Gaule narbonnaise

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44° N 4° E / 44, 4 ()

La province romaine de Narbonnaise en l'an 116
La Gaule narbonnaise in A.H. Dufour, La Gaule sous l'Empire romain, 1846.

La Gaule narbonnaise désigne pour des historiens du XIXe siècle une province de l'Empire romain fondée à partir de la première colonie créée par les Romains sur le territoire méridional de l'actuelle France, entre Alpes et Pyrénées dès 118 avant J.C. En réalité, l'administration proconsulaire puis impériale romaine a identifié  :

  • la Gaule transalpine après la pacification de Gnaeus Domitius Ahenobarbus.
  • la Gaule romaine pour la distinguer de la Gaule chevelue après la conquête des Gaules de César. La terminologie "transalpine" s'est aussi maintenue.
  • la Narbonnaise, après la réorganisation et la disparition définitive des Gaules par l'empereur Auguste au début de l'ère chrétienne. La Narbonnaise administrée depuis la grande cité de Narbonne naît au même moment que la Gaule belgique, la Gaule lyonnaise et l'Aquitaine. Il n'est plus question de Gaule(s), hormis dans la littérature et l'érudition.
  • les Narbonnaises première et seconde, fruit d'un redécoupage interne des provinces généralisé sous Dioclétien.

Enfin, la Provence ou Provincia romana n'apparaît que fort tardivement. L'embryon de gestion territoriale au début du Ve siècle n'obtient cette appellation que suite à l'occupation ostrogothique, et surtout la captation franque en 523/24.

Historique et description[modifier | modifier le code]

La colonie, colonie originelle de Narbonne, implantée sur la côte méditerranéenne près de l'Aude, donne son nom à la Province romaine, du nom de Narbo Martius, ville portant le nom de Mars. Aix-en-Provence, sous le nom d'Aquae Sextiae, est fondée à la même époque en 118 av. J.-C..

Cette région coloniale obtient un statut de Provincia romana vers 70 av. J.-C.. Elle était aussi appelée Braccata, ce nom faisant allusion aux braies (braccae) portées par les habitants, en opposition à la Gaule cisalpine (conquise par Rome vers l'an -200), où le port de la tunique romaine s'était déjà imposée dans la population, du moins dans les cités.

Rome conquiert la région en quelques campagnes entre 125 av. J.-C. et 121 av. J.-C., notamment celles de Gnaeus Domitius Ahenobarbus et Fabius Maximus Allobrogicus. La zone occupée s'étend jusqu'à Tolosa (Toulouse) et jusqu'au Léman, créant une liaison terrestre entre ses territoires en Espagne et la Gaule cisalpine. La colonie grecque de Massalia (Marseille) et son arrière-pays forment une enclave libre au sein de la Narbonnaise. La province ne reçut cependant peut-être son statut officiel (lex provinciae) qu'après le passage de Pompée dans les années 70 avant notre ère.

En 109 av. J.-C., cette région est ravagée par les Cimbres, les Teutons, les Ambrons durant l'épisode de la guerre des Cimbres.

Jules César, proconsul de la Narbonnaise de 58 av. J.-C. à 49 av. J.-C., en fit sa base arrière pour la conquête des Gaules, et termina en 49 la conquête de la Narbonnaise en annexant Massalia et son territoire, qui avait pris le parti de Pompée.

Avec l'Empire, à partir de 27 av. J.-C. et le principat d'Octave devenu Auguste, Narbonne prend de l'importance.

L'empereur Auguste vient à Narbonne et y séjourne pour recenser les Gaulois et organiser leur territoire. En 22 av. J.-C., il réorganise l'administration de la « Province » de Gaule transalpine en Province sénatoriale sous l'autorité du Sénat romain. Ayant fixé la capitale à Narbonne, celle-ci prit le nom de « Province de Gaule narbonnaise ». Ce territoire est divisé en 22 civitas environ. Les cités ou civitates étaient de tailles très inégales. Les plus grandes reprirent assez souvent, à peu de chose près, les limites des anciens peuples : il en fut ainsi pour la cité des Allobroges (Vienne), Nemausus (Nîmes) pour la cité des Volques, la cité des Cavares avec Avignon, Cavaillon et la colonie d’Arausio (Orange), ou encore la cité fédérée des Voconces, avec Vasio et Lucus Augusti comme capitales (Vaison-la-Romaine et Luc-en-Diois).

Narbonne devient un des plus grands ports de commerce méditerranéen, au carrefour des deux grandes routes romaines, la Via Domitia d'Italie en Espagne par la Gaule narbonnaise, construite en 118 av. J.-C. et la via Aquitania partant de Narbonne vers Toulouse et Bordeaux.

Les campagnes alentours sont partagées en grands domaines agricoles, on y cultive le blé, l’olivier et la vigne, qui produit des vins réputés. Narbonne connaît une période de splendeur aux deux premiers siècles de l'ère chrétienne, lorsque les ressources du terroir ainsi que les carrefours routiers et maritimes furent exploités intensivement.

Un texte de Pline l'Ancien décrit la Gaule narbonnaise, et nous donne des indications précieuses sur la manière dont elle était perçue à Rome au Ier siècle :

« Narbonensis provincia appellatur pars Galliarum quae interno mari adluitur, Bracata antea dicta, amne Varo ab Italia discreta Alpiumque vel saluberrimis Romano imperio iugis, a reliqua vero Gallia latere septentrionali montibus Cebenna et Iuribus, agrorum cultu, virorum morumque dignatione, amplitudine opum nulli provinciarum postferenda breviterque Italia verius quam provincia ».

