Jean-Baptiste Bessières

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Wikipédia:Bons articles Vous lisez un « bon article ».
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bessières.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir Famille Bessières.

Jean-Baptiste Bessières
Duc d'Istrie
Jean-Baptiste Bessières
Le maréchal Jean-Baptiste Bessières.

Naissance
Prayssac, Quercy
Décès (à 44 ans)
Weißenfels
Mort au combat
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Arme Cavalerie
Grade Général de division
Années de service 1791-1813
Commandement Cavalerie de la Garde impériale
Conflits Guerres de la Révolution française
Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Combat de Roveredo
Bataille de Rivoli
Bataille de Marengo
Bataille d'Austerlitz
Bataille d'Eylau
Bataille de Medina de Rioseco
Bataille de Burgos
Bataille de Landshut
Bataille de Neumarkt-Sankt Veit
Bataille d'Essling
Bataille de Wagram
Combat de Gorodnia
Distinctions Maréchal d'Empire
Grand aigle de la Légion d'honneur
Duc d'Istrie
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile
(13e colonne)
Famille Napoléon Bessières (son fils)
Bertrand Bessières (son frère)
Julien Bessières (son cousin)

Jean-Baptiste Bessières, duc d'Istrie, né le à Prayssac dans le Quercy et mort au combat le à Weißenfels, dans le royaume de Saxe, est un militaire français, élevé à la dignité de maréchal d'Empire par Napoléon en 1804.

Issu de la petite bourgeoisie, il commence sa carrière militaire sous la Révolution française et effectue ses premières armes dans le 22e régiment de chasseurs à cheval, où il gagne ses galons de capitaine. Il combat sur le théâtre d'Italie sous les ordres du général Napoléon Bonaparte, qui le remarque et le nomme commandant du corps des guides à cheval. À sa tête, Bessières participe à la campagne d'Égypte jusqu'en 1799, puis est fait général sous le Consulat pour s'être distingué à la bataille de Marengo. Il est élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1804 et devient colonel-général de la cavalerie de la Garde impériale.

Brillant officier de cavalerie, Bessières se distingue dans la plupart des grandes batailles des guerres napoléoniennes, notamment à Austerlitz, Eylau, Essling et Wagram. En 1808, il joue un rôle actif dans la guerre d'Espagne en remportant dès le début du conflit la victoire de Medina de Rioseco, dont les conséquences sont toutefois éphémères. Son attitude trois ans plus tard à la bataille de Fuentes de Oñoro, où son soutien fait défaut à Masséna, prête à controverses. Il n'en participe pas moins à la campagne de Russie en 1812, au cours de laquelle il sauve la vie de Napoléon, et reçoit le commandement de toute la cavalerie française au début de la campagne d'Allemagne. Le maréchal est toutefois mortellement blessé par un boulet le à Rippach, près de Weißenfels, la veille de la bataille de Lützen.

Bessières était, selon Napoléon, « un officier de réserve plein de vigueur, mais prudent et circonspect ». Médiocre commandant en chef, il est en revanche un excellent général de cavalerie, courageux, capable d'initiatives et qui conduit toujours personnellement les charges de ses cavaliers face à l'ennemi. C'est également un homme cultivé, pieux et populaire au sein de la Garde, dont la mort est vivement ressentie par l'Empereur qui déclare à son sujet : « il a vécu comme Bayard, il est mort comme Turenne. ».

Débuts sous l'Ancien Régime et la Révolution[modifier | modifier le code]

Portait d'un jeune homme aux cheveux blancs vêtu d'un uniforme militaire.
Jean-Baptiste Bessières, adjudant en 1792, Jean-Baptiste Paulin Guérin, 1835.

Né le à Prayssac dans le Quercy, Jean-Baptiste Bessières est le fils d'un chirurgien-barbier. Il rédige les doléances de sa commune en 1788. Il commence sa carrière militaire, envoyé par ses concitoyens dans la Garde constitutionnelle du Roi Louis XVI en 1791[1]. Il s'engage dans la cavalerie de la garde constitutionnelle le avant d'en être licencié le 5 juin de la même année[2]. Fidèle au roi, il aide à organiser sa fuite à Varennes et, par prudence, rentre dans la vie civile[3]. Le 1er novembre, il entre au 22e chasseurs. Ayant rejoint les armées révolutionnaires, Jean-Baptiste Bessières se distingue à l’armée des Pyrénées et gagne ses grades de lieutenant et de capitaine avant de passer en Italie avec le 22e chasseurs et de servir sous Bonaparte comme chef du corps des guides[1].

Au combat de Roveredo, avec six de ses chasseurs, il avise une batterie autrichienne et lui enlève deux canons[4]. Le , il se distingue à la bataille de Rivoli et y est nommé major. Le , il est promu au grade de chef de brigade.

Colonel des guides pendant l'expédition d'Égypte, Bessières se signale au siège de Saint-Jean d’Acre (19 mars au ) et à la bataille d’Aboukir ()[5]. Dans le rapport officiel sur la bataille qu'il adresse au « directoire exécutif  » le 9 thermidor an VII de la République, Bonaparte note : « le chef de brigade Bessières, à la tête des guides, a soutenu la réputation de son corps »[6].

Sous le Consulat[modifier | modifier le code]

Charge de cavalerie, vue de profil.
Charge des grenadiers à cheval de la Garde consulaire à Marengo menée par Bessières, le . Illustration de Job.

Après avoir accompagné Bonaparte en Égypte, Bessières participe au coup d'État du 18 brumaire en assurant la protection rapprochée de ce dernier, ce qui lui vaut d’être nommé commandant en second de la Garde consulaire.

Le 14 juin 1800, il prend part à la bataille de Marengo. Alors que l'affaire tourne mal pour le Premier consul, Desaix et la division Boudet débouchent sur le champ de bataille. Pour soutenir leur mouvement, d'une part la brigade Kellermann se déploie sur le flanc droit, et d'autre part Bessières organise une charge massive sur le flanc gauche avec l'ensemble de la cavalerie de la Garde consulaire et sème la panique chez les Autrichiens. Les grenadiers à cheval culbutent les troupes qui s'opposent à eux et prennent possession de trois étendards ennemis[7]. Après les combats, Bessières reçoit pour son action les éloges de Bonaparte, qui lui dit : « sous votre commandement, la Garde s'est couverte de gloire, elle ne pouvait pas faire mieux dans les circonstances données »[8].

Il est successivement promu général de brigade le , puis général de division le [9].

