La Société contre l'État

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La Société contre l’État

Recherches d'anthropologie politique

Auteur Pierre Clastres
Pays Drapeau de la France France
Genre Essai
Version originale
Langue Français
Version française
Éditeur Les Éditions de Minuit
Collection « Critique »
Lieu de parution Paris
Date de parution 29 octobre 1974
Type de média Livre
Nombre de pages 186 pages
ISBN 2-7073-0021-7

La Société contre l’État, sous-titré Recherches d'anthropologie politique, est un livre de l'ethnologue et anthropologue français Pierre Clastres publié en 1974 par Les Éditions de Minuit et régulièrement réimprimé depuis[1].

Ouvrage le plus connu et le plus cité, le plus commenté et le plus controversé de Clastres[2], La Société contre l'État[3] est un recueil d'articles dont, généralement[4], il n'est retenu que l'idée formulée aux deux derniers chapitres : les « sociétés primitives »[5],[n 1] sont des sociétés « contre l'État »[11],[12].

Regroupant des articles ayant une visée théorique générale[13] et des articles consacrés aux sociétés autochtones américaines (principalement des sociétés d'Amérique du Sud auprès desquelles il séjourna : Guayaki, Mbya-Guarani, Chulupi et Yanomami[14],[n 2]), Clastres approfondit ici des thèmes et des problématiques qui n'étaient que suggérés ou rapidement abordés dans son précédent livre paru en 1972, Chronique des Indiens Guayaki[16],[n 3].

D'un côté, il veut déconstruire sa discipline : Clastres discute certains présupposés de l'ethnologie occidentale (notamment l'ethnocentrisme) et il critique certains postulats de l'anthropologie politique (par exemple : la nature du pouvoir politique dans les sociétés des peuples premiers) ; d'un autre côté, Clastres veut reconstruire celle-ci : étudier les sociétés autres depuis leurs propres perspectives, prendre leur politique au sérieux, rendre au langage sa valeur.

À sa parution, La Société contre l'État fut accueilli tant chaudement que glacialement : certains y virent le renouvellement de l'anthropologie politique[17],[18], d'autres y virent la reproduction de clichés ethnologiques éculés[19],[20]. L'une des idées centrales du livre, la « société contre l'État », rencontra le succès jusqu'au mitan des années 1980, elle connut une éclipse durant les années 1990 puis commença à faire retour au milieu des années 2000 ; bien que cette idée ait été rangée « dans le cabinet des curiosités anthropologiques »[21] par les ethnologues français[22], elle continue d'inspirer une nouvelle génération d'ethnologues sud-américains[23] et certains « milieux politiques »[24].

Présentation[modifier | modifier le code]

La vogue ethnologique et anthropologique[modifier | modifier le code]

En France, la décennie qui précède la parution de La Société contre l'État connaît une vogue ethnologique et anthropologique[25] : de nombreux ouvrages devenus des classiques de l'ethnologie et de l'anthropologie sont enfin traduits en français[n 4] ; des éditeurs créent des collections dédiées à ces monographies et ces recherches d'un genre nouveau[n 5] ; Claude Lévi-Strauss fonde la revue L'Homme en 1961[43] ; Pierre Clastres quitte ses études de philosophie en 1958[44] et obtient le titre de docteur en ethnologie en 1965, puis à partir des années 1971-72 il enseigne l'anthropologie à la Ve section de l'École pratique des hautes études[45],[n 6].

Lors de sa parution à la fin de l'année 1974, parmi la profusion des monographies consacrées aux peuples premiers (Afrique, Amérique, Asie, Océanie…), La Société contre l'État est l'un des rares ouvrages théoriques consacrés aux populations des basses terres et des forêts tropicales d'Amérique du Sud[46],[n 7].

Le bouillonnement théorique[modifier | modifier le code]

Depuis le milieu des années 1950 en France, un mouvement théorique influence un grand nombre d'auteurs : le structuralisme, qui trouve son origine (pour partie) dans le travail de Claude Lévi-Strauss[48]. Apparu bien avant le structuralisme, un autre mouvement théorique tient toujours le haut du pavé en France : le marxisme, dont Louis Althusser (mais il n'est pas le seul) redessine les contours avec son Pour Marx publié en 1965[49].

Claude Lévi-Strauss, anthropologue français, qui fut le professeur de Pierre Clastres.

Ces deux mouvements théoriques exercent une forte influence sur les ethnologues et les anthropologues d'alors : le structuralisme, parce qu'il renouvelle l'approche des études sur la parenté et la compréhension des mythes[50] ; le marxisme, parce qu'il questionne les rapports de domination et de pouvoir, et parce qu'il étudie les moyens de production propres à chaque société[51]. (Certaines tentatives de rapprochements entre ces deux courants sont même tentées, comme l'ouvrage collectif Structuralisme et marxisme[52].)

Entre son premier article publié en 1962 qui constitue le chapitre 2 de La Société contre l'État et le texte inédit de 1974 qui en constitue le dernier chapitre, Pierre Clastres s'éloigne de l'enseignement de Lévi-Strauss dont il fut l'élève, ainsi que des méthodes et des conceptions propres à l'anthropologie structurale[53],[54]. Quant au marxisme (qu'il prend soin de distinguer de la pensée de Karl Marx[55]), Clastres ferraille contre ses méthodes d'analyse et ses outils théoriques repris et adaptés par les ethnologues et les anthropologues[56],[57],[n 8].

L'État et le pouvoir en question(s)[modifier | modifier le code]

Au milieu du XXe siècle, après la Première et la Seconde Guerre mondiale au cours desquelles nombre d'États prirent part aux conflits et après l'apparition d'États aux formes inédites (l'État fasciste, l'État totalitaire, l'État dictatorial…), alors que la décolonisation se poursuit et que les déclarations d'indépendance se multiplient, les réflexions autour de ce qu'est l'« État » pullulent (et ces réflexions sont aussi des réflexions sur le pouvoir politique)[n 9]. Parmi les auteurs dont les ouvrages connaissent un retentissement certain au milieu du XXe siècle en France, on trouve par exemple : Karl Wittfogel[59], Raymond Aron[60], Nicos Poulantzas[61], Michel Foucault[62], Hannah Arendt[63] ou Louis Althusser[64].

Karl Marx (à gauche) et Friedrich Engels (à droite), deux penseurs qui inspirèrent le marxisme.

D'autres pistes de réflexions sur l'« État » et le « pouvoir politique » sont explorées dans les revues anarchistes et libertaires qui foisonnent alors[n 10]. Aussi, au début des années 1970, Cornelius Castoriadis et Claude Lefort réunissent leurs textes[n 11] parus dans « Socialisme ou barbarie » : une revue dans laquelle le « capitalisme bureaucratique » et les régimes « totalitaires » sont questionnés et critiqués, un groupe de militants dont Pierre Clastres est proche[69],[n 12].

Dans une autre perspective, depuis la fin du XIXe siècle[70] l'ethnologie et l'anthropologie contribuent à renouveler les questionnements sur l'« État »[71] et le « pouvoir »[72]. Au milieu du XXe siècle, une distinction entre « société sans État » et « société avec État » est employée par les ethnologues et les anthropologues afin de caractériser deux « types » de sociétés qui présentent des différences essentielles dans leurs systèmes politiques[73],[74], partant cette distinction permet d'effectuer des comparaisons (culturalistes, fonctionnalistes, diffusionnistes…) entre les diverses conceptions et pratiques politiques des sociétés humaines de par le monde[75]. Dans le livre qui popularise cette distinction, Systèmes politiques africains (édité par Meyer Fortes et Edward Evan Evans-Pritchard)[76], différents auteurs étudient d'autres formes de pouvoirs politiques et montrent qu'il existe des organisations sociales autres dans des sociétés où le système politique occidental moderne canonique, l'« État », est encore sinon inconnu, du moins peu imité ou non adopté. (Des livres comme ceux de Bronisław Malinowski[26], d'E. E. Evans-Pritchard[27], d'Edmund Leach[29] et de Georges Balandier[31] montrent que d'autres conceptions, d'autres pratiques et d'autres systèmes politiques existent.)

Dans son livre qui paraît à la fin de l'année 1974 Clastres dit, lui, avoir découvert un tout autre type de société et une distinction autrement plus primordiale : la « société contre l'État »[77].

Enjeux de l'œuvre[modifier | modifier le code]

La Société contre l'État « c'est d'abord un pavé dans la marre des typologies traditionnelles »[89] de l'anthropologie politique : Pierre Clastres remet en cause la partition « société sans État »/« société à État » qui conduit à considérer comme archaïques des sociétés d'où semble absent le politique[90] ; or, pour Clastres, l'absence d'État n'implique pas l'absence de politique[91] ; sa thèse est que les peuples premiers ont institué une autre politique, synthétisée par l'expression « société contre l'État »[89].

Par cette expression Clastres veut dire que, contrairement aux « sociétés à État » qui instituent un pouvoir politique coercitif, il existe des sociétés qui instituent un pouvoir politique non coercitif : les « sociétés primitives »[92] ; à savoir des sociétés qui créent intentionnellement[93] des institutions politiques qui instaurent et préservent la liberté et l'égalité des membres de la communauté : « des sociétés contre l'État »[94].

Cette thèse est le fruit d'une dizaine d'années de recherches[95] retracées par les articles réunis[n 13] dans La Société contre l'État[n 14]. D'abord, pour Clastres, il faut en finir avec l'ethnocentrisme occidental : fortes de leurs cultures, de leurs savoirs et de leurs techniques, les sociétés des peuples premiers maîtrisent leur environnement et leur avenir, ces sociétés ne manquent de rien ; par conséquent, il faut étudier leurs réussites et leurs échecs depuis leurs propres perspectives[101],[n 15]. Ensuite, pour Clastres, il faut rompre avec le positivisme et son avatar anthropologique l'évolutionnisme : les sociétés des peuples premiers ne figurent pas les commencements de l'humanité et les sociétés occidentales ne sont pas l'accomplissement de l'histoire humaine ; par conséquent, il n'y a pas de téléologie de l'histoire de l'humanité[102],[n 16]. Ainsi libérée des catégories et des concepts inadéquats à l'étude des sociétés des peuples premiers, l'anthropologie peut enfin (re)découvrir ces sociétés : leur inventivité politique, leur dynamisme sociologique, leur mode de production, leur usage du langage et leur histoire.

Enfin, La Société contre l'État est comme un miroir tendu à l'Occident[103],[104],[105]. La thèse politique de l'ouvrage invite à considérer tout autrement l'institution du politique[106] : si, comme le montrent les découvertes ethnographiques, il existe des sociétés qui instituent un pouvoir politique non coercitif ; alors, d'une part le pouvoir politique n'est pas par essence coercitif et, d'autre part, l'institution d'un pouvoir politique coercitif n'est ni une nécessité ni une fatalité[107]. Autrement dit : l'État n'est pas le destin politique de l'Occident, il est possible d'instituer la liberté et l'égalité politique.

Désaxer l’orbite de l’anthropologie politique[modifier | modifier le code]

Afin de compléter ou de prolonger certains points, des renvois vers l'article Wikipedia consacré à « Pierre Clastres » sont proposés en note.

Altérités des Sauvages[modifier | modifier le code]

À Nouveau monde, nouveau regard[modifier | modifier le code]

Dans La Société contre l'État Pierre Clastres ambitionne de renouveler les approches théorique et pratique de l'anthropologie : en finir avec l'ethnocentrisme occidental, saisir les peuples premiers dans leur positivité, prendre leur politique au sérieux.

Indiens Tupi-Guarani en pleine discussion lors de la 1re « Conferência Nacional dos Povos Indígenas » au Brésil.

Tout d'abord[n 17], rappelant que tous les peuples du monde sont ethnocentristes (chaque peuple se pense et se constitue en/par opposition à un autre peuple)[111], Clastres relève que l'ethnocentrisme loge au cœur des théories et des pratiques ethnologiques, alors que l'ethnologie (comme discipline scientifique et académique) prétend être objective[112]. Plus, Clastres pointe une singularité de l'ethnocentrisme occidental véhiculée par la discipline ethnologique : l'ethnologie croit adopter un point de vue universel alors même que ce point de vue reste pétri de particularités, ceci conduit l'ethnologie à produire des discours scientifiques qui se transforment en idéologie[113].

À cet ethnocentrisme s'ajoute parfois l'évolutionnisme, ainsi qu'une conception téléologique de l'histoire[114]. Ainsi Clastres critique les approches (ethnologiques, sociologiques, philosophiques, etc.) qui, jugeant que les « sociétés primitives » figurent le passé de l'humanité, regardent les sociétés occidentales comme l'aboutissement de la civilisation humaine[115]. Il critique ces approches qui envisagent et étudient les « sociétés primitives » non pour ce qu'elles sont (ce que leurs membres disent, ce que leurs membres font, ce que leurs membres croient, etc.), mais pour ce qu'elles représentent pour l'ethnologie occidentale[116],[n 18]. Il critique cette ethnologie parce qu'elle manque certains traits originaux des sociétés primitives n'ayant aucune correspondance dans les sociétés occidentales, par exemple : la spécificité du pouvoir politique[117],[n 19].

