu la terminer dans ses bras ».[réf. nécessaire]

Bataille, qui toute sa vie s’était « dépensé jusqu’à toucher la mort à force de beuveries, de nuits blanches et de coucheries », était tout à fait hostile à cet ultime type de libertinage. Pour lui la réduction de l’être humain à un corps source de plaisir physique refoulait, à l’instar du christianisme, la dimension spirituelle de l’érotisme. Mais les deux événements sont concomitants. Dès lors Bataille critiqua le christianisme qui fait croire à l’immortalité de l’âme et au report du plaisir jusqu’au paradis. Pour lui ce refoulement de la mort s’accompagne du refoulement de la sexualité et atteint son comble dans le culte de la Vierge Marie, lui qui avait écrit le Rire de Nietzsche, lui dont le rire fêlé passait pour sarcastique, il privilégia avec une ironie noire un dernier éclat de rire, ce rire, disait-il, qui précipite « l’agonie de Dieu dans la nuit noire », persuadé qu’il était que « dans le rire infini la forme divine fond comme du sucre dans l’eau »[243].[réf. nécessaire]

Réception de son œuvre[modifier | modifier le code]

Les premières critiques négatives de l'œuvre de Bataille commencent avec les querelles entre les surréalistes et les « excommuniés » d'André Breton  qui, dans le second manifeste du surréalisme malmène pratiquement tous ses « excommuniés. » À Georges Bataille, il réserve un article : Le Cas Bataille dans lequel il lui reproche, entre autres, une phobie pathologique de ce que « l'idée » puisse prendre une « tournure idéologique », il lui reproche encore un abus d'adjectifs comme « souillé », « sénile », « rance », « sordide », « égrillard », « gâteux », et d'une manière générale sa malhonnêteté[244] qu'il illustre par l'exemple de l'article Apocalypse de Saint-Sever paru dans le no 2 de la revue Documents [245] et qui serait « le type parfait de faux témoignage [...] car prêter une apparence humaine à des éléments architecturaux est encore, et rien de plus, un signe classique de psychasthénie[244]. » Cette même année, Bataille contre-attaque avec un article, « Le lion châtré », paru dans un brûlot collectif intitulé Un Cadavre [note 29], l'idée du « lion châtré » étant de présenter Breton comme un « futur mort », le « mort en puissance » qu’il est. Ce pamphlet est d'un extrême violence selon Maurice Nadeau : « Ils vont jusqu'à enterrer le surréalisme[246]. » Il marque aussi la venue de nouvelles forces dans le camp de Breton, parmi lesquels Salvador Dalí qui répond à Bataille avec un article, « L'âne pourri », paru dans Le Surréalisme au service de la révolution. Il y met en cause entre autres « [...] les idées matérialistes de Georges Bataille, mais aussi, en général tout le vieux matérialisme que ce monsieur prétend sénilement rajeunir en s'appuyant gratuitement sur la psychologie moderne[247]. »

D'autres critiques négatives vont suivre. Quelques années plus tard, Bataille subira le « feu roulant » de ses anciens compagnons de route, lors de la publication en 1934 de sa première Étude du fascisme, puis lors de la parution de Le Bleu du ciel et Madame Edwarda. Ces deux derniers sont l'occasion pour ses détracteurs de mettre sa position intellectuelle et politique en cause, ce qui le laisse désemparé[248]. Boris Souvarine l'accuse d'être « détraqué sexuellement », « libidineux », et antisémite[201]. Pierre Klossowski le tient pour un « pornogaphe [249]. »

À la parution de L'Expérience intérieure Jean-Paul Sartre rédige, en 1943, une critique cinglante en trois volets [note 30], traitant Bataille de « nouveau mystique »[250]. Il s'en prend à l’explication de cette expérience où Bataille n'arrive pas à définir le sacré « par manque de culture intellectuelle[251]. » Il lui reproche sa confusion entre « deux attitudes d’esprit distinctes qui coexistent chez lui sans qu’il s’en doute et qui se nuisent l’une à l’autre [251]. Il le considère également comme un fou[252] et un malade « Le reste est l'affaire de la psychanalyse »[253], reprenant ainsi les arguments déjà émis par Breton. À cela Bataille répond dans un appendice intitulé « Défense de l’expérience intérieure »[254], qu'il publie dans son livre suivant Sur Nietzsche (1945)[255]

Après sa mort, la connaissance de ses œuvres reste longtemps limitée à un cercle restreint d'intellectuels, cet auteur n'étant que très peu lu dans le grand public[256]. Il est aussi très peu reconnu par la critique littéraire comme le souligne Marguerite Duras qui lui a rendu hommage en 1958 dans un article « À propos de Georges Bataille »: « La critique au seul nom de Bataille s’intimide. Les années passent : les gens continuent de vivre dans l’illusion qu’ils pourront un jour parler de Bataille... Ils mourront sans oser, dans le souci extrême où ils sont de leur réputation, affronter ce taureau [257]. » Malgré l'hommage rendu par un petit groupe d'intellectuels dans la revue bimestrielle La Cigüe, en janvier 1958[258], entièrement consacrée à Bataille, avec les signatures notamment de René Char, Marguerite Duras, Jean Fautrier, Michel Leiris, André Malraux, André Masson, Jean Wahl, il faut encore attendre 1972 pour que Bataille soit plus largement connu grâce au groupe Tel Quel[259]. Notamment grâce à Philippe Sollers qui dirige le Colloque de Cerisy autour de Bataille et Antonin Artaud[260]. L'hommage à Georges Bataille est publié en 1973 dans le Volume I des actes du colloque en collection 10/18[261] Il est alors tenu en haute estime par Jacques Derrida, Jean Baudrillard, Michel Foucault et Jean-François Lyotard en France[262].

