Dracula (personnage)

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Dracula
Personnage de fiction apparaissant dans
Dracula.

Le comte Dracula sous les traits de Bela Lugosi
Le comte Dracula sous les traits de Bela Lugosi

Alias Nosferatu
Mephistopheles
Alucard
Origine Roumanie Roumanie, Transylvanie
Sexe Masculin
Espèce Vampire
Cheveux Noirs
Yeux Havana
Activité(s) Aristocrate
Entourage R. M. Renfield
Ennemi(s) Abraham Van Helsing
Jonathan Harker

Créé par Bram Stoker
Interprété par Max Schreck
Bela Lugosi
John Carradine
Christopher Lee
Frank Langella
Gary Oldman
Gerard Butler
Film(s) Nosferatu le vampire
Dracula
(1931)
Le Cauchemar de Dracula
Dracula
(1992)
Dracula 2000
Roman(s) Dracula
Dracula l'immortel
Pièce(s) Dracula, or the Un-Dead (1897)
Première apparition 1095
Dernière apparition 1999

Le comte Dracula est un personnage de fiction créé par l'écrivain Bram Stoker dans son roman épistolaire homonyme Dracula (1897). Il a été repris et transformé par la suite dans de nombreuses œuvres, notamment au cinéma.

Création[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dracula.

Écrit à la fin du XIXe siècle, Dracula est un roman épistolaire dont le personnage principal est un vampire. Involontairement aidé par le jeune Jonathan Harker, ce personnage quitte la Transylvanie pour rejoindre l'Angleterre où il a raison de la vie de Lucy Westenra, amie de la fiancée de Jonathan Harker. Celui-ci, avec l'aide du professeur Abraham Van Helsing, de John Seward, de Morris Quincey et d'Arthur Holmwood lord Godalming, va ensuite traquer le vampire et l'éliminer de façon rituelle.

Selon Denis Buican[1] et Neagu Djuvara[2], Bram Stoker s'est inspiré de nombreuses sources pour son personnage :

  • le nom du comte Dracula est clairement calqué sur le surnom de deux voïvodes de Valachie du XVe siècle : Vlad II dit Dracul (« dragon » en roumain), ainsi surnommé car il était membre de l'ordre du Dragon, et son fils Vlad III Basarab dit Țepeș (« l'Empaleur » en roumain) ou Drăculea (« Petit dragon ») ainsi qu'il fut qualifié par ses ennemis[5]. La vie de ces princes valaques est connue grâce à des sources hostiles comme Histoires de la Moldavie et de la Valachie de Johann Christian Engel publié au début du XIXe siècle, les présentant comme des tyrans sanguinaires. Les libelles diffusés contre eux par leurs ennemis ont pu tomber sous les yeux de Bram Stoker par deux voies : soit directement dans les collections de la Royal Library ou du British Museum de Londres, soit via les articles d’un professeur hongrois de l'université de Budapest, Hermann Vamberger, dont Stoker aurait pu s'inspirer pour le personnage d'Arminius Vambery dans son roman[6]. Par ailleurs, « dracul » signifie également « diable ». Cette ambiguïté sémantique a été développée dans le roman de Stoker, soucieux de souligner l'aspect démoniaque du personnage : il se nourrit du sang de ses victimes et transforme à son tour celles-ci en vampires. Mis à part le nom, le Dracula de Stocker n'a cependant pas de rapport direct avec le personnage historique : le comte se décrit ainsi lui-même comme un prince sicule de Transylvanie, dont le château se trouve près de Bistrița et du col de Borgo. Stoker est le premier (et le seul à son époque) à avoir imaginé un lien entre Vlad Țepeș et celui qui allait incarner le mythe moderne du vampire.
  • Certains mots placés par Stoker dans la bouche des paysans tels que « vrolok » et « vlkoslak », laissent penser que l'écrivain connaissait également le mythe des « vârcolaci » (« morts-vivants » en roumain) décrits à la même époque par Emily Gerard, auteure d’ouvrages sur le folklore de Transylvanie. Dracula est aussi appelé Nosferatu[7]. Gerard et Stoker ont tous deux écrit que ce nom aurait la signification de « vampire » ou de « non mort » en roumain mais il n’en est rien : « nesuferitu » désigne « l’innommable », autrement dit le démon[8], alors que « vampire » se dit « vampir » et « non-mort » « strigoi ». Ce dernier mot a la même étymologie que stryge, créatures femelles imaginaires également appelées goules. Ces buveuses de sang du folklore arabe ont été reprises en Occident notamment par Paul Féval qui en fait dans son roman La Vampire (1856) la femelle du vampire.
  • Stoker a pu aussi avoir en mains l'une des nombreuses nouvelles inspirées par la Tragica historia du jésuite László Turóczi[9], publiée en 1729 et relatant les frasques sanglantes de la comtesse Élisabeth Báthory dans l’actuelle Slovaquie ;
  • Stoker a rédigé son roman en pleine horreur médiatique suscitée par son contemporain Jack l'Éventreur, qui sévit à Londres en 1888 ;

Par ailleurs, dans un article consacré aux possibles influences du folklore irlandais sur l'œuvre de Stoker, Bob Curran, professeur en histoire et folklore celtique à l'université d'Ulster, souligne la proximité des noms Dracula et Droch Ola (signifiant « mauvais sang » en gaélique)[11].

À noter que les lieux de l'action, communs pour partie avec ceux Vlad Țepeș, sont indiqués dans le roman sous leur forme allemande selon les cartes disponibles à l’époque (la Transylvanie était alors autrichienne)[12].

Description[modifier | modifier le code]

Physique[modifier | modifier le code]

La représentation du comte Dracula a évolué dans le temps.

Stoker décrit en détail le physique de Dracula dans le chapitre II de Dracula, l’homme de la nuit[13] : des cheveux et une moustache blancs (lors de sa première rencontre avec Harker) se colorant progressivement à mesure que le comte rajeunit, « des sourcils épais qui se rejoignent au-dessus de son nez en bec d'aigle », des canines pointues et développées ainsi que « les paumes de ses mains velues » et une mauvaise odeur se dégageant de lui. Le comte Dracula a la particularité de ne pas avoir d'ombre et de ne pas pouvoir se refléter dans un miroir. Bien qu'il possède un charisme qui hypnotise ses proies, c'était un vieillard — qui rajeunissait tout au long du roman — sans rien du séducteur.

