André Masséna

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Masséna.

André Masséna
André Masséna
Le maréchal André Masséna. Tableau de Louis Hersent.

Surnom « L'enfant chéri de la victoire »
Naissance
Nice
Décès (à 58 ans)
Paris
Origine Comté de Nice
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Grade Général de division
Conflits Guerres de la Révolution française
Guerres napoléoniennes
Distinctions Maréchal d'Empire
Grand aigle de la Légion d'honneur
Duc de Rivoli
Prince d'Essling
Ordre de Saint-Hubert
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile
Hommes illustres
Autres fonctions Pair de France

André Masséna, né le à Nice et mort le à Paris, est un général français de la Révolution et de l’Empire, élevé à la dignité de maréchal d'Empire par Napoléon en 1804.

D'extraction sociale modeste, il commence sa carrière dans l'armée de l'Ancien Régime et révèle ses capacités militaires lors des guerres de la Révolution française, s'affirmant comme l'un des meilleurs généraux de la République. Après avoir été le principal lieutenant de Napoléon Bonaparte pendant la première campagne d'Italie, où il contribue de façon décisive aux victoires d'Arcole et de Rivoli, il remporte en 1799 la deuxième bataille de Zurich dont les répercussions stratégiques sont considérables pour la France.

Sous l'Empire, il continue de faire preuve d'une grande compétence dans ses divers commandements, tant sous les ordres directs de Napoléon qu'à la tête d'une force indépendante sur des théâtres d'opération secondaires. En 1805, il se bat une nouvelle fois en Italie, envahit peu après le royaume de Naples et joue un rôle majeur au cours des batailles d'Essling et de Wagram en 1809. Cependant, son échec au Portugal face aux Anglais de Wellington l'année suivante lui vaut la disgrâce de l'Empereur qui ne lui confie plus aucun poste militaire d'envergure durant l'Empire. Rallié aux Bourbons à la Restauration, il meurt le 4 avril 1817 à l'âge de 58 ans.

Doté d'un solide sens tactique et stratégique, capable de faire preuve à la fois d'énergie et de prudence dans l'exercice de son commandement, Masséna jouit de l'estime de Napoléon qui le considère comme son meilleur subordonné, allant jusqu'à le surnommer « l'enfant chéri de la victoire » à la suite de son brillant comportement à la bataille de Rivoli. En dépit de quelques faiblesses morales, de sa cupidité et de ses méthodes de guerre parfois impitoyables, Masséna se révèle comme l'un des plus grands généraux de la période révolutionnaire et impériale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Fils de Jules César Masséna et de Catherine Fabre, André Masséna naît le 6 mai 1758 à Nice, dans le comté du même nom, et est baptisé le 6 en la cathédrale Sainte-Réparate par le chanoine Cacciardi. Sa famille, originaire du Piémont et installée depuis au moins trois siècles dans la vallée de la Vésubie, possède des terres à Levens, situé dans l'arrière-pays de Nice. Son père, après avoir servi un temps dans l'armée, devient marchand de vin à son retour au pays en 1754 et se marie la même année avec Catherine Fabre, de qui il a six enfants. Malade de la tuberculose, il meurt en 1764 et sa veuve, vite remariée, confie les orphelins aux soins de la famille de son premier époux ; André, l'aîné des trois garçons, est alors âgé de six ans[1].

Il passe son enfance à Levens dans la maison familiale et se révèle très tôt comme un garçon turbulent. Alors qu'il n'a pas encore dix ans, sa grand-mère, soucieuse de compenser son manque d'éducation, tente d'en faire un boulanger mais le jeune André ne s'y plaît guère, pas plus qu'à la savonnerie de son oncle où il travaille jusqu'à l'âge de 14 ans. Renonçant alors à une carrière d'artisan, il préfère s'enfuir pour s'engager comme mousse sur un navire marchand et effectue plusieurs traversées océaniques. En 1775, à l'âge de 17 ans, il abandonne définitivement le métier de marin et, sur le conseil de son oncle Marcel qui y sert déjà en tant que sous-officier, s'engage dans le régiment Royal-Italien stationné à Toulon. Avantagé par sa bonne condition physique, il y apprend le métier des armes tandis que son oncle se charge de son éducation. Caporal le 1er septembre 1776, il est successivement promu sergent le 18 avril 1777, fourrier en 1782 et enfin adjudant à 26 ans le 4 septembre 1784. C'est alors le plus haut grade au sein de l'armée royale française qu'un roturier est en droit d'espérer[2].

En 1788, à la suite de la restructuration du Royal-Italien, Masséna est envoyé à Antibes où il intègre le corps des chasseurs royaux de Provence. Il s'y fait remarquer comme un sous-officier compétent ; son avancement étant désormais bloqué, il demande l'année suivante à passer dans la gendarmerie, mais sa demande est rejetée en dépit des recommandations de son supérieur. Il quitte finalement son régiment le , dans les premiers jours de la Révolution française, pour aller s'installer à Antibes. Il s'y marie le 10 août avec Marie Rosalie Lamera (ou Lamare[3]), fille d'un maître chirurgien. Peu fortuné, Masséna ouvre une épicerie et se livre pendant environ deux ans, sans grand succès, à la contrebande. Dans le même temps, il devient un membre actif des cercles révolutionnaires locaux. La Révolution ayant instauré la formation de gardes nationales dans les villes, Masséna est nommé instructeur de celle d'Antibes en raison de son expérience militaire. Il montre à ce poste une grande efficacité et est directement élu capitaine instructeur du 2e bataillon de volontaires du Var le 14 septembre 1791. Il passe ensuite lieutenant-colonel en second le 1er février 1792 et lieutenant-colonel en premier le 1er août suivant[4].

Guerres de la Révolution française[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Guerres de la Révolution française.
André Masséna en uniforme de lieutenant-colonel au 2e bataillon du Var (peinture de Ferdinand Wachsmuth, 1834).

