Charles XIV Jean

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Charles, prince de Suède et Bernadotte.

Charles XIV Jean
(sv) Karl XIV Johan av Sverige och Norge
(no) Karl III Johan av Sverige og Noreg
Illustration.
Charles XIV Jean de Suède et de Norvège.
Titre
Roi de Suède

(26 ans, 1 mois et 3 jours)
Couronnement à Stockholm
Prédécesseur Charles XIII
Successeur Oscar Ier
Roi de Norvège
(Karl III Johan)

(26 ans, 1 mois et 3 jours)
Couronnement en la Cathédrale de Nidaros à Trondheim
Prédécesseur Charles II
Successeur Oscar Ier
Vice-roi de Norvège

(1 mois et 6 jours)
Prédécesseur Création
Successeur Lui même

(8 jours)
Prédécesseur Lui même
Successeur Prince Oscar
Prince héritier de Suède et de Norvège

(3 ans, 3 mois et 1 jour)
Prédécesseur Création
Successeur Prince Oscar
Prince héritier de Suède

(3 ans, 11 mois et 30 jours)
Prédécesseur Prince Charles-Auguste
Successeur Prince Oscar
Biographie
Dynastie Maison Bernadotte
Nom de naissance Jean Baptiste Bernadotte
Date de naissance
Lieu de naissance Pau (royaume de France)
Date de décès (à 81 ans)
Lieu de décès Stockholm (Suède-Norvège)
Sépulture Église de Riddarholmen (Stockholm)
Nationalité Drapeau de France Français
Drapeau de Suède Suédois
Flag of Norway (1814–1821).svg Norvégien
Père Henri Bernadotte
Mère Jeanne de Saint-Jean
Conjoint Désirée Clary
Enfants Oscar Ier Roi de Suède, roi de Norvège
Religion Catholique puis luthéranisme suédois
Résidence Palais royal de Stockholm

Signature de Charles XIV Jean (sv) Karl XIV Johan av Sverige och Norge(no) Karl III Johan av Sverige og Noreg

Charles XIV Jean
Monarques de Suède et de Norvège

Jean-Baptiste Bernadotte
Charles XIV Jean
Jean-Baptiste-Jules Bernadotte, Prince de Ponte-Corvo, roi de Suède, Maréchal d'Empire (1763-1844), Joseph Nicolas Jouy (1809 – 1880), musée de l'Histoire de France, Versailles.

Origine Drapeau du royaume de France Royaume de France
Allégeance Drapeau du royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Flag of Sweden.svg Royaume de Suède
Union Jack of Sweden and Norway (1844-1905).svg Royaume de Suède-Norvège
Grade Maréchal d'Empire : 19 mai 1804
Années de service 1780–-1810
Commandement Gouverneur de Hanovre
Conflits Guerres révolutionnaires
Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Blocus de Mayence
Bataille d'Ulm
Bataille d'Austerlitz
Bataille de Wagram[réf. nécessaire]
Bataille de Gross Beeren
Bataille de Dennewitz
Bataille de Leipzig
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile (3e colonne)
Autres fonctions Ministre français de la Guerre
Conseiller d'État

Emblème
Prince de Pontecorvo

Jean-Baptiste Bernadotte, né le à Pau, mort le à Stockholm, passa en l’espace de trente-huit ans d’un rang de soldat du roi de France aux titres de roi de Suède et de Norvège sous les noms de Charles XIV Jean (en suédois, Karl XIV Johan) et de Charles III Jean (en norvégien, Karl III Johan) après avoir été général sous la Convention, ambassadeur puis ministre durant le Directoire, maréchal d’Empire et prince de l’Empire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance[modifier | modifier le code]

Le , Henri Bernadotte, procureur palois (né en 1711 à Pau, dans le Béarn), épouse Jeanne de Saint-Jean, originaire de Boeil (Boeil-Bezing) et nièce de l'abbé laïc de Sireix. Le 26 janvier 1763, naît à Pau leur cinquième enfant, Jean-Baptiste[1]. Celui-ci doit suivre la voie ouverte par son père, et donc étudier le droit. Cependant, il trouve ces études ennuyeuses.

