Jean-de-Dieu Soult

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Jean-de-Dieu Soult
Le Maréchal Soult, toile de 1856.
Le Maréchal Soult, toile de 1856.
Fonctions
21e président du Conseil des ministres français
et Ministre de la guerre jusqu'au 10 novembre 1845
(22e chef du gouvernement)

(6 ans 10 mois et 20 jours)
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Soult (3)
Législature Ve législature
VIe législature
VIIe législature
Prédécesseur Adolphe Thiers
Amédée Despans-Cubières
Successeur François Guizot
Alexandre Moline de Saint-Yon
19e président du Conseil des ministres
et Ministre des Affaires étrangères
(20e chef du gouvernement)

(7 mois et 20 jours)
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Soult (2)
Législature Ve législature
Prédécesseur Mathieu Molé
Successeur Adolphe Thiers
12e président du Conseil des ministres
et Ministre de la guerre
(13e chef du gouvernement)

(1 an 9 mois et 7 jours)
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Soult (1)
Législature IIe législature
IIIe législature
Prédécesseur Casimir Perier
Successeur Étienne Gérard
Ministre de la guerre
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Laffitte
Perier
Soult (1)
Prédécesseur Étienne Gérard
Successeur Étienne Gérard
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Saint-Amans-la-Bastide, Tarn (France)
Date de décès (à 82 ans)
Lieu de décès Saint-Amans-la-Bastide, Tarn (France)
Nationalité française
Parti politique Indépendant
Profession Officier général
Religion catholique

Jean-de-Dieu Soult
Présidents du Conseil des ministres français
Jean-de-Dieu Soult
Surnom Le Premier Manœuvrier de l'Europe
Le Roi Nicolas
Bras-de-Fer
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Empire français pendant les Cent-Jours Empire français (Cent-Jours)
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Grade Maréchal d'Empire
maréchal général
Années de service 1785 – 1815
Faits d'armes Bataille de Zurich
Bataille d'Austerlitz
Bataille d'Eylau
Bataille d'Heilsberg
Bataille de Bautzen
Bataille de Toulouse
Distinctions Duc de Dalmatie
Grand Cordon de l'ordre de Léopold de Belgique
Grand-Croix de l'ordre du Sauveur
Grand-Croix de l'ordre de la Toison d'or
Grand-Croix de l'ordre de Saint-Hubert
Pair de France
Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis
Commandeur de l'Ordre du Saint-Esprit
grand-croix de la Légion d'honneur
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile
Hommes illustres (Louvre)
Autres fonctions Ministre de la Guerre
Premier ministre
Famille Pierre Soult (frère)
Napoléon-Hector Soult de Dalmatie (fils)

Jean-de-Dieu Soult[n 1] (Saint-Amans-la-Bastide, - id., ) est un militaire et homme politique français.

Maréchal d'Empire (1804), il est considéré par Napoléon, après la bataille d'Austerlitz (1805) à laquelle il contribue de manière décisive, comme « le premier manoeuvrier de l'Europe ». Duc de Dalmatie (1808), il est, avec Davout, Lannes, Masséna et Suchet, l'un des seuls maréchaux à être capable de diriger une armée loin de l'Empereur[1]. Pair de France (1815 puis 1827), il a une carrière politique importante, notamment sous la Monarchie de Juillet où il est ministre de la Guerre et par trois fois chef du gouvernement - il détient de facto le record de longévité à ce poste (9 ans, 3 mois et 17 jours, dont 6 ans, 10 mois et 20 jours en continu). Il reçoit de Louis-Philippe 1er le titre unique de maréchal général de France (1847).

Premières armes[modifier | modifier le code]

Descendant d'une lignée de notaires royaux par son père, Jean Soult (1726–1779), et de la famille de Grenier par sa mère, Jean-de-Dieu Soult est promis à une carrière de juriste mais s'engage néanmoins, le 16 avril 1785, comme simple soldat dans le régiment Royal Infanterie, où il monte rapidement en grade. Son frère, Pierre-Benoît, d'un an son cadet, suivra son exemple trois ans plus tard.

