Massacres des Polonais en Volhynie

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Massacre des Polonais en Volhynie
Image illustrative de l'article Massacres des Polonais en Volhynie
Victimes de l'UPA, à Lipniki, en Pologne, en 1943.

Date 1942 - 1945
Lieu Volhynie
Victimes Civils polonais
Morts 35 000 à 80 000
Auteurs OUN-r Flag 1941.svg UPA
Guerre Seconde Guerre mondiale

Front de l’Est
Prémices : Campagne de Pologne · Guerre d’Hiver


Guerre Germano-sovietique :

  • 1941 : L'invasion de l'URSS

Opération Barbarossa
Front nord : Guerre de Continuation · Opération Silberfuchs · Siège de Léningrad
Front central : Bataille de Białystok–Minsk · 1re bataille de Smolensk · Bataille de Kiev
Front sud : Siège d'Odessa · Campagne de Crimée

  • 1941-1942 : La contre-offensive soviétique

Front nord : Poche de Demiansk · Poche de Kholm
Front central : Bataille de Moscou
Front sud : Seconde bataille de Kharkov

  • 1942-1943 : De Fall Blau à 3e Kharkov

Front nord : Offensive de Siniavino · Opération Iskra · Bataille de Krasny Bor
Front central : Opération Mars
Front sud : Bataille du Caucase (opération Fall Blau) · Bataille de Stalingrad · Opération Uranus · Opération Saturne · Offensive Ostrogojsk-Rossoch · Offensive Voronej-Kastornoe · Troisième bataille de Kharkov

  • 1943-1944 : Libération de l'Ukraine et de la Biélorussie

Front central : 2e bataille de Smolensk · Opération Bagration
Front sud: Bataille de Koursk · Bataille du Dniepr · Offensive Dniepr-Carpates · Offensive de Crimée · Offensive Lvov-Sandomierz

  • 1944-45 : Campagnes d'Europe centrale et d'Allemagne

Allemagne : Offensive Vistule-Oder · Offensive de Poméranie orientale · Siège de Breslau · Offensive de Prusse-Orientale · Bataille de Königsberg · Bataille de Seelow · Bataille de Bautzen · Bataille de Berlin · Capitulation allemande
Finlande : Guerre de Laponie
Europe orientale : Insurrection de Varsovie · Soulèvement national slovaque · Bataille de Budapest · Offensive Vienne · Insurrection de Prague · Offensive Prague · Bataille de Slivice


Front d’Europe de l’Ouest


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Bataille de l’Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

Le massacre des Polonais en Volhynie (ukrainien : Волинська трагедія - Tragédie volhynienne vol, polonais : Rzeź wołyńska - Massacre volhynien) a été une épuration ethnique pendant la Seconde Guerre mondiale. Les historiens estiment qu'à cette occasion jusqu'à 80 000 civils polonais ont été massacrés par des membres de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (Ukrainska Povstanska Armiya, ou UPA, Українська Повстанська Армія). Dans la même période, des milices polonaises exterminèrent des milliers de paysans ukrainiens. Aujourd'hui encore, les deux parties se rejettent la responsabilité du déclenchement des massacres en s'en accusant mutuellement. Il reste probable que le conflit fut encouragé, voire provoqué par l'Allemagne nazie qui occupait la région pendant la tragédie.

Les massacres ont été commis entre 1942 et 1944, avec de nombreuses victimes durant l'été et l'automne 1943.

Le 22 juillet 2016, le Parlement polonais a reconnu les massacres comme étant un génocide.[1]

Contexte historique[modifier | modifier le code]

En septembre 1939, en application des clauses secrètes du pacte germano-soviétique, la Pologne est occupée à l'ouest par les Allemands et à l'est par les Soviétiques. La Volhynie se trouva dans la zone soviétique. Les Ukrainiens commencent à entreprendre des actions hostiles vis-à-vis des Polonais à l'instigation de la propagande soviétique, mais très vite c'est le NKVD qui fait la loi. La situation s'aggrave en 1941 après l'attaque de l'Union Soviétique par les troupes allemandes (Opération Barbarossa). Une partie de la communauté ukrainienne, espérant la formation d'un pays indépendant, collabore avec les nazis (cf. participation dans la Division SS Galizien) ou s'engage dans les actions hostiles aux autres groupes ethniques dans la région (Polonais, Juifs, Tchèques). Les Ukrainiens commencent à former des groupes de résistance qui deviennent une véritable armée de guérilla.