Maréchal d'Empire[modifier | modifier le code]

Les débuts de l'Empire et la charge d'Austerlitz[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille d'Austerlitz.
Portrait en pied d'un maréchal de Napoléon en grand uniforme avec ses décorations, à l'entrée d'une grande tente, tenant dans sa main droite son bâton de maréchal et s'appuyant de sa main gauche sur son sabre.
Jean-Baptiste Bessières, duc d'Istrie, maréchal de France (1768-1813). Huile sur toile d'Edmond Hédouin d'après Henri-François Riesener, 1853, château de Versailles.

Avec l'avènement de l'Empire, le général Bessières est élevé à la dignité de maréchal d'Empire le . Le 14 juin, il est fait grand officier de la Légion d'honneur, puis colonel général de la cavalerie de la Garde impériale le 20 juillet[10]. Cette dernière fonction, nullement honorifique, permet à Bessières d'exercer une influence considérable au sein de la Garde impériale, qu'il s'attelle à réformer et à discipliner. Dirigeant la cavalerie de la Garde lors des parades et sur les champs de bataille[11], ses importantes fonctions militaires l'amènent à figurer parmi les intimes de l'Empereur, qu'il accompagne très souvent lors de ses déplacements[12]. Toutefois, cette nomination prestigieuse n'est pas sans susciter la jalousie des autres maréchaux et l'accession de Bessières au maréchalat apparaît comme une faveur peu justifiée au vu de ses états de service, moins brillants que ceux de beaucoup d'autres[13]. Marmont déclare à ce sujet : « si Bessières est maréchal, tout le monde peut l'être »[14]. Le , il reçoit l'insigne de grand aigle de la Légion d'honneur[10].

Bessières prend part à la campagne d'Allemagne de 1805 à la tête de la cavalerie de la Garde impériale. Lors de la bataille d'Austerlitz le 2 décembre, il mène la charge des chasseurs à cheval et des grenadiers à cheval de la Garde qui culbutent la Garde impériale russe[15]. Alors que Napoléon a pour projet de briser le centre austro-russe afin de diviser les forces ennemies et que la situation est plutôt à son avantage, un événement potentiellement dangereux pour les Français se produit lorsque la Garde impériale russe, sous le commandement du grand-duc Constantin, attaque les soldats de la division Vandamme autour de Stary Vinohrady (« les vieilles vignes ») avec l'appui de leur artillerie. Les 4e régiment de ligne et 24e régiment d'infanterie légère français subissent de lourdes pertes, plus de 400 hommes, et perdent leur aigle[15].

Napoléon décide alors d'envoyer Bessières et la cavalerie de la Garde, composée des chasseurs à cheval et des mamelouks (quatre escadrons), des grenadiers à cheval (quatre escadrons), ainsi que deux batteries d'artillerie à cheval de la Garde pour les appuyer[16]. Une première charge menée par deux escadrons des chasseurs à cheval, appuyés par trois escadrons des grenadiers à cheval, disperse la cavalerie du tsar et permet d'engager l'infanterie de la Garde russe. Néanmoins, l'arrivée en renfort de sept escadrons de cosaques et de chevaliers-gardes renverse le rapport de force[17]. Pour soutenir ses cavaliers, l'Empereur envoie d'abord le reste des chasseurs à cheval et les mamelouks, puis le dernier escadron des grenadiers à cheval[17]. La cavalerie russe est refoulée et essuie de lourdes pertes : les chevaliers-gardes perdent plus de 200 hommes, dont le prince Repnine (de), tandis que 27 pièces d'artillerie tombent aux mains des Français[8]. La perte totale de la cavalerie de la Garde se monte à environ 140 hommes[18]. Les charges de la cavalerie de la Garde menées par Bessières ont permis de repousser cette dernière attaque russe sur le Pratzen, laissant les Français maîtres du plateau jusqu'à la fin de la bataille[19].

La campagne de Prusse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Campagne de Prusse et de Pologne.
Un maréchal de Napoléon à cheval, sabre à la main et se retournant vers sa suite.
Jean-Baptiste Bessières, maréchal d'Empire et colonel-général de la cavalerie de la Garde impériale. Illustration de Job.

Le , Bessières assiste à la bataille d'Iéna sans y prendre une part active. Il participe peu après à l'entrée triomphale de l'armée française dans Berlin, où il défile à la tête de la Garde à cheval, et se voit alors confier plusieurs missions d'inspection et d'organisation. Il fait le reste de la campagne de Prusse à la suite du quartier général de l'Empereur[20]. Les opérations se poursuivent contre les Russes, et vers la mi-décembre, Bessières obtient le commandement d'un corps de cavalerie de réserve fort de deux divisions de dragons, d'une division de cuirassiers et de trois régiments de cavalerie légère, alignant au total 7 500 hommes[21].

Franchissant la Vistule le 17 décembre, la cavalerie de Bessières progresse avec précaution en territoire polonais et rejette l'ennemi au-delà de la Wkra[22]. Attaqué le 23 décembre à Bieżuń alors qu'il ne dispose que de deux compagnies d'infanterie légère pour soutenir sa cavalerie, Bessières parvient à résister aux attaques de plusieurs colonnes prussiennes et russes fortes d'environ 5 000 à 6 000 hommes. Il prend ensuite le dessus dans des marais, fait de nombreux prisonniers chez l'ennemi et capture deux étendards et cinq pièces de canon. Le lendemain, il charge plusieurs escadrons prussiens et leur enlève un certain nombre de pièces d'artillerie[23]. Resté avec le Ier corps de Bernadotte sur les rives de la Wkra, Bessières, mal informé par la cavalerie légère de Tilly, s'attarde trois jours à Bieżuń alors que l'armée française a déclenché son offensive contre les Russes. Il reprend finalement sa progression le 27 décembre en direction de Mława, mais la campagne s'interrompt peu après lorsque Napoléon ordonne à ses troupes de prendre leurs quartiers d'hiver. Le corps de Bessières est dissous le 12 janvier et ce dernier rentre avec l'Empereur à Varsovie, où il reprend la direction de la Garde impériale[24].

Le , à la bataille d'Eylau, la progression du corps d'Augereau est déroutée par une tempête de neige et celui-ci est écrasé par le feu des batteries russes. La cavalerie de Bennigsen tente d'exploiter ce succès mais une charge des chasseurs à cheval de la Garde menée par Bessières la ramène[25]. L'Empereur ordonne alors au maréchal Murat de lancer toute la cavalerie de réserve dans une charge massive. Les cavaliers français percent la première ligne russe, puis la deuxième, avant de se retrouver derrière les rangs ennemis, menacés d'encerclement. En conséquence, l'Empereur ordonne au maréchal Bessières d'aider la cavalerie de réserve avec celle de la Garde. Une seconde charge de cavalerie a donc lieu, menée par les chasseurs à cheval de la Garde et suivie par la cavalerie lourde composée des cuirassiers du 5e régiment et des grenadiers à cheval. Ces derniers culbutent les lignes qui leur sont opposées mais, perdus dans une bourrasque de neige, manquent de peu d'être capturés. La charge de la cavalerie de la Garde permet finalement à la cavalerie de réserve d'échapper à l'encerclement et de revenir à ses positions initiales[26].