Pour faire le portrait de son monstre, Stoker s'était inspiré des thèses de Cesare Lombroso, très en vogue à l'époque : on croyait alors que la forme du visage d'un homme indiquait son caractère et le portrait de Dracula correspond à celui du « type criminel » de Lombroso. Par ailleurs, David J. Skal, qui relève plusieurs références à l'œuvre de William Shakespeare dans le roman, apparente Dracula à Hamlet qui, lui aussi, était vêtu de noir[14].

Le Nosferatu de Murnau épouse plusieurs des caractéristiques physiques du personnage de Stoker, mais aussi quelques différences comme l'absence de cheveux et surtout des incisives pointues, à la place des canines.

Dans les films produits par Universal Pictures puis par la Hammer, le comte Dracula (interprété par Bela Lugosi puis par Christopher Lee) est représenté comme un aristocrate dans la force de l'âge, grand et svelte, avec des traits fins, le teint pâle et les cheveux noirs. Il est habillé d'un costume sombre et d'une grande cape noire à doublure rouge.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Dracula possède une personnalité ambiguë. Au fil des années, Dracula est passé du monstre sanguinaire sans aucun sentiment à un vampire capable d'aimer, de pleurer ou d'avoir de la sympathie envers quelqu'un. Les auteurs ont développé les raisons qui auraient poussé ce grand vampire à devenir aussi maléfique poussant ainsi le spectateur à avoir pitié de lui.

On ne compte plus les adaptations de Dracula, tant celles-ci sont nombreuses. Pourtant, aucune de ces adaptations ne nous livre la même lecture. Le personnage de Dracula a ceci de fascinant qu’il représente un véritable catalyseur : en lui se cristallisent des représentations très diverses selon la personnalité des personnes qui l’évoquent. Il semble qu’il possède ce pouvoir de libérer des fantasmes, des attentes, mais également des représentations culturelles.

Le Dracula de Stoker possède déjà cette particularité. La structure du roman est particulière : la plupart des personnages tiennent, en effet, un journal et c’est l’assemblage de ces différents témoignages qui constitue le résultat final. Dans ces témoignages, le vampire est, la plupart du temps, présenté comme un monstre sans cœur, une représentation du mal absolu. Mais ce n’est pas toujours le cas. Il est ainsi remarquable que Mina Harker éprouve de la pitié à son égard. Quant à Abraham Van Helsing, il est véritablement fasciné, tant par le personnage historique que Dracula a été que par le vampire lui-même ; il s’émerveillera, ainsi, de l’ingéniosité dont le prince des ténèbres a fait preuve pour préparer son voyage jusqu’à Londres : « Si un autre parmi les non-morts avait tenté cette même entreprise, tous les siècles qui furent et ceux qui seront n’y auraient peut-être pas suffi (…). Il a tout accompli tout seul, tout seul, à partir d’une tombe en ruine au fond d’un pays oublié » (p. 516-518).

Dans les autres adaptations, le vampire apparaît avec des traits de caractère différents. Dans Nosferatu, fantôme de la nuit, il est une véritable victime, prisonnier du temps qui ne le laisse pas en paix : il avoue ainsi à Jonathan sa douleur de ne pas pouvoir mourir. Dans les films de la Hammer, Dracula est certes un personnage cruel, mais il possède également un certain sens de la justice : dans Horror of Dracula, s’il décide de vampiriser la fiancée de Jonathan c’est, affirme Van Helsing, parce que ce dernier a tué la femme-vampire qui vivait avec lui ; de même, dans Une messe pour Dracula, le vampire entreprend de faire tuer les hommes qui ont assassiné celui qui lui a permis de renaître de ses cendres. Le Dracula de Francis Ford Coppola nous dévoile, lui, un personnage qui provoque franchement la sympathie du spectateur en renversant les symboles du bien et du mal : c’est en effet à cause de la cruauté de l'église que Dracula a accédé à l’état de vampire. Son caractère attachant s’exprime également, paradoxalement, par son humanité : il se révèle capable d’aimer, de pleurer, d’éprouver de la sympathie.

Il serait intéressant d’étudier l’évolution de la perception de Dracula par rapport à celle des personnages maléfiques en général. Depuis un certain nombre d’années, il semble que leurs portraits aient acquis une réelle profondeur : les auteurs tentent d’expliquer les raisons qui ont poussé ces personnages à choisir la voie du mal, et ce choix s’est souvent fait dans la souffrance. Cette profondeur place le lecteur ou le spectateur en situation de sympathie vis-à-vis du personnage maléfique. On peut se référer, à titre d’exemples, aux personnages de Dark Vador (Star Wars), d’Hannibal Lecter (Le Silence des agneaux), de Keyser Soze (Usual Suspects).

Pouvoirs[modifier | modifier le code]

Il peut se transformer en loup, en chauve-souris, en chien, en brouillard et en particules de lumière dansant dans un rayon de lune, mais aussi en homme séduisant (voir Dracula de Francis Ford Coppola et Dracula 2000 de Wes Craven). Il est capable d'hypnotiser ses proies qui sont ainsi en son pouvoir. Il est capable aussi de flotter dans les airs et se rendre maître des éléments. Il peut voir dans la nuit, faire lever le vent ; il est immortel: « Cet état de non-mort est étroitement lié à la malédiction d’immortalité »[15] et le sang de ses victimes le fait rajeunir. Il possède une force surhumaine et des sens sur-développés.

Les facultés prêtées à Dracula varient selon les versions. Ainsi, dans le roman de Stoker, le roi vampire possède de nombreux pouvoirs : il peut se transformer en chauve-souris, en chien, en loup, en grains de poussière sur des rayons de lune, en brouillard, se faire grand ou rapetisser, se rendre maître des éléments (tempête, brouillard, tonnerre) mais dans un espace limité, se faire obéir de certains animaux tels que le loup, le renard, le rat, le hibou, la chauve-souris ou la phalène, pénétrer la pensée des êtres dont il a bu le sang ; entre autres, il connaît la nécromancie, la télépathie, l'hypnose. Quant au sang qu'il boit, celui-ci le fait rajeunir et devenir plus fort, mais le fait de ne pas en boire ne remet pas en cause son caractère immortel.

Dans les films, ce sont surtout ses capacités de transformation en chauve-souris et son immortalité qui sont exploitées. Dans Le Cauchemar de Dracula, cependant, le cinéaste a choisi de ne pas accorder au personnage ce pouvoir de changer d'apparence.

