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Histoire de la Slovénie

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Carte minimaliste de la Slovénie (2024).

Cet article retrace l'histoire de la Slovénie de l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui.

La Slovénie actuelle, sur un territoire de 20 273 km2, est riche d'une population de 2,1 millions de Slovènes, parlant très majoritairement la langue slovène. La démographie de la Slovénie est en progression constante lente et régulière au moins depuis 1857 (1,1 million).

La diaspora slovène est faible (peu chiffrée, sans doute inférieure à 300 000), sauf en Italie, aux États-Unis et en Argentine.

Préhistoire

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Paléolithique

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Au début du Paléolithique supérieur, l'Europe est peuplée par Homo sapiens[1]. Comme dans le reste de l'Europe, Homo sapiens entre en contact avec des populations de Néandertaliens en déclin et les remplace[2]. La grotte de Vindija, près de la frontière slovène de la Croatie, est occupée par des Néandertaliens[3].

Au plus fort de la glaciation de Würm, vers 20 000 ans AP, une grande partie de l'Europe est dépeuplée. Elle est recolonisée à partir d'environ 17 000 ans AP depuis des péninsules refuges dont celle des Balkans. Les chasseurs-cueilleurs d'Europe du Sud-Est sont alors séparés génétiquement des chasseurs-cueilleurs d'Europe centrale et occidentale depuis environ 20 000 ans[4].

Néolithique

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Flûte de Divje Babe.

L'agriculture et l'élevage arrivent en Europe par des populations venues d'Anatolie, qui se sont établies en Grèce et dans les Balkans à partir d'environ , avant de s'étendre progressivement vers l'Ouest[5]. Les deux courants principaux de néolithisation de l'Europe sont issus d'une seule et même source commune ayant connu un mélange mineur avec les chasseurs-cueilleurs rencontrés sur le chemin, probablement dans les Balkans, en amont de leur séparation vers un courant danubien et un courant méditerranéen[6].

La culture de Lengyel s'étend d'environ 5000 à 3400 av. J.-C. Elle est centrée sur le Danube et inclut l'est de la Slovénie[7]. L'ouest du pays appartient à la culture de la céramique cardiale[8].

Des restes de sites palafittiques préhistoriques sont trouvés dans le marais de Ljubljana dès 1875 par Dragutin Dežman[9] et la datation au carbone 14 leur donne jusqu'à 7000 ans d'âge ; on y trouve notamment la roue des marais de Ljubljana, la roue en bois la plus ancienne qui ait été découverte[9].

Âge du bronze

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La culture des champs d'urnes s'étend en Slovénie lors de l'étape moyenne du bronze final (bronze final IIb et IIIa, environ 1 150 à 950 av. J.-C.)[10],[11],[12].

Âge du fer

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La Slovénie fait partie du complexe italique de l'âge du fer[13].

L'Âge du fer émerge en Grèce progressivement au cours du XIIIe siècle av. J.-C. Le début du premier âge du fer (vers 800-450 av. J.-C.) dans le sud-est de l'Europe est caractérisé par un certain nombre de changements sociaux importants. Dans de nombreux cas, ces développements semblent avoir été liés à l'intensification des contacts et des échanges entre les communautés situées autour de la partie nord de l'Adriatique et, plus largement, avec les sociétés urbanisées du monde méditerranéen élargi. Ces changements sont marqués dans l'est de la Slovénie, ainsi que dans la zone plus large entre les Alpes orientales et la Pannonie occidentale, par l'émergence de nouveaux centres de population sous la forme de grands forts situés sur des collines associés à de vastes cimetières de tumulus et, dans certains cas, de preuves de travail du fer[14]. Dans le groupe Dolenjska du début de l'âge du fer du sud-est de la Slovénie et du nord de la Croatie, les rites funéraires passent des inhumations par crémation dans des cimetières plats à l'inhumation, généralement avec plusieurs tombes sous d'importants tumuli en terre et comprenant souvent des quantités importantes de biens funéraires. Ces nouveaux forts et les cimetières associés témoignent de l'émergence de hiérarchies sociales étendues basées sur le contrôle et l'exploitation de la production et du commerce interrégional de produits de base tels que le fer, le sel et l'ambre[14].

Peuples de la Pannonie.
Peuples de la Pannonie.

Aux temps anciens, le territoire de l'actuelle Slovénie était peuplé de Celtes, d'Illyriens et de Pannoniens. L'Empire romain conquit la région au Ier siècle, après 200 ans de lutte contre les tribus locales. Les plus importantes cités antiques de la région incluent Celeia (aujourd'hui Celje), Emona (Ljubljana), Nauportus (Vrhnika) et Poetovio (Ptuj).

Royaume celte

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Au XIIe siècle av. J.-C., au début de la culture de Hallstatt, les Illyriens sont établis sur les côtes nord et est de la mer Adriatique, depuis la Vénétie jusqu'à l'Épire. Les Illyriens ont émergé de la fusion entre une population indo-européenne issue de la culture Yamna, parvenue dans les Balkans vers , et une population néolithique locale, ce qui a formé les cultures de l'Âge du bronze « proto-illyriennes »[15].

Norique, région où habitent les Taurisques.

Au IVe siècle av. J.-C., les casques de Negau sont fabriqués à Ženjak, près du village de Negova (en)[16]. Dans la deuxième moitié du Ier millénaire av. J.-C., la région a été occupée par les Vénètes, les Iapodes illyriens, puis, à partir du IIIe siècle av. J.-C., par les Celtes Taurisques[17].