Il participe à la première campagne du Piémont dans les armées de la République. Lorsque le général Jacques Bernard d'Anselme pénètre dans la ville de Nice le 29 septembre 1792 à la tête des troupes françaises d'occupation du comté de Nice, Masséna participe aux exactions et à la répression du mouvement barbet contre-révolutionnaire. Originaire du pays et le connaissant parfaitement, il est de ce fait particulièrement apprécié par sa hiérarchie. Il parvient rapidement au grade de général de brigade qui lui est conféré le 22 août 1793, puis général de division le 20 décembre[note 1]. Il est ensuite affecté à l'armée d'Italie. En 1793, il reçoit le commandement du camp de Fougasse, sur la baisse (lieu bas) de Turini-Camp d'argent, il est alors successivement sous les ordres de Gaspard Jean-Baptiste Brunet et Jean-Mathieu-Philibert Sérurier. Il y remporte en 1794 la victoire de Saorge en avril 1794 et parvient à prendre le massif de l'Authion. En 1795, il commande l'aile droite de l'armée d'Italie. C'est principalement à lui que l'on doit la victoire lors de la bataille de Loano où les Autrichiens et les Sardes perdent 5 000 prisonniers. Ce succès stratégique permet aux français de conquérir de nouveaux territoires dans le Nord de l'Italie jusqu'à la Riviera, préparant ainsi la future campagne de Bonaparte.

Campagne d'Italie[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Campagne d'Italie (1796-1797).

« Camarades, vous avez devant vous 4 000 jeunes hommes issus des familles les plus riches de Vienne. Ils sont arrivés à Bassano par le service postal. Je vous recommande ces dandys. »

— Proclamation du général Masséna à ses troupes avant la bataille de Rivoli[5].

Le général André Masséna.

Masséna, alors âgé de 37 ans et à la réputation déjà bien établie, semble tout désigné pour succéder à Schérer au commandement en chef de l'armée d'Italie. C'est donc avec scepticisme qu'il accueille la nomination à ce poste du général Napoléon Bonaparte, de dix ans son cadet, sans véritable expérience et davantage connu pour ses relations politiques influentes dans les cercles parisiens. Masséna et les autres commandants de division se montrent d'abord hostiles au nouveau venu, mais la détermination, l'énergie et le sens du commandement de ce dernier font forte impression sur les généraux de l'armée d'Italie qui ne tardent pas à se soumettre à son autorité et à appliquer avec ponctualité les conceptions stratégiques audacieuses du jeune chef[6].

Après une entrevue avec Bonaparte le 10 avril 1796, au cours de laquelle le général en chef lui fait part de ses intentions, Masséna lance une offensive couronnée de succès sur le col de Cadibona, coupant en deux le dispositif austro-piémontais. Les troupes françaises remportent alors une série de victoires qui poussent le royaume de Sardaigne à solliciter un armistice tandis que les Autrichiens se retirent précipitamment à travers le nord de l'Italie[7]. Masséna, qui à une occasion manque de tomber aux mains de l'ennemi lorsque une contre-attaque autrichienne le surprend dans le lit de son amante[8], est recommandé au Directoire pour l'énergie et la bravoure dont il a fait preuve au cours de cette campagne.

Ayant franchi le à Plaisance et vaincu les Autrichiens à la bataille de Lodi, Bonaparte fait son entrée à Milan le 16 mai. Malgré l'accueil enthousiaste de la population, il exige le paiement d'une contribution de 20 millions de livres or et laisse ses troupes se livrer au pillage, ce qui conduit une semaine plus tard à des révoltes anti-françaises à Binasco et Pavie[9]. Le 21 mai, le général en chef décide de reprendre sa progression et l'avant-garde commandée par Masséna atteint Brescia le 27 mai puis Vérone le 1er juin. Dans cette phase de la campagne, marquée par les nombreuses tentatives mises en œuvre par les Autrichiens pour faire lever le siège de Mantoue, Masséna se trouve constamment sur la ligne de front, ce qui lui vaut d'être apprécié par Bonaparte qui le décrit comme « actif, infatigable et audacieux »[10]. En dépit de graves difficultés logistiques, les soldats de Masséna se battent avec courage à Castiglione, à Bassano et surtout lors de la bataille du pont d'Arcole, le 17 novembre 1796, où le général parvient à reprendre le village à l'issue d'un combat acharné[11].

Masséna joue également un rôle décisif durant la bataille de Rivoli, le 14 janvier 1797. Sa division se tire avec honneur de deux jours de marches et de combats ininterrompus, faisant preuve sous sa direction d'une combativité remarquable tout en conservant un moral élevé. Après avoir détruit par une violente charge à la baïonnette la colonne autrichienne du général Lusignan, Masséna se porte au secours des troupes du général Joubert et, après avoir assuré la victoire française, se dirige avec Bonaparte vers le sud. Le 15 janvier, il encercle et défait devant Mantoue la colonne autrichienne de Provera qui tente de débloquer la forteresse[12]. En récompense de ses succès et de ses talents de tacticien, Masséna est qualifié devant le front des troupes par Bonaparte d'« enfant chéri de la victoire ». En mars 1808, Napoléon, en souvenir de la conduite de Masséna lors de cette bataille, lui décerne parmi les quinze duchés attribués à ses meilleurs lieutenants le titre de duc de Rivoli[13].

Cependant, à côté de ses incontestables qualités militaires, Masséna met au jour pendant la première campagne d'Italie un certain nombre de faiblesses morales. Il est en effet connu dans toute l'armée comme un pillard insatiable, avare et soucieux de s'enrichir sur les biens matériels ; certaines villes et régions occupées par sa division sont ainsi totalement saccagées. De nombreuses plaintes sont adressées à Bonaparte qui préfère néanmoins fermer les yeux sur les agissements de son subordonné. Masséna montre en outre une grande attirance pour les femmes et va jusqu'à se faire suivre en campagne par son amante, Silvia Cepolini, ce qui lui vaut un rappel à l'ordre formel de Bonaparte[14].

Avec le dénouement victorieux de la campagne d'Italie et la signature du traité de Campo-Formio, Masséna continue de servir avec les troupes stationnées dans la péninsule italienne. Les forces d'occupation françaises, placées sous le commandement du général Louis-Alexandre Berthier, envahissent les derniers États indépendants italiens, conformément aux instructions du Directoire : Masséna est notamment impliqué dans l'organisation quelque peu confuse de la République romaine à la suite de l'entrée des troupes françaises à Rome le 11 février 1798. Le pape Pie VI est transféré à Sienne et l'administration républicaine locale se voit flanquer d'une commission civile française chargée de surveiller ses moindres faits et gestes. Le général Berthier, mécontent du rôle qui lui est confié, finit par transmettre le commandement des forces françaises à Masséna[15].

