Histoire de l'Ukraine

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Cet article présente l’histoire de l’Ukraine.

Préhistoire et Antiquité[modifier | modifier le code]

Après les populations préhistoriques que les Grecs désignaient comme « Pélasges », les principaux groupements venus peupler ce qui est aujourd’hui l’Ukraine, durant le IIe millénaire av. J.-C., furent des indo-européens de langue iranienne septentrionale : les Cimmériens, les Scythes et les Sarmates, qui furent rejoints et influencés par les Grecs en Crimée. Un royaume Scythe hellénisé, la Bosphoranie, se forma au IIIe siècle avant notre ère, autour du « lac Méotide » ; sa brillante capitale était Panticapée (Kertch). Au Ier siècle de notre ère, celui-ci devient un état-client des Romains, devenus par la suite les « Byzantins ».

À partir du IIIe siècle de notre ère les Goths et d’autres peuples nomades se succédèrent durant le Ier millénaire av. J.-C. : la culture matérielle de ces peuples (artisanat, rites funéraires, etc.) se retrouve dans les sites archéologiques de la culture de Tcherniakov. Parmi ces peuples, les Antes sont d’un intérêt particulier pour les Ukrainiens, car on pense que les Antes sont une civilisation proto-slave. Beaucoup d’objets trypiliens remontent à cette époque. Alors que divers peuples turcophones ou finno-ougriens se succèdent d’est en ouest le long de la mer Noire (du IIe siècle au XIIIe siècle : Huns, Avars, Bulgares, Khazars, Magyars, Péchénègues, Coumans et Tatars Mongols), les tribus slaves occupent pacifiquement l’Ukraine occidentale, centrale et septentrionale à partir du VIe siècle : elles ont joué un rôle important dans la fondation de Kiev par les Scandinaves.

État de Kiev[modifier | modifier le code]

Au VIIIe siècle le commerce varègue (des Vikings orientaux) de la Baltique à la mer Noire fédère les tribus slaves, et au IXe siècle, Kiev est prise aux Khazars par le varègue Oleh le Sage, fondateur d’un "État des rameurs" ou Rodslagen, en proto-slave Rous’ : c’est l’âge d’or de sa capitale, Kiev. Le territoire de la Rous’ couvrait le Nord de l’actuelle Ukraine ainsi que la Biélorussie et l’Ouest de la Russie. De Rous’ viennent la dénomination des "Russes", mais aussi celle des "Ruthènes" ou "Russins" désignant les Ukrainiens occidentaux. Le nom d’"Ukraine", qui signifie "marche frontalière" en russe, est venu avec l’expansion de la Moscovie, bien plus tard.

Au XIe siècle, la Rous' de Kiev était géographiquement le plus vaste État d’Europe. En 988, sous le règne de Volodymyr le Grand, un missionnaire grec, Cyrille, convertit l’aristocratie kiévienne (surtout varègue) et la majorité de la population au christianisme. Sous le règne de Iaroslav le Sage, le prestige de l’État kiévien atteint son apogée : il s’étend de la Baltique à la mer Noire et du confluent de l’Oka avec la Volga jusqu’aux Carpates septentrionales. Yaroslav fut un grand bâtisseur, c’est lui qui fit construire la célèbre cathédrale Sainte-Sophie à Kiev, et un grand législateur. Le droit, l’éducation, l’architecture et l’art kiévien connaîtront un renouveau impressionnant sous son règne.

La succession au trône de Kiev n’est pas héréditaire en ligne directe : le pouvoir va au membre le plus âgé de la famille princière. Le territoire est divisé en différents apanages hiérarchisés qui, selon leur puissance, vont à un membre plus ou moins âgé de la dynastie. Le décès d’un d’entre eux entraîne le passage des autres princes à l’apanage supérieur. Ce système engendre de nombreux conflits et, à terme, la fragmentation de l’État. Kiev fut saccagée par le prince de Vladimir (1169). Les convoitises extérieures se font plus fortes. Kiev est pillée par les Coumans puis par les Tatars Mongols en 1240. Par conséquent, les principautés russes et ruthènes durent reconnaître la souveraineté des Mongols. L’autorité mongole et tatare était très cruelle, notamment en matière pénale, et, durant ces siècles de soumission, le peuple a souvent fui vers d’autres pays comme la Pologne, la Hongrie, la Moldavie ou la Crimée gréco-arménienne.

