Augustin Barruel

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Augustin de Barruel (dit Barruel)

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Naissance 2 octobre 1741
Villeneuve-de-Berg
Décès 5 octobre 1820 (à 79 ans)
Paris
Nationalité Blason France moderne.svg Français
Profession
Prêtre
Essayiste

Augustin de Barruel, appelé Augustin Barruel, né à Villeneuve-de-Berg le 2 octobre 1741 et mort à Paris le 5 octobre 1820, est un prêtre jésuite, et essayiste polémiste catholique français.

Ses travaux consistent à montrer que la Révolution française n'a pas été un mouvement de révoltes spontanées du peuple, mais un processus organisé pendant plusieurs décennies dans des loges et dans des clubs (en particulier celui des Jacobins) afin de permettre à la bourgeoisie libérale de s'emparer du pouvoir. Ses recherches sur les réseaux de pouvoirs parallèles - avant et pendant la Révolution - ont été continuées au début du XXe siècle par le chartiste Augustin Cochin. Barruel et Cochin sont les fondateurs d'une école historique qui est qualifiée de conspirationnisme ou de théorie du complot par les tenants d'une révolution spontanée et populaire qu'ils expliquent par la philosophie de l'histoire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années et études[modifier | modifier le code]

Fils d'Antoine de Barruel, seigneur de Chaix et de Madeleinde Meunier de La Coste, il fait ses humanités au collège de Tournon avant de devenir jésuite en 1756. Après les années de formation spirituelle, il enseigne la grammaire au collège de Toulouse. C'est là, en 1764, que le surprend le décret de Louis XV expulsant les jésuites du royaume de France. Contraint à l'exil, il se rend d'abord en Pologne, puis en Bohême (maintenant République tchèque) où il termine ses études de théologie et est ordonné prêtre à Chomutov en 1768. Il enseigne également en Moravie, puis revient en France comme précepteur privé d'une famille aristocratique slovaque. Il se trouve à Avignon lorsque la Compagnie de Jésus est supprimée par le pape Clément XIV en 1773. Le Père Barruel sera précepteur des enfants du prince François-Xavier de Saxe, frère de la Dauphine de France. Il va vivre avec cette famille princière pendant trois ans, de juillet 1774 à mai 1777 au château de Chaumot (dans l'Yonne) puis dans celui de Pont-sur-Seine (dans l'Aube).

Écrivain et polémiste[modifier | modifier le code]

Devenu abbé par la force du décret, Barruel survit comme précepteur et se met à écrire. Il publie des vers en faveur de l'avènement de Louis XVI et collabore à L'Année littéraire de Fréron entre 1774 et 1784. En 1781, il publie sous le titre d'Helviennes des lettres anti-lumières contre les Encyclopédistes et la philosophie des Lumières. Il exerce sa verve de polémiste dans le Journal ecclésiastique dont il est presque le seul rédacteur entre 1788 et 1792. D'abord favorable aux idées démocratiques — il renonce volontairement à la particule nobiliaire —, sa vigoureuse opposition à la constitution civile du clergé le contraint finalement à s'exiler à Londres en 1792. Il est tout d'abord hébergé par le philosophe Edmund Burke qui, bien que franc-maçon, le félicitera pour son Mémoire pour servir… pourtant antimaçonnique[1]. Il a tout le loisir qu'il lui faut pour écrire son Histoire du clergé pendant la Révolution, parue en 1793, qui dénonce la persécution religieuse. Suivent ses Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, parus en quatre volumes entre 1797 et 1799, qui connaissent un vif succès et sont traduits en plusieurs langues. Ces Mémoires développent la thèse d’une Révolution antichrétienne fomentée par les philosophes, les francs-maçons et les Juifs[2].

Publication des Mémoires[modifier | modifier le code]

Les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme[3] en 5 tomes de l'abbé Barruel soutiennent une théorie du complot[4] selon laquelle les Illuminés de Bavière[5] ont infiltré la franc-maçonnerie et d'autres sociétés, afin de renverser les pouvoirs en place, aussi bien politiques que religieux, pour asservir l'humanité. La thèse de Barruel veut que la Révolution française résulte d'un complot fomenté par les philosophes athées, les nouveaux templiers, les rosicruciens, les francs-maçons, et certains protestants contre l'Église et la royauté, sous l'influence des Illuminés, a connu une postérité considérable dans les milieux contre-révolutionnaires[6]. À la même époque, une thèse similaire avait été proposée par l'Écossais John Robison, qui suggérait que la Révolution Française avait été suscitée par l'action secrète de la franc-maçonnerie et de ses comparses. Augustin Barruel déclare avoir été lui-même reçu en loge[7]. Dans son acception radicale, sa thèse n'a été retenue par aucun historien, à l'exception, peut-être, de Louis Blanc[7].

