Marcel Griaule

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Marcel Griaule

Naissance 16 mai 1898
Aisy-sur-Armançon (France)
Décès 23 février 1956
Paris (France)
Nationalité Drapeau : France française
Champs Ethnologie
Institutions INALCO et EPHE
Diplôme INALCO
Renommé pour Travaux sur les Dogons

Marcel Griaule, né à Aisy-sur-Armançon dans l'Yonne le 16 mai 1898 et mort à Paris le 23 février 1956[1], est un ethnologue français célèbre pour ses travaux sur les Dogons.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marcel Griaule est issu d'une famille auvergnate du côté de son père et briarde du côté de sa mère. Il prépare le concours de l'École polytechnique en mathématiques spéciales au lycée Louis-le-Grand avant que la Première Guerre mondiale ne le pousse à interrompre ses études. Il suit une formation à l'école d'application d'artillerie de Fontainebleau et s'engage en 1917 dans l'aviation comme observateur aérien. Il reste au sein de l'armée de l'air jusqu'en 1921 où il participe en Syrie à la campagne contre les troupes turques[1].

En 1922, il reprend des études de langues et d'ethnologie à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) et à l'École pratique des hautes études (EPHE) notamment auprès de Marcel Mauss et de Marcel Cohen[1]. Après lui avoir délivré son diplôme d'amharique en 1927, ce dernier, qui a fait le voyage en 1910, l'envoie pour l'Éthiopie pour plusieurs mois (1928 - 1929). À son retour d'Abyssinie, Marcel Griaule publie avec l'aide de l'abbé Jérôme Gabra Moussié la traduction du Livre de recettes d’un dabtara abyssin que son maître avait ramené de son voyage de 1910 puis organise la traversée de l'Afrique d'ouest en est : c'est la mission Dakar-Djibouti de mai 1931 à février 1933, dont il prend la direction, accompagné de Michel Leiris, André Schaeffner et d'autres ethnologues, inaugurant à cette occasion l'ethnologie française de terrain. Il rapporte de cette expédition plus de 3500 objets qui enrichiront les collections du Musée du Trocadéro et étudie pour la première fois les Dogons sur lesquels il fit la grande majorité de ses recherches par la suite de 1935 à 1939 au cours de cinq expéditions cumulant plus de 85 000 km parcourus.

Dogon sculpture (Louvre)

À l'été 1933, une première exposition du fruit de cette mission se tient au Musée de l'Ethnographie. Marcel Griaule rompt alors avec Michel Leiris qui publie simultanément le journal qu'il a tenu durant la mission, Afrique fantôme, dans lequel il dénonce la collecte et même le vol des objets à des fins non scientifiques[2]. La même année, Marcel Griaule publie Silhouettes et graffiti abyssins et l'année suivante Les Flambeurs d’Hommes qui reprend trois articles parus dans la revue Documents et relatant son expédition en Abyssinie. En 1936, il publie La Peau de l’Ours, réponse au Manifeste des intellectuels pour la défense de l’Occident de Maulnier, Gaxotte, Monseigneur Baudrillart, Béraud, Brasillach, Maurras et quelques autres soutenant l’agression de l’Éthiopie par l’Italie mussolinienne[3].

Dès 1935, il privilégie l'étude des Dogons. Il s'attache alors pour sa thèse de doctorat, qui paraît en 1938, à décrire les Jeux dogons et les Masques dogons[1].

La Seconde Guerre mondiale l'oblige une nouvelle fois à interrompre son travail. Il intègre comme capitaine dans l'aviation où il est décoré de la Croix de Guerre le 30 juin 1940[1]. Démobilisé, il retourne à l'enseignement de l'ethnologie à l'Institut d'ethnologie de l'Université de Paris à partir de décembre 1940 et devient secrétaire général de cet institut en décembre 1941, puis sous-directeur du Musée de l'Homme[1]. En 1941, il remplace à l'INALCO son ancien professeur d'amharique, Marcel Cohen, interdit d'enseigner par les lois antisémites. En 1942, il est nommé directeur du laboratoire d'ethnologie de l'EPHE et en octobre de la même année directeur de la première chaire de la discipline enseignée à la Sorbonne[1]. De 1944 à 1946, il est remobilisé comme commandant dans l'aviation tout en continuant à dispenser ses cours.