Guerres de la Révolution française[modifier | modifier le code]

Après six années de service, il est nommé sergent. À la demande de son colonel, il devient instructeur au 1er bataillon de volontaires du Haut-Rhin le 17 janvier 1792, avec le grade de sous-lieutenant. Il a alors 22 ans. Les guerres qui vont suivre lui offrent de nombreuses occasions de se signaler. Il gravit les échelons avec régularité: adjudant-major le 16 juillet 1792, capitaine au mois d'août de l'année suivante, adjudant provisoire à l'état-major de l'armée de la Moselle le 19 novembre 1793, chef de bataillon provisoire le 7 février 1794, puis en titre le 3 avril.

Maison où naquit en 1769 le maréchal et duc de Dalmatie Jean Soult.

Après la bataille de Fleurus (26 juin 1794), où il se distingue par son sang-froid, il est promu général de brigade le 11 octobre par les représentants de la nation. Pendant les cinq années suivantes, il est constamment employé en Allemagne sous les ordres de Jourdan, Moreau, Kléber et Lefebvre.

Attaché à l'armée de Sambre-et-Meuse, il prend une part brillante aux affaires d'Altenkirchen, de Friedberg et de Lieptingen, où il se distingue, à Stokach et au combat livré dans la forêt de ce nom contre l'armée du prince Charles. Le grade de général de division lui est attribué le 21 avril 1799.

Il passe à l'armée d'Helvétie sous les ordres de Masséna. C’est à cette époque qu’il bâtit les bases de sa réputation militaire, en particulier lors de la première bataille de Zurich (2-5 juin 1799) : il soumet les cantons insurgés, chasse les rebelles sur la Reuss et les refoule jusque dans la vallée d’Urseren, livre les combats de Frauenfeld, d'Altikon, d'Audelfinden. Il obtient une citation à l'ordre du jour du 2 juin 1799. Le 10 du même mois, il chasse, à la tête de la 110e demi-brigade, les Autrichiens maîtres du mont Albis, passe la Linth le 22 septembre, fait éprouver à l'ennemi une perte de 4 000 hommes, puis court aux Russes qui s'avancent sur Kaltbrunn, fait poser les armes à un corps de 2 000 hommes, s'empare de Wesen et repousse l'ennemi jusqu'au lac de Constance. Lorsqu'en 1800 le premier Consul charge Masséna de réorganiser l'armée d'Italie, celui-ci insiste pour que Soult lui soit adjoint, et il lui confie le commandement de l'aile droite.

Article détaillé : Campagne d'Italie (1799-1800).

Il se distingue par son activité dans la défense du pays de Gênes. Le 6 avril, dans une première sortie, à la tête de plusieurs bataillons, il traverse l'armée autrichienne et délivre le général Gardanne, livre plusieurs combats à l'ennemi, le rejette au-delà de la Piotta, s'empare de Sassello, remporte de nouveaux succès à Ponte-Junera, à l'attaque de l'Hermette, et rentre dans Gênes avec de nombreux prisonniers, des canons et des drapeaux. Dans une nouvelle sortie, le général traverse de nouveau l'armée autrichienne, enlève une division à Monte-Facio. Enfin, il livre un dernier combat à Montecreto, où un coup de feu lui fracasse la jambe. Il est fait prisonnier.

Contrairement à ce qu'affirment des jugements sévères qui seront portés plus tard contre lui, Soult ne manque donc pas de courage physique et sait payer de sa personne pour entraîner ses hommes.

Maréchal d'Empire[modifier | modifier le code]

La victoire de Marengo (14 juin 1800) lui rend la liberté. Nommé commandant militaire du Piémont, alors en pleine rébellion, il parvient à mater l'insurrection dite des Barbets. Il réussit même à discipliner ces hordes turbulentes et les utilise pour le service. Il reçoit ensuite le commandement de la partie sud du royaume de Naples.

