Marc Fumaroli

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Marc Fumaroli
Description de l'image defaut.svg.
Naissance (84 ans)
Marseille, France
Activité principale
Distinctions
Membre de l'Académie française
Professeur au Collège de France
Président de la Société des amis du Louvre
Commandeur de la Légion d'honneur
Prix Balzan 2001

Marc Fumaroli, né à Marseille le , est un professeur des universités, historien, essayiste et académicien français spécialiste du XVIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marc Fumaroli passe son enfance et son adolescence à Fès. Il effectue des études secondaires au lycée mixte de cette ville (où il obtient un baccalauréat ès lettres) et des études supérieures au lycée Thiers à Marseille, à l'université d'Aix-Marseille et à la Sorbonne[1].

En 1958, il est reçu à l'agrégation de lettres classiques. De septembre 1958 à janvier 1961, il effectue son service militaire à l’école militaire interarmes de Coëtquidan et dans le VIe régiment d’artillerie à Colbert (aujourd'hui Aïn Oulmene), dans le Constantinois[2]. De septembre 1963 à août 1966, il est pensionnaire de la Fondation Thiers. Assistant à la faculté des lettres de Lille de 1966 à 1969[3], puis chargé d'enseignement à l'université Lille III de 1969 à 1976[4], il devient docteur ès lettres et maître de conférences à Paris IV-Sorbonne en juin 1976[5]. De 1978 à 1985, il est professeur à l'université de Paris IV Sorbonne[6].

En 1986, il est élu professeur au Collège de France, chaire « Rhétorique et société en Europe (XVIe ‑ XVIIe siècles) ».

Il est élu à l'Académie française le 2 mars 1995 au fauteuil 6, succédant à Eugène Ionesco et le 30 janvier 1998, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres au fauteuil laissé par Georges Duby.

En 1996, il est élu président de la Société des amis du Louvre. Il aura en charge l'organisation du centenaire de la Société (dons d'une grande peinture de David et d'un exceptionnel dessin de Watteau). Après être resté vingt ans à sa tête, il quitte la présidence pour raison de santé en juin 2016. Son vice-président, Louis-Antoine Prat, le remplace.

Depuis 1997, il est Professor at large de l’université de Chicago au titre du Department of Romance Languages et du Committee on Social Thought.

Dès l'année 2000, il travaille avec ses collaborateurs Marianne Lion-Violet (CNRS) et Francesco Solinas (Collège de France) à la constitution d'un Institut consacré à l'étude de la République des Lettres, rattaché au CNRS sous la direction du professeur Antoine Compagnon. Cette même année, il est professeur invité au Conservatoire national des arts et métiers[7] et, depuis 2003, il est professeur honoraire au Collège de France et fait partie de plusieurs commissions.

Par arrêté du 2 octobre 2006, Marc Fumaroli est nommé président de la Commission générale de terminologie et de néologie, en remplacement de Gabriel de Broglie, de l'Académie française, pour la durée du mandat restant à courir[8].

Depuis mars 2008, il fait partie de la commission, présidée par Hugues Gall, chargée par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, de pourvoir au poste de directeur de la Villa Médicis à Rome.

Depuis 2009, il est membre du Comité de parrainage de l'Institut régional du cinéma et de l'audiovisuel présidé par le réalisateur Magà Ettori. La même année, il devient membre du jury du prix de la BnF.

Il est membre d'honneur de l'Observatoire du patrimoine religieux (OPR), une association multiconfessionnelle qui œuvre à la préservation et au rayonnement du patrimoine cultuel français.

Prises de position[modifier | modifier le code]

La politique culturelle de la France[modifier | modifier le code]

En 1991, dans L'État culturel, dont le titre a été repris dans celui de l'ouvrage de Jacques Donzelot, L'État animateur, Marc Fumaroli développe une critique très ferme de la politique culturelle française qui s'enracinerait dans le régime de Vichy, à travers André Malraux, pour atteindre son apogée en Jack Lang. Pour Marc Fumaroli,

« l’État compromet son propre rôle et égare ses propres ressources, toujours limitées, dès lors qu’il veut tout faire. »

La politique culturelle doit viser à développer l'excellence et non s'égarer dans une « conception inflationniste »[9].

