Émile Benveniste

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Benveniste.
Émile Benveniste

Linguiste occidentalXXe siècle

Biographie
Naissance
à Alep, Syrie, Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman.
Décès (à 74 ans)
à Versailles, Drapeau de la France France
Pays de nationalité FranceVoir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Formation Université de ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Profession Linguiste (d), sociolinguiste (d) et professeurVoir et modifier les données sur Wikidata
Employeur Collège de France (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Approche structuralisme
Intérêts Langues indo-européennes
Grammaire comparée
Sémantique générale
Œuvres principales Problèmes de linguistique générale 1 et 2
Distinctions Prix Volney ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Membre de Académie des inscriptions et belles-lettres et Académie des LyncéensVoir et modifier les données sur Wikidata
Auteurs associés
Influencé par Ferdinand de Saussure
Claude Lévi-Strauss
Antoine Meillet
Roman Jakobson
Partisans
(A influencé)
Julia Kristeva
Roland Barthes
Oswald Ducrot Antoine Culioli

Émile Benveniste (prononciation : /bɛ̃venist/) est un linguiste français né à Alep (Syrie) le , et mort à Versailles le . Né Ezra Benveniste, il a été naturalisé français en 1924. Il s'est illustré par ses travaux tant dans le domaine de la grammaire comparée des langues indo-européennes que dans celui de la linguistique générale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses deux parents sont instituteurs de l'Alliance Israélite Universelle dans l'Empire ottoman, en Tunisie puis en Bulgarie. Titulaire d'une bourse de l'Alliance Israélite Universelle, il fait ses études à Paris au Petit séminaire israélite à partir de 1913. Après le baccalauréat, il abandonne les études religieuses. Il est licencié ès lettres en 1920, à 18 ans, et agrégé en 1922. Il fait son service militaire au Maroc pendant la guerre du Rif.

Élève d'Antoine Meillet à l'École pratique des hautes études, il enseigne lui-même dans cet établissement de 1927 à 1969[1], et au Collège de France, où il occupe la chaire de grammaire comparée de 1937 à 1969[2].

Fait prisonnier en 1940, il parvient à s'évader en novembre 1941 et se réfugie en Suisse, où il restera jusqu'en 1945, alors qu'il avait été exclu du Collège de France par le régime de Vichy.

Il exerce les fonctions de secrétaire adjoint de la Société de linguistique de Paris de 1945 à 1959, puis celle de secrétaire de 1959 à 1970. En 1960, il est élu membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et, en 1965, membre de l'Accademia dei Lincei.

En 1961, il fonde, avec Claude Lévi-Strauss et Pierre Gourou, L'Homme, revue française d'anthropologie. De 1964 à 1975, il dirige la Revue des études arméniennes (REA).

En décembre 1969, il est victime d'une attaque qui le laisse aphasique. Il meurt sept ans plus tard, en 1976, à l'âge de 74 ans.

Apport scientifique[modifier | modifier le code]

Sa production scientifique s'est étalée sur une cinquantaine d'années, à partir de 1922. Les dix premières années sont principalement consacrées à sa discipline d'origine, l'iranien, avec quatre ouvrages et de très nombreux articles.

À partir de 1932, il se tourne véritablement vers la linguistique comparée des langues indo-européennes ; c'est dans cette période qu'il acquiert une dimension internationale, notamment avec la publication de sa thèse principale, Les Origines de la formation des noms en indo-européen (1935), où il propose une théorie de la racine indo-européenne qui a fortement marqué l'évolution ultérieure de la linguistique indo-européenne. Après la période difficile de la guerre, il fait paraître en 1948 Noms d'agent et noms d'action en indo-européen, qui est, selon Calvert Watkins (en), « le plus beau livre de grammaire comparée qu'on ait écrit au vingtième siècle... le chef-d'œuvre, la cime du structuralisme classique européen[3] ». Watkins cite comme « l'apport le plus durable de Benveniste à la grammaire comparée » l'idée résumée dans cette phrase (extraite de la conclusion de son article sur « Actif et moyen dans le verbe[4] ») : « Il est dans la nature des faits linguistiques, puisqu'ils sont des signes, de se réaliser en oppositions et de ne signifier que par là. »

Dans la dernière période, l'intérêt pour la linguistique générale, aussi bien d'un point de vue formel que dans ses rapports avec l'organisation sociale, passe au premier plan mais toujours en lien direct avec la linguistique indo-européenne. Cet intérêt s'exprime pleinement dans ses Problèmes de linguistique générale (parus en 1966 et 1974), qui introduisent en France la linguistique de l'énonciation[5] et dans sa dernière œuvre, le Vocabulaire des institutions indo-européennes (parue en 1969, quelques semaines avant que la maladie ne le frappe), fruit d'une démarche très novatrice par laquelle il cherche des significations sociales profondes, des « structures enfouies » sous les systèmes de distinctions sémantiques.