Le terroir de Nauportus (aujourd'hui Vrhnika) et la haute vallée de la Ljubljanica est probablement à l'extrémité occidentale du territoire des Taurisques, un ensemble de peuples celtes[18] du Norique qui vivaient au milieu des populations illyriennes et thraces[19]. Nauportus est un port fluvial important sur la grande voie protohistorique qui relie le bassin du Danube à l'Italie du Nord[20]. Les marchandises qui remontent la Save et la Ljubljanica en arrivant par bateau du Danube empruntent à partir de Nauportus une route terrestre pour traverser le plateau de Hrušica et parvenir à la côte adriatique, et vice versa[21].

En 178 av. J.-C., les Taurisques fournissent aux Romains un contingent allié de 3 000 soldats contre les peuples de l’Istrie (Iapodes et Liburniens), alors que quelques-unes de leurs bandes affrontent en 129 av. J.-C. le consul Caius Sempronius Tuditanus[22].

Époque romaine

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Provinces et cités romaines, vers 100, avec la forme de la Slovénie moderne superposée.

Emona, aujourd'hui Ljubljana, fait partie de la Regio X Venetia et Histria dès la création de cette région[23],[24]. Octave conquiert l'intégralité du territoire de la Slovénie d'aujourd'hui[25].

Claustra Alpium Iuliarum.

En l'an 6 de notre ère, la Grande Révolte illyrienne éclate dans les régions au sud de l'Istrie. Par la suite, afin de protéger l'Italie, une série de murs et de fortifications sont progressivement érigés autour de la zone stratégique de Postojna : c'est la Claustra Alpium Iuliarum[26]. La plupart des constructions datent d'après 284 sous Dioclétien et Constantin Ier à la suite d'une invasion majeure du nord de l'Italie par les Alamans en 271[27]. Le système de fortifications comprend Forum Iulii (dans la région de l'actuelle Cividale del Friuli), Tarsatica (dans la région de l'actuelle Rijeka) et suit la vallée de la rivière Idrijca. Il s'étend de Postojna jusqu'aux collines au sud d'Emona[réf. souhaitée].

La grande voie romaine qui relie Aquilée à Emona en passant par le col et la forteresse d'Ad Pirum, la Via Gemina, fusionne à Nauportus avec une autre voie venant de Tergeste et de l'Istrie en passant à l'est du massif du Nanos par les cols de Razdrto et de Postojna[réf. souhaitée]. La route d'Emona reprend la grande voie protohistorique qui reliait le bassin du Danube à l'Italie du Nord, une des routes de l'ambre[28].

Époque romaine tardive et christianisme

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La préfecture d’Italie vers l’an 400.

Selon la division de l’empire envisagée par Constantin Ier, il semble que les trois diocèses de Macédoine, de Dacie et de Pannonie aient dû revenir à Flavius Dalmatius, petit-fils de Constance Chlore, élevé en 335 au rang de césar[29]. Après une série d'assassinats, les fils de Constantin Constantin II, Constance II et Constant Ier[30] se partagent le territoire[31],[32].

En janvier 350, l'usurpateur Magnence se fait proclamer empereur[33]. Constance II marche rapidement contre lui et le bat à Mursa sur la Drave en Illyrie, le contraignant à se replier en Gaule. Ses dernières émissions de monnaie forment le trésor d'Emona[34].

En 364, Valentinien Ier (r. 364-375) partage l’empire avec son frère Valens (r. 364-378). Il garde pour lui les deux préfectures occidentales (Gaules et Italie-Illyricum-Afrique) et laisse l’Orient à son frère[35]. La préfecture du prétoire d'Illyricum est entre Orient et Occident, ce qui lui donne une existence agitée[36]. En 379, l’Illyricum est dédoublé et sa partie Ouest est rattachée à l’Occident[37]. Il réintègre l'Italie-Illyricum-Afrique en 380 ou 381[38].

Antiquité tardive

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invasions du IIe   au   Ve siècle
Les mouvements migratoires du IIe au Ve siècle.

Vers la fin du IIIe siècle, les Lombards quittent la région située entre la mer du Nord et Hambourg sur l’Elbe pour se diriger vers la Moravie et la Pannonie. De petites incursions dans les territoires contrôlés par Rome sont repoussées, ou se traduisent par des rectifications mineures de la frontière[39]. En 392, on voit apparaître pour la première fois dans les sources le nom d’Alaric, descendant de la famille aristocratique des Balthes et chef d’un nouveau peuple émergeant, les Wisigoths[40].

La mort de Théodose à Milan en 395 dégage les parties de leurs obligations ; les Goths reçoivent ainsi la permission de retourner à l’Est mais se rendent alors compte bientôt que les territoires qui leur avaient été alloués ont été dévastés par les Huns. Amer, Alaric se dirige vers Constantinople pour obtenir de force un nouveau traité[41]. L’Illyricum se divise en un « diocèse d’Illyricum » (nouveau nom du "diocèse de Pannonie") rattaché à la préfecture italienne, et une « préfecture du prétoire d’Illyricum », partie intégrante de l’empire d’Orient[42],[43].

Situation historique vers 560 après J.-C. — avant l'invasion des Avars pannoniens — selon Francis Dvornik (1949–1956).

Arcadius, qui a hérité de l'Orient, charge les Wisigoths d'occuper l'Illyrie. En 397, les Goths occupent la région puis l'abandonnent en 401, probablement en raison du développement du sentiment anti-Goths en plein essor en Orient et du caractère âpre de la région. Les bandes se mettent en route vers l'Italie toute proche en longeant les rivages de l'Adriatique[44].