Galicie-Volhynie[modifier | modifier le code]

La principauté de Galicie succéda à l’État de la Ruthénie sur le territoire de l’Ukraine occidentale d’aujourd’hui. Elle fut la plus puissante des principautés ruthènes, englobant bientôt la Volhynie (ou Vladimirie) et faisant de la Moldavie sa vassale. Durant cette période (XIIIe-XIVe siècle), chaque principauté ruthène mena sa propre politique; celles du Nord-Est (Tchernihiv, Pereïaslavl) se rapprochèrent des principautés russes telles Novgorod ou Moscou, tandis que celles du centre (Kiev et Tourov) cherchèrent l’alliance lituanienne.

C'est en 1253 que le pape accorda au prince Daniel de Galicie (Danylo Halytskyï) la couronne royale qu’il détint jusqu’à sa mort en 1264. Mais le royaume de Galicie-Volhynie devint finalement lui aussi un vassal de l’Empire mongol, tout en continuant à rechercher l’appui des autres européens (Polonais, Lituaniens).

Domination lituano-polonaise[modifier | modifier le code]

Les contours du royaume polono-lituanien avec ses vassaux en 1619 superposé aux frontières actuelles. Rose: Pologne. Rose pâle: Borussie ou Prusse orientale. Vert: Lituanie. Jaune: Livonie. Jaune pâle: Courlande.


Durant le XIVe siècle, les Polonais et les Lituaniens combattirent les Mongols et finalement toute l’Ukraine septentrionale passa sous l’autorité de la Pologne et de la Lituanie, qui annexe Kiev en 1362. Les Tatars se maintiennent sur le littoral de la mer Noire et en Crimée; toutefois, de 1382 à 1484, le Grand Duché de Lituanie atteignit la mer Noire du côté d’Otchakiv (vers l’actuelle Odessa)[1]. La Lituanie prit le contrôle de la Volhynie au nord-ouest de l’Ukraine (y compris les régions autour de Kiev). Quant à la Pologne, elle prit le contrôle de la Galicie. À la suite de l’union entre la Pologne et la Lituanie, conclue en 1385, une intense politique de repeuplement a lieu : des Polonais, des Moldaves, des Allemands, des Arméniens et les Juifs immigrèrent dans le pays. Nombre de villes et villages furent fondés. La noblesse d’Ukraine occidentale fut souvent « polonisée ». La législation polonaise est introduite en Ukraine occidentale en 1434. Si la Pologne mène une politique relativement tolérante vis-à-vis de l’orthodoxie, le catholicisme progresse dans les territoires sous sa domination.

L’influence polonaise pénètre plus lentement dans les territoires relevant du grand-duché de Lituanie. L’orthodoxie y garde sa prédominance. Pourtant, les rapports de force au sein de l’État polono-lituanien tournent à l’avantage des Polonais. L’Union de Lublin (janvier 1569) consacre le triomphe de la Pologne. La Lituanie perd la plus grande partie de ses possessions ukrainiennes (Podlachie, Volhynie, Podolie, région de Bratslav et de Kiev). La noblesse de ces régions se polonise et se convertit au catholicisme. Le haut-clergé orthodoxe est tenté par le rapprochement avec Rome. Le métropolite de Kiev et une partie du haut-clergé, en réaction contre les interventions réformatrices du patriarche de Constantinople, se rallie à Rome lors du concile de Brešč (Brest-Litovsk) en 1596. L'Union de l'Église de la Rus' de Kiev avec Rome forma l'Église grecque-catholique ukrainienne faisant partie des uniates.