Très vite, le territoire de la nouvelle république jacobine est pillé et dévasté de fond en comble par les troupes d'occupation, plusieurs généraux participant à cette mise à sac en règle. Ce comportement est sévèrement condamné par les officiers subalternes et leurs protestations s'accentuent après la nomination de Masséna, dont la réputation d'avidité et de prévaricateur est bien connue au sein de l'armée. Les troupes françaises cantonnées à Rome, issues en grande partie des contingents de l'armée du Rhin détachés en Italie sous les ordres de Bernadotte à la fin de la campagne pour prêter main-forte à Bonaparte, sont particulièrement hostiles à Masséna ; la présence de ces contingents instaure un climat de tension et des confrontations physiques ont lieu avec les soldats de la division Masséna. Par la suite, les troupes se mutinent et les autorités, y compris les commissaires civils, sont incapables de rétablir l'ordre. Masséna est finalement rappelé et remplacé à Rome par le général Gouvion-Saint-Cyr, un des lieutenants du général Moreau[16].

Deuxième Coalition et victoire décisive à Zurich[modifier | modifier le code]

Le général Masséna à la bataille de Zurich, le 25 septembre 1799, par François Bouchot.

Avec la formation de la Deuxième Coalition contre la France en 1799, Masséna prend le commandement des troupes françaises déployées en Suisse où il se trouve dans une situation difficile face aux armées austro-russes conduites par l'archiduc Charles et le général Rimski-Korsakov. Au cours de cette longue et pénible campagne, le général, en plus de sa vigueur, de son courage et de sa ténacité habituelle, fait montre d'un grand sens stratégique[17]. À la tête d'environ 30 000 hommes, il prend d'abord l'initiative dans les Grisons avant de se replier sur Zurich devant la supériorité numérique des Autrichiens. Le 4 juin, il est tout d'abord repoussé hors de la ville de Zurich par l'archiduc Charles lors de la première bataille de Zurich, non sans avoir infligé 3 400 pertes à ses adversaires[18].

Il se retranche alors derrière la rivière Limmat et, après avoir repoussé une nouvelle attaque au mois d'août[19], prend l'offensive en septembre 1799 et bat les Austro-Russes à la suite d'une manœuvre habile lors de la deuxième bataille de Zurich les 25 et 26 septembre. Après cette victoire, il organise aussitôt une série de mouvements combinés afin d'encercler une seconde armée russe qui, sous les ordres du célèbre maréchal Alexandre Souvorov, s'est mis en marche à travers les Alpes et se prépare à déboucher depuis le nord de l'Italie. L'opération conçue par Masséna est un succès complet et les troupes russes, très éprouvées, n'échappent à la destruction qu'en effectuant une retraite exténuante vers l'est, abandonnant en chemin toute leur artillerie[17]. La victoire de Zurich, considérée comme la plus belle réussite de la carrière militaire de Masséna[20], a une influence décisive sur le cours de la guerre : par ce succès stratégique, Masséna sauve la France d'un projet d'invasion et le tsar Paul Ier, dépité par cette défaite, se retire de la Coalition peu après[21].

Après l'arrivée au pouvoir de Napoléon Bonaparte en France à la suite du coup d'État du 18 brumaire, Masséna prend la tête des dernières troupes françaises présentes en Italie. Ces dernières, battues en plusieurs rencontres, se sont établies sur l'Apennin ligure. Attaqué par l'armée autrichienne du général Michael von Melas, Masséna doit se replier sur Gênes où il se retrouve assiégé par l'ennemi ; ce siège long de plusieurs mois lui permet de fixer une grande partie des forces autrichiennes sous les murs de la ville pendant que Napoléon, qui a pris personnellement le commandement de l'armée de réserve, débute la deuxième campagne d'Italie en franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard. Le 4 juin 1800, à court de vivres et alors que la famine fait des ravages au sein de la garnison, Masséna doit finalement mettre un terme à la résistance et s'engage par un accord à remettre la place aux Autrichiens. Lui-même obtient l'autorisation de rentrer en France avec ses troupes. Quelques jours plus tard, le 14 juin, Napoléon remporte une victoire décisive à la bataille de Marengo, bouleversant complètement la situation militaire en Italie[22]. Masséna, bien qu'éprouvé par le siège de Gênes, est investi du commandement en chef de l'armée d'Italie à la place de Napoléon lorsque celui-ci regagne Paris le 24 juin 1800. Cependant, la mauvaise situation financière de l'armée et le climat de corruption qui pèse sur lui et son état-major conduisent à son rappel au mois d'août. Il se voit alors exonérer de tout commandement et se retire d'abord à Antibes aux côtés de sa famille, avant de s'installer à partir de 1801 au château de Rueil, en banlieue parisienne[23].

Maréchal d'Empire[modifier | modifier le code]

Retiré à la campagne, Masséna n'en continue pas moins de manifester son opposition aux choix politiques de Napoléon pour lequel il n'éprouve aucune sympathie particulière ; il critique ainsi ouvertement le concordat de 1801 et, élu l'année suivante député au Corps législatif, vote contre le Consulat à vie. Il reçoit néanmoins le bâton de maréchal d'Empire le 19 mai 1804, le lendemain de la proclamation du régime impérial. « Nous sommes quatorze ! » répond Masséna au général Thiébault qui lui adresse ses félicitations[24]. À partir de son accession au maréchalat, Masséna cesse d'apparaître comme un adversaire politique et use beaucoup de son pouvoir et de son influence pour s'enrichir sur les territoires relevant de son autorité[25].

Le maréchal André Masséna en grand habit de cérémonie. Peinture de Jean-Baptiste Wicar, 1808, palais de Caserte.

Avec le déclenchement de la guerre de la Troisième Coalition en 1805, Napoléon confie à Masséna le commandement de l'armée d'Italie avec ordre de fixer dans cette zone les troupes autrichiennes de l'archiduc Charles en attendant l'évolution de la situation en Allemagne où l'Empereur s'est porté en personne à la tête de la Grande Armée. Le maréchal s'acquitte de sa mission avec succès et, après avoir attaqué en Vénétie, défait l'archiduc lors de la bataille de Caldiero le 30 octobre 1805. Il se lance ensuite à la poursuite de ses adversaires qui se replient vers Ljubljana tandis que la capitulation autrichienne à Ulm ouvre la route de Vienne à Napoléon. Masséna continue sa progression et culbute successivement les lignes de défenses ennemies sur le Brenta, le Piave, le Tagliamento et l'Isonzo, cherchant, conformément aux ordres de l'Empereur, à empêcher la réunification des forces autrichiennes[26].