Afin de s’allier Arcadius pour se défendre, Stilichon, général de l'Occident, lui cède l’Illyricum[45],[46]. Après quelques années, Stilichon planifie une expédition pour récupérer l’Illyrie, mais doit renoncer à cette entreprise en 406, lorsque, de façon imprévue, des bandes de Germains venant de Norique et de Rhétie traversent les Alpes sous la conduite de Radagaise, ravagent la Cisalpine et marchent vers Rome en demandant des terres[47].

Pour sa part, Alaric amène ses propres troupes sur la frontière italienne en 401 et exige du gouvernement impérial de Ravenne une importante compensation financière[48].

Les Ostrogoth, après avoir conquis l'Italie, maintiennent l'empereur romain comme chef honoraire de l'État jusqu'à ce qu'Odoacre dépose le jeune Romulus Augustule en 476 et renvoie les insignes du pouvoir impérial à Constantinople, mettant ainsi fin au système de la double monarchie[49]. Clovis Ier entreprend probablement deux guerres contre les Alamans entreprenants après l’effondrement de la domination romaine en Gaule : ils franchissent le Rhin et s'avancent à l’est dans la province de Norique[50].

Carantanie / Carinthie (vers 600-800)

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Migrations slaves

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Aux VIe et VIIe siècles, une partie des Slaves migre vers le sud contournant les Carpates, arrive dans la plaine pannonienne et en Dacie. Parvenus au Danube, alliés aux Avars (eux-mêmes arrivés en 567) les Slaves font irruption au sud du fleuve, atteignant l’Empire romain d'Orient. Ils pénètrent dans les Balkans et atteignent l’Adriatique. Vers 548, ils sont en Illyrie (en Carinthie, en Istrie et en Albanie), provoquant l’abandon du limes oriental[51],[52],[53]. Selon Udolph, la « migration des Slaves du Sud se déroule en deux grands flux séparés, dont un passe à travers la porte de Moravie vers la Slovénie, la Hongrie et la Croatie[54][55].

Dans le nord-est de la Slovénie, des datations au radiocarbone remontant au premier tiers du VIe siècle témoignent d'une implantation slave à cette époque[56],[57]. La langue slovène a de nombreux dialectes et des influences slaves du sud et de l'ouest ainsi que la toponymie et l'onomastique slaves des Alpes orientales[58].

Les débuts de la présence slave dans l’Empire d’Orient sont contemporains de l'arrivée des Antes aux bouches du Danube, et des Sklavènes dans l’Illyrie, la Dalmatie, la Mésie et la Thrace. Entre la fin du VIe siècle et le début du VIIe siècle, l’irruption des Avars bouleverse cette relative stabilité, mais il semble que les Slaves aient recommencé leurs mouvements auparavant : les chroniques syriennes datent de 551 mentionnent une seconde vague d’invasion qui atteint la mer Égée[59].

À partir de l’an 588, les Slaves s’installent dans le bassin hydrographique de la rivière Save et en 591 dans celui de la rivière Drave, jusqu’à sa source sur les champs de Dobbiaco. Là, leur progression est arrêtée en 592 par les garnisons bavaroises du duc Tassilon Ier, intronisé par le roi mérovingien Childebert II, mais en 595 les Bavarois sont battus par les forces combinées des Slaves et des Avars, ce qui crée une nouvelle frontière plus occidentale entre les royaumes francs et le khaganat avar[60].

Implantation slave vers 631 à l'époque du roi slave Samo.

En 623, les Slaves de la Slovénie moderne sont probablement alliés au royaume de Sámo[61] et en 626, ils sortent de leur alliance avec les Avars à la suite de la défaite des armées slaves et avares devant Constantinople[62].

Au cours des années 740 et 750 un knèze de Carantanie est mentionné par le nom de Borouth, peut-être Boris (du proto-slave bor, « combat »)[63]. À cette époque, la principauté passe sous la domination du duché de Bavière, quand le knèze demande une assistance militaire au duc Odilon contre les Avars[64].

Une fois la Carantanie devenue vassale de la Bavière, les peuples doivent abandonner la religion slave et adopter le christianisme. De nombreux missionnaires sont d’origine bavaroise, mais certains sont des moines irlandais[64].

Carantanie vers 800.

En 828, à la suite de la rébellion du prince Ljudevit Posavski (mort en 823) contre l'empereur Louis le Pieux, la Carantanie est gouvernée par un margrave de l’Empire carolingien. Après la révolte, la colonisation germanique progresse dans un pays jusqu’alors slave. Les suzerains carolingiens créent des châteaux en bois et des grandes fermes fortifiées (ëtselderhaufen en germanique, dvori en slave), confiées à leurs vassaux[65]. L’Église se voit attribuer de grands domaines confiés aux évêques bavarois de Salzbourg, Passau, Brixen et Freising ou aux monastères. Les colons germaniques introduisent de nouvelles méthodes d’exploitation des terres. Le monde rural se divise en paysans libres et indépendants (Grʊnter soit « terriens » ou gruntar) et serfs (kaiserlicher Leibeigener ou kajžarski podložniki). Ils forment des communes (Gemeinde ou srenja) dirigées par un maire (ɡrʊntmeister ou župan) qui fait le lien entre les seigneurs et la commune[66].

Francie orientale (en jaune orangé).