Dans ce même ouvrage, il insiste sur l'attachement des Français à la subvention des biens culturels. Cet attachement serait lié à une prise de position politique et économique : ne pas subventionner la culture serait admettre la victoire de l’ultra-libéralisme, et serait le symbole de l’avènement de la fin du rayonnement et de la production culturelle française telle que nous la connaîtrions.

L'art contemporain[modifier | modifier le code]

Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ou cette section ne s'appuie pas, ou pas assez, sur des sources secondaires ou tertiaires (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).

Pour améliorer la vérifiabilité de l'article, merci de citer les sources primaires à travers l'analyse qu'en ont faite des sources secondaires indiquées par des notes de bas de page (modifier l'article).

En 2009, Marc Fumaroli publie une volumineuse étude, plusieurs fois rééditée[10], Paris-New York et retour, qui démonte ce qu'il estime être les impostures de l'art contemporain dont il dénonce le goût de la provocation et la surenchère dans la laideur, l'obscénité et le blasphème. Avec pour guide et point d'appui Baudelaire, il part à la recherche de ces mouvements qui ont à maintes reprises traversé l'Atlantique. Il rappelle que le précurseur a été un Français, Marcel Duchamp, installé aux États-Unis et promoteur des ready-made[11], au moment où, à Paris, fleurissaient les mouvements dadaïste et surréaliste qui auront des conséquences si importantes sur les arts plastiques. Après la Seconde Guerre mondiale, l'art abstrait (Rothko, Pollock, de Kooning) a vite été supplanté par le pop art, dont l'artiste phare, Andy Warhol, est venu — le fait est un peu oublié — chercher une certaine forme de consécration à Paris[12]. Ensuite, l'art contemporain a connu ce qu'il appelle une barnumisation[13], avec comme animateur principal Jeff Koons, très habile dans le marketing et adepte de grands défilés à travers New York. Marc Fumaroli rédige quelques pages féroces sur ces artistes et sur leur collègue britannique Damien Hirst, qui n'avait pas prévu que son requin dans le formol se décomposerait[14] ! Quant au mouvement de spéculation qui s'est emparé de ces productions, habilement entretenu par de grands galeristes, il semble éprouver un malin plaisir à contempler ces collectionneurs qui engloutissent des fortunes dans l'achat d'œuvres improbables, dont on n'a aucune certitude qu'elles pourront affronter sans dommage l'épreuve du temps.

Hautement significative apparaît à Marc Fumaroli l'évolution de la relation entre art et religion. Le renouveau impulsé par les fondateurs de la revue L'Art sacré, Marie-Alain Couturier et Pie Raymond Régamey, a permis de faire appel à des peintres abstraits capables d'atteindre à une grande spiritualité, comme Jean Bazaine et Alfred Manessier[15]. Mais les avatars de l'art contemporain se sont emparés de cette relation dans un sens diamétralement opposé, car ils ont compris que le scandale faisait parler de soi et donc vendre. À l'origine de cette prise de conscience, Marc Fumaroli voit le rôle joué en Grande-Bretagne par les tabloïds qui ont fait bondir la cote des Young British Artists, promus par le publicitaire Charles Saatchi[16]. En effet, chacun des scandales initiés par ces artistes, tels que les cadavres éventrés dans du formol de Damien Hirst, était du pain bénit pour ces journaux en mal de sensationnel, et en retour assurait la notoriété des artistes en cause. Dans le milieu des collectionneurs, il est vite devenu de bon ton d'accepter cette forme d'art :

« Être devenu capable de regarder l'horrible, l'ignoble, le hideux comme plus que beau, fascinant et intéressant, c'est avoir passé l'épreuve qui fait entrer dans le "saint des saints" des élégances du nihilisme contemporain[17]. »

Vue par ces artistes, la religion devient prétexte à des performances d'automutilation voulant rappeler les stigmates, tel Michel Journiac[18], et à des représentations blasphématoires comme le Piss Christ d'Andres Serrano. Tous ces développements sont repris dans l'exposition « Traces du sacré » à Beaubourg en 2008, vaste panorama dont sont pourtant exclus les artistes que promouvait la revue L'Art sacré[19].