Massacres[modifier | modifier le code]

En 1942 les éléments locaux de l'UPA commencèrent à attaquer la minorité polonaise afin de « nettoyer[2] » la Volhynie. La première attaque connue fut celle contre le village d'Oborkin le 13 novembre 1942 dans le canton de Łuck où les Ukrainiens assassinèrent 50 Polonais. Malgré cela la majorité des Polonais considérèrent cet événement comme un cas isolé résultant de groupes désorganisés de bandits et personne ne pensait que cela allait se reproduire. Le membre de l'Institut de la mémoire nationale, Władyslaw Filar, lui-même témoin des massacres, affirme qu'il est impossible d'établir si ces événements furent un jour planifiés. Il n'y a pas de preuves documentées que l'UPA et l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) aient pris la décision d'exterminer les Polonais de Volhynie[3].

Le 9 février 1943, la colonie de Parośło dans le canton de Sarny fut attaquée et 173 Polonais assassinés. En mars 1943, quelque 5 000 policiers ukrainiens prirent les armes et s'enfuirent dans les forêts de Volhynie. Tymothy Snyder considère que cet événement marque le début des opérations de l'UPA à une grande échelle[4]. Dans la nuit du 22 et 23 avril des groupes ukrainiens attaquèrent la colonie modèle de Janowa Dolina en tuant 600 personnes et en incendiant tout le village. La présence de 1 000 soldats de la Wehrmacht ne l'empêcha pas ce qui permet de supposer une silencieuse collaboration entre les deux forces. Les survivants polonais étaient ceux qui avaient trouvé refuge auprès des familles ukrainiennes amies comme celle des Karwan[3].

Entre mai et juin, les attaques se multiplièrent. Dans le canton de Sarny 4 villages furent brûlés (12.05.), dans celui Kostopol 170 habitants du village de Niemodlin (24.05.), dans celui de Włodzimierz Wołynski (Volodymyr-Volynskyï), tous les manoirs et exploitations des nobles, détruits par le feu la nuit du 24 au 25 mai, le 28 les habitants de Staryki, tous massacrés et la liste s'allonge concernant tous les cantons de la région. Ces actions furent montées par de nombreuses unités et paraissaient coordonnées. Mais, il serait exagéré d'affirmer que les massacreurs reçurent un appui général des Ukrainiens et pourtant leur réalisation n'eût été possible sans la collaboration des Ukrainiens locaux[5].

Jusqu'en juillet 1943 le nombre de Polonais assassinés en Volhynie est estimé à 15 000 mais celui des pertes totales (morts, blessés, déportés en Allemagne pour les travaux et fugitifs) atteint 150 000.

Pourtant, deux délégués du gouvernement polonais de Londres, Zygmunt Rumel et Krzysztof Markiewicz, accompagnés d'un groupe d'officiers de l'AK, opérant dans la région, tentèrent de négocier avec les chefs de l'UPA mais ils furent tous assassinés le 10 juillet 1943 dans le village de Kustycze. Ce jour-là des unités que l'on attribue à l'UPA encerclèrent et attaquèrent les villages polonais et les colonies dans les trois cantons de Kowel (Kovel), Horochów et Włodzimierz Wołynski. En trois jours une série de massacres fut déclenchée et beaucoup de témoins ont confirmé les déplacements de village en village des unités de l'UPA poursuivant leur besogne contre les civils polonais. Dans le canton de Horochów, on a enregistré 23 attaques, 15 dans celui de Dubien et 28 dans celui de Włodzimierz. Les événements commencèrent à 3 heures du matin et les Polonais n'avaient pas les moyens d'y échapper. Les Ukrainiens utilisaient toute sorte d'armes : fusils, haches, scies, faux, fourches, couteaux de cuisine, marteaux etc. Après les massacres, les villages furent systématiquement incendiés et brûlés jusqu'aux fondations. Selon les peu nombreux survivants, l'action a été soigneusement préparée puisque quelques jours auparavant avaient eu lieu des réunions dans les villages ukrainiens où l'UPA expliquait aux habitants la nécessité de l'extermination des Polonais jusqu'à la septième génération, sans faire exception de ceux qui ne parlaient plus le polonais.

Encore en juillet, le village de Gorów fut attaqué : 480 habitants tués, 70 survécurent. Dans la colonie d'Orzeszyn l'UPA assassina 270 personnes sur 340. Dans le village de Sadowa, sur 600 habitants seulement 20 survécurent, à Zagaje quelques-uns sur 350. En septembre, dans le village de Wola Ostrowiecka, 529 personnes furent exterminées dont 220 enfants de moins de 14 ans et à Ostrówki 438 dont 246 enfants. En septembre 1992, on a procédé à l'exhumation des victimes dans ces deux villages[3].