Le roman détaille également un grand nombre d'incapacités ; ainsi, Dracula ne peut pénétrer chez quelqu'un sans y avoir été préalablement invité, ne peut dormir qu'en terre consacrée, ne peut traverser une eau courante, ne peut franchir des eaux vives qu'à marée haute ou lorsque la mer est étale, ne peut bénéficier de ses pouvoirs pendant le jour. Son corps ne projette aucune ombre, son image ne se réfléchit dans aucun miroir. Il ne peut se déplacer qu'à minuit ou à la tombée du jour et ne peut séjourner que dans la terre dans laquelle il a été enterré de son vivant, dans la tombe d'un être qu'il aurait vampirisé ou dans celle d'une âme damnée — un suicidé par exemple. L'ail, un crucifix, une hostie ou de l'eau bénite le repoussent ; une branche de rosier sauvage, posée sur son cercueil, l'empêche d'en sortir.

Par ailleurs, il existe plusieurs moyens pour le détruire. Le roman de Stoker indique plusieurs moyens : lui transpercer le cœur à l'aide d'un pieu, le décapiter ou tirer une balle bénite dans sa tombe. Dans Nosferatu, Murnau n'indique qu'un seul moyen : une femme pure doit retenir le vampire toute la nuit et lui faire oublier le chant du coq. C'est cette indication qui a amené les autres cinéastes — hormis Coppola — à exploiter l'idée que la lumière du jour était elle aussi nocive pour les vampires.

Famille[modifier | modifier le code]

Certains films lui attribuent une fille et un fils. Dans la série Tomb of Dracula, il est marié à Domini dont il a un fils semi-divin, Janus ; il a également une fille d'essence maléfique, Lilith.

Dans la série de jeux vidéo Castlevania, Dracula a eu un fils avec une mortelle. La mort de sa bien-aimée, tuée par l'Inquisition, l'a conduit à devenir un être maléfique, désireux de dominer l'humanité. Son fils, le demi-vampire Alucard, s'oppose à lui régulièrement.

Comment Dracula est-il devenu vampire ?[modifier | modifier le code]

Les vampires, du moins ceux que les versions occidentales modernes nous donnent à voir, le deviennent en ayant été mordus par un autre vampire. Si certains auteurs appliquent cette loi à notre personnage, en général, d’autres explications sont avancées. Car Dracula est un vampire bien particulier : pour son créateur, il s’agit du vampire originel, du premier vampire.

Le roman n’avance cependant pas d’explication quant à l’accession de Dracula au statut de buveur de sang : nous savons seulement que, comme ses semblables, son âme ne peut accéder à la paix éternelle ; l’élimination du roi vampire est ainsi une délivrance, comme le remarque un personnage du roman : « une expression de paix se répandit sur ce visage où jamais je n’aurais cru que ne pût apparaître rien de tel » (p. 600)[note 1]. Le roman ne fait que rappeler la cruauté et le goût du pouvoir du mortel qu’était Dracula, suggérant ainsi que là réside l’explication de sa damnation.

Peu nombreux sont les auteurs ayant exploité l’idée de la naissance du vampire Dracula. Dans le roman Les Archives des Dracula, Rudorff avance une hypothèse : mortel, Dracula aurait secouru une belle gitane qui lui aurait promis, en échange, la vie éternelle. Dans le film de Francis Ford Coppola, il aurait choisi de se détourner de l’Église, dont les représentants avaient refusé que sa femme soit enterrée sous prétexte qu’il s’agissait d’un suicide. Une autre piste possible et originale est celle avancée par le film Dracula 2000. En effet, selon le scénario, Dracula ne serait autre que Judas Iscariote, l'Apôtre de Jésus condamné pour sa traîtrise. Son allergie à l'argent serait causée par la récompense qu'il aurait reçue, sa peur du soleil par son suicide à l'aube, etc. Le manga Hellsing lui donne une origine différente : Lors d'un flashback, on nous présente d'abord un Vlad pieux et dévoué, puis vient le moment de son exécution, dans laquelle il accuse dieu de la mort de ses hommes. Il lèche le sang des décapités qui l'ont précédé et la case suivante montre la croix qu'il portait au cou coupée en deux après qu'il a renié dieu. Avant ce flashback, il se considérait comme "devenu un monstre parce que trop faible pour être un mortel".

L'érotisme chez Dracula[modifier | modifier le code]

Dans le roman de Bram Stoker[modifier | modifier le code]

First view of Demeter : l’abbaye de Whitby, ville portuaire dans laquelle échoua le Demeter à bord duquel se trouvait Dracula dans le roman de Stoker.

Dans les écrits qu'il a produits sur son projet d'écrivain, Bram Stoker se positionnait contre les auteurs qui, dans leurs récits, parlaient explicitement de sexualité. En cela, Stoker se soumettait parfaitement à la morale victorienne qui caractérisait son époque. Pour autant, la sexualité est-elle totalement absente de Dracula ? Non, pas tout à fait.

La sexualité se matérialise tout d'abord de manière explicite à travers les trois femmes-vampires qui vivent dans le château de Dracula. Lorsque Jonathan les rencontre pour la première fois, il avoue, non sans difficulté, son impuissance face à leurs charmes : « Oui, je brûlais de sentir sur les miennes les baisers de ces lèvres rouges » (p. 88). Plus loin dans le récit, Van Helsing éprouve un désir similaire à leur égard. Quant aux femmes-vampires, elles vont dans le sens de cette ambiguïté, de ce lien entre la mort dont elles sont l'allégorie et le désir charnel qu'elles inspirent, puisqu'elles qualifient leurs mortelles morsures de « baisers ».

L'attraction qu'exerce le comte lui-même sur les femmes est moins explicite. Bram Stoker ne dresse pas de lui un portrait aussi flatteur que pour les trois femmes-vampires : il est laid, est associé à des odeurs nauséabondes… Mais toute personne mordue par un vampire est, par la suite, irrésistiblement attirée par celui-ci et Mina Harker, tout en soulignant sa répulsion envers le comte, reconnaît cette ambiguïté : « J'étais comme étourdie et, chose étrange, je n'avais nulle envie de m'opposer à son désir » (p. 470). Par ailleurs, le comte a pleinement conscience de l'attractivité que possèdent les femmes-vampires sur les hommes mortels ; ainsi, voici comment il présente à Mina sa future existence en tant que non-morte : « Et vous, leur alliée très chère, très précieuse, vous êtes maintenant avec moi, chair de ma chair, sang de mon sang, celle qui va combler tous mes désirs et qui, ensuite, sera à jamais ma compagne et ma bienfaitrice. Le temps viendra où il vous sera fait réparation ; car aucun parmi ces hommes ne pourra vous refuser ce que vous exigerez d'eux ! » (p. 471). Le souhait du comte est de vampiriser de belles femmes afin de faire d'elles à la fois des esclaves et de redoutables sirènes ; bref, il tient le rôle du proxénète.

