Strigoi

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Les strigoi (prononcé strigoï) sont des créatures mort-vivantes qui font partie du folklore roumain. Généralement, les « strigoi » sont des âmes troublées qui sortent de leur tombe et reviennent tourmenter leurs proches. Le terme désigne une sorte de revenant avec un corps physique sans être pour autant un zombie. Avec la popularisation du mythe de Dracula et le fait qu'ils aspirent l'énergie vitale de leur entourage, les strigoi sont apparentés aux vampires.

Strigoi dans l'histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Selon Adrian Cremene, l'origine des strigoi remontent à l’époque dace. Les strigoi seraient des créatures de la mythologie dace, comme une représentation de mauvais esprits, les esprits des morts dont les âmes n'étaient pas dignes d'entrer dans le paradis de Zalmoxis, suite à leurs mauvaises actions. Strigoi pourrait avoir la même étymologie que stryge et fait partie du même fond mythologique que le vârcolac qui désigne, dans la langue courante, un loup-garou. Les Daces partageant avec les autres Thraces la même mythologie, on retrouve ces légendes à travers tous les Balkans, mais, comme elles ont été transmises uniquement par tradition orale, des transformations ont eu lieu, et les strigoi sont devenus, comme les vârcolaci, des créatures maléfiques détruisant et pervertissant l'âme des vivants, à ceci près que les strigoi sont des morts-vivants assoiffés de sang, alors que les vârcolaci sont des entités immatérielles qui ne se nourrissent que d'esprit et, au moment des éclipses, de la lumière du soleil et de la lune[1].

Le strigoi au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas de mention écrite de légendes de strigoi avant le XVIe siècle. La comtesse Erszebet Báthory, née en 1562 et morte en 1614, est le plus ancien exemple de personnage historique qualifié de strigoi. Un peu plus tard, le dalmate Jure Grando décédé en 1656 fut le premier vampire classique dont l'existence est documentée par écrit[2]. Dans son Istrie natale, il a été qualifié de strigoi, mot istrien pour désigner un vampire. En tant que strigoi, il a terrorisé les villageois jusqu'à ce qu'il soit décapité en 1672. Ces deux personnages étaient en fait des criminels sanguinaires, mais l'adjectif de strigoi qui a servi à les désigner montre que la légende et le terme préexistaient.

Article détaillé : Élisabeth Báthory.
Article détaillé : Jure Grando.

Le strigoi sous le communisme roumain[modifier | modifier le code]

Pendant la dictature communiste, il était courant dans la population terrorisée par la répression et affamée par les restrictions, de murmurer que les dirigeants étaient des strigoi. Lors de la révolution roumaine de 1989, le cadavre de Nicolae Ceaușescu n'ayant pas reçu de funérailles, et ayant été enseveli à la hâte, le fantôme de l'ancien dictateur est devenu une menace dans l'inconscient de certains Roumains superstitieux. Gelu Voican, l'un des principaux porte-parole des coordonnateurs du coup d'État, coutumier d'outrances et d'attitudes caricaturales, a alors tapissé la villa du Conducător avec des tresses d'ail, remède traditionnel contre les strigoi[3].

Le strigoi aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Après l'ail de Gelu Voican, le strigoi devient affaire d'anecdotes, sans pour autant quitter complètement le champ politique. Peu avant Noël 2003, dans le village de Marotinu de Sus, un Roumain de 76 ans, du nom de Petre Toma décède, et sa famille procède à l'enterrement. En février 2004, une des nièces du défunt révèle qu'elle est visitée par son feu oncle. Le beau-frère, un certain Gheorghe Marinescu, prend la tête d'une chasse au vampire avec plusieurs membres de la famille. Après s'être bien imbibés d'alcool, ils déterrent le cercueil de Petre Toma, font une incision à sa poitrine, et arrachent le cœur. Après avoir pratiqué l'ablation du cœur, la dépouille est brûlée et les cendres sont mélangées dans de l'eau et bues par la famille, comme le veut la coutume. Or, le gouvernement roumain, soucieux de se donner une bonne image pour son adhésion à l'Union européenne, interdit ces pratiques d'un autre temps, et six membres de la famille citée ci-dessus furent arrêtés par la police de Craiova du judet de Dolj pour « atteinte à la paix des morts »[4], puis furent condamnés à une peine de prison et à payer des dommages moraux à la famille de Petre Toma. Depuis dans le village voisin de Amărăștii de Sus, les habitants plantent « préventivement » un pieu dans le cœur ou le ventre des morts avec des pieux durcis au feu[5].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Origine daco-gète du nom[modifier | modifier le code]

