Jacques Rueff

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Jacques Léon Rueff, né le dans le 3e arrondissement de Paris et mort le dans le 7e arrondissement de Paris, est un haut fonctionnaire et économiste français. Il a joué un rôle majeur dans les réformes économiques réalisées en France à partir de 1958. Libéral, proche des idées de l'école autrichienne, il s'est fermement opposé aux idées keynésiennes qui sont remises en cause avec la crise et la stagflation des années 1970. Il est particulièrement connu pour sa description du mécanisme de la « double pyramide de crédits », qui sera confirmé par l'économiste Maurice Allais[1],[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de médecin, il fait ses études secondaires au lycée Charlemagne, au lycée Saint-Louis et poursuit à l'École libre des sciences politiques, puis à l'École polytechnique[3] (Promotion X1919S, réservée aux anciens combattants), où il fut l'élève d'un économiste, qui aura une profonde influence sur lui, Clément Colson (1853-1939). Pendant les années 1920, il est inspecteur des finances en 1923, chargé de mission auprès de Raymond Poincaré, président du Conseil et ministre des Finances en 1926, pour lequel il prépare la dévaluation du franc de 1928[4]. Il est attaché financier à l'ambassade française de Londres. Il peut alors observer le krach de 1929 qui a notamment pour conséquence que la livre sterling, qui jouait encore avec le dollar le rôle de monnaie de réserve et d'échanges internationaux, cesse, dès septembre 1931, d'être convertible en or suivie deux ans plus tard par le dollar. Ces deux « décrochages » contribuent à l'approfondissement de la crise qui secoue le commerce international[4]. Ces événements marqueront l'analyse que fera Rueff des faiblesses du nouveau système monétaire international issu des accords de Bretton Woods (1944)[4].

Dans les années 1930, il fait partie des économistes qui s'inquiètent des problèmes récurrents de la France dans le domaine de l'économie. C'est en partie cela qui l'amènera à être membre du groupe x-Crise et à participer au colloque Walter Lippmann. Parallèlement sa carrière administrative est alors à son apogée, il sera directeur du mouvement général des Fonds (poste qui de nos jours correspond à directeur du Trésor) durant le Front populaire et sous-gouverneur de la Banque de France en 1939

Après la Seconde guerre mondiale, pendant laquelle il avait écrit l'Ordre social, il préside, à partir de 1945, a conférence des réparations à Paris. Il est également l'un des fondateurs de la Société du Mont Pèlerin en avril 1947. Dans les années 1950, il occupe plusieurs postes dans les instances européennes, à la Cour de justice de la Communauté européenne du charbon et de l'acier et à la Cour de justice européenne.

Après le retour de Charles de Gaulle au pouvoir en 1958, il préside un Comité d'experts chargé d'étudier la façon d'assainir les finances publiques. Il s'agit d'assurer à la Cinquième République de bonnes bases économiques et financières. Cela conduit au « plan Rueff » parfois appelé « plan Pinay-Rueff » mis en œuvre par le ministre des Finances Antoine Pinay, de Gaulle étant président du Conseil. Le franc va redevenir convertible après une dévaluation de 17%[4], le contrôle des changes s'assouplir.

Préfigurant le Marché commun européen, alors en formation, Rueff recommande l'ouverture à la concurrence dans un second rapport qu'il rédige en collaboration avec Louis Armand, à la tête du comité Rueff-Armand. À sa publication en 1960, les journalistes dénomment « plan Rueff-Armand » ce document, qui a pour tite Rapport du Comité pour la suppression des obstacles à l'expansion économique.

Il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1944 et de l'Académie française en 1964. Il est chancelier de l'Institut de France de 1964 à 1978.

Il repose au cimetière du Père-Lachaise au côté de son épouse décédée en 1997. En 1984, la place Jacques-Rueff est créée au milieu du Champ-de-Mars à Paris.

Travaux et idées économiques[modifier | modifier le code]

Si ses travaux s'inscrivent dans la tradition libérale, il refuse de séparer économie et finance des faits politiques et sociaux[4].

Analyste critique des accords de Bretton Woods, il montre très tôt les dysfonctionnement du nouveau système monétaire international et prône sa réforme. En 1944, les États-Unis, forts des créances accumulées durant la guerre et détenant des réserves d'or considérables, avaient imposé le dollar comme monnaie de réserve et de règlement pour les échanges internationaux[4]. Néanmoins, dès la fin des années 1950, les anciennes puissances industrielles que sont l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon et la France redeviennent exportatrices. Inversement, les États-Unis deviennent importateurs et leur balance de paiement structurellement déficitaire[4].

C'est alors qu'il élabore la description du mécanisme de la « double pyramide de crédits » qu'il développera dans Le lancinant problème de la balance des paiements (1965) : les États-Unis, en important des produits, paient en créditant aux banques du pays exportateur une somme en dollar. Ces banques, qui inscrivent cette somme dans leur bilan, vont créer de la monnaie avec un effet multiplicateur en octroyant des prêts à des particuliers et des entreprises. Comme cette somme ne peut produire que des intérêts aux États-Unis, ils la placent auprès de banques américaines qui créent de nouveau des prêts (et donc de la masse monétaire) localement avec un nouvel effet multiplicateur. Ce mécanisme, confirmé par Allais quelques années plus tard, pérennise le déficit de la balance des paiements américaine.