Contre cette ethnologie, Clastres entend proposer une nouvelle ligne épistémologique : tout en conservant une optique universelle, il faut produire un discours scientifique qui rende compte des perspectives des « sociétés primitives ».

Le propre des Autres[modifier | modifier le code]

Aborder les « sociétés primitives » depuis leurs propres perspectives pour Clastres[n 20], cela veut dire rendre compte de leurs « faire » (organisations sociales, modes de production, technologies…) et de leurs « penser » (mythologies, croyances, réflexions…) [n 21].

Concernant le faire : pour Clastres il n'existe pas de hiérarchie dans le champ de la technique ; par suite, un outil ne peut être jugé qu'à l'aune de son efficacité et de sa capacité à satisfaire les besoins d'une société. Pour le dire autrement, la technologie des « sociétés primitives » n'est pas inférieure à celle des sociétés occidentales[120]. Aussi, mobilisant différents travaux et publications[n 22], s'appuyant sur ses expériences de terrain et recueillant les fruits de ses recherches, Clastres soutient que l'économie des « sociétés primitives » n'est pas une économie de subsistance : le temps d'activité nécessaire à la production alimentaire (chasse, pêche, cueillette, culture…) et à la production (im)mobilière (édification, assemblage, confection…) est effectivement court dans ces sociétés (moins de quatre heures par jour)[123]. À un autre niveau, Clastres observe différentes formes d'organisation sociale de certaines « sociétés primitives » et il affirme que ces formes sont voulues : ainsi l'exogamie pratiquée par les sociétés de la forêt tropicale ne repose pas sur la prohibition de l'inceste (fonction négative) mais sur le mariage hors de la communauté (fonction positive)[124] ; autre exemple, la société guayaki s'organise autour de l'opposition homme/femme, ceci détermine l'ensemble des tâches et obligations sociales affectées à chaque sexe[125],[n 23].

Chasseur Aché (ou Guayaki).

Concernant le penser, Clastres l'articule au faire car les peuples premiers réfléchissent leurs conditions humaines[126]. Par exemple, les hommes guayaki sont parfaitement conscients de leur position (leur place et leurs obligations) au sein de leur société comme "hommes=chasseurs" : chaque homme possède un chant qu'il entonne à la nuit tombée pour manifester sa singularité parmi le groupe des chasseurs et, ce faisant, au sein de sa communauté[127]. Ailleurs, chez les Mbya-Guarani, les karai (i.e. prophètes) méditent leur présence sur terre et leur futur voyage vers « ywy mara eÿ » (la « Terre sans Mal ») qui, selon leur mythologie, est cet endroit où chaque Guarani n'est plus « Un » (à savoir incomplet/imparfait) mais « Multiple » (à savoir complet/parfait)[128]. Dernier exemple : dans leur mythologie, les Chulupi ont inventé des mythes qui, entre autres choses, leur permettent de tourner en ridicule des membres de la communauté qui, en temps normal, sont craints et respectés : les chamans[129],[n 24].

Enfin, Clastres étudie une autre dimension des « sociétés primitives » dont le penser et le faire doivent être abordés depuis les perspectives de ces sociétés, une dimension essentielle qui constitue l'objet de La Société contre l'État : la politique.

Politique de la société primitive[modifier | modifier le code]

Un pouvoir non coercitif[modifier | modifier le code]

Là où l'ethnocentrisme de l'ethnologie et de l'anthropologie occidentales ne voit que des « sociétés sans État », Pierre Clastres découvre des « sociétés contre l'État » ; pour empêcher la division et perpétuer l'égalité entre les membres de la communauté, ces sociétés auraient institué un pouvoir politique non coercitif[n 25].

Clastres soutient que toutes les chefferies indiennes sont instituées de sorte que le pouvoir politique du chef ne soit pas coercitif[130],[131],[n 26]. Pour résumer son argumentation : toute société (« sans État » et « à État ») édifie un circuit d'échanges de biens matériels et symboliques (dons et contre-dons), qui inclut aussi l'échange des femmes ; l'édification de ce circuit détermine pour chaque société l'institution politique du monde social ; or, dans toutes les chefferies indiennes le chef est placé en dehors du circuit des échanges[135],[n 27]. Clastres affirme que cette manière d'instituer la place du chef est une manière singulière et originale d'instituer le politique : placé en dehors de la société et ne participant pas aux échanges sociaux, le chef incarne le pouvoir politique mais il ne l'exerce pas[136],[n 28].

Chef Wauja Atamaitsumpa, fils du chef Walakuyawatumpa, dans le village de Piyulaga, territoire indigène du Xingu.

En contrepartie, le chef doit des paroles aux membres de sa société[137],[n 29]. D'après Clastres, toute société sans État (ou « société primitive ») institue la dimension politique de son organisation sociale de sorte que le pouvoir (i.e. la politique) soit séparé du commandement (i.e. la coercition). Ainsi, le chef incarne le pouvoir politique de la communauté mais il ne peut exercer aucune coercition car il se meut dans l'espace du langage : il ne dispose pas de la force physique mais de la force de persuasion[139]. Alors, depuis cet espace du langage le chef doit, d'une part, apaiser les conflits entre les membres de la communauté et, d'autre part, rappeler les lois de la société aux membres de la communauté (un chef dans une « société primitive » ne peut pas donner d'ordre)[140].

Par suite, selon Clastres, c'est la société en son entier (i.e. les membres de la communauté) qui exerce le pouvoir, notamment sur son chef[141]. Et c'est la société en son entier qui inculque et qui transmet cette institution de la politique, ainsi que ses lois, à chaque nouveau membre de la communauté lors du rite d'initiation[142]. En effet, Clastres avance l'idée que la torture infligée au corps des initié(e)s lors des rites vise à transmettre les lois de la société par le marquage même de leur peau[143],[n 30] ; en outre, il estime que ce marquage inscrit l'égalité dans la chaire des initié(e)s[145],[146]. Toutes et tous marqués, les membres de la communauté incarnent, transmettent et promeuvent l'égalité de la « société contre l'État »[147].

Afin de savoir si un changement dans l'organisation sociale de ces sociétés entraînerait la fin de l'égalité et l'advenu d'une institution politique inégalitaire (l'« État »), Clastres s'intéresse alors aux dynamiques sociales des « sociétés primitives ».

Des dynamiques sociales[modifier | modifier le code]

Les « sociétés contre l'État » ne sont pas des sociétés figées, Clastres constate qu'elles connaissent des dynamiques sociales qui, soit perpétuent l'institution politique des « sociétés primitives », soit sapent leurs fondements égalitaires et instituent la division.

Parmi les dynamiques sociales qui préservent l'égalité de la « société primitive », il en est une qui est essentielle et qui procède de son institution même : il s'agit de la reconduction et de la reproduction de la société, car la « société primitive » vise à sa conservation[148]. Sinon, il est une dynamique sociale qui procède radicalement par le meurtre du chef ; Clastres rapporte des exemples de chefs qui sont tués par les membres de leur société parce qu'ils donnent des ordres : ces chefs usent de la coercition et, par là, ruinent l'institution de leur société[149]. Une autre dynamique sociale cherche à perpétuer la « société primitive » : l'exogamie[n 31]. D'après Clastres outre le fait que l'exogamie permet tous types d'échanges (nourritures, biens matériels…) et d'alliance (femmes, gendres, solidarité…), elle est surtout le moyen de l'alliance politique : en choisissant un(e) partenaire dans une autre communauté et en nouant une alliance avec cette communauté, chaque communauté s'assure le soutien politique de ladite communauté en cas de conflit[150].

Maloka amérindienne dans la région de Mocoa, Colombie.

Cependant, certaines dynamiques sociales peuvent fissurer l'institution politique des « sociétés primitives »[151]. Pour Clastres, la démographie est l'une de ces dynamiques qui, modifiant la taille de la communauté, peut modifier l'institution politique de ces sociétés : en fonction du nombre de membres dans une communauté, la nature du pouvoir du chef serait effectivement autre (le chef sans pouvoir deviendrait un chef usant de l'autorité et de la coercition)[152],[124]. Une autre dynamique sociale intéresse fortement Clastres : le prophétisme tupi-guarani (il s'agit de migrations vers la « Terre sans Mal » emmenées par un karai). Selon lui, un karai provoque une migration lorsqu'un chef commence à donner des ordres ou lorsqu'une société ne suit plus les lois préservant l'égalité de ses membres (migrer équivaudrait ainsi à perpétuer la « société primitive ») ; or, il se pourrait que certains karais aient pris conscience de leur pouvoir et aient cherché à diriger leur communauté (autrement dit : un prophète pourrait devenir un chef usant de l'autorité et de la coercition)[153],[154]. Autre dynamique sociale : l'inversion de la dette. Dans les « sociétés primitives », alors que les chefs sont normalement en dette à l'égard de leur société (paroles, biens, etc.), un ou plusieurs chefs auraient réussi à inverser le sens de cette dette : à présent leurs égaux (les membres de leur communauté) doivent leur obéir et payer la dette au(x) chef(s)[155],[156]. Une dernière possibilité est envisagée par Clastres : la guerre pourrait favoriser la constitution d'un groupe de guerriers qui finirait par s'arroger le pouvoir, néanmoins de célèbres guerriers (comme Geronimo ou Fusiwé[n 32]) n'ont jamais réussi à exercer de pouvoir politique[159],[160],[n 33].

Par contrecoup, après avoir étudié l'institution politique des « sociétés primitives » et leurs dynamiques sociales, Clastres change de perspective sur la politique occidentale.

Politique de la société à État[modifier | modifier le code]

La division et l’inégalité[modifier | modifier le code]

Revenu du terrain sud-américain, Pierre Clastres observe en ethnologue et en anthropologue celui où il naquit : la société occidentale. Sa thèse sur les « sociétés primitives » implique un corollaire qui s'applique aux sociétés occidentales : celles-ci sont des sociétés divisées en « dirigeants/citoyens »[161] où est institué un pouvoir politique coercitif exercé par l'« État ».

Geronimo, guerrier apache qui se battit pour les droits des Amérindiens. Au chapitre 11 de La Société contre l'État, Pierre Clastres déclare à son propos : « Geronimo, dernier grand chef de guerre nord-américain, qui passa trente années de sa vie à vouloir "faire le chef", et n’y parvint pas...[162] »

Après avoir étudié l'organisation sociale des « sociétés primitives » et celle des « sociétés à État », Clastres veut mettre l'État en perspective. En premier lieu, il dissocie l'« État » de la « Société » : l'État n'est qu'une institution politique parmi d'autres, ainsi chaque société institue une forme particulière de pouvoir politique (chefferie, monarchie, aristocratie, etc.)[163],[164]. En second lieu, Clastres veut briser le discours positiviste et situer l'État à sa juste place : l'État ne se situe pas à la fin d'un processus d'évolution sociale qui manifesterait un progrès dans le développement du pouvoir politique[165], ainsi l'absence d'État dans les « sociétés primitives » ne signifie pas anarchie[166] et la présence d'État dans les « sociétés à État » ne signifie pas civilisation[167].

Par ailleurs, Clastres entend mettre au jour la nature coercitive du pouvoir politique propre à la forme « État » ; en effet, l'institution de l'État induit différentes implications politiques et, par conséquent, autant d'implications sociales. D'abord, l'institution de l'État implique l'institution de la division et la fin de l'égalité : désormais les membres de la communauté vivent dans une société hiérarchisée et deviennent alors inégaux[168]. Ensuite, l'institution de l'État entraîne l'institution de la relation de « commandement-obéissance » (l'émission d'ordres et l'exécution de tâches) et, par suite, la pérennisation de la domination[169]. Par surcroît, l'institution de l'État entraîne d'autres conséquences : l'État devient le maître de la violence légitime[170], seule la parole de l'État est légitime[171], l'État veut et poursuit l'unification[172].

Enfin, à l'encontre de la théorie marxiste et avec l'appui des données ethnographiques, Clastres assure que l'État ne doit pas son apparition à la modification des rapports de production dans l'économie des « société primitives », puisque ces dernières ne sont pas des économies de marché[173],[174]. En réalité, l'État doit son apparition à la modification des rapports politiques entre les membres de la communauté. L'origine de l'État est politique, non économique[175]. Pour autant, Clastres n'explique (et ne s'explique) pas l'apparition de l'État[176],[177],[169],[n 34].