Carrière militaire française[modifier | modifier le code]

Après la mort de son père en 1780, Jean-Baptiste s'engage à dix-sept ans dans le régiment Royal-La Marine. Jeune sergent affecté à la garnison de Grenoble, Jean-Baptiste est sauvé de la mort par le botaniste Dominique Villars lors de la journée des Tuiles du 7 juin 1788[2].

La Révolution française[modifier | modifier le code]

Lorsque la Révolution française éclate, il a le grade de sergent. Après s'être distingué dans les armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse, il est promu lieutenant en 1791, puis, grâce à Jean-Baptiste Kléber, général de brigade après la bataille de Fleurus en juin 1794. Deux mois plus tard, il est général de division.

Le 17 avril 1794, commandant de la 71e demi-brigade cantonnée à Prémont (Aisne), sa demi-brigade est totalement détruite par une charge des Autrichiens, il ne doit son salut qu'à la vitesse de son cheval. À cette époque, il est sous les ordres du général Goguet, qui avait son quartier général à Bohain (Aisne).

La campagne d'Italie[modifier | modifier le code]

Il est chargé en 1797 de conduire en Italie 20 000 hommes de l'armée de Sambre-et-Meuse, pour y renforcer la présence de Napoléon Bonaparte. Il se voit entre autres reprocher par Berthier d'avoir mis un de ses hommes aux arrêts à Milan. Malgré des sentiments mitigés et des rapports difficiles avec Bonaparte, il est tout de même impressionné par le général Bonaparte.

En 1798, Bernadotte est envoyé à Vienne, en qualité d'ambassadeur. Il y rencontre Beethoven. C'est sans doute dans ces circonstances que naît dans l'esprit du compositeur l'idée de la symphonie dédiée à Bonaparte, plus tard, dite « Héroïque », la France et Bonaparte représentant à cette époque les idées de liberté et d'égalité qui fascinent une partie de l’intelligentsia européenne et Beethoven lui-même. D'ailleurs Bernadotte provoque une émeute à Vienne pour avoir arboré le drapeau tricolore sur la façade de l'ambassade française. Il quitte alors la capitale autrichienne deux mois seulement après son arrivée. La même année, il épouse Désirée Clary, la première fiancée de Napoléon, et devient ainsi le beau-frère de Joseph Bonaparte qui a épousé la sœur de Désirée. L'année suivante naît son unique enfant, Oscar, qui deviendra Oscar Ier de Suède.

Ministre de la Guerre[modifier | modifier le code]

Chargé du commandement de l'armée d'observation, en 1799, il reçoit l'ordre de passer le Rhin pour bloquer Philippsburg ; mais les revers des Français en Italie et en Allemagne les forcent à renoncer à ce projet.

Nommé alors ministre de la Guerre du 3 juillet au , il cherche à ranimer le zèle des armées françaises par des mesures vigoureuses, et réorganise en deux mois (2 juillet) les services qui étaient dans un état déplorable. Présenté comme proche des jacobins, Il est écarté par une intrigue de Sieyès.

Il refuse de participer au coup d'État du 18 brumaire, mais est cependant ménagé par Bonaparte. En effet, il entre au Conseil d'État, et reçoit le commandement de l'armée de l'Ouest. Il est basé à Rennes.

Il est compromis par la conspiration des « libelles », dite aussi des « pots de beurre » montée par le général Simon.

L’Empire[modifier | modifier le code]

En 1804, Bernadotte se rallie à Napoléon devenu Empereur. Il est nommé gouverneur à Hanovre, et reçoit le bâton de maréchal. En 1805, il combat à Austerlitz. À la tête du 1er corps, laissé en réserve pendant une partie de la bataille, il avait ordre de se porter sur Sokolnitz mais prend sur lui de s'avancer jusqu'à Iczikowitz afin de soutenir le corps du maréchal Soult, contribuant à enfoncer le centre russe. Il se voit cependant reprocher le mouvement rétrograde d'une de ses divisions qui, après avoir chargé l'infanterie de la garde russe, reprend sa position initiale, manquant par la même une opportunité de couper la retraite à l'aile gauche de l'armée austro-russe[3].

