Nosferatu (personnage)

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Nosferatu
Personnage de fiction apparaissant dans
Nosferatu le vampire
Nosferatu, fantôme de la nuit
Nosferatu à Venise
.

Graffiti s'inspirant du personnage de Nosferatu
Graffiti s'inspirant du personnage de Nosferatu

Nom original comte Orlok[1]
Alias comte Dracula
Origine Transylvanie
Sexe masculin
Espèce Vampire
Cheveux sans (sauf dans Nosferatu à Venise)
Caractéristique(s) teint blafard
oreilles pointues
Double littéraire comte Dracula

Créé par F.W. Murnau d'après Bram Stoker
Interprété par Max Schreck (1929)
Klaus Kinski (1977 et 1988)
Film(s) Nosferatu le vampire
Nosferatu, fantôme de la nuit
Nosferatu à Venise

Nosferatu, alias le comte Orlok[1] ou comte Dracula, est un personnage de fiction créé par Friedrich Wilhelm Murnau en 1929 pour son film Nosferatu le vampire. Il s'agit du même personnage que le Comte Dracula créé par Bram Stoker, Murnau l'ayant simplement transformé (physiquement et moralement) pour éviter de payer les droits d'adaptation.

Il est apparu dans trois films (deux adaptations du roman Dracula et une suite) :

Historique[modifier | modifier le code]

Nosferatu le vampire[modifier | modifier le code]

En 1929, Murnau décide d'adapter à l'écran le roman de Bram Stocker, Dracula, publié en 1897. Mais, ne voulant pas payer de droits, il change les noms des personnages et divers éléments (ce qui ne lui évitera pas des poursuites judiciaires de la part de la veuve de Stoker). Ainsi, le comte Dracula devient le comte Orlok alias Nosferatu[2], joué par Max Schreck. Le personnage imaginé par Murnau diffère de son original tant sur le plan physique que psychologique : si le comte Dracula est relativement bel homme, Orlok/Nosferatu est un véritable monstre (chauve, pâle, oreilles pointues, énormes canines, etc.). De même, Dracula est sanguinaire et cruel, tandis que Nosferatu est plus « humain » : victime de son état, il en souffre et souhaite mourir (cf. Le personnage de Nosferatu). Chef d’œuvre du cinéma expressionniste allemand, le film de Murnau connaît encore une grande popularité aujourd'hui.

Nosferatu, fantôme de la nuit[modifier | modifier le code]

En 1979, Werner Herzog sort un remake, Nosferatu, fantôme de la nuit, considéré lui aussi comme un classique du cinéma d'horreur. Il s'agit cette fois-ci d'une adaptation officielle du roman : Orlok (joué par Klaus Kinski) prend le nom de Dracula, confirmant qu'il s'agit bel et bien du même personnage.

Nosferatu à Venise[modifier | modifier le code]

Onze ans après sort ce qui devait en être la suite officielle, Nosferatu à Venise, où Kinski reprend son rôle. Ici, le personnage est appelé sans raison explicite Nosferatu. Le vampire apparait cette fois sous une apparence plus humaine, avec notamment des cheveux (contrainte due à un caprice de Kinski qui avait trouvé le maquillage du premier film trop douloureux). Le comportement agressif de l'acteur durant le tournage (insultant le réalisateur, lui lançant un miroir à la tête devant toute l'équipe, marchant en dehors du champ de la caméra, ...) mit le budget à sec et ruina complètement la carrière du film[3].

Le personnage de Nosferatu[modifier | modifier le code]

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Des auteurs comme Emily Gerard et Bram Stoker ont écrit que le nom de Nosferatu aurait la signification de « vampire » ou de « non-mort » en roumain. Il n’en est rien : dans cette langue vampire se dit « vampir », et non-mort « strigoi » (même étymologie que « stryge »).

Nosferatu ressemble en fait à « nesuferitu », un mot roumain équivalent de l’expression française « l’innommable », utilisé dans les campagnes pour ne pas prononcer Satan, et provenant peut-être du grec « nosophoros » signifiant « porteur de contagion ». Dans le film de Murnau d’ailleurs, le vampire amène avec lui la peste. Le nom d’Orlok ressemble aussi à un autre mot roumain, « vârcolac », également d’origine grecque (« Vrykolakas »), qui désigne, dans la langue courante, un revenant, un fantôme, voire un loup-garou, et, en tout cas, un être fabuleux réputé rogner, au moment des éclipses, le soleil et la lune.

Il semble donc qu’Emily Gerard, auteur d’ouvrages sur le folklore de Transylvanie qui a de nombreux traits communs avec celui des Balkans, a pu être une des sources de Stoker, mais avec quelques approximations par rapport à la langue roumaine[4].

Il n’est pas impossible non plus que le patronyme du comte, Orlok, trouve sa source dans le nom du terrifiant peuple souterrain mis en scène dans le roman de H. G. Wells The Time Machine (La Machine à explorer le temps, 1895) : les Morlocks de Wells, en effet, ne peuvent vivre que dans l'obscurité et ne supportent pas la lumière[réf. nécessaire].

Caractéristique du personnage[modifier | modifier le code]

Le Nosferatu de Murnau possède certaines similitudes mais aussi de nombreuses différences avec le Dracula de Stoker. Dracula est dans le roman, un vieillard qui rajeunit au fur et à mesure de l'histoire. Bram Stoker le décrit de la sorte : « Son nez aquilin lui donnait véritablement un profil d'aigle : le front haut, bombé, les cheveux rares aux tempes mais abondants sur le reste de la tête ; des sourcils broussailleux se rejoignant presque au-dessus du nez, et leurs poils, tant ils étaient long et touffus donnaient l'impression de boucler. La bouche du moins ce que j'en voyais sous l'énorme moustache, avait une expression cruelle, et les dents, éclatantes de blancheur, étaient particulièrement pointues ; elles avançaient au-dessus des lèvres dont le rouge vif annonçait une vitalité extraordinaire chez un homme de cet âge. Mais les oreilles étaient pâles, et vers le haut se terminaient en pointe ; le menton, large, annonçait, lui aussi, de la force, et les joues, quoique creuses, étaient fermes. Une pâleur étonnante [...] ».

