Insurrection de Novembre

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Insurrection de Novembre
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La bataille d'Ostroleka 1831. Peinture de Juliusz Kossak.
Informations générales
Date à
Lieu Royaume de Pologne
Casus belli

Non respect de la Constitution du Royaume par le tsar

Annonce de la répression des révolutions française et belge
Issue Réduction de l'autonomie du royaume de Pologne
Belligérants
November Uprising.svg Insurgés polonaisDrapeau de l'Empire russe Empire russe
Commandants
Józef Chłopicki, Jan SkrzyneckiHans Karl von Diebitsch, Ivan Paskevitch

Batailles

L’Insurrection de Novembre est un soulèvement du royaume de Pologne contre le tsar Nicolas Ier, roi de Pologne, et contre les abus de la tutelle russe. L'insurrection débute le et se termine en (chute de Varsovie), après une guerre de 8 mois entre l'armée russe et l'armée du royaume.

La défaite de l'insurrection est suivie d'une sévère répression, de l'exil de plusieurs milliers de Polonais (la « Grande Émigration ») et d'une réduction drastique de l'autonomie du royaume de Pologne, qui sera encore plus réduite suite à l'échec de l'insurrection de 1863.

Contexte historique : le royaume de Pologne sous tutelle russe[modifier | modifier le code]

Origines du royaume de Pologne de 1815[modifier | modifier le code]

L'État polonais, officiellement appelé République des Deux Nations, disparaît en 1795 lors du troisième partage de la Pologne, réalisé par la Russie, la Prusse (qui contrôle Varsovie) et l'Autriche.

En 1807, Napoléon rétablit un État polonais sous tutelle française, le Duché de Varsovie, à partir de territoires annexés par la Prusse (ajoutant, en 1809 des territoires annexés par l'Autriche). La Russie, « alliée » de Napoléon (traité de Tilsit), conserve la totalité de ses annexions antérieures. Elle reçoit même le district de Białystok.

Après la chute de Napoléon, le congrès de Vienne attribue le territoire du Duché au tsar Alexandre Ier, qui devient « roi de Pologne ».

Les tensions politiques de 1815 à 1830[modifier | modifier le code]

Par la charte constitutionnelle de 1815, le tsar Alexandre accorde au royaume un parlement (la Diète), un gouvernement et une armée ; la liberté de la presse, de la parole et des associations. Le général Józef Zajączek, qui a servi Napoléon dans la Grande Armée, mais s'est rallié au tsar, est nommé vice-roi (namiestnik), mais le frère du tsar, le grand-duc Constantin, commandant en chef de l'armée joue un rôle plus important que ce que prévoient les texte, en liaison avec le commissaire du tsar, Nicolas Novossiltsev. À partir de 1820, des sociétés patriotiques se forment notamment chez les étudiants et les militaires, qui vont subir la répression de la police.

Les tensions s'aggravent après l'avènement en 1825 de Nicolas Ier de Russie, qui fait face au lendemain de son avènement à la révolte des décembristes. Désireux d’obtenir des réformes libérales, des officiers russes tentent de soulever la garnison de Saint-Pétersbourg. Leur échec fige la Russie dans l'absolutisme et le conservatisme. Après avoir remis son peuple au pas, le tsar se fait le défenseur de la légitimité monarchique dans toute l’Europe et envisage défavorablement les libertés dont jouit le royaume de Pologne.

La répression rencontre une opposition de plus en plus forte. Le , un certain nombre de patriotes s'unissent à l'initiative de Piotr Wysocki (1797-1874), instructeur à l'École des enseignes d'infanterie de Varsovie, pour la défense de la Constitution. Ce groupe patriotique est passé dans l'histoire comme la « Conspiration de Wysocki ».

Le Nicolas Ier est cependant couronné roi de Pologne à Varsovie, conformément aux règles constitutionnelles.

La Pologne et les révolutions de 1830[modifier | modifier le code]

L'année 1830 est marquée en Europe par deux événements révolutionnaires : la révolution de Juillet en France, puis celle d'octobre en Belgique, dont la population se soulève contre l'appartenance au royaume des Pays-Bas. Ces événements remettent en cause l'ordre établi après le congrès de Vienne par les trois puissances de la Sainte-Alliance, la Russie, la Prusse et l'Autriche.

À Varsovie, les patriotes sont persuadés que le tsar Nicolas va intervenir militairement et même que l’armée polonaise sera envoyée contre les révolutionnaires de France et de Belgique.