En 1806, le 5 juin, Bernadotte devient prince de Pontecorvo[4].

Cette même année, il commande de nouveau le 1er corps mais ne participe ni à la bataille d'Iéna, ni à celle d'Auerstaedt, qui se déroulent le même jour, alors que son corps d'armée se trouve entre ces deux positions.

Cette absence lors de deux batailles importantes qui se sont déroulées simultanément s'explique par différentes raisons. Le 13 octobre 1806, le maréchal Berthier adresse à Davout une missive à communiquer au prince de Ponte-Corvo, ordonnant à Davout de se porter sur Apolda pour y affronter 18 000 Prussiens sous le duc de Brunswick et indiquant : « Si le Prince de Ponte-Corvo était dans vos environs et qu'il n'eût pas encore ses ordres, vous pourriez marcher ensemble ; […]. » Bernadotte prend très mal que Berthier lui transmette un ordre par l'intermédiaire d'un autre maréchal et exige alors de prendre la tête de la colonne que son corps d'armée forme avec celui de Davout dans le défilé de Koesen, invoquant le numéro de son corps d'armée et son ancienneté. Davout refuse car ses troupes occupent déjà l'entrée du défilé. Bernadotte, alléguant que l'ordre de Berthier était facultatif, écrit alors à son collègue qu'il reste où il se trouve et attend de nouveaux ordres.[5]. Il se porte alors sur Dornburg le 14 octobre au matin mais n'arrive à Apolda qu'à 16h, trop tard pour prendre part à la bataille d’Iéna.

Mais lors de la « Grande Poursuite », il défait les Prussiens à Halle, et enfin à Lübeck avec Murat et Soult. Bernadotte témoigne, en cette occasion, par pure courtoisie, les plus grands égards pour certains prisonniers et officiers suédois. Ces derniers ne l'oublieront pas.[réf. nécessaire]

Puis, marchant sur la Pologne, il passe la Vistule, occupe Elbing, Braunsberg. Il est surpris par l'avant-garde russe lors de la bataille de Mohrungen le , perdant un aigle, ses fourgons et 200 prisonniers libérés par l'ennemi mais celui-ci se replie cependant avec l'arrivée des renforts du général Dupont[6].

Il arrive trop tard pour participer à la bataille d'Eylau le .

Le 5 juin 1807 à Spanden, Bernadotte est blessé par une balle qui l'atteint au cou. Cette blessure l'empêche de prendre part à la bataille de Friedland le 14 juin 1807. Il est nommé, après sa guérison, gouverneur des villes hanséatiques, et part pour Hambourg. Il ne parvient pas à empêcher la défection de 6 000 hommes du corps d'armée espagnol commandé par le marquis de La Romana, alors en garnison à Hambourg, qui dans la nuit du 10 au 11 août 1808 est convoyé par la Royal Navy jusqu'en Galice, lui permettant de prendre part à la guerre d'Espagne[7].

C'est en tant que gouverneur des villes hanséatiques qu'il accorde en avril 1809, sans en référer à son gouvernement, un armistice à la Suède de Charles XIII, alors en guerre contre la Russie, s'attirant de nouveau le mécontentement de l'empereur, allié du Danemark et de la Russie[8].

En 1809 à Wagram, il est à la tête du IXe corps composée de troupes saxonnes. Le premier jour de la bataille, ses troupes sont victimes de tirs amis de la part de l'armée d'Italie commandée par MacDonald, leurs uniformes blancs ayant été confondus avec ceux des soldats autrichiens.

Le deuxième jour, ses troupes sont repoussées à Akerdlaa sans qu'il parvienne à les rallier, ce qui amène Napoléon à le relever de son commandement.

Le lendemain, il attribue pourtant à ses troupes saxonnes le mérite de la victoire dans un ordre du jour qui fut reproduit dans les gazettes allemandes. Cette proclamation causa le mécontentement de Napoléon qui prononça le lendemain la dissolution du IXe corps d'armée et adresse un communiqué aux ministres et maréchaux dans lequel il rétablit l'ordre des mérites et témoigne son mécontentement à l'endroit des troupes saxonnes[9].

