Neagu Djuvara

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Neagu Djuvara

Description de l'image  Neagu Djuvara.JPG.
Naissance (97 ans)
Bucarest
Nationalité Drapeau de France Français et Drapeau de Roumanie Roumain
Profession Historien
Autres activités

Neagu Djuvara, né le à Bucarest (Roumanie), est un historien et diplomate roumain et français d'origine partiellement aroumaine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né dans une famille aristocratique roumaine d'origine aroumaine, installée en Valachie à la fin du XVIIIe siècle[1], il est le fils de Marcel Djuvara, tête de promotion à l' École polytechnique de Berlin-Charlottenburg en 1906, et capitaine du Génie dans l'armée roumaine. Il perd son père à l'âge de deux ans, pendant l'épidémie de Grippe espagnole de 1918. Tinca Grădișteanu, sa mère, appartenait aux Grădișteni, une famille de la grande aristocratie valaque. Neagu Djuvara est lycéen à Nice et finit ses études à Paris, où il passe sa licence de lettres en Sorbonne (option Histoire, 1937) et un doctorat en droit (faculté de droit de Paris, 1940). En ce temps-là, dit-il[2], j'étais un jeune con arrogant fasciné par les idées fascistes, comme d'autres à Paris allaient, un peu plus tard, être fascinés par les idées communistes: pour la plupart, nous avons changé d'idées en vieillissant, et nous sommes devenus démocrates et humanistes. Pour ma part, c'est le choc de la guerre et de ses horreurs qui m'ont ouvert les yeux.

Guerre et exil[modifier | modifier le code]

Mobilisé dans l'armée roumaine lors de la rupture du pacte Hitler-Staline en 1941, il est grièvement blessé en Transnistrie près d'Odessa. Comme beaucoup d'intellectuels roumains de sa génération et de son milieu, il a parfois été accusé par des détracteurs, sans preuves ni sources, d'avoir participé aux massacres commis par l'armée roumaine du régime Antonescu contre les Juifs en URSS, mais, étant affecté dans le corps de réserve entre juin et novembre 1941, il ne pouvait participer aux opérations.

Il entre par concours au ministère roumain des Affaires étrangères en 1943, alors que la Roumanie cherche à se rapprocher à nouveau des Alliés. Le 23 août 1944, au moment où la Roumanie déclare la guerre à l'Allemagne, il est envoyé à l'ambassade roumaine de Stockholm où il négocie l'armistice avec l'ambassadrice sovietique, Alexandra Kollontaï, qui fait attendre trois semaine la réponse définitive de Staline, afin que l'Armée rouge ait le temps de s'emparer, en Roumanie, du matériel de sa nouvelle alliée, l'armée roumaine, ainsi que d'un maximum de véhicules motorisés et de la quasi-totalité de la flotte[3]. Le gouvernement pro-Allié de la Roumanie dirigé par Constantin Sănătescu le maintient en poste à Stockholm jusqu'à ce que les communistes, par le coup d'état du 6 mars 1945, s'emparent du pouvoir en Roumanie[4].

Compte tenu de ses origines et de sa participation (même atténuée) à la campagne de l'armée roumaine contre l'URSS, il est désormais catalogué en Roumanie comme „d'origine sociale malsaine, laquais de l'impérialisme et exploiteur du peuple”[5]: il décide donc de ne pas rentrer au pays, s'installe à Paris et, tandis qu'à Bucarest il est condamné par contumace en 1947 comme „ennemi du peuple”, il milite jusqu'en 1961 au Comité d'assistance aux réfugiés, dont il est secrétaire; il vit de ses piges de journaliste à la radio américaine Europe Libre.

Ses positions dérangent cette station qui ne renouvelle pas sa collaboration et, en 1961, il part en Afrique, au Niger, où il travaille vingt-trois ans comme conseiller juridique al et professeur de droit international et d'histoire économique à l'université de Niamey[6].

Il avait entre-temps entamé des études de philosophie à la Sorbonne et, en mai 1972, il obtient son doctorat d'état en philosophie de l'histoire sous les auspices de Raymond Aron avec, comme sujet: Civilisations et archétypes historiques[7]; il collaborera plus tard, en 1984, avec l'INALCO à Paris.

Retour au pays[modifier | modifier le code]

Dès l'effondrement du communisme en décembre 1989, il revient en Roumanie où il devient professeur associé à l'Université de Bucarest et membre des Instituts universitaires de recherches historiques A.D. Xenopol de Iași et N. Iorga de Bucarest. En 1998 il prend sa retraite et se consacre depuis à ses publications.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Neagu Djuvara est officier de l'Ordre des Arts et des Lettres[8],[9].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Une brève histoire illustrée des roumains, Humanitas 2014
  • Le droit romain en matière de nationalité , Paris, 1940
  • Dimitrie Cantemir, philosophe de l'Histoire, în Revue des études roumaines, Paris, 1973
  • Civilisations et lois historiques, Essai d'étude comparée des civilisations, Mouton, Paris, 1975
  • Les Aroumains: histoire, langue et destin, INALCO, 1989
  • Les pays roumains entre Orient et Occident. Les Principautés danubiennes au début du XIXe siecle, Publications Orientalistes de France, 1989
  • Comment le peuple roumain est-il apparu?, Humanitas, 2001
  • Mircea l'Ancien et ses luttes contre les Ottomans, Humanitas, 2001
  • De Vlad Țepeș à Dracula, Humanitas, 2003
  • Bucarest-Paris-Niamey et retour ou Souvenirs de 42 ans d'exil (1948–1990), L'Harmattan, 2004
  • Existe-t-il une "Histoire vraie"?, Humanitas, 2004
  • Les chroniques du spatharios moldave Nicolae Milescu, Humanitas, 2004
  • Souvenirs d'exil, Humanitas, 2005
  • Églises de Moldavie, Editorial Artec, 2009
  • Thocomer - Negru Vodă: un voïvode couman aux débuts de la Valachie, Humanitas, Bucarest, 2007
  • La guerre de 77 ans et les prémisses de l'hégémonie américaine (1914 - 1991), Humanitas, Bucarest, 2008

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plai cu Boi (mensuel roumain)
  2. Bogdan Nicolai, interview de Neagu Djuvara, dans le journal roumain Evenimentul Zileidu 22 janvier 2006 ([1] sur www.presa-zilei.ro, vu le 13 juin 2007), et Toma Roman jr., interview de Neagu Djuvara, dans le n° 11 du mensuel Plai cu Boi, ([2], vu le 13 juin 2007
  3. Dan Giju, Neagu Djuvara - Curierul de la Stockholm ("Neagu Djuvara, le courrier de Stockholm"), interview de Djuvara sur le site du Ministère roumain de la défense, vu le 13 juin 2007
  4. Spiridon Manoliu, Un jour pour se retourner - la Roumanie rejoint les Alliés, dans Le Monde (pages Il y a 40 ans) du 26 août 1984, sur http://www.cartage.org.lb/fr/themes/Geohis/Histoire/chroniques/pardate/Chr/440823a.HTM
  5. Dennis Deletant, Communist Terror in Romania: Gheorghiu-Dej and the Police State, 1948-1965, C. Hurst & Co. Publishers, London, 1999 ISBN 1-85065-386-0
  6. Jean-Pierre Longre, Les tribulations d’un Roumain dans le monde sur Sitartmag vu le 13 juin 2007
  7. Sa thèse sur <
  8. Liste sur Site officiel
  9. Association des décorés des Arts et des Lettres

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]