Domination allemande/germanique (843-1914)

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En 843, le territoire passe dans les mains de Louis le Germanique, roi de Francie orientale. En 876, le futur roi et empereur Arnulf dit « de Carinthie », un descendant illégitime de Louis, est nommé duc de Carinthie dans le cadre du royaume des Francs orientaux[67]. Après sa mort en 899, la Carantanie revient sous la suprématie du duché de Bavière renouvelé. La marche de Carantanie est séparée de la Bavière et élevée au duché de Carinthie après la destitution du duc Henri le Querelleur en 976.

Duché de Carinthie

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Europe du Sud-Est (vers 890).
Duché de Bavière (907–1623) vers 950-970.

En 899, la Carantanie revient sous la suprématie du duché de Bavière renouvelé. La marche de Carantanie est enfin séparée de la Bavière et élevée au duché de Carinthie après la destitution du duc Henri le Querelleur en 976.

Dès le IXe siècle, les territoires habités par les Carinthiens, plus tard les Slovènes, tombent sous une domination étrangère, notamment un contrôle partiel et coopératif par la Bavière et les ducs de la république de Venise.

Les attaques des Hongrois, établis depuis 896 dans la plaine de Pannonie, forcent le Saint-Empire romain germanique à consolider ses marches alpines. En 952, l'empereur Othon Ier le Grand fonde un duché de Karananie dont les frontières incluent une partie de la Slovénie. Des colons allemands repoussent la langue slovène jusqu'au sud de la Drave. Le Saint-Empire réorganise à plusieurs reprises ces provinces et, face au péril des Hongrois, créée des marches : la marche de l'Est, future Autriche, la marche de Carinthie, les régions de la Drave et de la Save, l'Istrie, tous territoires qui englobent des Slovènes.

Les manuscrits de Freising, datant du 10e siècle, sont le plus vieux document en slovène ayant survécu jusqu'à aujourd'hui.

Les trois duchés dorénavant nommés Carinthie, Styrie et Carniole, tout en demeurant sous le sceptre nominal du Saint-Empire, passent sous la dépendance immédiate de plusieurs familles ; du onzième au quatorzième siècle, le territoire qui devient plus tard la Slovénie est gouverné par plusieurs familles nobles dont la maison de Sponheim, les Meinhardiner (en), les comtes de Celje (de) et enfin la maison de Habsbourg[68].

À la fin du XIIIe siècle, la montée en force de Venise attache à la cité des doges la région et une partie de la côte Adriatique qu'elle conserve jusqu'en 1727, gagnant ainsi sur l'espace slovène.

Habsbourg (XIVe siècle)

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La première mention d'un « peuple slovène » date du seizième siècle[69].

Les Slovènes habitant les provinces de la Carinthie, la Carniole et la Styrie vivent sous la domination des Habsbourg à partir du XIVe siècle. L'empereur Rodolphe Ier (1273-1291) investit ses deux fils Rudolf et Albert des duchés d'Autriche, Styrie, Carinthie, Carniole[70],[71],[72].

Jusqu'en 1414, les ducs de Carantanie sont investis lors d'une cérémonie tenue en slovène.

Cette domination est contestée au XVe siècle par les comtes de Celje. Leur fin à Belgrade en 1456, où le dernier des comtes est tué par Jean de Hunyadi, prince hongrois, met un terme à l'embryon d'un État slovène. À la fin du siècle, la grande majorité des territoires habités par des Slovènes est rattachée à la monarchie de Habsbourg. On les retrouve dans la région d'Autriche intérieure et les Slovènes forment la majorité de la population du duché de Carniole, du comté de Gorizia et Gradisca, de la Basse-Styrie et du sud de la Carantanie[70],[71],[72]. En dehors du contrôle des Habsbourg, ils sont également une minorité importante de la région de Trieste[73].

Tandis que les élites de ces régions se germanisent, les populations paysannes résistent fortement à la germanisation et conservent leur culture et leur langue. Après avoir subi l'influence de la Réforme au XVIe siècle, la région est recatholicisée sous le règne de l'archiduc Ferdinand d'Autriche (règne 1590-1637), qui devient plus tard empereur et poursuit une politique identique dans les autres territoires des Habsbourg[74].

La Slovénie est sous la domination des Habsbourg jusqu'en 1918, sans statut juridique spécifique mais en ayant des députés à Vienne.


Provinces illyriennes

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Provinces illyriennes (1809-1813/1814).

Durant une parenthèse de quatre ans, une partie du territoire de l'actuelle Slovénie et de la Croatie passe sous la tutelle de Napoléon sous le nom de Provinces illyriennes.

Naissance du nationalisme slovène

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Répartition ethnique en Autriche-Hongrie (1910) et États proposés pour les États-Unis de Grande-Autriche (1906).

Au cours du XIXe siècle, des intellectuels codifièrent le slovène pour en faire une langue littéraire, tandis qu'un nationalisme balbutiant commençait à réclamer l'autonomie de la Slovénie à l'intérieur de l'Empire austro-hongrois. À la fin du siècle, les Slovènes ont leur propre langue codifiée, un taux d'alphabétisation très élevé, et de nombreuses associations nationalistes de petite envergure naissent[75].

Le mot « Yougoslave » apparaît au milieu du XIXe siècle dans les milieux des patriotes croates et slovènes en lutte contre la domination autrichienne ; il remplace à l'origine celui d'« Illyrien » dont l'usage avait été interdit par les Autrichiens[76]. Il donne ensuite son nom à l'« idée yougoslave », c'est-à-dire au projet, mûri dans les milieux de l'opposition à l'Autriche, d'une union des Slaves du Sud (Serbes, Croates, Slovènes…) au-delà des barrières linguistiques et religieuses[77][78].