La réception de Bataille « en Angleterre » en 1953 est considérée comme la toute première par Vincent Teixeira : la traduction de L'Abbé C. en japonais par Shin Wakabayashi (1957) constitue même une des premières traductions de Bataille à l'étranger, « après toutefois celles parues en Angleterre d’Histoire de l’œil, sous le pseudonyme de Pierre Angélique et intitulée A Tale of satisfied Desire (1953), et de Lascaux et Manet (1955) »[263]. En réalité, il ne s'agit pas d'une parution en Angleterre mais en France et en Suisse, en langue anglaise. Histoire de l'œil, publiée sous le titre A Tale of satisfied desire est une commande passée à l'écrivain anglais Austryn Wainhouse par Maurice Girodias, propriétaire de Olympia Press, version anglaise éditée en France par Olympia press, sous le pseudonyme de Pierre Angélique, parce que Girodias voulait brouiller les pistes, redoutant les poursuites comme celles qu'avait subies Jean-Jacques Pauvert pour quatre éditions de DAF de Sade[115]. Le traducteur avait lui-même pris un pseudonyme pour écarter les soupçons (Audiart), en 1955, c'était Skira qui proposait une version anglaise des études de Bataille sur Manet et Lascaux[264]. La même année, Madame Edwarda paraissait encore en anglais chez Olympia press (Paris). Aucune de ces parutions ne fit connaître Bataille dans le monde anglophone. Il fallut attendre la traduction américaine de 1977 pour que Story of the eye (traduction de Joachim Neugroschel) retrouve son œil dans le titre. Michel Leiris s'était élevé contre sa disparition en anglais, déplorant que, dans A Tale of satisfied desire, Histoire de l'œil, « qui a le mérite d'indiquer en noir sur blanc le ressort de l'histoire : satisfaire le désir, ne soit plus plus éclairé par le mot “œil” comme par un louche fanal[265]. »

Au Japon, L'Abbé C. est traduit en 1957 sous le titre La Nuit de la fascination[266], par Shin Wakabayashi (né en 1929), préfacée par Tarō Okamoto. D'autres traductions vont suivre : La Littérature et le Mal, L'Érotisme (1959), Les Larmes d'Eros (1964)[266]. Bataille est particulièrement admiré par Yukio Mishima qui rédige, après la traduction de L'Érotisme (1959) par Junsuké Muro[267], un article intitulé L'Érotisme (Erochishizuma)[268]. L'écrivain japonais est surtout fasciné par le rapport entre l'éros et la mort, thème qui se retrouve ensuite tout au long de son œuvre[269]. Toutefois sa nouvelle Patriotisme (1966), dont il explique le motif dans l'article L'incident du 26 février et moi en se référant à Bataille, révèle un écart entre le monde du « samouraï » et celui de Bataille[270]. De 1969 à 1975, la maison d'édition Futami shobô fait paraître « les Œuvres de Bataille en quinze volumes », publication qui, selon Yoshikazu Nakaji, est accélérée au Japon par celle des œuvres complètes chez Gallimard [271], en même temps que des traductions de Foucault, Derrida, Deleuze. En 1973, la deuxième traduction de L'Érotisme par Tatsuhiko Shibusawa, grand spécialiste de l'érotisme et de Sade, « devait contribuer beaucoup à la renommée de Bataille au Japon[266]. » Selon Tatsuo Satomi « c'est surtout vers la fin des années 1960, marquée ici [au Japon] par les révoltes étudiantes, qu'il est devenu un des maîtres à penser des contestataires japonais. »[272],[note 31] Si entre 1975 et 1985, Bataille n'a plus été considéré comme le plus frappant et le plus novateur des penseurs contemporains au Japon[273], il a connu un regain d'intérêt à partir de 1986, avec la traduction par Osamu Nishitani de quatre conférences prononcées par Bataille entre 1951 et 1953 sur la question du non-savoir[274]. Et surtout à partir de 1996[274], à la suite de la parution de La Tentation de Nietzsche : comment Bataille a-t-il lu Nietzsche ? par Hiroshi Yoshida[note 32]. La jeune génération de chercheurs s'est attachée en particulier à des écrits épars, des articles, des œuvres inachevées[275]. Yoshikazu Nakaji précise : « la réception scientifique de Bataille au Japon est récente : son œuvre est entrée dans la phase d'une vraie recherche qui, sans nier toute charge émotive, s'assigne pour but de cerner patiemment le fondement et la portée de cette pensée sans pareille. » [276]

Aux États-Unis, après la traduction de Histoire de l'œil par Joachim Neugroschel en 1977, l'hommage des intellectuels de langue anglaise n'a pas été immédiat, malgré les deux essais de Susan Sontag sur le thème The Pornographic imagination, et d'un autre de Roland Barthes : The Metaphor of the eye publié chez Marion Boyars à Londres[277]. Il a fallu attendre l'édition Penguin Books en 1982 pour que Bataille cesse d'être un écrivain confidentiel[277]. À compter de ce moment, les traductions de Bataille ont été faites selon un rythme soutenu autant que celles de Breton, Camus ou Sartre[278]. Michael Richardson a aussi contribué à le faire connaître avec une biographie et une compilation de textes Georges Bataille Essential Writings, 1998[note 33]. Dès 1979, Bataille faisait l'objet d'un culte chez l'écrivaine Kathy Acker (1947-1997), féministe, pro-sexe, et icône de la sous culture punk[279]. Elle s'est en particulier intéressée à Colette Peignot dont elle a fait un personnage de son roman Don Quichotte. Ce qui était un rêve (1986), rapportant l'œuvre au récit posthume Ma Mère (1966), disponible en anglais (traduit par Austryn Wainhouse, chez l'éditeur londonien Jonathan Cape)[280]. Kathy Acker dont le principal éditeur américain est Grove Press où est parue la traduction de Madame Edwarda, en arrive à s'identifier à Laure[281]. Sa référence la plus évidente à Bataille se trouve dans la reprise du titre Ma Mère : elle publie en 1994 My Mother, Démonology ?, avec un recours très fréquent à la scatologie et l'obscénité, dont il paraît impossible de donner un résumé conventionnel, puisque même la présentation en quatrième de couverture ne reflète pas le contenu. Ce n'est pas par son titre, mais par son contenu que ce livre se rapproche de Bataille, faisant comme lui « un usage, extrême, excessif, excédant, de la littérature[282]. » Un demi siècle après sa mort