L'âge de Nosferatu dans le film, est difficile à déterminer. Il possède comme Dracula, un nez aquilin, un front haut, des sourcils broussailleux, des dents pointues, des joues creuses et des oreilles pointues. Ses particularités physiques sont d'ailleurs accentuées par le maquillage. Il n'a en revanche pas de cheveux ni de moustache. Le Nosferatu de Murnau est pâle, rigide, le crâne chauve et déformé, tel un cadavre aux mains décharnées et au regard obnubilé, cerclé par un contour de suie. Nosferatu craint la lumière du jour, susceptible de le terrasser. Cette particularité qui n'est pas présente dans le roman (puisque Dracula se promène en plein jour dans les rues de Londres) deviendra récurrente dans les films et les œuvres sur Dracula et sur les vampires, en général. Elle deviendra même une caractéristique du personnage fictif du vampire. Son antre est un château en ruine érigé sur une lande désolée.

Le Nosferatu de Murnau est très différent du personnage de Dracula tel qu'il sera représenté dans les futures adaptations filmées, notamment le Dracula de 1931, incarné par Bela Lugosi. Dans cette adaptation (qui sera la première officielle), le comte Dracula est un gentilhomme élégant, un être au charme mystérieux et raffiné ; il porte une cape noire, un habit de soirée et ses cheveux sont plaqués sur la tête. C'est cette incarnation qui va faire référence pour le cinéma et l'imagerie populaire. Tous les futurs interprètes du personnage, Christopher Lee ou Frank Langella s'inspireront du personnage joué par Bela Lugosi.

Un emblème de l'expressionnisme allemand[modifier | modifier le code]

Photographie de Murnau.

Une ambiance claustrophobique (séquences intérieures confinées : chambres, prison, château, asile, cale de bateau) parcourt le film. Même pour les scènes sur les terres du château, qui, bien qu’étant des extérieurs, pèsent sur le personnage de Hutter, l’emprisonnant et l’écrasant par l’hostilité d’une lande désertée, où le non-naturel semble avoir perverti une nature désormais complice. Les effets spéciaux de Murnau ajoutent à cette atmosphère inquiétante. L’utilisation de filtres bleus et sépias sépare les scènes nocturnes des scènes diurnes et confère aux extérieurs leur dimension étrange. Les différentes disparitions et apparitions du vampire, les mouvements accélérés du serviteur du comte (qui présente d’ailleurs une forte ressemblance avec son maître), ainsi que les mouvements saccadés de la diligence, donnent au film ce sentiment d’étrangeté. Mais l’étrange tient surtout à l’utilisation de l’image en négatif qui noircit le ciel et blanchit le paysage. Enfin, la présence d’une lumière bleue dans certaines scènes confère une atmosphère grinçante au film.

Le comte Orlok illustre avec brio le monstre repoussant et inquiétant. Le jeu des acteurs est particulièrement expressif. Ce jeu expressif est très communicatif ; lorsque Knock apparaît pour la première fois, il lit une lettre, écrite avec des symboles occultes (détail qui apprend au spectateur que c’est un initié, un esclave au service d’Orlok), puis il appelle Hutter pour lui confier une mission, il arbore un rire convulsif entre chaque intertitre, son regard, celui d’un fou, est appuyé par d’épais sourcils noirs.

La plus grande partie du film a été tournée avec des jeux d’ombres. Ces derniers confèrent au vampire une aura de terreur et de puissance. En particulier à la fin, lorsqu’il monte l’escalier menant à la chambre d’Ellen, son ombre s’étale sur le mur. Nosferatu est hors champ, le spectateur ne voit que cette ombre grandir, et cette main aux longs doigts qui s’avance vers la porte de celle qui peut-être réussira à vaincre ce démon. Ellen incarne parfaitement la femme forte, propre aux couples expressionnistes. Hutter est l’homme transi et naïf, alors qu’elle est forte, elle prend une décision grave. On retrouve ce schéma dans Métropolis de Fritz Lang (1927). Le professeur est lui aussi présent sous les traits de Bulwer.

Les thèmes comme la crainte, la peur et la terreur sont omniprésents. Mais aussi l’amour ; lorsque Hutter se fait mordre, Ellen a une crise de somnambulisme et crie le nom de son mari. Ses cris sont entendus par Orlok. C’est aussi la puissance de l’amour qui sauve la ville.

Divers effets visuels sont utilisés par Murnau afin de susciter l’inquiétude et le malaise : voiture qui amène Hutter au château, en négatif ; apparitions du comte se détachant de l’obscurité ; mouvements accélérés d’Orlok chargeant les cercueils destinés à l’abriter pendant son voyage vers Wisborg... De plus, la teinte de la pellicule accentue différents climats, comme c’est le cas pour les scènes de nuit en bleue et les séquences de jour, teintées de sépia.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Également orthographié Orlock.
  2. Tel que mentionné dans le titre.
  3. Nosferatu à Venise sur nanarland.com.
  4. (ro) Tudor Pamfile et Mihai Canciovici, Mitologie românească (Mythologie roumaine), Bucarest, All educational, 1997, 497 p. (ISBN 973-571219-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]