Peu avant le traité d'Amiens, le général Soult rentre à Paris où le premier Consul l'accueille avec la plus haute distinction. Il est le 5 mars 1802 un des quatre généraux appelés au commandement de la Garde consulaire, bien qu’ayant servi sous Moreau. Il fait dès lors allégeance au pouvoir. Il se voit confier, en août 1803, le commandement en chef du camp de Saint-Omer. Il y impose une discipline rigoureuse, qui ne sera pas étrangère à l'efficacité des troupes françaises lors des futures campagnes.[n 2]

Le 19 mai 1804, il est promu, l’un des premiers, à la dignité de maréchal d'Empire que Napoléon vient de créer. En récompense de ses premiers services, il est fait, en février 1805, grand cordon et chef de la 4e cohorte de la Légion. Il reçoit en outre le titre de colonel-général des chasseurs à pied de la Garde impériale et de commandant en chef du camp de Boulogne. Il va jouer un grand rôle dans presque toutes les grandes batailles de la Grande Armée.

Au mois de septembre 1805, le maréchal reçoit le commandement du 4e corps de l'armée d'Allemagne. Il force le passage du Rhin à Spire, en octobre 1805, du Danube à Donauworth, s'empare d'Augsbourg, se porte sur Biberach et Memmingen, et se rapproche de Napoléon aux portes d'Ulm. A Austerlitz, il mène l’attaque décisive sur le centre allié en s'emparant du plateau de Pratzen.[n 3].

Dans la campagne de Prusse, en 1806, le maréchal Soult, commande encore l'aile droite de l'armée. Dans la campagne de Pologne, il contient le général russe von Bennigsen pendant que l'Empereur affronte les Russes à la bataille d'Eylau. Par son attaque énergique sur le centre de l'armée ennemie, il contribue grandement à la victoire. Il joint à Greussen le maréchal Kalkreuth qu'il bat complètement, poursuit, avec hargne, le roi de Prusse, bloque Magdebourg, et force à Ruthnau cinq escadrons des armées de Saxe à mettre bas les armes. Il se rend ensuite maître de Lubeck et force Blücher à capituler à Schwartau, remporte de nouveaux succès à Wolfersdorf, à Heilsberg et entre dans Königsberg. Lorsque la paix de Tilsit est conclue, il retourne en France. En juin 1808, il est fait duc de Dalmatie.

Guerre de la péninsule ibérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d'indépendance espagnole.

Alors que la guerre vient de se rallumer avec fureur en Espagne, l'Empereur confie à Soult le commandement du 2° corps de l'armée française, au centre-gauche de son dispositif. À peine arrivé dans le pays, le maréchal remporte, le 10 novembre 1808, une victoire à la bataille de Gamonal, prend Burgos, Santander, culbute l'armée espagnole près de Reynosa, atteint enfin l'armée anglaise devant la Corogne, pour lui livrer une sanglante bataille dans laquelle le général en chef, Moore, est tué. Il force les débris de l'armée anglaise à embarquer en abandonnant 6 000 prisonniers, s'empare de la Corogne et du Ferrol ainsi que d'un immense matériel renfermé dans ces deux places. Les quatre années suivantes, Soult reste en Espagne et son histoire se confond avec celle de la guerre dans la péninsule.

Entré au Portugal sur ordre de l'Empereur le 4 mars 1809, le duc de Dalmatie passe le Minho, prend Chaves et remporte le 29 mars la bataille de Porto. Au terme de cette bataille sanglante, il prend le commandement de la ville. L'état de son armée, l'absence de toute liaison avec les autres généraux ainsi que les velléités de soulèvement des habitants de Porto le poussent à désobéir aux ordres de l'Empereur, qui étaient de marcher sur Lisbonne[2]. Isolé, Soult administre la cité portugaise avec une indépendance de conduite qui fera plus tard l'objet d'une campagne de calomnie visant à dénoncer sa volonté supposée d'obtenir la couronne du Portugal, accusation sans fondement réel[3].

Les Portugais et Wellington le délogent de Porto. En moins de six jours, il reconduit en Galice les faibles débris de son armée. Il parvient à battre l'armée anglo-espagnole qu'il trouve sur son passage à Arzobispo, mais il est contraint à une pénible retraite par les montagnes, retraite cependant regardée par certains tacticiens comme une bonne opération voire comme un modèle du genre. [réf. nécessaire]. Après la Bataille de Talavera (27-28 juillet 1809), un décret de l'Empereur nomme le maréchal Soult major-général des armées françaises en Espagne, avec des pouvoirs étendus. Les 18 et 19 novembre, il obtient une grande victoire à la bataille d'Ocaña. Avec 30 000 soldats, il vainc 60 000 Espagnols et s’empare de 50 canons, 30 drapeaux et 20 000 prisonniers. Après s'être emparé de Séville, à la fin de janvier 1810, il passe dans l'Estrémadure et envahit l'Andalousie qu'il occupe entièrement ,à l'exception de Cadix.

