Romano Prodi
Romano Prodi, né le 9 août 1939 à Scandiano, est un économiste et homme politique italien, membre du Parti démocrate (PD).
Ministre de l'Industrie entre 1978 et 1979, il dirige ensuite à deux reprises l'Institut de reconstruction industrielle (IRI), dont il assure avec succès le démantèlement. En 1995, il fonde la coalition de centre-gauche « L'Olivier », qu'il conduit à la victoire aux élections anticipées de 1996.
Il est alors nommé président du Conseil des ministres, poste auquel il est contraint de renoncer au bout de deux ans seulement. Toutefois, en 1999, il est désigné président de la Commission européenne, en remplacement de Jacques Santer. Au cours de son mandat de cinq ans, il mène à bien l'élargissement de l'Union européenne de 2004, qui voit dix pays rejoindre l'UE.
Un an après avoir quitté cette fonction, il remporte les premières primaires citoyennes italiennes, organisées pour choisir le chef de file L'Union, une vaste coalition de centre-gauche et de gauche. L'alliance remportant, sur le fil, les élections générales d'avril 2006, il retrouve la présidence du Conseil. La fragilité de la coalition conduit le gouvernement à être mis en minorité au Sénat en février 2007, mais Prodi finit par conserver la confiance des deux chambres.
Élu président du nouveau Parti démocrate (PD) en octobre 2007, il est cependant obligé de démissionner de la présidence du Conseil, en janvier 2008, après avoir perdu un vote de confiance à la chambre haute, du fait du retrait d'un petit parti de la majorité. Pour les élections anticipées d'avril, il laisse le leadership électoral à Walter Veltroni. À l'issue du scrutin, il renonce à présider le PD et se retire de la vie politique.
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Biographie [modifier]
Une jeunesse modeste [modifier]
Romano Prodi est né le 9 août 1939 à Scandiano (Émilie-Romagne) ; il est le huitième des neuf enfants de Mario Prodi, un ingénieur originaire d'une famille de paysans, et de son épouse Enrica, professeur des écoles. Il a deux sœurs et six frères, dont Vittorio Prodi, membre du Parlement européen pour les VIe et VIIe législatures.
En 1969, il a épousé Flavia Franzoni, leur union religieuse étant célébrée par le père Camillo Ruini, aujourd'hui cardinal. Le couple a deux enfants : Giulio et Antonio. La famille vit à Bologne, en Émilie-Romagne.
De l'université à la politique [modifier]
Il est docteur en droit de l'université catholique du Sacré-Cœur de Milan et postgradué de la London School of Economics. Il a étudié au collège Collegio Augustinianum de l'université catholique du Sacré-Cœur, de 1957 à 1961.
Il entame sa carrière universitaire à la section d'économie et à la faculté de Sciences politiques de l'Université de Bologne, où il a travaillé comme assistant dès 1963, puis comme professeur adjoint en 1966 et enfin comme professeur de 1971 à 1999, enseignant l'organisation industrielle et la politique industrielle. Il a été professeur invité auprès de l'université Stanford en 1968 et à l'université Harvard en 1974.
Parallèlement à l'enseignement universitaire, Prodi a mené une intense activité de recherche qui s'est orientée sur « le développement des petites et moyennes entreprises et des zones industrielles », « la politique de concurrence », « l'étude des relations entre État et marché », « les politiques de privatisation », « le rôle central joué par les systèmes scolaires dans la promotion du développement économique et de la cohésion sociale », « le processus d'intégration européenne » et, suite à la chute du mur de Berlin, la dynamique des différents « modèles de capitalisme. »
Dans la littérature économique internationale, il est considéré parmi les fondateurs de l'« École italienne d'économie industrielle » avec Giacomo Becattini, Franco Momigliano, Luca Fancello et Paolo Sylos Labini[N 1].
Il a été initialement membre de la Démocratie chrétienne (DC). De novembre 1978 à mars 1979, Romano Prodi a été ministre de l'Industrie sous le gouvernement de Giulio Andreotti.
En 1982, le président du Conseil, Giovanni Spadolini, le nomme président de l'Institut pour la reconstruction industrielle (IRI), charge qu'il assumera jusqu'en 1989 en réussissant à améliorer l'économie du groupe. En 1993, Carlo Azeglio Ciampi le rappelle à la tâche pour procéder à la privatisation d'une bonne partie du holding, mission qu'il clôtura l'année suivante.
