Louis-Édouard Pie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Louis-Édouard Pie
Image illustrative de l'article Louis-Édouard Pie
Biographie
Naissance 26 septembre 1815
à Pontgouin (France)
Ordination sacerdotale 25 mai 1839
Décès 18 mai 1880
à Angoulême (France)
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
12 mai 1879 par le
pape Léon XIII
Titre cardinalice Cardinal-prêtre
de S. Maria della Vittoria
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 25 novembre 1849 par
Mgr Claude-Hippolyte Clausel de Montals
Fonctions épiscopales Évêque de Poitiers

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Louis-Édouard Pie (26 septembre 1815 - 18 mai 1880) était un cardinal de l'Église catholique, évêque de Poitiers. Il fut l'un des principaux chefs ultramontains pendant le XIXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Louis-Édouard-François-Désiré Pie est né à Pontgouin dans le diocèse de Chartres le 26 septembre 1815, soit juste après les guerres napoléoniennes et plus précisément entre la bataille de Waterloo (18 juin 1815) et le Traité de Paris (20 novembre 1815). Le premier roi de la Restauration venait de remonter sur le trône après en avoir été chassé par Napoléon Bonaparte pendant cent jours.

La mère d’Édouard était d’une famille modeste, son père était cordonnier. Elle était très pieuse et souffrit beaucoup des persécutions anti-catholiques de la Révolution. Quant à son père, Louis-Joseph Pie, il était lui aussi cordonnier. Il se maria donc à Anne Élisabeth Aimée Gaubert (1796-1877) qui n’était âgée que de 17 ans, le 21 août 1813. Le couple s’installa à Pontgouin, petit village du diocèse de Chartres, situé dans la vallée de l’Eure. La jeune femme, qui avait été privée de l’instruction religieuse étant enfant, décida qu’elle la mettrait au centre de la vie de sa famille et de l’éducation de ses propres enfants. Il n’y a pas de doute que Anne Élisabeth eut une grande influence sur le destin de son fils Édouard. Elle vivra avec lui à l'évêché de Poitiers et sera inhumée chez les religieuses de La Puye.

C’est de ce prélat qu’Édouard Pie reçut, le 21 décembre 1833 (fête de saint Thomas) la tonsure. En 1835, il entra au grand séminaire de Saint-Sulpice où il restera quatre ans. Il poursuivit ensuite ses études de théologie à Paris. Sa position ultramontaine, affirmée au séminaire contre certains de ses professeurs très gallicans, le jeune abbé la tenait de son ami l’abbé Lecomte, curé de la cathédrale de Chartres. L’abbé Lecomte, qui avait à plusieurs reprises refusé la crosse d’évêque, était ultramontain, infaillibiliste et grand admirateur de la pensée de Joseph de Maistre. Il fut le protecteur et père spirituel d’Édouard Pie. C’est l’histoire d’une belle et grande amitié que celle de ces deux prêtres. La mort de Lecomte, survenue le 31 décembre 1850, fut un événement très douloureux pour Édouard Pie, alors jeune évêque de Poitiers. Il écrivit le jour même au frère de son ami défunt, Gabriel Lecomte : « Je n’ai point de paroles, cher monsieur et digne ami, pour vous exprimer l’excès de ma douleur (…) J’aimais comme un père, comme un frère, comme un ami unique, celui que la mort vient de frapper. Je ne puis arrêter le cours de mes larmes, et elles ne sortent point encore néanmoins assez d’abondance pour décharger mon cœur. » Un autre personnage joua un rôle de premier ordre dans la vie de monsieur l’abbé Pie, c’est son évêque, qui le connut comme séminariste et puis comme jeune prêtre et vicaire de Chartres. Mgr Clausel de Montals, personnage haut en couleur, fut l’aumônier de Madame la Dauphine, duchesse d’Angoulême, avant d’être nommé évêque de Chartres.

Édouard Pie reçut les quatre ordres mineurs en 1837 et fut ordonné diacre le 9 juin 1838.

Prêtre et évêque[modifier | modifier le code]

L'année suivante, le 25 mai 1839, il fut ordonné prêtre.