Et que penser de l'aspect symbolique de la morsure du vampire ? De nombreux critiques ont souligné son caractère éminemment sexuel. Le vampire visite en effet ses victimes la nuit, le plus souvent dans leur lit ; il les mord dans le cou, qui est un endroit du corps sensiblement érogène. Dans le roman de Bram Stoker, les personnages masculins tentent de sauver Lucy Westenra de la mort en pratiquant des transfusions, lesquelles sont explicitement associées à des formes de mariages, à des unions vitales entre les hommes et la jeune fille. Dans ce cas, le vampire, qui aspire, lui, ce sang, brise cette union vitale pour construire une autre forme d'union, mortelle celle-ci, entre lui-même et sa victime.

Soulignons, enfin, l'ambiguïté d'un passage du roman. Jonathan s'apprête à recevoir le baiser mortel des trois femmes-vampires quand le comte apparaît brusquement et les repousse ; s'ensuit cet extrait (p. 91) :

« La jeune femme blonde, avec son sourire provocant, se retourna alors pour lui répondre :
— Mais vous-même n'avez jamais aimé ! Vous n'aimez pas !
Les deux autres se joignirent à elle, et des rires si joyeux, mais si durs, si impitoyables retentirent dans la chambre que je faillis m'évanouir. Au vrai, ils retentissaient comme des rires de démons.
Le comte, après m'avoir dévisagé attentivement, se détourna et répliqua, à nouveau dans un murmure :
— Si, moi aussi, je peux aimer. Vous le savez d'ailleurs parfaitement. Rappelez-vous ! Maintenant, je vous promets que lorsque j'en aurai fini avec lui, vous pourrez l'embrasser autant qu'il vous plaira ! »

De quelle forme d'amour s'agit-il dans ce passage ? Probablement pas d'un amour tel que nous l'entendons, puisque le vampire est a-sentimental. Il est possible d'entendre ce terme comme un euphémisme : le substantif amour désignerait le coït et dans ce passage, les femmes-vampires se moqueraient de Dracula, lequel, contrairement à elles, n'est pas en position de consommer un acte sexuel avec un mortel au moment du récit. Cela signifierait également que les vampires ne peuvent avoir de relations sexuelles entre eux[16].

Dans Nosferatu[modifier | modifier le code]

Dans la première adaptation cinématographique inspirée du roman de Bram Stoker, Nosferatu le vampire, ainsi que dans la version de 1979 intitulée Nosferatu, fantôme de la nuit, la référence à la sexualité est également présentée de façon implicite.

Dans ces films, Dracula — également appelé comte Orlock — souhaite se rendre à Brême et, pour cela, fait appel à un clerc, Jonathan Harker. Or, le vampire tombe sur la photographie de la jeune épouse de Jonathan, Mina, qu'il regardera avec une attention marquée ; il ne manquera pas, d'ailleurs, de souligner ce qui, pour lui, fait la beauté de cette femme : « Elle a un beau cou ». L'instant d'après, la volonté du vampire de hâter son départ pour Brême est très nette ; son attirance pour Mina Harker est évidente.

Par ailleurs, le moyen mis en avant, dans les deux cas, pour éliminer le vampire est ambigu : il faut, en effet, qu'une femme au cœur pur le retienne toute la nuit et lui fasse oublier le chant du coq ; il s'agit d'une évocation nette de la nuit d'amour. La femme se doit d'être active dans cette démarche puisque le vampire lui obéit : ainsi, c'est parce qu'elle crie dans son lit, à Brême, au moment où, à plusieurs kilomètres de là où elle se trouve, le comte se penche sur le cou de son mari, que celui-ci renonce à sa victime. À Brême, au moment où Mina se penche à sa fenêtre, vraisemblablement pour appeler le comte qui la regarde de la maison qui jouxte la sienne, elle a, auparavant, éloigné son époux : celui-ci est parti chercher un médecin dans le film de Friedrich Wilhelm Murnau tandis que dans celui de Werner Herzog, elle parsème des morceaux d'hostie autour du siège sur lequel est assis son mari devenu vampire, l'empêchant ainsi de quitter sa place. Les deux films suggèrent le lien entre la morsure du vampire et le coït. Dans les deux cas, le vampire se penche sur la femme et pose sa main sur la poitrine de celle-ci. Dans le second Nosferatu, l'acte sexuel est évoqué plus avant puisque le vampire contemple le corps de la jeune femme et va jusqu'à soulever le bord de sa chemise de nuit.

Le « cœur pur » dont il est ici question ne signifie pas que la femme est vierge, puisque Mina est mariée ; elle ne signifie pas non plus qu'elle soit fidèle à son époux ; paradoxalement, cette pureté renvoie à un pas vers le mal. Tout au long des deux films, Mina et le comte étaient présentés comme deux doubles ; après avoir passé une nuit ensemble, les deux trépasseront.

Les critiques lisent souvent Nosferatu à la lumière des théories freudiennes, qui étaient très en vogue dans les années 1920. Le film évoquerait, ainsi, le conflit que les êtres éprouvent entre leurs pulsions sexuelles et les interdits sociaux. Le comte, dans ce cas, serait une représentation du ça.

Du monstre au séducteur[modifier | modifier le code]

Avec Dracula de Tod Browning (1931), le roi vampire va changer de visage. Alors qu'il était présenté auparavant comme un monstre hideux, il devient un séducteur : dans le film, les deux personnages féminins éprouvent une forte attirance à son égard.

Affiche de Dracula pour la fête d'Halloween

En 1958, avec Horror of Dracula, ce caractère don-juanesque du personnage est encore accentué. L'érotisme latent de l'acte de vampirisation est dévoilé au grand jour : avant de mordre Mina, Dracula entreprend ainsi, de l'embrasser à pleine bouche. Dans les autres films produits par la Hammer, dans lesquels Christopher Lee interprète le rôle du célèbre vampire, cet érotisme s'accentue de plus en plus ; il est ainsi particulièrement poussé dans Dracula et les femmes ou Du sang pour Dracula, tous les deux produits dans les années 1970. C'est l'époque du règne de la scream queen, personnage récurrent dans les films d'épouvante de l'époque : une belle victime dénudée et épouvantée.

Dans le film de John Badham (1979), Frank Langella interprète un Dracula résolument sensuel ; cette fois-ci, ce n'est pas seulement l'effet qu'il produit sur les femmes qui est souligné par le film, mais également son sex appeal. Après s'être introduit dans la chambre de Lucy Seward, le prince des ténèbres se penche sur sa victime consentante la chemise généreusement ouverte.

Au début des années 1980, Jesús Franco réalisa plusieurs films dits de série B, où l'érotisation du personnage prend largement le dessus sur la légende.

