Ivan Mazepa

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Ivan Mazepa
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Fonction
Prince du Saint-Empire
Titre de noblesse
Prince du Saint-Empire
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 70 ans)
Bender ou Varnița (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Іван Степанович Мазепа et Jan Mazepa KolędyńskiVoir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Académie Mohyla de Kiev (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Famille
Mazepa family (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Steafy-Adam Mazepa (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Mazepa Maryna (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Ганна Половець (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Religions
Grade militaire
Distinctions
POL COA Kurcz Mazepa.svg
blason
signature d'Ivan Mazepa
signature

Ivan Stepanovitch Mazepa (en ukrainien : Іван Степанович Мазепа, en russe : Иван Степанович Мазепа), francisé en Jean Mazeppa dans les sources anciennes[1], né le et mort le , est un hetman des cosaques d'Ukraine, militaire, mécène et héros de la nation ukrainienne.

Sa vie mouvementée est devenue source d'inspiration à l'époque romantique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et formation[modifier | modifier le code]

Né le 1639 (le selon le calendrier julien) dans une famille noble mais pauvre de la voïvodie de Podolie, Ivan Stepanovitch Mazepa étudie au collège de Kiev puis chez les jésuites de Varsovie avant de devenir page du roi de Pologne, Jean II Casimir Vasa[2]. À la cour, il acquiert des connaissances qui lui seront utiles plus tard. Il voyage beaucoup durant sa jeunesse, notamment en France, Italie et Hollande[2].

Débuts[modifier | modifier le code]

Selon une tradition[1],[3] reprise par Voltaire dans son Histoire de Charles XII (1731)[4], puis entre autres par Dorville (1764), c'est au cours de son séjour en Volhynie (entre 1659 et 1663 ?) qu'il noue une liaison avec l'épouse d'un gentilhomme polonais nommé Falbowski, son employeur[3] : ce dernier l'ayant surpris en flagrant délit d'adultère, Mazepa est attaché entièrement nu, le corps enduit de goudron, sur le dos d'un cheval sauvage qui l'emporte au loin dans les steppes ukrainiennes. Recueilli par des paysans, il se remet de cette aventure grâce à leurs bons soins. Il s'établit parmi eux, découvrant la vie guerrière de ce peuple en proie aux invasions, rapines, raids et brigandages les plus divers. Cette vie mouvementée est l'occasion rêvée pour lui de démontrer ses qualités[5].

Mazepa et les loups (1826) par Horace Vernet.

Au service de Pierre le Grand[modifier | modifier le code]

Il devient d'abord secrétaire puis adjudant de l'hetman Ivan Samoïlovitch (1630-1690). Mais celui-ci est déposé le en raison de son impéritie, qui a coûté la vie à une partie de l'armée cosaque en Crimée[1]. Mazepa est élu à sa place[3] non sans avoir œuvré à discréditer Ivan Samoïlovitch auprès du prince Golitsyne[2]. Parmi ses réussites, on remarque particulièrement l'expédition d'Azov. Il transormera le Collège de Kiev en Académie, s'évertuant à former une élite en Ukraine, en encourageant la construction d'écoles et de lieux de culte, en vue d'une indépendance rêvée[2].

Son habileté lui permet d'acquérir la confiance de Pierre le Grand, qui lui décerne le cordon de Saint André ainsi que le titre de conseiller privé pour vingt ans de services loyaux et efficaces. Il est même fait prince de l'Ukraine, mais ses ambitions ne sont pas satisfaites.

Il médite longtemps et manœuvre habilement pour préparer sa trahison visant à acquérir l'indépendance alors que les signes venant du tsar sous-tendent plutôt une incorporation toujours plus importante de l'Ukraine à Moscou, notamment à travers l'idée de supression même de son titre d'hetman[2]. En particulier, il se fait passer pour un vieil homme proche de la mort, perpétuellement entouré de médecins, et fait construire des églises ici et là.

Allié de Charles XII de Suède[modifier | modifier le code]

Pendant la Grande guerre du Nord, il établit des relations avec le roi de Suède Charles XII. Il convainc les Cosaques zaporogues que Pierre le Grand a l'intention de détruire la cosaquerie ukrainienne.

Charles XII et Mazepa après la bataille de Poltava (1876) par Gustaf Cederström .

Mais ses plans sont dénoncés au tsar par le général cosaque Vassili Leontievitch Kotchoubeï et le colonel Ivan Ivanovitch Iskra. Mazepa, ayant intercepté le courrier, fait décapiter les dénonciateurs (). Se sachant découvert, il essaie de se préparer à la guerre. Sa capitale Batourine est détruite par les armées du tsar menée par Alexandre Menchikov. Mazepa est tout juste capable de rassembler une poignée d'hommes pour aller rejoindre Charles XII[1], alors que celui-ci compte sur la totalité de l'armée que lui a promise Mazepa. Ils se rejoignent à Poltava, où l'armée suédoise subit une grave défaite lors de la bataille de Poltava (8 juillet 1709). Mazepa n'a pu ralier à lui le sultan malgré une lettre adressée à Istanbul soulignant la nécessité d'une Ukraine indépendante au risque pour l'empire Ottoman de perde la Crimée au détriment des Russes, chose qui sera réalisée quelque soixante-dix ans plus tard.

