Hybride

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En génétique, l'hybride est un organisme issu du croisement de deux individus de deux variétés, sous-espèces (croisement intraspécifique), espèces (croisement interspécifique) ou genres (croisement intergénérique) différents. L'hybride présente un mélange des caractéristiques génétiques des deux parents (notamment dans le cas des hybrides F1 ou l'on croise deux parents homozygotes sélectionnés pour obtenir une descendance F1 à hétérozygotie contrôlée). Lors de croisements infraspécifiques et en particulier pour l'humain, le terme métis est aussi utilisé.

L'hybridation est généralement naturelle dans le sens qu'elle fait appel au processus normal de reproduction sexuée, mais elle peut aussi être provoquée par hybridation somatique qui est une technique du génie génétique.

Dans le langage courant on parle de formes hybrides pour évoquer des formes composites, dont les éléments peuvent évoquer des formes d'origines tout à fait étrangères les unes aux autres. Les monstres peuvent être des hybrides s'ils apparaissent comme l'assemblage de fragments de figures plus ou moins reconnaissables. L'architecture contemporaine, qui doit procéder à la réhabilitation de bâtiments anciens et à leur extension, produit ainsi souvent des architectures hybrides.

Génétique[modifier | modifier le code]

Reproduction des hybrides[modifier | modifier le code]

Les hybrides peuvent être fertiles ou stériles suivant la différence, surtout structurelle, entre les génomes des deux parents. Les hybrides intraspécifiques seront généralement tout à fait fertiles, tandis que les hybrides interspécifiques ou intergénériques seront généralement peu fertiles voire stériles du fait que structurellement les chromosomes ont des difficultés d'appariement lors de la méïose.

Chez les végétaux, on peut reproduire les hybrides par multiplication végétative (bouturage ou greffage).

Suivant la règle de Haldane (en) [1]la stérilité hybride est le limitée au sexe hétérogamie, mâle chez les mammifères et les insectes, femelle chez les oiseaux et les lépidoptères[2].

Rétrocroisement[modifier | modifier le code]

Le rétrocroisement sert à transférer un ou quelques gènes désirables d'un parent donneur à un parent récepteur par ailleurs acceptable. Il nécessite un croisement répété de nouveaux hybrides au parent récurrent et la sélection du gène désiré du parent donneur (par exemple le race de chat bengale, le canari rouge).

Botanique[modifier | modifier le code]

Chez les végétaux, on peut créer des hybrides en pratiquant une pollinisation contrôlée. Le botaniste tchèque Gregor Mendel puis l'américain Luther Burbank ou l'agronome russe Ivan Mitchourine furent des précurseurs en la matière à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Hybrides F1[modifier | modifier le code]

En anglais, First Filial Generation : les semences de variétés hybrides F1 sont le résultat d'un croisement entre deux variétés ou races d'une même espèce, sélectionnées séparément sur plusieurs générations pour certains traits caractéristiques. Pour obtenir des semences F1, on doit croiser les parents originaux chaque année. Il n'est pas conseillé de récolter les semences produites par les hybrides F1 car elles ne reproduiront pas fidèlement les traits de leurs parents. On dit que ces semences F2 (de 2ème génération) sont instables.

Technique d'hybridation végétale[modifier | modifier le code]

La pollinisation peut aussi être artificielle afin de créer des hybrides ayant des qualités spécifiques héritées des deux parents choisis par l'hybrideur.

L'hybridation peut être réalisée en retirant manuellement les anthères des fleurs du parent (désigné femelle) afin d'éviter une auto-fécondation parfois possible. Une fois les anthères "castrées", on dépose du pollen mûr (prélevé sur le parent mâle choisi) sur le pistil de la fleur du parent femelle. La graine hybride qui en résulte porte l'information génétique des caractères des deux parents.

Si l'hybride obtenu hérite des qualités souhaitées, on parle alors d'effet hétérosis ou vigueur hybride.

Un système de marqueur génétique est désormais souvent utilisé pour ne cultiver sur le long terme que les semis les plus prometteurs. Par exemple, pour créer de nouvelles variétés de pommes, on croise deux variétés connues ayant des caractéristiques intéressantes. On sème les pépins des fruits obtenus mais on sait que seul 1/8 des semis dispose des allèles recherchés (couleur, conservation, teneur en sucre, etc.). Pour ne garder que ces semis, on procède à un test génétique sur une feuille mûre dès la première année du semis. Si celle-ci montre la présence de gène favorisant une forte production d'éthylène (qui entraîne une mauvaise conservation du fruit), on élimine immédiatement le semis. Il existe aussi des marqueurs permettant de connaître à l'avance la couleur des futurs fruits. En procédant ainsi, les sélectionneurs concentrent leurs travaux uniquement sur les semis de valeur.

Le croisement de deux lignées permet l'obtention d'une variété appelée hybride simple. Un hybride simple peut être croisé avec une lignée bien choisie, pour obtenir un hybride trois voies, ou avec un autre hybride simple pour donner un hybride double[3].