À la suite de la victoire française à Eylau, Bessières reste auprès de Napoléon et s'attache à renforcer ses troupes éprouvées par la dernière campagne. Au mois de mai, la Garde impériale aligne environ 8 500 hommes. Les hostilités ayant repris, le maréchal assiste à la bataille d'Heilsberg le 10 juin, où son chef d'état-major, le général Roussel, est tué par un boulet de canon, et à celle de Friedland le 14 qui se solde par une victoire décisive de Napoléon[27]. Le maréchal Bessières est présent aux côtés de Napoléon à l'entrevue du avec le tsar Alexandre Ier de Russie sur le Niémen, où une ébauche du traité de Tilsit est rédigée. Il quitte cette dernière ville le 9 juillet avec l'Empereur et la Garde et entame la marche de retour vers Berlin puis Paris. Il est alors chargé de négocier le mariage entre la princesse Catherine de Wurtemberg et le frère de l'Empereur Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie. Cette mission achevée, le maréchal rentre à Paris où il participe du 25 au 28 novembre aux festivités organisées pour le retour de la Garde impériale[28].

Première campagne dans la péninsule Ibérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Medina de Rioseco.
Un maréchal de Napoléon à cheval, de face, regardant vers la droite, la main sur la cuisse.
Le maréchal Bessières à cheval. Peinture d'Ernest Meissonier.

À la suite du soulèvement du Dos de Mayo à Madrid le 2 mai 1808, Napoléon décide d'envoyer Bessières en Espagne afin de renforcer les troupes d'occupation françaises. Le maréchal, qui exerce pour la première fois un commandement indépendant, prend la tête des unités de la Garde impériale et du corps d'observation des Pyrénées occidentales, avec lesquels il s'établit à Burgos en attendant l'arrivée de Joseph Bonaparte, désigné par son frère pour monter sur le trône d'Espagne[29]. Les troupes placées sous les ordres de Bessières comprennent surtout des unités de conscrits, formées en régiments provisoires de faible valeur, et seulement quatre bataillons de vieilles troupes[30]. Occupant dès le mois de mai les provinces de Navarre et de Guipuscoa, Bessières s'empare des villes de Logroño et de Torquemada le 6 juin, puis de Ségovie le 7[31].

Au mois de juillet, l'armée espagnole de Galice commandée par les généraux Blake et la Cuesta marche contre les Français. Le maréchal se porte à sa rencontre avec l'ensemble des troupes disponibles, soit environ 15 600 hommes, et l'affronte à la bataille de Medina de Rioseco le 14 juillet. Jugeant préférable d'attaquer ses adversaires séparément afin de les vaincre en détail, Bessières ordonne au général Merle, soutenu par Lasalle, de s'en prendre à l'armée de Blake pendant que la division du général Mouton est chargé de distraire Cuesta. Un premier assaut sur le mont Moclín mené par la brigade Sabatier échoue, et ce n'est qu'à la deuxième tentative que les Français parviennent à se rendre maîtres de la position. Bessières fait alors bombarder le plateau de Valdecuevas qu'il fait assaillir par Sabatier et par les brigades Darmagnac et Ducos. Blake repousse la première attaque mais il commet à ce moment l'erreur de détacher une de ses divisions auprès de Cuesta, affaiblissant dangereusement son aile gauche. La cavalerie légère de Lasalle charge ce secteur faible de la ligne espagnole, culbute l'infanterie adverse et balaie en quelques minutes le plateau de Valdecuevas[32].

Bessières a désormais les mains libres contre Cuesta. La division espagnole de Portago lance une contre-attaque sur le plateau et rencontre d'abord un certain succès, mais elle est finalement rejetée par un retour offensif de l'infanterie française. Les troupes de Cuesta ne sont pas plus heureuses contre Mouton : malmenées par un feu de mousqueterie et par une charge de la cavalerie impériale, elles doivent se joindre à la débâcle générale malgré le dévouement de quelques unités d'arrière-garde. La bataille s'achève vers 15 h par une incontestable victoire française[33], la première de Bessières en tant que commandant en chef d'une force indépendante[34]. Les pertes françaises sont d'environ 1 000 hommes contre près de 8 000 tués, blessés, prisonniers ou disparus chez les Espagnols[33]. La timide poursuite française est enrayée par la présence de la guérilla, mais la victoire de Medina de Rioseco éradique l'armée régulière espagnole des provinces du nord et ouvre la voie de Madrid à Joseph Bonaparte[35]. Napoléon, recevant la nouvelle, s'écrie : « C'est une seconde bataille de Villaviciosa ; Bessières a mis mon frère Joseph Bonaparte sur le trône d'Espagne. »[36].

À la suite de ce succès, Bessières pousse jusqu'à Mayorga où il entre le 22 juillet. Les avantages stratégiques acquis sur les Espagnols à Medina de Rioseco sont toutefois éclipsés par la défaite du général Dupont à Bailén, qui contraint les Français à repasser l'Èbre. Le corps de Bessières se retire du côté de Briviesca en attendant la venue de l'Empereur, qui a décidé d'intervenir personnellement en Espagne afin de redresser la situation[37]. Une fois celui-ci arrivé, Bessières reçoit l'ordre d'avancer sur Burgos mais perd du temps, soit parce qu'il surestime les forces adverses, soit parce qu'il sait depuis le 6 novembre qu'il doit être remplacé par le maréchal Soult à la tête du IIe corps. Le 9 novembre, il transmet son commandement à ce dernier, conservant toutefois celui de la Garde impériale et de la cavalerie de réserve[38]. Conformément aux ordres de l'Empereur, les deux maréchaux marchent sur Burgos et se heurtent devant la ville à l'armée espagnole du comte de Belveder. L'action décisive de l'infanterie française contre les lignes espagnoles est complétée par l'attaque de la cavalerie lourde menée par Bessières, qui sabre les fuyards et met la main sur de nombreuses pièces d'artillerie[39]. Bessières est cependant critiqué par Napoléon qui lui écrit la veille de la bataille :