Après la guerre, il se réinvestit intensément dans l'étude des peuples de la boucle du Niger. Toujours très attaché au peuple Dogons, il décrit alors leur richesse culturelle en particulier au niveau de leur cosmogonie spécifique qu'il qualifie d'« aussi riche que celle d'Hésiode, une métaphysique et une religion qui les met à la hauteur des peuples antiques »[1]. Il publie alors de nombreux ouvrages sur ses recherches.

En 1947, il est également conseiller de l'Union française dont il présidera la Commission des Affaires culturelle jusqu'à sa mort[1]. Au Mali, il participe au développement de la région en construisant en particulier un barrage d'irrigation pour la culture de l'oignon et du piment dans la région de Sangha. Ce barrage, toujours opérationnel, porte aujourd'hui son nom.

Il a travaillé, entre autres, avec Germaine Dieterlen et sa fille Geneviève Calame-Griaule. À sa mort en 1956, il fut l'un des rares ethnographes à bénéficier de funérailles traditionnelles africaines.

Apports scientifiques[modifier | modifier le code]

Un de ses apports essentiels (relatif à l'ethnographie) est d'avoir démontré que la cosmogonie dogon (orale) est au moins aussi importante que les cosmogonies occidentales. Il sera toutefois très critiqué pour avoir sous-estimé l'influence occidentale dans les connaissances astronomiques des Dogons[réf. nécessaire]. Ces critiques provenaient de personnes tendant à sous-estimer systématiquement les connaissances et la valeur propre des systèmes symboliques africains. Il a eu raison de les relier aux systèmes égyptiens anciens, quoique le chemin réel du transport des thèmes constitutifs de la cosmogonie africaine aille plutôt à l'inverse de ce qu'il envisageait, de l'Afrique vers l'Égypte et non de la vallée du Nil vers l'Afrique soudanaise[réf. nécessaire].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Silhouettes et graffiti abyssins, préface de Marcel Mauss, éditions Larose, 1933.
  • Les Flambeurs d'hommes, éditions Calmann-Levy, 1934.
  • Masques dogons, 1938. 4e édition 1994, réimprimée en 2004. Publications Scientifiques du Muséum national d'histoire naturelle. 890 p. + XXXII. (ISBN 2-85653-569-0).
  • Jeux dogons, 1938.
  • Les Sao légendaires, éditions Gallimard, 1943.
  • Dieu d'eau (entretiens avec Ogotemmeli, ouvrage qui révèle les structures de la pensée sacrée dogon), 1948.
  • Les Grands Explorateurs, 1948
  • Méthode de l'ethnographie, 1957.
  • Renard pâle, ethnologie des Dogons, Institut d'Ethnologie, 1965/1991 (en collaboration avec Germaine Dieterlen).
  • Descente du troisième Verbe, éditions Fata Morgana, Collection Hermès, 1996.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Nécrologie de Marcel Griaule par P Champion dans le Journal de la Société des Africanistes, 1956:vol. 26, numéro 26, pp. 267-271
  2. Voir notamment l'épisode du « vol du kono » relaté à la date du 6 septembre 1931 (épisode cité dans Benoît de L'Estoile, Le Goût des autres. De l'Exposition coloniale aux arts premiers, Flammarion, Paris, 2007, p. 142).
  3. G. Gaillard, "Griaule, Marcel, 2001, Silhouettes et graffiti abyssins, Paris, Maison-Neuve & Larose, Centre Français des Études Éthiopiennes,33 p., 44 pl. et ill.", Journal des africanistes, Paris, 2004.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicolás Sánchez Durá; Hasan G. López Sanz. "La Misión etnográfica y lingüística Dakar-Djibouti y el fantasma de África", PUV, Valencia, 2009.
  • (en) Walter E. A. van Beek, « Dogon Restudied: A Field Evaluation of the Work of Marcel Griaule », Current Anthropology, no 32 (1991), p. 139-167
  • Isabelle Fiemeyer, Marcel Griaule, citoyen dogon, Actes Sud, 2004, 166 p. (ISBN 2742748059)

Liens externes[modifier | modifier le code]