Réceptions et critiques[modifier | modifier le code]

Accueil[modifier | modifier le code]

La Société contre l’État reçut un accueil tranché : le cercle d’amis de Pierre Clastres accueillit l’ouvrage favorablement[n 35], ses adversaires l’attaquèrent[n 36] ; les recensions de l'ouvrage furent tantôt pertinentes tantôt orientées[n 37], quelques contradicteurs discutèrent les thèses contenues dans l'ouvrage de façon serrées (voir ci-après) ; enfin, porté par la vogue anthropologique[25], ce recueil fut lu « bien au-delà du cercle des spécialistes »[178], ce qui occasionna d'autres réceptions et d'autres critiques venues d'horizons divers[n 38] (ainsi que de l'étranger[n 39]).

Dans un article daté de 1975 intitulé « Démocrates, marxistes et nomades », Patrick Santini lit le dernier chapitre à la lumière de questions contemporaines ayant trait aux problématiques d'organisation issues (pour partie) du mouvement de Mai 68 : « Ce texte de Pierre Clastres ne peut que nous renforcer dans cette idée que tout appel à la révolte, parce qu'il entérine une division du travail entre ceux qui parlent et ceux qui suivent, porte en germe la réapparition d'un pouvoir d'État » [183]. Agathe, après avoir reconnu que l'ouvrage pouvait présenter un intérêt pour les luttes contemporaines[184], termine sa recension en pointant quelques impasses : « pourquoi ces sociétés, dans leur fuite contre l'instauration d'un pouvoir d'État dont les embryons se manifestaient en raison de la taille démographique croissante du groupe, ou d'une ingérence extérieure (hypothèses soulevées par Clastres mais peu convaincantes), pourquoi ces sociétés ont-elles malgré tout rencontré ce "mal" auquel elles essayaient d'échapper ?…c'est un maillon de la chaine qui reste encore à expliquer[185]. »

Tirage photographique d'une affiche de Mai 68.

Le chapitre « De la Torture dans les sociétés primitives » reçut deux réponses cinglantes. Carmen Bernand et Sofia Fisher voient un retour de l'ethnocentrisme « par le biais de métaphores littéraires qui parlent de la torture dans les sociétés primitives »[186] ; aussi elles réfutent la synonymie des termes « souffrance » et « torture » : « confondre les deux termes c'est escamoter la portée réelle d'une pratique qui repose avant tout sur des relations de domination et sur l'exaction »[187]. Pour leur part, Michel Panoff et Alfredo Margarido commencent par remarquer que « les exemples européens choisis par Clastres pour introduire son propos ne sont pas homogènes entre eux »[188], puis ils pointent l'erreur essentielle de Clastres : « ramener toutes les formes d'épreuves comportant souffrance physique à la torture telle qu'elle est pratiquée par les organes répressifs de l'État[188]. »

Anne-Christine Taylor s'intéresse au chapitre « De quoi rient les Indiens ? » dans un article où elle revient sur la méthode d'analyse de Clastres : « Il reste qu’en matière d’étude pragmatique d’énoncés narratifs son approche est restée assez fruste, trop peu médiatisée par les instruments d’analyse que la linguistique (en particulier la naissante linguistique de l’énonciation) aurait pu lui fournir »[189].

Sinon, diverses recensions insistent sur tel ou tel point de l'ouvrage de Clastres[190],[191],[192]. Aujourd'hui (en ce début de XXIe siècle), La Société contre l'État reste pour certains « l'un des livres les plus emblématiques de l'anthropologie politique en langue française »[193] ; pour d'autres, ce livre figure en bonne place dans La bibliothèque idéale des sciences humaines : « Issu de la pensée de mai 1968, l’ouvrage suscita comme on l’imagine de vives polémiques, mais il reste d’une fécondité toujours actuelle[4]. »

Lectures serrées[modifier | modifier le code]

Depuis sa parution La Société contre l’État suscite débats et controverses, d'abord au sein des disciplines que sont l'ethnologie et l'anthropologie[194], ensuite parmi les auteurs spécialisés en sciences politiques, enfin, quoique plus discrètement, chez les philosophes[195].

Jean-William Lapierre, nommément attaqué au chapitre 1 de La Société contre l’État, étudie les thèses de Clastres dans un ouvrage paru en 1977 : Vivre sans État ?[196],[n 40], qui révise et prolonge son ouvrage paru en 1968[108]. Lapierre critique l'idée de Clastres selon laquelle les sociétés des peuples premiers seraient effectivement les « premières sociétés d'abondance » vu le surplus produit[201] ; il pointe la « coercition » là où Clastres ne la relève pas (la domination masculine et la torture lors des rites de passages[202]) et, par suite, il doute que les sociétés autochtones américaines soient effectivement égalitaires[203] ; surtout, il exprime ainsi son principal désaccord : « Je soutiens, […], contre Clastres, qu'il n'y a pas de pouvoir entièrement dépourvu de coercition, même chez les Indiens d'Amérique[204]. » Pour finir, selon Lapierre, Clastres ferait preuve d'un « ethnocentrisme inversé » : « nouveau Copernic de l'anthropologie politique, Clastres nous invite à ne plus mesurer ces sociétés à l'aune de notre civilisation. Bien au contraire, c'est par rapport à la positivité, à la supériorité des sociétés indiennes que nous devons juger la négativité, l'infériorité des nôtres[200]. »

En 1986, Emmanuel Terray esquisse quelques remarques à propos de la formule qui donne son titre à l'ouvrage : « la société contre l’État ». D'après lui, « face aux bardes qui nous chantent la rébellion de "la société contre l'État", on pourrait soutenir — et on a soutenu — de manière tout aussi convaincante que la communauté villageoise est le lieu privilégié d'un totalitarisme qui, pour être collectif, n'en est pas moins implacable : car ses victimes, exposées jour et nuit aux regards et à la vindicte de leurs oppresseurs, n'ont d'autres recours que l'exil et la servitude, la folie ou la mort[205]. » Par ailleurs, Terray reproche à Clastres d'avoir formulé sa thèse sans respecter les méthodes et les exigences de l'ethnologie et de l'anthropologie[206]. Quant au succès rencontré par la formule « la société contre l'État » : « dans les variations que j'ai entendues sur ce thème à la suite des livres de Pierre Clastres, écrit Terray, je n'ai trouvé pour ma part qu'opérations de propagande et machines de guerre idéologique à l'usage de l'intelligentsia parisienne[207]. »

Philippe Descola critique les thèses de La Société contre l'État dans un article de 1988[n 41]. Il conteste plusieurs points avancés par Clastres, notamment ces deux-ci : dans la majorité des sociétés amérindiennes les chefs seraient sans pouvoir[209] ; la « société primitive » serait « par essence égalitaire »[209]. Surtout, pour Descola l'auteur de La Société contre l’État procèderait à une généralisation théorique : « Si Clastres peut prétendre rendre compte du mode d'être politique des sociétés amérindiennes par ce seul paradigme de la chefferie sans pouvoir, c'est ainsi par un double mouvement de réduction qui consiste à généraliser indûment l'institution que ce paradigme incarne et à lui donner pour fonction d'hypostasier l'ensemble des rapports politiques[210]. » Enfin, selon Descola Clastres ferait preuve d'un « ethnocentrisme théorique » en identifiant la conception du pouvoir des sociétés autochtones américaines à celle sur laquelle ne cesse de réfléchir la philosophie politique occidentale : « Sauf à ranger le pouvoir coercitif parmi les universaux de culture, c'est peut-être là faire preuve d'ethnocentrisme et donner du pouvoir une définition trop unilatérale[211]. »

Pierre Bouretz, dans l'article du Dictionnaire des œuvres politiques qu'il consacre à La Société contre l'État, s'attache à pointer quelques difficultés des thèses avancées par Clastres dans son ouvrage. Par exemple, bien qu'il reconnaisse chez Clastres une intention de « saisir la société primitive dans sa positivité »[101], Bouretz estime qu'employer le syntagme « société primitive » à propos de toutes les sociétés des peuples premiers est inconséquent[212] : si la formule « société contre l'État » s'applique indifféremment et absolument à toute « société primitive », alors « la définition tend à être tautologique, et l'on pourrait s'interroger sur l'extension du champ des sociétés primitives »[212] (il ajoute : « La diversité des situations empiriques se laisse-t-elle si aisément réduire[212] ?» ). Sinon, selon Bouretz une autre difficulté surgit au chapitre 11 : « renverser la formule marxiste du primat de l'économique en celui du politique ne supprime pas le déterminisme d'une explication de ce type[212]. » Autrement dit : tandis que Karl Marx énonce que l'économie structure toute société, Clastres soutient que la politique structure toute société ; ainsi, à suivre Clastres, l'identité ou la singularité de toute société tiendrait d'abord à son institution politique, toute autre réalité devenant secondaire (l'économie, la culture, etc.). Arrivé au terme de son article, Bouretz s'interroge : « Quelle est alors la leçon des sauvages[213] ? » D'après lui, cette leçon tient en un énoncé simple : « l'État n'est pas inéluctable. Pour autant qu'il se peut rencontrer des sociétés où n'existe pas la scission dominants/dominés, maîtres/esclaves, il n'est pas écrit dans la nature humaine[213]. »

Plus récemment, Marc Abélès est revenu à plusieurs reprises sur les travaux de Clastres[214],[215]. Situant ce dernier dans une filiation qui va de Maine à Malinowski, Mauss et Lowie[216], repérant du rousseauisme dans ses jugements de valeur[217], Abélès estime que La Société contre l'État « c'est d'abord un pavé dans la mare des typologies traditionnelles[89]. » Ainsi, d'après Abélès, Clastres combat « un ethnocentrisme qui caractérise l'attitude de notre culture à l'égard de ce que l'on a convenu de désigner comme sauvagerie ou primitivité[218]. » Cependant, derrière cette « obsession de l'État »[89], Abélès aperçoit sinon des contradictions, du moins des tensions dans les réflexions de Clastres, par exemple : « Comment rendre compte de la genèse de l'État si l'on admet une différence radicale entre les deux univers politiques. Mais à l'inverse comment ne pas adopter, au moins implicitement, une vision téléologique (l'État en germe dans les systèmes archaïques), si l'on veut rendre compte du processus[219]. » Par ailleurs, selon Abélès, Clastres « oscille entre la position qui consiste à opérer une distinction d'essence entre la société primitive et la société étatique, et celle qui l'amène à postuler l'unité de la nature humaine commune aux deux états[219]. » Finalement, Abélès invite à penser « au-delà de l'État »[220], c'est-à-dire : d'abord, prendre acte du fait que le cadre de l'État-nation est dépassé face à la globalisation ; ensuite, prendre part à « d'autres formes d'action » et investir « de nouveaux espaces »[221] qui délaissent volontairement la référence et/ou le cadre étatique[n 42].

Influence[modifier | modifier le code]

La Société contre l’État influença et continue d’influencer bon nombre d’auteurs, de penseurs et de lecteurs[n 43]. Parmi eux[n 44], certains auteurs entretiennent un dialogue continu avec cet ouvrage : Gilles Deleuze et Félix Guattari, Miguel Abensour, Eduardo Viveiros de Castro.

Auteurs d'un diptyque philosophique intitulé Capitalisme et schizophrénie[42],[223], Gilles Deleuze et Félix Guattari sont deux auteurs qui discutèrent les thèses de Clastres et leur évolution[224],[n 45]. En 1972, c'est dans le troisième chapitre de L'Anti-Œdipe consacré à l'ethnologie[227] que figure la première référence à Clastres[225] : derrière les concepts de « machine sociale »[225] et de « machine territoriale »[228] se perçoit l'influence de Clastres. Deleuze et Guattari écrivent ainsi : « La machine territoriale segmentaire conjure la fusion par la scission, et empêche la concentration de pouvoir en maintenant les organes de chefferie dans une relation d'impuissance avec le groupe : comme si les sauvages pressentaient la montée du Barbare impérial, qui va pourtant venir du dehors et qui surcodera tous leurs codes[228]. » Quelques années plus tard dans Mille Plateaux, Deleuze et Guattari sont plus critiques à l'égard du travail de Clastres. Certes, ils reconnaissent que Clastres a rompu avec le « postulat évolutionniste »[229] ; certes, ils le suivent lorsqu'il dit que « l'État ne s'explique pas par un développement des forces productives »[230] ou que « l'État surgisse d'un coup, sous une forme impériale, et ne renvoie pas à des facteurs progressifs »[231] ; cependant, Deleuze et Guattari ne le suivent pas jusqu'au bout de son raisonnement : « Nous croyons que ces deux propositions sont bonnes, mais que leur enchaînement fait défaut[232]. » C'est-à-dire qu'ils n'adhèrent pas à l'idée de Clastres selon laquelle l'État surgirait de nulle part, extérieurement à la société[232]. Pour Deleuze et Guattari : « Il faut dire que l'État, il y en a toujours eu, et très parfait, très formé. Plus les archéologues font de découvertes, plus ils découvrent des empires. L'hypothèse de L'Urstaat semble vérifiée, ''l'État bien compris remonte déjà aux temps les plus reculés de l'humanité''. Nous n'imaginons guère de sociétés primitives qui n'aient été en contact avec des États impériaux, à la périphérie ou dans des zones rurales. Mais le plus important, c'est l'hypothèse inverse : que l'État lui-même a toujours été en rapport avec un dehors, et n'est pas pensable indépendamment de ce rapport[233]. » Par conséquent écrivent-ils : « Un même champ circonscrit son intériorité dans des États, mais décrit son extériorité dans ce qui échappe aux États ou se dresse contre les États[234]. » Enfin, Deleuze et Guattari émettent d'autres réserves au cours de ces quelques pages : ils considèrent que Clastres « tendait à faire des sociétés primitives une hypostase, une entité auto-suffisante »[231], pire : « il restait évolutionniste, et se donnait un état de nature[232]. »[n 46]

Couverture du livre de Miguel Abensour La Démocratie contre l'État, dans sa première édition.