Le pont de Solkan (en) est construit en 1906.

Le séisme du 14 avril 1895 à Ljubljana cause des dommages importants[79],[80]. La reconstruction permet de moderniser rapidement les infrastructures de la ville à l'initiative des maires Ivan Hribar et Ivan Tavčar. Les architectes Max Fabiani et Ciril Metod Koch (en) conçoivent un nouveau centre-ville inspiré par le mouvement artistique de la sécession viennoise. En parallèle, le port de Trieste voit venir toujours plus de Slovènes : en 1910, on compte plus de Slovènes à Trieste qu'à Ljubljana et ils forment environ un tiers de la population de la ville[81].

Au début du vingtième siècle, des centaines de milliers de Slovènes quittent la région pour d'autres lieux. La majorité se dirige vers les États-Unis, mais d'autres partent en Amérique du Sud, en Allemagne[82], en Égypte[83] et dans des grandes villes de l'Empire austro-hongrois, notamment Zagreb et Vienne. Environ 300 000 Slovènes émigrent entre 1880 et 1910, soit un Slovène sur six[84].

Première guerre mondiale (1914-1918)

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La Première Guerre mondiale touche durement le pays, notamment sur le front de Soča à l'ouest du pays. Après que la bataille de Caporetto annonce la fin des combats sur le sol austro-hongrois en 1917, le Parti populaire slovène demande l'instauration d'un État semi-autonome regroupant les Slaves du Sud. Cette revendication est rapidement reprise par l'ensemble du spectre politique local sous le terme de Mouvement de la Déclaration[85].

État des Serbes, Croates et Slovènes

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Rapidement après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le gouvernement serbe, membre de la coalition alliée, expose ses buts de guerre, rendant public son souhait de créer un État regroupant autour du royaume de Belgrade l'ensemble des Slaves du Sud, alors essentiellement placés sous le sceptre de François-Joseph, puis de Charles Ier, son successeur à la tête de l'Autriche-Hongrie[86]. Ainsi, dès le mois de , le gouvernement serbe planifie un accroissement territorial important aux dépens de la double monarchie[87].

Le , le conseil national des Slaves du Sud, exerçant son autorité sur les territoires slaves du Sud de l'empire d'Autriche, proclame les droits à l'autodétermination des Slaves du Sud[88]. Le même jour, la diète du royaume de Croatie proclame la rupture des liens existants avec le royaume de Hongrie[89],[90].

manifestation
Proclamation de l'indépendance de l'État des Slovènes, Croates et Serbes à Ljubljana le .

Le , le nouvel État est officiellement proclamé indépendant de l'Autriche et de la Hongrie[91]. De plus, souhaitant rapidement affirmer cette indépendance par un acte politique fort, ses représentants ordonnent la rupture des communications entre l'Armeeoberkommando, le commandement austro-hongrois, et les unités austro-hongroises en retraite depuis les positions qu'elles occupent en Serbie, en Albanie et au Monténégro[92]. Le nouvel État est perçu par les vainqueurs comme une solution provisoire, prélude au partage entre l'Italie et la Serbie de la côte adriatique de la double monarchie[93].

Pour cette raison principalement, l'État ne jouit d'aucune reconnaissance internationale. Son nom même est le fruit d'un compromis vite remis en cause sous la pression des Serbes, jouissant alors du prestige des vainqueurs : lors de sa constitution, les élus qui ont proclamé son émancipation du sceptre des Habsbourg ont appelé le nouvel État l'« État des Slovènes, Croates et Serbes », mais, parmi ces élus, les représentants serbes, soutenus par le gouvernement de Belgrade, obtiennent son changement de nom, imposant la titulature d'« État des Serbes, Croates et Slovènes »[94]. Pour les Slovènes, ce nouvel État éphémère a néanmoins constitué le premier État national indépendant, jalon pour la construction d'une identité nationale propre[93].

Première Yougoslavie (1918-1945)

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République de Prekmurje (1919).

C'est au lendemain de la Première Guerre mondiale que la Yougoslavie (littéralement, « pays des Slaves du Sud ») est créée, sur un territoire qui forme aujourd'hui celui de sept États européens différents : la Serbie, la Croatie, la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Macédoine du Nord et le Kosovo. Fin 1918, elle fusionne avec le royaume du Monténégro puis avec l'État des Slovènes, Croates et Serbes, une éphémère entité au sein de laquelle s'étaient réunis divers anciens territoires austro-hongrois peuplés de Slaves. Cette union donne naissance au royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Sur le plan religieux, les Serbes et les Monténégrins sont pour l'essentiel orthodoxes, tandis que les Slovènes et les Croates sont majoritairement catholiques ; à cette division s'ajoute la présence d'une importante minorité de Slaves musulmans, héritée de la domination ottomane[77]. Certains membres des cercles dirigeants de Belgrade tendent à considérer que les Serbes se trouvent en pays conquis dans le reste de la Yougoslavie et qu'une grande partie des autres peuples du royaume, anciennement austro-hongrois, appartiennent au camp des ennemis vaincus. La conséquence en est une hostilité grandissante envers le régime monarchique chez de nombreux Croates, mais aussi dans les autres communautés comme les Bosniaques ou les Slovènes[95].

Carte des provinces de la Yougoslavie de 1929 à 1939
Les banovines du royaume de Yougoslavie avant 1939.