Monohybridisme[modifier | modifier le code]

Le monohybridisme est le produit de croisement entre deux individus différents par un seul caractère.

Les différentes formes d'un caractère étant généralement contrôlées par différents allèles d'un même gène, on croise des individus de lignée pure par exemple des individus à fleurs jaunes avec des individus à fleurs bleues et on observe la couleur des fleurs obtenues. On pourra ainsi définir quel est l'allèle dominant et quel est le récessif.

Lorsque le croisement concerne deux caractères différents, on parle de dihybridisme, et ainsi de suite.

Hybrides interspécifiques[modifier | modifier le code]

Quelques exemples d'hybrides entre espèces :

Par ailleurs, on observe de nombreux hybrides interspécifiques dans la famille des orchidées : ces plantes relativement récentes dans l'échelle de l'évolution sont en effet de ce fait relativement peu différenciées génétiquement, ce qui facilite leur hybridation naturelle ou horticole, entre espèces, voire entre genres.

Zoologie[modifier | modifier le code]

Les espèces au sein de l'ordre des Lépidoptères s'hybrident facilement, mais rares sont les cas où l'hybridation amène à l'apparition d'une nouvelle espèce. Heliconius heurippa serait un hybride entre Heliconius melpomene melpomene et Heliconius cydno cordula. Un autre cas de « spéciation par hybridation » est celui du Moineau cisalpin (Passer italiae), hybride stable du Moineau domestique (P. domesticus) et du Moineau espagnol (P. hispaniolensis).

De très nombreux d'hybrides d'oiseaux sont connus et documentés, dans tous les groupes de cette classe très étudiée[4]. Chez les oiseaux d'Europe, les hybrides les plus fréquemment observés sont ceux entre les canards et chez les Galliformes. Chez les premiers, les hybrides de fuligules mâles du genre Aythya sont notamment bien connus et aisés à observer[5]. Chez les passereaux, l'hybride le plus fréquent est celui inter-générique de l'Hirondelle rustique (Hirundo rustica) et de l'Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum) en Eurasie[6].

Noms d'hybrides[modifier | modifier le code]

L'hybridation est un phénomène abondant chez les espèces animales proches, et la plupart des hybrides ne portent pas de noms. Chez les mammifères cependant, et chez certains oiseaux (principalement domestiques), de nombreux noms ont été créés pour les désignés.

Le zébrâne est un hybride Ane × Zèbre
Lionne Lion femelle Tigresse Tigre femelle Jaguar Jaguar femelle Léopard Léopard femelle
Lion Lion mâle Ligre Liguar Liard
Tigre Tigre mâle Tigron Tiguar Tigard
Jaguar Jaguar mâle Jaglion Jaguatigre Jagulep
Léopard Léopard mâle Leopon Léotig Lépjag
Autres mammifères
Autres animaux

Hybridations infirmées[modifier | modifier le code]

Formes hybrides[modifier | modifier le code]

Opéra de Lyon. 1831 par Antoine-Marie Chenavard et Jean-Marie Pollet, et 1993 : Jean Nouvel et Emmanuel Blamont
Musée des Confluences depuis le parvis. Coop Himmelb(l)au, 2014. Lyon

Les formes hybrides peuvent relever de l'esprit créatif et de l'imagination pour associer des éléments d'origine disparate, et plus ou moins identifiables. Il existe des formes hybrides dans les mythes, mais aussi en architecture, dans les arts plastiques et dans la danse[8].

Architectures hybrides[modifier | modifier le code]

On peut parler d'une architecture hybride lorsqu'elle associe en un seul bâtiment l'ancien réhabilité à une création architecturale contemporaine, comme « greffée » sur le bâtiment ancien et permettant son extension [9].

Par ailleurs l'architecture peut-être qualifiée d'hybride lorsqu'elle présente « une hybridation multiforme, qui tend à rendre communicants des domaines jusqu’à présent séparés: le virtuel et le physique, l’architecture et l’ingénierie, la créativité et les forces physiques de la nature ». Ces architectes souhaitent « orienter l’architecture loin de la standardisation pour [se] rapprocher d’un rapport égalitaire et symbiotique avec la nature » [10]. Ce nouveau type de forme (en 2010) est « désormais rendue possible par une hybridation de la démarche de conception, qui se développe à la fois dans la mixité des disciplines (architecture, ingénierie) et des outils de travail (modélisation 3D, calcul de structure) ». L'exposition de 2003 au Centre Pompidou intitulée Architectures non standard semble évoquer ce type de création, dans lequel se manifeste l'analogie biologique en architecture et qui est devenu courant dans les grands projets des années 2010[11]. De ce point de vue le Musée des Confluences (12/2014) [12], projet qui se situe dans l'esprit déconstructiviste du groupe Coop Himmelb(l)au , désigne les deux grandes parties du bâtit par les termes de « cristal » et de « nuage » dans leur assemblage avec le « socle » et le « jardin », à la confluence du Rhône et de la Saône. Là encore les projets de l'agence sont très marqués par la théorie, une certaine poétique de la technologie et un usage complexe des programmes de conception assistée par ordinateur.