Norman Davis dans No Simple Victory fournit une courte et brutale description des massacres. Il écrit : « Les Juifs de la région avaient disparu assassinés par les Allemands (entre 1941 et 1942), (…) en 1943-44 la haine de l'UPA tomba sur les Polonais sans défense (…). Les villages furent brûlés. Les prêtres catholiques taillés en pièces ou crucifiés. Les églises brûlées avec tous les fidèles qui s'y étaient réfugiés. Les fermes isolées, attaquées par des bandes d'hommes armés de fourches et de couteaux de cuisine. Les victimes égorgées, les femmes enceintes transpercées par la baïonnette, les enfants tranchés en deux (…). Les auteurs ne pouvaient pas déterminer l'avenir de la province mais pouvaient envisager que son futur serait sans les Polonais. Les survivants furent rapatriés(1944-1946) comme le furent leurs compatriotes de la Biélorussie et de la Lituanie. Ils furent remplacés par les Russes. En 1991 l'Ukraine occidentale (Galicie orientale et Volhynie) formait partie de la République d'Ukraine indépendante. »

Timothy Sonder[4] décrit les massacres : « les partisans ukrainiens brûlaient les maisons, en tirant sur ceux qui tentaient d'en échapper, forçant de la sorte les occupants d'y rester et utilisaient faux et fourches pour tuer ceux qui étaient pris à l'extérieur. Dans certains cas les décapités, les crucifiés, les démembrés ou les éventrés étaient montrés afin d'obtenir des Polonais qui restaient qu'ils s'enfuissent en abandonnant pour toujours leurs lieux de vie. »

L'historien ukrainien de Lviv, Youryi Kiritchouk, a écrit que les massacres avaient été le fruit des temps historiques de Jarema Wiśniowiecki (en) et Maxime Krivonis. Les scènes survenues dans les villages de Volhynie étaient similaires à celles des massacres de Niemirów en Podolie (propriété des Potocki) en 1648 et en 1768. C'était, selon lui, une « guerre de paysans »[5]. Władysław et Ewa Siemaszko, auteurs de Génocide de la population polonaise de Volhynie effectué par les nationalistes ukrainiens 1939-1945 confirment cette idée des atrocités d'un autre temps, celui des hajdamaks et cosaques (soulèvement de Khmelnytsky au XVIIe siècle et de la koliyvchtchina au XVIIIe siècle).

En juillet 1943, les Ukrainiens attaquèrent 167 villages. Cette vague dura 5 jours jusqu'au 16. On peut affirmer aussi que l'UPA continua le nettoyage ethnique dans les zones rurales jusqu'à ce que la majorité des Polonais eût fui les villages et fût déportée par les Allemands à l'Ouest ou assassinée ou expulsée. Par exemple, entre le 1er et le , un groupe de 8 chariots de fugitifs du village Kudranka (commune de Ludwipol, canton de Kostopol, voïévodie de Łuck (Loutsk), fut anéanti dans la colonie de Leonówka. Un autre groupe de 10 chariots tenta une sortie et, après avoir essuyé deux attaques ukrainiennes sur la route de Tuczyn, fut sauvé par un détachement de la Wehrmacht et s'installa à Równe (Rivne). Là, les fuyards restèrent deux semaines protégés par la présence allemande, puis, les familles acceptèrent la déportation en direction de Breslau où, après trois semaines de séjour à la gare de triage, elles trouvèrent travail et logement dans les exploitations agricoles de la région. Ces mêmes familles allaient constituer les premiers Polonais dits « rapatriés » avant l'heure dans les territoires donnés à la Pologne par les vainqueurs de l'Allemagne nazie lors de la conférence de Potsdam en 1945. Un troisième groupe effrayé par la nouvelle du massacre se cacha dans les forêts des environs rencontrant des Juifs qui y vivaient depuis un an. Ces derniers furent « autorisés » par les Ukrainiens de l'UPA à sortir de leurs cachettes pour occuper les maisons polonaises. Enregistrés et contraints d'y rester, les Juifs de Kudranka et des environs furent massacrés à la hache et au couteau à la fin de décembre 1943 par les bandes de paysans ukrainiens. Ensuite, le village fut détruit jusqu'aux fondations afin de n'y laisser aucune trace de la présence polonaise.

Pendant la période de Noël 1943, une nouvelle vague d'attaques contre la population polonaise eut lieu dans les cantons (powiat) de Rówień, Łuck, Kowel et Włodzimierz. Des unités de combat de l'UPA avec l'aide directe de la population civile ukrainienne, attaquèrent les habitations polonaises. Après les massacres, les groupes de civils (composés essentiellement de femmes) qui suivaient, pillèrent systématiquement les domiciles des victimes.