Une figure du centre-gauche italien [modifier]
En 1995, Prodi fonda une coalition de centre-gauche, L'Olivier, par laquelle il fut désigné comme candidat à la présidence du Conseil des ministres pour les élections générales d'avril 1996. Dans son programme, Prodi promit des mesures économiques importantes, destinées à préparer l'Italie pour son entrée dans ce qui deviendra la zone euro. Le 21 avril 1996, L'Olivier parvient à remporter une majorité relative à la Chambre, au sein de laquelle elle fit élire 299 députés sur 630, comme au Sénat de la République, dans lequel furent élus 157 sénateurs sur 315.
Chargé, par le président de la République, Oscar Luigi Scalfaro, de constituer un gouvernement, Prodi entame des consultations avec ses partenaires de L'Olivier, et, le 18 mai, le président du Conseil et les membres de son gouvernement se présentent au palais présidentiel du Quirinal, dans le dessein de prêter serment devant le président de la République.
Le 9 octobre 1998, après avoir fait approuver, par le Parlement, la Loi de finances, le gouvernement Prodi, mis en minorité, présente sa démission au président Scalfaro, qui nomme, le 21 octobre, un gouvernement dirigé par Massimo D'Alema, un ancien responsable communiste ; celui-ci fut, longtemps durant, considéré comme le responsable de la chute de Prodi, bien que ce dernier ne l'ait jamais déclaré.
La Commission Prodi [modifier]
Le 16 septembre 1999, Romano Prodi fut désigné président de la Commission européenne par le Parlement européen, succédant, à cette charge, à Jacques Santer, qui laissa derrière lui un bilan controversé.
Sous la présidence de Prodi, onze pays laissent leurs monnaies nationales pour adopter l'euro, la monnaie européenne. Considéré comme le chef du gouvernement de l'Union européenne, le président Prodi encouragea vivement l'adhésion de Chypre, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie et la Hongrie.
C'est également en sa qualité de président de la Commission que Romano Prodi approuva, à Rome, le 29 octobre 2004, le traité établissant une Constitution pour l'Europe, quelques jours avant la fin de son mandat, qui prit fin le 22 novembre suivant.
Des primaires au retour à la présidence du Conseil [modifier]
Le 16 octobre 2005, lors de primaires inédites en Italie, Romano Prodi a été élu chef de file de L'Union, une coalition associant des partis de gauche et de centre-gauche.
Les 9 et 10 avril 2006, l'Union remporte, de justesse, les élections législatives 2006 en Italie, avec une majorité de 63 sièges à la Chambre (plus un indépendant) et de 2 sièges au Sénat de la République. Romano Prodi succède ainsi à son rival, Silvio Berlusconi à la présidence du Conseil le 17 mai 2006. Sa majorité, dont la légitimité se trouve vivement contestée par Berlusconi, parvient à élire le communiste Fausto Bertinotti à la présidence de la Chambre des députés, et l'ancien syndicaliste et ministre Franco Marini à la présidence du Sénat de la République. D'autre part, Prodi a également soutenu l'élection de son ancien ministre de l'Intérieur, Giorgio Napolitano, à la présidence de la République, celui-ci étant le premier post-communiste ayant été élu à la magistrature suprême.
Romano Prodi obtient également des succès, bien plus marqués, contre la droite de Berlusconi aux élections administratives de mai 2006 et au référendum de juin 2006, au cours duquel 62 % des Italiens ont rejeté une réforme de la Constitution voulue par le gouvernement Berlusconi et votée uniquement par ses parlementaires (ce qui a rendu nécessaire le référendum pour la confirmer ou la repousser) afin de favoriser les régions du Nord, plus riches, en excluant la possibilité pour les citoyens de se faire soigner dans des Régions différentes de celle où l'on vit, et effacer la plupart des pouvoirs du président de la République pour les confier au président du Conseil. Ces deux votes auraient dû, selon les intentions de Berlusconi, sûr de gagner, faire tomber le gouvernement Prodi qui en sort plus fort qu'avant.
Une première mise en minorité [modifier]
Se retrouvant en minorité au Sénat sur sa politique extérieure (en Afghanistan), il présente la démission de son gouvernement le soir du 21 février 2007. Le président de la République italienne Giorgio Napolitano annonce le 24 février 2007 qu'il refuse sa démission et lui demande de présenter son gouvernement devant le Parlement pour obtenir la confiance (162 voix pour, 157 contre au Sénat ; sans formalité à la Chambre). Après cette crise, son gouvernement semble renforcé, malgré l'exiguïté de sa majorité sénatoriale.
Favorable aux unions civiles pour les couples de même sexe, Romano Prodi s'était attiré bien des critiques au sujet de sa politique familiale, aussi bien de l'opposition de centre-droit que de l'Église catholique.