Fouché lui obtient le commandement de l'armée de l'Escaut à la fin de chargée de repousser le corps expéditionnaire britannique débarqué à Walcheren (juillet 1809). Il arrive sur place le 15 août 1809 alors que l'armée britannique est déjà enlisée et n'entreprend aucun mouvement offensif. Malgré cela, il publie à Anvers le 22 août 1809 une proclamation maladroite dans laquelle il annonce à l'armée qu'il fallait se préparer à une grande lutte. De manière très exagérée, il écrit ensuite à Napoléon qu'à la dernière extrémité son intention serait de "faire sauter avec Anvers, les arsenaux, l'escadre et l'armée afin de donner un grand exemple au monde"[10] causant le mécontentement de Napoléon qui lui retire le commandement de l'armée le 23 septembre 1809 pour le confier à Bessières. Le Ministre de la Guerre, Clarke, lui indique les motifs de son rappel : correspondance avec les mécontents de la capitale, réception de bulletins hostiles à l'empereur et le contenu d'une proclamation à ses troupes dans laquelle il estime leur nombre à 15 000 alors qu'ils étaient 60 000, laissant penser que Napoléon aurait laissé Anvers sans défense. Le duc de Feltre lui enjoint de se rendre dans sa principauté de Ponte Corvo mais Bernadotte refuse et se rend à Vienne où il rencontre Napoléon qui lui reproche son attitude mais lui offre le gouvernement de Rome, avec un traitement de 2 millions de francs. De retour à Paris, il exprime son désir de retourner à la vie privée. Napoléon lui offre de nouveau le gouvernement de Rome, qu'il accepte avec réticence mais il parvient à différer son départ[11].

Prince de Suède[modifier | modifier le code]

Article connexe : Suède-Norvège.

En 1810, alors qu'il se trouve à Paris en semi-disgrâce, le parti pro-français suédois lui propose d'être candidat lors de l'élection du nouveau prince héritier, avec l'idée de récupérer, avec l'appui de Napoléon, la Finlande que la Russie a annexée en 1809. Grâce à Jean Antoine Fournier, un Grenoblois ayant vécu 18 ans en Suède, qui y retourne se faisant passer pour l'« envoyé » de Napoléon, et y mène une propagande active et habile, Bernadotte est élu à la surprise générale. L'élection se tient le 21 août 1810 devant les quatre ordres suédois, réunis lors des états généraux à Orebro, ville du centre de la Suède, afin d'éviter des troubles possibles à Stockholm.

Il part avec l'assentiment de Napoléon qui accepte ce choix lors d'une entrevue commune avec des émissaires suédois. Napoléon espère ainsi tenir un allié solide au nord de l'Europe. Bernadotte débarque à Helsingborg le 20 octobre 1810, et le 31 suivant, il est présenté aux états généraux ; le , adopté par le roi Charles XIII, il prend le nom de Charles-Jean. Il consent d'abord à seconder la politique de l'Empereur, participe au blocus continental et déclare la guerre à l'Angleterre mais sans entreprendre aucune action concrète.

« J'ai vu la guerre de près, j'en connais tous les fléaux ; il n'est point de conquête qui puisse consoler la patrie du sang de ses enfants, versé sur une terre étrangère. J'ai vu le grand Empereur des Français, tant de fois couronné des lauriers de la victoire, entouré de ses armées invincibles, soupirer après l'olivier de la paix. Oui, Messieurs, la paix est le seul but glorieux d'un gouvernement sage et éclairé ; ce n'est point l'étendue d'un Etat qui en constitue la force et l'indépendance : ce sont ses lois, son commerce, son industrie, et par-dessus tout, son esprit national. »

Charles Jean, adresse au roi Charles XIII et aux états généraux du royaume de Suède, le 5 novembre 1810[12].

