Dina Dreyfus

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Dina Dreyfus, de son nom d'épouse Lévi-Strauss, née à Milan le 1er février 1911 et décédée à Paris le 25 février 1999, est une philosophe, ethnologue, résistante et haut-fonctionnaire française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dina Dreyfus est arrivée avec sa famille à Paris à l'âge de treize ans. Élève au Lycée Lamartine, puis auditrice libre au Lycée Molière, elle y obtient le baccalauréat et entreprend à la Sorbonne des études de philosophie, qui comportent alors un certificat d'anthropologie. Elle épouse en 1932 le jeune agrégé Claude Lévi-Strauss et obtient elle-même l'agrégation de philosophie en 1934.

Entre 1935 et 1938, elle participe à la mission culturelle française de la nouvelle Université de São Paulo et donne un cours d'ethnologie pratique qui attire un grand public. Avec Mário de Andrade, elle fonde la première société d'ethnologie du Brésil. Entre 1936 et 1938 elle mène des enquêtes chez les Bororo et les Nambikwara, avec son mari et le jeune collègue brésilien Luiz de Castro Faria. En 1938 elle doit quitter l'expédition à cause d'une infection oculaire et rentre à São Paulo, puis à Paris. Le couple Lévi-Strauss se sépare en 1939. Le divorce est prononcé au plus tard en 1945, quand Claude se remarie.

En 1937, des objets collectionnés auprès des Bororo sont montrés à Paris dans une exposition dont le titre « Indiens du Mato-Grosso (Mission Claude et Dina Lévi-Strauss) » reconnaissait la contribution scientifique des époux. Pourtant, après leur séparation, Dina ne publiera plus rien en ethnologie, et sa contribution aux recherches de terrain, les seules que Claude ait jamais entreprises, sera largement oubliée. Dans Tristes Tropiques, Claude Lévi-Strauss ne mentionne son ex-compagne qu'une seule fois, pour son départ de l'expédition ; dans son album Saudades do Bresil il exclut toutes les photographies qui la représentent. Ce n'est qu'en 2001 que paraissent enfin des documents photographiques de l'expédition attestant le travail de terrain de Dina[1].

Durant l'Occupation, Dina Dreyfus participe à la Résistance dans la région de Montpellier.

Après la guerre, Dina Dreyfus enseigne à nouveau la philosophie, d'abord en classe préparatoire à Versailles et au Lycée Molière de Paris. Elle tient pendant longtemps la chaire de philosophie de première supérieure du Lycée Fénelon, tout en étant parallèlement chargée de cours à la Sorbonne auprès de Vladimir Jankélévitch.

Quittant la khâgne de Fénelon, elle est nommée en 1962 « Inspecteur[2] de l'Académie de Paris », et se consacre aux questions de pédagogie et de didactique de la philosophie. Avec sa collègue Claude Khodoss, elle publie en décembre 1965 un article fondateur qui va contribuer à la mise en place de nouveaux programmes d'enseignement de la matière dans les lycées[3]. Elle devient alors la première femme à être nommée à l'Inspection générale de philosophie. Elle travaille à la modernisation de la discipline, intégrant entre autres les nouveaux médias parmi les dispositifs pédagogiques. Elle inaugure ainsi les premières émissions de radio télévision scolaire en philosophie, réalisées de 1964 à 1968 par Jean Fléchet, avec la collaboration d'Alain Badiou[4].

Parmi ses élèves et étudiants on compte Assia Djebar, Anne Fagot-Largeault, Bertrand Saint-Sernin ou encore Danièle Sallenave.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
  • Indiens du Mato-Grosso (Mission Claude et Dina Lévi-Strauss), catalogue, 1937.
  • La Transcendance contre l'Histoire chez Simone Weil, Mercure de France 1053 (1951).
  • Imposture et Authenticité dans l'Œuvre de Bernanos, Mercure de France 1069 (1952).
  • Cinéma et langage, DIOGÈNE - revue trimestrielle publiée sous les auspices du Conseil International de la Philosophie et des sciences humaines et avec l'aide de l'UNESCO / Gallimard (1961)
  • Freud : Psychanalyse, textes choisis, coll. « Les grands textes », Paris : PUF, 1963.
  • Présentation des émissions de philosophie à la télévision, in L'Éducation nationale, no 36 (1964), repris dans Cahiers philosophiques, no 55 (1993).
  • (Avec Claude Khodoss) « L’enseignement philosophique », Les Temps Modernes, no 235, décembre 1965, p. 1001-1047.
  • (Avec Florence Khodoss) Hume : L'Homme et l'expérience, textes choisis, coll. « Les grands textes », Paris : PUF, 1967.
  • Figures de la pensée philosophique : écrits de Jean Hyppolite, 1931-1968, coll. « Epiméthée », Paris : PUF, 1971.
  • Le temps des philosophes, textes des émissions de philosophie conçues par Dina Dreyfuss en 1965 et 1966 repris dans Cahiers philosophiques, n° hors série (juin 1993).
  • Écrits, édités et présentés par Christiane Menasseyre et Bertrand Saint-Sernin, Paris : Hermann, 2013.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibligraphie[modifier | modifier le code]

  • Bertrand Saint-Sernin : « Dina Dreyfus ou la raison enseignante », Les Temps modernes, vol. 44, no. 516, 1989, p. 142-157.
  • Ellen Spielmann: Das Verschwinden Dina Lévi-Strauss' und der Transvestismus Mário de Andrades : Genealogische Rätsel in der Geschichte der Sozial- und Humanwissenschaften im modernen Brasilien, Wissenschaftlicher Verlag, Berlin, 2003, ISBN 3-936846-16-2.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Spielmann 2003.
  2. Première femme à être nommée, quelques années plus tard, « inspecteur générale de philosophie », elle a toujours refusé la féminisation du nom de sa fonction.
  3. Les nouveaux programmes n'entrent en vigueur qu'en 1973 après de longues délibérations, mais trouvent leur point de départ dans le projet de février 1966 de l'Inspection générale. Sur cette histoire et le rôle de l'article de Dreyfus et Khodoss, voir Bruno Poucet, Enseigner la philosophie : histoire d'une discipline scolaire 1860-1990, CNRS éditions, 2002, chapitre 12, p. 331-357.
  4. http://www.cndp.fr/media-sceren/lettreinfo/index17.php