Le (), les élèves de l’École des aspirants d’infanterie, conduits par Piotr Wysocki, se soulèvent et réussissent à entraîner la population de Varsovie.

Les débuts de l'insurrection (novembre 1830-janvier 1831)[modifier | modifier le code]

Les premiers pas (29 novembre-2 décembre 1830)[modifier | modifier le code]

Le soir du , un groupe de 24 élèves de l’École des aspirants d’infanterie conduits par le lieutenant Piotr Wysocki se soulève et attaque la résidence du grand-duc Constantin, qui échappe de peu aux assaillants. Le groupe de Wysocki s'empare ensuite de l'arsenal et procède à la distribution de 30 000 fusils à la population de la ville. Le lendemain, les insurgés prennent le contrôle de la ville[1]. Leur étendard porte la mention "Pour notre liberté et pour la vôtre". Les radicaux, notamment Joachim Lelewel et Maurice Mochnacki, se regroupent dans la Société patriotique. Des unités de l'armée polonaise cantonnées à l'extérieur de la ville se rallient aux insurgés. Mais aucun général, malgré des sollicitations, ne s'est rallié à l'insurrection, ni aucune personnalité politique.

Marcin ZaleskiLa Prise de l’Arsenal.

Le 30 novembre, le ministre des Finances François Xavier Drucki-Lubecki, défavorable à l'insurrection, entre en contact avec le grand-duc, qui refuse d'agir.

Drucki-Lubecki fait alors coopter dans le Conseil d'Administration (l'organe de gouvernement dans la constitution de 1815) cinq personnalités, dont le prince Czartoryski et le général Józef Chłopicki[2], assez populaire, mais lui aussi peu favorable au désordre. Des négociations ont lieu avec les insurgés.

Drapeau de l'Insurrection de Novembre portant la devise "Pour notre liberté et la vôtre"

Du « Gouvernement provisoire » au « Gouvernement national » (3 décembre 1830-30 janvier 1831)[modifier | modifier le code]

Le 3 décembre, le Conseil d'administration coopte quelques radicaux et prend le nom de « Gouvernement provisoire du royaume de Pologne », dont la présidence est donnée à Adam Czartoryski. Le général Chłopicki devient commandant-en-chef (à la place de Constantin). Peu après, il va s'attribuer le titre de « dictateur ». Le grand-duc est autorisé à quitter le royaume avec les troupes russes.

Le 10 décembre, Drucki-Lubecki est envoyé, avec le député Jean Jezierski, en ambassade à Saint-Pétersbourg, mais le tsar refuse les demandes formulées (respect de la constitution ; fin du stationnement de troupes russes dans le royaume ; réunion du royaume et des territoires annexés de Lituanie), exigeant dans un manifeste (17 décembre) la reddition des insurgés. Drucki-Lubecki décide alors de rester en Russie, contrairement à Jezierski. L'armée russe commence d'être préparée en vue d'une attaque du royaume.

La Diète, réunie le 18 décembre, se montre un peu plus radicale que le gouvernement : elle proclame l’insurrection nationale ; elle confirme Chłopicki comme commandant-en-chef et officialise son titre de « dictateur ». Le gouvernement provisoire est remplacé par le « Conseil national suprême », chargé d'assister le dictateur (cet organisme est aussi présidé par Czartoryski).

Le 18 janvier, constatant l'impossibilité de négocier avec le tsar, Chłopicki démissionne. Il est remplacé à la tête de l'armée par Michel Gédéon Radziwill, dont il reste conseiller.

Le 21 janvier, la Diète vote la destitution de Nicolas 1er du trône de Pologne, ce qui équivaut à une proclamation d'indépendance et à une déclaration de guerre.

Il s'ensuit un débat politique intense au sein de la diète sur la nature, les méthodes et les objectifs de l'insurrection. La diète décide que la Pologne sera une monarchie héréditaire constitutionnelle dont le roi sera choisi par elle.

Le 30 janvier est mis en place le « Gouvernement national », de nouveau sous la présidence d'Adam Czartoryski, ministre des Affaires étrangères (jusqu'au 16 août). Joachim Lelewel y représente le courant républicain radical.

La guerre russo-polonaise (février–septembre 1831)[modifier | modifier le code]

Emilia Plater conduisant les porteurs de faux.
Emilia Plater en escarmouche à Šiauliai. Peinture de Wojciech Kossak, 1904.