La guerre ayant pris fin avec la victoire décisive de Napoléon à Austerlitz, Masséna reste en Italie et, le 27 décembre 1805, se voit charger de la conquête du royaume de Naples. Le but de cette campagne vise à détrôner la dynastie des Bourbons au profit d'un nouveau royaume satellite de la France dirigé par Joseph Bonaparte, le frère aîné de Napoléon. L'invasion du territoire péninsulaire par l'armée française se déroule initialement sans grande difficulté : le roi Ferdinand IV s'enfuit en Sicile et la forteresse de Gaète capitule en juillet 1806 après un siège de presque cinq mois. En réalité, la situation est loin d'être stabilisée et Masséna doit faire face à l'insurrection des partisans légitimistes en Basilicate et en Calabre, ces derniers bénéficiant du soutien d'un corps expéditionnaire britannique. La guerre dégénère rapidement en un conflit extrêmement féroce et impitoyable, entraînant dans les deux camps de nombreuses exactions à l'encontre des populations civiles, des pillages et des représailles. Masséna réprime très durement les révoltes, dévaste les territoires occupés et impose des sanctions draconiennes qui se soldent parfois par des exécutions de masse ; le chef insurgé Fra Diavolo est pendu et la ville de Lauria est ravagée de fond en comble par les troupes françaises[27].

En dépit de ces méthodes brutales, l'armée d'occupation française ne parvient pas à contenir l'insurrection ; Masséna doit détacher une partie de ses forces en Calabre sous le commandement du général Reynier et les Britanniques conservent la possession de Reggio de Calabre jusqu'en 1808. Parallèlement, le maréchal accapare les biens des vaincus en Italie du Sud et s'autorise même à délivrer des licences d'importation en contradiction totale avec la politique du Blocus continental appliquée à l'encontre des navires anglais[28]. Le 15 décembre 1806, en mauvais termes avec le roi Joseph et hostile à un projet de débarquement en Sicile, il donne sa démission et rentre en France au début de l'année suivante[29]. À la fin du mois de février, il est appelé au commandement du Ve corps d'armée stationné en Pologne, celui-ci constituant l'aile droite de la Grande Armée. Chargées de couvrir Varsovie et de fixer sur place le corps russe du général Essen, les troupes de Masséna ne prennent pas une part très active à la campagne de 1807 qui se solde par la défaite de la Russie et de la Prusse[30].

Masséna, qui s'est plaint à Napoléon du rôle secondaire qui lui a été assigné, n'a pas non plus apprécié le fait d'avoir dû quitter l'Italie et son climat chaud pour les rudes frimas polonais[31]. Atteint d'une grave maladie pulmonaire, il doit prendre un congé et rentre en France au mois de juillet. Il se consacre alors à la gestion de sa fortune et fait la même année l'acquisition de l'hôtel de Bentheim, situé dans le faubourg Saint-Germain[32]. En récompense de ses services, Masséna est titré duc de Rivoli le 19 mars 1808. En septembre, il manque de perdre un œil par un coup de fusil que lui tire par mégarde Napoléon dans une chasse près de Paris, même si Masséna préfère diplomatiquement attribuer la responsabilité du coup à Berthier[33].

Cinquième Coalition[modifier | modifier le code]

Le maréchal Masséna retrouve un commandement opérationnel pendant la guerre de la Cinquième Coalition en 1809. Napoléon lui confie en effet la direction du IVe corps d'armée, une unité de formation récente composée majoritairement de conscrits et qui est en train de se regrouper en France pour renforcer les troupes stationnées en Allemagne et soutenir l'offensive imminente de l'Empire d'Autriche. Le maréchal fait route à travers la Bavière mais, en dépit de ses efforts et de ceux de Napoléon, il ne participe que marginalement à la première phase de la campagne. Lors des batailles de Landshut et d'Eckmühl, le corps de Masséna, qui progresse à marches forcées sous la conduite énergique de son chef, n'arrive pas à temps pour compléter l'encerclement des forces autrichiennes qui parviennent à se replier au nord de Ratisbonne[34].

Le maréchal Masséna dirigeant ses troupes à bord d'une calèche lors de la bataille de Wagram, les 5 et 6 juillet 1809.

Après avoir participé à la marche sur Vienne, il livre le 3 mai la sanglante bataille d'Ebersberg contre l'arrière-garde autrichienne, où il est critiqué par l'Empereur pour avoir ordonné de façon prématurée une attaque frontale sur les positions ennemies[35]. Masséna joue également un rôle de premier plan au cours de la bataille d'Essling. Il dirige la première traversée du Danube devant Vienne et repousse les attaques autrichiennes sur le village d'Aspern, mais la rupture des ponts rend la situation extrêmement périlleuse pour les troupes françaises déployées sur la rive nord. À la suite de la blessure mortelle du maréchal Lannes et la décision prise par Napoléon de suspendre l'offensive, Masséna prend le commandement de la tête de pont et organise avec habileté la retraite sur l'île Lobau, au milieu du Danube. Dans les semaines qui suivent cet échec, Masséna travaille en étroite collaboration avec l'Empereur pour consolider les positions françaises sur l'île et organiser méthodiquement une nouvelle traversée du fleuve, plus en aval[36]. Pour son rôle au cours des dernières opérations et plus particulièrement son brillant comportement à Essling, Napoléon décerne à Masséna le titre de prince d'Essling le 14 octobre 1809[37].

Napoléon, soucieux de laver l'échec subi à Essling, planifie une nouvelle offensive pour le mois de juillet 1809. Quelques jours avant le déclenchement des opérations, Masséna tombe de son cheval qui a mis le pied dans un terrier de lapin et est sérieusement blessé à la jambe. Il refuse cependant de rentrer à Vienne pour se soigner et décide de continuer à commander le IVe corps depuis une berline. Le premier jour de la bataille de Wagram, le 5 juillet, ses troupes refoulent d'Aspern le corps autrichien de Klenau. Le lendemain, alors que les unités saxonnes de Bernadotte viennent de perdre le village d'Aderklaa, Masséna se porte en soutien de son camarade avec deux divisions et livre un combat féroce pour la possession de la localité. Alors que sa calèche est prise pour cible par des cavaliers ennemis, il foudroie d'un coup de pistolet à la tête un hussard qui le menace. Sur sa gauche, la division Boudet doit évacuer Aspern et Essling sous les coups de boutoir des Autrichiens[38]. Devant la gravité de la situation, Napoléon se rend en personne auprès de Masséna et grimpe dans la calèche aux côtés du maréchal ; depuis ce quartier général improvisé et exposé au feu ennemi, l'Empereur fait part à Masséna de son intention de briser la ligne autrichienne par le centre et lui ordonne de reprendre Essling. Le maréchal réussit en définitive à stopper l'avance de ses adversaires, stabilisant la situation dans ce secteur, tandis que la retraite amorcée par l'archiduc Charles permet à Napoléon de remporter une victoire coûteuse[39].