Miguel Abensour, qui assista aux séminaires de Clastres à l'École pratique des hautes études[242] et qui dirigea deux ouvrages consacrés à ce dernier[243],[244], fut marqué par le texte qui ouvre La Société contre l’État, « Copernic et les Sauvages »[245] ; d'ailleurs, il emprunte à ce recueil de 1974 le titre de son livre de 1997 consacré au phénomène démocratique : La Démocratie contre l'État[246]. Si, hormis ce titre, Clastres n'est jamais cité dans le livre, il n'empêche que sa pensée irrigue tout le texte de Abensour : « Ce que j'ai voulu montrer dans La Démocratie contre l'État, c'est qu'on peut concevoir l'existence d'une communauté politique qui est d'autant plus politique qu'elle se dresse contre l'État[247]. » Ainsi, ce qu'Abensour retient de Clastres, c'est sa mise au jour d'une autre politique, d'une autre institution du social, qui ne serait pas étatique et ne s'achèverait pas dans la forme « État »[248].

Eduardo Viveiros de Castro fut fortement influencé par l'idée de « société contre l'État ». Dans un premier temps, il oppose cette idée à l'État brésilien : « Les indiens représentaient pour moi la société contre le Brésil parce que le Brésil, ce Brésil, s'était constitué contre les Indiens. "Société contre l'État" signifiait avant tout sociétés contre une certaine idée du Brésil, et en faveur d'une autre. Les Indiens entendus comme une antidote à une idée inique du Brésil[249]. » Dans un second temps, cette idée est réinvestie dans ses recherches sur le perspectivisme amérindien : « De même qu'ils [les Indiens] n'ont pas d'État, ils sont contre tout type de fixation d'une position de sujet. Le perspectivisme était la cosmologie que Clastres n'avait pas développé, le corrélât cosmologique de la société contre l'État. Il y a là une consistance claire, puisqu'il s'agit de chercher quels éléments du monde indigène résistent à la "dé-multiplicité", à l'unification, à la totalisation[250]. »

Postérité[modifier | modifier le code]

Sans être forcément discuté dans ses moindres détails, La Société contre l’État est un ouvrage que l'on retrouve dans nombre d'écrits et nombre de milieux qui voient dans ce recueil un livre majeur de l'histoire des idées ou/et un passage obligé pour comprendre ce qu'est l'« État »[n 47].

Dans son « Avant-propos » à l'Histoire des idées politiques, réaffirmant le projet pédagogique du livre dont l'objet est étranger à « tout étatisme »[255], Géraldine Muhlmann prend acte du fait que « l'État est un axe majeur de l'histoire politique moderne, et que la plupart des questions politiques qui se posent, d'une manière ou d'une autre rencontre cet axe[255]. » Ainsi justifie-t-elle la composition de ce livre qui, partant de la Cité grecque[256] et s'achevant par la question des frontières[257], suit l'émergence de l'« État », les différentes conceptions et contestations de l'« État ». Aussi, Muhlmann envisage la possibilité d'une absence de l'État et convoque alors Clastres : « L'idée de la ''société contre l'État'' avancée par Pierre Clastres dans les années 1970 est loin d'être traitée comme une idée démodée, dans cet ouvrage. Peut-être même le ''travaille''-t-elle en profondeur, souterrainement… S'offrant, en somme, au lecteur qui voudra bien s'en emparer[258]. »

Aílton Kreinak, philosophe brésilien et figure de proue des luttes indigènes au Brésil, déclara lors d'un entretien : « Pierre Clastres, après avoir un peu vécu en compagnie de nos parents Nhandeva et M'bia, a conclu que nous sommes des sociétés qui naturellement nous organisons contre l'État ; il n'y a nulle idéologie là-dedans, nous sommes contre naturellement, […], nous faisons naturellement un chemin qui n'affirme pas ces institutions comme fondamentales pour notre santé, notre éducation et notre bonheur[259]. »

Frédéric Lordon, dans son ouvrage Imperium paru en 2015, réfléchit à la manière dont la multitude pourrait s'« autoaffecter » positivement, c'est-à-dire constituer une communauté politique égalitaire[260]. Pour Lordon, il y aurait toujours au fondement du pouvoir politique une forme infinitésimal de l'État, et ce même dans les sociétés sans État. Étudiant la figure du chef dans les sociétés sans État[261], Lordon avance que « si le chef est dépourvu de pouvoir de commandement, il n’est nullement dépourvu de tout pouvoir. Il est en effet détenteur du pouvoir symbolique de l’autorité morale[262]. » Or, ajoute Lordon, ce pouvoir symbolique n'est pas innocent : « Le pouvoir symbolique, pouvoir de faire autorité, d’imposer sa véridiction avec autorité, est donc en soi la manifestation caractéristique de l'imperium, ''ce droit que définit la puissance de la multitude''. ''L’État général, c’est moi !'', voilà ce que le chef Guarani pourrait dire à coup sûr[263]. » Par suite, Lordon affirme : « Voilà donc la réalité des ''sociétés sans État'' : elles sont tout aussi verticalisées que les autres[264]. » Aussi est-ce pourquoi il s'oppose à « la pensée libertaire »[265] qui, invoquant l'œuvre de Clastres, « croit tenir avec l’ethnologie des sociétés pré-étatiques l’un de ses meilleurs arguments en la certification d’une possibilité — des sociétés sont parvenues à se passer d’État — et l’espoir de la réactiver pour le présent[265]. »

Dernier exemple, dans leur ouvrage commun Dominer, Pierre Dardot et Christian Laval s'intéressent au concept de « souveraineté », tout particulièrement lorsque celui-ci devient l'apanage de l'« État ». Mais avant d'étudier ce concept, Dardot et Laval souhaitent débarrasser le lecteur de « deux grandes illusions sur l'État »[266] qui font « obstacle à la problématisation de la souveraineté de l'État »[267] : la première, « croire que l'État a toujours existé et que l'homme n'a jamais pu et ne pourra jamais s’en passer »[267] ; la seconde, « croire qu'il appartient à l'essence de l'État en tant qu'État d'être souverain en projetant dans le passé le plus lointain ce qui n'est qu'une construction tardive et très localisée (l'Europe des XVIe siècle et XVIIe siècle)[267]. » Pour contrer cette seconde illusion, les auteurs font « observer que la souveraineté de l'État ne naît qu'avec l'État moderne, soit l'État qui se construit du XIIe siècle au XVIIe siècle. Or cet État n’est pas l'État, mais un certain type d'État »[268]. Quant à la première illusion, Dardot et Laval considèrent que celle-ci fut entretenue par « des vues superficielles le plus souvent inspirées d'une anthropologie de seconde main ou gâtées par une mauvaise métaphysique »[266] ; et ils rappellent que rien ne prouve que « ce que l’on nomme ''État'' soit doué d'une existence transhistorique »[266]. Dardot et Laval invitent alors le lecteur à consulter les travaux d'une autre anthropologie : celle de Pierre Clastres[269].

Pour finir, le « Chapitre 11 : la société contre l'État » est souvent édité sous forme de brochure (comme celle de l'Anarchist Action Collective basé à Eugene dans l'Oregon[270]) ou mis à disposition sur une page web (voir la « Bibliographie »). Dans le second volume d'une anthologie de textes anarchistes et libertaires intitulée Anarchism. A Documentary History Of Libertarian Ideas (éditée par Robert Graham), ce sont des extraits de ce chapitre 11 qui furent intégrés au chapitre 8 nommé « Society Against the State »[271] (au côté de textes de Michael Taylor, Louis Mercier-Vega, Nico Berti et Noam Chomsky). Plus récemment, une partie de ce chapitre fut proposé dans un recueil de textes sur Les Pensées de l'écologie[272].

Annexe : composition du recueil[modifier | modifier le code]

Les fruits de l'expérience de terrain[modifier | modifier le code]

Tous les chapitres de La Société contre l'État, hormis le deuxième et le troisième rédigés avant de partir en mission, sont des textes dans lesquels Pierre Clastres décrit, réfléchit ou revient sur son expérience de terrain[273],[n 48].

De janvier 1963 à décembre 1963, Clastres passe une année auprès des Indiens Guayaki au Paraguay ; en 1965 toujours au Paraguay, il séjourne auprès des Indiens Guarani Chiripa ; fin 1965 et début 1966, il visite les Javae du Haut Xingu puis il effectue un court séjour chez les Guarani du littoral de São Paulo ; à l'été 1966, de retour au Paraguay, il séjourne brièvement chez des Mbya-Guarani ; par deux fois, en 1966 (juin à octobre) et en 1968 (juin à septembre), il visite les Indiens Chulupi (ou Ashluslay) qui vivent dans le Chaco au Paraguay ; entre 1970 et 1971, au Venezuela, il séjourne chez les Indiens Yanomami ; enfin, en 1974, il rencontre des Indiens Guarani au Brésil dans l'état de São-Paulo[274].