Un des grands regrets de Marc Fumaroli est que ces personnes fassent de l'ombre aux artistes véritables, mais, dans la liste qu'il donne de ces derniers[20], on ne trouve ni Vieira da Silva, ni Zao Wou Ki, ni Anselm Kiefer, peut-être parce que ceux-là ont réussi à percer. Il regrette également que la France ait cru devoir encourager, voire chercher à imposer cette forme d'art qu'il dénonce, en se lançant dans une sorte de concurrence avec les États-Unis au risque de perdre ses valeurs[21] et en contradiction même avec le principe d'exception française défendu par le ministère[22]. Il s'en prend à ses directions qui promeuvent des artistes qu'il définit ainsi : « Des défroqués de tous les arts qui prétendent les subvertir tous à la fois, ne sachant ni dessiner, ni peindre, ni sculpter, ni danser, ni chanter, ni jouer[23]. » Il remarque qu'à Paris comme à New York, de grands musées classiques ont cru opportun de faire une place à des spécialistes de la provocation tels que Damien Hirst au Met et Jan Fabre au Louvre[24], et s'interroge sur les raisons de ces choix : désir de faire du buzz et d'attirer ainsi de nouveaux visiteurs, pressions des galeristes qui veulent faire monter la cote de leurs poulains ou, en France, intervention du ministère ? Le livre a été écrit avant la venue à Versailles en 2015 d'Anish Kapoor, mais Marc Fumaroli avait pu parler de celle de Jeff Koons en 2008[25].

Parmi les nombreuses analyses du livre parues en France et à l'étranger, on peut citer celle de Jean d'Ormesson dans Le Figaro[26], celle de Jean-Louis Jeannelle dans Le Monde[27], qui, en tant que spécialiste de Malraux, reproche à Marc Fumaroli son hostilité de principe à l'égard du ministre, ou celle, plus critique, du Magazine littéraire[28]. Ce dernier regrette en particulier que les développements manquent au distinguo effectué par l'auteur entre cet art contemporain et les artistes véritables, alors que c'est un élément clé.

Enseignement du latin et du grec[modifier | modifier le code]

En 2015, Marc Fumaroli prend position contre la nouvelle réforme du collège présentée par Najat Vallaud-Belkacem, notamment pour ses effets concernant l'enseignement du latin et du grec, victimes, selon lui, du « fanatisme égalitariste »[29].

Prix, distinctions, honneurs[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Marc Fumaroli est membre de sociétés et d'académies : membre de l'Académie française, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, membre correspondant de la British Academy, membre de l'Académie nationale des sciences des États-Unis, de l'Académie américaine des arts et des lettres, de la Société américaine de philosophie de Philadelphie, de l'Académie des Lyncéens.

Plusieurs universités l'ont fait docteur honoris causa : université de Naples (1994), université de Bologne (1999), université de Gênes (2004), université Complutense de Madrid, (2005).

Décorations[modifier | modifier le code]

Françaises[30][modifier | modifier le code]