La crise politique de 2008 [modifier]
Le 24 janvier 2008, après avoir obtenu la confiance de la Chambre des députés (326 voix contre 275), Romano Prodi est ébranlé par le vote de confiance négatif asséné par le Sénat. 161 sénateurs ont désavoué le gouvernement Prodi, tandis que 156 lui ont accordé leur confiance ; avec une majorité validée à 160 voix, le gouvernement a vu sa déchéance à une voix près.
Romano Prodi avait refusé de démissionner, comme certains de ses alliés — et le président Giorgio Napolitano — lui avaient conseillé de faire, et souhaitait affronter le vote du Sénat. Après cet échec, il présente sa démission au Président italien le 24 janvier 2008[1]. Il déclare, dans le même temps, se retirer de la vie politique, jugeant son avenir « serein, tant le monde est plein d'opportunités », préférant « ouvrir la voie à un changement de génération »[2]. Silvio Berlusconi remporte largement les élections générales d'avril et lui succède le 8 mai 2008.
Après 2008 [modifier]
Nommé chef d'un groupe de travail commun à l'Organisation des Nations unies (ONU) et à l'Union africaine (UA) sur le renforcement des opérations de maintien de la paix en Afrique le 12 septembre 2008, il devient professeur au Watson Institute for International Studies de l'université Brown le 6 février 2009.
Depuis 2010, il est également chargé d'enseigner les relations sino-européennes à la China Europe International Business School (CEIBS), une école de commerce chinoise très réputée. Le 9 octobre 2012, Prodi a été choisi par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, envoyé spécial pour le Sahel.
Élection présidentielle de 2013 [modifier]
Le 19 avril 2013, Romano Prodi est désigné candidat du Parti démocrate (PD) à l'élection présidentielle, au lendemain de l'échec de Franco Marini, pourtant soutenu par Le Peuple de la liberté (PdL), de Silvio Berlusconi, et le Choix citoyen (SC), de Mario Monti. Cette investiture est acclamée par les parlementaires du PD et reçoit l'appui de Gauche, écologie et liberté (SEL), qui avait préféré voter pour Stefano Rodotà. Elle est en revanche dénoncée par le PdL, qui estime que cette candidature ne permet aucun accord de gouvernement[3],[4]. Au quatrième tour de scrutin, le PD ayant voté blanc lors du troisième, il ne remporte que 395 voix sur 723, soit une centaine de voix de moins que ce qu'il pouvait espérer, alors que 504 suffrages étaient nécessaires pour s'imposer. Il retire alors sa candidature[5] et c'est finalement le président sortant, Giorgio Napolitano, qui est élu au sixième tour de scrutin.
Notes et références [modifier]
- Notes
- Henry W. de Jong, William G. Shepherd. Pioneers of Industrial Organization: How the Economics of Competition and Monopoly Took Shape. Edward Elgar Publishing Ltd. (ISBN 9781843764342)
- Références
- (fr) « Le président du Conseil italien Romano Prodi démissionne », Wikinews, 24 janvier 2008
- (fr) « Elections législatives et sénatoriales en Italie, 13 et 14 avril 2008 », Fondation Robert-Schuman, 13 avril 2008
- (it) « Élection du président de la République : Bersani propose le nom de Prodi, le PD unanime », Il Fatto Quotidiano, le 19 avril 2013
- (fr) « Italie : Romano Prodi en marche vers la présidence », Le Point, source de l'Agence France-Presse, 19 avril 2013
- (it) « Presidente Repubblica, niente quorum per Prodi. Mancano 100 voti, Pd sempre più nel caos », La Repubblica, le 19 avril 2013
Annexes [modifier]
Articles connexes [modifier]
- L'Olivier
- L'Union
- Les élections générales italiennes de 1996 et de 2006
- Les gouvernement Prodi I et Prodi II
- La Commission Prodi
Liens externes [modifier]
- Naissance en 1939
- Naissance dans la province de Reggio d'Émilie
- Universitaire italien
- Professeur à l'université de Bologne
- Personnalité politique italienne du XXe siècle
- Personnalité politique italienne du XXIe siècle
- Président du Conseil italien
- Personnalité de la Démocratie chrétienne (Italie)
- Personnalité de la Margherita
- Président de la Commission européenne
- Étudiant de l'université Harvard
- Professeur à l'université Harvard
- Professeur à l'université Stanford
- Docteur honoris causa de l'Université catholique de Louvain
- Chevalier grand-croix de l'ordre du Mérite de la République italienne