Retour en France[modifier | modifier le code]

Rentré en France après le 18 brumaire, Barruel ne reste pas inactif. En 1803, il publie une apologie du Concordat, Du Pape et de ses droits religieux, qui lui vaut d'être nommé chanoine de la cathédrale de Paris par Napoléon. Cette lune de miel avec le pouvoir napoléonien ne dure pas. Il est emprisonné en 1811 pour avoir soutenu Pie VII, qui s'opposait à la nomination de Jean-Sifrein Maury comme archevêque de Paris. Après la restauration universelle de la Compagnie de Jésus par Pie VII en 1814, Barruel demande et obtient l'année suivante sa réadmission parmi les jésuites.

Le 20 août 1806, il reçoit à Paris une lettre de Florence provenant d'un capitaine italien, Jean Baptiste Simonini, dans laquelle ce dernier exprime la satisfaction que lui a procuré la lecture de ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme. Il tient toutefois à évoquer un témoignage personnel qui prend la forme d'une théorie du complot juif évoquant la thèse de la judéo-maçonnerie, la maçonnerie étant sous la direction du judaïsme. Barruel transmet la lettre au pape Pie VII, qui lui répond par son secrétaire, puis au roi Louis XVIII[8]. Ces correspondances ont été publiées pour la première fois en 1882, dans le journal La Civiltà Cattolica[9].

Il meurt à Paris, le 5 octobre 1820, à près de 80 ans.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Augustin Barruel et la lettre du capitaine Jean Baptiste Simonini font partie de la trame du roman d'Umberto Eco Le Cimetière de Prague.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Ode sur le glorieux avènement de Louis-Auguste au trône, présenté à la Reine, Paris, Valade, 1774 disponible sur Gallica.
  • Traduction du latin de M. l'abbé Boscovich, Les Éclipses, poème en six chants, Paris, Valade et Laporte, 1779.
  • Les Helviennes, ou Lettres provinciales philosophiques, Amsterdam et Paris, Laporte, 1781 ; Amsterdam et Paris, Moutard, 2 vol., 1784 et 3e vol., 1784-1785 ; Amsterdam et Paris, Briant, vol. 4-5, 1788 ; 7e éd. Paris, Pailleux, 1830 Vol. 1, Vol. 2, Vol. 3 et Vol. 4 6e édition de 1833 disponibles sur Internet Archive.
  • Lettres sur le divorce, à un député de l'Assemblée nationale, ou bien, Réfutation d'un ouvrage ayant pour titre : « Du Divorce », Paris, Crapart, 1789 disponible sur Google Livres.
  • Le Patriote véridique, ou discours sur les vraies causes de la révolution actuelle, Paris, Crapart, 1789 disponible sur Gallica.
  • Le Plagiat du Comité soi-disant ecclésiastique de l'Assemblée nationale, ou Décret de Julien l'Apostat, formant les bases de la Constitution civile du Clergé français, suivi des représentations de saint Grégoire de Nazianze, Antioche et Autun, Imprimerie impériale, 1790 disponible sur Gallica.
  • Les Vrais Principes sur le mariage, opposés au rapport de M. Durand de Maillane et servant de suite aux lettres sur le divorce, Paris, Crapart, 1790 disponible sur Gallica.
  • De la conduite des curés dans les circonstances présentes. Lettre d'un curé de campagne à son confrère, député à l'Assemblée nationale, sur la conduite à tenir par les pasteurs des âmes, dans les affaires du jour, Paris, Crapart, [1790] disponible sur Google Livres.
  • Développement du serment exigé des prêtres en fonction par l'Assemblée nationale, Paris, Craparad, 1790 disponible sur Internet Archive.
  • Question nationale sur l'autorité et sur les droits du peuple dans le gouvernement, Paris, Craparad, 1791 disponible sur Gallica.
  • Question décisive sur les pouvoirs ou la juridiction des nouveaux pasteurs, Paris, Crapart, 1791 disponible sur Google Livres.
  • Développement du second serment appelé civique, décrété le 16 et le 29 novembre 1791, Paris, Crapard, [1791] ; Pergamon press, « Les archives de la Révolution française », 1989.
  • Préjugés légitimes sur la constitution civile du clergé et sur le serment exigé des fonctionnaires publics, Paris, Crapart, [1791].
  • (éd.) Collection ecclésiastique ou recueil complet des ouvrages faits depuis l'ouverture des états généraux, relativement au clergé, à sa constitution civile, décrétée par l'Assemblée Nationale, sanctionnée par le roi, Paris, Crapart, 1791-1793.
  • Lettre pastorale de M. l'évêque d'Evreux, à ses diocésains. En leur adressant l'Apologie de la conduite du Pape, dans les circonstances présentes, Paris, Crapart, 1792.
  • Histoire du clergé pendant la Révolution française, Londres, J. Debrett, 1793 ; Ferrare, Pomatelli, 1794 ; Londres et Anvers, C.-H. de Vos, 1794 ; Londres et Paris, 1797.
  • Histoire du clergé pendant la révolution française, 2 vol., Londres et Paris, Chez les libraires, 1797.
  • Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, Hambourg, 5 vol., P. Fauche, 1798-1799.
Rééditions : Hambourg, P. Fauche, 1803 ; Édition revue et corrigée, 1818 ; Abrégé par E. Perrenet éd. Paris, La Renaissance française, 1911 ; avec un introduction de Christian Lagrave, Diffusion de la pensée française, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 1974 ; Extraits sous le titre : Spartacus Weishaupt, fondateur des Illuminés de Bavière, Ventabren, Les Rouyat, 1979 ; Pergamon press, « Les archives de la Révolution française », 1989 ; Éditions de Chiré, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 2 t., 2005.
  • Abrégé des Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 2 vol., Londres, P. Le Boussonnier, 1798, 1799 ; Luxembourg, 1800 ; Hambourg, P. Fauche, 1800, 1801 ; Paris : A. Le Clère, 1817.
  • Lettres d'un voyageur à l'abbé Barruel, ou nouveaux documents pour ses mémoires, nouvelles découvertes faites en Allemagne, anecdotes sur quelques grands personnages de ce pays, chronique de la secte, etc. (1er juin-1er novembre 1799), Londres, Dulau, 1800.
  • Du Pape et de ses droits religieux, à l'occasion du Concordat, 2 vol., Paris, Crapart, 1803.
  • Trois propositions sur l’Église de France, établie en vertu du concordat, Londres, J. Booker, [1804].
  • Du Principe et de l'obstination des Jacobins, en réponse au sénateur Grégoire, Paris, 1814 ; Trad. italienne : Del principio e della ostinazione dei Giacobini ; risposta dell’abate Barruel al senator Gregoire, Torino, Galletti, 1814.
  • Réplique pacifique aux trois avocats de M. le sénateur Grégoire, Paris, [s. n.], 1814.
  • (éd.) Recueil précieux pour les historiens de ce temps, ou choix de brochures et de pamphlets sur les personnages et les événements de la Révolution à dater de la première abdication de Buon aparte jusqu'au moment présent, 4 vol., Paris, Chez les marchands de nouveautés, 1815.
  • Réponse a l’avocat de la Petite-Église, Laval, Portier, [1818].
  • Lettres inédites de Barruel à son retour d’exil (1802-1806), publiées par Abel Dechêne, Aubenas, C. Habauzit, 1923.
Traductions des Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme
  • En anglais (Grande-Bretagne) : Memoirs illustrating the history of Jacobinism, 4 vol., trad. Robert Clifford, London, E. Booker, 1798 ; Extraits : The Antichristian and antisocial conspiracy, on extract from the French of the Abbe Barruel to which is prefixed, Jachin and Boaz, or, An authentic key to the door of Free-masonry, ancient and modern, Lancaster [Pa], Joseph Ehrenfried, 1812.
  • En anglais (États-Unis) : Memoirs illustrating the history of Jacobinism, First American Édition, from the second London édition, New York, Hudson & Goodwin, 1799 ; Selections from the Abbe Barruel’s “Memoirs Illustrating the history of Jacobinism”, Pittsfield [Mass.], Phinehas Allen, 1802.
  • En catalan : Memorias para servir á la historia del jacobinismo, trad. de Fr. Raymundo Strauch y Vidal, Perpiñan, J. Alzine, 1827.
  • En italien : Storia del giacobinismo : massoneria e illuminati di Baviera, Carmagnola, trad. Pietro Barbiè, 1852 ; rééd. avec une préface de Albert Cesaro Ambesi, Carmagnola, G. Oggero, 1989.
  • En portugais (extraits) : O segredo revelado ou Manifestação do systema dos Pedreiros Livres e Illuminados, e sua influencia na fatal revolução franceza, obra extrahida das Memorias para a Historia do jacobinismo do abbade Barruel, trad. de José Agostinho de Macedo, Lisboa, na Imp. Regia, 1809-1810.

Notes[modifier | modifier le code]

Une page d'histoire - Hitler et la franc-maçonnerie du 22/06/13 par Jean-Pol Hecq, du 22 juin 2013, sur La Première

Références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le livre de poche, article « Edmund Burke », p. 113
  2. l’Église et la Révolution, de Pierre Pierrard, p.  117
  3. ouvrage à succès qui sera repris lors de la rédaction des Les Protocoles des Sages de Sion, dans lequel sont remplacés par les juifs les Illuminati qui auraient infiltrés les loges maçonniques
  4. qu'il publie à Londres, parce qu'il est exilé
  5. groupe radical fondé le 1er mai 1776 par Adam Weishaupt, qui se veut politiquement subversif
  6. En 2007, l'essayiste nationaliste Philippe Ploncard d'Assac publie Le complot mondialiste dans lequel il défend cette thèse.
  7. a et b Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le livre de poche, article « Barruel », p. 66
  8. Aleksander Dmitrievich Netchvolodow, L'Empereur Nicolas II et les Juifs, Étienne Chiron, Paris, 1924, ASIN B001D7RNEA, p. 231-236
  9. Nicolas Deschamps, Les Sociétés Secrètes et la Société, III, p. 661.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

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