Fachoda

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Page d'aide sur l'homonymie Ne pas confondre avec Kodok, une bourgade sud-soudanaise dénommée Fachoda à la fin du XIXe siècle et théatre en 1898 de la Crise de Fachoda. Les deux lieux sont séparés par une quinzaine de kilomètres.
Fachoda
Pachodo
Vue sur le village de Fachoda en 1910
Vue sur le village de Fachoda en 1910
Administration
Pays Drapeau du Soudan du Sud Soudan du Sud
Province Nil Supérieur
Géographie
Coordonnées 9° 49′ 55″ N 31° 58′ 43″ E / 9.831944, 31.978619° 49′ 55″ Nord 31° 58′ 43″ Est / 9.831944, 31.97861  
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Soudan du Sud (administrative)

Voir sur la carte Soudan du Sud administrative
City locator 14.svg
Fachoda

Fachoda (ou Pachodo en langue Shilluk) est un modeste village africain situé dans le Nord-Est de la république du Soudan du Sud sur la rive occidentale du Nil Blanc. Constitué par quelques huttes en terre sèche, ce lieu est la capitale spirituelle du peuple Shilluk et l'endroit où se tient depuis le début du XVIIIe siècle l'intronisation des souverains du Shillukland, un royaume fondé au XVIe siècle par le roi Nyikang et indépendant jusqu'à ce que Méhémet-Ali le vice-roi d’Égypte entreprenne en 1820 de conquérir le Soudan.

En 1867, les troupes égyptiennes arrivent pour la première fois sur le site de l'actuelle Kodok, situé à une quinzaine de kilomètres en aval, et baptisent l'endroit sous le toponyme de Fachoda, nom abandonné par les colonisateurs britanniques après 1905.

En 1898 le commandant Marchand se lance dans une expédition périlleuse en direction du Haut Nil. Il occupe au nom de la France la petite bourgade de Fachoda qu'il rebaptise fort Saint-Louis. À cette époque le Haut Soudan est sous la juridiction de l'Égypte et donc sous protectorat britannique. Les Anglais n'acceptent pas cette intrusion française et c'est la crise de Fachoda. En définitive le gouvernement de la IIIe République française cède aux injonctions britanniques, ce qui est vécu en France comme une profonde humiliation.

Administrativement, le village de Fachoda dépend du payam de Lul, une subdivision du Comté de Fachoda dans l'état du Nil Supérieur.

Mythe de fondation[modifier | modifier le code]

Le dixième souverain shilluk, Tugo fils de Tokot régne entre 1690 et 1710[1]. Contrairement à son père, le belliqueux Tokot, Tugo est un roi tranquille et pacifique. Il est le premier roi à s'établir dans une résidence fixe alors que ses prédécesseurs allaient de village en village pour exercer leurs fonctions régaliennes. Tugo se fixe d'abord à Nywaja dont le nom signifie « Là où on parle ». Mais au cours de son règne (à une date indéterminée), Tugo fonde le village de Pachodo qui est depuis lors reconnu comme la résidence royale. La fondation de Pachodo est relatée dans un petit mythe étiologique collecté en 1910 par le linguiste allemand Diedrich Westermann. Quand Tugo voit ses quatre bœufs sans cornes (chod) remuer le sol et toujours revenir au même endroit pour le faire, il interprète ce comportement comme un message divin qui lui enjoint de créer un nouveau village. C'est ainsi que fut fondé le village de pa chod, ou Pachodo c'est-à-dire « le village des bœufs sans cornes »[2]:

« Quand le roi Tugo régnait, il régnait depuis son propre village, une localité nommée Nywaja. Il avait des bœufs, ils allèrent vagabonder en un certain endroit, c'étaient des bœufs sans cornes appelés chod, ils se mirent à frapper et à creuser le sol de cet endroit avec leurs têtes, tous les jours. Quand le roi les vit faire ainsi, il dit: " Quoi ! Pourquoi donc ces bœufs creusent-ils ainsi le sol ? " Il ajouta: " Ils aiment cet endroit. " Il y fit édifier un village, c'est ainsi que Pachodo fut fondé. Tugo déménagea de son village vers ce nouveau village. Il dit: " Ce village devra toujours être celui où l'on choisit le roi, le village du roi. " Depuis cette époque, le peuple choisit ici son roi. Quand le roi Tugo eut fini de régner, il dit: " Mon fils devra être élu ! " Et il fut élu. »

— Comment Fachoda devint la résidence royale[3].

Aturwic[modifier | modifier le code]

Photographie de Aturwic, quatre huttes sur une colline
Aturwic, le domicile du roi à Pachodo en 1910. Photographie de Charles Gabriel Seligman.