En fait, dès 1811, en raison de la sénilité de son père adoptif, il dirige déjà les affaires du royaume de Suède. Il ne devient cependant roi de Suède officiellement qu'en 1818, au décès de Charles XIII.

Sa politique veut qu'il renonce à la Finlande pour être en paix avec les Russes. Il espère néanmoins récupérer la Norvège, danoise depuis trois siècles, avec l'accord de l'Empereur.

La rupture avec Napoléon est brutale. Estimant que la Suède appliquait avec trop de mollesse le blocus continental, Napoléon ordonne l'invasion de la Poméranie suédoise (26-27 janvier 1812)[13]. La nouvelle ne parvient à Stockholm que le 11 février et donne lieu à des protestations de la part de Bernadotte qui écrit à Napoléon qu'il refuse d'être son vassal[14]. La réponse de Napoléon est la suivante : « L'invasion de la Poméranie a été motivée sur l'inobservation par la Suède, du système continental, auquel elle a adhéré par les traités[15]. » Charles-Jean rompt avec Napoléon et se rapproche à son tour secrètement du tsar Alexandre Ier (traité de Petersbourg signé le 24 mars 1812)[16]. Un traité d'alliance avec l'Angleterre, signé à Örebro, suivra le 27 avril 1812[17]

Pendant la campagne de Russie, il entretient une correspondance avec le Tsar de Russie, lui prodiguant des conseils stratégiques[18]

Le 24 août 1812, il signe un nouveau traité d'alliance avec le tsar à Åbo (Finlande) qui prévoyait la mise à disposition de 35 000 soldats russes pour une attaque de diversion dans le nord de l'Allemagne et sur le Danemark, allié de Napoléon.[19]. L'exécution de ce traité, qui prévoyait l'annexion de la Norvège, fut cependant reportée jusqu'à sa ratification par le gouvernement britannique le 2 mars 1813[20]. Le 21 décembre 1812, le chargé d'affaires de France à Stockholm est renvoyé.

Il participe en 1813 à la coalition contre la France, et prend le commandement de l'armée alliée du Nord de l'Allemagne. Il défait Oudinot à Gross-Beeren (), Ney à Dennevitz (), et prend part à la bataille de Leipzig (16). Puis il descend l'Elbe, s'empare de Lübeck et se dirige vers le Holstein, et menaçant le Danemark, obtient lors du traité de Kiel, le , que la Norvège soit cédée à la Suède.

Il répugne à l'idée d'entrer en France en ennemi et souhaite que son ancien pays conserve sa frontière sur le Rhin. L’intransigeance de Napoléon rend impossible ce désir.

Ayant caressé l'espoir de remplacer Napoléon, perspective à laquelle le tsar Alexandre Ier n'est pas hostile, cette solution n'a cependant pas de suite, et les Bourbons sont restaurés sur le trône de France.

Après un bref séjour à Paris, il revient en Suède, où il est reçu avec enthousiasme. Il marche sur la Norvège où des troubles ont éclaté, et s'en rend maître en 15 jours (1814).

En 1815, à la suite du retour de Napoléon pour les Cent-Jours, la Suède n’est pas tenue de combattre. Elle s'engage désormais dans une neutralité désirée par le prince héritier.

Roi de Suède et Norvège[modifier | modifier le code]

Le , l'ex-maréchal Bernadotte devient roi des royaumes unis de Suède et de Norvège sous le nom de Karl XIV Johan (Charles XIV Jean de Suède). Il fait prospérer ses États, développant l'instruction publique, l'agriculture, l'industrie et le commerce.

La légende veut que cet ancien soldat de la République ait porté un tatouage disant « Mort aux rois ! » (ou « Mort aux tyrans ! ») selon les témoignages[21].

Il avait comme devise : « Que l’amour du peuple soit ma récompense. »

Il était franc-maçon, grand-maître de l'ordre suédois des francs-maçons[22].

Il meurt le , et est inhumé dans la crypte de l’église de Riddarholmen, dans laquelle reposent les rois suédois. Son fils Oscar lui succède. Depuis, les Bernadotte règnent toujours sur la Suède, le roi actuel Charles XVI Gustave est le septième héritier Bernadotte de la dynastie.