En 1992, Francis Ford Coppola propose un Dracula lui aussi lourdement chargé d'érotisme. Mais celui-ci dépasse le simple voyeurisme et se lit comme une dénonciation des interdits sociaux en matière de sexualité. Dans ce film, en effet, Mina, qui est promise à Jonathan, se comporte conformément aux bonnes mœurs : elle n'a aucune relation sexuelle avant son mariage, s'indigne quand un homme l'approche. Sa curiosité pour les choses du sexe est grande, mais elle la dissimule : si, au début du film, elle ouvre d'une main timide le Kâmasûtra qui se trouve à côté d'elle, elle le referme néanmoins violemment dès qu'elle entend son amie entrer dans la pièce. Lucy, par rapport à elle, fait figure de dévergondée : elle courtise trois hommes à la fois, aborde plusieurs fois le thème de la sexualité avec Mina, l'embrasse avec passion. Mais c'est au contact du comte que Mina Harker se libère des carcans moraux qui la briment. Le film présente, ainsi, l'évolution progressive de la jeune femme vers l'acceptation de ses désirs.

De l'érotisme à la pornographie[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, le personnage de Dracula a investi l'univers du X. Bien que ne relevant pas directement de ce genre, on peut citer à titre d'exemple le film Spermula de Charles Matton, dont le titre est évidemment calqué sur le nom du célèbre vampire : Dracula. Dans le domaine littéraire, citons L'Autre Dracula ou les cahiers secrets de Jonathan Harker de Tony Mark. Dans cette version, la seule faute de Dracula serait d'être trop libertin dans une société victorienne devenue sclérosée à force de frustration sexuelle. En 1994 le réalisateur italien Mario Salieri réalisa un somptueux Dracula réunissant les vedettes féminines les plus populaires du genre.

Œuvres où le personnage apparaît[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des films avec Dracula.

Le personnage de Dracula a tiré sa popularité actuelle davantage du cinéma que de la littérature. Il existe environ 200 films dans lesquels le roi vampire tient le rôle principal, ce qui en fait une des figures cinématographiques les plus populaires. Chacun de ces films adapte différemment l'œuvre de Stoker : l'intrigue et les caractéristiques des personnages, y compris leurs noms, sont rarement les mêmes.

avec Paul Askonas
avec Max Schreck
avec Carlos Villarías
avec Bela Lugosi
avec John Carradine
avec Francis Lederer
avec Christopher Lee
avec Rehan
avec Dante Rivero
avec Aldo Monti
avec Alexander D'Arcy
avec Zandor Vorkov
avec Howard Vernon
avec Paul Naschy
avec Jack Palance
avec John Forbes-Robertson
avec Udo Kier
avec David Niven
avec Frank Langella
avec Klaus Kinski
avec Andréas Voutsinas
avec Gary Oldman
avec Leslie Nielsen
avec Gerard Butler
avec Enrique Sarasola
avec Stephen Billington
avec Richard Roxburgh
avec Langley Kirkwood
avec Rutger Hauer et Stephen Billington
avec Peter Stormare (VF : Jean-Claude Donda)
avec Thomas Kretschmann

Nosferatu de Murnau[modifier | modifier le code]

La première adaptation du livre de Bram Stoker (et le premier film traitant du thème du vampire) est le chef-d'œuvre Nosferatu le vampire ((de) Nosferatu, eine Symphonie des Grauens) réalisé par Friedrich Murnau en 1922. Murnau chercha à éviter de payer les droits d'auteur et à cette fin changea le nom de tous les personnages ainsi que la localisation de l'intrigue. Ceci n'empêcha pas l'héritière, Florence Stoker, de l'attaquer en justice et d'obtenir la destruction des négatifs originaux ainsi que la plupart des copies. L'acteur qui interpréta le rôle du comte Dracula – également appelé « comte Orlok » dans cette version, Max Schreck, fut tellement persuasif que le bruit couru qu'il s'agissait d'un véritable vampire ! Cette idée fut reprise en 2000 dans le film L'Ombre du vampire ((en) Shadow of the vampire), réalisé par Elias Merhige. Le film mélange anecdote de tournage et éléments fantastiques allant jusqu'à émettre l'hypothèse que Schreck (joué par Willem Dafoe) était un vrai vampire.

Ce premier Nosferatu a fait l'objet d'un remake spécifique : Nosferatu, fantôme de la nuit de Werner Herzog en 1979 avec Klaus Kinski, Isabelle Adjani et Bruno Ganz. Cette seconde version, sensiblement différente de la première, connaîtra une suite : en 1988, Augusto Caminito réalisa Nosferatu à Venise ((it) Nosferatu a Venecia) dans lequel Klaus Kinski reprit le rôle de l'inquiétant vampire.

Les adaptations de Universal studios : 1931-1948[modifier | modifier le code]

En 1931, Bela Lugosi joue pour la première fois Dracula dans un film de Tod Browning, Dracula avec Helen Chandler. Il endossa ce rôle quatre fois en tout. C'est à Lugosi que revient le mérite de rendre à Dracula sa dimension érotique au cinéma (la dimension sexuelle de Nosferatu est plus psychanalytique), perdant en contrepartie le fascinant pouvoir de terreur de Max Schreck. Le scénario du film de Browning n'est pas une adaptation directe du roman de Stoker, mais de celle de Deane Hamilton, dans laquelle Lugosi (Dracula) et Edward Van Sloan (Van Helsing) jouaient déjà. Gregory A. Waller[17] souligne cependant que dans l'adaptation cinématographiques ont été ajoutées des scènes de Stoker qui avaient été omises par Deane pour des raisons pratiques essentiels ; le voyage en mer, par exemple. Le critique souligne également une duotomie, introduite dans le film, entre Reinfield et Dracula, le premier ne parvenant pas à s'intégrer à la société transylvanienne tandis que le second fait montre d'une sociabilité absente. Pour l'anecdote, en 1956, Bela Lugosi fut enterré avec la cape de Dracula à la demande de sa femme.

Les adaptations de la Hammer Films (1958-1976)[modifier | modifier le code]

Le deuxième acteur le plus représentatif du rôle de Dracula fut Christopher Lee qui apparut en 1958 dans le film de Terence Fisher : Le Cauchemar de Dracula (Horror of Dracula). Il s'agit d'une version plus gothique de l'œuvre, hissée au trentième rang des plus grands films britanniques de tous les temps par le magazine Total film en 2004. Hammer Films produisit ensuite une dizaine de films autour du personnage de Dracula, tous interprétés par Christopher Lee.