Le village de Fachoda est constitué d'une centaine de huttes circulaires en terre sèche à la toiture conique en chaume. Ces constructions sont disposées sur deux rangées agencées en arc de cercle autour d'une place centrale ouverte sur le sud. Sur cette place sont érigées trois étables de même forme que les huttes d'habitation mais d'un diamètre plus considérable. À l'ouest, les deux rangées de huttes sont prolongées par le temple de Nyikang. Ce sanctuaire est constitué de deux huttes reliées entre elles par une barrière végétale. À l'est, le village se prolonge par la colline de l'Aturwic.

L'Aturwic est la résidence du roi Shilluk lors de ses séjours à Fachoda, sa résidence habituelle se trouvant actuellement à Malakal, la capitale régionale de l'État du Nil Supérieur. L'Aturwic est une colline artificielle surmontée par quatre huttes reliées entre elles par une enceinte végétale. La durée de vie de ces huttes érigés en boue séchée est relativement courte, de cinq à huit ans ; une hutte s'effondrant généralement au cours de la saison des pluies. Dans le cas des lieux saints, dont l'Aturwic participe, la boue séchée des anciennes constructions participe à la sainteté du lieu, aussi n'est elle pas dispersée mais conservée sur le lieu même où elle a servi en tant que matériel de construction. Après plusieurs réédifications, les huttes sacrées se trouvent placées sur un monticule artificiel ainsi formé.

Intronisation[modifier | modifier le code]

Pachodo1.png
NORD
Adodo
Village où se rassemble
l'armée de Nyikang
Fachoda
Aturwic
Temple de Nyikang
Trajet de
l'armée de
Nyikang
Champ de
bataille
Khor
Arepejur
Mier Gat
Village où les guerriers collectent les tiges de millet pour la bataille
Akwabai
Debalo
Village où se
rassemble
l'armée du roi
Trajet de
l'armée du
roi
Carte du déroulement de l'intronisation.
Article principal : Nyikang.

Les cérémonies de l'installation du nouveau roi dans ses fonctions suivent un ordonnancement long et complexe qui a pour but d'insuffler l'esprit de Nyikang, le premier roi Shilluk, dans le corps du nouveau roi. Lors de ce rituel, le Shillukland se divise en deux provinces rivales, le village de Fachoda étant situé à la limite des deux entités. D'un côté, la province nordiste du Gol Dhiang prend le parti de Nyikang, symbole de l'éternité de la royauté Shilluk, et physiquement présent à travers son effigie habituellement conservée à Akurwa. De l'autre côté, la province sudiste du Gol Nyikang se fédère autour de la personne du nouveau roi, symbole de la mortalité humaine. Chaque moitié forme une armée fictive fortes de plusieurs centaines de guerriers et les deux se rencontrent sur un champ de bataille situé à l'ouest de Fachoda. Au sud de Fachoda, l'armée du nouveau roi arrive depuis Debalo puis franchit le khor Arepejur. Là, les guerriers de Nyikang attendent les envahisseurs. Après un affrontement à coups de fouets et de tiges de millets, l'armée nordiste parvient à capturer le roi qui de suite est emmené vers Fachoda pour être intronisé. Trois jours plus tard, se tient à Fachoda même une autre bataille mais plus modeste entre les dignitaires des deux provinces au sujet du rapt de l'épouse du roi par l'effigie de Nyikang ; l'armée de Nyikang marchant depuis le temple local vers le mont Aturwic défendu par le camp royaliste. Dans la mélée, le roi récupère son épouse mais après plusieurs assauts Nyikang parvient au sommet de l'Aturwic où le couple royal a trouvé refuge. Mais l'effigie de Nyikang accepte finalement le roi en tant que son successeur puis rentre dans son temple. Après cet ultime querelle, l'ensemble de chefs Shilluk acceptent le nouveau roi dans sa charge.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Wilhelm Hofmayr, Die Schilluk : Geschichte, Religion und Leben eines Nilotenn-Stammes, Sankt Gabriel, Mödling bei Wien, Anthropos (revue),‎ 1925, 521 p.
  • (en) P.P. Howell et W.P.G. Thompson, The death of a reth of the Shilluk and the installation of his successor, Sudan Notes and Records (revue),‎ 1946
  • (en) Diedrich Westermann, The Shilluk People, Their Language and Folklore, Berlin,‎ 1912, 312 p.

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • (en) André Singer, Disappearing world: The Shilluk, 1976, 52 min.
  • (en) Étienne Verhaegen, The Seven Cows of the Shilluk King, 1978, 52 min. Extrait (8 min)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Faute de documents écrits, ces dates sont des approximations. L'ordre même de la succession des rois est problématique, voir Hofmayer, 1925, p. 40-41.
  2. Hofmayr 1925, p. 77: Der 10. König: Tugo.
  3. Westermann 1912, p. 138-139: How Fashoda became the Royal Residence.