Performativité

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La performativité est le fait pour un signe linguistique (énoncé, phrase, verbe, etc.) de constituer lui-même ce qu'il dénote, c'est-à-dire que produire (prononcer, écrire) ce signe réalise l'action qu'il décrit. Par exemple, le simple fait de dire « je promets » constitue une promesse.

Historique et description[modifier | modifier le code]

La notion de performativité a été développée par le philosophe John Langshaw Austin dans son ouvrage Quand dire c'est faire (1962), dont le titre original est How to do Things with Words (littéralement Comment faire des choses avec des mots). Elle caractérise certaines expressions qui font littéralement ce qu'elles énoncent. Il ne s'agit pas d'expressions telles que « je parle », qui n'est qu'une description, mais d'expressions qui modifient le monde. Le titre du livre d'Austin est à cet égard explicite : une expression est performative lorsqu'elle ne se borne pas à décrire un fait mais qu'elle « fait » elle-même quelque chose.

Un exemple typique d'expression performative est la phrase « Je vous déclare mari et femme » que prononce l'autorité lors d'un mariage. La phrase fait changer les fiancés de statut : en étant prononcée elle constitue les fiancés comme mari et femme, ils passent de l'état de fiancés à celui de mariés. Il y a donc plus dans l'énonciation de cette expression que la description d'un fait, dire cette phrase c'est accomplir un acte (autre que l'acte d'énoncer la phrase).

Mais l'expression n'est performative que si la personne a réellement l'intention de faire l'acte et si les différents protagonistes respectent des critères d'authenticité : dans notre exemple, le locuteur doit être compétent, il doit y avoir deux destinataires, etc. Le contexte n'est pas négligeable : prononcée lors d'un dîner privé cette phrase ne modifierait rien. Elle ne serait donc pas performative.

Influence[modifier | modifier le code]

La notion de performativité a été reprise par plusieurs philosophes et a eu une pérennité certaine. Elle a aussi connu des développements dans l'analyse littéraire[réf. souhaitée], où elle constitue notamment un outil intéressant pour l'étude de pièces de théâtre et des autofictions contemporaines.

Elle a aussi des conséquences technologiques, comme la création du langage KQML dans le cadre des systèmes multi-agents.

Si Austin abandonne la notion de performativité au fil de ses conférences au profit d'une catégorisation plus fine entre actes locutoires, illocutoires, perlocutoires, celle-ci est reprise dans les années 2000 dans plusieurs domaines des sciences sociales, notamment en sciences de l'organisation et dans les développements de la théorie de l'acteur-réseau à propos de la science économique.

Performativité et sociologie économique[modifier | modifier le code]

Un groupe de sociologues reprend à son compte le concept de performativité dans l'objectif d'étudier le rôle des économistes dans la construction du monde social. Ce projet se forme à partir de l'ouvrage collectif dirigé par Michel Callon, The Laws of the Markets, et donne naissance à une vaste littérature. L'idée majeure en est que les économistes au sens large constituent aujourd'hui le cœur de l'activité économique dans la mesure où ils participent à la construction technique des marchés. Ceci est par exemple le cas de la finance, où les outils informatiques omniprésents intègrent des algorithmes de calcul directement issus des théories financières.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]