En 1811, il marche au nord en Estrémadure. Il prend Olivenza le 22 janvier, gagne la bataille de Gebora le 11 février suivant, occupe Badajoz, et quand l'armée britanno-portugaise assiège la ville, il se porte à son secours, livrant la meurtrière et indécise bataille d'Albuera le 16 mai avec des forces inférieures en nombre. Néanmoins, en 1812, après une défaite décisive subie par le maréchal Marmont à la bataille de Salamanque, il est obligé d'évacuer l'Andalousie. À la demande de Joseph Bonaparte avec lequel, comme tous les autres maréchaux, il est toujours en désaccord, il quitte l'Espagne.

En mars 1813, Napoléon Ier l'appelle pour lui donner le commandement du 4e corps de la Grande armée, qu'il mène à la bataille de Bautzen. Presque immédiatement il reçoit l'ordre de se rendre à Bayonne pour y réorganiser l'armée du Midi, défaite à la bataille de Vitoria (13 juin 1813) et complètement démoralisée. Bien que souvent battu par les vétérans de Wellington, lui qui ne dispose que de conscrits sans expérience, cette campagne est l'un des meilleurs exemples, disent certains de ses laudateurs, de son génie militaire. Il se retourne alors contre l'ennemi marchant vers les frontières françaises, livre bataille à Orthez, à Aire-sur-l'Adour, à Vic de Bigorre, à Tarbes, Enfin le 10 avril 1814, il livre la bataille de Toulouse. Il ne réussit pas à convaincre le maréchal Suchet de réunir ses forces aux siennes, et ne peut battre lord Wellington.

Certains commentateurs de l'époque n'hésitent pas à fustiger son manque de bravoure sur le terrain et sa froideur technicienne. Devenu un officier général de grande valeur, ayant un réel sens du commandement, il préfère assurément l'organisation tactique des troupes dont il dispose aux actes héroïques, en première ligne [4].

Réputé pour être dur avec ses hommes - on le surnomme "Bras de fer"- , il est également porté sur l'enrichissement personnel.

Pillage de Séville[modifier | modifier le code]

Durant l'occupation de Séville de janvier 1810 à août 1812, l'armée française met en œuvre une spoliation systématique des biens ecclésiastiques : le patrimoine artistique des églises et des monastères est particulièrement visé. Des tableaux de Herrera le vieux, de Zurbarán, de Roelas, de Pacheco et surtout de Murillo, peintre auquel Soult s'intéresse tout particulièrement, sont enlevés de leurs lieux d'origine et transportés à l'Alcazar de Séville. L'église de l'hôpital de la Charité, le couvent Saint-François ou la cathédrale sont privés entièrement de leurs œuvres précieuses.

Une fois les œuvres à l'Alcazar, Eusebio Herrera, fonctionnaire collaborant avec les troupes françaises, les redirige vers d'autres lieux. Au total, 999 tableaux auraient été saisis par les troupes françaises : une sélection est envoyée au musée royal de Madrid, 150 d'entre eux — les plus beaux — partent directement au Louvre. Soult et d'autres officiers ou fonctionnaires français se serviront aussi au passage. Parmi les œuvres de Murillo présentes dans Séville, seules celles qui étaient conservées au couvent des capucins échapperont aux Français, les moines les ayant préventivement déplacées à Cadix jusqu'à la fin de la guerre[5].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Première Restauration et Cent-Jours[modifier | modifier le code]

Dès qu'il apprend l'abdication de Napoléon, il se rallie avec enthousiasme aux Bourbons. Le gouvernement de la première Restauration le nomme gouverneur de la 13e division militaire le 21 juin 1814, puis ministre de la guerre, du 3 décembre 1814 au 11 mars 1815, poste qu'il occupe donc lorsque Napoléon débarque de l'île d'Elbe.