Alors que les radicaux veulent une « guerre du peuple » contre la Russie, le gouvernement modéré nourrit l'espoir qu'une campagne militaire victorieuse forcera Nicolas et les grandes puissances à réviser les clauses du traité de Vienne en ce qui concerne la Pologne[3].

Des débuts indécis (février)[modifier | modifier le code]

Première offensive russe[modifier | modifier le code]

Le , une armée russe forte de 127 000 hommes[4], commandée par le général Diebitsch, franchit la frontière du royaume de Pologne. L'armée polonaise ne compte que 53 000 hommes.

L'offensive est menée sur un large front avec 11 colonnes, mais un dégel précoce oblige Diebitsch à se rabattre sur la route de Brest-Litovsk, occupant la région de Siedlce après la traversée difficile du Bug.

Après les engagements de Stoczek (), de Dobre (17 février), de Kaluszyn () et de Wawer (), les Polonais affrontent les Russes près de Grochów, 2 km à l'est de Varsovie, sur la rive droite de la Vistule.

La bataille de Grochów (25 février)[modifier | modifier le code]

Il s'agit de la plus importante bataille livrée en Europe entre 1815 (Waterloo) et 1855 (guerre de Crimée) : s'y affrontent 40 000 Polonais et 60 000 Russes.

L'armée polonaise est officiellement commandée par le prince Michel Radziwiłł, mais ce dernier laisse l'initiative militaire au général Józef Chłopicki, qui, le , est nommé « commandant de première ligne ».

Ce changement de statut de Chłopicki a eu une incidence négative sur le déroulement de la bataille. Chłopicki arrive sur le champ de bataille en tant que civil. Il prend le commandement de l’ensemble des forces polonaises, mais certains de ses subordonnés ne reconnaissent pas son autorité et Jan Krukowiecki et Tomasz Łubieński refusent d’exécuter ses ordres à des moments clés de la bataille. Ce qui fait que ce dernier perd une chance de briser définitivement la cavalerie russe.

Les Polonais, notamment le général Skrzynecki, résistent longuement et infligent des pertes importantes aux Russes (10 000 hommes), les dissuadant de poursuivre l'offensive vers la capitale. L'armée polonaise se regroupe en position défensive autour du faubourg de Praga, tête de pont sur la Vistule, tandis que Diebitsch fait prendre des quartiers d'hiver à ses troupes, éprouvées aussi par la maladie.

Chłopicki ayant été gravement blessé au cour de la bataille, c'est le général Skrzynecki, autre vétéran des guerres napoléoniennes, qui le remplace. Il est confirmé à ce poste à la place de Michel Radziwill, démissionnaire, le

Le commandement de Skrzynecki (26 février-10 août)[modifier | modifier le code]

Premières mesures[modifier | modifier le code]

Skrzynecki commence par s'entourer de ses fidèles : Wojciech Chrzanowski est promu chef d'état-major, tandis qu'Ignacy Prądzyński est nommé conseiller. Il place des officiers disciplinés : Maciej Rybiński, Antoni Giełgud, Kazimierz Małachowski et Henryk Milberg à la tête des divisions.

Il réorganise la structure de l'armée polonaise dont la force en est estimée à 70 000 soldats[5].

Cependant, Skrzynecki ne croit pas au succès du soulèvement. Sans l'autorisation du gouvernement national, outrepassant ses pouvoirs, il tente de négocier[réf. nécessaire] avec Ivan Diebitsch, mais ces négociations sont rapidement rompues par la partie russe.

Les opérations militaires d'avril-mai[modifier | modifier le code]

Le mois de mars 1831 est une période sans engagements militaires notables, sauf le dernier jour. Diebitsch attend des renforts, l'armée russe opérationnelle étant réduite à 67 000 hommes[6] au début du mois. Vers la fin du mois, une insurrection éclate dans l'ancien grand-duché de Lituanie (annexé par la Russie), ce qui affaiblit les communications russes. Sous la pression du tsar,, Diebitsch accepte de lancer une nouvelle offensive au début d'avril et engage des préparatifs pour traverser la Vistule au sud de Varsovie.