Si la Yougoslavie bénéficie de la protection du Royaume-Uni et de la France, pays puissants mais lointains, ses relations avec ses voisins immédiats sont difficiles, voire franchement mauvaises : elle connaît avec eux une série de contentieux plus ou moins graves pour des questions de territoires, de frontières ou de populations. Immédiatement après la Première Guerre mondiale, un litige éclate avec l'Italie qui prend possession d'anciens territoires austro-hongrois peuplés non seulement d'Italiens, mais aussi de Slovènes et de Croates. Les Italiens revendiquent en outre Fiume et sa région. Le traité de Rapallo de 1920 fixant la frontière entre les deux pays, puis le partage en 1924 du territoire de Fiume, ne mettent pas fin aux tensions italo-yougoslaves. Le régime de Benito Mussolini a en effet des vues sur la Dalmatie, où vit une minorité italienne et où l'Italie possède déjà une exclave, la province de Zara[96]. L'Italie fasciste se livre en parallèle à une « italianisation » brutale des populations slovènes de Vénétie julienne ; elle s'emploie par ailleurs, pour mieux encercler les Yougoslaves, à satelliser l'Albanie[97].

En 1929, devant l'incapacité du système parlementaire à résoudre les problèmes entre nationalités, le roi Alexandre Ier abroge la constitution et s'octroie des pouvoirs dictatoriaux. Le pays prend pour l'occasion le nom officiel de royaume de Yougoslavie[98],[99]. Le pays est divisé en neuf provinces ou « banovines » (banovinas), dont la banovine de la Drave qui est composée de la majeure partie de l'actuelle Slovénie[97].

Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

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Invasion allemande

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Frontières mises en place par l'occupant en Slovénie entre 1941 et 1945.

Le 6 avril 1941, la Yougoslavie est envahie par les puissances de l'Axe. Ce jour-là, une partie du territoire colonisé par les Slovènes est occupée par l'Allemagne nazie. Le 11 avril 1941, d'autres parties du territoire sont occupées par l'Italie et la Hongrie. Les Allemands occupent la Haute-Carniole, la Basse-Styrie, la partie nord-ouest de Prekmurje et la partie nord de la Basse-Carniole. Les Italiens occupent la Carniole intérieure, la majorité de la Basse-Carniole et Ljubljana, tandis que les Hongrois occupent la majeure partie de Prekmurje, qui avant la Première Guerre mondiale appartenait à la Hongrie. La résistance de l'armée du royaume de Yougoslavie est insignifiante[100].

Adolf Hitler et Martin Bormann visitant Maribor occupée en avril 1941, lançant officiellement les politiques anti-slovènes nazies.

Des dizaines de milliers de Slovènes de la Basse-Styrie et de la Haute-Carniole occupées par les Allemands se sont enfuis dans la province de Ljubljana, occupée par les Italiens, jusqu'en juin 1941[101]. Après le début de la résistance dans la province de Ljubljana, la violence italienne contre la population civile slovène rattrape largement celle des Allemands[102].

Résistance sous l'occupation italienne

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Une clôture en fil de fer barbelé devenue aujourd'hui le sentier du souvenir et de l'amitié est installée autour de Ljubljana afin d'empêcher la communication entre les militants clandestins de la ville à Ljubljana et la majorité des partisans de la campagne environnante[103].

Le 26 avril 1941, plusieurs groupes forment le Front de libération slovène, qui est la principale force de résistance pendant la guerre[104]. Son bras militaire se compose des Partisans slovènes[105], qui regroupe de nombreux vétérans de la guerre civile espagnole[106],[107].

À l'été 1942, une guerre civile entre Slovènes éclate. Le conflit oppose les Partisans slovènes et la milice anticommuniste parrainée par l'Italie, plus tard réorganisée sous le commandement nazi en tant que Garde nationale slovène. Les partisans opèrent sous le commandement du Front de libération (OF) et de la résistance yougoslave de Tito, tandis que le Pacte slovène sert de bras politique à la milice anticommuniste. La guerre civile se limite principalement à la province de Ljubljana, où opéraient plus de 80 % des unités anti-partisans slovènes, qui sont 17 500 à leur maximum en 1945[108].

Après la capitulation italienne

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Après la capitulation de l'Italie, le Front de libération redouble ses attaques contre les anti-communistes et de nombreux membres de la Milice volontaire anticommuniste slovène sont capturés et exécutés[109],[110]. La Garde nationale slovène prête assistance aux Allemands pour la déportation des Juifs de l'ancienne zone italienne[111].

Du 1er au 1943, le Front de libération organise à Kočevje une « assemblée populaire » qui proclame la volonté du peuple slovène de former une « confédération » avec les autres peuples yougoslaves et décrète le rattachement à la Slovénie de la région du littoral, pourtant largement croate[112]. Un « Comité national de libération slovène » (Slovenski narodnoosvobodilni svet ou SNOS) est créé[113],[114]. Le Comité national de libération de la Yougoslavie compte plusieurs ministres non communistes, comme l'écrivain chrétien de gauche Edvard Kocbek, membre du Front de libération slovène[115].

Résistants, 1945.

La Slovénie est une zone stratégiquement sensible du fait de la possibilité d'un débarquement des Alliés occidentaux sur les côtes de l'Istrie ; la région permet également aux résistants slovènes d'entretenir des contacts avec la résistance communiste italienne[116]. En , un accord est conclu entre le Parti communiste slovène et le Parti communiste italien pour définir leurs zones d'action respectives en Istrie et en Vénétie julienne, en fonction de la répartition ethnique entre Slovènes et Italiens[117]. Alors qu'un débarquement allié est jugé de plus en plus probable, les communistes voient leurs effectifs gonflés par l'afflux de nouvelles recrues qui fuient la conscription dans l'armée allemande[116],[110].