Plan de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

Les textes compilés dans La Société contre l'État ne sont pas ordonnés chronologiquement, Clastres arrangea la disposition des articles réunis dans ce recueil de façon thématique[275],[n 49] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le vocabulaire employé par Clastres dans ses écrits et lors de ses entretiens divise toujours les commentateurs, laudateurs comme contempteurs. Pour faire court : selon les premiers, Clastres emploie le syntagme « société primitive » et le terme « Sauvage » dans un sens positif, afin de lutter contre l'ethnocentrisme européen et afin de mettre en avant la singularité de populations aujourd'hui nommées « autochtones »[6],[7] ; selon les seconds, ces syntagmes et ces termes témoignent d'une nostalgie du « Bon sauvage » et d'une vision idéalisée des peuples autochtones[8],[9].
    De fait, certaines formulations de Clastres se révèlent parfois ambiguës, comme à la page 67 de La Société contre l'État : « Archaïques, les sociétés amérindiennes le furent, mais si l'on peut dire, négativement et selon nos critères européens[10]. »
    Qu'ils soient considérés comme datés, idéologiques ou positifs, ces concepts innervent l'œuvre de Clastres. Dès lors : 1) supprimer ce vocabulaire serait censurer l'œuvre de Clastres ; 2) remplacer ce vocabulaire serait rendre contemporaine une œuvre qui ne l'est pas. Par conséquent : 3) lorsque ce vocabulaire est employé par Clastres ou ses commentateurs (laudateurs et contempteurs), il est conservé sans modification ; en revanche, 4) lorsque cela est requis un vocabulaire plus contemporain est employé.
  2. À la page 4 du n°327 de la revue Sciences Humaines (2020), se trouve un planisphère (« Où sont les peuples autochtones ? ») indiquant où vivent différents peuples premiers : celui-ci permet de situer les peuples auxquels Clastres fait référence dans La Société contre l'État.
    Par ailleurs, le dossier principal intitulé « Les peuples premiers : Qu'ont-ils à nous apprendre ? » offre une perspective historique et un panorama contemporain des connaissances sur les peuples premiers[15].
  3. Sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres », voir « 1972, le quotidien des Guayaki ».
  4. Par exemple : en 1963 Les Argonautes du Pacifique occidental[26] de Bronisław Malinowski, en 1968 Les Nuer[27] d'Edward Evan Evans-Pritchard, en 1969 Structure et fonction dans la société primitive[28] d'Alfred Radcliffe-Brown, en 1972 Les systèmes politiques des hautes terres de Birmanie[29] d'Edmund Leach.
    Durant ces mêmes années, des ethnologues et anthropologues français publièrent des ouvrages qui, eux aussi, devinrent des classiques : en 1962 parut La Pensée sauvage[30] de Claude Lévi-Strauss, en 1967 parurent l'Anthropologie politique[31] de Georges Balandier et Les Amériques noires[32] de Roger Bastide ou encore, en 1971, La vision des vaincus[33] de Nathan Wachtel.
  5. Par exemple : en 1954 « Terre Humaine » aux éditions Plon[34], en 1964 « Études ethnographiques » aux PUF[35], en 1969 « Anthropologie critique » chez l'éditeur Fayard[36], en 1971 la « Bibliothèque d’anthropologie » chez l’éditeur Maspero[37], en 1974 « Recherches anthropologiques » aux Éditions du Seuil[38]. D’autres éditeurs accueillent dans leurs collections des ouvrages d'ethnologie ou d'anthropologie, comme la « Bibliothèque des sciences humaines » créée en 1966 aux éditions Gallimard[39].
    Le premier ouvrage de Clastres parut dans la collection « Terre Humaine » (Chronique des Indiens Guayaki, 1972[16]) et son recueil de mythes parut dans la collection « Recherches Anthropologiques » (Le Grand Parler, 1974[40]). Par ailleurs, il rédigea une « Préface » pour l'ouvrage de Marshall Sahlins Âge de pierre, âge d’abondance qui parut dans la collection « Bibliothèque des sciences humaines » en 1976[41].
    Quant à La Société contre l'État, cet ouvrage fut publié dans la même collection qui accueillit L'Anti-Œdipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari en 1972[42] : « Critique » aux Éditions de Minuit, une collection transdisciplinaire où les ouvrages partagent une même envie d'en découdre avec la tradition philosophique.
  6. Sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres », voir « Formations, titres et postes ».
  7. La parution de La Société contre l'État est accompagnée par la publication, le même jour[47], d'un autre livre de Clastres : Le Grand Parler. Mythes et chants sacrés des Indiens Guarani[40].
  8. Après la parution de La Société contre l'État, Clastres développe ses attaques contre l'usage de la théorie marxiste en anthropologie : dans la dernière partie de la « Préface » qu'il signe pour le livre de Marshall Sahlins, Âge de pierre, âge d'abondance[41] ; dans son article publié à titre posthume dans le n°3 de la revue Libre, « Les marxistes et leur anthropologie » où il critique les travaux de Claude Meillassoux et de Maurice Godelier (aussi, c'est dans la première partie de cet article qu'il propose sa critique la plus développée du structuralisme).
    Désormais, ces deux textes sont compilés dans le recueil posthume de Clastres intitulé Recherches d'anthropologie politique[58]. (Sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres », voir « 1980, un recueil de textes éparpillés ».)
  9. Clastres n'est pas le premier auteur européen à s'interroger sur le « pouvoir politique », sur l'institution politique qu'est l'« État », sur les rapports et les articulations entre « pouvoir politique » et « État ».
    Les questionnements sur le pouvoir sont nombreux, quant aux réflexions sur l'État en Europe elles débutèrent dès les XVe et XVIe siècles (par exemple : Machiavel, Bodin, Botero), elles continuèrent aux XVIIe et XVIIIe siècles (par exemple : Hobbes, Locke, Montesquieu, Rousseau) ainsi qu'aux XIXe et XXe siècles (par exemple : Hegel, Marx, Engels, Proudhon, Bakounine, Jellinek, Weber, Lénine, Carré de Malberg, Kelsen ou Schmitt).
  10. Le site internet « archivesautonomies.org » recense et propose des numérisations de plusieurs revues comme : Archinoir, Confrontation Anarchiste, Le Libertaire, Noir et Rouge, etc.[65].
  11. Chacun de leur côté, Castoriadis et Lefort regroupent leurs articles consacrés aux régimes bureaucratiques et aux phénomènes totalitaires dans les recueils suivants : en 1971 Lefort publie Éléments d'une critique de la bureaucratie[66] ; en 1973 Castoriadis publie les deux volumes de La Société bureaucratique : Les Rapports de production en Russie[67] et La Révolution contre la bureaucratie[68].
  12. Sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres », voir « Parcours intellectuel ».
  13. L'ouvrage regroupe des articles parus dans différentes revues entre 1962 et 1973[96], seul le dernier chapitre est inédit[97].
    Pour une brève présentation de la composition du recueil, voir l'annexe en fin d'article « Plan de l'ouvrage ».
  14. Peu après la parution de La Société contre l'État, Clastres accorda un entretien à la revue L'Anti-mythes qui reflète son "état d'esprit" d'alors : certaines réponses complètent et apportent des précisions sur son ouvrage[98],[99]. Voir aussi l'entretien mené par Raymond Bellour pour le Magazine Littéraire[100].
  15. Outre les travers de l'ethnologie, Clastres vise aussi une théorie qui connaît un renouvellement important depuis les années 1960 : le marxisme. Pour ce courant de pensée dont l'objet d'étude est le capitalisme (mode de production, domination, prolétaires, etc.), les sociétés des peuples premiers sont vues comme des sociétés évoluant dans un temps précédant l'avènement du capitalisme et de l'État.
  16. Outre les travers de l'anthropologie, Clastres vise aussi une discipline universitaire qui connaît un développement spectaculaire depuis les années 1960 : les sciences politiques. Pour ces recherches d'un nouveau genre dont l'objet d'étude est la politique (systèmes politiques, gouvernants, citoyens, etc.), les sociétés des peuples premiers sont considérées soit comme des sociétés sans politique, soit comme des sociétés anarchiques, soit comme des sociétés pouvant comporter des germes d'État.
  17. Le premier chapitre de La Société contre l'État[78] est une recension de l'ouvrage de Jean-William Lapierre, intitulé Essai sur le fondement du pouvoir politique[108], qui donne l'occasion à Clastres de poursuivre sa critique de l'ethnologie et de l'anthropologie[109] entamée dans l'article « Entre silence et dialogue » (1968)[110].
  18. Sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres », voir la partie « Réflexivité et critiques envers les présupposés de l'ethnologie et l'anthropologie ».
  19. Au premier paragraphe du chapitre 1 de La Société contre l'État, Clastres se réfère à Friedrich Nietzsche[118] pour pointer la cécité de l'ethnologie face à la présence du pouvoir politique dans les sociétés des peuples premiers. Quelques pages plus loin, Clastres pointe alors la cécité de Nietzsche : celui-ci pense le pouvoir politique uniquement sous la forme de la relation de « commandement-obéissance »[119].
  20. Clastres appuie son argumentation sur ses études de terrain. Voir en annexe « Les fruits de l'expérience de terrain » ; et sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres », voir la partie « Travail de terrain ».
  21. Par souci d'exposition, faire et penser sont artificiellement séparés. Dans La Société contre l'État Clastres relie ces deux plans, ces deux dimensions de l'existence humaine.
  22. Clastres fait appel aux études menées par Marshall Sahlins[121] et Jacques Lizot[122].
  23. Sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres », voir la partie « Au contact de sociétés sud-américaines ».
  24. Sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres », voir la partie « Retranscrire des mythes, approcher des paroles ».
  25. Sa conception de l'institution politique de la « société primitive » pourrait être schématisée comme suit : la société institue le pouvoir du chef = préservation de l'indivision ; le chef énonce et rappelle les lois de la société = promotion de l'égalité ; le rite de passage marque l'entrée en société = reconduction de l'institution égalitaire de la « société primitive ».
  26. C'est à partir d'une définition de la chefferie indienne proposée par Robert Harry Lowie[132],[133] que Clastres propose sa propre définition de la chefferie indienne[134].
  27. Clastres caractérise la chefferie indienne par quatre traits fondamentaux : le chef est un pacificateur, un apaiseur de conflits et de querelles ; il est généreux et distribue des biens à la communauté (son prestige étant en rapport avec sa générosité) ; il est un bon orateur et utilise sa parole pour rappeler les normes traditionnelles, critiquer les uns, fustiger les autres ; enfin, il a le privilège de la polygynie[135].
  28. Pour une exposition plus détaillée de l'institution de la chefferire, voir sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres » : « Le chef, le pouvoir politique, la non-coercition ».
  29. Voici comment Clastres décrit le devoir de parole du chef : une parole de chef est « un acte ritualisé » ; le chef s'adresse au groupe quotidiennement à la levée ou à la tombée du jour « d'une voix forte » ; le contenu de son discours est une « célébration, maintes fois répétée, des normes de vie traditionnelles » ; aucun membre de la tribu ne « prête attention au discours du chef »[138],[125].
  30. Clastres rapproche le marquage du « codage » théorisé par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans leur livre L'Anti-Œdipe[42],[144].
  31. C'est-à-dire : l'obligation pour tout membre d'une société de se marier avec une ou un partenaire hors de sa communauté d'origine.
  32. Fusiwé est un chef yanomami auquel Helena Valero fut mariée, après avoir été enlevée alors qu'elle était encore enfant. Valero raconte son histoire (et la vie de Fusiwé) à Ettore Biocca dans un livre intitulé Yanoama[157]. Clastres fit une recension de cet ouvrage, « Une ethnographie sauvage »[158], désormais compilée dans les Recherches d'anthropologie politiques.
  33. Clastres poursuit et développe ce point dans deux articles postérieurs à La Société contre l'État. Voir sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres » : « La guerre, les guerriers, le multiple ».
  34. Sur la page Wikipedia consacré à « Pierre Clastres », voir la partie « Les origines de l'État et de l'inégalité ».
  35. Outre la section « Influence » de cette page, voir sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres » : « Les comparses philosophes ».
  36. Pour compléter les critiques recensées ici, voir sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres » : « Réceptions et critiques ».
  37. Sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres », voir les liens proposés dans la partie « 1974, la thèse iconoclaste ».
  38. Parmi d'autres exemples possibles, voir les articles suivants dans la bibliographie : Marc Richir (philosophe)[179], Luc de Heusch (ethnologue)[180] Marcelo Campagno (anthropologue)[181] ou Paulin Ismard (historien)[182].
  39. Sans être exhaustive, voici une liste des traductions de La Société contre l'État :
    • 1976, en allemand : Staatsfeinde, Frankfurt am Main Suhrkamp
    • 1977, en anglais : Society against the State, Oxford, Basil Blackwell & NewYork, Urizen Books
    • 1977, en italien : Le società contro lo stato. Ricerche di antropologia politica, Milano, Feltrinelli
    • 1978, en espagnol : La sociedad contra el estado, Caracas, Monte Avila Editores
    • 1978, en brésilien : A sociedade contra o Estado. Pesquisas de antropologia política, Rio de Janeiro, F. Alves
    • 1982, en norvégien : Samfunnet mot staten, Oslo, Dreyer
    • 1984, en suédois : Samhället mot staten, Stockholm, Nordan
    • 1989, en japonais : Kokka ni kōsuru shakai, Tokyo, Suiseisha
    • 1990, en turque : Devlete karşı toplum, Istanbul, Ayrinti Yayinlari
    • 1992, en grec : Ē koinōnia enantia sto kratos, Athēna, Alexandreia
    • 1995, en roumain : Societatea contra statului, Bucureşti, Ararat
  40. Dans ce livre où il reprend certains arguments avancés dans son article de 1976 paru dans la revue Esprit[197], Lapierre dialogue véritablement avec Clastres : il salue son œuvre[198], il s'accorde avec lui sur certains points[199] et il en discute d'autres[200].
  41. Voir également dans la bibliographie, le cours que Descola donna au Collège de France le 22 février 2017[208].
  42. Pour autant, Abélès ne dit pas que la « forme-État » est insignifiante et qu'elle ne produit plus d'effets (contraintes, protections, etc.). Quant à la thèse de Clastres (« la société contre l'État »), sans l'écrire expressément ce n'est pas celle-ci qu'il rejette, mais plutôt son usage politique.
  43. Pour compléter, voir la partie « Influence » sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres ».
  44. Pierre Clastres étant accidentellement décédé dans un accident de voiture[222], son œuvre est considérée comme inachevée[213]. De ce fait, les thèses contenues dans La Société contre l’État sont souvent complétées par ses articles, ses entretiens et ses autres ouvrages (posthumes ou non).
    Dans cette section, seuls sont évoqués des auteurs qui dialoguent avec La Société contre l’État sur plusieurs années.
  45. Dans leur premier tome, L'Anti-Œdipe, ils font référence au tout premier article de Clastres : « Échange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne »[225]. Dans leur second tome, Mille Plateaux, ils rendent « hommage à la mémoire de Pierre Clastres » en discutant son œuvre sur plusieurs pages[226].
  46. Clastres fut influencé par Deleuze et Guattari[235], leurs concepts apparaissent dans des textes de La Société contre l'État rédigés après la parution L'Anti-Œdipe. Par exemple, au Ch. 4 (1973) : « cette capacité des Sauvages à coder le flux de leur démographie »[236] ; au Ch. 10 (1973) : « Les sociétés primitives, ce sont, disent puissamment les auteurs de l'Anti-Œdipe, des sociétés du marquage »[237] ; au Ch. 11. (1974) : les concepts « flux », « codage » et « machine » figurent dans un même paragraphe[238].
    Par ailleurs, dans l'entretien accordé à l'Anti-mythes paru début 1975, Clastres emploie abondamment le vocabulaire conceptuel de L'Anti-Œdipe, comme à la page 13[239],[240] : « les sociétés primitives sont des "sociétés du codage", pour employer le vocabulaire de l'Anti-Œdipe. Disons que la société primitive, c'est toute une multiplicité de flux qui circulent, ou bien, autre métaphore, une machine avec ses organes. La société primitive code, c'est-à-dire contrôle, tient bien en main tous les flux, tous les organes. »
    Dernière indication : en compagnie d'autres intellectuels (François Châtelet, Serge Leclaire, Roger Dadoun…) Clastres participa à un débat avec Deleuze et Guattari lors de la publication de L'Anti-Œdipe en 1972 (« Deleuze et Guattari s'expliquent… »[241]). Dans ses remarques à propos de L'Anti-Œdipe, Clastres dit : « Certes, l'Anti-Œdipe ne nous dit pas pourquoi la machine primitive a, ici ou là, échoué à coder le flux du pouvoir, cette mort qui ne cesse de monter de l'intérieur. Il n'y a en effet pas la moindre raison pour que l'État se réalise au sein du Socius primitif, pas la moindre raison pour que la tribu laisse son chef jouer au chef (on peut le démontrer à l'aide d'exemples ethnographiques). Alors, d'où surgit-il, complet d'un seul coup, "l'Urstaat" ? Il vient de l'extérieur, nécessairement, et l'on peut espérer que la suite à l'Anti-Œdipe nous en dira plus là-dessus. » Clastres termine ainsi ses remarques sur L'Anti-Œdipe : « Codage, sur-codage, décodage et flux : ces catégories déterminent la théorie de la société, tandis que l'idée "d'Urstaat", conjurée ou triomphant, détermine la théorie de l'Histoire. Il y a là une pensée radicalement nouvelle, une réflexion révolutionnaire. »
  47. Outre les livres (parmi d'autres) mentionnés dans cette partie, voir dans la bibliographie les textes de Joseph Pestieau[251], Lucia Sagradini[252], Anders Fjeld[253] ou celui, anonyme, publié par Lundi Matin en mars 2019[254].
  48. Sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres », voir la carte proposée ici : « Travail de terrain ».
  49. Aussi, Clastres remania légèrement l'écriture de certains articles de telle sorte que chacun devienne un chapitre : l'introduction ou les premières phrases d'un article ont été réécrites ou supprimées (par exemple aux Ch. 2 et Ch. 3) ; des notes de bas de page ont été déplacées, modifiées, supprimées ou ajoutées (par exemple aux Ch. 4 et Ch. 5) ; parfois, de courts paragraphes ont été supprimés du corps de l'article (par exemple au Ch. 2) ; ou encore, des majuscules ont été données à certains mots (« sauvage » devient « Sauvage »).