C’est durant cette domination lituano-polonaise, à partir du XVe siècle, que se formèrent les Cosaques, des paysans ruthènes orthodoxes qui refusaient la servitude et l’assimilation aux Polonais catholiques. Le royaume de Pologne les tolère et les utilise contre les Tatars, puis, à partir du XVIe siècle, contre les Turcs ottomans, devenus suzerains des Tatars de Crimée.

État cosaque, embryon de la nation ukrainienne[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, plusieurs soulèvements cosaques eurent lieu contre la noblesse polonaise dont le plus célèbre fut mené par le Hetman cosaque Severyn Nalyvaïko en 1594. L’hetman Petro Sahaïdatchnyi contribua à la création d’un centre culturel à Kiev et chercha à unifier l’armée cosaque avec la noblesse et le clergé ruthènes. En 1648, l’hetman Bohdan Khmelnytskyi se soulève à son tour contre la Pologne. Le 16 mai, allié aux Tatares de Crimée et aux Russes de Moscou, il bat les Polonais à Jovti Vody et le 26 mai à Korsoun. Ce fut le début de la guerre de libération qui ébranla les fondations et la stabilité de l’union lituano-polonaise. Ce soulèvement a finalement abouti à la naissance d’un territoire Cosaque autonome appelé « Ukraine » (« Notre Pays », en ukrainien) dans le bassin du Dniepr, entre la Pologne et la Russie. L’Ukraine de la Rive Gauche a été intégrée à la Russie en tant qu’Hetmanat cosaque par le traité de Pereïaslav en 1654 et la guerre russo-polonaise qui s’en est suivie. Les Cosaques ont combattu la Pologne, plus tard la Russie pour leur indépendance. Au tournant du XVIIIe siècle, l’Hetmanat était parmi les pays les mieux alphabétisés de toute l’Europe. Il y avait des écoles dans la plupart des villages, les Cosaques ukrainiens étaient connus pour être des personnes très bien éduquées. Les hetmans Bohdan Khmelnytskyï, Petro Sahaïdatchnyï et Ivan Mazeppa savaient parler plusieurs langues[2].

Partages, domination russe et autrichienne[modifier | modifier le code]

En 1708, l’hetman Ivan Mazeppa fait reconnaître l’indépendance par Charles XII de Suède mais dès 1709, le tsar Pierre Ier bat Ivan Mazeppa et les Suédois à Poltava. Les Cosaques deviennent vassaux de la Russie, qui les utilise dans son expansion contre l’Empire Ottoman et la Pologne. Quant au sud de l’Ukraine, il était sous le contrôle de l’Empire ottoman. En 1772, lors du 1er partage de la Pologne, la Galicie (Ukraine de l’ouest) devint autrichienne. En 1793, lors du 2e partage, Catherine la Grande, impératrice de Russie, supprime l’autonomie des Cosaques, et étend l’Empire russe jusqu’à la mer Noire. Les trois quarts de l’actuelle Ukraine sont dès lors russes. Bucovine et Bessarabie sont encore moldaves, tandis que le comté de Marmatie, l’actuelle Ruthénie transcarpatique est encore hongrois.

Les intellectuels et écrivains ukrainiens (notamment Tarass Chevtchenko) s’inspirèrent de l’esprit nationaliste qui remuait les autres peuples d’Europe soumis à divers Empires, et décidèrent de ranimer la langue ukrainienne, et les traditions culturelles ruthènes afin de constituer un État-Nation. Les Russes en particulier étaient virulents contre toute tentative de rehausser la langue ukrainienne, allant jusqu’à interdire son utilisation et son étude. Le sort des Ukrainiens était plus positif sous les Autrichiens ou les Moldaves. Au milieu du XIXe siècle se développa dans la vie intellectuelle russe, aussi bien à Saint-Pétersbourg qu'à Kiev, une ukrainophilie (en) qui allait de pair avec l'amour des paysans (fascination notamment des propriétaires polonais, appelés les chlopomanes (en), « maniaques du paysan », pour leur folklore et leur vue quotidienne) dans une contexte d'abolition du servage[3]. En 1892, Kiev compte près d’un demi-million d’habitants, mais c’est une ville russifiée, alors qu’à Lviv (Lemberg) et Tchernivtsi (Czernowitz) des associations culturelles ukrainiennes prospèrent.