L'un de ses héritiers, le comte Folke Bernadotte, sera le premier dirigeant de l'ONU assassiné, en 1948 en Israël.

Il est aussi l'ancêtre de plusieurs autres têtes couronnées, notamment au Luxembourg, en Belgique, au Danemark et en Norvège.

Recherche[modifier | modifier le code]

Une grande enquête est en cours dans les archives Bernadotte de Stockholm. Elle a été lancée en 2003 par le laboratoire Framespa de l’université Toulouse II-Le Mirail. Les documents sont conservés au palais royal de Stockholm (Kungliga Slottet) où ils sont consultables après l’obtention d'une autorisation signée par le roi. Ces archives sont totalement en français, car Bernadotte, malgré ses efforts, n'a jamais maîtrisé le suédois et fit systématiquement traduire tous les documents de son administration en français. Le coordinateur de cette enquête, Jean-Marc Olivier, en dresse les premiers résultats dans les numéros 2, 5 et 6/7 de la Revue d'histoire nordique. Une quinzaine de mémoires de master ont déjà été soutenus devant cette université sur Bernadotte devenu Charles XIV Jean. Ils sont conservés à la Bibliothèque de l'UFR Histoire, arts et archéologie.

Galerie[modifier | modifier le code]

Grades militaires et distinctions[modifier | modifier le code]

Statue équestre de Bernadotte à Stockholm réalisée par Bengt Erland Fogelberg.
  • 16 juin 1785 : caporal ;
  • 21 juin 1786 : fourrier ;
  • 11 mai 1788 : sergent-major ;
  • 7 février 1790 : adjudant ;
  • 6 novembre 1791 : adjudant-major ;
  • 30 novembre 1792 : lieutenant ;
  • 13 février 1794 : chef de bataillon ;
  • 4 avril 1794 : chef de brigade ;
  • 29 juin 1794 : général de brigade ;
  • 22 octobre 1794 : général de division ;
  • 19 mai 1804 : maréchal d’Empire.

Décorations[modifier | modifier le code]

Portrait, par Johann Jacob de Lose (1755 – 1813), 1805.
Empire français 
Royaume d’Italie (1805 – 1814) 
Électorat de Bavière 
Royaume de Prusse 
Royaume de Saxe 
Royaume de Suède 
Royaume de Danemark 
Royaume d'Espagne 
Empire russe 

Lieu d’inhumation[modifier | modifier le code]

Le roi Charles XIV Jean fut inhumé dans la crypte située sous la chapelle Bernadotte de l’église de Riddarholmen de Stockholm.

Titres et honneurs[modifier | modifier le code]

Titulature[modifier | modifier le code]

  • 18 mai 1804 – 5 juin 1806 : Monsieur Jean Baptiste Bernadotte, maréchal de France.
  • 5 juin 1806 – 26 septembre 1810 : Son Altesse le Prince Jean Baptiste, duc de Pontecorvo, maréchal de France[23].
  • 26 septembre 1810 – 5 novembre 1810  : Son Altesse royale le prince Charles Jean de Suède.
  • 5 novembre 1810 – 4 novembre 1814  : Son Altesse royale Charles Jean, prince héritier de Suède.
  • 4 novembre 1814 – 5 février 1818  : Son Altesse royale Charles Jean, prince héritier de Suède et de Norvège.
  • 5 février 1818 – 8 mars 1844  : Sa Majesté le roi de Suède et de Norvège.

Armes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Armorial de la Suède.

Le roi Charles XIV Jean était le grand maître de l’ordre du Séraphin et ses armoiries sont exposées dans l’église de Riddarholmen :

Blason Blasonnement :
Au pairle patté d'or, qui est la Croix de Saint-Éric, cantonné en chef d'azur, à trois couronnes d'or (de Suède moderne), à dextre de gueules, au lion couronné d'or, tenant dans ses pattes une hache danoise d'argent, emmanchée du second (de Norvège ancien) et à senestre d'azur, à trois barres ondées d'argent, au lion couronné d'or, brochant sur le tout (de Suède ancien), sur-le-tout parti de Vasa (tiercé en bande d'azur, d'argent et de gueules à la gerbe d'or brochant) et de Pontecorvo (d'azur, au pont à trois arches d'argent, sur une rivière de même, ombrée d'azur, et supportant deux tours du second ; au chef d'azur à l'aigle contournée d'or au vol abaissé, empiétant d'un foudre du même (de Bernadotte))[24].