Il y avait donc bientôt neuf ans que le roi libéral (Louis Philippe) était au pouvoir quand l’anti-libéral abbé Pie entama son ministère pastoral à Chartres. Il y retrouva son ami l’abbé Lecomte. De cette première année de sacerdoce, on retiendra trois sermons qu’il prononça sur l’éducation des enfants dans la famille, à l’école et dans l’Église. Ces enseignements étaient de circonstance, comme nous l’avons vu. Il y critiquait le scepticisme de l’université et critiquait le livre de Victor Cousin : Du vrai, du beau et du bien. L’année suivante, il se vit confier par l’évêque les sermons de Carême. Il essaya de montrer l’importance et la nécessité de l’étude de la religion chrétienne. Le premier discours visa à en montrer la supériorité sur les politiques anti-chrétiennes entre autres choses. Le deuxième établissait la supériorité de la religion chrétienne parce que révélée ; ce fut l’occasion d’exalter la supériorité de la grâce sur la nature. Non pas parce que la grâce annihilerait la raison, mais en ce qu’elle l’attire vers des hauteurs dépassant ses seules forces naturelles. Puis il aborda dans le sermon suivant la question de l’ordre social : il revendiqua la liberté de l’Église contre « les princes conjurés et les nations frémissantes. » Il fustigea la France passée au libéralisme et donc à l’indifférentisme. Aux libéraux, il dit que « l’Église ne saurait être en sous-ordre. Toute captive qu’elle soit, elle veut qu’on la traite en reine, non par grâce, mais de droit. »

En 1843, le 4 janvier exactement, Mgr de Montals nommait l’abbé Pie vicaire général. C’est ainsi qu’il prêcha la neuvaine de l’Assomption de l’année 1846. Pour répondre à cette invitation, il prit pour thème de ses prédications : le devoir du retour à Dieu. Ces sermons s’en prenaient violemment à la Révolution de 1789 qui, en établissant la souveraineté du peuple, a mis l’homme à la place de Dieu. Le 12 juillet de cette même année, l’abbé Pie écrivait à M. de l’Estoile : « Le parti néo-catholique libéral est un enfant de la Révolution ; et la Révolution est satanique dans son essence … ».

Vicaire à la cathédrale de Chartres, il sera vicaire général du diocèse en 1845.

Nommé évêque de Poitiers par Pie IX le 28 septembre 1849, il fut consacré le 25 novembre par Claude-Hippolyte Clausel de Montals. Après le décès de Mgr Guitton, le siège de Saint-Hilaire était resté vacant. La nouvelle nomination fut signée le 22 mai 1849, malgré les tentatives de l’abbé Pie pour l’éviter. Il écrivit à la suite de sa nomination : « je n’ai à cet égard aucune idée faite ; mais j’ai des pressentiments et des lueurs, et je crois que Dieu demandera beaucoup de nous pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société ! Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien : cela ne se fera pas par un miracle ni par une série de miracles surtout ; cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra. »

Le 25 novembre, jour où l’Église célèbre sainte Catherine d'Alexandrie, patronne des philosophes et des docteurs, Mgr Pie donna sa première lettre pastorale à Poitiers ; elle traitait du grand sujet de ses prédications : le retour à Jésus-Christ, la nécessité de réconcilier la terre avec le ciel et surtout il y faisait sienne cette parole de saint Paul qui résume son combat spirituel à Poitiers, instaurare omnia in Christo.

En 1850, alors que la France se débattait dans ses crises politiques, l’évêque réclamait la liberté d’enseigner pour l’Église et le 15 juillet se rendit au concile de Bordeaux. Il y intervint au nom de la foi contre les prétentions de la philosophie moderne à devenir la nouvelle religion.

À la question qui lui fut posée les 20 et 21 décembre, la nation répondit « oui » à Louis Napoléon par sept millions de voix. L’enthousiasme allait jusqu’à lui attribuer le nom de « Sauveur » : plus la situation politique était précaire et changeante, plus la foule lui accordait de mérites. L’évêque de Poitiers, quant à lui, rappelait alors à tous qu’il n’y a pas de salut même temporel en dehors de Jésus-Christ. Le 19 mars suivant, grâce à Mgr Pie, saint Hilaire fut déclaré docteur de l’Église. Par ce geste, Édouard Pie voulait faire sien son combat contre l’arianisme qui prenait alors les apparences du rationalisme et du nationalisme.