L’Ukraine resta partagée entre les Empires autrichien et russe jusqu’à la Révolution de février 1917.

Indépendance (1917-1920)[modifier | modifier le code]

Cartes de l'Ukraine entre 1914 et 1920
L'Ukraine de 1793 à 1914
L'Ukraine en 1918
Les revendications territoriales de la République populaire ukrainienne
L'Ukraine en mars 1919
L'Ukraine en novembre 1919
L'Ukraine en mars 1920
L'Ukraine en juin 1920
L'Ukraine en août 1920
Revendications de la délégation ukrainienne à la Conférence de Paix de Paris (1919).
Les territoires revendiqués fin 1918 par les républiques ukrainiennes de Lemko, de Ruthénie subcarpathique et d'Ukraine occidentale.
La République populaire ukrainienne, sur le terrain.
Chars français à Odessa pendant l'intervention alliée de 1918-1919.

Alors que la Première Guerre mondiale et la Révolution russe détruisaient les Empires russe et autrichien, les Ukrainiens déclarèrent leur indépendance. Ils créèrent dès le la Verkhovna Rada dont Mykhaïlo Hrouchevsky devint président le 27 mars et le restera jusqu’au . Le 20 novembre, la Rada centrale proclame la République populaire ukrainienne, reconnue par la France et la Grande-Bretagne en janvier 1918, et déclare son indépendance le . Cependant, l’offensive des Bolchéviks contraint le gouvernement à quitter Kiev en février 1918.

En mars 1918, par l’armistice de Brest-Litovsk, Lénine livre l’Ukraine aux occupants allemands, qui permettent le retour du gouvernement à Kiev. Mais une période de terribles troubles s’ensuit : corps francs allemands, troupes russes débandées, anarchistes de Nestor Makhno, différentes factions ukrainiennes (pro-alliées, pro-allemandes ou pro-bolchéviques) s’affrontent, pillant villes et villages. Le 29 avril, Mikhaïlo Hrouchevsky est réélu président, mais un coup d’État conservateur proclame Pavlo Skoropadsky hetman de l’État d'Ukraine. Cette période d’Hetmanat sera brève puisqu’elle durera jusqu’en novembre 1918, date à laquelle une insurrection du Directoire bat l'hetman le 18 novembre près de Motovylivka. Volodymyr Vynnytchenko puis Simon Petlioura seront alors les présidents du Directoire de la République populaire ukrainienne jusqu’en octobre 1920. De plus durant l’année 1919 l’Ukraine fut secouée par de multiples pogroms contre les Juifs.

En même temps et à la suite de la chute de l’Empire austro-hongrois, un gouvernement ukrainien prit le pouvoir en Galicie le et proclama une République populaire d'Ukraine occidentale (ZUNR) 9 novembre à Lviv. Il en alla de même le dans le nord-ouest de la Bukovine et le en Transcarpathie, ainsi qu’autour de Lemko en Galicie occidentale. Mais les polonais de Galicie et les roumains de Bucovine proclamèrent simultanément leurs ralliements respectivement à la Pologne renaissante et au royaume de Roumanie, de sorte que le gouvernement de la ZUNR dut s’établir à Ternopil ; les gouvernements ukrainiens de Lemko, de Bukovine et Trancarpathie eurent des existences encore plus brèves, et l’année suivante, Polonais et Roumains furent admis à faire valoir leurs revendications à la Conférence de paix de Paris, alors que ce droit fut refusé aux Ukrainiens. Pourtant, en dépit de la guerre polono-ukrainienne de Galicie, et de sa non-reconnaissance par les puissances occidentales, le gouvernement de la ZUNR réussit à maintenir son autorité autour de Ternopil, une région de Galicie où il n’y avait que très peu de Polonais.