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'interface de consultation en ligne des registres de baptêmes, mariages et sépultures, sur le site des Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, permet d'accéder, sur le cliché 5/554 — [FRAD064012_5MI445-4_0723.jpg] — du registre des baptêmes de Pau pour la période 1763-1772, à l'acte de baptême du 27 janvier 1763, qui comporte comme seul prénom, pour l'enfant baptisé, « Jean », et non « Jean-Baptiste ».
  2. Claude Muller, Heurs et malheurs du Dauphiné, page 402.
  3. Histoire de Charles XIV (Jean Bernadotte), roi de Suède et de Norvège. Tome 2 / par Touchard-Lafosse p.57
  4. Décret qui transfère au maréchal Bernadotte le titre de prince et duc de Ponte-Corvo,  : « Voulant donner à notre cousin le maréchal Bernadotte un témoignage de notre bienveillance pour les services qu’il a rendus à notre couronne, nous avons résolu de lui transférer, comme en effet nous lui transférons par les présentes, la principauté de Ponte-Corvo, avec le titre de prince et duc de Ponte-Corvo, pour la posséder en toute propriété et souveraineté, et comme fief immédiat de notre couronne. Nous entendons qu’il transmettra ladite principauté à ses enfans mâles légitimes et naturels, par ordre de primogéniture ; nous réservant, si sa descendance masculine, naturelle et légitime, venait à s’éteindre, ce que Dieu ne veuille, de transmettre ladite principauté, aux mêmes titres et charges, à notre choix, et ainsi que nous le croirons convenable pour le bien de nos peuples et l’intérêt de notre couronne. Notre cousin le maréchal Bernadotte prêtera en nos mains, et en sa dite qualité de prince et duc de Ponte-Corvo, le serment de nous servir en bon et loyal sujet. Le même serment sera prêté, à chaque vacance, par ses successeurs. »(IV, Bulletin C, no 1659.)
    Source : www.heraldica.org
  5. Histoire de Charles XIV (Jean Bernadotte), roi de Suède et de Norvège. Tome 2 / par Touchard-Lafosse p.65
  6. « Forces en présence à Mohrugen »
  7. Histoire de Charles XIV (Jean Bernadotte), roi de Suède et de Norvège. Tome 2 / par Touchard-Lafosse p.108
  8. Bernard Alexis Sarrans, Histoire de Bernadotte, Charles XIV-Jean, roi de Suède et de Norvège, etc, , p. 121
  9. Histoire de Charles XIV (Jean Bernadotte), roi de Suède et de Norvège. Tome 2 / par Touchard-Lafosse p.135
  10. Bernard Alexis Sarrans, Histoire de Bernadotte, Charles XIV-Jean, roi de Suède et de Norvège, etc, Paris, , p.159
  11. Bernard Alexis Sarrans, Histoire de Bernadotte, Charles XIV-Jean, roi de Suède et de Norvège, etc, Paris, , p. 160
  12. Jean-Baptiste-Bonaventure de Roquefort, Mémoires pour servir à l'histoire de Charles XIV-Jean, roi de Suède et de Norwege, Des Braves, Paris, 1820, p. 193-194.
  13. Cf. Touchard-Lafosse, Histoire de Charles XIV (Jean Bernadotte), roi de Suède et de Norvège, vol. 2, Paris, Gustave Barba, , p. 250.
  14. Emile Marco de Saint-Hilaire, Histoire de la campagne de Russie pendant l'année 1812 et de la ..., Volume 1 p.235, « Les rapports arrivés portent qu’une division » de votre armée, sous les ordres du prince d’Eckmuhl, a envahi la Poméranie suédoise... Le roi attend que Votre Majesté fasse connaître les motifs qui ont pu la porter à agir d’une manière aussi contraire aux traités existants... L’outrage est vivement senti par la nation, et doublement par moi, Sire, qui suis chargé de la défendre. Si j’ai contribué à rendre la France triomphante, si j’ai constamment désiré de la voir heureuse et respectée, il n’a jamais pu entrer dans ma pensée de lui sacrifier les intérêts, l’honneur et la nationalité du pays qui m’a adopté. Votre Majesté, si bon juge dans les cas de ce genre, a déjà pénétré ma résolution. Peu jaloux de la gloire et de la puissance qui vous environnent, Sire, je le suis beaucoup de ne pas être regardé comme votre vassal. Votre Majesté commande à la majeure partie de l’Europe ; mais sa domination ne s’étend pas jusqu’au pays où j’ai été appelé. Mon ambition se borne à le défendre, et je le regarde comme le lot que la Providence m’a départi. Quoique je ne sois pas Coriolan, et que je ne commande pas à des Volsques, j’ai assez bonne opinion des Suédois pour vous assurer, Sire, qu’ils sont capables de tout oser et de tout entreprendre pour venger des affronts qu’ils n’ont pas provoqués, et pour conserver des droits auxquels ils tiennent peut-être autant qu’à leur existence. »
  15. Émile Marco de Saint-Hilaire, Histoire de la campagne de Russie pendant l'année 1812, vol. 1, rapport du chancelier suédois Engestrom, p. 235
  16. Touchard-Lafosse, op. cit., p.272
  17. Histoire de Charles XIV (Jean Bernadotte), roi de Suède et de Norvège. Tome 2 / par Touchard-Lafosse p.275
  18. Histoire de Charles XIV (Jean Bernadotte), roi de Suède et de Norvège. Tome 2 / par Touchard-Lafosse p.282-284
  19. Histoire de Charles XIV (Jean Bernadotte), roi de Suède et de Norvège. Tome 2 / par Touchard-Lafosse p.291
  20. Histoire de Charles XIV (Jean Bernadotte), roi de Suède et de Norvège. Tome 2 / par Touchard-Lafosse p.322
  21. Jean-Jacques Nicomette, « Bernadotte, le roi républicain », sur Sud Ouest, (consulté le 20 juillet 2017).
  22. « Grand Maitre des francs-maçons de Suède », L'Orient :revue universelle de la franc-maçonnerie, Paris,‎ 1844-1845, p. 9 (lire en ligne).
  23. http://www.heraldica.org/topics/france/napoltexts.htm#1806guastalla1
  24. http://runeberg.org/antiqtid/7/0069.html