Figures hybrides[modifier | modifier le code]

Chen Rong, Neuf dragons, 1244, détail d'un rouleau horizontal, encre et rehauts de rouge sur papier, 46,3 x 1 096,4 cm. Boston, Museum of Fine Arts

Les figures hybrides ont peuplé les mythologies: la chimère est une figure imaginaire représentant un animal fabuleux à buste de lion à ventre de chèvre et à queue de serpent. Le Minotaure, dans la culture de la Grèce antique, en est une autre, possédant le corps d'un homme et la tête d'un taureau. On en trouve tout autant dans les objets d'art que nous ont légué les cultures du monde entier et qui évoquent des figures mythologiques. Ainsi l'art chinois a-t-il donné naissance, au cours de sa Préhistoire, à plusieurs être hybrides. Dans le delta du Yangzi avec la culture de Liangzhu, v. 3300-2000, un être composite a été taillé dans le jade (lui même souvent marbré de plusieurs couleurs) des tubes cong[13]. Cet être hybride est identifié comme un masque coiffé de plumes qui assemble des formes issues de divers animaux stylisés et/ou de chaman selon les variantes, aux yeux globuleux[14]. Il pourrait être la source très lointaine du taotie que l'on retrouve dans les bronzes (un alliage) des dynasties royales de l'Antiquité [15]. Par ailleurs, apparu dans la culture de Hongshan, v. 4700-2900 en Chine du Nord-est, le « dragon »[16] est devenu une figure mythologique majeure sous sa forme orientale (et une créature mythique et symbolique, l'hybride par excellence en Chine). Le dragon impérial est aussi l'emblème de la dynastie impériale en Chine. Il figure neuf fois sur les vêtements de l'empereur et il compose une grande partie du drapeau de la Chine sous la dynastie Qing.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot hybride vient du latin ibrida qui désignait le produit du sanglier et de la truie, et plus généralement tout individu de sang mêlé. L'orthographe a été modifiée par rapprochement avec le mot grec hybris[17] faisant référence à la violence démesurée qui peut évoquer la notion de viol, union contre nature.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Règle de Haldane », sur Encyclopédie Larousse en ligne,‎ 24/02/2014 (consulté le 16 janvier 2015)
  2. « Notions d'Espèce. Processus de spéciation », sur Université Lille 1,‎ non daté (après 09/2011) (consulté le 16 janvier 2015)
  3. Les différents types d'hybrides.
  4. (en) Eugene M. McCarthy, Handbook of Avian Hybrids of the World, Oxford University Press,‎ 2006, 608 p. (ISBN 978-0-19-518323-8, lire en ligne)
  5. (fr) Lars Svensson (trad. Guilhem Lesaffre et Benoît Paepegaey, ill. Killian Mullarney et Dan Zetterström), Le guide ornitho : Le guide le plus complet des oiseaux d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient : 900 espèces, Delachaux et Niestlé, coll. « Les Guides du Naturaliste »,‎ août 2010, 446 p. (ISBN 978-2-603-01695-4), p. 34-35
  6. (en) Anders Pape Møller (ill. Jens Gregersen), Sexual Selection and the Barn Swallow, Oxford, Oxford University Press,‎ 1994 (ISBN 0-19-854028-0, lire en ligne)
  7. Œuvres complètes de Buffon, chapitre "Des mulets"
  8. « Danse hybride / Hybrid Dance », sur Érudit,‎ printemps-été/2013 (consulté le 17 janvier 2015).
  9. « L’Opéra de Lyon : une architecture hybride, entre rouge et noir », sur Rue89Lyon,‎ 24/02/2014 (consulté le 16 janvier 2015).
  10. Citations extraites de : « Architecture hybride 10/10 : Pour une méthodologie de la complexité », sur Complexitys.com,‎ 17/06/2010 (consulté le 17 janvier 2015)
  11. Frédéric Migayrou et Zynep Mennan (dir.), Architectures non standard, Centre Pompidou,‎ 2003, 223 p. (ISBN 2-84426-231-7). En particulier p.105 où le terme « hybride » est associé à « agrégat », « (opérations de désagrégation / réagrégation) », « cluster », « réseau d'éléments combinés ». NB.: Les liens précédents renvoient volontairement aux pages d'homonymies.
  12. « L'architecture », sur Musée des Confluences,‎ 12/2014 (consulté le 17 janvier 2015)
  13. Tube de section carré, percé d'un large trou circulaire.
  14. Danielle Elisseeff 2011, surtout pages 32-34
  15. Danielle Elisseeff 2011, surtout pages 44-46 et 63
  16. Danielle Elisseeff 2011, surtout pages 34-40, 94 et 95
  17. Dictionnaire Le Robert électronique, 1992.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Danielle Elisseeff, Hybrides chinois. La quête de tous les possibles, Paris, Hazan. Musée du Louvre,‎ 2011, 214 p. (ISBN 978-2-754-10540-8) Sur les figures hybrides, chimères et dragons en Chine.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]