« Un demi siècle après sa mort, Georges Bataille est devenu aux États-Unis l'un des intllectuels français les plus influents de l'ère contemporaine[280] »

En Italie, où la première traduction fut celle de L'Érotisme en 1962[note 34], Bataille est également reconnu dans les milieux intellectuels, en particulier grâce à Mario Perniola, qui a publié en 1977 Georges Bataille e il negativo (Georges Bataille et le négatif), puis en 1982 L'Instant éternel, Bataille et la pensée de la marginalité, Marina Galletti[283], professeure de philosophie à l'Université de Rome III[284], auteur de La comunità impossibile di Georges Bataille. Da masses ai difensori del malequi (2008) et qui a mis à jour de nombreux documents des années 1930, textes et lettres pour la plupart inédits, dans L'Apprenti sorcier, et aussi Jacqueline Risset, qui a dirigé en 1987 l'ouvrage collectif Georges Bataille: il politico e il sacro.

Plusieurs autres pays ont accueilli les écrits de Georges Bataille, grâce à des traductions et essais critiques, dont rend compte un numéro spécial de la revue Critique (no 788-789, janvier-février 2013, Éditions de Minuit) intitulé « Georges Bataille. D'un monde l'autre », au sommaire duquel sont annoncées les contributions de :

« Marcus Coelen pour la réception de Bataille en Allemagne, Stefanos Geroulanos, pour les pays anglophones, Yves Hersant pour l’Italie, suivi d'un entretien avec Franco Rella et Susanna Mati, Nakaji Yoshikazu pour le Japon, Elena Galtsova pour la Russie[285]. »

En 1970 commença la publication chez Gallimard des Œuvres complètes de Bataille en douze volumes, avec une préface de Michel Foucault qui écrit[note 35] :

« On le sait aujourd’hui : Bataille est un des écrivains les plus importants de son siècle [...] Nous devons à Bataille une grande part du moment où nous sommes; mais qui reste à faire, à penser [...][286]. »

Si elle a influencé plusieurs écrivains, et est devenue un sujet de recherches pour les universitaires, pour autant, l'œuvre de Bataille reste peu lue du grand public, ainsi que l'indique la quatrième de couverture de la réédition de l'essai Georges Bataille, la mort à l'œuvre de Michel Surya : « plus souvent cité que réellement lu, cet auteur exigeant, peut-être même intimidant, semble de nos jours encore confiné dans une marge dont certains craignent de ne pas avoir la clé, quand d’autres pensent lui être fidèles en le réduisant à des provocations puériles[287]. »

Écrits de Georges Bataille[modifier | modifier le code]

Principaux ouvrages et articles[modifier | modifier le code]

Signature de Georges Bataille

Bataille a usé de nombreux pseudonymes pour signer ses ouvrages :  : Troppmann (W.-C.), Lord Auch pour Histoire de l'œil, Pierre Angélique pour Madame Edwarda, Louis Trente pour Le Petit, et Dianus pour un texte intitulé « La Nuit », dans Le Coupable et Julie. Ceci est une manière à la fois de contourner la censure et d'être « hors de soi », d'échapper au moi et à la généalogie familiale : « J'écris pour oublier mon nom »[note 36], dira-t-il.