Pradzynski propose alors d'attaquer le VI° Corps (général Rozen) établi non loin de Varsovie, puis le gros de l'armée russe. Les troupes polonaises traversent la Vistule dans la nuit du 30 au 31 mars et affrontent les Russes à Dębe Wielkie ; les Russes subissent de lourdes pertes et leurs positions sont démantelées. Mais les poursuites sont suspendues pendant une semaine, par suite de l'indécision de Skrzynecki, avant qu'une attaque soit lancée vers Siedlce, laissant à Diebitsch le temps de revenir vers cette ville. Le , Pradzynski l'emporte à Iganie (2 km à l'ouest de Siedlce), mais le commandant en chef lui ordonne de renoncer à attaquer la ville et de se replier sur une position défensive.

L'armée polonaise subit ensuite plusieurs revers : le général Sierakowski est battu à Wronow et Kazimierz Dolny ; le général Dwernicki, envoyé en Volhynie en mars pour susciter une insurrection, est contraint fin avril de se réfugier en Autriche où son corps (4 000 hommes) est désarmé et interné[7] ; le général Chrzanowski, envoyé à son secours avec 6 000 hommes, décide de rester à Zamość après avoir pris connaissance de la situation.

La bataille d'Ostrołęka (26 mai)[modifier | modifier le code]

Sous la pression du pouvoir politique soucieux du moral de la population et de l'armée, Skrzynecki décide alors une attaque de la Garde impériale stationnée au nord-est de Varsovie, entre Łomża et Ostrołęka (ou Ostrolenka), 25 000 hommes commandés par le grand-duc Michel[8].

Le 14 mai, 44 000 Polonais sont rassemblés à Serock, au nord de Varsovie, puis envoyés contre le grand-duc en suivant la Narew[9]. La Garde évacue Ostrolenka, qui est prise le 24 par les Polonais. Mais le 26 au matin, ils se trouvent face à l'armée russe de Diebitsch remontée de Siedlce. Passés sur la rive gauche de la rivière, ils vont livrer un combat acharné pour empêcher le passage des Russes. Le soir, Skrzynecki décide d'abandonner la position et de revenir à Varsovie. Les Russes, qui ont subi des pertes considérables, ne font pas grand-chose pour empêcher cette retraite.

Les pertes sont aussi élevées du côté polonais. De l'aveu du général Skrzynecki, 5 000 hommes sont hors de combat, parmi lesquels des généraux ainsi que 30 officiers d'état-major et 125 de grades inférieurs[10].

Au total, cette bataille est une défaite pour l'armée polonaise, qui est revenue à son point de départ. Malgré tout, elle compte encore 80 000 hommes au début du mois de juin[11].

Suites de l'échec d'Ostrołęka ; mort de Diebitsch (juin)[modifier | modifier le code]

Diebitsch commence par s'établir à Pultusk, plus près de Varsovie (30 km), envisageant d'attaquer Varsovie du nord. Mais il meurt le 10 juin.

Durant cette phase défavorable à l'armée russe, Skrzynecki ordonne l'attaque des corps commandés par les généraux Kreutz et Rüdiger. La première attaque (général Bukowski[12]) échoue, les Russes refusant le combat. La seconde (général Jankowski) réussit à encercler Rüdiger à Łysobyki (19 juin), mais recevant un ordre de rentrer à Varsovie, Jankowski y obéit immédiatement au lieu de terminer son attaque. Bukowski et Jankowski sont arrêtés à leur retour et emprisonnés au château de Varsovie.

Un autre revers concerne l'expédition du général Gielgud en Lituanie, où il a été envoyé en juin avec 12 000 hommes pour soutenir l'insurrection. Mais, vers le 15 juillet, Gielgud et 8 000 hommes se trouvent contraints de se réfugier en Prusse, où ils sont internés ; une unité de 4 000 hommes (général Dembinski) réussit à rentrer à Varsovie.

Du côté russe, Diebitsch est remplacé par Ivan Paskevitch, qui prend le commandement effectif le 26 juin.

La seconde offensive russe (juillet-début août)[modifier | modifier le code]

Paskevitch décide de s'éloigner de Varsovie afin de traverser la Vistule. Le mouvement commence le 4 juillet ; la traversée a lieu le , sans intervention polonaise, à Osiek-sur-Vistule[13], un peu en amont de Toruń. Paskevitch est alors en mesure d'attaquer Varsovie par l'ouest. Par ailleurs, le général Rüdiger traverse la Vistule à Józefów, au sud de Varsovie.