Responsable de l'armée, il adresse aux troupes une proclamation où il qualifie l'Empereur d'usurpateur et d'aventurier, ce qui n'empêche pas ce dernier de l'appeler aux Tuileries le 25 mars. Il fait à nouveau allégeance, et est nommé pair de France[6]. Napoléon lui confie, le 9 mai 1815, les fonctions de major-général de l'armée pour succéder au maréchal Berthier. Bien que discuté, ce choix est assez logique : militaire de talent, avec alors trente ans de métier, Soult a fait merveille dans la victoire comme dans la défaite, notamment en Espagne ou au Portugal où il a coordonné l'action de plusieurs armées.

Son rôle lors la bataille de Waterloo fait débat. Ses détracteurs voit en lui est un des responsables de la non-venue de Grouchy à qui il n'envoie qu'un seul courrier, contrairement à ce qu'eût fait en pareil cas, aux dires de Napoléon, Berthier. Pour autant, au matin de la bataille, alors que Soult supplie Napoléon de rappeler au plus vite les troupes de Grouchy, l'Empereur refuse sèchement la proposition et veut que l'on ne se concentre que sur l'armée de Wellington qu'il considère comme un mauvais général ( "Ce sera l'affaire d'un déjeuner ", ajoute-t-il ). Il commet l'erreur de ne pas écouter son major-général qui, fin expert, le met en garde sur la qualité de l'infanterie britannique, une infanterie que Napoléon n'a jamais affrontée.

Lorsque l'Empereur, à la vue du désastre, veut se précipiter au milieu des baïonnettes, Soult, resté à ses côtés jusqu'au dernier moment, parvient, en saisissant la bride de son cheval, à l'entraîner sur la route de Charleroi[7].

Seconde Restauration[modifier | modifier le code]

À la Seconde Restauration, il est compris dans l'ordonnance d'exil du 24 juillet. Figurant en tête du deuxième article, il se retire sur sa propriété de Saint-Amans jusqu'à la loi d'amnistie qui le contraint à l'exil[8]. Il est rayé de la liste des maréchaux le 27 décembre 1815. Il reste en exil à Barmen jusqu'en 1819[9]. Louis XVIII le réintègre en 1820 dans la dignité de maréchal. S'affichant fervent royaliste, le roi Charles X l'élève à la Pairie en 1827.

En 1825, Soult crée la Société civile d'exploration et d’exploitation des mines et houillères d'Alès (SCEM), qui contribue grandement à l'exploitation des mines de charbon des Cévennes[10].

Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Après la Révolution de juillet 1830, pendant laquelle Soult rend de nouveaux services [n 4], il se rallie à Louis-Philippe, qui le prend comme ministre de la Guerre (17 novembre 1830- 18 juillet 1834)[n 5].

Louis-Philippe, inquiet de ne pouvoir s'appuyer que sur la garde nationale pour maintenir l'ordre public, le charge de réorganiser sans tarder l'armée de ligne. Soult rédige un rapport au roi, présenté à la Chambre des députés le 20 février 1831, dans lequel il fait la critique de la loi Gouvion-Saint-Cyr de 1818 sur le recrutement : il démontre que le système de volontariat combiné au tirage au sort et à la possibilité de se faire remplacer n'a pas permis d'augmenter suffisamment les effectifs, et montre que les procédures d'avancement contribuent à maintenir le surencadrement. Il propose les grands axes d'une politique militaire visant à accroître les effectifs de l'armée, à résorber le surencadrement et à assurer l'approvisionnement en armes et en munitions.

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Les lignes directrices sont arrêtées en février 1831 et les moyens sont précisés : il s'agit de doubler l'effectif de l'armée de la Restauration, qui ne comptait qu'un peu plus de 200 000 hommes. Les réformes nécessaires seront réalisées durant les années 1831 et 1832. La première loi de cet important train de réformes militaires est celle du 9 mars 1831 créant la Légion étrangère, qui ne pourra être employée qu'en dehors du territoire de la France métropolitaine. Suivent les lois du 11 avril 1831 sur les pensions militaires, des 21 mars et 14 avril 1832 sur le recrutement de l'armée et sur l'avancement, et du 19 mai 1834 sur l'état des officiers. Soult fait également conduire les travaux des fortifications de Paris.