  • Les monnaies des grands Mogols, Paris, J. Florange éditeur,
  • Histoire de l'œil, sous le pseudonyme de Lord Auch, avec huit lithographies anonymes (André Masson), sans nom d'éditeur (René Bonnel), 1928 ; nouvelle version, dite de « Séville 1940 », illustrée par six gravures à l'eau-forte et au burin par Hans Bellmer, sans nom d'éditeur (K. éditeur), 1947 ; troisième édition, datée de 1941 et dite de « Burgos » (lieu d'édition présumé), sans mention de nom d'éditeur (Jean-Jacques Pauvert), 1951 ; réédition Paris, J.-J. Pauvert, 1967 (Rééd. U.G.E., Coll. 10/18).
  • Un cadavre. Premiers écrits, 1922-1940 (préf. Michel Foucault), Paris, Gallimard, coll. « Œuvres complètes », — édition sous la direction de Denis Hollier comprenant « Le lion châtré », « Histoire de l’œil », « L’anus solaire », « Sacrifices » et articles divers
  • L'Anus solaire, illustré de pointes sèches d'André Masson, Paris, Éditions de la Galerie Simon, 1931.
  • « La structure psychologique du fascisme », La Critique sociale, no 10,‎ (lire en ligne). Republié dans Hermès, no 5, 1989
  • Sacrifices (ill. André Masson : eaux-fortes), Paris, G.L.M.,
  • Madame Edwarda, sous le pseudonyme de Pierre Angélique, éditions du Solitaire (Robert Chatté), 1941 (édition dite de 1937) ; version revue par l'auteur et enrichie de trente gravures de Jean Perdu (Jean Fautrier), éditions du Solitaire, 1945 (édition dite de 1942) ; réédition sous le même nom, avec une préface de Georges Bataille, Paris, J.-J. Pauvert, 1956 ; nouvelle édition sous le nom de Georges Bataille, avec douze planches gravées à la pointe et au burin par Hans Bellmer, Paris, éditions Georges Visat, 1965.
  • Le Petit, sous le pseudonyme de Louis Trente, s.e. (Georges Hugnet), 1943 (édition dite de 1934) ; réédition Paris, J.-J. Pauvert, 1963.
  • L'Expérience intérieure, Paris, Gallimard, coll. « Les essais »,
  • Le Coupable, Paris, Gallimard, coll. « Les essais »,
  • L'Archangélique, Paris, Messages, 1944 ; réédition sous le titre L'Archangélique et autres poèmes, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2008.
  • Sur Nietzsche, volonté de chance, Paris, Gallimard,
  • L'Orestie, Paris, Éditions des Quatre-Vents,
  • Dirty, Paris, Fontaine, coll. « L'âge d'or », [note 37]
  • L'Alleluiah, catéchisme de Dianus, avec trois dessins originaux de Jean Fautrier, Paris, Librairie Auguste Blaizot, 1947.
  • Méthode de méditation, Paris, Éditions Fontaine, 1947 ; repris dans la réédition de L'Expérience intérieure, Paris, Gallimard, 1954.
  • Histoire de rats, journal de Dianus, avec trois eaux-fortes de Alberto Giacometti, Paris, Éditions de Minuit, 1947.
  • La Haine de la poésie, Paris, Éditions de Minuit,
  • Théorie de la religion, Paris, Gallimard, 1948 ; réédition présentée par Thadée Klossowski, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1973.
  • La Part maudite, précédé de La notion de dépense (1933), avec une introduction de Jean Piel, Paris, Éditions de Minuit, coll. « L'Usage des richesses », 1949 ; réédition Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1967.
  • Éponine, Paris, Éditions de Minuit,
  • « La scissiparité », Les Cahiers de la Pléiade, Gallimard,‎
  • L'Abbé C., Paris, Éditions de Minuit,
  • « L'amour d'un être mortel », Botteghe Oscure, no VIII,‎ , p. 105-115. Republié par Rue des Cascades, 2012.
  • L'Amour d'un être mortel, paru dans Botteghe Oscure, cahier VIII, p. 105-115 (Rome, novembre 1951), republié par Rue des Cascades, 2012.
  • La peinture préhistorique. Lascaux, ou la Naissance de l'art, Genève, Skira, [288]
  • Manet, Genève, Skira, coll. « Le goût de notre temps »,
  • « Le paradoxe de l'érotisme », Nouvelle revue française, no 29,‎ (lire en ligne)
  • Le Bleu du ciel, Paris, Jean-Jacques Pauvert, (écrit en 1935)
  • L'Érotisme, Paris, Éditions de Minuit,
  • La Littérature et le mal, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », (1re éd. 1957)
  • Les Larmes d'Éros, Paris, Jean-Jacques Pauvert, coll. « Bibliothèque internationale d'érotologie », [note 38]
  • L'Impossible, Paris, Éditions de Minuit, 1962 (première parution en 1947 sous le titre La Haine de la poésie, suivi de Dianus et de L'Orestie).
  • Le Procès de Gilles de Rais, plumitif latin traduit par Pierre Klossowski, introduction de Bataille, Paris, Club Français du Livre, 1959 ; réédition Paris, Pauvert, 1965.
  • Ma mère, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1966 (posthume et inachevé) ; réédition 1973, réédition 2004 10/18, réédition 2012, 128 pages (ISBN 978-2264059901)
  • Le Mort, édition de luxe, Au Vent d'Arles, avec neuf gravures d'André Masson, 1964 ; Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1967 (écrit entre 1942 et 1944, posthume).
  • Œuvres complètes, Paris, Gallimard, XII volumes, 1970-1988.
  • Romans et récits, préface de Denis Hollier, sous la direction de Jean-François Louette, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2004.
  • La Sociologie sacrée du monde contemporain, présentation de Simonetta Falasca Zamponi, Paris, Lignes-Léo Scheer, 2005.
  • Charlotte d'Ingerville suivi de Sainte, préface de Michel Surya, Paris, Lignes-Léo Scheer, 2006.
  • La Structure psychologique du fascisme, présentation de Michel Surya, Paris, Lignes, 2009.
  • Discussion sur le péché, présentation de Michel Surya, Paris, Lignes, 2010.
  • Le Souverain, Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana, 2010.
  • L'Anus solaire suivi de Sacrifices, Paris, Lignes, 2011.
  • La notion de dépense, présentation de Francis Marmande, Paris, Lignes, 2011.
  • La Souveraineté, Paris, Lignes, 2012.
  • Par-delà la colline ou l'instant (extrait de Le Coupable), dessins de Claude Stassart-Springer, Vézelay, Éditions de la Goulotte, 2012.
  • La Valeur d'usage de D.A.F de Sade, postface de Mathilde Girard, Paris, Nouvelles Éditions Lignes, 2015. (ISBN 978-2355261398)
  • La Limite de l'utile, préface de Mathilde Girard, Lignes, Paris, 2016.
inédits
  • Georges Bataille, Une Liberté souveraine, textes, entretiens, témoignages, hommages, documents. Catalogue de l'exposition du centième anniversaire, Orléans, édition établie et présentée par Michel Surya, éditions de la ville d'Orléans/Fourbis, 1997
  • L'Apprenti Sorcier, textes, lettres et documents (1932-1939) rassemblés, présentés et annotés sous la direction de) Marina Galletti Marina Galletti, Paris, Éditions de la Différence, coll. « Les Essais », 1999.
  • À propos de L'Homme révolté d'Albert Camus, lire en ligne Bataille à propos de L'Homme révolté d'Albert Camus, « Le temps de la révolte »

Correspondance[modifier | modifier le code]

  • Georges Bataille, Lettres à Roger Caillois. 4 août 1935-5 février 1959, présentées et annotées par Jean-Pierre Le Bouler, préface de Francis Marmande, Rennes, Éditions Folle Avoine, 1987.
  • Georges Bataille - Pierre Kaan, Contre-attaques : gli anni della militanza antifascita 1932-39, corrispondenza inedita con Pierre Kaan et Jean Rollin et altre lettere e documenti, édition établie par Marina Galletti, Roma, Edizioni Associate, 1995 (avec les textes originaux en français).
  • Georges Bataille, Choix de lettres 1917-1962, édition établie, présentée et annotée par Michel Surya, Paris, Gallimard, 1997.
  • Georges Bataille - Michel Leiris, Échanges et correspondances, édition établie et annotée par Louis Yvert, postface de Bernard Noël, Paris, Gallimard, coll. « Les inédits de Doucet », 2004.
  • Georges Bataille - Éric Weil, À en tête de Critique. Correspondance 1946-1951, édition établie, présentée et annotée par Sylvie Patron, Paris, Lignes, 2014.
  • Georges Bataille - Georges Ambrosino, Correspondance, Meurcourt, Éditions les Cahiers (à paraître).