Le 1° août, Skrzynecki établit une ligne de défense à Sochaczew et sur la Bzura, à 35 km à l'ouest de Varsovie. Vu son manque d'activité, le gouvernement envoie une commission d'enquête à l'état-major installé à Bolimów. Après avoir interrogé pas mal d'officiers, les commissaires relèvent Skrzynecki de son commandement (10 août) et nomment, à titre temporaire, le général Dembinski. Mais celui-ci ne se montre pas plus efficace : le 14 août, il ordonne de quitter la ligne de la Bzura pour revenir vers Varsovie[14].

La fin de la guerre[modifier | modifier le code]

Les émeutes de Varsovie et la chute du gouvernement national (15-17 août)[modifier | modifier le code]

Le , la perspective de la défaite provoque des émeutes à Varsovie. Les insurgés font irruption dans plusieurs prisons et pendent des dizaines de personnes accusées d'espionnage, ainsi que les généraux Jankowski et Bukowski.

Czartoryski suggère de rechercher la protection des Autrichiens, ce qui déclenche la fureur de Lelewel et les radicaux qui demandent instamment la création d'une république égalitaire. Le gouvernement démissionne le et le lendemain, les pleins pouvoirs sont donnés par la diète au général Krukowiecki, gouverneur de Varsovie, qui a rétabli l'ordre dans la ville.

Le commandement de Krukowiecki (17 août-8 septembre)[modifier | modifier le code]

Désigné comme « Président du conseil des ministres », il nomme les ministres (6) et le commandant en chef. Krukowiecki choisit le général Malachowski, mais seulement comme vice-commandant en chef.

Le 19 août, un conseil de guerre décide l'envoi de deux expéditions : l'une vers le nord pour ravitailler la capitale ; la seconde, 20 000 hommes commandés par le général Ramorino, pour attaquer le corps de Rozen, de seulement 11 000 hommes, sur la route de Brest. Mais Rozen parvient à s'échapper et Ramorino le poursuivant se retrouve à une grande distance de Varsovie, attaquée par Paskevitch.

La chute de Varsovie (6-8 septembre)[modifier | modifier le code]

L'ordre règne à Varsovie par Grandville.

L'armée russe se trouve face à Varsovie dès le 18 août, mais Paskevitch suspend les opérations en attendant des renforts. Quand ceux-ci arrivent, il se trouve à la tête de 80 000 hommes[15]. Du côté polonais, la capitale est défendue par 28 000 soldats et 10 000 civils armés.

Le 4 septembre, Paskevitch propose aux défenseurs de capituler, ce qui est catégoriquement refusé.

Le , l'armée russe attaque la première ligne de défense, dont l'élément principal est le fort de Wola, défendu par le général Sowinski avec 1 300 hommes face à 11 bataillons russes. Le fort tombe vers midi. L'attaque contre la seconde ligne de défense est suspendue par Paskevitch, qui accepte une trêve jusqu'au lendemain 13 h[16]. Les Polonais refusent de nouveau la capitulation.

Le 7 septembre, l'offensive russe reprend en début d'après-midi et la seconde ligne de défense tombe après de durs combats. À 22 h, le général Malachowski ordonne à son armée de passer sur la rive droite de la Vistule, à Praga. Puis il obtient une trêve pour évacuer Varsovie vers le nord.

Le , le général Krukowiecki resté à Varsovie capitule et est fait prisonnier.

Derniers combats[modifier | modifier le code]

L'armée de Malachowski se rassemble à Modlin, où il est décidé de ne pas accepter la capitulation de Krukowiecki. Le 9 septembre, Malachowski démissionne et est remplacé par le général Rybinski. La direction du gouvernement est attribuée à Bonaventure Niemojowski.

Les forces polonaises encore disponibles s'élèvent alors à 70 000 hommes : 33 000 avec Rybinski, 20 000 avec Ramorino, 10 000 avec le général Rozycki à Kielce, plus les garnisons de Modlin et de Zamosc. Il est envisagé d'opérer une jonction des colonnes de Rybinski, de Ramorino et de Rozycki.

Mais le général Ramorino décide de son propre chef d'abandonner le combat : il passe en Autriche le 17 septembre.

Le 5 octobre, la majeure partie de l'armée de Rybinski passe en Prusse.

Les forteresses de Modlin et de Zamość tombent les dernières, les 9 et respectivement.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

La répression[modifier | modifier le code]

Des déportations massives et une répression violente seront le prix à payer pour ce soulèvement.