Le lendemain, le IVe corps de Masséna se lance à la poursuite de l'armée autrichienne qu'il accroche sérieusement le 11 juillet à la bataille de Znaïm. Un armistice signé le 12 met cependant fin aux combats et Masséna, après avoir réorganisé ses troupes en Moravie, rentre en France au début du mois de novembre 1809[40].

Campagne du Portugal[modifier | modifier le code]

Portrait du maréchal Masséna (par Edme-Adolphe Fontaine et Antoine-Jean Gros, vers 1853).

Le 17 avril 1810, Napoléon décide d'utiliser Masséna pour débloquer la situation sur le front de la guerre d'Espagne et lui confie la mission de reconquérir le Portugal, constituant ainsi la troisième invasion de ce pays, après les échecs de Junot en 1808 et de Soult en 1809[41]. Le maréchal reçoit le commandement de l'armée du Portugal, composée du VIe corps de Ney, du IIe corps de Reynier et du VIIIe corps de Junot[42], constituant en théorie une force considérable de plus de 130 000 hommes. Masséna, qui a ouvertement exprimé à l'Empereur son manque d'enthousiasme vis-à-vis de ce poste et de la mission difficile qui lui est confiée, s'attelle à la tâche avec sa vigueur habituelle[43]. Le prince d'Essling apparaît toutefois physiquement et moralement diminué, et a également décidé d'emmener avec lui son amante, Madame Leberthon, déguisée en officier[44]. Confronté au manque de coopération de ses subordonnés, aux difficultés de l'approvisionnement et à l'instabilité des lignes de communications dans une zone dépourvue de ressources et infestée par la guérilla, le maréchal ne peut réunir qu'environ 60 000 hommes en vue de l'invasion du Portugal, où il se prépare à affronter les troupes britanniques du général Wellington[45].

Après avoir patienté jusqu'à la période de la récolte afin de permettre à ses troupes de se ravitailler[46], le maréchal réussit à s'emparer de la forteresse de Ciudad Rodrigo le 10 juillet puis de celle d'Almeida le 27 août, avant de faire son entrée au Portugal au mois de septembre. Devant la progression de son adversaire, Wellington ne tarde pas à se replier en direction de Lisbonne, prenant soin au passage de détruire les récoltes avant l'arrivée des Français. Le général britannique s'établit finalement en avant de Coimbra avec l'intention d'arrêter Masséna et, retranché sur une hauteur, repousse les assauts du maréchal lors de la bataille de Buçaco le 27 septembre 1810[47]. Masséna, ayant constaté la futilité d'aborder de front la solide infanterie britannique, organise alors une manœuvre qui lui permet de déborder les défenses ennemies et de reprendre sa marche vers Lisbonne, tandis que Wellington parvient à effectuer sa retraite avec une armée intacte[48].

Retraite de l'armée du Portugal entre le 4 mars et le 5 avril 1811.

À la tête d'une armée moins nombreuse qu'auparavant et affaiblie par une pénurie de nourriture, Masséna continue son avance et arrive à proximité de Lisbonne, mais se heurte en chemin aux lignes de Torres Vedras que Wellington a fait ériger pour protéger l'accès à la capitale portugaise. Alors que les troupes alliées sont ravitaillées par mer et disposent donc des ressources suffisantes pour soutenir un siège, la situation de l'armée française, bloquée devant les fortifications et en proie à une crise logistique, devient de plus en plus précaire[45]. Après avoir piétiné inutilement devant les lignes pendant plus d'un mois, Masséna, considérant sa situation sans issue et s'étant vu refuser le parc d'artillerie demandé au roi Joseph, décide de renoncer au siège le 14 novembre et se replie sur Santarém, où il demeure jusqu'au 6 mars 1811 dans des conditions difficiles. Son armée se retire ensuite sur Almeida avant de se diriger vers Salamanque où elle arrive le 10 avril[49]. Entretemps, Masséna s'est violemment disputé avec Ney, qui, malgré son comportement brillant au cours de la campagne, a peu apprécié de servir sous les ordres du prince d'Essling ; excédé, Masséna relève Ney de son commandement et le renvoie en France[50]. Timidement poursuivi par Wellington, Masséna décide de reprendre l'offensive afin de dégager Almeida et attaque l'armée anglo-portugaise à Fuentes de Oñoro, le 3 mai 1811. Au cours de cet affrontement qui s'étale sur trois jours, Masséna réussit à exploiter une faiblesse dans la ligne de Wellington, mais l'inaction de la cavalerie du général Lepic et l'attitude de Bessières qui refuse de lui apporter son soutien l'oblige finalement à se retirer[51].

Napoléon, vivement déçu par l'échec de l'invasion du Portugal, fait ouvertement part de son mécontentement à Masséna, qui doit finalement remettre son commandement au maréchal Marmont le 11 mai 1811. Rentré en France, il est mal accueilli par Napoléon Ier qui lui déclare : « eh bien, prince d'Essling, vous n'êtes donc plus Masséna ? »[52] Sa défaite au Portugal, en partie due à ses erreurs mais aussi à des difficultés pratiques et à la mauvaise coopération de ses lieutenants, met un point final à sa carrière sur les champs de bataille[50].

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Retiré dans son château de Rueil aux côtés de sa famille, Masséna se montre peu à la Cour et entreprend de rédiger ses mémoires tout en s'occupant de l'éducation de ses enfants. Il n'est pas employé dans la campagne de Russie en 1812. En juillet de la même année, la situation en Espagne se dégrade brutalement avec la défaite du maréchal Marmont à la bataille des Arapiles. Cambacérès, qui préside le conseil de régence en l'absence de l'Empereur, décide de renvoyer Masséna dans la péninsule Ibérique avec le titre de général en chef. Le maréchal accepte le poste, mais, affaibli par une forte fièvre alors qu'il se trouve à Bayonne, il demande à être relevé de son commandement à la fin du mois d'août. Il séjourne alors un temps à Nice, sa ville natale, avant de s'en retourner dans sa propriété de Rueil quelques mois plus tard. Le 14 avril 1813, l'Empereur lui confie la 8e division militaire, basée à Toulon. Masséna orchestre tout d'abord la répression d'une conjuration royaliste visant à livrer le port de Toulon aux Anglais et à provoquer une insurrection en Provence, complot dont les principaux meneurs sont exécutés en décembre 1813 à l'issue d'un procès ; il doit également faire face aux tentatives d'incursions des Britanniques, présents en Méditerranée, et lutter contre les réfractaires à la conscription[53].