Productions parallèles[modifier | modifier le code]

Parallèlement aux productions de Universal et de Hammer Films ont foisonné d'autres œuvres cinématographiques dont voici les principales :

  • Drakula réalisé en 1921 (1923 est parfois avancé, mais il semble que ce soit une ressortie)[réf. nécessaire] par Karoly Lajthay, avec Margit Lux et Paul Askonas. Deux années avant le film de Murnau, ce film hongrois, réalisé sans l'autorisation de la veuve de Bram Stoker, a été tout d'abord considéré comme étant la première adaptation cinématographique du roman. Des découvertes plus récentes semblent indiquer que ce n'est pas le cas. Malheureusement, ce film est aujourd'hui considéré comme perdu[réf. nécessaire].
  • Drácula réalisé en 1931 par George Melford et Enrique Tovar Avalos avec Carlos Villarias et Lupita Tovar. Ce film, réalisé la même année que la production éponyme de Tod Browning, a été tourné à partir des mêmes décors et reprend la même intrigue.
  • Le personnage de Dracula a engendré un autre personnage, celui du tueur de vampires, souvent un vieux savant un peu fou, bien mis en scène dans le film de Roman Polanski, Le Bal des vampires en 1967 ; également, il y a les lignées Belmont, Van Helsing ou Buffy. Dans ce film apparaît aussi un vampire homosexuel, le fils même du comte ce qui laisse supposer que Dracula peut se reproduire.
  • Blacula, le vampire noir, film de blaxploitation réalisé en 1972 par William Crain avec William Marshall et Vonette McGee. Ce film ne met pas en scène le célèbre vampire mais l'évoque implicitement à travers le titre. Il sera suivi, un an plus tard, de Scream, Blacula, Scream réalisé en 1973 par Bob Kelljan avec William Marshall et Pam Grier.
  • Dracula et ses femmes vampires (Dracula) réalisé en 1973 par Dan Curtis avec Jack Palance et Simon Ward. C'est cette adaptation qui mettra pour la première fois en avant l'idée du vampire confronté à la réincarnation de son amour perdu, qui sera exploité plus tard dans l'adaptation de Francis Ford Coppola.
  • Du sang pour Dracula (Andy Warhol's Dracula) réalisé en 1974 par Paul Morrissey avec Udo Kier et Joe Dallesandro. Dracula doit ici boire le sang d'une vierge afin de retrouver sa vigueur. Pour cela, il part à la rencontre des filles d'un noble endetté sous prétexte de se marier avec l'une d'elles. Mais les belles ne sont pas aussi pures qu'elles le prétendent et ont succombé aux charmes du jeune paysan machiste qui se trouve sous leurs ordres. Cette version, franchement érotique, est remarquable notamment par l'inversion des rôles qu'elle établit. Ici, Dracula est maladif, famélique, nullement terrifiant ; sa fragilité et sa noblesse s'opposent à la virile rudesse du paysan qui déjoue, sans le vouloir, ses plans. Les valeurs véhiculées sont celles d'une époque secouée par la révolution sexuelle : l'exigence de virginité est ici présentée de manière négative puisque c'est grâce à leurs libertinages que les personnages parviennent à déjouer les plans du comte.
  • Dracula réalisé en 1979 par John Badham avec Frank Langella et Laurence Olivier. Cette version prend comme point de départ le voyage de Dracula vers les côtes anglaises à bord du Demeter, épisode qui se situe initialement au centre de l'intrigue. Alors qu'elle se promène sur la plage, Mina, qui est ici la fille de Van Helsing, découvre le corps inconscient du comte, unique survivant du naufrage du bateau. Dracula sera ensuite introduit auprès des personnes de son entourage : le Dr Seward, ami de son père, Lucy Seward et son fiancé, Jonathan Harker. Mina, puis Lucy, succomberont rapidement aux charmes du comte. Le Dracula qui est ici mis en scène est très sensuel et distingué ; il fait par ailleurs preuve d'une certaine humanité puisqu'il lui est possible de tomber amoureux. L'action est déplacée dans les années 1910, ce qui accentue encore le décalage entre une Angleterre résolument moderne et les valeurs passéistes que porte le comte.

Productions récentes[modifier | modifier le code]

En 1992, le prince des ténèbres, qui avait déserté les écrans, réapparaît avec le film de Francis Ford Coppola, sur un scénario de James V. Hart : Dracula ((en) Bram Stoker's Dracula) avec dans le rôle titre Gary Oldman, accompagné de Winona Ryder, Keanu Reeves et Anthony Hopkins. Ce film, qui est sans doute celui qui suit au plus près l'œuvre de Stoker - avec, toutefois, de nombreuses libertés -, met en scène un être capable de sentiments et dont le caractère tragique le rapproche des grands héros romantiques du XIXe siècle.

Cette adaptation de Coppola impulsa la réapparition de Dracula dans l'univers cinématographique.

En 1995, Mel Brooks réalisa une version parodique intitulée Dracula, mort et heureux de l'être ((en) Dracula: dead and loving it) avec Steven Weber et Leslie Nielsen.

En 2000, Patrick Lussier réalisa Dracula 2000 - intitulé Dracula 2001 en France -, avec Gerard Butler et Christopher Plummer, dans lequel le célèbre vampire ressuscite à notre époque. Patrick Lussier réalisa, en 2003, une suite de ce film, intitulée Dracula 2: ascension, qui fut nettement moins chaleureusement saluée par la critique.

En 2002, Guy Maddin réalisa l'adaptation cinématographique de la version du Royal Winnipeg Ballet (voir supra) sous le titre Dracula, pages tirées du journal d'une vierge ((en) Dracula: Pages From a Virgin's Diary), avec Zhang Wei-Qiang et Tara Birtwhistle.

En 2012, le réalisateur italien de film d'horreur Dario Argento réalise Dracula 3D avec Thomas Kretschmann dans le rôle-titre.

Série télévisée[modifier | modifier le code]

Bandes dessinées[modifier | modifier le code]

Le mythe de Dracula a inspiré plusieurs auteurs de bande dessinée, certains respectant fidèlement la trame du roman de Stoker, d'autres se rapprochant davantage de l'imagerie populaire véhiculée par les films, d'autres encore proposant une vision plus personnelle du maître vampire.