« J'ai vu avec peine qu'au lieu d'ambitionner la gloire d'entrer à Burgos, vous préfériez la céder à un autre. Votre résultat du 8 n'a pas rempli mon attente. Vous ne me donnez aucun renseignement ; et comment pourriez-vous m'en donner ? Vous étiez à dix lieues de votre avant-garde ; le général Lasalle, qui la commande, était à cinq lieues de Burgos, de sorte que tout finissait par un colonel qui ne sait pas ce que l'on veut faire. Est-ce ainsi, monsieur le maréchal, que vous m'avez vu faire la guerre[40] ? »

Il n'en dirige pas moins la poursuite française et assiste aux côtés de l'Empereur à la bataille de Somosierra le 30 novembre, où les chevau-légers polonais de la Garde enlèvent un défilé gardée par une armée espagnole et seize pièces d'artillerie. Les défenseurs sont refoulés sur Madrid que Bessières, arrivé sur place le 2 décembre avec la cavalerie de la Garde et les divisions de dragons La Houssaye et Latour-Maubourg, fait sommer de se rendre une première fois. Son offre est repoussée mais la capitale espagnole doit finalement se rendre le 4 décembre à l'Empereur en personne. Bessières concourt ensuite à la destruction des forces du général Castaños qu'il harcèle jusqu'aux portes de l'Andalousie. À cette date, il est rappelé par Napoléon à Madrid pour prendre part à la poursuite de l'armée anglaise du général Moore, qui se replie dans le nord de l'Espagne. Il conduit la cavalerie jusqu'à Villafranca del Bierzo avant de regagner Valladolid avec Napoléon qui a décidé de rentrer en France pour faire face à une guerre imminente avec l'Autriche[41]. Le 17 janvier 1809, Bessières est nommé gouverneur des provinces du nord de la péninsule et rentre en France le 9 mars[42].

Essling et Wagram[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bataille d'Essling et Bataille de Wagram.

Rappelé par l'Empereur pour la guerre contre l'Autriche, Bessières se voit confier à partir du 10 avril la réserve de cavalerie de l'armée d'Allemagne[42]. Celle-ci est constituée des divisions de cavalerie légère Lasalle et Montbrun, de la division de dragons de Beaumont et de la division de grosse cavalerie de Nansouty, pour un total d'environ 15 000 cavaliers[43]. Le 21 avril, marchant en avant-garde avec la cavalerie bavaroise et les divisions Nansouty et Saint-Sulpice, le maréchal culbute la cavalerie autrichienne en avant de Landshut[44]. Dans la nuit du 22, Napoléon lui donne l'ordre de se lancer à la poursuite du corps autrichien de Hiller, battu la veille à Landshut. Les forces du maréchal se composent pour cette mission de la division bavaroise Wrede du VIIe corps, de la division française Molitor et de la division de cavalerie Marulaz, appartenant toutes les deux au IVe corps. Bessières arrive à Neumarkt-Sankt Veit le 22 avril, accompagné de la division Wrede et de la cavalerie de Marulaz qui est envoyée en reconnaissance aux abords de l'Inn. Un premier contact entre les deux armées a lieu le 23 avril : le lendemain, Hiller lance une contre-attaque et met rapidement les troupes franco-bavaroises en difficulté, malgré la résistance de la division Wrede sur les collines au sud-est de Neumarkt. Menacé d'encerclement, Bessières ordonne la retraite en début d'après-midi[45]. Cet échec lui coûte 2 600 hommes, tués, blessés ou prisonniers, contre seulement 800 chez les Autrichiens[46].

À gauche, Napoléon à cheval regardant à la lorgnette, une carte à la main. Un page de sa suite, découvrant son chapeau, tend le bras pour récupérer la carte. Au sol, un maréchal dont le cheval vient d'être renversé par un boulet.
Napoléon à Wagram, le 6 juillet 1809. Derrière lui, le maréchal Bessières vient d'être projeté au sol par la mort de son cheval. Peinture d'Horace Vernet.

Le maréchal participe ensuite à la meurtrière bataille d'Essling, qui se déroule du 21 au 22 mai. Les villages d'Aspern et d'Essling sont le théâtre d'affrontements sanglants auxquels se joignent les charges répétées des cavaliers de Bessières. Malgré leur résistance, les Français sont accablés par le nombre et Napoléon doit ordonner la retraite en direction de l'île de Lobau. Dans un même temps, chargé de contenir la pression autrichienne avec sa cavalerie, Bessières tient les troupes de l'archiduc Charles à distance et permet à l'armée de se retirer en ordre[47]. Il est fait duc d'Istrie le [42].

À la bataille de Wagram, le 6 juillet, la situation de la gauche française s'étant rapidement dégradée, Napoléon ordonne au maréchal Bessières de charger les formations autrichiennes qui menacent son aile gauche. Le temps jouant contre lui, Bessières décide de ne pas attendre l'arrivée de la cavalerie de la Garde et, ses deux autres divisions de cavalerie lourde étant engagées ailleurs, il se résout à conduire son attaque avec la seule division Nansouty[48]. La charge s'effectue sous une grêle de boulets et de mitraille. Ayant décelé un point faible dans la ligne autrichienne, les cavaliers français font une percée et bousculent l'infanterie ennemie qui s'est formée en carrés, sabrant au passage un bataillon de grenzers. Cependant, une grande partie de la cavalerie française est gênée par les masses de l'infanterie autrichienne et l'attaque perd beaucoup de son intensité. Bessières et Nansouty obliquent alors sur la droite et chargent les canons du prince de Liechtenstein, mais la cavalerie autrichienne intervient presque aussitôt et repousse les cavaliers français jusqu'à leurs lignes[49].

Bessières, dont la détermination n'a pas été entamée par ce premier échec, se prépare à lancer un nouvel assaut, cette fois-ci avec le soutien d'une partie de la cavalerie de la Garde, lorsqu'un boulet tue son cheval et lui fait perdre connaissance[49]. La Garde impériale, qui l’adore et le croit mort, s’afflige. Napoléon lui dit : « voilà un beau boulet, Bessières, il a fait pleurer ma Garde »[50]. Sans nouvelles de son chef, Nansouty décide de rompre l'engagement afin de préserver sa division déjà fortement entamée[51]. La charge de Bessières, bien que menée à la hâte avec une seule division, a des conséquences tactiques importantes en faisant gagner à Napoléon un temps précieux, permettant à ce dernier de reprendre l'initiative de la bataille[49]. Après avoir comblé la brèche créée par l'avancée de la colonne Macdonald[52], sa cavalerie se lance dans la soirée sur les lignes autrichiennes en retraite sans réussir à les entamer sérieusement[47]. Soigné à Vienne, Bessières rentre en France une fois sa convalescence achevée[53].