« On appelle Province Narbonnaise, la partie des Gaules sur le littoral de la Mer Intérieure. Autrefois nommée Bracata, elle est séparée de l'Italie par le fleuve Var et par les hauteurs des Alpes, rempart naturel le plus sûr pour l'empire romain. Mais au nord, elle est séparée du reste de la Gaule par les montagnes des Cévennes et du Jura ; la province Narbonnaise ne doit pas être considérée comme la dernière des provinces en raison de la qualité de ses cultures, de la respectabilité de ses habitants et de leurs traditions, et de l'abondance de ses ressources. Bref, la Narbonnaise ressemble plus à l'Italie qu'à une simple province ».

Au IVe siècle, sous la tétrarchie, la Gaule narbonnaise fut divisée en trois provinces, toutes rattachées à la préfecture du prétoire des Gaules :

  • la Narbonnaise première (Provincia narbonnensis prima, en latin), province présidiale ayant Narbonne (civitas Narbonnensium) pour métropole. Les territoires bornés à l'est par le Rhône et la mer Méditerranée, à l'ouest par les 3 Aquitaines, au sud par l'Espagne, en relèvent. Son chef-lieu était Narbonne (Narbo Martius), ses peuples principaux étaient les « Tectosages, Arecomici, Sardones, Tolosates, Atacini, Helvii, Umbranici ». Elle comprenait six cités : Narbonne, Toulouse, Béziers, Nîmes, Lodève et Uzès ;
  • la Narbonnaise deuxième (Provincia narbonnensis secunda, en latin), province présidiale ayant Aix (civitas Aquensium) pour métropole : partie de la Provence et du Dauphiné. Elle n'était pas contiguë à la Narbonnaise première mais était bornée à l'ouest par la Viennoise, à l'est par la province des Alpes maritimes. Ses principaux peuples étaient les « Albioeci, Commoni, Salyes »; ils avaient pour capitale Aix. Elle comprenait sept cités : Aix, Apt, Riez, Fréjus, Gap, Sisteron et Antibes ;
  • la Viennoise (Provincia viennensis, en latin), province consulaire ayant Vienne (Civitas Viennensium) pour métropole : partie occidentale du Dauphiné et de la Provence plus le Comtat Venaissin ; une des dix-sept provinces de la Gaule romaine formée aux dépens de l'ancienne Narbonnaise. Elle comprenait « les Allobroges, les Segovellaunes, les Helviens, les Tricastins, les Voconces et les Cavares », elle avait pour capitale Vienne. Elle comprenait treize cités : Vienne, Génève, Grenoble, Viviers, Die, Valence, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Vaison, Orange, Cavaillon, Avignon, Arles et Marseille.

Ces trois provinces relevant du diocèse de Vienne, la Narbonnaise première était parfois appelée Viennoise seconde (Provincia viennensis secunda) ; la Narbonnaise seconde, Viennoise troisième (Provincia viennensis terta) ; la Viennoise, Viennoise première (Provincia Viennensis prima) ; les Alpes-Maritimes, Viennoise quatrième (Provincia Viennensis quarta).

Au Ve siècle, la Viennoise fut divisée à son tour en deux provinces :

  • la Viennoise première (Provincia viennensis terta), ayant Vienne pour métropole et comprenant les cités suivantes : Vienne, Genève, Grenoble, Viviers, Die, Valence et Saint-Jean-de-Maurienne ;
  • la Viennoise seconde (Provincia viennensis secunda), ayant Arles pour métropole et comprenant les cités suivantes : Saint-Paul-Trois-Châteaux, Vaison, Orange, Cavaillon, Avignon, Arles, Marseille, Toulon et Carpentras.

Lors des grandes invasions suivant l'année 406, la Narbonnaise première fut progressivement occupée par les Wisigoths, la Viennoise et la Narbonnaise seconde formèrent le dernier carré romain avec l’Italie, avant d’être partagées vers 476 entre le royaume Burgonde et le royaume d’Odoacre.

Liste des villes antiques de la Gaule narbonnaise[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Drémont, M. David Louka (sous la direction de), « Entre Rhône et Pyrénées : Aspects de la vie matérielle en Gaule Narbonnaise entre la fin du Ier s. av. J.-C. et le VIe s. ap. J.-C.", à paraître aux Éditions M. Mergoil, coll. Archéologie et Histoire romaine, Montagnac.
  • Stéphane Drémont, « Romanisation et occupation du sol en Gaule Transalpine (IIe ‑ Ier siècles av. J.-C.) », article dans M. Nier Benoit, M. Passelac, Ch. Pellecuer, P. Garmy dir., « Signes de la romanisation », chronique I, Revue Arch. de Narbonnaise 31, 1998, p. 301-306.
  • Michel Bats, Bernard Dedet, Pierre Garmy, Thierry Janin, Claude Raynaud et Martine Schwaller, Peuples et territoires en Gaule méditerranéenne - Hommage à Guy Barruol, Montpellier : Revue Archéologique de Narbonnaise - Suppl. 35, 2003, 586 p.
  • Michel Christol, Une histoire provinciale. La Gaule narbonnaise de la fin du IIe siècle av. J.-C. au IIIe siècle après J.-C., Paris, Publications de la Sorbonne, 2010, 702 p.
  • Dom Devis et Dom Vaisette, Histoire générale de Languedoc - tome premier, Éditions Privat et Claude Tchou pour la Bibliothèque des Introuvables, 2003, (1re édition au XIXe siècle), 1290 p.
  • Pierre Gros, La Gaule Narbonnaise - De la conquête romaine au IIIe siècle apr. J.-C., Paris : Éditions Picard, 2008, 166 p.