Jules Verne a employé dans son roman Le Château des Carpathes publié en 1892, au chapitre II, le vocable de « strygie » pour rendre le mot roumain strigoi : « (…) les vampires, appelés stryges, parce qu'ils poussent des cris de strygies, (…) ». Cela rappelle que stryga était, selon les philologues et les linguistes, un mot grec signifiant « démon féminin ailé, mi-femme mi-oiseau, poussant des cris perçants », dérivé de strigx (rapace nocturne) et certainement passé en thraco-dace (puisqu'il existe en albanais sous la forme shtriga). Stryga serait à l'origine du verbe roumain a striga, qui signifie « hurler/crier », du mot italien strega signifiant « sorcière », et du mot français stryge[6]. Quant à Bram Stoker, il représente dans le chapitre I de son roman Dracula le personnage de Jonathan Harker à l'écoute de villageois qui utilisent la forme féminine du mot strigoi (« stregoïca », du roumain strigoaica) pour désigner une sorcière.

Origine latine du nom[modifier | modifier le code]

L'écrivain Romulus Vulcanescu évoque une origine latine du nom. Selon cet auteur, le nom strigoi est lié au terme latin strigosus qui signifie « efflanqué/maigre »[6], terme qu'on retrouve dans strigeatida.

Expression[modifier | modifier le code]

En Roumanie, il existe une expression qui utilise le mot strigoi : a umbla ca un strigoi, ce qui veut dire en français « vagabonder comme un strigoi ». Cette expression suggère l'idée d'être un noctambule sans but.

Plusieurs types de strigoi[modifier | modifier le code]

Tudor Pamfile dans son ouvrage Mitologie românească compile toutes les appellations du strigoi en Roumanie, strâgoi, moroi dans l'Ouest de la Transylvanie, en Valachie et en Olténie, vidmă en Bucovine, vârcolacul ou Cel-rău, ou encore vampire.

Les strigoi vivants[modifier | modifier le code]

Le strigoi vivant (strigoi viu) est une sorte de sorcier. Selon Adrien Cremene, dans son livre Mythologie du vampire en Roumanie, le strigoi vivant vole la richesse des paysans, c'est-à-dire le blé et le lait. Mais il peut aussi arrêter la pluie, faire tomber la grêle et donner la mort aux hommes et aux bovins.

Les strigoi morts[modifier | modifier le code]

Le strigoi mort (strigoi mort) est beaucoup plus dangereux. Sa nature est ambiguë, à la fois humaine et démoniaque. C'est un mort-vivant qui sort de sa tombe, revient dans sa famille et se comporte comme de son vivant, tout en affaiblissant ses proches jusqu'à ce qu'ils meurent à leur tour.

Causes du strigoïsme[modifier | modifier le code]

L'encyclopédiste Dimitrie Cantemir, au XVIIIe siècle, mais aussi le folkloriste Teodor Burada dans son ouvrage Datinile poporului român la înmormântări publié en 1882 évoquent des cas de strigoïsme. Le strigoi peut être un homme vivant, né sous certaines conditions :

– être le septième enfant du même sexe d'une famille ;
– être roux ;
– mener une vie de pêchés ;
– mourir sans être marié ;
– par le parjure ;
– par le suicide ;
– avoir été maudit par une sorcière.

Selon Ionna Andreesco, dans son livre Où sont passés les vampires ? publié en 1997, les enfants nés coiffés d'un placenta seront des strigoi à leur mort.

Apparence physique[modifier | modifier le code]

Le strigoi a des canines proéminentes et des yeux injectés de sang. Une fois mort, son corps ne se décompose pas et garde une physionomie humaine.

Conjurations[modifier | modifier le code]

En 1887, le géographe français Élisée Reclus détaille les enterrements en Roumanie : « si le défunt a les cheveux rouges, il est fort à craindre qu'il ne revienne sous la forme de chien, de grenouille, de puce ou de punaise, et qu'il ne pénètre la nuit dans les maisons pour sucer le sang des belles jeunes filles. Alors, il est prudent de clouer fortement le cercueil, ou, mieux encore, de traverser d'un pieu la poitrine du cadavre. »[7]

Selon des légendes roumaines, le livre de Peter Haining, The Dracula Scrapbook édité par les éditions New English Library en 1976, nous rapporte que la viande de cochon tué le jour de la Saint-Ignace est un bon moyen de se prémunir contre les vampires[8].

Le strigoi dans les arts[modifier | modifier le code]

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

En 1929, un auteur roumain du nom de N.I. Dumitrașcu publie un livre intitulé Strigoii qui relate une histoire traditionnelle de vampire roumain.