Principaux ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Problèmes de linguistique générale, 1, 1966, Paris, Gallimard.
  • Problèmes de linguistique générale, 2, 1974, Paris, Gallimard.
  • Le Vocabulaire des institutions indo-européennes 1 et 2, 1969, Paris, Minuit.
  • (en) The Persian religion, according with the chief greek texts, 1974, Paris, Geuthner.
  • Dernières Leçons. Collège de France 1968 et1969 (présentées et éditées par J.-C. Coquet et I. Fenoglio), 2012, Paris, Gallimard/Seuil/EHESS.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Émile Benveniste, biographie », sur Collège de France
  2. « Émile Benveniste, principaux ouvrages », sur Collège de France
  3. In E. Benveniste aujourd'hui, p. 7.
  4. Repris dans Problèmes de linguistique générale, I, p. 168-175.
  5. Michèle Perret, "Benveniste et la token-réflexivité", Le signe et la lettre, hommage à Michel Arrivé, Paris, L'Harmattan, p. 411-418, 2002

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Emilie Brunet et Rudolf Mahrer, Relire Benveniste. Réceptions actuelles des problèmes de linguistique générale, Louvain la neuve, éd. Academia (coll. Sciences du langage. Carrefours et points de vue), 2011
  • Gérard Dessons, Émile Benveniste, l'invention du discours, éditions In Press, 2006 (réédition d'un essai paru en 1993 aux éditions Bertrand-Lacoste : le texte a été remanié, réactualisé et augmenté).
  • Irène Fenoglio, « Les notes de travail d'Émile Benveniste » in Langage & Société 127, Paris, MSH, 2009, p. 23-49.
  • Irène Fenoglio, « Conceptualisation et textualisation chez Emile Benveniste », in Modèles Linguistiques tome XXX-1, vol. 59, 2009, p. 71-99.
  • Irène Fenoglio, « Déplier l'écriture pensante pour re-lire l'article publié. les manuscrits de "l'appareil formel de l'énonciation" d'Emile Benveniste" in Relire Benveniste. Réceptions actuelles des problèmes de linguistique générale, Louvain la neuve, éd. Academia (coll. Sciences du langage. Carrefours et points de vue), 2011, p. 263-304.
  • Irène Fenoglio, Jean-Claude Coquet, Julia Kristeva, Charles Malamoud, Pascal Quignard, Autour d'Emile Benveniste, Seuil, 2016.
  • Chloé Laplantine, Émile Benveniste, l'inconscient et le poème (thèse de doctorat de Paris 8 - Saint-Denis), Limoges, Éditions Lambert-Lucas, 2011.
  • Serge Martin (dir.), Émile Benveniste pour vivre langage, éditions L'Atelier du grand tétras, 2009 (comprend des textes inédits manuscrits retranscrits de Benveniste).
  • Claudine Normand et Michel Arrivé (dir.), Émile Benveniste, vingt ans après, colloque de Cerisy, 12-19 août 1995, numéro spécial de Linx, 1997.
  • Guy Serbat (éd.), E. Benveniste aujourd'hui (Actes du colloque international du CNRS, Université François-Rabelais, Tours, septembre 1983), Paris, Société pour l'information grammaticale, 1984.
  • Jean-Claude Milner, Le périple structural, Le Seuil, 2002.
  • Aya Ono, La Notion d'énonciation chez Émile Benveniste, préface de Michel Arrivé et postface de Claudine Normand, Limoges, Éditions Lambert-Lucas, 2007.
  • Daniel Delas, Saussure, Benveniste et la littérature In: Langages, 39e année, n°159. 2005. Linguistique et poétique du discours. À partir de Saussure. La composition de ce numéro a été confiée à Jean-Louis Chiss et Gérard Dessons. pp. 56–73.
  • Paul-Éric Langevin, Emile Benveniste et les études indo-européennes, mémoire de master, dirigé par Bernard Colombat, Laboratoire HTL, 2012. lire en ligne
  • Sous la coordination d'Irène Fenoglio : Julia Kristeva, Pascal Quignard, Charles Malamoud, Jean-Claude Coquet et Irène Fenoglio, Autour d'Émile Benveniste: Sur l'écriture, Éditions du Seuil, (ISBN 978-2-02-129795-9)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]