Les changements institutionnels : le Statut organique du royaume de Pologne[modifier | modifier le code]

En 1832, Nicolas Ier met fin à la constitution de 1815, remplacée par le Statut organique de l'administration du royaume de Pologne : la Diète est abolie et l'armée polonaise dissoute. Le royaume de Pologne conserve cependant ses organes de gouvernement. Le comte Ivan Paskevitch reçoit le titre de « prince de Varsovie » et est nommé vice-roi de Pologne. Bien que le polonais soit toujours la langue officielle du royaume, le pouvoir russe s'attaque à toutes les institutions culturelles polonaises : l'université de Varsovie, le lycée de Varsovie, la Société des Amis des Sciences sont fermés. Des changements similaires ont lieu dans l'ensemble des provinces polonaises déjà annexées de 1772 à 1795.

Les réactions en France[modifier | modifier le code]

En France, on s'indigne d'un mot maladroit attribué au ministre de la Guerre, le général Sébastiani : « L'ordre règne à Varsovie »...

La capitulation de Varsovie, le , est la cause d'une violente émotion et déclenche même une émeute à Paris.

« Toute la France est polonaise, affirme le général La Fayette à la Chambre des Députés le .

La Grande Émigration[modifier | modifier le code]

Le gouvernement français autorise et seconde la formation de comités d'accueil aux réfugiés polonais.

L'écrasement des patriotes polonais est, en effet, précédé par la fuite, à l'étranger, des membres de leur famille, et, après la défaite, de leur propre fuite.

Des milliers de fugitifs, intellectuels et militaires, gros propriétaires ou simples artisans, cherchent donc à échapper à la répression, se réfugiant dans différents pays d'Europe. Mais c'est surtout la France qui les attira, et malgré la distance, ce sont environ 10 000 Polonais qui viennent s'y réfugier.

Liste des principales batailles[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Pièce polonaise de 5 złoty commémorant l'insurrection.
50 litas lituaniens de 2006.
  • The Cambridge History of Poland, from Augustus II to Pilsudski (1697-1935), Cambridge University Press, 1941 (réédition récente) : sous-chapitre « The November Insurrection », pp. 295-310.
  • Stefan Kieniewicz (dir.), Histoire de Pologne, Varsovie, Éditions scientifiques de Pologne (P. W. N.), 1972. Textes de A. Gieysztor, S. Kieniewicz, E. Rostworowski, J. Tazbir, H. Wereszycki.
  • Norman Davies, God's Playground, a History of Poland, New York, Columbia University Press, 1982, 725 p.
  • Daniel Beauvois (dir.), Pologne L'Insurrection de 1830-1831. Sa réception en Europe, Actes du colloque des 14 et au Centre d'étude de la culture polonaise, Université Lille-III, 1982.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jerzy Lukowski et Herbert Zawadzki (trad. de l'anglais), Histoire de la Pologne, Paris, Perrin, , 420 p. (ISBN 978-2-262-02888-6), p. 182
  2. Les trois autres sont : le prince Michel Gédéon Radziwill, Michel Kochanowski (Michał Kochanowski, 1757-1832) et l'écrivain Julien-Ursin Niemcewicz. Source : la Cambridge History of Poland, chapitre « The November Insurrection » (auteur : Bronislaw Pawlowski), qui est très clairement écrit.
  3. Jerzy Lukowski et Herbert Zawadzki (trad. de l'anglais), Histoire de la Pologne, Paris, Perrin, , 420 p. (ISBN 978-2-262-02888-6), p. 184
  4. Chiffres : The Cambridge History of Poland (CHP), page 300.
  5. 60 000 selon la Cambridge History of Poland, p. 302.
  6. Selon la Cambridge History of Poland, p. 302.
  7. Cambridge History of Poland, p. 304.
  8. Michel Pavlovitch (1798-1849), frère du tsar.
  9. Narew : affluent de rive droite de la Vistule, coulant du nord-est vers le sud-ouest. Ostrolenka se trouve sur la rive gauche de la Narew, au sud.
  10. Charles-Louis Lesur, « Annuaire historique universel », Publié par Fantin,‎
  11. Cambridge History of Poland, p. 305.
  12. Page pl Ludwik Bukowski (1782-1831)
  13. Page pl Osiek nad Wisłą.
  14. Cambridge History of Poland, p. 307.
  15. Cambrige History of Poland, p. 308.
  16. Cambrige History of Poland, p. 309.