Le romancier Dan Simmons utilise ce terme dans le roman Les Fils des ténèbres pour désigner un groupe d'humains présentant plusieurs maladies sanguines théoriquement fatales et qui compensent cette faiblesse grâce à un organe supplémentaire et un rétrovirus qui permettent de métaboliser les éléments qui leur manquent.

Dans le roman Descendance de l'écrivain Graham Masterton, le personnage central James Falcon est un chasseur de strigoi. L'intrigue tourne principalement autour de ces créatures.

L'écrivain Li-Cam a écrit Lemashtu un roman fantastique où le strigoi est selon Li-Cam : « un primate appartenant à l’espèce des Homo sapiens, sous-espèces Homo sapiens incubus. Les sapiens incubus sont plus robustes, plus agiles et vivent en moyenne plus longtemps que les sapiens sapiens ».

Dans les romans du sorceleur et le jeu vidéo adapté, The Witcher, la strigoï prend le nom de stryge, bien qu'elle tienne plus du monstre roumain que du latin. La princesse Adda, née d'un inceste et morte à la naissance, continua à grandir dans son caveau et sortit pour tuer et dévorer des humains. On paya le sorceleur Géralt de Riv, personnage principal, pour annuler la malédiction. La princesse Adda revient donc à la cour. Mais, dans le jeu vidéo, elle se retransforme à cause de la trahison d'un de ces proches au cours d'une manœuvre politique et Géralt est de nouveau amené au choix entre la tuer et détruire la malédiction.

Les strigoi sont présents également dans Vampire Academy.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

En 2007, un des méchants du film 30 jours de nuit est crédité au générique de fin en tant que strigoi.

En 2009, un court-métrage américain de Aaron Putnam intitulé Strigoii, avec Anthony Giordano, Sarah Lipham et Nathaniel Mason relate l'histoire d'une petite ville américaine terrorisée par un vampire[9].

Encore en 2009, Strigoi (en), une comédie fantastique britannique de Faye Jackson avec Constantin Bărbulescu, Camelia Maxim et Cătălin Paraschiv, relate l'histoire de Vlad qui revient dans son village natal de Roumanie. Mais les choses ont radicalement changé depuis son départ. Les terres ont été totalement redistribuées et les propriétaires les plus puissants de la région affichent un comportement pour le moins étrange ; ils semblent littéralement être revenus d'entre les morts. Vlad mène l'enquête et tente de lever le voile sur le passé trouble de sa petite communauté[10]. Le film est une métaphore pour dénoncer l’avidité des hommes, dans un pays qui vit toujours avec son passé communiste et ses attentes vis-à-vis de l'Union européenne.

En 2014, la série horreur The Strain de Guillermo Del Toro, met en avant une invasion de vampires strigoi (le terme est utilisé pour la première fois dans l'épisode 5). Les créatures aspirent le sang de leurs victimes par l'intermédiaire d'une mandibule qui sort de leur gorge. Leur sang est contaminé par des vers parasites qui les transforment en créatures de la nuit. L'un des personnages principaux est un homme d'origine arménienne qui les chasse depuis qu'il a été confronté, pour la première fois, à l'un d'entre eux dans un camp de concentration en 1944.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (ro) Tudor Pamfile, Mihai Canciovici : Mitologie românească (Mythologie roumaine), Bucarest : All educational, 1997, 497 p. (ISBN 973-571219-9)
  2. (en) Interview avec Boris Peric
  3. (fr) Jean Cuisenier, « le Feu vivant : la parenté et ses rituels dans les Carpates », sur Persee.fr,‎ 1995 (consulté le 30 mai 2011)
  4. (ro) Larisa Mititelu, « Adevărul despre „Cazul strigoiului Petre Toma” », sur Indiscret.ro,‎ 2004 (consulté le 27 mai 2011)
  5. (fr) Cristina Lica, « Pour échapper aux vampires, rien ne vaut les vieilles recettes », sur courrierinternational.com,‎ 2011 (consulté le 13 septembre 2011)
  6. a et b (fr) Gaffiot, « Dictionnaire Gaffiot », sur lexilogos.com,‎ 1934 (consulté le 25 mai 2011)
  7. Nouvelle Géographie universelle, tome I, Hachette, Paris, 19 volumes, 1876-1894
  8. (fr) Peter Haining, « The Dracula scrapbook », sur Mordue de vampires,‎ 1976 (consulté le 20 avril 2011)
  9. (fr) « Strigoii », sur IMDB,‎ 2009 (consulté le 25 mai 2011)
  10. (fr) « Strigoi », sur Horreur.net,‎ 2009 (consulté le 25 mai 2011)

Voir aussi[modifier | modifier le code]