En 1831, il est envoyé par Louis-Philippe à Lyon avec 20 000 hommes pour écraser la première insurrection des Canuts. L'ordre est rétabli, mais Soult devient très impopulaire parmi le camp républicain. Dans sa pièce Napoléon Bonaparte ou Trente ans de l'histoire de France, Dumas Père le représente sous des dehors épouvantables pendant les Cent-Jours.

En 1834, lorsqu'une nouvelle insurrection éclate au mois d'avril à Lyon, le maréchal Soult reçoit du lieutenant-général Aymar, commandant des troupes dans la cité rhodanienne, une dépêche télégraphique désespérée[n 6]. La ferme réponse du duc de Dalmatie ne se fait pas attendre[n 7]. La lettre qu'il écrit ensuite au général commandant la ville de Lyon, à propos de ce même épisode, est tout aussi significative[n 8].

Alors qu'il est ministre la Guerre, il occupe une première fois la présidence du Conseil des ministres en 1832-1834. A nouveau à la tête du gouvernement (1839-1840), il est en même temps titulaire du portefeuille des Affaires étrangères.

En avril 1838, Louis-Philippe choisit Soult pour le représenter au couronnement de la reine Victoria. Il reçoit à Londres un accueil triomphal.[n 9]

Il participe aux cérémonies de retour des cendres de l'empereur Napoléon Ier en décembre 1840.

Jean-de-Dieu Soult, président du Conseil.

Président du Conseil pendant quasiment sept ans, de 1840 à 1847, il laisse la direction effective du Cabinet à son ministre des Affaires étrangères, François Guizot, lequel lui succède logiquement quand il quitte le gouvernement, pour raisons de santé. Pendant cinq ans (1840-1845), il cumule sa fonction avec celle de ministre de la Guerre, son rôle étant par la suite de plus en plus effacé.

Le 26 septembre 1847, Louis-Philippe rétablit pour lui la dignité honorifique de maréchal général des camps et armées du roi, portée précédemment par Turenne, Villars ou de Broglie, modifiant cependant ce titre en celui, unique dans l'histoire militaire du pays, de maréchal général de France.

En 1848, il se déclare républicain. Il meurt trois ans après dans son château de Soultberg, près de Saint-Amans-la-Bastide où il est né, quelques jours avant le coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. En son hommage, la commune fut renommée Saint-Amans-Soult dès 1851.

Soult a laissé des Mémoires (1854).

Conseil des ministres au palais des Tuileries : le maréchal Soult présente à Louis-Philippe la loi de Régence, le 15 août 1842.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Remarques[modifier | modifier le code]

Le maréchal - duc de Dalmatie aura été à trois reprises chef du gouvernement français, sous la Monarchie de Juillet : d'abord du au , puis du au 1er mars 1840 et enfin du au - soit plus de neuf ans. Il détient ainsi, au moins nominalement, sur la période s'étendant de 1815 à nos jours, le record de longévité à ce poste.

Personnalité au caractère controversé, Soult aura successivement servi sous l'Ancien Régime, la première République née de la Révolution, le Consulat, l'Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet.

Militaire de sang-froid et champion du revirement politique, il peut être considéré comme un modèle de survivant.

Titres[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de Bavière Royaume de Bavière 
Drapeau de la Belgique Royaume de Belgique 
Drapeau de la Grèce Royaume de Grèce 
Drapeau de l'Espagne Royaume d'Espagne 

Descendance[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
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Blason Nicolas Jean-de-Dieu Soult (1769-1851).svg
Armes du duc de Dalmatie et de l'Empire

D'or, à l'écusson de gueules, chargé de trois têtes de léopards du premier posées 2 et 1 ; au chef des ducs de l'Empire brochant.[12],[13],[14],[15],[16]

Orn ext maréchal-Duc et pair de France (Restauration) OSE.svg
Blason Nicolas Jean-de-Dieu Soult (1769-1851) (Restauration).svg
Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet

D'or, à l'écusson de gueules, chargé de trois têtes de léopards du premier posées 2 et 1.[16]

Postérité[modifier | modifier le code]

Un navire de guerre britannique de la classe Marshal Ney lancé en 1915 a été baptisé HMS Marshal Soult.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yvert Benoît (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Paris, Perrin, 2007, 916 p.
  • Frédéric Hulot, Le Maréchal Soult, Pygmalion, 2003, (ISBN 2-85704-881-5)
  • Nicole Gotteri, Soult, maréchal d'Empire et homme d'Etat, La Manufacture,‎ (ISBN 2-7377-0285-2)
  • Nicole Gotteri, Le Maréchal Soult, Bernard Giovanangeli Éditeurs,‎ (ISBN 2-909034-21-6)
  • Les papiers personnels du maréchal Soult sont conservés aux Archives nationales sous la cote 402AP[17].
  • Dumas, Jean-Baptiste, Neuf mois de campagnes à la suite du Maréchal Soult : quatre manœuvres de couverture en 1813-1814 : I. Pampelune, II. Saint-Sébastien, III. Bayonne, IV. Bordeaux, Orthez, Toulouse, Paris, Charles-Lavauzelle,‎ [1907], 612 p. (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le prénom Nicolas est une erreur souvent rencontrée :

    « Ce prénom [Nicolas] lui a été attribué par des ennemis qui l'accusaient d'avoir voulu se faire couronner roi d'Espagne, car ce prénom avait à l'époque la connotation d'« affabulateur », de « fanfaron ». J'en donne pour exemple, cette caricature royaliste de l'époque des Cent-Jours qui présente l'arrivée de « Nicolas » Buonaparte aux Tuileries, le . Il ne viendrait pourtant à personne à l'esprit de prénommer l'Empereur… Nicolas »

    — « Les monuments de l'Empire - L'Empire… par ses Monuments », Jean de Dieu Soult (1769-1804-1851), sur napoleon-monuments.eu (consulté le 1 décembre 2011).