Tombe de Masséna au cimetière du Père-Lachaise (division 28).

Après l'abdication de Napoléon en avril 1814, il est maintenu dans ses fonctions par Louis XVIII qui le fait grand-croix de l'ordre de Saint-Louis. Le 20 janvier 1815, le roi lui octroie en outre sa naturalisation[note 2], Nice étant redevenue sarde à l'occasion du redécoupage des frontières. Peu après, le maréchal est élevé à la pairie. En 1815, il reste longtemps fidèle aux Bourbons, n'acceptant aucun service pendant les Cent-Jours[note 3]. Il se contente de venir siéger à la Chambre des pairs et d'assister à la cérémonie du Champ de mai. Napoléon ayant définitivement abdiqué le 22 juin, Masséna est nommé commandant de la Garde nationale de Paris par le gouvernement provisoire et participe à ce titre à la conférence de La Villette qui voit les maréchaux et généraux chargés de la défense de Paris opter pour la reddition de la capitale. La Seconde Restauration le replace à la tête de la 8e division militaire[55]. Il est l'un des quatre maréchaux présents au conseil de guerre de Ney et se déclare avec la majorité de ses camarades pour l'incompétence, reportant le jugement devant la Chambre des pairs[56]. Dénoncé aux Chambres comme ne s'étant pas opposé au retour de Napoléon, il est démis de ses fonctions et doit se justifier des accusations de concussion portées contre lui par les ultra-royalistes. Rongé par la tuberculose, le maréchal Masséna meurt le à Paris, âgé de 58 ans. Ses obsèques ont lieu le 6 avril au cimetière du Père-Lachaise[57].

Pendant l'Empire, il amasse une fortune immense : les dotations de l'Empereur (qui connaît le goût de Masséna pour l'argent) font de lui le bénéficiaire d'environ un million de francs[58] auxquels s'ajoutent ses traitements de maréchal et de la Légion d'honneur, sa pension de duc s'élevant à 300 000 francs[59] ainsi que diverses sommes provenant de ses pillages. Il peut de fait acquérir le château de Rueil, l'hôtel de Bentheim (situé rue Saint-Dominique à Paris[60]) et une maison de campagne en périphérie de la capitale[61],[58].

Son fils François Victor Masséna lui succède comme duc de Rivoli.

Évaluation[modifier | modifier le code]

« Il était décidé, brave, intrépide, plein d'ambition et d'amour-propre, son caractère distinctif était l’opiniâtreté, il n'était jamais découragé. Il négligeait la discipline, soignait mal l'administration et, pour cette raison, était peu aimé du soldat. Il faisait assez mal les dispositions d'une attaque. Sa conversation était peu intéressante ; mais au premier coup de canon, au milieu des boulets et des dangers, sa pensée acquérait de la force et de la clarté. »

— Jugement de Napoléon sur Masséna à Sainte-Hélène[62].

Statue du maréchal Masséna sur la façade nord du pavillon de Rohan au palais du Louvre, à Paris.

Figurant parmi les meilleurs et les plus célèbres généraux de la Révolution et de l'Empire, Masséna révèle sur le champ de bataille d'incontestables talents de stratège et de tacticien[63]. Sa carrière militaire forme un cas unique chez les maréchaux de Napoléon[64] et rares sont les chefs de guerre européens à pouvoir prétendre à un niveau de réussite comparable à celui de Masséna. Cette renommée, ajoutée à ses nombreux faits d'armes, a favorisé la carrière de beaucoup : la plupart des maréchaux français de la période ont ainsi servi à un moment ou à un autre sous son commandement[65]. L'historien militaire britannique David G. Chandler le cite, en dehors de Napoléon, comme l'un des deux grands capitaines de l'armée française avec Davout[63], et l'un de ses adversaires les plus redoutables, le duc de Wellington, a admis qu'il « ne dormait pas tranquille » face à Masséna sur un champ de bataille[66]. À Sainte-Hélène, Napoléon lui-même a considéré, au moins pendant un temps, son meilleur général comme étant Masséna[67] et a toujours manifesté une haute opinion de ses qualités militaires, le jugeant l'un des rares, aux côtés des maréchaux Murat, Lannes et Davout, à être capable d'assumer temporairement le commandement suprême sur le théâtre des opérations pendant son absence[68]. En 1805, livrant à un contre deux l'indécise bataille de Caldiero, il empêche l'armée de l'archiduc Charles de venir porter secours au gros des forces autrichiennes en Europe centrale[64] et la retraite des troupes françaises qu'il supervise à l'issue de la bataille d'Essling dans des conditions particulièrement périlleuses, de même que l'attitude dont il fait preuve à cette occasion, sont considérées comme remarquables[69]. L'historien Frédéric Hulot, qui voit en Masséna un « admirable tacticien », écrit :

« Doué d'un sens du terrain, d'une juste vue du possible, d'un art de la manœuvre, il était en plus doté d'une obstination féroce pour atteindre le but qu'il s'était fixé et d'un sang-froid qui lui permettait de conserver toute sa lucidité dans les situations les plus critiques. Il avait merveilleusement compris, à l'inverse de certains de ses contemporains, que la guerre est avant tout une fonction dynamique qui s'exprime par le mouvement et s'appuie sur la puissance de feu[70]. »

Si ses campagnes de 1805 et de 1809 sont regardées sous un jour favorable, en revanche, son échec lors de la campagne du Portugal en 1810 jette une ombre fâcheuse sur sa carrière[65]. Masséna apparaît alors usé et prématurément vieilli : « il n'avait que 52 ans, mais il en paraissait 60 » remarque l'un de ses subordonnés, le général Maximilien Sébastien Foy. Richard Humble juge sévèrement la façon dont le maréchal a conduit la bataille de Buçaco, qualifiant sa décision d'attaquer frontalement les lignes anglo-portugaises d'« ahurissante » et commentant cet échec comme l'une des performances les plus décevantes de sa carrière[71]. Cela ne l'empêche pas pour autant de redevenir le meilleur de lui-même à la bataille de Fuentes de Oñoro où la victoire lui échappe de justesse[70] et il s'agit de la campagne où Masséna repousse Wellington dans ses retranchements comme aucun autre commandant militaire français ne l'a fait avant lui. Pour cette raison, il figure selon Humble parmi les meilleurs maréchaux déployés dans la péninsule Ibérique, derrière Soult mais devant Marmont et Suchet, et comme le meilleur tacticien français du secteur[72]. Pour sa part, l'historien Oleg Sokolov, classant les mérites des grands capitaines de l'armée impériale, reconnaît à Masséna de remarquables capacités militaires, du charisme et une carrière prestigieuse, mais estime tout de même ses talents inférieurs à ceux de Davout et de Suchet[73]. Napoléon, qui s'est plaint dans la dernière partie de sa carrière de la baisse des qualités physiques et intellectuelles du maréchal, lui a cependant rendu hommage en parlant de lui comme d'un « homme supérieur », capable de « garder son sang-froid dans la fureur de l'action » et dont le « talent grandissait au milieu du danger ». L'Empereur ajoute à ce sujet : « était-il vaincu, il recommençait comme s'il eût été vainqueur »[74].