Le , le secrétariat d’État de la République populaire d’Ukraine occidentale conclut un accord préliminaire avec le Directoire de la République populaire ukrainienne, portant sur l'union des deux états ukrainiens. L'accord fut approuvé par la Rada de la ZUNR le et par le Directoire le , date à laquelle l'union fut officiellement proclamée. Dès lors, la ZUNR prit le nom de province de l'ouest de la République populaire ukrainienne. Mais l’union ne fut pas pleinement établie : les organismes gouvernementaux de la ZUNR continuèrent de fonctionner séparément à Ternopil.

Le , UNR et ZUNR s’unissent, mais en même temps, les Allemands se retirent, et dans le vide ainsi créé se déclenche une confuse guerre de harcèlement de type "chacun contre tous les autres" entre troupes russes blanches (dirigées par le général Dénikine et soutenues par les armées Alliées franco-britanniques), l’Armée rouge des Bolchéviks, l’armée nationaliste ukrainienne de Simon Petlioura et l’armée anarchiste. À part les deux dernières, principalement composées d’Ukrainiens, toutes ces troupes vivaient sur le pays et affamèrent les villageois ukrainiens à coups de réquisitions répétées. Au cours de cet affrontement généralisé, les Français et les Britanniques occupent Odessa, Sébastopol et d’autres ports, mais l’intervention tourne court à cause du manque de moyens engagés, des mutineries de la mer Noire et de l’hostilité de la population exaspérée par les réquisitions (mars-avril 1919).

Vers la fin de 1919 et la première moitié de 1920, les Bolcheviks finissent par l’emporter sur les autres belligérants, et la partie ex-russe de l’Ukraine, avec Kiev pour capitale, est intégrée à l’URSS créée en 1922, tandis que la partie ex-autrichienne, avec Lviv pour ville principale, est intégrée à la Pologne en 1921. La petite Ukraine transcarpatique, jadis hongroise et brièvement indépendante en novembre 1918, vota son rattachement à la Tchécoslovaquie et quant à la Bucovine, sa minorité ukrainienne se résigna à son rattachement à la Roumanie : ces deux régions évitèrent ainsi la « soviétisation ». La ZUNR continua d’exister en exil (à Berlin) jusqu’en 1923.

Période soviétique[modifier | modifier le code]

Le 30 décembre 1922, l’URSS naissait du traité qui réunissait la RSFSR, la Biélorussie, l’Ukraine et la Transcaucasie[4]. Dans le conflit qui opposa les communistes du centre (Moscou) et les partis communistes nationaux, c’est le centre qui l’emporta et imposa une fédération. Quand Joseph Staline lança le premier plan quinquennal en 1928, l’Ukraine devint l’une des sources indispensables de son financement. Les années d’industrialisation furent marquées par la construction de la plus grande centrale hydraulique de l’Europe sur le Dniepr (le DnieproGuES), ce qui contribua à l’électrification de la République, ainsi qu’une importante mise en valeur du grand bassin minier et métallurgique, le Donbass.

Le drapeau national de la RSS d’Ukraine.

Malgré une brève période d’ukrainisation à la fin des années 1920, se traduisant par le retour à la langue d’origine dans les publications, la réouverture des écoles et des universités avec un enseignement en ukrainien et la promotion des cadres nationaux, Staline ne ménagea pas pour autant ses efforts pour réprimer le moindre signe d’un réveil national ukrainien, interprété comme un rejet du pouvoir stalinien et une menace à l’intégrité territoriale de l’Union soviétique.

Victime de l’Holodomor à Kharkiv en 1933.
La formation territoriale de l'Ukraine moderne.

