Commissaire politique

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Un commissaire politique est un officier désigné auprès d'une unité militaire et répondant à une ligne hiérarchique politique, distincte de la hiérarchie militaire.

Le commissaire politique a une fonction idéologique et de cohésion, en partie comparable à celle d'un aumônier militaire, visant à renforcer le moral des troupes et à surveiller leur fidélité, mais son autorité, contrairement à celle d'un aumônier, est supérieure à celle des autres officiers, quels que soient leurs grades, car il n'est pas placé sous leur autorité et ne doit des comptes qu'à sa propre hiérarchie politique.

Cette fonction a été créée pour la première fois pendant la Révolution française, mais le nom a acquis sa notoriété dans le cadre de la formation de l'Armée rouge.

Révolution française[modifier | modifier le code]

Historiquement, la première utilisation de cette fonction remonte à la Révolution française confrontée également à la question du contrôle des forces armées par le gouvernement révolutionnaire. Le titre, à cette époque, est celui de « Représentant en mission ».

Armée rouge[modifier | modifier le code]

Imagerie héroïque : Mort d'un commissaire politique par Kouzma Petrov-Vodkine, 1928.

En 1918, Léon Trotski créa cette fonction dans l'Armée rouge, afin de s'assurer le contrôle des officiers et soldats issus de l'armée tsariste. Les commissaires politiques étaient nommés par le Conseil des commissaires du peuple.

Chaque unité militaire d'une taille supérieure à celle de la compagnie avait un officier politique qui ne relevait pas de l'autorité militaire, mais répondait à une chaîne de commandement indépendante contrôlée par le pouvoir politique.

Cet officier remplissait typiquement trois types de fonctions :

  • le contrôle des décisions militaires, notamment leur conformité aux instructions des instances politiques ; il s'agissait de maintenir la hiérarchie militaire sous le contrôle étroit et permanent de l'instance politique afin notamment de prévenir les risques de coup d'État. Ainsi pour être applicables, les ordres de la hiérarchie militaire devaient être contresignés par le commissaire politique ;
  • la propagande directe auprès de l'unité ;
  • une fonction disciplinaire étendue qui lui permettait de révoquer tout militaire de tout grade, de constituer et présider des cours martiales ad-hoc, de prononcer des sentences exécutables immédiatement et de nommer un remplaçant ou de se substituer au militaire révoqué.

Organisation et fonctionnement[modifier | modifier le code]

Militaires nazis et soviétiques fraternisant en septembre 1939 sur les ruines de la Pologne démembrée selon le pacte Hitler-Staline : les hommes à casquette portent l'uniforme des commissaires politiques et de leurs assistants... que les nazis chercheront à exterminer un an plus tard.
Image héroïque d'un commissaire politique soviétique menant les soldats du 220e régiment d'infanterie à l'assaut en première ligne, front de l'Est, Ukraine, 12 juillet 1942. En réalité, les commissaires, rares et donc précieux, ne devaient pas s'exposer ainsi.

Staline se servit (entre autres) des commissaires politiques pour « purger » l'Armée rouge de ses cadres jugés politiquement douteux en 1936-1938, ce qui élimina un grand nombre d'officiers compétents et contribua à ouvrir à l'Allemagne nazie, en 1941, la route de Léningrad, de Moscou et de Stalingrad[1]. En 1942, quelques-uns de ces officiers furent ramenés du Goulag au front afin de rétablir la situation[2].

D'octobre 1942 jusqu'à la fin de la guerre, les prérogatives des commissaires politiques sont réduites[3] et la hiérarchie militaire reprend la conduite des opérations.

Travaillant en coordination avec le NKVD, les commissaires politiques étaient généralement attachés au niveau du bataillon[4]. En 1937, des officiers politiques subalternes dénommés politrouk (политру́к, qui est une abréviation de « directeur politique ») pouvaient être affectés à des unités de moindre importance. En 1942 tous les commissaires politiques prennent le titre de politrouk[5].

Uniforme[modifier | modifier le code]

Les commissaires politiques portaient des uniformes proches de ceux des officiers des unités dans lesquelles ils opéraient. La principale différence étant un insigne de manche en forme d'étoile avec faucille et marteau, au lieu de chevrons et un liseré bleu pour les insignes de col[5].