Bibliographie de référence[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

° Georges Bataille à perte de vue, document vidéo par André S. Labarthe

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le jour exact du décès varie selon les biographes : Michel Surya donne le 8 juillet au matin, p.562. Marina Galletti, le 9 juillet, ainsi que la BNF et une majorité de documents. Il semble que Michel Surya ait pris un raccourci dans sa formulation. Toutefois, pages 562 et 679, Surya précise qu'aucun de ses amis, ni membre de sa famille n'assistaient à son enterrement, Marina Galletti donne une autre version. Il est préférable de garder les deux versions puisqu'elles sont imprimées et présentes en librairie.
  2. Mais dans le cas d'un baptême en 1898, pourquoi tant de biographies parlent de sa conversion au catholicisme ? Voir Georges Bataille & André Breton « Contre-Attaque » Union de lutte des intellectuels révolutionnaires, Les Cahiers et les autres documents 1935-1936, préface Michel Surya aperçu en ligne, Les Éditions de Minuit, présentation de la chronologie lire en ligne, Encyclopædia Universalis lire en ligne
  3. Il écrit par exemple dans Méthode de méditation cette phrase devenue célèbre : « ce que j'enseigne (s'il est vrai que...) est une ivresse, ce n'est pas une philosophie : je ne suis pas un philosophe mais un saint, peut-être un fou. », OC V, p. 218.
  4. orthographié Ivan Goll par Maurice Nadeau p.50
  5. La liste des exclus en 1929 comprend Artaud, accusé de « gloriole », Carrive, « terroriste gascon », Delteil, « ignoble », Gérard, « imbécilité congénitale », Limbour, « scepticisme et coqueterie littéraire », Masson, « mégalomanie et absentéisme », Soupault, « infamie totale », Vitrac, « souillon des idées », Baron, « ignorance crasse », Duchamp, « scepticisme », Ribemont-Dessaignes, « auteur d'odieux petits romans policiers », Picabia, collaboration à Bifur, « tous fumistes, intrigants et révolutionnaires mal intentionnés ». André Breton, Entretiens.152, et Second manifeste du surréalisme, pages 85 à 107
  6. La première série en 1929 comprend sept numéros d'avril à décembre, avec une interruption e juillet-août, la seconde en 1930, huit numéros, la troisième série, composée d'un seul numéro paraît le , la quatrième série a un seul numéro paru le , mais les deux dernières séries faites en absence de Bataille présentent peu d'intérêt Laffont-Bompiani, 6 volumes + annexe, tome II, notice :Documents, p. 427
  7. L'œuvre Minotaure comprend cinq séries de 1928 à 1936, (chaque série donnant lieu à plusieurs éditions): Le Minotaure courant, les amours du Minotaure, Pierre Daix p. 590, le Minotaure au javelot, le Minotaure aveugle, La Minotauromachie Daix, p. 591, Le Minotaure en déménagement Daix p. 592
  8. livre paru aux éditions Ypsilon en mars 2013.
  9. Selon Michel Surya, « Nietzsche [est] le seul dans la communauté duquel [Bataille] ait vraiment vécu [...] Acéphale, entreprise convulsive, tragique - « monstrueuse » dira-t-il même après coup [...] mais nommément nietzschéenne » Sainteté de Bataille, Éditions de l'éclat, 2012, p. 11.
  10. Une partie de ses écrits fut publiée après sa mort, en 1939, sous le titre Le Sacré, grâce à Bataille et Michel Leiris. En 1971, Jean-Jacques Pauvert publia la majorité de ses textes dans Écrits de Laure, avec le texte que Bataille lui a consacré, « Vie de Laure ». Elle fut également surnommée « la Laure de Georges Bataille » - cf. la Vie de Laure de Georges Bataille Des cahiers, édités par les éditions Les Cahiers, consacrés à Colette Peignot ont été fondés en 2011.
  11. Son mari Eugène Kotchouby de Beauharnais issu de l'aristocratie russe, vivant en Allemagne est considéré comme réfugié
  12. 16 pays étaient alors réunis à Paris. De cette réunion nait en avril 1948 l'OCDE. D'avril à décembre 1951 les États-Unis ont fourni à l'Europe, de 1948 à 1951, douze milliards de dollars pour 5/6e sous forme de don, et 1/6 sous forme de prêt. Michel Surya p. 657
  13. Née à Victoria, dans l’île de Vancouver, le 4 juin 1918, elle est la fille d’Helen Pearce, et du prince Eugène Kotchoubey de Beauharnais (1894-1951). Elle a épousé en premières noces à Georges Snopko, en 1939, dont elle a eu Catherine. Elle le quitte pour Georges Bataille. De cette nouvelle union naîtra Julie Bataille le 1er décembre 1949. Par sa famille paternelle Diane descendait de Joséphine Tasher de la Pagerie et de son fils Eugène de Beauharnais. De plus sa grand-mère, Daria de Beauharnais, comtesse de Leuchtenburg, était la petite-fille de Maryia Nikolaievna Ramanov, grande-duchesse de Russie, qui avait épousé Maximilien de Beauharnais, troisième duc de Leuchtenburg
  14. Leiris a participé au mouvement surréaliste et cofondé avec Bataille le Collège de Sociologie destiné à étudier les manifestations du sacré dans l’existence sociale. Bataille lui a dédié L’Érotisme, édité en 1957, et Leiris a fait paraître, en 1988, aux éditions Fourbis, À propos de Georges Bataille.