Références[modifier | modifier le code]

  1. WorldCat : voir tous les formats.
  2. Pierre-Alexandre Delorme et Clément Poutot (dir.) 2020, Voir la contribution de Stéphane Vibert : « Trente ans après, retour sur la "nouvelle anthropologie" de Pierre Clastres » (p. 17-39).
  3. P. Clastres 2011a, Dans cet article toutes les citations de La Société contre l'État proviennent de l'édition de poche (collection « Reprises »), dont la pagination diffère légèrement de la première édition dans la collection « Critique » (1974).
  4. a et b Véronique Bedin et Martine Fournier 2008, p. 77.
  5. P. Clastres 2011a, p. 13.
  6. Christian Ferrié 2017, p. 19.
  7. Pierre-Alexandre Delorme et Clément Poutot (dir.) 2020, p. 11-12 (« Introduction » par P.-A. Delorme et C. Poutot).
  8. Jean-William Lapierre et Olivier Mongin 1976, p. 1000 (J.-W. Lapierre dans « Le retour du bon sauvage »).
  9. Jean-Loup Amselle (éd.) 1979, p. 15 (« Présentation » par J.-L. Amselle).
  10. P. Clastres 2011a, p. 67.
  11. P. Clastres 2011a, p. 159, Ch. 10 (italiques de l'auteur) : « Les sociétés archaïques, […], sont des sociétés sans État, des sociétés contre l'État ».
  12. P. Clastres 2011a, p. 186, Ch. 11 (derniers mots de l'ouvrage) : « L'histoire des peuples qui ont une histoire est, dit-on, l'histoire de la lutte des classes. L'histoire des peuples sans histoire, c'est, dira-t-on avec autant de vérité au moins, l'histoire de leur lutte contre l'État ».
  13. Florence Weber 2015, p. 271.
  14. Michel Cartry 1976, p. 39.
  15. Jean-François Dortier (dir.) 2020.
  16. a et b P. Clastres 1991.
  17. François Bott, « Ni maîtres ni esclaves », Le Monde, no 9285, Vendredi 22 novembre,‎ , p. 19 (lire en ligne Accès payant)
  18. Miguel Abensour (dir.) 1987, p. 15-16 (« Présentation », par M. Abensour).
  19. Jean-William Lapierre et Olivier Mongin 1976, Voir l'article de J.-W. Lapierre : « Le retour du bon sauvage » (p. 983-1001).
  20. Jean-Loup Amselle (éd.) 1979, Voir la contribution de Jean Bazin : « Le bal des sauvages » (p. 177-218).
  21. Lauriane Guillout, « Eduardo VIVEIROS DE CASTRO, Politique des multiplicités. Pierre Clastres face à l’État », Revue européenne des sciences sociales, vol. 58,‎ , p. 257-260, p. 2 (lire en ligne)
  22. Eduardo Viveiros de Castro 2019, Note n°12, p. 91-92.
  23. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, p. 12 (« Avant-propos : Pierre Clastres Et Nous. La révolution copernicienne et la question de l'État » par M. Abensour).
  24. Riccardo Ciavolella et Éric Wittersheim 2016, p. 117.
  25. a et b François Dosse, L'Empire du sens : L'humanisation des sciences humaines, Paris, La Découverte & Syros, coll. « Poche – Sciences humaines et sociales », (1re éd. 1995), p. 119.
  26. a et b Bronisław Malinowski, Les argonautes du Pacifique occidental, Paris, Gallimard, coll. « Tel », (1re éd. 1963)
  27. a et b Edward Evan Evans-Pritchard, Les Nuer : Description des modes de vie et des institutions politiques d'un peuple nilote, Paris, Gallimard, coll. « Tel » (1re éd. 1968)
  28. Alfred Radcliffe-Brown, Structure et fonction dans la société primitive, Paris, Seuil, coll. « Points », (1re éd. 1969)
  29. a et b Edmund Leach, Les systèmes politiques des hautes terres de Birmanie : Analyse des structures sociales kachin, Paris, Maspero, coll. « Bibliothèque d'anthropologie »,
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  31. a et b Georges Balandier 2013.
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  33. Nathan Wachtel, La vision des vaincus : Les Indiens du Pérou devant la conquête espagnole, 1530-1570, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », (1re éd. 1971)
  34. BnF, Notice de collection éditoriale (Plon), « Terre humaine », sur catalogue.bnf.fr
  35. BnF, Notice de collection éditoriale (PUF), « Études ethnographiques », sur catalogue.bnf.fr
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  37. BnF, Notice de collection éditoriale (Maspéro), « Bibliothèque d'anthropologie », sur catalogue.bnf.fr
  38. BnF, Notice de collection éditoriale (Seuil), « Recherches anthropologiques », sur catalogue.bnf.fr
  39. BnF, Notice de collection éditoriale (Gallimard), « Bibliothèque des sciences humaines », sur catalogue.bnf.fr
  40. a et b P. Clastres 2011b.
  41. a et b Marshall Sahlins 2017.
  42. a b et c Gilles Deleuze et Félix Guattari 1973.
  43. Philippe Descola, La composition des mondes : Entretiens avec Pierre Charbonnier, Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », (1re éd. 2014), p. 73.
  44. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, p. 86 (« À propos de Pierre Clastres », entretien avec Bento Prado Junior par Piero de Camargo Leiner et Luiz Henrique de Toledo).
  45. Michel Cartry 1976, p. 44.
  46. Anne-Christine Taylor, « L'Américanisme tropical, une frontière fossile de l'ethnologie ? », dans Britta Rupp-Eisenreich (éd.), Histoires de l'anthropologie (XVIe – XIXe siècles), Paris, Klincksieck, coll. « Épistémologie », , p. 213-233, p. 216.
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  48. François Dosse 2012a, p. 9.
  49. Louis Althusser, Pour Marx, Paris, La Découverte, coll. « Poche – Sciences humaines et sociales », (1re éd. 1965)
  50. Marcel Hénaff, Claude Lévi-Strauss et l’anthropologie structurale, Paris, Seuil, coll. « Points essais »,
  51. Marc Abélès, Anthropologie et marxisme, Paris, Complexe, coll. « Dialectiques »,
  52. Collectif, Structuralisme et marxisme, Paris, UGE, coll. « 10/18 »,
  53. Miguel Abensour (dir.) 1987, p. 9 (« Présentation » par M. Abensour).
  54. Les Colloques Ethnologiques de Bordeaux 1997, p. 107-108 (Contribution de C. Delacampagne, « Un ethnologue contre l'État »).
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  56. Miguel Abensour (dir.) 1987, p. 10 (« Présentation » par M. Abensour).
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  59. Karl Wittfogel, Le despotisme oriental : Étude comparative du pouvoir total, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Arguments », (1re éd. 1964)
  60. Raymond Aron, Démocratie et totalitarisme, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », (1re éd. 1965)
  61. Nicos Poulantzas, Pouvoir politique et classes sociales, Paris, Maspero, coll. « Fondations », (1re éd. 1968)
  62. Michel Foucault, L’archéologie du savoir, Paris, Gallimard, coll. « Tel », (1re éd. 1969)
  63. Hannah Arendt, Le système totalitaire, Paris, Seuil, coll. « Points Essais », (1re éd. 1972)
  64. Louis Althusser, Positions, Paris, Éditions Sociales, coll. « Essentiel », (1re éd. 1976)
    Ce livre reprend un fameux article paru en 1970 : « Idéologie et appareils idéologiques d’État ».
  65. « Fragments d'Histoire de la gauche radicale », sur archivesautonomies.org
  66. Claude Lefort, Éléments d'une critique de la bureaucratie, Genève, Droz, coll. « Travaux de Droit, d'Économie, de Sociologie et de Sciences Politiques »,
  67. Cornelius Castoriadis, La Société bureaucratique : 1, Les Rapports de production en Russie, Paris, U.G.E., coll. « 10/18 »,
  68. Cornelius Castoriadis, La Société bureaucratique : 2, La Révolution contre la bureaucratie, Paris, U.G.E., coll. « 10/18 »,
  69. Philippe Gottraux, « Socialisme ou Barbarie » : Un engagement politique et intellectuel dans la France de l'après-guerre, Lausanne, Éditions Payot, coll. « Sciences politiques et sociales », , p. 205.
  70. Claude Rivière 2000, Voir le « Chapitre 2. Histoire de l'anthropologie politique » (p. 32-50).
  71. Pierre Bonte et Michel Izard (dir.) 2018, p. 239.
  72. Pierre Bonte et Michel Izard (dir.) 2018, p. 599.
  73. Georges Balandier 2013, p. 5-6.
  74. Régis Meyran 2006, p. 64.
  75. Georges Balandier 2013, Voir le Chapitre VI « Aspects de l'État traditionnel » (p. 149-191).
  76. Meyer Fortes et Edward Evan Evans-Pritchard (dir.), Systèmes politiques africains, Paris, PUF, coll. « Études ethnographiques »,
  77. P. Clastres 2011a, p. 161-186 : « Chapitre 11 : La société contre l'État ».
  78. a b et c P. Clastres 1969.
  79. a et b P. Clastres 1962.
  80. a et b P. Clastres 1963.
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  88. a et b P. Clastres 2011c.
  89. a b c et d Marc Abélès 2005, p. 72.
  90. Marc Abélès 2005, p. 72-73.
  91. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, p. 11 (« Avant-propos : Pierre Clastres Et Nous. La révolution copernicienne et la question de l'État » par M. Abensour.
  92. Gérald Berthoud 1978, p. 113.
  93. Anne-Marie Roviello 1975, p. 226-227.
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  103. Jean-William Lapierre et Olivier Mongin 1976, p. 1003 (O. Mongin dans « Sauvages, à jamais… »).
  104. Gérald Berthoud 1978, p. 101.
  105. Kristian Feigelson 1982, p. 115.
  106. Miguel Abensour (dir.) 1987, p. 15-16 (« Présentation », par M. Abensour).
  107. Les Colloques Ethnologiques de Bordeaux 1997, p. 106-107 (Contribution de C. Delacampagne, « Un ethnologue contre l'État »).
  108. a et b Jean-William Lapierre, Essai sur le fondement du pouvoir politique, Gap, Ophrys,
  109. Miguel Abensour (dir.) 1987, p. 13 (« Présentation », par M. Abensour).
  110. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, Cet article est proposé aux pages 113 à 115 de ce Cahier.
  111. Jean-William Lapierre et Olivier Mongin 1976, p. 1014 (O. Mongin dans « Sauvages, à jamais… »).
  112. Les Colloques Ethnologiques de Bordeaux 1997, p. 110-111 (Contribution de Christian Coulon, « La pensée en contre-pente de Pierre Clastres »).
  113. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, p. 155 (Contribution de Marilena Chaui, « Contre l'Un, contre l'État : le contre-discours de Clastres et de La Boétie »).
  114. Nicolas Journet 2018, p. 64.
  115. Gérald Berthoud 1978, p. 105-106.
  116. Kristian Feigelson 1982, p. 112-113.
  117. Les Colloques Ethnologiques de Bordeaux 1997, p. 104 (Contribution de C. Delacampagne, « Un ethnologue contre l'État »).
  118. Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal, Paris, Flammarion, coll. « GF », , p. 154, paragraphe 199 de la cinquième section.
    Clastres fait référence à ce passage (italiques de Nietzsche) : « Dans la mesure où de tout temps, depuis aussi longtemps qu'il y a des hommes, il y a eu aussi des troupeaux humains (des groupes familiaux, des communautés, des lignées, des peuples, des États, des Églises) et toujours une très grande quantité d'hommes qui obéissent, en comparaison du petit nombre d'hommes qui commandent, — eu égard, donc, au fait que c'est jusqu'à présent l'obéissance qui a été le mieux et le plus longuement exercée et élevée, on peut raisonnablement penser qu'en moyenne, le besoin en est désormais inné chez tout un chacun, sous les espèces d'une sorte de conscience formelle qui ordonne : "tu dois inconditionnellement faire telle ou telle chose, inconditionnellement ne pas faire telle ou telle chose", bref "tu dois". »
  119. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, Voir la contribution de M. Abensour : « Lire Pierre Clastres à la lumière de Nietzsche ? » (p. 249-267).
  120. Kristian Feigelson 1982, p. 111.
  121. Marshall Sahlins, « La première société d'abondance », Les Temps modernes, no 268,‎ , p. 641-680