"Ordre des Commissaires"[modifier | modifier le code]

Lors de l'invasion de l'union soviétique (opération Barbarossa), en plein accord avec Hitler et la haute hiérarchie nazie, le général Jodl signa les ordres permanents « des Commissaires » et « des Commandos » enjoignant de fusiller sans autre forme de procès les commissaires politiques surveillant l'Armée Rouge ou les communautés civiles (entreprises, kolkhozes, administrations, quartiers...) afin de « débolchéviser » et « déjudaïser »[6] les sociétés russe, biélorusse et ukrainienne[7]. Lors du procès de Nurenberg, ces deux ordres, en rupture avec les lois admises de la guerre, furent retenus à charge contre les dirigeants nazis. Appliqués sans discernement à tout citoyen soviétique soupçonné par les occupants d'être communiste et/ou juif (voir mythe du Judéo-bolchévisme), ces ordres s'étaient, sur le terrain, révélés contre-productifs, aboutissant à durcir le combat, à galvaniser le moral des troupes et des civils russes, et à grossir le nombre des Partisans soviétiques.

Autres pays et personnalités connues[modifier | modifier le code]

Léonid Brejnev (à droite) en 1942, commandant des commissaires politiques.

Nikita Khrouchtchev et Léonid Brejnev entre beaucoup d'autres instruisirent et commandèrent des brigades de commissaires politiques pendant une partie de la Seconde Guerre mondiale.

Pendant la guerre d'Espagne, l'Armée populaire de la République espagnole a aussi compté dans ses rangs, ainsi que dans les brigades internationales, des commissaires politiques relevant du PCE ou, comme Walter Roman, de l'Internationale communiste[8].

Nicolae Ceaușescu instruisant les commissaires politiques roumains en 1954.

Les commissaires politiques apparaissent dans les divisions alliées roumaines "Vladimirescu" et "Horia-Cloșca-Crișan"[9]. Les chefs de ces commissaires politiques étaient le colonel Mircea Haupt (membre du Parti communiste roumain et frère de l'historien communiste devenu français, Georges Haupt) et le colonel Walter Roman (ancien des brigades internationales en Espagne et père du premier ministre roumain Petre Roman). Après le 23 août 1944 quand la Roumanie déclara la guerre à l'Axe, le nombre de commissaires politiques se multiplia dans les armées roumaines et plusieurs dirigeants de la Roumanie communiste, dont Nicolae Ceaușescu, remplirent cette fonction. Les commissaires politiques roumains travaillaient en coordination avec la Securitate[10].

La notion de commissaire politique existe également dans les forces armées cubaines, dans l'Armée populaire de libération chinoise, dans l'Armée populaire de Corée du Nord et dans la branche armée du Việt Minh (où les commissaires politiques ont parfois été des étrangers : Soviétiques, Est-Allemands, Roumains, Bulgares et même un Français, Georges Boudarel).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alexandre Soljenitsyne, L'Archipel du Goulag (Seuil), et historiographie russe actuelle abondamment citée dans Le Livre noir du communisme de Stéphane Courtois.
  2. Nikolai Bugai : Correspondance Kruglov-Staline 1941-1945 Druzhba narodov
  3. Chronologie d'octobre 1942
  4. The Red Army of the Great Patriotic war 1941-1945 Steven J Zaloga Ron Volstad - Osprey Military.
  5. a et b Idem
  6. Ausrottung des Jüdischer Bolschevismus
  7. Johannes Rogalla von Bieberstein (de) « Jüdischer Bolschevismus » : Mythos und Realität, ed. Antaios, Dresde 2002, 311 p., ISBN 9783935063142.
  8. Walter Roman, Sub cerul Spaniei (« Sous le ciel d'Espagne », récit), éd. Tineretului, Bucarest 1950.
  9. Les divisions "Vladimirescu" et "Horia-Cloșca-Crișan" furent l’équivalent roumain de la division française Leclerc et combattirent en URSS contre les nazis sous le commandement des généraux Nicolae Cambrea, Iacob Teclu et Mihail Lascăr.
  10. Articles du journal Ziua ("Le Jour") no 3723 du vendredi 8 septembre 2006, du Jurnalul Național du mardi 5 décembre 2006, du Ziarul Financiar du 23 juin 2006 sur Ziarul Financiar, 23 iunie 2006 - Războiul din Est et de Journalistes on line du 7 février 2012 [1].