  15. exemple :L’ouvrage de Vanessa Fauchier ‘’La Tauromachie comme expérience dionysiaque chez Georges Bataille et Michel Leiris, 2002
  16. Accordée en février 1961, cette interview est parue dans le no 510 du 23 mars de la même année
  17. À propos de sa dernière tentative de collaboration et rupture, celle avec Maurice Girodias avec qui il a eu le projet de créer la revue Genèse, Surya conclut « il semble décidément que la solitude n'ait pas été évitable » Surya 1992, p. 590
  18. « J'appelle expérience un voyage au bout du possible écrit-il dans l'Expérience intérieure Berman p.242 »
  19. La phrase intégrale de l'entretien est la suivante : « Évidemment, ce que j'ai à dire est tel que son expression a plus d'importance pour moi que le contenu. La philosophie est, en général, une question de contenu et je fais, pour ma part, davantage appel à la sensibilité qu'à l'intelligence ; et dès ce moment, c'est l'expression, par son caractère sensible qui compte le plus. D'ailleurs ma philosophie ne pourrait en aucune mesure s'exprimer dans une forme qui ne soit pas sensible ; il n'en resterait absolument rien. C'est seulement à partir du moment où je donne une forme qui pourrait passer pour passionnée, qui peut aussi passer pour noire... mais je préfère dire que je suis un philosophe heureux parce que je ne crois pas être plus noir que Nietzsche lire en ligne section le coupable à Vézelay»
  20. Sichère dans cet ouvrage s'appuie fréquemment sur Michel Surya, édition 1987 cité pp.68,71,81,84,91,98,107 et autres
  21. C'est la première proposition de pensée que Bataille nous lègue, je dis que cette pensée nous est léguées par delà la double pensée courte que la révolution russe comme évènement est annulée par ce qu'on appelle un peu vite l'écroulement du communisme-Sichère p. 113
  22. publié en 1928 sous le pseudonyme « Lord Auch », sans le nom de l'éditeur, la première édition signé Georges Bataille n'est parue qu'en 1967, soit quarante ans après que le livre ait été écrit, Surya p. 130
  23. L'un est intitulé Triunfo de la muerte et l'autre Finis gloria mundis, ils pourraient venir en sous-titre d'Histoire de l'œil selon Michel Surya p. 126
  24. Quand je fus traité de nouveau mystique je pouvais me sentir victime d'une erreur vraiment folle, mais quelle que fut la légèreté de celui qui la commit, je savais bien, au fond, que je ne l'avais pas volé La Valeur d'usage de D.A.F de Sade OC II, 1976 p. 582
  25. des rôles que Michel de Certeau a analysés dans La Fable mystique XVIe-XVIIe siècle, 1982 ,t.I Gallimard cité par Sarah Lacoste p.47
  26. Michel Surya, Sainteté de Bataille, éditions de l'Éclat, 2012, 220 p., (ISBN 2841622916)
  27. Bernard Noël est un des collaborateurs du Dictionnaire des œuvres érotiques, paru au Mercure de France, en 1971.
  28. Christian Limousin, professeur de lettres au lycée Romain Rolland de Clamecy, a organisé la manifestation de Vézelay : L’Éros et le Sacré, en 2002, célébrant le quarantième anniversaire de la mort de Bataille Vincent Teixeira, Georges Bataille, La part de l’art (la peinture du non-savoir), 1997.
  29. pamphlet collectif contre Breton signé de Ribemont-Dessaignes, Prévert, Queneau, Vitrac, Leiris, Limbour, Jacques-André Boiffard, Desnos, Morise, Bataille, Jacques Baron, Alexandre Charpentier, OC I Premiers écrits 1922-1940. Histoire de l'œil, L'anus solaire, Sacrifices, Articles et collaborations diverses
  30. publiée dans la revue Cahiers du Sud, no 260, 261, 262, reprise ensuite dans Critiques littéraires (Situations, I)
  31. L'icône des étudiants révoltés restant Sartre, depuis son voyage au Japon avec Simone de Beauvoir, Nakamura p. 200
  32. né en 1942, à ne pas confondre avec le peintre homonyme Hiroshi Yoshida
  33. Philosophy History and Surveys Modern Social SAGE Publications Ltd p.244 (ISBN 9780761955009)
  34. Jacqueline Risset, « Italie, le révélateur des impasses nationales », dans Georges Bataille, la littérature, l'érotisme et la mort, Magazine littéraire, no 243, juin 1987, p. 56. Elle précise aussi que Histoire de l'œil fut traduit en 1969 par le poète Dario Bellezza, avec une préface de Alberto Moravia, sous le titre désinvolte de Simona (Editrice L'Airone).
  35. Le premier volume intitulé Premiers écrits, 1922-1940, comporte notamment Histoire de l'œil, L’Anus solaire, Sacrifices et Articles, Gallimard, 1970.
  36. Feuillet isolé en marge de La Scissiparité, Romans et récits, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2004, p. 612. Sur l’usage des pseudonymes par Bataille, voir Francis Gandon, « Du pseudonyme », dans Sémiotique et négativité, Didier Érudition, 1986, p. 145-156.
  37. Repris dans Le Bleu du ciel.
  38. Où est notamment évoqué le supplice du lingchi ou dit des « cent morceaux » ; les informations sur l'origine des photographies et le degré d'authenticité de leur interprétation sont sujets à caution Bataille et le supplicié chinois : erreurs sur la personne