Rueff le nomme « le secret du déficit sans pleurs »[4]. L'inconvénient majeur selon l'économiste français est que ce système doit créer crises et désordres dans le commerce international, et la surabondance de dettes (ou de monnaie) détourne paradoxalement l'argent disponible de l'économie réelle pour se placer de manière spéculative[4].

Les événements donneront rapidement raison à Rueff. Dès la fin des années 1960, les demandes de remboursements des dollars excédentaires en or commencent (en particulier de la part de l'Allemagne de l'Ouest). Les États-Unis, qui ne veulent pas voir disparaître leur encaisse-or, suspendent unilatéralement la convertibilité du dollar en or le . Le système des taux de change fixes s'écroule définitivement en , avec l'adoption du régime de changes flottants qui ne résout aucunement la « double pyramide de crédits » et poursuit l'hégémonie du dollar.

Rueff s'est toujours opposé aux idées de Keynes, d'abord, dans The Economic Journal, sur le problème des transferts, en relation avec les réparations allemandes, à la fin des années 1930 et encore en 1947, telles qu'elles étaient développées dans la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. IL y aura une passe d'armes avec James Tobin en 1948 dans The Quarterly Journal of Economics. Près de 30 ans plus tard, il enfoncera le clou une bonne fois pour toutes dans « La fin de l'ère keynésienne », qu'il publie dans le quotidien Le Monde.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1922 : Des Sciences physiques aux sciences morales
  • 1925 : Sur une théorie de l'inflation
  • 1925 : « Les variations du chômage en Angleterre », Revue Politique et Parlementaire, 32, p. 425-437.
  • 1927 : Théorie des phénomènes monétaires
  • 1929 : « Les Idées de M. Keynes sur le problème des transferts », Revue d'Économie Politique, 42, p. 1067-1081 ; version anglaise : « Mr. Keynes' Views on the Transfer Problem », The Economic Journal, 39, september 1929, p. 388-399.
  • 1931 : « L'Assurance-chômage : cause du chômage permanent », Revue d'Économie Politique, 45, p. 211-251 (article signé xxx à cause d'une obligation de réserve de Jacques Rueff, alors attaché financier à l'ambassade de France à Londres).
  • 1935 : La Crise du capitalisme
  • 1945 : L'Ordre social
  • 1947 : « Les Erreurs de la théorie générale de Lord Keynes », Revue d'Économie Politique, 57, p. 5-33 ; version anglaise : « The Fallacies of Lord Keynes' General Theory », The Quarterly Journal of Economics, 61, mai 1947, p. 353-367.
  • 1948 : « Reply [to James Tobin's comment] », The Quarterly Journal of Economics, 62, p. 771-782.
  • 1949 : Épître aux dirigistes
  • 1953 : La Régulation monétaire et le problème institutionnel de la monnaie
  • 1956 : Souvenirs et réflexions sur l'âge de l'inflation, conférence prononcée au centre universitaire méditerranéen, à Nice
  • 1961 : Discours sur le crédit
  • 1963 : L'Âge de l'inflation
  • 1965 : Discours de réception à l'Académie française
  • 1965 : Le lancinant problème de la balance des paiements
  • 1967 : Les Dieux et les rois (Regards sur le pouvoir créateur)
  • 1971 : Le Péché monétaire de l'Occident (disponible sur le site de l'institut Coppet, page de présentation) [PDF], Plon.
  • 1972 : Combats pour l'ordre financier
  • 1973 : La Réforme du système monétaire international
  • 1974 : La Création du monde (comédie-ballet en cinq journées)
  • 1976 : « La Fin de l'ère keynésienne », Le Monde. Version anglaise : « The End of the Keynesian Era or When the Long Run Ran Out », Euromoney, avril 1976, p. 70-7.
  • 1977-1981: Les Œuvres Complètes de Jacques Rueff, constituées par Emil-Maria Claassen et Georges Lane et publiées par les éditions Plon (Paris) en quatre tomes :
    • Tome I : De l'Aube au Crépuscule (Autobiographie), 1977.
    • Tome II : Théorie monétaire en deux livres, 1979.
    • Tome III : Politique économique en deux livres, 1979 et 1980.
    • Tome IV : L'Ordre Social, 1981.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Business Tides, Hazlitt, Henry, p. 671, 17 juillet 1961.
  2. Jacques Rueff et la double pyramide de crédits, Didier Dufau, cee.e-toile.fr, 1er mai 2010.
  3. biographie, site de l'Académie française.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i Lionel Rondouin, « De Gaulle et Jacques Rueff contre le dollar-roi », Nouvelle Revue d'Histoire, n°82 de janvier-février 2016, p. 60-63.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lane, Georges, Jacques Rueff : un libéral perdu chez les planistes, 1996, [lire en ligne]
  • Chelini, Michel-Pierre, 2001/4, Le Plan de stabilisation Pinay-Rueff, 1958, Revue d’histoire moderne et contemporaine n °48-4
  • Minart, Gérard, Actualité de Jacques Rueff : le plan de redressement de 1958 : une réussite du libéralisme appliqué, Éditions Charles Coquelin, 2008, [présentation en ligne]
  • Actes du séminaire du commissariat au plan, Jacques Rueff, leçons pour notre temps, Economica, 1997, (ISBN 978-2-7178-3406-2)
  • Pascal Salin et François Bourricaud, Présence de Jacques Rueff, Plon, 2003, (ISBN 978-2-259-02077-0)
  • Gérard Minart (préface par Wolfgang Schäuble), Jacques Rueff, un libéral français. Éditions Odile Jacob, Document, 2016 (consulté le 8 mars 2016)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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