Étrangères[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Héros et Orateurs, rhétorique et dramaturgie cornélienne, Droz, 1990
  • Le Poète et le Roi, Jean de La Fontaine et son siècle, Éditions de Fallois, 1997
  • L'État culturel : une religion moderne, Éditions de Fallois, 1991 ; rééd. Livre de Poche, 1999 (ISBN 2-253-06081-X)
  • L'Âge de l'éloquence : rhétorique et « res literaria » de la Renaissance au seuil de l'époque classique, Droz, 1980 ; rééd. Albin Michel, 1994 (ISBN 2-226-06951-8)
  • La Diplomatie de l'esprit : de Montaigne à La Fontaine, Hermann, 1995 ; rééd. 1998 (ISBN 2-7056-6380-0)
  • Histoire de la rhétorique dans l'Europe moderne : 1450-1950, Presses universitaires de France, 1999 (ISBN 2-13-049526-5)
  • L'École du silence. Le sentiment des images au XVIIe siècle, Paris, Flammarion, 1999 (ISBN 978-2-07-042132-9)
  • Quand l'Europe parlait français, Éditions de Fallois, 2001 (ISBN 2-87706-426-3) 26e prix de la fondation Pierre-Lafue 2002.
  • Chateaubriand : Poésie et Terreur, Éditions de Fallois, 2003 (ISBN 2-87706-483-2) Prix Combourg 2004.
  • Maurice Quentin de La Tour et le siècle de Louis XV, Éditions du Quesne, 2005 (ISBN 2-909989-23-2)
  • Exercices de lecture : De Rabelais à Paul Valéry, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 2006, 778 p. (ISBN 2-07-072985-0)
  • Peinture et Pouvoirs aux XVIIe et XVIIIe siècles : de Rome à Paris, Faton, 2007, 397 p. (ISBN 978-2-87844-094-2)
  • Paris-New York et retour Voyage dans les arts et les images Journal 2007-2008, Fayard, 2009, 634 p. (ISBN 978-2-213-62483-9)
  • Chateaubriand et Rousseau, conférence au Collège de France 1995, CD audio, éd. Le Livre Qui Parle, 2009
  • Discours de réception de Jean Clair à l'Académie française et réponse de Marc Fumaroli, Gallimard, 2009, 130 p. (ISBN 9782070127825)
  • Le Big bang et après ?, avec Alexandre Adler, Blandine Kriegel et Trinh Xuan Thuan, Albin Michel, 2010, 168 p. (ISBN 9782226207456)
  • L’Homme de cour, préface-essai sur l'œuvre de Baltasar Gracián, Gallimard, « Folio Classique », 2011, 654 p. (ISBN 978-2-07-042132-9)
  • Le Livre des métaphores - Essai sur la mémoire de la langue française, Robert Laffont, 2012
  • Des Modernes aux Anciens, Gallimard, « Tel », 2012 (ISBN 978-2-07-013507-3)
  • La République des Lettres, Paris : Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 2015 (ISBN 978-2-07-073064-3)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • République des Lettres, République des Arts. Mélanges en l'honneur de Marc Fumaroli, essais réunis et édités par Ch. Mouchel et C. Nativel, Genève, Droz, 2008

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir sur annibal.free.fr.
  2. Voir sur archive.is.
  3. Voir sur aibl.fr.
  4. Voir sur college-de-france.fr.
  5. Voir sur evene.fr.
  6. Voir sur balzan.org.
  7. Marc Fumaroli, « Les humanités ou la critique des spécialités », dans Yves Michaud (éd.), Qu'est-ce que la culture ?, Éditions Odile Jacob, Paris, 2001, p. 287-298.
  8. JO du 3 octobre 2006, p. 14632, texte no 21.
  9. Marc Fumaroli : « Les socialistes ont toujours confondu culture et quantité », Atlantico, 19 juillet 2011.
  10. Notice bibliographique de la 4e édition (Flammarion, coll. « Champs. Essais ») dans le catalogue général de la BnF. Édition choisie en raison des problèmes rencontrés par celle de 2009 (voir la critique en ligne du Magazine littéraire).
  11. Paris-New York et retour, Flammarion, 2011, p. 294 et suiv.
  12. op. cit., p. 315 et suiv.
  13. op. cit., p. 130 et suiv. et p. 167 et suiv. Dans sa critique du Monde, Jean-Louis Jeannelle relève la phrase de Marc Fumaroli : « Il [Barnum] a vu le premier que la catégorie esthétique appelée à supplanter toutes les autres serait la moins discriminante : l'intéressant » (op. cit., p. 133)
  14. op. cit., p. 192 et suiv.
  15. op. cit., p. 567 et suiv.
  16. op. cit., p. 641.
  17. op. cit., p. 642.
  18. op. cit., p. 649.
  19. op. cit., p. 679 et suiv.
  20. op. cit., p. 452.
  21. Le témoignage qu'il cite de l'Américain William Newton, éminent spécialiste de Versailles, est à cet égard éloquent (op. cit., p. 438-439).
  22. op. cit., p. 468.
  23. op. cit., p. 650.
  24. Il cite ici la réaction indignée de Régis Debray après avoir assisté à la représentation d'Avignon mise en scène par Jan Fabre en 2005 (op. cit., p. 670-671).
  25. op. cit., p. 621.
  26. Lire en ligne.
  27. Lire en ligne.
  28. Lire en ligne.
  29. Marc Fumaroli : « Le latin est victime des fanatismes égalitaires et utilitaires », lefigaro.fr, 31 mars 2015.
  30. Décret du 11 juillet 2008 publié au JORF du 13 juillet 2008.
  31. Marc Fumaroli sur sofeth.over-blog.com.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]