  122. Jacques Lizot, « Économie ou société ? : Quelques thèmes à propos de l'étude d'une communauté d'Amérindiens », Journal de la Société des américanistes, vol. 60,‎ , p. 137-175 (lire en ligne)
  123. Arash Joudaki 2016, p. 184-185.
  124. a et b Kristian Feigelson 1982, p. 108.
  125. a et b Kristian Feigelson 1982, p. 109.
  126. Les Colloques Ethnologiques de Bordeaux 1997, p. 111 (Contribution de C. Coulon, « La pensée en contre-pente de Pierre Clastres »).
  127. Miguel Abensour (dir.) 1987, p. 36-37 (Contribution de Yvonne Verdier, « Prestige de l'ethnologie »).
  128. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, p. 193 (Contribution de Renato Sztutman, « Le vertige des prophètes et des guerriers amérindiens. Déploiements de quelques paradoxes clastriens »).
  129. Anne-Christine Taylor 2013, p. 116.
  130. Jean-William Lapierre et Olivier Mongin 1976, p. 989 (J.-W. Lapierre dans « Le retour du bon sauvage »).
  131. José Gil 1985, p. 221.
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  133. Robert H. Lowie 1956.
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  148. Jean-William Lapierre et Olivier Mongin 1976, p. 995-996 (J.-W. Lapierre dans « Le retour du bon sauvage »).
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  150. Régis Meyran 2006, p. 53.
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  152. Jean-William Lapierre et Olivier Mongin 1976, p. 1000-1001 (J.-W. Lapierre dans « Le retour du bon sauvage »).
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  156. Jean-Louis Déotte 2005, p. 79.
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  166. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, p. 299 (Contribution d'Anne Kupiec, « L'œuvre de Pierre Clastres et le renouveau de la pensée anarchiste »).
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  171. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, p. 314-315 (Contribution de Jacques Chevallier, « Penser à partir de Pierre Clastres : l'État et le devoir de parole »).
  172. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, p. 229-230 (Contribution de Ximena González Broquen, « L'impensé de la philosophie politique. Étude sur la notion d'État dans la pensée de Pierre Clastres »).
  173. Kristian Feigelson 1982, p. 116.
  174. Les Colloques Ethnologiques de Bordeaux 1997, p. 106 (Contribution de C. Delacampagne, « Un ethnologue contre l'État »).
  175. Miguel Abensour (dir.) 1987, p. 10-11 (« Présentation », par M. Abensour).
  176. Jean-William Lapierre et Olivier Mongin 1976, p. 987-988 (J.-W. Lapierre dans « Le retour du bon sauvage »).
  177. Kristian Feigelson 1982, p. 112.
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  213. a b et c Pierre Bouretz 2001, p. 229.
  214. Marc Abélès 2005.
  215. Marc Abélès 2014.
  216. Marc Abélès 2005, p. 81.
  217. Marc Abélès 2005, p. 79.
  218. Marc Abélès 2005, p. 73 (italique de l'auteur).
  219. a et b Marc Abélès 2005, p. 83.
  220. Marc Abélès 2014, p. 103.
  221. Marc Abélès 2014, p. 105.
  222. Gérard Gaillard 1997, p. 230.
  223. Gilles Deleuze et Félix Guattari 1980.
  224. Marc Abélès 2014, p. 17, p. 28-29.
  225. a b et c Gilles Deleuze et Félix Guattari 1973, p. 181.
  226. Gilles Deleuze et Félix Guattari 1980, Dans la deuxième sous-partie du chapitre 12 « 1227 — Traité de nomadologie : la machine de guerre » (p. 434-527), voir aux pages 441 à 446 (italiques des auteurs) : « Problème I : Y a-t-il moyen de conjurer la formation d'un appareil d'État (ou de ses équivalents dans un groupe) ? Proposition II : L'extériorité de la machine de guerre est également attestée par l'ethnologie (hommage à la mémoire de Pierre Clastres) ».
  227. Gilles Deleuze et Félix Guattari 1973, p. 167-327 : « Chapitre 3. Sauvages, barbares, civilisés ».
  228. a et b Gilles Deleuze et Félix Guattari 1973, p. 183.
  229. Gilles Deleuze et Félix Guattari 1980, p. 441.
  230. Gilles Deleuze et Félix Guattari 1980, p. 443.
  231. a et b Gilles Deleuze et Félix Guattari 1980, p. 444.
  232. a b et c Gilles Deleuze et Félix Guattari 1980, p. 445.
  233. Gilles Deleuze et Félix Guattari 1980, p. 445 (italique des auteurs).
  234. Gilles Deleuze et Félix Guattari 1980, p. 446.
  235. Eduardo Viveiros de Castro 2019, p. 72-81.
  236. P. Clastres 2011a, p. 69.
  237. P. Clastres 2011a, p. 159 (italique de l'auteur).
  238. P. Clastres 2011a, p. 180-181.
  239. L'Anti-mythes 1975, p. 13.
  240. P. Clastres 2012a, p. 35.
  241. Gilles Deleuze, L'île déserte et autres textes : Textes et entretiens 1953-1974, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe », , p. 301-319
    Les citations de Clastres proviennent des pages 316 et 317.
  242. P. Clastres 2012a, p. 12 (« Avant-propos » de M. Abensour).
  243. Miguel Abensour (dir.) 1987.
  244. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011.
  245. Miguel Abensour, Pour une philosophie politique critique : Itinéraires, Paris, Sens & Tonka, , p. 15
  246. Miguel Abensour 2012.
  247. Miguel Abensour, La Communauté politique des « tous uns ». Désir de liberté Désir d'utopie : Entretien avec Michel Enaudeau, Paris, Les Belles Lettres, , p. 98.
  248. Miguel Abensour 2012, p. 23.
  249. Eduardo Viveiros de Castro 2021, p. 197 (italiques de l'auteur).
  250. Eduardo Viveiros de Castro 2021, p. 276.
  251. Joseph Pestieau 1979.
  252. Lucia Sagradini 2012.
  253. Anders Fjeld 2018.
  254. Anonyme 2019.
  255. a et b Géraldine Muhlmann 2012, p. IX.
  256. Géraldine Muhlmann 2012, p. 2-21 : « La Cité grecque : la question de la justice, l'idée démocratique ».
  257. Géraldine Muhlmann 2012, p. 755-784 : « l'État-frontières ».
  258. Géraldine Muhlmann 2012, p. XII.
  259. Eduardo Viveiros de Castro 2019, Cité par Julien Pallota (p. 116) dans sa postface « Viveiros de Castro au-delà de Clastres. Vers un Brésil mineur ou un alter-Brésil ».
  260. Frédéric Lordon 2015, p. 20.
  261. Frédéric Lordon 2015, p. 126-127.
  262. Frédéric Lordon 2015, p. 127 (italique de l'auteur).
  263. Frédéric Lordon 2015, p. 127.
  264. Frédéric Lordon 2015, p. 128.
  265. a et b Frédéric Lordon 2015, p. 124.
  266. a b et c Pierre Dardot et Christian Laval 2020, p. 37.
  267. a b et c Pierre Dardot et Christian Laval 2020, p. 40.
  268. Pierre Dardot et Christian Laval 2020, p. 38-39 (italiques des auteurs).
  269. Pierre Dardot et Christian Laval 2020, p. 37-38 (italiques des auteurs).
  270. (en) Pierre Clastres, Society Against the State, Eugene, Anarchist Action Collective,
  271. (en) Robert Graham (ed.), Anarchism. A Documentary History Of Libertarian Ideas : Volume Two, The Emergence Of The New Anarchism (1939-1977), Montreal / New-York / London, Black Rose Books, (lire en ligne [PDF]), p. 372-385 : « Pierre Clastres : Society Against the State (1974) »
  272. Baptiste Lanaspeze et Marin Schaffner (éd.), Les Pensées de l'écologie : Un manuel de poche, Marseille, Wildproject, coll. « Petite bibliothèque d'écologie populaire »,
    Situé aux pages 229 et 230, intitulé « Sédentaires cueilleurs », cet extrait provient des pages 171 à 173 de l'édition « Reprises » de 2011.
  273. P. Clastres 1967b, Dans ce compte rendu, Clastres revient de façon vivante sur ses premières missions de terrain en Amérique du sud.
  274. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, p. 177 et 178 : « Tableau des terrains de Pierre Clastres », par Hélène Clastres.
  275. Miguel Abensour et Anne Kupiec (dir.) 2011, p. 346-347 (Contribution de Tânia Stolze Lima et Marcio Goldman, « Préface à La Société contre l'État »).
  276. P. Clastres 2011a, p. 161.
  277. P. Clastres 2011a, p. 168.
  278. P. Clastres 2011a, p. 186.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Pierre Clastres[modifier | modifier le code]

Pour une bibliographie plus étoffée des travaux de Pierre Clastres, voir l'« Annexe : publications » sur la page Wikipedia consacrée à « Pierre Clastres ».

Articles et entretiens[modifier | modifier le code]

  • P. Clastres, « Mission au Paraguay et au Brésil », L'Homme, vol. 7, no 4,‎ 1967b, p. 101-108 (lire en ligne)
  • L'Anti-mythes, « Entretien avec Pierre Clastres (14 décembre 1974) », L'Anti-mythes, no 9,‎ , p. 1-26 (lire en ligne [PDF])
  • Raymond Bellour, « La société contre l'État : Entretien avec Pierre Clastres », Le Magazine Littéraire, no 102, juillet-août,‎ , p. 60-63
  • P. Clastres, « La Société contre l'État (miscellanées) », Le SIA de Caen,‎ (lire en ligne [PDF]) Ce document compile l'interview donnée à L'Anti-mythes (no 9 1975), l'article donné par Clastres à la revue Interrogations (« La question du pouvoir dans les sociétés primitives », no 7 1976 ; repris dans Recherches d'anthropologie politique au Seuil), le Ch.11 « La société contre l’État » (1974) du livre La Société contre l’État.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • P. Clastres, Chronique des Indiens Guayaki : Ce que savent les Aché, chasseurs nomades du Paraguay, Paris, Pocket, coll. « Terre Humaine Poche », (1re éd. 1972)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleP. Clastres, La Société contre l'État : Recherches d’anthropologie politique, Paris, Minuit, coll. « Reprise », 2011a (1re éd. 1974) (lire en ligne) :
Ch.1 : P. Clastres, « Copernic et les sauvages », Critique, no 270,‎ , p. 1000-1015 (lire en ligne)
Ch.2 : P. Clastres, « Échange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne », L'Homme, vol. II, no 1,‎ , p. 51-65 (lire en ligne)
Ch.3 : P. Clastres, « Indépendance et exogamie : structure et dynamique des sociétés indiennes de la Forêt tropicale », L'Homme, vol. III, no 3,‎ , p. 67-87 (lire en ligne)
Ch.4 : P. Clastres, « Éléments de démographie amérindienne », L'Homme, vol. XIII, nos 1-2,‎ 1973a, p. 23-36 (lire en ligne)
Ch.5 : P. Clastres, « L'arc et le panier », L'Homme, vol. VI, no 2,‎ , p. 13-31 (lire en ligne)
Ch.6 : P. Clastres, « De quoi rient les Indiens ? », Temps Modernes, no 253,‎ 1967a, p. 2179-2198 (lire en ligne)
Ch.7 : P. Clastres, « Le devoir de parole », Nouvelle Revue de Psychanalyse, no 8,‎ 1973c, p. 83-85 (lire en ligne)
Ch.8 : Pierre Clastres, « Prophètes dans la jungle », Éphémère, no 10,‎ , p. 232-242 (lire en ligne Accès payant)
Ch.9 : P. Clastres, « De l'un sans le multiple », Éphémère, nos 19-20,‎ , p. 308-314
Ch.10 : P. Clastres, « De la Torture dans les sociétés primitives », L'Homme, vol. XIII, no 3,‎ 1973b, p. 114-120 (lire en ligne)
Ch.11: P. Clastres, « Chapitre 11: La société contre l'État », dans Pierre Clastres, La Société contre l'État, Paris, Les Éditions de Minuit, 2011c (1re éd. 1974), p. 161-186, « Chapitre 11 », sur non-fides.fr, « La société contre l'État », sur infokiosques.net [PDF]
  • P. Clastres, Le Grand Parler : Mythes et chants sacrés des Indiens Guarani, Paris, Seuil, 2011b (1re éd. 1974)
  • P. Clastres, Entretien avec l'Anti-mythes, 1974, Paris, Sens & Tonka, 2012a (1re publication de l'entretien 1975)
  • P. Clastres, Recherches d'anthropologie politique, Paris, Seuil, 2012b (1re éd. 1980)
  • P. Clastres, Mythologie des Indiens Chulupi, Louvain-Paris, Peeters, coll. « Bibliothèque de l'École des hautes études »,