Masséna franc-maçon[modifier | modifier le code]

Portrait du maréchal Masséna (par Flavie Renault d'après le baron Gros, 1834).

Le 13 avril 1784, Masséna est reçu apprenti dans la loge Les Élèves de Minerve, à Toulon. Sa progression au sein de la hiérarchie de cette loge est rapide et il en devient maître de cérémonie dès le 15 août de la même année. Le 27 septembre 1787, le Grand Orient crée la loge de La Parfaite Amitié au sein même du régiment Royal-Italien, dont Masséna devient le président[75].

En 1804, année pendant laquelle il est nommé maréchal, il participe à la réorganisation des obédiences françaises. Alexandre Roëttiers de Montaleau, directeur de la Monnaie et grand officier du Grand Orient de France, le sollicite pour offrir à Napoléon le titre de grand maître de cette obédience. En novembre 1804, Masséna devient grand représentant du grand maître du Suprême conseil. À ce titre, il est l'un des négociateurs du concordat établi entre le Grand Orient de France et le Suprême conseil. Sous l'Empire, il est membre de la Sainte Caroline[76], une loge parisienne très sélective et particulièrement recherchée pour sa mondanité. Il est également « vénérable d'honneur » dans différents ateliers maçonniques, comme Les Frères réunis à Paris, La Parfaite Amitié à Toulon, L'Étroite Union à Thouars ou encore Les Vrais Amis réunis à Nice[77].

Publications[modifier | modifier le code]

Statue de Masséna à Nice.
  • André Masséna, Mémoire de M. le Maréchal Masséna, sur les événements qui ont eu lieu en Provence, pendant les mois de mars et d'avril 1815, Paris, Delaunay, , 89 p. [1]
  • Frédéric Koch, Mémoires de Masséna, Paris, Paulin & Lechevalier, 1849 – 1850. [2]

La dernière réédition de ces mémoires a été réalisée par Jean de Bonnot, Paris, 1966.

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Le , il épouse Anne Marie Rosalie Lamare (1765–1829), fille d'un maître en chirurgie d'Antibes, avec qui il a quatre enfants :

  • Marie Anne Élisabeth Masséna (1790–1794),
  • Prosper Jacques Masséna (1793–1821),
  • Victoire Thècle Masséna (1794–1857), se maria avec le maréchal Reille (1775–1860) ancien aide de camp de Masséna et de Napoléon. De cette union, naquirent 4 fils, dont l'un René Reille (1835–1898) se maria avec Geneviève Soult de Dalmatie (1844–1910), fille de Napoléon-Hector Soult de Dalmatie et petite-fille du maréchal Soult, et un autre, Gustave-Charles-Prosper Reille (1818–1895), qui lui se maria avec sa cousine germaine Françoise Anne Masséna (1824–1902), fille de François Victor Masséna (1799–1863).
  • François Victor Masséna (1799–1863).

C'est pour installer sa maîtresse Eugénie Renique, danseuse, qu'il achète à Augereau l'ancien presbytère au nord de l'église Saint-Hermeland de Bagneux[78].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Une médaille posthume à l'effigie de Masséna a été exécutée par le graveur Louis Jaley, artiste lié à la franc-maçonnerie. Un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 0358).

Une statue en son honneur a été inaugurée à Nice, le 15 août 1869 (statue de Masséna). Elle est l'œuvre du sculpteur Albert-Ernest Carrier-Belleuse.

Sources[modifier | modifier le code]