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Jacques Roubine 1984, p. 178
  2. Collectif Ernst Louette 2013, p. 231
  3. Michel Surya 2012, p. 14
  4. Bataille dans Histoire de l'œil, OC I, p.75 cité par Michel Surya 2012, p. 589
  5. Bataille,OC I p.76 cité par Michel Surya
  6. a et b Bataille dans Histoire de l'œil, épilogue Michel Surya 2012, p. 590
  7. Histoire de l'œil, p. 77 cité dans le Dictionnaire du français non conventionnel par Jacques Cellard et Alain Rey, édition Masson-Hachette, 1980, au mot piner signifiant : posséder une femme
  8. OC III p. 54 cité par Michel Surya 2012, p. 591
  9. a et b Michel Surya 2012, p. 26
  10. Œuvres complètes, OC II, p.10
  11. Michel Surya 2012, p. 27
  12. Michel Surya 2012, p. 28
  13. « Georges Bataille: La conversion », sur lesoleilenface.blogspot.fr (consulté le 14 juillet 2016)
  14. a et b Michel Surya 2012, p. 591
  15. lire en ligne la note p. 36
  16. Georges Bataille, René Guénon : l’expérience souveraine, éditions Jean-Michel Place, 1992, 182 pages, (ISBN 978-2858931569) p. 38
  17. a, b et c Michel Surya 2012, p. 30
  18. Michel Surya 2012, p. 32
  19. Michel Surya 2012, p. 35-36
  20. Michel Surya 2012, p. 39
  21. Michel Surya 2012, p. 45
  22. Michel Surya 2012, p. 48
  23. Michel Surya 2012, p. 594.
  24. Michel Surya 2012, p. 51.
  25. a et b Berman, Laffont- Bompiani 1990, p. 242
  26. OC VIII p.562
  27. Michel Surya 2012, p. 51-53.
  28. œuvres complètes, T.5 p. 131
  29. Michel Surya 2012, p. 59.
  30. œuvres complètes, T.1 p. 56
  31. Michel Surya 2012, p. 596.
  32. Michel Surya 2012, p. 75.
  33. OC VIII p.563
  34. Michel Surya 2012, p. 601.
  35. OC VI p.13 cité par Surya p.599
  36. a et b Maurice Nadeau 1970, p. 50.
  37. .Maurice Nadeau 1970, p. 49.
  38. Michel Surya 2012, p. 91.
  39. Dan Franck Le Temps des bohèmes livre non paginée
  40. Michel Surya 2012, p. 602.
  41. Michel Leiris, « À propos de Georges Bataille », Cahiers Bataille,‎
  42. Michel Leiris, « De Bataille l'impossible à l'impossible Documents », dans Critique, no 195-196, août-septembre 1963, p. 684.
  43. a et b Michel Surya 2012, p. 98.
  44. Berman, Laffont- Bompiani 1990, p. 241
  45. a et b Marcel Jean 1978, p. 137
  46. Janover 1995, p. 94.
  47. OC VIII, p. 174.
  48. Michel Surya 2012, p. 109.
  49. OC I, Histoire de l'œil, p. 13.
  50. a et b Michel Surya 2012, p. 177.
  51. Surya
  52. Michel Surya 2012, p. 176.
  53. Michel Surya 2012, p. 463.
  54. a et b Michel Surya 2012, p. 178.
  55. a et b Michel Surya 2012, p. 180.
  56. OC III p. 60
  57. OC IV p. 434
  58. OC II p. 130
  59. Ma Mère, édition 1966 Jean-Jacques Pauvert, réédition 1973, réédition 2004 10/18, réédition 2012, (ISBN 978-2264059901) p. 80.
  60. OC II p. 87
  61. présentation de Sainte avec Charlotte d'Ingerville
  62. a et b Michel Surya 2012, p. 614.
  63. Michel Surya 2012, p. 139
  64. a, b et c Laurent Ferri, Christophe Gauthier et 2006 p.65
  65. Laurent Ferri, Christophe Gauthier et 2006 p.58
  66. Laurent Ferri, Christophe Gauthier et 2006 p.59
  67. a et b Laurent Ferri, Christophe Gauthier et 2006 p.60
  68. présentation sur Gallica
  69. Mairie Elbée, Documents 1930 n°4, p.227 à 233
  70. Laurent Ferri, Christophe Gauthier et 2006 p.66
  71. Michel Surya 2012, p. 143
  72. Laurent Ferri, Christophe Gauthier et 2006 p.68
  73. Laurent Ferri, Christophe Gauthier et 2006 p.64
  74. Michel Surya 2012, p. 143-147
  75. a et b Larousse 1986, p. 1059.
  76. a et b Laffont Bompiani 1990, p. 570
  77. a et b Michel Surya 2012, p. 225.
  78. a et b Michel Surya 2012, p. 226.
  79. (Dictionnaire Picasso, Pierre Daix, Robert Laffont, collection Bouquins, (ISBN 2-221-07443-2) p.590
  80. Regards sur le Minotaure, La Revue à Tête de bête, édition du Musée d'art et d'histoire de Genève, 1988 (ISBN 9782830600407), p. 30
  81. Michel Surya 2012, p. 224.
  82. Lionel Follet Aurélien, le fantasme, et l'histoire, Les Belles Lettres, 1988, p. 137
  83. José Pierre, André Breton et/ou Minotaure, dans Regards sur Minotaure, p. 95 à 120 cité par Surya p. 621
  84. José Pierre, André Breton et/ou Minotaure, dans Regards sur Minotaure, p.105, cité par Surya p. 622
  85. Michel Surya 2012, p. 227.
  86. liste des collaborateurs sur le site de la Bibliothèque Kandinsky
  87. Michel Surya 2012, p. 193-195
  88. a et b Michel Surya 2012, p. 202-205
  89. OC VI, p.154
  90. André Thirion 1972, p. 551.
  91. a et b Michel Surya 2012, p. 619
  92. Mary Ann Caws, Les Vies de Dora Maar, Thames & Hudson, Paris, 2000, p. 47.
  93. Michel Surya 2012, p. 252
  94. a et b Michel Surya 2012, p. 255
  95. Michel Surya 2012, p. 257-262
  96. Georges Ambrosino, Directeur de publication
  97. Jean Rollin, Réalisation de l'homme p. 24
  98. Laffont Bompiani 1990, p. 13-14
  99. a et b Michel Surya 2012, p. 282
  100. Michel Surya 2012, p. 294.