Études sur P. Clastres[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleCarmen Bernand et Sofia Fisher, « Les Mots de la tribu », L'Homme, vol. 14, no 2,‎ , p. 137-138 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMichel Panoff et Alfredo Margarido, « De l'Ethnologie comme torture des faits ? », L'Homme, vol. 14, no 2,‎ , p. 139-142 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleAgathe, « La Société contre l'État, Pierre Clastres, Éd. De Minuit, Collection "Critique" (1974) », La Lanterne Noire. Revue de critique anarchiste, no 2,‎ , p. 41-43 (lire en ligne [PDF])
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleAnne-Marie Roviello, « La société contre l'État ou le Simulacre du Pouvoir », Annales de l'Institut de Philosophie, Éditions de l'Université de Bruxelles,‎ , p. 225-236
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleJean-William Lapierre et Olivier Mongin, « Sociétés sauvages, sociétés contre l'État », Esprit, no 457,‎ , p. 983-1015 (lire en ligne Accès payant)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMichel Cartry, « Pierre Clastres : (1934-1977) », Annuaires de l'École pratique des hautes études, vol. 85 (1976-1977),‎ , p. 35-45 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleGérald Berthoud, « Une pensée contre l'État : Hommage à Pierre Clastres », Autogestion et socialisme, no 40,‎ , p. 101-117 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleFrançois Châtelet, « Pierre Clastres : Un penseur à contre-pente », Magazine littéraire, no 167, décembre,‎ , p. 21-22
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleGilbert Vaudey, « Pierre Clastres », Aléa, no 1,‎ , p. 31-53
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleKristian Feigelson, « Le gai savoir de Pierre Clastres », L'Homme et la société, nos 65-66,‎ , p. 107-119 (lire en ligne)
  • Marc Richir, « Quelques réflexions épistémologiques préliminaires sur le concept de sociétés contre l'État », dans Miguel Abensour, L'Esprit des lois sauvages : Pierre Clastres ou une nouvelle anthropologie politique, Paris, Seuil, (lire en ligne), p. 61-71[PDF]
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articlePhilippe Descola, « La chefferie amérindienne dans l’anthropologie politique », Revue française de science politique, vol. 38, no 5,‎ , p. 818-827 (lire en ligne)
  • (es) Marcelo Campagno, « Pierre Clastres y el surgimiento del Estado : Veinte años después », Boletín de Antropología Americana, no 33,‎ , p. 101-113 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articlePierre Bouretz, « CLASTRES Pierre, 1934-1977. La Société contre l'État, 1974 », dans François Châtelet (dir.), Dictionnaire des œuvres politiques, Paris, PUF, coll. « Quadrige », (1re éd. 1986), p. 223-231
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleJean-Louis Déotte, « Pierre Clastres : l'anarchie sauvage contre l'autogestion », Lignes, no 16,‎ , p. 73-84 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleRégis Meyran, « Pierre Clastres : Entre ethnologie et philosophie politique », Sciences Humaines, no 173, juillet,‎ , p. 52-55, + p. 57 (lire en ligne Accès payant)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMarc Abélès, « Pierre Clastres nous interpelle encore : Entretien avec Marc Abélès », Sciences Humaines, no 173, juillet,‎ , p. 56-57 (lire en ligne Accès payant)
  • Marcelo Campagno, « Pierre Clastres et le problème de l’émergence de l’État », sur Revue du MAUSS permanente, (consulté le )
  • Audrey Bertrand, « À propos de Pierre Clastres, La Société contre l’État, Paris, Les éditions de Minuit, 1974, chapitre 2 "Échange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne", p. 25-42. », sur Lectures en sciences sociales, (consulté le )
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleAnne-Christine Taylor, « Pierre Clastres et la dérision du pouvoir chez les Indiens : un commentaire », Terrain, no 61,‎ , p. 114-121 (lire en ligne), DOI:10.4000/terrain.15203
  • (pt) Aline Aranha et Gabriela Freire, « Sociedade contra o Estado - Pierre Clastres », Enciclopédia de Antropologia, sur Universidade de São Paulo, São Paulo, Departamento de Antropologia, (consulté le )
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleNicolas Journet, « Pierre Clastres. La politique du sauvage », Sciences Humaines, no 303,‎ , p. 60-65 (lire en ligne Accès payant)
  • Lauriane Guillout, « L’actualité du défi lancé par Clastres aux théories de l’État : Démocratie sauvage et devenir indien du politique », Droit & Philosophie, vol. XII,‎ , p. 207-228 (lire en ligne)

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMiguel Abensour (dir.), L'Esprit des lois sauvages : Pierre Clastres ou une nouvelle anthropologie politique, Paris, Seuil,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMiguel Abensour et Anne Kupiec (dir.), Pierre Clastres, Paris, Sens & Tonka,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleArash Joudaki, La politique selon l'égalité : Essai sur Rancière, Gauchet, Clastres et Lefort, Paris, L'Harmattan, coll. « Ouverture philosophique »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleChristian Ferrié, Le mouvement inconscient du politique : Essai à partir de Pierre Clastres, Paris, Lignes, coll. « Fins de la philosophie »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleEduardo Viveiros de Castro, Politique des multiplicités : Pierre Clastres face à l'État, Bellevaux, Dehors,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articlePierre-Alexandre Delorme et Clément Poutot (dir.), Clastres : Une politique de l'anthropologie, Lormont, Le Bord de l'eau, coll. « anamnèse »,

Autres sources[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert H. Lowie, « Some Aspects of Political Organization Among the American Aborigines » », The Journal of the Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, vol. 78, nos 1/2,‎ , pp. 11-24 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articlePatrick Santini, « Démocrates, marxistes et nomades », Marge, no 7 Août-Septembre,‎ , p. 4-6 (lire en ligne [PDF])
  • Joseph Pestieau, « Société et politique avec ou sans État », Philosophiques, vol. 6, no 2,‎ , p. 235–252 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleEmmanuel Terray, « L'État, le hasard et la nécessité : Réflexions sur une histoire », L'Homme, vol. 26, nos 97-98,‎ , p. 213-224 (lire en ligne)
  • Éric Biedermann, « L'État, l'opportunité et l'ambition : Réponse à Emmanuel Terray », L'Homme, vol. 26, no 100,‎ , p. 159-162 (lire en ligne)
  • Luc de Heusch, « Anthropologie et science(s) politique(s) », Raisons Politiques, no 22,‎ , p. 23-48 (lire en ligne)
  • Lucia Sagradini, « Critique de l’État : la constellation négative : Pierre Clastres, Claude Lefort, Miguel Abensour et Françoise Proust », Variations [En ligne], no 12,‎ (lire en ligne)
  • Paulin Ismard, « Le simple corps de la cité : Les esclaves publics et la question de l'État grec », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 69e année,‎ , p. 723-751 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleRomain Bertrand, « Comment jouer à chat perché avec l’État », Critique, no 810,‎ , p. 895-904 (lire en ligne Accès payant)
  • Étienne Tassin, « Aperçus sur la critique de l’État dans la pensée philosophique de langue française », Tumultes, no 44,‎ , p. 159-175 (lire en ligne)
  • Anders Fjeld, « L’économie étatique de la violence : accumulation originaire, suridentification et contrôle punitif », sur Implications Philosophiques,
  • Anonyme, « De la guerre contre l’État à la guerre contre le corps social », sur Lundi Matin, (consulté le )

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert H. Lowie, Social organization, London, Routledge and Kegan Paul, coll. « International library of sociology and social reconstruction »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleGilles Deleuze et Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 1 : L' Anti-Œdipe, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critique », (1re éd. 1972)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleJean-William Lapierre, Vivre sans État ? : Essai sur le pouvoir politique et l'innovation sociale, Paris, Seuil, coll. « Esprit »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleJean-Loup Amselle (éd.), Le sauvage à la mode, Paris, Le Sycomore, coll. « Les hommes et leurs signes »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleGilles Deleuze et Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2 : Mille Plateaux, Paris, Minuit, coll. « Critique »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleJosé Gil, Métamorphoses du corps, Paris, La Différence, coll. « Essais »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleFrançois Masnata, Le politique et la liberté : Principes d'anthropologie politique, Paris, L'Harmattan, coll. « Logiques sociales »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleFrançois Dosse, L'Empire du sens : L'humanisation des sciences humaines, Paris, La Découverte & Syros, coll. « Poche – Sciences humaines et sociales », (1re éd. 1995)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleLes Colloques Ethnologiques de Bordeaux, L'anti-autoritarisme en ethnologie : Actes du colloque du13 avril 1995, Bordeaux, Université Victor Segalen, Bordeaux 2, coll. « Mémoires des cahiers ethnologiques »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleGérard Gaillard, Dictionnaire des ethnologues et des anthropologues, Paris, Armand Colin, coll. « Cursus – Sociologie »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleClaude Rivière, Anthropologie politique, Paris, Armand Colin, coll. « Cursus – Sociologie »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMarc Abélès, Anthropologie de l'État, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », (1re éd. 1990), nouvelle édition
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleVéronique Bedin et Martine Fournier, La Bibliothèque idéale des Sciences Humaines, Auxerre, Sciences Humaines Éditions, coll. « Petite bibliothèque des Sciences Humaines », (lire en ligne Accès payant)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMiguel Abensour, La Démocratie contre l'État : Marx et le moment machiavélien, Paris, Félin, coll. « Le Félin Poche », (1re éd. 1997)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleGéraldine Muhlmann, Histoire des idées politiques, Paris, PUF, coll. « Quadrige Manuels », (1re éd. 1982)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleFrançois Dosse, Histoire du structuralisme : Tome I : Le champ du signe 1945-1966, Paris, La Découverte, coll. « Poche – Sciences humaines et sociales », 2012a (1re éd. 1991)
  • François Dosse, Histoire du structuralisme : Tome II : Le chant du cygne 1967 à nos jours, Paris, La Découverte, coll. « Poche – Sciences humaines et sociales », 2012b (1re éd. 1992)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleGeorges Balandier, Anthropologie politique, Paris, PUF, coll. « Quadrige », (1re éd. 1967)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMarc Abélès, Penser au-delà de l'État, Paris, Belin, coll. « Anthropolis »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleFlorence Weber, Brève histoire de l'anthropologie, Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleFrédéric Lordon, Imperium : Structure et affects des corps politiques, Paris, La Fabrique,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleRiccardo Ciavolella et Éric Wittersheim, Introduction à l'anthropologie du politique, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, coll. « Ouvertures politiques »,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMarshall Sahlins, Âge de pierre, âge d'abondance : L'économie des sociétés primitives, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », (1re éd. 1976)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articlePierre Bonte et Michel Izard (dir.), Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, Paris, PUF, coll. « Quadrige – Dico Poche », (1re éd. 1991)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articlePierre Dardot et Christian Laval, Dominer : Enquête sur la souveraineté de l'État en Occident, Paris, La Découverte,
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleEduardo Viveiros de Castro, Le regard du jaguar : Introduction au perspectivisme amérindien, Bordeaux, Éditions la Tempête,

Divers[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]