Mihail Ier Șuțu

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Mihail Ier Șuțu en roumain, Michalis Soutsos en grec ou Michel Soutzo (né en 1730 – mort en 1803) est un prince Phanariote qui, après avoir été au service du gouvernement ottoman, devînt Hospodar de Valachie de 1783 à 1786 et de 1791 à 1792, de Moldavie de 1793 à 1795 et à nouveau de Valachie en 1801 et 1802. La monarchie était élective dans les principautés roumaines de Moldavie et de Valachie, comme en Pologne voisine. Le souverain (voïvode, hospodar ou domnitor selon les époques et les sources) était élu par (et souvent parmi) les boyards, puis agréé par les Ottomans : pour être nommé, régner et se maintenir, il s'appuyait sur les partis de boyards et fréquemment sur les puissances voisines, habsbourgeoise, russe et surtout turque, car jusqu'en 1859 les deux principautés étaient vassales et tributaires de la « Sublime Porte »[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Mihail Ier Șuțu était le fils cadet de Constantin "Dracul" Șuțu (pendu par les Turcs en 1757), grand Logothète du prince Constantin Mavrocordato et de Maria, une fille de Ioan, le fils du prince Antonie Ruset. Le surnom de "Dracul" (le dragon) de son père ne venait pas de la dynastie des Basarab dont faisait partie Vlad "Dracula l'Empaleur", mais de l'Ordre du Dragon dont il a été membre.

Comme plusieurs autres membres de sa famille, il est élevé à la « Sublime Porte » c'est-à-dire la cour du sultan de l’Empire ottoman au service duquel il commence sa carrière comme Grand Drogman de 1782 à 1783. Il est désigné successeur de Nicolas Caradja en tant qu'Hospodar de Valachie en juillet 1783.

L’année de son avènement, l’Empire russe annexe le Khanat de Crimée, vassal l’Empire ottoman. Le gouvernement turc est effrayé par cette perte et par les progrès territoriaux de l’Empire d'Autriche qui s'empare en 1775 de la Bucovine molodave. Afin de s'assurer de la fidélité des Hospodars des principautés roumaines face à ces appétits, le Sultan ottoman proclame par un « Hattichérif » de 1784 que les Hospodars roumains ne seront plus destitués tant qu’ils ne donneront pas des signes évidents d’insubordination.

Le prince Mihail Ier Șuțu, protégé par le firman ci-dessus et par l’attitude bienveillante de la Russie à son égard, règne paisiblement, multipliant écoles et hôpitaux, lorsqu’il est renversé en mars 1786 par un grec non Phanariote, Nikólaos Mavrogénis, le Drogman de l’Amirauté, qui est un client de l’Amiral Hassan-Pacha.

Mihail Șuțu est rétabli sur son trône de mars 1791 à décembre 1792 après l'exécution de Nikólaos Mavrogénis. Il est transféré en Moldavie de décembre 1792 à avril 1795, puis il règne enfin de nouveau sur la Valachie d’octobre 1801 à mai 1802. Il meurt en 1803.

Union et postérité[modifier | modifier le code]

De son union avec Sevastia Kallimachis, la fille du prince Jean Théodore Kallimachis, il laisse :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alexandru Dimitrie Xenopol Histoire des Roumains de la Dacie trajane : Depuis les origines jusqu'à l'union des principautés. E Leroux Paris (1896)
  • Nicolas Iorga Histoire des Roumains et de la romanité orientale. (1920)
  • (ro) Constantin C. Giurescu & Dinu C. Giurescu, Istoria Românilor Volume III (depuis 1606), Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucureşti, 1977.
  • Mihail Dimitri Sturdza, Dictionnaire historique et généalogique des grandes familles de Grèce, d'Albanie et de Constantinople, M.-D. Sturdza, Paris, chez l'auteur, 1983 (ASIN B0000EA1ET).
  • Jean-Michel Cantacuzène, Mille ans dans les Balkans, Éditions Christian, Paris, 1992. (ISBN 2-86496-054-0)
  • Joëlle Dalegre Grecs et Ottomans 1453-1923. De la chute de Constantinople à la fin de l’Empire Ottoman, L’Harmattan Paris (2002) (ISBN 2747521621).
  • Jean Nouzille La Moldavie, Histoire tragique d'une région européenne, Ed. Bieler (2004), (ISBN 2-9520012-1-9).
  • Traian Sandu, Histoire de la Roumanie, Perrin (2008).

Note[modifier | modifier le code]

  1. Le candidat au trône devait ensuite "amortir ses investissements" par sa part sur les taxes et impôts, verser en outre le tribut aux Ottomans, payer ses mercenaires et s'enrichir néanmoins. Pour cela, un règne d'un semestre au moins était nécessaire, mais la "concurrence" était rude, certains princes ne parvenaient pas à se maintenir assez longtemps sur le trône, et devaient ré-essayer. Cela explique le "jeu des chaises musicales" sur les trônes, la brièveté de beaucoup de règnes, les règnes interrompus et repris, et parfois les règnes à plusieurs (co-princes). Quant au gouvernement, il était assuré par les ministres et par le Sfat domnesc (conseil des boyards).
    Concernant le tribut aux Turcs, la vassalité des principautés roumaines envers l'Empire ottoman ne signifie pas, comme le montrent par erreur beaucoup de cartes historiques, qu'elles soient devenues des provinces turques et des pays musulmans. Seuls quelques petits territoires moldaves et valaques sont devenus ottomans : en 1422 la Dobrogée au sud des bouches du Danube, en 1484 la Bessarabie alors dénommée Boudjak, au nord des bouches du Danube (ce nom ne désignait alors que les rives du Danube et de la mer Noire), en 1538 les rayas de Brăila alors dénommée Ibrahil et de Tighina alors dénommée Bender, et en 1713 la raya de Hotin. Le reste des principautés de Valachie et Moldavie (y compris la Moldavie entre Dniestr et Prut qui sera appelée Bessarabie en 1812, lors de l'annexion russe) ont conservé leurs propres lois, leur religion orthodoxe, leurs boyards, princes, ministres, armées et autonomie politique (au point de se dresser plus d'une fois contre le Sultan ottoman). Les erreurs cartographiques et historiques sont dues à l'ignorance ou à des simplifications réductrices. Voir Gilles Veinstein et Mihnea Berindei : L'Empire ottoman et les pays roumains, EHESS, Paris, 1987.