Philippe Druillet

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Philippe Druillet

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Philippe Druillet au Babel International Comics Festival, Athènes, Juin 2007.

Naissance 28 juin 1944 (70 ans)
Paris Drapeau de la France France
Nationalité Française
Profession dessinateur et scénariste de bande dessinée

Philippe Druillet, né le 28 juin 1944 à Paris[1], est un dessinateur et scénariste de bande dessinée français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Il nait le 28 juin 1944, jour de l'assassinat, par la Résistance, de Philippe Henriot, secrétaire d'État à la Propagande du régime de Vichy. Il s'appelle Philippe pour lui rendre hommage[2],[3]. Son père était un fasciste convaincu qui a fait la guerre d'Espagne du coté des franquistes et fut responsable de la milice du Gers à Auch[4], dont sa mère, Denise, fut la responsable administrative. En août 1944, peu après sa naissance, ils s'enfuient en Allemagne à SigmaringenLouis-Ferdinand Céline le soigne après 25 jours sous une cloche à oxygène ; puis à Figueras en Catalogne, en Espagne pour échapper à des poursuites pour faits de collaboration et sont condamnés à mort par contumace[5]. Il retourne en France à Paris en 1952, après la mort de son père. Durant cette période il n'arrive à se faire accepter auprès de ses camarades que comme l'artiste, le marginal, couvrant des cahiers entiers de dessins. Il fréquente aussi beaucoup les cinémas (Le Tombeau hindou de Fritz Lang, Hamlet de Laurence Olivier, King Kong, Le Voleur de Bagdad). Philippe Druillet considère cette période comme prédominante pour son évolution future[6].

Vers 13-14 ans, il se tourne vers la science-fiction et découvre H. P. Lovecraft.

Après son certificat d'étude, il devient photographe et rencontre vers 16-17 ans Jean Boullet. Ce dernier lui a appris les bases du dessin et de la peinture et lui a ouvert l'esprit sur l'esthétisme et la folie.

En 1964-1965 il est sous les drapeaux au Service Cinématographique des Armées ce qui lui laisse du temps libre. Influencé par la lecture du Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier, il décide à son retour à la vie civile de se lancer dans le dessin.

Son premier livre paraît en 1966 chez Losfeld. Intitulé Le Mystère des abîmes, il met en scène son héros récurrent Lone Sloane sur le thème de la science-fiction. Pressé par son éditeur de boucler son album, il fait les 30 dernières planches en deux mois et par la suite qualifie « le Sloane de chez Losfeld [de] très mal dessiné »[7].

Grâce à ce premier album, il entre chez OPTA où il réalise des couvertures et des illustrations car il ne touchera pratiquement rien des droits d'auteur du Mystère des abîmes.

C'est aussi à cette époque qu'il rencontre sa femme Nicole.

La période Pilote[modifier | modifier le code]

En 1969 il montre quelques planches d'Yragaël à Jean Giraud, et René Goscinny lui donne son accord pour 8 planches dans le journal Pilote. Il y poursuit la saga de Lone Sloane (voir Delirius) dans un style de plus en plus flamboyant, innovant par une mise en page audacieuse et l'introduction d'images de synthèse dans les décors qu'il présente dans Volume en 1971 puis Italiques en 1973[8].

Métal hurlant et les Humanos[modifier | modifier le code]

En 1974, suite à des désaccords avec la rédaction de Pilote, il quitte le journal et fonde, avec Giraud, Métal hurlant et la maison d'édition Les Humanoïdes Associés.

La Nuit[modifier | modifier le code]

Cet album, publié en 1976, marque un tournant dans l'œuvre de Druillet, car il se lie intimement à l'accompagnement de sa femme dans la maladie, jusqu'à son décès.

Très abouti graphiquement, l'album est caractérisé par une colorisation qui franchit un cap et un découpage novateur très efficace, au service d'un récit empreint d'un fort pessimisme. Le dessinateur a été durablement touché par la mort de sa compagne et ce livre, qui lui est dédié, est un moyen pour lui d'exorciser la douleur.

De tous les univers de Druillet, La Nuit est probablement le plus sombre, le plus nihiliste. Il met en scène la lutte d'une humanité déglinguée, organisée en bandes anarchisantes, droguée au dernier degré et qui va devoir aller conquérir le « dépôt bleu », source fantastique de toute la dope, origine du shoot qui permet à ces quasi-zombies de tenir dans ce monde de folie.

Ces bandes ont un côté rock'n roll ; elles incarnent la liberté, l'anarchisme, la force de vie. D'un autre côté, elles vont devoir affronter les agents de l'ordre et du néant pour atteindre le dépôt bleu. Il n'y aura pas de happy end. Ce sera même plutôt le contraire.