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources partielles[modifier | modifier le code]

Pour approfondir 
« Bernadotte (Jean-Baptiste-Jules) », dans A. Lievyns, Jean Maurice Verdot, Pierre Bégat, Fastes de la Légion d'honneur, biographie de tous les décorés accompagnée de l'histoire législative et réglementaire de l'ordre, vol. I, [détail de l’édition] (notice BnF no FRBNF37273876, lire en ligne), p. 338 lire en ligne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sa Correspondance avec Napoléon de 1810 à 1814, Paris, 1819, et un Recueil de ses Lettres, proclamations et discours (Stockholm, 1825) ont été publiés. Son Histoire a été écrite par Touchard-Lafosse, 1838, et par Bernard Sarrans, 1845.

  • Franck Favier, Bernadotte, un maréchal d'Empire sur le trône de Suède, Ellipses, 2010, 408 p. (ISBN 978-2729861223)
  • Jean-Marc Olivier, « Bernadotte revisité ou la complexité d'un long règne (1810-1844) », p. 127-138, et « Les archives de Bernadotte devenu Charle XIV Jean de Suède-Norvège (1792-1844) », p. 203-214, Revue d'histoire nordique, no 2, octobre 2006.
  • Anna Sømme, « Bernadotte, roi français de Suède et de Norvège », La Revue Générale,‎ (ISSN 0770-8602, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]