  101. Œuvres complètes, tome V, p.525, chapitre Le Coupable
  102. Michel Surya 2012, p. 298.
  103. Marcel Moré,La mort de Laure cité par Michel Surya p.301
  104. a et b Michel Surya 2012, p. 633.
  105. Michel Surya 2012, p. 305.
  106. Michel Surya 2012, p. 346.
  107. a et b Michel Surya 2012, p. 365.
  108. Michel Surya 2012, p. 644.
  109. Michel Surya 2012, p. 380.
  110. Michel Surya 2012, p. 381.
  111. Michel Surya 2012, p. 383.
  112. Michel Surya 2012, p. 387.
  113. Michel Surya 2012, p. 399
  114. Michel Surya 2012, p. 400
  115. a et b Michel Surya 2012, p. 551.
  116. Magazine littéraire n° de janvier 1979, p.58
  117. Michel Surya 2012, p. 552.
  118. Michel Surya 2012, p. 405.
  119. Michel Surya 2012, p. 421.
  120. Albert Camus, préface du volume cité par Surya 2012 p.422
  121. Michel Surya 2012, p. 422.
  122. André Masson, Nécrologie sur le Bulletin des Bibliothèques de France, no 9-10, 1962
  123. a et b Laffont Bompiani 1990, p. 159
  124. Michel Surya 2012, p. 426.
  125. Michel Surya 2012, p. 435.
  126. Michel Surya 2012, p. 657.
  127. a et b Michel Surya 2012, p. 436.
  128. a et b Michel Surya 2012, p. 437.
  129. Bataille,La Part maudite in O.C., Tome VII, p.152
  130. Michel Surya 2012, p. 438.
  131. Bataille O.C., Tome VII, p. 178
  132. Michel Surya 2012, p. 658.
  133. Michel Surya 2012, p. 407.
  134. a et b Michel Surya 2012, p. 480.
  135. Michel Surya 2012, p. 532.
  136. entretien avec Pauvert, 1986Michel Surya 2012, p. 662.
  137. Michel Surya 2012, p. 462
  138. Surya 1992, p. 483-490
  139. a et b Michel Surya 2012, p. 463
  140. lire en fin de page l'allusion à la collection de Bataille
  141. Michel Surya 2012, p. 663.
  142. Michel Surya 2012, p. 465.
  143. René Char,Marie-Claude Char 1999, p. 615.
  144. voir l'ouvrage
  145. Robert Bérard, Histoire et dictionnaire de la Tauromachie Bouquins Laffont, 2003, (ISBN 9782221092460), p.598
  146. a et b Laffont Bompiani 1990, p. 482
  147. OC I p .173-174
  148. Frédéric Saumade Tauromachie mythes et réalités’’. Collectif , éditions du Félin 1995 (ISBN 2-86645-1996) p. 65.
  149. Robert Bérard, ‘’Histoire et dictionnaire de la Tauromachie’’ Bouquins Laffont, 2003, (ISBN 9782221092460), p. 585
  150. a et b Georges Bataille, Soleil pourri Document N° 3, p.174
  151. Hélène Cadou, entretien avec Surya en 1986 cité par Surya p. 670
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  251. a et b Jean-Paul Sartre, « Un nouveau mystique », dans Critiques littéraires (Situations, I), Paris, Gallimard, 1975, p. 191.
  252. Critiques littéraires (Situations, I), Paris, Gallimard, 1975, p. 174.
  253. Critiques littéraires (Situations, I), Paris, Gallimard, 1975, p. 174.
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  258. La Cigüe 1958
  259. Tremblements de Bataille
  260. Bataille, Actes du colloque Bataille-Artaud au Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle en juillet 1972 colloque de Cerisy voir le détail
  261. les signatures de Roland Barthes, Jean-Louis Baudry, Denis Hollier, Jean-Louis Houdebine, Julia Kristeva, Marcelin Pleynet, Philippe Sollers, François Wahl, figurent dans l'ouvrage imprimé, voir l'ouvrage imprimé
  262. Patrick Bergeron dans Collectif Ernst Louette 2013, p. 260
  263. « Bataille et les mangeurs de fromages. Entretien avec Olivier Meunier », dans Georges Bataille en Auvergne, Mairie de Riom-ès-Montagnes et Drac d'Auvergne, 2012, p. 44.
  264. Patrick Bergeron dans Collectif Ernst Louette 2013, p. 258-259
  265. Michel Leiris, « Du temps de Lord Auch », dans Georges Bataille, Revue Arc, n° 32, Aix-en-Provence, 1967, p. 8 (OCLC 1481800)
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  269. Nao Sawada dans Louette, Rouffiat 2007, p. 141
  270. Nao Sawada dans Louette, Rouffiat 2007, p. 142-143
  271. Yoshikazu Nakaji 2013, p. 130
  272. Tatsuo Satomi, « Japon : un maître à penser », dans Georges Bataille, la littérature, l'érotisme et la mort, Magazine littéraire, no 243, juin 1987, p. 55.
  273. Yoshikazu Nakaji 2013, p. 131
  274. a et b Yoshikazu Nakaji 2013, p. 132
  275. Yoshikazu Nakaji 2013, p. 133
  276. Yoshikazu Nakaji 2013, p. 137
  277. a et b Patrick Bergeron dans Collectif Ernst Louette 2013, p. 259
  278. Michael Richardson Georges Bataille Story of the eye, 1994 , Routledge 160 pages p. 2
  279. Patrick Bergeron dans Collectif Ernst Louette 2013, p. 255
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  283. [notice BnF]
  284. Patrick Bergeron dans Collectif Ernst Louette 2013, p. 81 95
  285. de Critique n°788-789, 191 pages, Les Éditions de Minuit, 2013 (ISBN 978-2707322791)
  286. OC I, p. 5
  287. quatrième de couverture de la dernière édition Michel Surya
  288. Les réponses érotiques de l’art préhistorique : un éclairage bataillien

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]