Le héros, Heinz, suivra un parcours personnel identique, de chef de bande illuminé et impavide, il va suivre cette course vers l'abîme en perdant progressivement son étrange innocence. Il deviendra conscient avant les autres que cet élan ne mène nulle part, que leur lutte sera vaine et leur destruction inévitable. La vie si exubérante que Druillet met en scène ne peut échapper à la mort programmée. Cet album pointe l'absence totale d'échappatoire à l'issue finale, là où souvent Druillet avait souligné le pouvoir d'une certaine folie, d'une révolte, la primauté de la vie sur le métal, les machines et l'ordre ; ici il n'est question que de mort inéluctable.

Salammbô[modifier | modifier le code]

En 1980, Druillet produit Salammbô, une trilogie inspirée par le roman éponyme de Gustave Flaubert.

La trame mélange l'invention pure et le suivi fidèle du récit de Flaubert. En fait, à part l'introduction expliquant la présence de Lone Sloane sur le monde de Salammbô et la conclusion qui permet à Sloane de ne pas être totalement anéanti, toute l'histoire suit de près le livre originel, de longs passages étant même reproduits à la virgule près.

Ici, Lone Sloane est fondu par Druillet dans le personnage de Mathô le barbare qui tente de détruire Carthage et de conquérir la princesse Salammbô, tentative qui donne lieu à des scènes de batailles imposantes sur double page, idéales pour que s'exprime pleinement le graphisme de Druillet. En fait, sur trois albums, l'auteur explore des registres différents et souvent novateurs, dans un style proche de la peinture. Plusieurs planches sont d'ailleurs reprises sur toile.

Après Salammbô[modifier | modifier le code]

En 1990, il a réalisé le clip de la chanson Excalibur de William Sheller[9].

En 1996, il reçoit le Grand Prix national des Arts graphiques.

Avec Amélie Aubert et Benjamin Legrand, il crée Xcalibur, une série télévisée d'animation en images de synthèse en 40 épisodes diffusée à partir de 2002 sur Canal+.

Il a en particulier réalisé les décors de la série télévisée Les Rois maudits (version 2005).

Outre ses activités d'auteur BD et d'illustrateur, il s'est aussi intéressé à l’opéra-rock, la peinture, la sculpture, l'architecture et l’infographie.

Œuvres publiées[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bibliographie de Philippe Druillet.

Parution, en janvier 2014, de son autobiographie Delirium aux éditions Les Arènes, avec David Alliot[10]

Magazines[modifier | modifier le code]

  • Approche de Centauri (dessin de Moebius), histoire courte parue dans Métal hurlant rééditée dans Cauchemar blanc, Les Humanoïdes Associés, 1977

Anthologies, illustrations et travaux divers[modifier | modifier le code]

  • Elric le nécromancien (avec Michel Demuth – d'après Michael Moorcock), Pellucidar, 1968
  • The return to Melnibone (d'après Michael Moorcock), Unicorn, 1973, Jayde Design, 1997
  • Retour à Bakaam (texte François Truchaud), Chêne, 1976
  • Druillet 30 / 30, Les Humanoïdes Associés, 1981
  • P.A.V.É., Dargaud, 1988
  • Manuel l'enfant-rêve (avec Jacques Attali), Stock, 1994
  • Paris de fous (avec Robert Doisneau), Dargaud, 1995
  • Visioni di fine millennio, Hazard, 1999
  • Les Univers de Druillet, Albin Michel, 2003
  • Les Rois maudits, Albin Michel, 2005
  • Métal esquisses, Éditions Zanpano, 2009

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Jaigu, « Philippe Druillet, confessions hurlantes », Le Figaro, encart Culture, samedi 1er / dimanche 2 février 2014, page 37.
  2. http://www.journaldemontreal.com/2014/02/04/philippe-druillet-fils-de-collabo
  3. http://www.huffingtonpost.fr/jeansamuel-kriegk/les-fantomes-du-passe-hantent-philippe-druillet_b_4685168.html?just_reloaded=1
  4. http://www.liberation.fr/culture/2011/01/07/passe-degomme_705443
  5. [http://www.franceinfo.fr/entretiens/tout-et-son-contraire/philippe-druillet-je-n-ai-jamais-aime-ma-mere-1296335-2014-01-27
  6. Schtroumpf, Les Cahiers de la bande dessinée no 42, éd. Glénat.
  7. Schtroumpf, Les cahiers de la bande dessinée no 42, ed Glénat page 19
  8. Volume, première chaîne de l'ORTF, 28 octobre 1971; Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 11 mai 1973
  9. http://www.shellerophile.net/html/art1990.04.00.soundcheck.html
  10. Delirium aux éditions Arènes

Annexes[modifier | modifier le code]

Documentation[modifier | modifier le code]

  • Philippe Druillet (int. Christian Nabais), « Philippe Druillet, l'Elephant Man de la BD », dans Jacky Goupil (dir.), Bande dessinée 1981-1982, Hounoux : SEDLI, 1982, p. 38-44.

Lien externe[modifier | modifier le code]