Années de paix et retour en Espagne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Fuentes de Oñoro.
Portait d'un maréchal de Napoléon, la tête tournée vers la droite, vêtu de son uniforme avec ses décorations.
Le maréchal Bessières, duc d'Istrie. Lithographie de Forestier.

Peu de temps après, le 8 août 1809, il est nommé au commandement supérieur de la 16e division militaire, puis des trois divisions de gardes nationales rassemblées à Saint-Omer, Lille et Ostende le 20 août[42]. À la même époque, un corps expéditionnaire anglais débarqué sur l'île de Walcheren s'empare de la ville de Flessingue, menaçant Anvers. Une armée française placée sous les ordres de Bernadotte est rassemblée pour faire face aux troupes britanniques, mais ces dernières, terrassées par les fièvres, sont finalement rapatriées à la fin du mois d'août, à l'exception d'une garnison demeurée dans Flessingue. Le 11 septembre, Bessières remplace Bernadotte à la tête de l'armée du Nord et réoccupe Flessingue et Walcheren définitivement évacuées par les Anglais[54].

Rentré à Paris, il accueille froidement le divorce de Napoléon d'avec Joséphine, auquel il s'est opposé par le passé, ce qui n'empêche pas l'Empereur de venir passer quelques jours en sa compagnie au château de Grignon, propriété du maréchal[55]. Bessières est nommé commandant de la Garde impériale à Paris le 19 janvier 1810 ; deux mois plus tard, le 19 mars, il est fait gouverneur de Strasbourg et accueille à ce titre la nouvelle impératrice Marie-Louise d'Autriche lors de son arrivée sur le sol français[42]. Après avoir assisté le 2 avril au mariage religieux du couple impérial, Bessières partage son temps entre Grignon et Paris et s'occupe essentiellement de l'administration de la Garde[56].

Le 15 janvier 1811, il se voit attribuer le commandement en chef de l'armée du Nord de l'Espagne. Cette armée, forte d'environ 66 000 hommes, opère sur un territoire très étendu allant de la Navarre aux Asturies, ce qui entraîne une forte dispersion des effectifs et d'importantes difficultés logistiques. Bessières a notamment pour instructions de soutenir l'armée du maréchal Masséna au Portugal. Ce dernier, qui n'a pas réussi à chasser les troupes anglo-portugaises du général Wellington de la péninsule, se replie sur la frontière espagnole et fait demander de l'aide à Bessières, notamment en chevaux et en vivres, afin de pourvoir aux besoins de ses hommes. Dans le même temps, Masséna s'emploie à regrouper ses forces afin de libérer Almeida assiégée ; ses requêtes se font de plus en plus pressantes mais Bessières, faisant valoir ses propres difficultés, ne coopère que timidement et exprime ses doutes sur la stratégie adoptée par le prince d'Essling. Il écrit également au major-général Berthier pour l'informer de la situation matérielle inquiétante dans laquelle se trouve l'armée du Portugal[57]. En conséquence, Masséna est obligé de reporter son offensive par deux fois avant que Bessières, réalisant la nécessité d'une intervention immédiate pour sauver Almeida et Ciudad Rodrigo[58], ne se décide à envoyer en renfort les brigades de cavalerie Wathier et Lepic (1 500 hommes) avec six canons et trente attelages. Ces troupes, conduites par le duc d'Istrie en personne, rejoignent Masséna le 1er mai, deux jours avant le début de la bataille de Fuentes de Oñoro[59].

Le , troisième jour des combats, Wellington se trouve dans une position délicate face aux Français. Masséna, en dépit des renforts symboliques envoyés par Bessières, réussit en effet à exploiter une faiblesse dans la ligne de Wellington, et ce dernier est sur le point d'être battu. Masséna charge alors son aide de camp, Nicolas Oudinot, de trouver Lepic et la cavalerie de la Garde, avec ordre de charger immédiatement. Mais Oudinot est bientôt de retour avec de mauvaises nouvelles, lui rapportant que Lepic reconnaissait seulement Bessières en tant que chef et qu'il ne chargerait pas sans son ordre. Bessières ne pouvant être trouvé, l'opportunité d'en finir avec l'armée de Wellington s'évapore[60]. Plus tard dans la journée, Bessières s'oppose à l'utilisation de ses attelages que Masséna souhaite diriger sur Ciudad Rodrigo afin de réapprovisionner l'armée en munitions. En définitive, la bataille s'achève sur un échec stratégique français majeur[61] . Mis au courant des événements, Napoléon fait dire à Bessières, par l'intermédiaire de Berthier : « vous avez été inutile à l'armée du Portugal »[62].

Le comportement de Bessières à Fuentes de Oñoro a fait l'objet de nombreuses critiques. L'historien Frédéric Hulot, dans sa biographie consacrée à Masséna, écrit ainsi que « sa responsabilité [à Bessières] dans l'affaire de Fuentes de Onoro est écrasante »[62]. Oleg Sokolov porte également un jugement sévère sur le maréchal en expliquant que par sa faute « les Anglais sortirent indemnes d'une situation où normalement ils étaient voués à l'échec »[63]. André Rabel tente pour sa part de justifier l'attitude du duc d'Istrie en notant que « les 800 grenadiers du général Lepic formaient la seule réserve de l'armée ; il eut été de la dernière imprudence de la compromettre en l'engageant » ; il estime à cet égard que l'échec de la bataille réside bien davantage dans l'inaction d'une partie des forces de Masséna et le manque de coordination d'ensemble de son armée que dans le refus de Bessières de lancer la Garde à l'attaque[64]. Le général Thoumas tempère ce jugement, en remarquant que si Lepic « ne faisait qu'obéir à un ordre formel », la non-intervention de sa cavalerie reste difficilement explicable : « à quoi servait d'ailleurs la présence de la brigade Lepic, comme troupe de réserve, si elle ne devait pas agir au moment où son action devenait nécessaire ? »[61]

À la suite de cette défaite, Masséna est rappelé en France et est remplacé à la tête de l'armée du Portugal par le maréchal Marmont, à qui Bessières fait envoyer du blé, des chevaux et des fournitures. Par la suite, il s'oppose initialement au mouvement conçu par Marmont pour aider Soult en Estrémadure et refuse d'envoyer des troupes sur Salamanque, mais finit par donner son accord et mettre en route les effectifs demandés[65]. Le maréchal Bessières est remplacé dans son commandement en Espagne le 8 juillet 1811 par le général Dorsenne[66], sans que les motifs exacts de ce rappel soient connus. Sans affectation, il demeure à Paris pendant toute une année et en profite également pour rendre visite à son père dans son village natal de Prayssac[67].