  2. Il y organisa une discipline sévère qui prépara les bataillons français.
  3. Austerlitz fut une glorieuse journée pour le maréchal ; il commandait l'aile droite : il se dirigea sur le plateau de Pratzen, défendu par l'artillerie adverse, s'en empara après un combat acharné, et après avoir coupé la ligne russe, en jeta une partie sur le lac de Monitz dont il fit briser la glace à coups de canon ; ce mouvement contribua puissamment au succès de la journée : « Maréchal, dit Napoléon en l'embrassant sur le champ de bataille, vous êtes le premier manœuvrier de l'Europe.
    — Sire, répondit le maréchal, je le crois, puisque c'est Votre Majesté qui le dit.  » L'Empereur le nomma gouverneur de Vienne après la prise de cette ville
  4. Les évènements pouvaient faire craindre une collision entre la France et plusieurs des grandes puissances de l'Europe ; une longue paix avait amoindri les forces militaires françaises. La main ferme et puissante du maréchal était seule capable d'imprimer à la réorganisation de notre armée cette impulsion prompte et énergique qu'exigeait la situation
  5. Il déploya une activité presque incroyable ; quelques mois à peine s'étaient écoulés, et une armée de 400 000 hommes, armés, équipés et formés à la discipline, était prête à repousser l'étranger
  6. « Mes communications sont coupées, mes forces diminuent d'heure en heure, et je me vois, autant dans l'intérêt de l'humanité que dans celui de mes troupes, obligé d'évacuer Lyon. »
  7. « Vous conserverez toutes vos positions ; vous n'évacuerez point Lyon ; vous vous accrocherez à ses murs et vous vous ensevelirez sous ses ruines. »
  8. « Général, je reçois à l'instant vos deux lettres du 14 de ce mois, etc., etc. Je ne puis croire que vous m'avez écrit tout cela, car vous me forcez à vous demander ce que vous avez fait pour l'empêcher. Comment ! l'effigie d'un fonctionnaire nommé par le roi est brûlée sur la place publique, et vous me le racontez froidement ! Un des premiers magistrats de la Cour royale est obligé de se soustraire aux assassins, et vous ne m'apprenez pas ce que vous avez fait pour la sûreté de sa personne qui devait vous être sacrée ! Vous avez en outre le triste courage de me dire que le 9e bataillon de chasseurs ne fait, momentanément, aucun service ! Cette conduite passe mon imagination et m'oblige à vous demander si vous vous êtes bien rappelé que le roi vous avait honoré de sa confiance, en vous donnant le commandement d'une de ses plus importantes divisions militaires. Je vous l'avoue, j'en suis aujourd'hui à regretter les témoignages de satisfaction que je vous avais précédemment exprimés. Mais, indépendamment de ces faits, vous ayez laissé exister des barricades, en en faisant suspendre l'enlèvement par la troupe de ligne, lorsque vous avez été prévenu que le préfet avait réclamé le concours de la Garde nationale. C'était, au contraire, le moment d'agir, et d'agir avec assez de vigueur pour que les traces de l'insurrection disparussent à l'instant même ; là était votre devoir. Ce n'est pas tout. Il m'est revenu encore, et je désire que cette nouvelle ne soit pas vraie, que le poste du 9e bataillon de chasseurs qui était à votre porte, a dû rentrer dans l'intérieur pour faire place à un poste de la Garde nationale que vous y avez installé. Vous avez aussi fait relever par la Garde nationale le poste de la ligne qui était devant la maison du procureur général. Est-il possible, Général, que vous ayez eu cette faiblesse, que vous ayez montré cet oubli de vos devoirs ? Je vous ordonne de me rendre compte sur-le-champ et de ce que vous avez fait et des motifs qui ont pu vous y déterminer. Quant à l'inaction que vous avez imposée au 9e bataillon de chasseurs, en lui retirant tout service, et en consentant même, si je suis bien instruit, à ce qu'un poste de Garde nationale fût établi devant sa caserne, l'histoire militaire n'offre pas d'exemple d'une semblable humiliation. Que voulez-vous que pensent et l'armée et ce corps honorable lui-môme, dont le dévouement à nos institutions est si fortement prononcé ? Ce n'est pas de la sorte que les troupes sont conduites ! Faites reprendre sur-le-champ le service au 9e bataillon de chasseurs, et indiquez-moi les postes que vous aurez confiés à sa valeur ; j'ai l'assurance qu'ils seront en sûreté, etc., etc. — Signé : Maréchal Duc de Dalmatie »
  9. Le duc de Dalmatie fut accueilli avec des transports d'enthousiasme ; sa marche à travers les comtés et les rues de Londres fut une marche triomphale, et la population tout entière, se précipitant sur son passage, salua de ses acclamations

Références[modifier | modifier le code]

  1. Béatrice Capelle et Jean-Claude Demory, Maréchaux d'Empire, E/P/A,‎
  2. Nicole Gotteri, Le Maréchal Soult, Bernard Giovanangeli Éditeurs,‎ (ISBN 2-909034-21-6), p. 310
  3. Nicole Gotteri, Le Maréchal Soult, Bernard Giovanangeli Éditeurs,‎ (ISBN 2-909034-21-6), p. 317/333
  4. [1]
  5. (es) « El expolio del mariscal Soult », ABC de Séville,‎ (lire en ligne).
  6. Gotteri 2000, p. 587
  7. Gotteri 2000, p. 589
  8. Gotteri 2000, p. 594-600
  9. Gotteri 2000, p. 608-624
  10. Michel Wiénin, « La Grand-Combe : Le charbon et le chemin de fer », conférence du 2 décembre 2007.
  11. Ascendants de Jean-de-Dieu Soult de Dalmatie sur Généastar
  12. Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments
  13. Nicolas Roret, Nouveau manuel complet du blason ou code héraldique, archéologique et historique : avec un armorial de l'Empire, une généalogie de la dynastie impériale des Bonaparte jusqu'à nos jours, etc…, Encyclopédie Roret,‎ , 340 p. (lire en ligne)
  14. La noblesse d'Empire sur http://thierry.pouliquen.free.fr
  15. Classement hiérarchique des personnages présentés sur napoleon-monuments.eu
  16. a et b www.heraldique-europeenne.org
  17. Archives nationales

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]