Progressisme

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Le progressisme est la volonté d'instaurer un progrès social, des réformes, par opposition au conservatisme.

L'idée de progressisme[modifier | modifier le code]

Une pensée est qualifiée de progressiste, par exemple, lorsqu'elle conçoit le présent comme un progrès par rapport à une époque passée jugée plus primaire, plus difficile, ou encore plus ignorante. Toutefois, la pensée progressiste ne conçoit pas nécessairement le présent comme un progrès, mais elle peut au contraire dénigrer le présent, et réclamer une amélioration en prônant des valeurs dites modernes. L'idée de progrès est liée, sur le plan philosophique, à une tendance profonde des Lumières qui pensaient pouvoir transformer le monde à partir de la diffusion de connaissance dotant les hommes des moyens intellectuels nécessaires à la mise en cause et à la transformation de la société d'Ancien Régime. À la perfectibilité de l'humanité s'ajoute vers 1800 l'idée de l'accélération du progrès scientifique et technique au début de la première révolution industrielle. Le progrès désigne surtout les groupes qui veulent briser les structures politiques et mentales héritées de l'Ancien Régime sans pour autant se prononcer pour une politique sociale audacieuse, la liberté d'entreprendre primant la redistribution autoritaire des richesses. Le progrès du socialisme dans les pays industrialisés entraîne une évolution de la notion vers une prise en compte de la nécessité de surmonter la misère et d'offrir à toutes les couches de la société des conditions de vie dignes de la richesse produite par les nouveaux moyens techniques. Sans être abandonnée par ceux qui l'avaient portée, à savoir les libéraux, y compris les libéraux de droite, la notion devient le trait d'union de toutes les forces qui soutiennent l'URSS stalinienne, surtout après 1945. À l'ère de la division entre deux blocs, à l'époque de la guerre froide, le camp communiste se définit par "progressiste" par opposition au camp américain « réactionnaire », « colonialiste » ou « néocolonialiste », soumis à des « forces obscures ». L'expression avait déjà été employée avant la deuxième guerre mondiale, par exemple par Nikita Krouchtchev qui parle en 1937 de Staline comme du phare de l'« humanité progressiste »[1]. L'expression devint commune après 1945: ainsi, en 1949 au moment du 70e anniversaire de Staline, Malenkov parlait du dictateur comme d'un "guide de l'humanité progressiste"[2]. Les communistes occidentaux ainsi que les compagnons de route du communisme après 1945 font partie du camp progressiste. Il y eut incontestablement, à l'Est comme à l'Ouest une "culture progressiste", englobant les productions artistiques et intellectuelles qui pensaient contribuer au progrès, qu’il s’agisse d’une avant-garde artistique, d'une volonté de redécouvrir et de mieux diffuser la culture populaire, notamment dans le domaine de la musique, mais aussi d’une forme d’expression en expansion (musique pop, bande dessinée) ou d’une réflexion plus théorique sur le travail, la technique, l’être humain en tant qu’individu et être social[3]. Cette confusion entre le stalinisme et le progressisme s'atténuant après la mort du dictateur et la déstalinisation, l'expression a pu survivre. En France, dans les années 1970, l'idée selon laquelle la peine de mort devait être abolie relevait d'une pensée progressiste, par opposition à l'idée selon laquelle elle devait être maintenue, qui relevait d'une pensée conservatrice. De même, toute réforme n'est pas nécessairement progressiste, celle-ci pouvant de fait favoriser un retour en arrière et être réactionnaire.

Dans certains pays, l'actuel progressisme peut défendre des idéaux comme le sexe libre, l'avortement, le féminisme, les droits des homosexuels, la laïcité. Dans le domaine économique, il défend les valeurs du socialisme démocratique ou de la social-démocratie, bien que la notion de « droite progressiste » soit aussi utilisée et incarnée par des partis politiques dans plusieurs pays..

Philosophiquement, les courants progressistes dépendent de l'humanisme et du rationalisme.

Le progressisme en France[modifier | modifier le code]

Dès la IIIe République, le mot « progressiste » a tendu en France à signifier le contraire de son sens littéral. On trouve ainsi des députés, journaux et groupes parlementaires qui se qualifient de « républicain progressiste » et qui comprennent en général des républicains qui se réclament de gauche, mais qui sont anti-socialistes sur le plan économique et social, comme les libéraux allemands qui fondèrent leur parti en tant que Parti allemand du Progrès (Deutsche Fortschrittspartei). Ils sont à droite des radicaux et à gauche des catholiques ralliés. Selon l'historien Maurice Agulhon, la dénomination de progressiste aurait été appliquée à des républicains modérés, à partir de 1893[4]. Pendant la IVe république, le terme est ambigu puisqu'il peut désigner aussi bien les communistes que des républicains modérés et qu'à peu près toutes les forces politiques se réclament du Progrès. Cependant, la Ve République a reformulé le spectre politique français. La mise en cause d'un Progrès technique et scientifique linéaire et peut-être dévastateur pour la nature n'a cependant pas modifié l'image de soi d'une gauche française qui continue de se définir comme la réunion des "forces de progrès"[5]. À la suite de son départ du Parti communiste, dont il fut dix ans le secrétaire général puis le président, Robert Hue créé en 2009 le Mouvement unitaire progressiste (MUP), qui n'est pas un parti politique au sens classique mais une force de gauche nouvelle résolue à actualiser et concrétiser le processus historique d'émancipation humaine initié par la Révolution française.

Le progressisme aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Article connexe : Ère progressiste.

Aux États-Unis à la fin du XIXe siècle, le mouvement progressiste est un mouvement politique et social qui a changé la société américaine, et auquel appartenaient par exemple les présidents Theodore Roosevelt (1901-1909), Woodrow Wilson (1913-1921). Il est né de la société civile dans un premier temps, des travailleurs sociaux, des journalistes qui dénoncent à la fois la corruption (les « muckrackers ») et les conditions des ouvriers et des immigrés, des associations de femmes qui jouèrent un rôle très actif : le Congrès national des mères ou la Fédération Générale des Clubs de Femmes[6][réf. insuffisante].

Il influence encore Franklin D. Roosevelt (1933-1945), John F. Kennedy (1961-1963) et Lyndon B. Johnson (1963-1969).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pravda, 31 janvier 1937.
  2. Bol’šhevik, no 24, décembre 1929, p. 8-11.
  3. François Genton et Edmond Raillard, avant-propos à La Culture progressiste à l’époque de la guerre froide, ILCEA 16,juillet 2012: http://ilcea.revues.org/index1247.html.
  4. M. Agulhon, La République I, Hachette, 1990, p. 92.
  5. Martine Aubry emploie cette expression le 29 septembre 2011, « Mitterrand, le chemin », http://www.mitterrand.org/Mitterrand-le-chemin.html
  6. Theda Skocpol, Protecting Soldiers and Mothers, 1995.

Articles connexes[modifier | modifier le code]