Campagne de Russie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Campagne de Russie.
Un maréchal de Napoléon à cheval, ôtant son bicorne pour saluer.
Le maréchal Bessières. Illustration de Victor Huen.

Bessières rejoint la Grande Armée en prévision de la campagne de Russie en 1812 et prend une nouvelle fois la tête de la cavalerie de la Garde impériale. À cette époque, cette formation d'élite, dotée d'un effectif de 6 000 sabres, se compose des grenadiers à cheval du général Walther, des chasseurs à cheval et mamelouks du général Lefebvre-Desnouettes, de deux régiments de lanciers sous les généraux Krasiński et Colbert, d'un régiment de dragons et de deux escadrons de gendarmes d'élite. Entre février et mars, les unités de la Garde font route vers l'Allemagne, puis à partir de la mi-avril, en direction de la Pologne. Le 23 juin, les troupes françaises atteignent les rives du Niémen qui est franchi le lendemain, ce qui marque le début de l'invasion[68].

Bessières suit l'Empereur avec la Garde pendant la première partie de la campagne, entrant avec lui dans Vilna le 28 juin puis dans Vitebsk le 28 juillet. Les opérations sont éprouvantes et la Grande Armée est fortement affaiblie par les maladies et la désertion ; toutefois la cavalerie de la Garde est encore peu affectée grâce aux bonnes dispositions prises par Bessières. Après avoir traversé le Dniepr et enlevé Smolensk à la mi-août, Napoléon hésite à poursuivre sa marche vers Moscou. Bessières est parmi ceux qui l'encouragent à ne pas aller plus avant, mais l'Empereur décide finalement de reprendre l'offensive. Les Russes, qui jusque là se sont retirés presque sans combattre devant les Français, acceptent l'affrontement lors de la bataille de la Moskova, le 7 septembre 1812. Au cours de cette journée, la cavalerie de Bessières est tenue en réserve avec le reste de la Garde impériale. Les attaques françaises se succèdent depuis le matin et parviennent, au prix de pertes énormes, à ébranler le centre de la position russe. À ce moment, Murat et Ney demandent expressément à l'Empereur de faire donner la Garde impériale, qui refuse une première fois malgré l'avis favorable de Bessières. La situation ayant évolué au centre, les deux maréchaux renouvellent leur demande mais Napoléon s'y oppose à nouveau, cette fois soutenu en ce sens par le duc d'Istrie. Dans la soirée, ce dernier propose vainement à son souverain de faire donner la Garde sur l'armée russe en retraite[69].

Les Français entrent dans Moscou le 15 septembre et Bessières s'installe avec ses troupes à proximité du Kremlin où réside l'Empereur. Lors de l'incendie de la ville, il réussit à convaincre Napoléon de quitter le palais. Quelques jours plus tard, le maréchal est envoyé à l'avant-garde en soutien de Murat avec un corps d'armée rassemblant, outre les deux régiments de lanciers de la Garde, de la cavalerie légère, des dragons, la division Friederichs du Ier corps et l'infanterie polonaise de Poniatowski. Franchissant la Desna, il contraint le général russe Miloradovitch à battre en retraite et campe avec Murat face à l'armée de Koutouzov à Taroutino, où l'absence de fourrage et d'approvisionnements se fait cruellement sentir, notamment au sein des unités de cavalerie. Le 18 octobre, les deux maréchaux sont attaqués par les Russes lors de la bataille de Winkowo et doivent reculer sur Voronovo. Ils rallient Napoléon peu après alors que la retraite de Russie vient juste de commencer[70]. Le , l'état-major de l'Empereur est attaqué par les cosaques à Gorodnia, le lendemain de la bataille de Maloyaroslavets. Bessières, enlevant la cavalerie de la Garde qui se tient à proximité, rétablit la situation et refoule les assaillants sur la Louga. Selon les mots de son biographe : « Bessières avait sauvé l'Empereur : le Bulletin de la Grande Armée le fit savoir à l'Europe entière »[71]. Lors du conseil de guerre qui suit cet événement, le duc d'Istrie conseille de retraiter vers Smolensk en passant par Mojaïsk ; Napoléon choisit finalement la route la plus courte, déjà empruntée à l'aller[72].

Pendant la retraite, Bessières marche en tête de l'armée avec la Garde impériale, traversant successivement Mojaïsk le 29 octobre, Viazma le 1er novembre, Dorogobouj le 5 et Smolensk le 9. Le 15 novembre a lieu la bataille de Krasnoï où la Garde tente de contenir les assauts des Russes pour permettre au reste de l'armée de continuer sa retraite. Lorsqu'il atteint Orcha le 19, Bessières n'a plus sous ses ordres qu'environ 1 000 cavaliers de la Garde dont la moitié démontée. Durant le passage de la Bérézina, il fait preuve de bienfaisance en sauvant la vie de plusieurs civils et en se chargeant d'un enfant dont la mère venait de mourir en essayant de traverser la rivière. Le repli des troupes françaises se poursuit jusqu'à Königsberg et, à la fin du mois de décembre, Bessières est rappelé en France pour superviser la reconstitution de la Garde et de la réserve de cavalerie[73].

Emporté par un boulet[modifier | modifier le code]

Un maréchal de Napoléon sur un cheval blanc, regardant de face, suivi d'une escorte de lanciers.
Le maréchal Bessières et son escorte de lanciers polonais de la Garde en 1813. Par Jan Chełmiński.

En 1813, lorsque débute la campagne d'Allemagne, l’Empereur confie au duc d'Istrie le commandement de toute la cavalerie de l’armée, c'est-à-dire, outre les escadrons de la Garde, le Ier corps de cavalerie du général Latour-Maubourg, les deux régiments de cavalerie du général Kellermann et quelques unités de cavalerie alliées[74]. Au matin du , à la veille de la bataille de Lützen, le maréchal brûle les lettres de sa femme qu'il a, jusque-là, conservées pieusement et ayant consenti, devant l'insistance de ses officiers, à prendre à contre-cœur une légère collation, il dit alors : « si un boulet de canon doit m'enlever ce matin, je ne veux pas qu'il me prenne à jeun ». « Si l'on se bat aujourd'hui, le maréchal sera tué » confie alors son aide de camp Baudus[75].