À partir de l’année 1853, le parti libéral ne désarma plus contre l’évêque de Poitiers. Certains évêques étaient un peu inquiets de son zèle et avaient peur qu’il leur portât ombrage. Mgr Pie ne se laissa pas gagner par le doute ni par la crainte de l’isolement et entreprit d’écrire une instruction synodale contre le naturalisme. Ce courant philosophique s’exprimait dans deux grandes revues : Le Journal des débats et La Revue des Deux Mondes, mais également au sein de l’université parisienne. Il écrivit ensuite les grandes instructions synodales sur les principales erreurs du temps présent. Ces instructions furent écrites à la suite d'un questionnaire que le cardinal Fornari lui avait adressé de la part du Pape deux ans auparavant. Ce questionnaire comprenait 28 chapitres relatifs aux erreurs philosophiques, théologiques et donc éthiques qui circulaient alors. Ses réponses au questionnaire devait servir de base de travail pour l’écriture d’une nouvelle encyclique qui paraîtrait douze plus tard sous le titre de Quanta Cura et comprendrait une annexe qui deviendrait célèbre : Syllabus.

Le 26 décembre 1856, E. Pie se rendit à Rome. Pie IX le remercia pour sa synodale. En mars de l’année suivante, toujours en Italie, il rencontra le comte de Chambord. Il était de retour à Poitiers le 19 avril 1856. Il travailla ardemment au rétablissement de la liturgie romaine dans son diocèse. Puis, il participa au concile de Périgueux qui traita de la philosophie naturaliste de la Libre Pensée qui évoluait du spiritualisme rationaliste de Victor Cousin au positivisme matérialiste et athée d'Émile Littré, en passant par le scepticisme d'Ernest Renan. Il fallait combattre les principes philosophiques avant d’envisager de combattre les conséquences morales et sociales. Le procureur général de la cour d’appel de Poitiers ne manquait pas de louer la modération de deux évêques qui « siégeant aux conseils universitaires, donnaient hautement leurs concours à la conciliation du Libéralisme et de l’Église » : il s’agissait de Mgr Delamarre, évêque de Luçon et de Mgr Landriot. À cette tentative de manipulation par l’isolement psychologique, l’évêque de Poitiers répondait sans se départir de son calme : « le diable se remue violemment dans le sens du christianisme modéré ». Il faut bien admettre que c’est là l’une des meilleures formes de subversion d’un système suffisamment fort pour résister à une attaque trop frontale.

Le 3 janvier 1859, Garibaldi, au service de Victor-Emmanuel, entrait en lutte contre l’Autriche et le Vatican. Mgr Pie ne cachait pas son inquiétude, travaillé par des pressentiments ; 1859 était la 70e année de la grande épreuve qui s’était ouverte par la Déclaration des Droits de l’Homme. Il demanda alors un nouvel entretien avec l’empereur, pénétré qu’il était, selon ses propres mots, du péril de l’Église et de la société. L’audience fut accordée pour le 15 mars. Elle dura une heure pendant laquelle l’évêque annonça prophétiquement au chef de l’État la fin de son règne. C’est également en 1859 que la police chercha à interdire la publication de l’un des discours de Mgr Pie : il s’agissait d’un éloge de saint Émilien (XIIIe siècle) prononcé devant les Nantais sur l’invitation de l’évêque du lieu, Mgr Jacquemet. Le sujet du discours tournait autour du règne social de Dieu.