Après la déroute, Mazepa se réfugie en Valachie, puis à Tighina (Bender) en Moldavie[3], où il meurt le ( c.j.) 1709. Peu avant la mort de Mazeppa, Pierre Ier de Russie lui décerne un titre d'infamie, l'Ordre de Judas, créé spécifiquement pour lui et qualifier ainsi sa traîtrise[6].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Postérité et iconographie[modifier | modifier le code]

La « légende » de Mazepa a inspiré des poèmes à Byron, avec Mazeppa (1819), et un autre (1829) à Victor Hugo, dans ses Orientales[7]. Il est également au cœur des poèmes d'Alexandre Pouchkine dans Poltava (1828-1829), d'un drame de Juliusz Słowacki (1840). En 1851, Franz Liszt publie ses Douze études d'exécution transcendante, dont la quatrième est intitulée Mazeppa, en référence directe au poème de Hugo. Le musicien d'origine irlandaise Michael William Balfe compose une cantate en 1861 (The Page) et Tchaïkovski, l'opéra Mazeppa en 1881-1883.

Dans les années 1820, des peintures représentent l'épisode supposé de la vie de Mazepa, celui de la punition infligée par le noble polonais : on compte, outre la dernière toile de Théodore Géricault (1823, MET), celles d'Eugène Delacroix (1824, galerie nationale de Finlande), d'Horace Vernet (1826, musée Calvet), Louis Boulanger (1827, musée des beaux-arts de Rouen) auquel Hugo dédie son poème, toutes inspirées par le mythe du cavalier cosaque se battant pour la liberté, qui connaissait alors un gros succès en France. Il est intéressant de noter qu'en 1825, à Paris, au Cirque-Olympique, l'écuyer italien Antonio Franconi met en scène un spectacle équestre intitulé Mazeppa, ou le cheval tartare ; ce spectacle à gros succès est ensuite exporté vers les pays anglo-saxons dont les États-Unis, suivant la vogue de l'équitation[8]. En 1851, Théodore Chassériau exécute une nouvelle composition inspirée du mythe (musée des beaux-arts de Strasbourg).

La vie d'Ivan Mazepa a inspiré de nombreux romans populaires puis des films et adaptations, entre autres Mazeppa (1909), film muet, le Mazeppa (1993) de Bartabas primé à Cannes, et Une prière pour l'hetman Mazepa / Молитва за гетьмана Мазепу, fiction réalisée en 2001 par Youriï Illienko.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Biographie universelle ancienne et moderne (1843) par Louis-Gabriel Michaud (voir gallica).
  2. a b c d et e Michel Heller, Histoire de la Russie et de son empire, Éditions Perrin, (ISBN 978-2-262-06435-8, lire en ligne)
  3. a b c et d Dictionnaire universel d'histoire et de géographie par M.-N. Bouillet (1878)
  4. Les péripéties édioriales de cet ouvrage de Voltaire se trouvent résumées par Éric Schnakenbourg dans Dix-Huitième siècle, 40, Paris, 2008 — sur Cairn.
  5. Voltaire (édition de 1820), op. cit., tome I, pp. 260-262
  6. orthodisc.su
  7. Par exemple page 179 dans Œuvres complètes de Victor Hugo. Poésie II. ; recueil publié en 1882 par J. Hetzel et A. Quantin.
  8. (en) Patricia Mainardi, Husbands, Wives and Lovers: Marriage and its Discontents in Nineteenth-Century France, New Haven, Yale University Press, 2003, p. 6 [?].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, Les Campagnes de Charles XII, roi de Suède, 4 tomes, Paris, Jacques Le Febvre et Pierre Ribou, 1705-1711 — cf. le Tome IV en ligne.
  • Voltaire, Histoire de Charles XII, Paris, 1731-1768 — lire du Gallica (édition de 1820 en 2 tomes).
  • Aubry de La Mottraye, Voyages, en anglois et en françois, d'A. de La Motraye en diverses provinces et places de la Prusse ducale et royale, de la Russie, de la Pologne, etc., La Haye, Adrien Moetjens, 1732 — édition bilingue corrigée dédiée au comte de Chesterfield : en ligne, 492 pages.
  • Dorville, Memoires d'Azéma, contenant diverses anecdotes des regnes de Pierre le Grand, empereur de Russie, & de l'impératrice Catherine son epouse, Amsterdam [Paris, Pierre-Guillaume Simon], 1764.
  • Elie Borschak et René Martel, Vie de Mazeppa, Paris : Calmann-Levy, « Nouvelle Collection Historique », 1931
  • Iaroslav Lebedynsky, Histoire des Cosaques, Terre Noire, 1995
  • Iaroslav Lebedynsky, Les Cosaques - Une société guerrière entre libertés et pouvoirs, Ukraine (1490-1790), Errance, 2004

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]