Le , Josip Broz Tito, lui-même né d'un Croate et d'une Slovène[118], forme son gouvernement, qui compte des ministres serbes, croates et slovènes[119].

En Istrie et en Vénétie julienne, la perspective de la victoire des Partisans relance le conflit territorial italo-slovène. Palmiro Togliatti, chef du Parti communiste italien tout juste revenu d'exil, cherche avant tout à se coordonner avec les communistes slovènes, dont il va jusqu'à soutenir les revendications. Dès , Tito appelle ouvertement à la libération des « frères » slovènes en revendiquant l'Istrie et la Vénétie julienne ; la section du PCI de Trieste rejoint alors le Parti communiste slovène. Le , le maréchal britannique Harold Alexander signe avec le chef des Partisans un accord stipulant la mise sous contrôle allié d'une zone en Istrie, à la frontière autrichienne, inquiet des revendications de Tito sur la région[117].

En mars 1945, les unités partisanes du Front de libération slovène fusionnent officiellement avec l'armée yougoslave de Tito[106],[107].

Libération et massacres

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Le 20 mars, l'Armée yougoslave lance une double offensive pour achever de chasser les Allemands et de vaincre leurs auxiliaires. En plus des combats pour libérer Zagreb, deux armées sont envoyées vers la Slovénie : la 3e, commandée par Kosta Nađ, vise la frontière autrichienne et la 4e, commandée par Petar Drapšin, la frontière italienne[120].

Avec la chute de Zagreb, plusieurs centaines de milliers de personnes se retrouvent sur les routes et se dirigent vers la Slovénie, puis vers la frontière autrichienne[121]. La Slovénie constitue le second des deux bastions regroupant les adversaires de Tito. Le 3 mai, devant l'avance des troupes communistes et en l'absence de tout plan de défense de Ljubljana, l'ensemble des groupes de l'Axe quitte la ville et se met en route vers l'Autriche[122],[123],[124].

Alors que son armée envahit le territoire slovène, Tito vise également  au mépris de l'accord signé en février  à s'emparer en Italie de l'Istrie et de la Vénétie julienne par une politique du fait accompli. Le 1er mai, les troupes yougoslaves rentrent dans Trieste. Le Comité de libération nationale italien, qui venait de déclencher l'insurrection, évacue la ville pour éviter les heurts avec les Yougoslaves. Les troupes néo-zélandaises pénètrent à leur tour dans Trieste le 2, où la garnison allemande capitule le lendemain[125]. Dans les semaines qui suivent, les Alliés occidentaux, qui veulent éviter un conflit avec les Yougoslaves, laissent les mains libres à ces derniers dans la région de Trieste[126]. Les populations italiennes sont alors victimes d'une campagne de terreur dans la ville et dans diverses zones d'Istrie et de Vénétie julienne, ainsi qu'en Dalmatie. Entre 4 000 et 10 000 Italiens  assimilés à des « fascistes » et à des « ennemis du peuple »  périssent au cours d'un « nettoyage ethnique » dont de nouveaux massacres des foibe sont l'aspect le plus emblématique[125].

Slovénie communiste, dans la Yougoslavie (1945-1990)

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Les intellectuels slovènes jouent un rôle important dans la politique yougoslave et ont notamment inspiré la réforme économique de 1965 orientée vers une certaine décentralisation. La volonté d'ouverture des Slovènes se concrétise en 1969 par le projet d'autoroute vers l'Italie. Le projet étant interdit par le gouvernement de la fédération, le gouvernement slovène de Stane Kavčič (sl) démissionne.

Au sein de la Yougoslavie communiste, la Slovénie a été la république la plus avancée et la plus prospère. Ainsi, le quart des exportations yougoslaves sont dues à la Slovénie, qui ne participe pourtant qu'à 8,5 % de la population. Avant de décéder à Ljubljana en 1980, Tito avait pour ambition de continuer à concentrer le pouvoir économique et politique entre ses mains. Mais la Slovénie s'est tournée vers la démocratie et s'est ouverte aussi bien du point de vue culturel, civique qu'économique, à un degré presque sans précédent dans le monde communiste. En , l'Assemblée générale de la république yougoslave de Slovénie adopte un amendement à sa constitution accordant le droit à la Slovénie de faire sécession de la Yougoslavie.

Création de la Yougoslavie

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Armes de l'ex-république socialiste de Slovénie au sein de la république fédérative socialiste de Yougoslavie.

La Yougoslavie sort ruinée du conflit : outre le bilan humain de la guerre, les destructions matérielles sont évaluées à 46,9 milliards de dollars, soit cinquante fois ce que représentait avant-guerre le revenu national annuel du pays[127]. Alors que le pays entame sa reconstruction, Tito entreprend après sa victoire de s'assurer un pouvoir absolu[128].

Le  deuxième anniversaire du second congrès de l'AVNOJ , l'Assemblée constituante se réunit et abolit officiellement la monarchie. Le pays devient la république fédérative populaire de Yougoslavie (par la suite « république fédérative socialiste… ») ; la Serbie (avec le Kosovo en tant que province autonome), la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Slovénie et la Macédoine deviennent toutes des « républiques populaires » fédérées[129].

