Catholicisme libéral

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Le catholicisme libéral est un courant religieux catholique qui se développe au tournant des XIXe ‑ XXe siècles.

Il convient de distinguer les libéraux des modernistes et de ceux que la génération suivante nommera progressistes. Les modernistes et les progressistes se distinguent par leurs positions sur les études bibliques tandis que les libéraux se distinguent par leurs positions politiques désignées en Belgique par catholiques constitutionnels. En fait, moderniste est le terme par lequel le pape désigne les progressistes.[réf. nécessaire] Après la Seconde Guerre mondiale et jusqu'en 1954, année de leur suppression, on nommera progressistes les prêtres-ouvriers volontiers syndicalistes ou compagnons de route du Parti communiste français.

Définition[modifier | modifier le code]

Le libéralisme catholique se définit comme étant : « essentiellement une tendance, chez des catholiques sincères, à exalter la liberté comme valeur première avec les conséquences que cela entraîne pour les principes qui régissent la vie sociale, politique et religieuse : on en vient à vouloir concilier des inconciliables, les principes sur lesquels étaient fondés la France chrétienne et ceux qui découlent de la Révolution. »[1]

Ce courant de pensée introduit en France une modernité de substance catholique et révolutionnaire, incarnée par le respect des principes de la laïcité. Largement représenté chez les clercs, il façonne le catholicisme français et le rend sensible aux idées modernes de tolérance, de réduction de l'Église au droit commun, d'exaltation de « la liberté comme valeur première » ; les intégralistes déclarent immédiatement que ce tour d'esprit va :

  • contre la vérité qui s'impose, de fait, à la raison de tous ;
  • vers une relativisation des dogmes du catholicisme;
  • et finalement de tous ses fondements : rite et liturgie, histoire sainte, hiérarchie ecclésiale et doctrine sociale.

Il se caractérise par « une exaltation romantique de la liberté et une tendance très poussée à la conciliation » en matière de doctrine. Pour ce courant, l'homme portant naturellement vers la vérité doit se satisfaire de la neutralité du pouvoir, ce qui est neuf dans une situation de cultes reconnus.[réf. nécessaire]

Le libéralisme catholique a plusieurs points en commun avec l'anglo-catholicisme, qui fut parfois taxé de « socialisme sacramentel[réf. nécessaire] »

Histoire[modifier | modifier le code]

Phase préparatoire[modifier | modifier le code]

L'histoire de ce courant est clairement relatée dans sa phase préparatoire : du serment dit de liberté-égalité du 26 août 1792 et de sa réfutation par le pape Pie VI, du Génie du christianisme de Chateaubriand (1802) à la Charte octroyée par Louis XVIII en 1814 et critiquée par le pape Pie VII. On comprend que l'ultramontanisme naît du même mouvement et est, ab ovo, une option politique en faveur de la monarchie absolue.

Le vrai créateur du libéralisme catholique est Félicité de Lamennais (1782-1854) qui, dans un premier temps, se fait le champion de l'ultramontanisme avec Louis de Bonald et Joseph de Maistre ; cette théorie prône une Église catholique romaine forte, centralisée, et dominée par le pape, seul garant de l'ordre social. C'est à Lamennais que l'on doit cette phrase célèbre: Sans pape, point d'Église; sans Église, point de christianisme; sans christianisme, point de religion et point de société. Il va jusqu'à préconiser une séparation totale de l'Église et de l'État, sans pour autant abandonner ses thèses ultramontaines.

Puis, converti au libéralisme, aux côtés de l'abbé Henri Lacordaire et du comte Charles de Montalembert, ses collaborateurs au quotidien l'Avenir, il énonce : l'humanité est la véritable Église (dont) toutes ses hautes prérogatives, ses divins attributs, forment dans leur ensemble ce qu'on a appelé la souveraineté du peuple ; à lui, sur toutes choses, le commandement suprême, la décision dernière, le jugement infaillible, principes condamnés par l'encyclique Mirari Vos du pape Grégoire XVI du 15 août 1832. Déçu, et refusant de se soumettre, Lamennais quitte l'Église catholique.