Les papiers personnels d'André Masséna sont conservés aux Archives nationales sous la cote 311AP[79].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il a sous ses ordres Napoléon Bonaparte au siège de Toulon où il fait preuve d'un courage à la limite de la témérité.
  2. Ses lettres de naturalité avaient été enregistrées le 29 décembre 1814 : "... avons dit et déclaré, disons et déclarons par ces présentes signées de notre main, voulons et nous plaît, que notre dit cousin le Maréchal Massena, Duc de Rivoli soit tenu, censé et réputé, ainsi que nous le tenons, censons et réputons pour notre naturel sujet et regnicole..." (Archives nationales, BB/11/362, dossier 1441 B 2).
  3. Napoléon déclare à Saint-Hélène : « On a accusé Masséna d'avoir préparé [en 1815] mon retour. On a eu tort. Masséna était si loin de le désirer, qu'il fit enfermer au fort Lamalgue son vieil ami Pons de l'Hérault, que je lui expédiai pour lui apprendre mon débarquement. »[54].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hulot 2013, p. 625 à 629.
  2. Hulot 2013, p. 629 à 633.
  3. Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture. Manche - Mercure, Volume 37, Paris, Belin-Mandar, Libraire, , page 295. p. (lire en ligne), " L'adjudant Masséna aima une demoiselle d'Antibes ; son affection fut partagée ; le mariage eut lieu. Mademoiselle Lamare était fille unique et riche héritière (...). La famille Lamare exigea que Masséna quittât le service : Il le quitta. "
  4. Hulot 2013, p. 634 à 641 ; 879.
  5. Montanelli et Cervi 1981, p. 58.
  6. Montanelli et Cervi 1981, p. 43.
  7. Chandler 1988, p. 404.
  8. Montanelli et Cervi 1981, p. 48 et 49.
  9. Montanelli et Cervi 1981, p. 50 à 52.
  10. Chandler 1988, p. 405.
  11. Montanelli et Cervi 1981, p. 52 à 56.
  12. Chandler 1992, p. 178 à 181.
  13. Chandler 1988, p. 414 et 422.
  14. Chandler 1988, p. 423 et 424.
  15. Mathiez et Lefebvre 1994, p. 431 et 432.
  16. Mathiez et Lefebvre 1994, p. 433.
  17. a et b Chandler 1988, p. 406 à 410.
  18. Rothenberg 1982, p. 73 à 77.
  19. Rothenberg 1982, p. 77 et 78.
  20. Chandler 1988, p. 410.
  21. Hulot 2013, p. 734 et 735.
  22. Chandler 1988, p. 410 à 413.
  23. Hulot 2013, p. 749 à 756.
  24. Hulot 2013, p. 757 à 760.
  25. Blond 1998, p. 277.
  26. Chandler 1992a, p. 506 et 507.
  27. Lefebvre 2009, p. 249 et 250.
  28. Lefebvre 2009, p. 250 et 401.
  29. Hulot 2013, p. 781.
  30. Hulot 2013, p. 782 à 784.
  31. Chandler 1992a, p. 681.
  32. Hulot 2013, p. 784 et 785.
  33. Hulot 2013, p. 786 et 787.
  34. (it) David G. Chandler, Le campagne di Napoleone, vol. 2, Milan, Bibliothèque universelle Rizzoli, (ISBN 88-17-11577-0), p. 806 à 834.
  35. Blond 1998, p. 260 et 261.
  36. (it) Gunther Rothenberg, Wagram, Gorizia, Libreria Editrice Goriziana, (ISBN 978-88-6102-011-5), p. 110 à 133.
  37. Chandler 1988, p. 415.
  38. Hulot 2013, p. 803 à 810.
  39. Blond 1998, p. 273 à 277.
  40. Hulot 2013, p. 813 et 814.
  41. Humble 1973, p. 122 à 127.
  42. Humble 1973, p. 122.
  43. Chandler 1988, p. 415 à 416.
  44. Blond 1998, p. 295.
  45. a et b Lefebvre 2009, p. 385 et 386.
  46. Chandler 1988, p. 416.
  47. Hulot 2013, p. 823 à 831.
  48. Chandler 1988, p. 416 à 418.
  49. Hulot 2013, p. 834 à 843.
  50. a et b Chandler 1988, p. 510 et 511.
  51. Hulot 2013, p. 844 à 849.
  52. Hulot 2013, p. 851 à 853.
  53. Hulot 2013, p. 855 à 863.
  54. Général Montholon, Récit de la captivité de l'Empereur Napoléon à Sainte-Hélène, T.1,Paris,1847, p. 226.
  55. Hulot 2013, p. 865 à 871.
  56. Chardigny 1977, p. 419 et 420.
  57. Hulot 2013, p. 873 à 875.
  58. a et b Béatrice Capelle et Jean-Claude Demory, Maréchaux d'Empire, E/P/A, , 287 p. (ISBN 978-2-85120-698-5), « Masséna, l'enfant chéri de la victoire », p. 26.
  59. Dunn-Pattison 1909, p. 51.
  60. Revue Napoléon, p. 126.
  61. Hulot 2005, p. 212.
  62. Jourquin 2001, p. 186.
  63. a et b Chandler 1988, p. 40.
  64. a et b Humble 1973, p. 124.
  65. a et b (en) Donald D. Horward, « André Masséna, Prince D'Essling, in the Age of Revolution (1789-1815) », sur napoleonicsociety.com, (consulté le 9 février 2018).
  66. Chandler 1988, p. 53.
  67. Chandler 1988, p. 52.
  68. Lefebvre 2009, p. 224.
  69. Hulot 2013, p. 801 et 802.
  70. a et b Hulot 2013, p. 876.
  71. Humble 1973, p. 135 et 137.
  72. Humble 1973, p. 218.
  73. Sokolov 2003, p. 109 et 110.
  74. Chandler 1988, p. 51.
  75. Yves Hivert-Messeca, La franc-maçonnerie dans les Alpes-Maritimes : deux siècles de sociabilité urbaine, Les Éditions du Cabri, , 351 p., p. 48 et 49.
  76. Dictionnaire de la franc-maçonnerie de Daniel Ligou (PUF).
  77. « Les frères Mas. et Gar. », Lou Sourgentin, no 188,‎ .
  78. Marie-Charlotte Delmas, conservateur en chef de la médiathèque, chargée du patrimoine historique dans Bagneux Infos, no 154 avril 2008, p. 31.
  79. Voir la notice sur la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • A. Lievyns, Jean Maurice Verdot et Pierre Bégat, Fastes de la Légion d'honneur : biographie de tous les décorés accompagnée de l'histoire législative et réglementaire de l'ordre, vol. 1, Bureau de l'administration, (lire en ligne).
  • « André Masséna », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition] .
  • Édouard Gachot, La troisième campagne, Paris, Plon, .
  • Frédéric Hulot, Le Maréchal Masséna, Pygmalion, , 345 p. (ISBN 2857049730).
  • Frédéric Hulot, « Le Maréchal Masséna », dans Les grands maréchaux de Napoléon, Pygmalion, , 1706 p. (ISBN 978-2-7564-1081-4).
  • Jacques Jourquin, Dictionnaire des maréchaux du Premier Empire, Christian/Jas, , 211 p. (ISBN 2-911090-06-3).
  • Alain Roullier, Masséna, la trahison, les lauriers et les ombres, France Europe Éditions, .
  • Institut Napoléon, « Revue de l'Institut Napoléon », Revue de l'Institut Napoléon, nos 145 à 149,‎ (lire en ligne).
  • Louis Hennequin, Zürich. Masséna en Suisse, messidor an VII-brumaire an VIII (juillet-octobre 1799), Paris, Librairie militaire Berger-Levrault, (lire en ligne).
  • (en) R. P. Dunn-Pattison, Napoleon's Marshals, Janus Publishing Company Lim, , 297 p. (ISBN 9781902835105), « André Masséna, marshal, duke of Rivoli, prince of Essling ».
  • (en) Richard Humble, Napoleon's Peninsular Marshals, Londres, Macdonald, , 228 p. (ISBN 0-356-04569-2).
  • (en) Gunther Rothenberg, Napoleon's Great Adversaries: The Archduke Charles and the Austrian Army, 1792–1814, Bloomington, Indiana University Press, (ISBN 0-253-33969-3).
  • (it) Georges Blond, Vivere e morire per Napoleone : vita e battaglie della Grande armata [« Vivre et mourir pour Napoléon : vie et batailles de la Grande Armée »], vol. 1, Milan, Bibliothèque universelle Rizzoli, .
  • (it) David G. Chandler, I marescialli di Napoleone, Milan, Rizzoli, (ISBN 88-17-33251-8).
  • (it) Indro Montanelli et Mario Cervi, Due secoli di guerre, vol. 2, Milan, Editoriale Nuova, .
  • (it) Albert Mathiez et Georges Lefebvre, La Rivoluzione francese, vol. 2, Turin, Piccola Biblioteca Einaudi, (ISBN 88-06-04598-9).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]