Le calvaire des Ukrainiens commença en 1922 avec une première famine à la suite de la guerre civile russe puis la tristement célèbre famine de 1933 que les Ukrainiens appellent l’Holodomor. Provoquée par les collectivisations des terres elle fit jusqu’à huit millions de morts en Ukraine et dans d'autres régions de l'URSS. Ce fut la dernière grande famine d’Europe. Le régime stalinien a ensuite commis d’innombrables arrestations et assassinats, surtout d’intellectuels ukrainiens. Ces exécutions et arrestations sont orchestrées durant les Grandes Purges de 1937-1938 : quelques milliers d’Ukrainiens sont exécutés ou envoyés vers le Goulag. Après l’invasion de la Pologne en septembre 1939 par les troupes allemandes puis soviétiques, l'Union soviétique annexa les régions polonaises à forte minorité ukrainienne ; les régions à minorité ukrainienne de Roumanie suivirent en juin 1940. Tous ces gains territoriaux furent incorporés à la République socialiste soviétique d'Ukraine en août 1940.

L’Ukraine agrandit ainsi son territoire, mais le régime stalinien était si répressif, que lorsque l’Allemagne nazie envahit l’URSS en 1941, certains Ukrainiens (essentiellement dans l'ouest du pays) accueillirent la Wehrmacht en libératrice. Un certain nombre d’Ukrainiens s’engagèrent notamment dans les forces de police, l’Armée de libération de l'Ukraine, les Hiwis, et la 14e division de la Waffen SS. Plusieurs milliers d’Ukrainiens rejoignirent, eux, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), réseau de Résistance nationaliste. Le , l’organisation des nationalistes ukrainiens proclama l’indépendance de l’Ukraine à Lviv. L’armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) continuera son combat contre l’armée rouge, jusqu’à son anéantissement en 1954. En 1944, l’Armée rouge "libère" l’Ukraine. Les Ukrainiens qui avaient servi les Allemands, et également les membres de l’UPA, furent en 1945, pour la plupart internés au Goulag comme traîtres (la majorité d'entre eux vont être amnistiés et libérés par Khroutchev après la mort de Staline). À la fin de la guerre, les pertes ukrainiennes s’élèvent à 8 millions de personnes[5] dont 1,377 million de militaires soviétiques de nationalité ukrainienne (15,9 % des pertes totales de l’armée rouge)[6]. En 1945, pour souligner son rôle dans la défaite des nazis, l’ONU fait de l’Ukraine, en même temps que de l’URSS et de la Biélorussie, l’un des membres fondateurs de cette organisation. L’URSS y disposera ainsi de 3 voix au lieu d’une. En outre, 4 villes ukrainiennes : Odessa, Kertch, Sébastopol et Kiev portent le titre honorifique de ville héros (accordé aux villes d'Union soviétique dont les habitants ont héroïquement combattu la Wehrmacht au cours de la Seconde Guerre mondiale).

En 1945, Staline enlève à la Tchécoslovaquie la Ruthénie transcarpatique jadis hongroise (jusqu’en 1918) et la rattache à la République socialiste soviétique d'Ukraine. Enfin, en 1954, son successeur Nikita Khrouchtchev, qui avait été élevé en Ukraine, pour marquer le 300e anniversaire du traité de Pereïaslav, transféra la Crimée à la RSS d’Ukraine, dont l’unité territoriale est ainsi parachevée. À partir de 1955, avec la relative période de libéralisation commencée sous Nikita Khrouchtchev, les communistes ukrainiens commencèrent à poursuivre des objectifs nationaux. À cette époque du dégel, dans les années 1960, il y eut un mouvement dissident en Ukraine, mené par des personnalités telles que Viatcheslav Tchornovil, Vassyl Stous, Levko Lukyanenko. Comme dans les autres républiques membres de l’URSS, les mouvements ont été rapidement réprimés, leurs membres condamnés à des peines de Goulag et d’exil. Et c’est pendant la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev que ces objectifs ont pu être concrétisés. Le Mouvement populaire d'Ukraine « Roukh », le premier parti politique indépendant ukrainien, fut ainsi fondé en 1989. En 1986, dans la ville de Tchernobyl, une explosion eut lieu dans une centrale nucléaire qui devint la plus importante catastrophe nucléaire du siècle, et qui contamina non seulement l’Ukraine, la Biélorusse et la Russie, mais aussi d’autres pays de l’Europe. Ce n’est qu’en 1989 que la libéralisation du régime soviétique et la libération de tous les détenus politiques permit aux Ukrainiens de s’organiser pour défendre leurs droits. En 1989, le Mouvement populaire d'Ukraine fut créé. Lors des élections de mars 1990, les partis ukrainiens du bloc démocratique ont alors obtenu environ 25 % des sièges au Parlement. Sous l’influence des députés démocrates, le Parlement adopta, le , la Déclaration sur la souveraineté politique de l’Ukraine. Ce fut le premier pas vers l’indépendance complète de l’Ukraine. Celle-ci fut proclamée le et confirmée par le référendum organisé le 1er décembre 1991 : 90,5 % d’électeurs votèrent pour l’indépendance. La semaine suivante, l’URSS cessa d’exister à la suite de la dissolution décidée lors de la réunion à Minsk des dirigeants russe, ukrainien et biélorusse.