Comme nombre de légendes et mythologies, le comte Dracula a été intégré à l'univers super-héroïque des comics Marvel. La série Tomb of Dracula a duré le temps de soixante-dix numéros entre 1972 et 1979, dont on retiendra la période écrite par Marv Wolfman et dessinée par Gene Colan. Le vampire y est assimilé à un super-vilain ; il est caractérisé par ses manières aristocratiques, que viennent contredire son goût pour la cruauté gratuite et son obsession sanguinaire. La série mêle des éléments issus des films (la capacité de transformation en chauve-souris, présentée comme un super-pouvoir) à des personnages du roman (Abraham Van Helsing) ou inventés pour l'occasion (Hannibal King, Blade). Les mêmes auteurs feront revivre leur personnage fétiche dans The Curse of Dracula chez Dark Horse en 1998, traduit en France dans La Malédiction de Dracula chez Vertige Graphic en 1999. On peut également noter l'apparition de Dracula dans Uncanny X-Men #159 et annual 6 en 1982, les deux par Bill Sienkiewicz et Chris Claremont.

Deux dessinateurs hispanophones se sont confrontés à cet archétype dans des styles très différents. Respectueux du texte et de l'esprit de l'œuvre originale, le Dracula de Fernando Fernandez, publié dans le mensuel espagnol Creepy puis en album aux éditions Campus en 1985, s'apparente plus à une succession de tableaux qu'à une bande dessinée conventionnelle. Les planches sont peintes à l'huile et de longs récitatifs agrémentent les vignettes. La version de l'argentin Alberto Breccia chez Les Humanoïdes associés en 1993, rééditée chez Rackham en 2006, est une satire politique où le caractère grotesque des protagonistes est souligné par une facture rappelant Kokoschka[18]. Réalisé pendant la dictature militaire en Argentine, ce recueil d'histoires muettes est une métaphore de la relation entre dictateur-vampire et peuple-victimes[18].

En 2005, Pascal Croci concrétise un projet ambitieux qui lui tient à cœur depuis longtemps. Cet auteur complet a été durablement marqué par le film La Marque du vampire et par la lecture, à l'âge de 12 ans, de l'édition Marabout de Dracula[19]. Avec sa compagne et coscénariste Françoise-Sylvie Pauly, il aborde le sujet sous différents angles dans un diptyque. Le Prince Valaque Vlad Tepes (Emmanuel Proust, 2005) décrit la rencontre fictive entre Bram Stoker et un archiviste du British Museum qui lui raconte la légende de Vlad Țepeș Drăculea. Dans le second volet, Le Mythe raconté par Bram Stoker (2007), le prince des Carpates n'est pas représenté et la menace qu'il fait planer repose sur la suggestion. L'album est découpé en trois récits complémentaires, chacun éclairant le tempérament d'un personnage : la candeur de Jonathan Harker, la passivité de Mina et le volontarisme de Van Helsing.

Le scénariste Yves H. entreprend une démarche similaire chez Casterman en 2006. Associé à trois dessinateurs, il explore trois facettes du mythe dans Sur les traces de Dracula. Le premier tome, Vlad l'empaleur, est une biographie historique du prince de Valachie dessinée par Hermann ; le deuxième, dessiné par Séra, met en parallèle la vie de Stoker et des extraits du roman pour en expliquer la genèse ; le troisième présente une aventure dans la Transylvanie contemporaine (dessins de Dany).

Nosferatu de Philippe Druillet, paru chez Dargaud en 1989, réédité chez Albin Michel en 2001, n'entretient qu'un lointain rapport avec Dracula, ou même avec le film de Murnau. Dans cette transposition futuriste, le vampire s'interroge sur sa condition de mort-vivant dans un monde dévasté. Plus généralement, cette bande dessinée est le fruit du questionnement philosophique de l'auteur sur la mort et le néant.

Dans la série Requiem, Chevalier Vampire, Dracula est le roi des vampires sur la planète Résurrection. Il est le seul, dans ce monde peuplé de vampires, qui l'était déjà dans sa précédente incarnation sur Terre. Cette origine lui confère des pouvoirs supérieurs à ceux de ses pairs.

En 2012, Scott Snyder écrit une mini-série intitulée American Vampire: Lord of Nightmares, qui prend place dans l'univers de sa série-mère American Vampire ; cette histoire est centrée sur le retour de Dracula.

Parmi les autres adaptations :

  • Ténèbres écarlates de Neal Adams, éditions du Triton en 1980 ;
  • A Symphony in Moonlight and Nightmares de Jon J. Muth, Epic Comics en 1986 ;
  • Batman: Red Rain de Kelley Jones et Doug Moench, DC Comics collection « Elseworlds » en 1991 (VO), Panini en 2008 (VF sous le titre Batman & Dracula : pluie de sang) ;
  • Dracula de Mike Mignola et Roy Thomas, adaptation du film de Coppola, Topps Comics en 1992 (VO), Comics USA en 1993 (VF) ;
  • Dracula de Hippolyte, deux albums chez Glénat dans la collection « Carrément BD ».

Comédies musicales[modifier | modifier le code]

Affiche d'une production américaine de Dracula par Hamilton Deane et John L. Balderston en 1938

Si l'amour que le monde du cinéma éprouve pour le personnage est bien connu, c'est sur les planches que la popularité du vampire est née.

Stoker était intimement lié au milieu du théâtre et a travaillé près de vingt ans pour le Lyceum Theatre. Il éprouvait beaucoup d'admiration pour l'acteur Henry Irving, et avait exprimé le souhait que celui-ci joue le rôle de Dracula dans une adaptation théâtrale du roman - ce qui n'eut jamais lieu.

Nonobstant, Bram Stoker rédigea cette adaptation, qu'il intitula Dracula: or the undead dont il fit la lecture au Lyceum Theatre le 18 mai 1897. Le 31 mai, l'écrivain soumit le script au bureau du Lord Chamberlain qui était alors le censeur officiel des représentations théâtrales. Cette adaptation a été récemment rééditée sous la direction de Sylvia Starshine, mais n'est pas traduite en français.

En 1924, le britannique Hamilton Deane représenta un Dracula sensiblement différent de la pièce écrite par Stoker. David J. Skal[20] souligne, en effet, que des problèmes de coût ont entraîné une réduction des lieux présentés dans la pièce ; dès lors, pour que le vampire puisse entrer en interaction avec les autres personnages, il était nécessaire qu'il soit invité par eux et donc, qu'il soit présenté comme un être plus sociable que le Dracula de Stoker. C'est à l'occasion de la représentation de cette pièce, également, que le vampire adopta cette apparence moins monstrueuse que nous lui prêtons plus volontiers.

La pièce de Deane fut ensuite réécrite par Horace Liveright qui souhaitait la présenter au public américain. C'est dans cette version que le vampire porte cette cape au col particulièrement haut dont les représentations suivantes le revêtiront. Afin de jouer le personnage de Dracula, Liveright fait appel à un acteur hongrois, Bela Ferenc Dezso Blasko - nom de scène : Bela Lugosi. Cette pièce, présentée à Broadway à partir d'octobre 1927, sera un succès et attirera l'attention d'Hollywood : les studios Universal chargeront Tod Browning d'en donner une version cinématographique en 1931.