Phase de développement[modifier | modifier le code]

À l'opposition entre libéraux et ultramontains à partir de 1850, c'est-à-dire pour les 20 ans de la fondation du Royaume de Belgique et au retentissement considérable du Congrès de Malines de 1863 pendant lequel Montalembert définit complètement le libéralisme catholique, essentiellement en faveur :

répondit le coup d'arrêt du pape Pie IX par l'encyclique Quanta Cura de 1864 comprenant le Syllabus, collection de propositions erronées condamnées par l'Église, suivi d'une piqûre de rappel par Léon XIII dans l'encyclique Libertas praestantissimum de 1888 :

« Il en est un grand nombre qui, à l'exemple de Lucifer...entendent par le nom de liberté ce qui n'est qu'une pure et absurde licence. Tels sont ceux qui appartiennent à cette école si répandue et si puissante et qui, empruntant leur nom au mot de liberté, veulent être appelés libéraux... Une pareille doctrine apporte le plus grand dommage tant à l'individu qu'à la société... dès que l'on répudie le pouvoir de Dieu sur l'homme et sur la société humaine... La multitude se laissera facilement aller à la sédition et aux troubles... »

Outre les papes, les pères Louis-Gaston Adrien de Ségur et Don Félix Sarda y Salvany ont fermement critiqué le libéralisme catholique.

Postérité[modifier | modifier le code]

En politique[modifier | modifier le code]

Mais ce courant prospéra et les députés catholiques-libéraux ouvrirent la voie à la Troisième République, l'un de leurs chefs, Albert de Broglie déclara notamment : « au lieu de choisir entre les principes de 89 et les dogmes de la religion catholique, purifions les principes par les dogmes et faisons-les marcher de concert... ».

En confirmation de l'influence de ce courant,

« Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l'Église, elle n'a cessé d'être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d'une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l'industrie et du commerce devenus le partage d'un petit nombre d'hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires. » Rerum Novarum, § 6


  • la création de la démocratie-chrétienne et du MRP, etc. ; jusqu'à l'étonnante conversion au libéralisme catholique du théologien thomiste Jacques Maritain.

Du côté des philosophes[modifier | modifier le code]

  • Maurice Blondel (18611949) dont la thèse, l'Action, (1893) souhaite réintégrer le christianisme dans le champ de la pensée philosophique. Elle lui vaudra des déboires tant du côté de l'Université, anticléricale, qui mettra un certain temps à le nommer à un poste que du côté des théologiens qui l'accuseront de ne retenir du catholicisme qu'une vision acceptable pour ses contemporains. Quoique pris dans la crise moderniste, il ne fera l'objet d'aucune condamnation romaine. Sa thèse ne sera pas rééditée parce qu'il voulait en étendre le sujet et son œuvre sera décriée par la hiérarchie catholique jusqu'à Vatican II
  • Lucien Laberthonnière (18601932) prêtre oratorien et philosophe chrétien. Ses Essais de philosophie religieuse (1903) et son essai Le réalisme chrétien et l'idéalisme grec seront mis à l'Index en avril 1906. Le sujet était certainement trop proche de celui de la conférence L'Essence du Christianisme qui valut à Adolph von Harnack la célébrité dans la bourgeoisie européenne cultivée. Laberthonnière fut interdit de publication et de prédication préventivement. Il est aujourd'hui difficile de comprendre, à la seule lecture de ces ouvrages, la raison de cette condamnation. Dix ans après sa mort paraît son Equisse d'une philosophie personnaliste.
  • Henri de Lubac, s.j., cardinal, ami de Pierre Teilhard de Chardin dont il prend la défense dans un ouvrage intitulé La pensée religieuse du Père Teilhard de Chardin (paru seulement en 1962). Il découvre dans l'œuvre théologique de cet autre compagnon une pensée pour l'action et fait justice de l'une des maîtresses accusations portée par la Curie romaine, celle de nier le péché originel découvrant, dans le fil de l'œuvre, un pessimisme surmonté au lieu de l'optimisme naturaliste qu'elle lui prêtait. Henri de Lubac montre dans son œuvre une pensée du mystère de l'Église qui en fait un précurseur du concile Vatican II où il fut expert.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Arnaud de Lassus, Connaissance élémentaire du Libéralisme catholique, 1988.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]