Peu après, tandis que Bessières dirige une attaque près de Weißenfels, un premier boulet emporte la tête de son ordonnance — un chevau-léger lancier polonais —, puis un second boulet lui fracasse la main et transperce la poitrine. Le boulet l'emporte aux alentours de 12 h 55. Le colonel Saint-Charles raconte les circonstances exactes de la mort du maréchal Bessières dans une lettre du [76] :

« M. le maréchal prince de la Moskowa (Ney), à la tête de son corps d'armée en marche, venait de tourner, suivi de son état-major, dont je faisais partie, le village de Rippach, par sa gauche, et s'était arrêté à la hauteur de ses dernières maisons, ayant une large plaine en face et couverte de cavalerie étrangère qui faisait mine de vouloir s'opposer vigoureusement à la continuation de notre mouvement, lorsque M. le maréchal Bessières, arrivant prés de M. le maréchal Ney, celui-ci lui dit : « Ah ! Te voila, que viens-tu faire seul ? Vois ! Si ta cavalerie était ici... la bonne besogne. »« Je viens de l'envoyer chercher, répondit M. le maréchal Bessières, et elle va venir là » en montrant la terre avec son doigt. Ce moment même, une bordée d'artillerie fut lâchée sur notre groupe, et comme si elle avait fait long feu, un des derniers coups frappant M. le maréchal Bessières, l'enleva de dessus son cheval, le jeta de toute sa longueur à terre, en même temps que son sang et des lambeaux de chairs, dont je fus couvert en partie, furent projetés de tous côtés. »

Un officier à cheval rejeté en arrière par un boulet, secouru par un cavalier.
Mort du maréchal Bessières à Rippach, le .


Napoléon, pour qui la mort de Bessières est une perte immense, fait ce commentaire : « Bessières a vécu comme Bayard et il est mort comme Turenne »[77]. Il écrit à la duchesse d'Istrie : « Ma cousine, votre mari est mort au champ d'honneur ! La perte que vous faites, vous et vos enfants, est grande, sans doute, mais la mienne l'est davantage encore : le duc d'Istrie est mort de la plus belle mort et sans souffrir ; il laisse une réputation sans tache ; c'est le plus bel héritage qu'il ait pu léguer à ses enfants. Ma protection leur est acquise ; ils héritent aussi de l'affection que je portais à leur père. Trouvez dans toutes ces considérations des motifs de consolation pour alléger vos peines, et ne doutez jamais de mes sentiments pour vous ». Plus tard, l'Empereur dit également : « si j'avais eu Bessières à Waterloo, ma Garde aurait décidé de la victoire »[78].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Portrait en médaillon d'une femme de la noblesse, vêtue de blanc et de dentelle.
La maréchale Bessières, duchesse d'Istrie, née Marie-Jeanne Lapeyrière.

Le , il épouse en la chapelle de Canussel à Lacour Marie-Jeanne Lapeyrière, fille de Jean-Louis Lapeyrière, receveur des revenus du clergé à Cahors et sœur d'Augustin Lapeyrière[79]. Un enfant naît de leur union en 1802, Napoléon Bessières, pair de France sous la Restauration.

Jean-Baptiste Bessières est connu pour être un homme plutôt froid qui ne laisse pas transparaître ses émotions, insoupçonnable du moindre écart amoureux.

Cependant, il a su s'organiser une double vie avec Virginie Oreille, une jeune danseuse à l'Opéra, pour laquelle il dépense des sommes folles[80].

Les papiers personnels du maréchal Bessières sont conservés aux Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine sous la cote 32AP Inventaire du fonds 32AP.

Titre et distinctions[modifier | modifier le code]

Bessières est créé duc d'Istrie et de l'Empire par lettres patentes du [42]. Il se voit attribuer, en outre, plusieurs distinctions françaises et étrangères :

Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Flagge Königreich Württemberg.svg Royaume de Wurtemberg
Drapeau du Royaume de Saxe Royaume de Saxe
Drapeau du Royaume du Portugal Royaume de Portugal
Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche

Hommages, honneurs et mentions[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b de Courcelles 1821, p. 227.
  2. Rabel 1903, p. 5.
  3. Dunn-Pattison 1909, p. 239.
  4. Rabel 1903, p. 17.
  5. de Courcelles 1821, p. 228.
  6. Clément de la Jonquière, L'expédition d'Égypte, 1798-1801, vol. 5, Elibron Classics, (lire en ligne), p. 418.
  7. Pawly 2009, p. 5.
  8. a et b Pigeard 2005, p. 142.
  9. Lievyns, Verdot et Bégat 1844, p. 363.
  10. a et b Six 1934, p. 94.
  11. Philip Haythornthwaite (ill. Richard Hook), La Garde impériale, DelPrado & Osprey Publishing, coll. « Osprey / Armées et batailles » (no 1), , 63 p. (ISBN 2-84349-178-9), p. 17 et 20.
  12. Charles-Otto Zieseniss, Napoléon et la Cour Impériale, Paris, Tallandier, coll. « Bibliothèque napoléonienne », (ISBN 2-235-00932-8), p. 139 et 140.
  13. Humble 1973, p. 26.
  14. Jacques Garnier, « Bessières, Jean-Baptiste », dans Dictionnaire Napoléon, Fayard, .
  15. a et b Castle 2004, p. 74.
  16. Castle 2004, p. 42 et 75.
  17. a et b Castle 2004, p. 75.
  18. Alexeï Vassiliev (trad. Natalia Goutina), « "Faisons pleurer les dames de Saint-Pétersbourg !" (2) », Tradition Magazine, no 246,‎ , p. 26 (ISSN 0980-8493).
  19. Castle 2004, p. 69.
  20. Rabel 1903, p. 95 à 97.
  21. Rabel 1903, p. 98 et 99.
  22. Rabel 1903, p. 102 à 109.
  23. de Courcelles 1821, p. 230.
  24. Rabel 1903, p. 115 à 123.
  25. Rabel 1903, p. 128.
  26. François-Guy Hourtoulle, D'Eylau à Friedland, Histoire & Collections, , 144 p. (ISBN 978-2352500209), p. 61.
  27. Rabel 1903, p. 130 à 136.
  28. Rabel 1903, p. 136 à 142.
  29. Humble 1973, p. 62 et 63.
  30. Diégo Mané, « L'armée française en Espagne 1808-1814 » [PDF], sur planete-napoleon.com, (consulté le 4 mai 2018), p. 2, 3 et 7.
  31. (en) Charles Esdaile, The Peninsular War, Penguin Books, (ISBN 0-140-27370-0), p. 45 et 65.
  32. Ronald Brighouse (trad. Natalia Goutina), « La bataille de Medina de Rioseco, 14 juillet 1808 (1re partie) », Tradition Magazine, no 238,‎ , p. 19 à 24.
  33. a et b Ronald Brighouse (trad. Natalia Goutina), « La bataille de Medina de Rioseco, 14 juillet 1808 (2e partie) », Tradition Magazine, no 240,‎ , p. 39 à 43.
  34. Humble 1973, p. 69.
  35. Dunn-Pattison 1909, p. 242.
  36. Rabel 1903, p. 160.
  37. Rabel 1903, p. 160 à 162.
  38. Rabel 1903, p. 169 à 176.
  39. Rabel 1903, p. 178 à 181.
  40. « Correspondance de Napoléon : 1-15 novembre 1808 », sur napoleon-histoire.com (consulté le 4 mai 2018).
  41. Rabel 1903, p. 182 à 188.
  42. a b c d e et f Six 1934, p. 95.
  43. Rabel 1903, p. 193 et 194.
  44. Rabel 1903, p. 197 et 198.
  45. (en) F. Loraine Petre, Napoleon and the Archduke Charles, New York, Hippocrene Books, (1re éd. 1909), p. 187, 218 et 219.
  46. Smith 1998, p. 293 et 294.
  47. a et b Dunn-Pattison 1909, p. 243.
  48. Thoumas 2004, p. 36.
  49. a b et c (en) James R. Arnold, Napoleon conquers Austria: the 1809 campaign for Vienna, Praeger Publishers, (ISBN 0-275-94694-0), p. 149.
  50. Chardigny 1946, p. 193.
  51. Thoumas 2004, p. 36 et 37.
  52. Esdaile 2006, p. 197.
  53. Rabel 1903, p. 255.
  54. Rabel 1903, p. 255 à 259.
  55. Rabel 1903, p. 259 à 262.
  56. Rabel 1903, p. 263.
  57. Thoumas 2004, p. 254 à 256.
  58. Humble 1973, p. 151.
  59. Thoumas 2004, p. 257.
  60. Sokolov 2005, p. 455.
  61. a et b Thoumas 2004, p. 258.
  62. a et b Frédéric Hulot, « Le Maréchal Masséna », dans Les grands maréchaux de Napoléon, Pygmalion, , 1706 p. (ISBN 978-2-7564-1081-4), p. 849.
  63. Sokolov 2005, p. 113.
  64. Rabel 1903, p. 291.
  65. Thoumas 2004, p. 260 et 261.
  66. Six 1934, p. 369.
  67. Thoumas 2004, p. 261 et 262.
  68. Rabel 1903, p. 305 à 308.
  69. Rabel 1903, p. 308 à 315.
  70. Rabel 1903, p. 315 à 322.
  71. Rabel 1903, p. 324.
  72. Marie-Pierre Rey, L'effroyable tragédie : Une nouvelle histoire de la campagne de Russie, Flammarion, , 390 p. (ISBN 2081228327), p. 222 et 223.
  73. Rabel 1903, p. 325 à 332.
  74. Thoumas 2004, p. 266.
  75. Chardigny 1946, p. 77.
  76. Lievyns, Verdot et Bégat 1844, p. 365.
  77. Rabel 1903, p. 339 et 343.
  78. Alain Pigeard, L'Armée Napoléonienne, 1804-1815, Curandéra, (lire en ligne), p. 68.
  79. Alexandre-Claude Cornède-Miramont, Vie du maréchal Bessières, duc d'Istrie, Cahors, Imprimerie veuve Richard, , 52 p. (lire en ligne), p. 24 et 25.
  80. (en) David Johnson, Napoleon's Cavalry and Its Leaders, Holmes & Meier Publishers, (lire en ligne), p. 117.
  81. a b c d e et f Six 1934, p. 94 et 95.
  82. Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, des grands dignitaires de la Couronne, des principales familles nobles du royaume, et des maisons princières de l'Europe, précédée de la généalogie de la maison de France, t. 6, Paris, (lire en ligne), p. 57.
  83. a et b « Jean-Baptiste Bessières ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Ian Castle (préf. David Chandler, ill. Christa Hook), Austerlitz 1805 : le chef-d'œuvre de Napoléon, Paris, Osprey Publishing & Del Prado Éditeurs, coll. « Osprey / Armées et batailles » (no 2), (1re éd. 2002), 94 p. (ISBN 2-84349-178-9). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Louis Chardigny, Les Maréchaux de Napoléon, Paris, Flammarion, , 324 p.. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Baptiste Pierre Jullien de Courcelles, Dictionnaire historique et biographique des généraux français, depuis le onzième siècle jusqu'en 1820, par Monsieur le chevalier de Courcelles, t. 2, Paris, (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • A. Lievyns, Jean Maurice Verdot et Pierre Bégat, Fastes de la Légion d'honneur : biographie de tous les décorés accompagnée de l'histoire législative et réglementaire de l'ordre, vol. 1, Bureau de l'administration, [détail de l’édition]. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alain Pigeard, La Garde impériale, Tallandier, , 637 p. (ISBN 978-2847341775). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • André Rabel, Le Maréchal Bessières : duc d'Istrie, Calmann-Lévy, , 359 p. (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Six, Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire, Paris, Georges Saffroy Éditeur, . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Oleg Sokolov, L'Armée de Napoléon, Commios, , 592 p. (ISBN 978-2951836419). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Charles Thoumas, Les grands cavaliers du Premier Empire, t. II, Paris, Éditions historiques Teissèdre, (ISBN 0-543-96047-1). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Charles Thoumas, « Bessières », dans Les grands cavaliers du Premier Empire, t. III, Paris, Éditions historiques Teissèdre, (ISBN 2-912259-89-4). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) R. P. Dunn-Pattison, Napoleon's Marshals, Janus Publishing Company Lim, , 297 p. (ISBN 9781902835105), « Jean Baptiste Bessières, marshal, duke of Istria ». Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Charles Esdaile, « Bessières, Jean-Baptiste (1768-1813) », dans Gregory Fremont-Barnes, The Encyclopedia of the French Revolutionary and Napoleonic Wars, vol. 2, ABC-CLIO, , 1213 p. (ISBN 978-1-851096-46-6, lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Richard Humble, Napoleon's Peninsular Marshals, Taplinger Publishing Company, , 228 p. (ISBN 978-0-800854-65-2). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Ronald Pawly, Mounted Grenadiers of the Imperial Guard, Osprey Publishing, , 48 p. (ISBN 9781846034497). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Digby Smith, The Greenhill Napoleonic Wars Data Book, Londres, Greenhill, (ISBN 1-85367-276-9). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Cet article est reconnu comme « bon article » depuis sa version du 23 avril 2015 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l'ayant promu.
La version du 23 avril 2015 de cet article a été reconnue comme « bon article », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.