Indépendance (depuis 1991)[modifier | modifier le code]

Le 12 décembre, Leonid Kravtchouk est élu président de la République. Des conflits d’intérêt opposent alors l’Ukraine à la Russie notamment sur le statut de la Crimée et sur le contrôle de la flotte de la mer Noire. En 1994, Leonid Koutchma, ancien Premier ministre, est élu à la présidence de la République et sera réélu en 1999. À partir de ce deuxième mandat, Koutchma sera de plus en plus contesté pour des affaires de corruption, d’enlèvements de journalistes et autres pressions électorales et envers la presse. Son mandat aurait dû s’achever en novembre 2004 avec l’élection présidentielle — mais la Révolution orange et l’annulation du second tour, ont prolongé celui-ci jusqu’au 23 janvier 2005.

Le , Viktor Iouchtchenko prête serment devant le Parlement, devenant ainsi officiellement le troisième président de l’Ukraine post-soviétique. Dès le 24 janvier, Ioulia Tymochenko est nommée Premier ministre par intérim. Le 4 janvier, le gouvernement ukrainien trouve un arrangement avec la Russie sur le prix du gaz naturel. Dorénavant, l’Ukraine paiera environ deux fois plus cher son gaz (95 dollars les 1 000 m³, contre 50 auparavant). Cet accord irrite fortement le Parlement, une coalition se forme pour voter une motion de censure contre le gouvernement. La 10 janvier, la motion est votée par 250 voix pour et 50 contre, sur les 450 membres du parlementaire, la majorité requise est de 226 voix. Le gouvernement restera en place jusqu’à l’investiture d’un nouveau Premier ministre. Chose qui pourrait n’arriver qu’après les élections législatives, prévu le 26 mars.

Après de longs mois de tractations et de négociations pour former une majorité au parlement et un gouvernement, Viktor Iouchtchenko décide de nommer Viktor Ianoukovytch Premier ministre le (plusieurs heures après la date limite constitutionnelle pour en désigner un), validé par le Parlement le 4. Après des mois de conflits entre Iouchtchenko et Ianoukovytch et de nombreux députés passant de l’opposition à la coalition majoritaire (de façon inconstitutionnelle, selon le président), Iouchtchenko décrète la dissolution du parlement le . La Rada suprême a qualifié cette décision d’anticonstitutionnelle. En 2010, Ianoukovytch, chef de l'opposition, remporte l'élection présidentielle. Il prend ses fonctions de président de la République d'Ukraine le . L'emprisonnement et les conditions de l'emprisonnement de son opposante Ioulia Tymochenko suscitent de vives critiques en Europe occidentale.