Depuis, parallèlement à sa formidable carrière cinématographique, Dracula fut l'objet d'autres interprétations théâtrales ; citons, à titre d'exemple, Dracula: sabbat de Leon Katz (1970), Dracula: a musical nightmare de John Douglas et John Aschenbremer (1978), Dracula (1978) avec Jeremy Brett ou Mac Wellman's Dracula (1994).

Le prince des ténèbres a également inspiré des réalisateurs de ballets tels que Jean-Claude Gallotta qui, en 2001, créa pour l'opéra de Paris un ballet intitulé Nosferatu ou Mark Godden, auteur en 1998 d'un Dracula qui connut un franc succès et qui fut ensuite adapté au cinéma sous le titre Dracula, pages tirées du journal d’une vierge (2003).

Signalons également l'existence de la comédie musicale de Gregory Hlady, mettant en vedette Bruno Pelletier dans le rôle du célèbre comte dans le spectacle Dracula, entre l'amour et la mort (2004). Il est entouré de plusieurs artistes de renom du Québec (Sylvain Cossette, Andrée Watters, Daniel Boucher, Pierre Flynn, Gabrielle Destroismaisons). Roger Tabra en assure les paroles, sur la musique de Simon Leclerc. Le spectacle connu un franc succès au Québec en 2006, avant de faire une série de représentation en France en 2008 (Daniel Boucher cédant son rôle de Renfield à Matt Laurent, une autre valeur sûre dans le paysage musical québécois).

Enfin, en septembre 2011 le spectacle musical de Kamel Ouali, Dracula, l'amour plus fort que la mort a été joué au Palais des Sports de Paris. L'histoire évoque un amour impossible entre Dracula et Mina, interprétés respectivement par Golan Yosef et Nathalie Fauquette.

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Le personnage de Dracula a également une influence dans le monde vidéoludique.

La principale série vampirique majeure est très certainement Castlevania dont les différentes itérations relatent principalement les combats entre la famille Belmont et Dracula. Débutée en 1986, la série fait de Dracula son principal antagoniste. Il ressuscite tous les 100 ans, avec son immense château (théâtre des évènements de chaque jeu) pour asservir l'humanité, mais est à chaque fois vaincu, généralement par un membre du clan Belmont, célèbres chasseurs de vampires, soit par son propre fils, Alucard. Il apparait dans les jeux habillé de vêtements classieux et sombres, a la peau très pâle, les cheveux longs et blancs et les yeux rouges. La franchise perdure encore dans les années 2010, mais en se détachant de l'œuvre originale de Bram Stoker.

Des vampires apparaissent dans le célèbre jeu, Les Sims 2. Dans le jeu, les vampires (toujours nommés comte) ont la peau blanche, les yeux rouges, les cheveux parfaitement lissés, le costume traditionnel et les fameuses canines pointues. Ils peuvent se transformer en chauve-souris et mordent leurs victimes au cou.

D'autres jeux, indépendants entre eux, ont directement trait au comte : Dracula Origin, Son of Dracula, Kid Dracula (en), Dracula Résurrection (qui a initié quatre suites), Bram Stoker's Dracula, et Dracula Origin.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilles Ménagaldo, « Figurations du mythe de Dracula au cinéma : du texte à l'écran », Dracula : mythe et métamorphoses[réf. nécessaire]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (ru) Denis Buican, Les Métamorphoses de Dracula, Bucarest, Scripta, 1996
  2. (ru) Neagu Djuvara, De Vlad Țepeș à Dracula le vampire, Bucarest, Humanitas (ISBN 973-50-0438-0)
  3. Piero Gondolo della Riva, Bibliographie analytique de toutes les œuvres de Jules Verne, tome I, Société Jules-Verne, Paris, 1977.
  4. (en) Mike Ashley, Vampires. Classic Tales, Courier Dover Publications,‎ 2013, 256 p.
  5. Dracul fut également le surnom d’un autre voïvode plus tardif : Mihail Ier Șuțu (1730-1803) qui régna de 1783 à 1795.
  6. Il n'apparaît pas mais est cité par le Dr Abraham Van Helsing comme « ami » et source de renseignements.
  7. Préface de Dracula, l’homme de la nuit de Bram Stoker, traduit par Ève et Lucie Paul–Margueritte, 1920, sur Wikisource.
  8. Tudor Pamfile, Mihai Canciovici, Mythologie roumaine, All educational, Bucarest, 1992.
  9. (la) László Turóczi, « Tragica historia » dans Ungaria suis cum regibus compendia data, Typis Academicis Soc, Jesu per Fridericum Gall, 1729, p. 188-193.
  10. Juste retour des choses, l'enzyme salivaire de ces chauves-souris « vampires », qui leur permet de retarder la coagulation, a été baptisée « draculine » par les scientifiques. Cf. A. Z. Fernandez, A. Tablante, F. Bartoli, S. Béguin, H.C. Hemker et R. Apitz-Castro, « Expression of biological activity of draculin, the anticoagulant factor from vampire bat saliva, is strictly dependent on the appropriate glycosylation of the native molecule », Biochim Biophys Acta, 23 octobre 1998, PMID : 9795244.
  11. History Ireland, été 2000 (lire en ligne).
  12. Cela a peut-être contribué au succès que le personnage de Dracula et son avatar Nosferatu ont rencontré dans les pays germanophones.[réf. nécessaire]
  13. Chapitre II de Dracula, l’homme de la nuit de Bram Stoker, op. cit., sur Wikisource.
  14. (en) David J. Skal, « His hour upon the stage: Theatrical adaptations of Dracula » dans Bram Stoker: Dracula, Norton Critical Editions, New-York-London, 1997, p. 371-381.
  15. Chapitre XVI de Dracula, l’homme de la nuit de Bram Stoker, op. cit., sur Wikisource.
  16. Cf. note 1 p. 43 de l'édition Norton and Company
  17. (en) Gregory A. Waller, « Tod Browning's Dracula », Bram Stoker : Dracula/ Norton Critical Editions, New-York-London, 1997, p. 382-389.
  18. a et b Parallèle établi par Daniel Brolli dans la postface de l'édition Rackham.
  19. Voir postface du tome 2.
  20. David J. Skal, op. cit.
  1. La pagination renvoie à l'édition française mais les analyses de cet article se basent sur l'édition anglaise.