S'ils réussissent à reconstituer sous leur contrôle la Yougoslavie, les communistes échouent dans leurs visées sur Trieste : après avoir occupé la ville pendant quarante jours, ils doivent l'évacuer en juin 1945. L'URSS qui souhaite éviter un conflit à ce sujet avec les Alliés, a en effet cessé de les soutenir. Les forces de Tito continuent cependant à occuper une partie de la région et à en revendiquer le territoire, au détriment de l'Italie. La « crise de Trieste » débouche sur un partage de la Vénétie julienne en deux zones d'occupation, l'une administrée par les Anglo-américains et l'autre par les Yougoslaves[125]. Le traité de Paris de 1947 accorde à la Yougoslavie l'essentiel de l'Istrie, une partie de la Vénétie julienne et l'ex-enclave italienne de Zara en Dalmatie ; la ville de Trieste et le reste de la zone que Tito voulait annexer forment le Territoire libre de Trieste, en attendant la résolution du contentieux territorial avec l'Italie. La zone passée sous autorité yougoslave connaît un exode des populations italiennes : entre 200 000 et 300 000 personnes émigrent entre 1945 et 1954, date à laquelle le Territoire libre cesse d'exister pour être partagé entre l'Italie et les républiques yougoslaves de Slovénie et de Croatie[125]. Il faut cependant attendre le pour que le traité d'Osimo mette définitivement fin à tout litige territorial entre la Yougoslavie et l'Italie, en consacrant la frontière entre les deux pays[130].

Épuration sanglante en Yougoslavie

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Ayant remporté la victoire militaire, les communistes bénéficient en 1945 d'un réel soutien populaire en raison du caractère souvent héroïque de leurs combats, de leur composition multi-ethnique, et de leur programme de fédération qui apparaît à beaucoup comme une solution séduisante aux problèmes de nationalités de la Yougoslavie. Tito use cependant d'emblée de méthodes staliniennes impitoyables pour asseoir son autorité : la fin du conflit est suivie d'une terrible répression politique, alors que les communistes éliminent les dernières poches de résistance tchetniks et oustachies, se livrent à des purges massives et règlent leurs comptes en exécutant ou en emprisonnant les collaborateurs réels ou supposés[129],[131]. En Slovénie  pays qui avait moins souffert du conflit que d'autres parties de la Yougoslavie[129]  l'épuration est particulièrement brutale : en 2009, une commission slovène identifie dans le pays 600 charniers, contenant environ 100 000 cadavres[124]. La moitié des religieux du diocèse de Ljubljana sont condamnés pour collaboration, et plusieurs sont exécutés[132].

Évolution du régime de Tito après 1948

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Suite de l'existence de la Slovénie yougoslave

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Slovénie indépendante (1990-présent)

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Carte de Slovénie (depuis 1990).

Les frustrations envers un État fédéral jugé inefficace et dispendieux s'accumulent[réf. nécessaire] et, en parallèle à la crise économique que traverse l'ensemble du bloc socialiste dans les années 1980, les tensions entre les partis communistes slovène et serbe (dirigé par Slobodan Milošević) s'exacerbent. Le , le Parlement slovène réforme la constitution de la république et retire le monopole du pouvoir politique à la Ligue des communistes de Slovénie tout en affirmant le droit pour la république de quitter la fédération[133].

Le le terme « socialiste » est retiré du nom de l'État, qui devient « république de Slovénie »[134] tout en restant membre de l'État yougoslave.

Le , un référendum sur l'indépendance aboutit avec près de 89 % des voix. La déclaration formelle d'indépendance intervient après le passage d'une loi en ce sens le [135],[136]. Un court conflit armé a lieu lorsque les troupes slovènes sont confrontées à une tentative d'intervention yougoslave[135],[137]. La guerre s'étend sur une dizaine de jours, à l'issue desquels l'accord de Brioni est signé sous les auspices de la Communauté européenne le . L'armée yougoslave commence son retrait et le dernier soldat quitte le territoire le suivant[137].

Les liens historiques avec l'Europe occidentale font alors de la Slovénie un candidat désigné pour l'adhésion à l'Union européenne et à l'OTAN. En mars 2003, la Slovénie tient deux référendums sur l'adhésion à l'OTAN et à l'Union européenne. La Slovénie devient membre de l'OTAN le et de l'Union européenne le après signature du traité d'Athènes. Elle abandonne officiellement sa monnaie, le tolar, au profit de l'euro le , devenant le treizième pays à rejoindre la zone euro. Le change définitif est fixé à 239,64 tolars pour un euro. Au premier semestre 2008, la Slovénie tient la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne.

La république de Slovénie connaît en 2013 les plus grandes manifestations de son histoire. Les mesures d’austérité du gouvernement sont contestées par les syndicats, mais aussi par de nombreux citoyens indignés par la corruption de la classe politique. Dans les cortèges, beaucoup dénoncent l’Union européenne, et nombre de manifestants brandissent le drapeau de l’ancienne Yougoslavie fédérale[138].

Galerie de dirigeants politiques récents

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Présidence

Gouvernement

Notes et références

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Bibliographie

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  • (en) Leopoldina Plut-Pregelj et Carole Rogel, Historical Dictionary of Slovenia, Lanham (Md.)-Londres, The Scarecrow Press, 2007 (2e éd.), LIV-561 p. (ISBN 978-0-8108-4717-0).
  • Serge Cordellier, Dictionnaire historique et géopolitique du XXe siècle, Paris, La Découverte et Syros, 2000.

Articles connexes

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Liens externes

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