Fin 2013, alors qu'un accord d'association doit être signé entre l'UE et l'Ukraine, la Russie essaie de faire pression sur Kiev pour le faire changer d'avis, notamment en restreignant certains produits, en revoyant les prix du gaz et en envisageant d’imposer aux citoyens ukrainiens un passeport étranger. Moscou craint en effet que cette union se fasse à son désintérêt, alors que Vladimir Poutine ambitionne en même temps un rapprochement avec les pays anciennement soviétiques. De l'avis de l'analyste politique Vladimir Fessenko : « en mettant ainsi la pression, la Russie ne fait que pousser l'Ukraine dans les bras de l'Europe »[7].

En novembre 2013, l'Ukraine décide finalement, en raison de pressions russes[8], de refuser l'accord avec l'Union européenne et de « relance[r] un dialogue actif avec Moscou »[9]. Ce revirement entraîne d'importantes manifestations pro-européennes à Kiev rassemblant au moins 100 000 personnes, l'occupation de la place Maidan et de la mairie, avec comme mot d'ordre la démission du président Viktor Ianoukovytch[10].

Dans la semaine du 17 février 2014, les manifestations sont durement réprimées causant la mort d'environ 80 personnes. Le 22 février, le Parlement vote la destitution du président Ianoukovitch apparemment en fuite à l'est du pays. L'opposante Ioulia Timochenko est libérée et fait sa première apparition publique le soir sur la place de l'indépendance, en fauteuil roulant, après deux années de détention.

Cartes historiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Robert Magocsi, Ukraine, A Historical Atlas, University of Toronto Press, 1987, p8-9
  2. Iaroslav Lebedynsky, 2004, Les Cosaques. Une société guerrière entre libertés et pouvoir. Ukraine 1490-1790, Paris, Errance, p.201-207
  3. Daniel Beauvois, op. cité, p. 83
  4. (ru) Texte intégral du traité de la formation de l’URSS le 29.12.1922
  5. (en) http://www.infoukes.com/history/ww2/page-17.html
  6. (ru) http://ecsocman.edu.ru/images/pubs/2006/11/21/0000295642/1999_n4_p92-101doc.pdf
  7. Pierre Avril, « La Russie tente d'empêcher les noces entre l'Ukraine et l'UE », in Le Figaro, jeudi 7 novembre 2013, page 5.
  8. Jean-Jacques Mével, « Mise en échec, l'UE laisse la porte ouverte à l'Ukraine », in Le Figaro, mardi 26 novembre 2013, page 5.
  9. Arielle Thédrel, « L'Ukraine tourne le dos à l'Union européenne », in Le Figaro, vendredi 22 novembre 2013, page 6.
  10. Au moins 100 000 manifestants à Kiev pour réclamer la démission de Ianoukovitch, Le Monde,

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Beauvois, La bataille de la terre en Ukraine, 1863-1914, Presses Universitaires du Septentrion,‎ 1993, 346 p. (ISBN 9782859394295)
  • Arkady Joukovsky, Histoire de l'Ukraine, Paris, Aux Editions du Dauphin,‎ 1993, 1e éd. (ISBN 978-2-7163-1057-4, LCCN 93242386)
  • Andreas Kappeler, Petite histoire de l'Ukraine, Institut d'études slaves,‎ 1997, 223 p. (ISBN 9782720403194)
  • Benoist-Méchin, L'Ukraine, des origines à Staline, Albin Michel, 1941
  • (en) Subtelny, Orest, Ukraine, A History, Toronto, University of Toronto Press,‎ 2000, 3e éd., poche (ISBN 978-0-8020-8390-6, LCCN 2001268184)
  • (en) Zenon E. Kohut, Bohdan Y. Nebesio et Myroslav Yurkevich, Historical Dictionary of Ukraine, Scarecrow Press, Lanham Md, 2005, 912 p. (ISBN 978-0-8108-5387-4)
  • (en) Magocsi, Paul Robert, Ukraine, A Historical Atlas, Toronto, University of Toronto Press,‎ 1987, 3e éd., poche (ISBN 978-0-8020-3429-8)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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