Napoléon III resta muet lorsque les États pontificaux furent envahis par l’armée piémontaise. Mgr Pie, ainsi que Mgr Dupanloup et M. de Montalembert réagirent. Mgr Pie comparait Pie IX au Christ en disant de lui : Ecce homo ! et il comparait le gouvernement français à Ponce Pilate. Dans une lettre à Mgr de Belley, le successeur de Saint-Hilaire déclarait à nouveau que les princes du monde préparaient l’avènement de l’Antéchrist. Il annonçait également la dissolution universelle de la société qui suivrait immanquablement les avancées du libéralisme. La réaction ne se fit pas attendre, et le 28 février, le Moniteur annonçait que le Mandement de l’évêque de Poitiers était déféré au Conseil d’État. Le 26 mars, l’évêque fut averti qu’il serait jugé le lendemain, un mercredi saint, et que la sentence serait publiée au Moniteur le vendredi. Il fut condamné.

En 1863, il consacra ses sermons de Carême à l’étude de l’antichristianisme sous son aspect philosophique, politique, moral et social. Il appelait antéchrists ceux qui refusent, à quelque degré que ce soit, le règne de Jésus-Christ. La même année après Pâques, en mai, il déclara ceci à Bordeaux : « Le but de la Révolution c’est l’anéantissement du christianisme public, le renversement de l’orthodoxie sociale. Détruire les derniers restes de l’antique édifice de l’Europe chrétienne, et, afin que la démolition soit définitive, abattre la clef de voûte autour de laquelle les derniers débris encore subsistants pourraient tôt ou tard se rapprocher et se rejoindre, voilà l’œuvre à laquelle les mille voix de l’impiété convient ouvertement notre génération ; voilà le travail de désorganisation auquel nous assistons …» C’était également l’année où Ernest Renan fit paraître La Vie de Jésus. Mgr Pie démonta sans peine cette mécanique. Les journalistes libres penseurs, contrariés par l’argumentation efficace d’Édouard Pie se retournèrent avec véhémence contre lui. On imprima le livre du penseur positiviste à plus de cinquante mille exemplaires. Au même moment, Montalembert faisait l’éloge du Libéralisme en une formule efficace : « dans l’ordre ancien les catholiques n’ont rien à regretter ; dans l’ordre nouveau rien à redouter. » Le renom de l’illustre écrivain, qui par ailleurs avait défendu l’Église contre ses détracteurs, ne faisait qu’aggraver le mal. L’évêque de Poitiers, à la demande de Pie IX, répondit par sa troisième synodale sur les erreurs du temps présent. On lui reprocha, par cette instruction, de travailler contre la concorde. Mais comment pouvait-on espérer la paix en dehors de la vérité ? Dans son mandement pour le Carême de 1864, il répondrait que la paix ne peut venir d’un compromis avec l’erreur, mais de l’humble soumission à la vérité.

En 1876, il refusa l'archevêché de Lyon.

Cardinal[modifier | modifier le code]

Le 29 janvier 1879, le cardinal Nina, secrétaire d'État, lui notifia officiellement son élévation à la dignité cardinalice. Il est créé cardinal par Léon XIII lors du consistoire du 12 mai 1879 avec le titre de cardinal-prêtre de Sainte-Marie des Victoires. Il choisit comme garçons d'honneur pour l'accompagner à Rome lors de la remise de son chapeau de cardinal Charles Veillard, Charles Clémot, Gonzague de la Rochebrochard et Henri Savatier.

Rome voulait le remercier pour son grand travail en France et au concile Vatican I. C'est à lui, entre autres, que l'on doit la proclamation de l'Infaillibilité pontificale. Giuseppe Sarto, le futur Pie X, s'inspirera de son œuvre.

Ses « Œuvres » (lettres pastorales, sermons, homélies, allocutions, etc.) remplissent douze volumes in-8° (Oudin, Poitiers).

Il meurt un an plus tard dans sa soixante-cinquième année, le 18 mai 1880, à Angoulême où il était venu prêcher. Il a été inhumé dans la crypte de l'église Notre-Dame la Grande de Poitiers.

Le cardinal Pie a prononcé une phrase demeurée célèbre « la France sera chrétienne ou elle ne sera pas » (analogue à une citation prêtée à André Malraux, dont l'authenticité est douteuse).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • À partir des travaux de Paul Mirault qui pour la partie biographique s'est appuyé principalement sur l'ouvrage de Mgr Louis Baunard (Histoire du cardinal Pie : évêque de Poitiers, H. Oudin, Poitiers, 1886)