À partir de 1944 ces actions s'estompèrent en Volhynie et la vague d'assassinats massifs se déplaça vers la Galicie orientale, dans les zones de Léopol (Lwów), Stanisławów et Tarnopol, à la suite de la décision de la direction de l'OUN.

Adam Kruchelek, l'historien de la maison d'édition de l'IPN (Institut de la Mémoire nationale) de Lublin, affirme que les massacres de 1943 eurent lieu d'abord dans la zone orientale de Volhynie, dans les cantons de Kostopol et Sarny en mars, se déplaçant vers l'Ouest, en avril dans les cantons de Krzemieniec Wołynski (Kremenets), Równe, Dubno et Łuck, l'apogée du mois de juillet s'étant déroulé dans les cantons de Kowel, Horochów et Włodzimierz Wołynski puis en août dans celui de Lubomel. Cet historien écrit aussi que les chercheurs polonais considèrent entre autres que les dirigeants ukrainiens élaborèrent d'abord le plan de chasser les Polonais mais les événements leur échappèrent des mains et ils en perdirent le contrôle.

L'armée et les forces de police allemandes voulaient ignorer presque toujours ces conflits ethniques, même s'il existe des rapports selon lesquels les Allemands fournissaient des armes aussi bien aux Ukrainiens qu'aux Polonais. Ces rapports ne sont toutefois pas fondés sur des preuves incontestables. Des unités allemandes spéciales, constituées de policiers ukrainiens ou polonais, qui collaboraient avec eux, ont aussi trempé dans l'affaire et certains de leurs crimes ont été attribués à l'AK ou à l'UPA.

Débat[modifier | modifier le code]

Rappelons qu'avant 1940, dans l'ancienne voïévodie de Volhynie vivaient 350 000 Polonais (17 % de la population totale) dont une partie fut victime de déportations massives soviétiques entre 1940 et 1941 (représentants de l'État polonais, membres de l'intelligentsia et propriétaires fonciers). Les Ukrainiens participèrent au génocide juif, avec ou sans les Allemands, dès l'entrée de la Wehrmacht en juin 1941 et surtout dans la liquidation des ghettos en 1942. 200 000 Juifs, citoyens polonais, périrent dans la Shoah, surtout par balles.

À partir de 1942 et surtout l'année suivante commencèrent des actes barbares où l'assassinat était associé aux mutilations par coupe ou arrachage de membres, leur sciage, par "éventration" et "éviscération" etc. ne sont comparables à l'échelle européenne que partiellement au génocide croate opéré par les Oustachis d'Ante Pavelić sur les Serbes. La différence était de taille : par des expulsions ponctuelles et conversions forcées au catholicisme la population serbe s'est maintenue dans l'État fantoche. Ni les Soviétiques ni les Allemands ne pratiquèrent de tels actes à une telle échelle. "Leur génocide" fut réalisé par des formations spécialisées et en uniforme : Einsatzgruppen der Sicherheitspolizei et Sicherheitsdienst pour les Allemands, le NKVD pour les Soviétiques. Dans le cas ukrainien à côté de l'UPA de Bandera et, en Volhynie, des formations concurrentes, partisans se réclamant de Tarass Boulba et ceux de Andry Melnyk puis des bandes issues des membres de la police ukrainienne créée par les Allemands dans la seconde moitié de 1941 et qui désertèrent au début de 1943, des dizaines de milliers de paysans ukrainiens, formés parfois en groupes d'autodéfense (Samoobronni Kouchtchovi Viadidy), auxiliaires de l'UPA de fait, participèrent aux grandes actions de nettoyage des Polonais, leurs voisins, armés de haches et de fourches etc., une sorte d'arrière-ban ukrainien. Les femmes, les adolescents et même les enfants y prirent part se chargeant de voler les biens des morts, d'incendier les bâtiments et de porter le dernier coup aux blessés. Tout cela se déroula en dépit du bon voisinage voire amitié déclarée, vécus par les survivants. C'est pour cela que Władysław et Ewa Siemaszko, auteurs du livre en question qui présentent les résultats des faits avec un naturalisme presque gênant insistent sur le terme de génocide ukrainien, et non nationaliste ukrainien comme le voudrait Wiktor Poliszczuk, partant du même point de vue que celui du président de la RFA, Roman Herzog qui n'a pas parlé, à Varsovie en 2004, des crimes nazis mais bien des crimes commis par les Allemands.

Ces mêmes auteurs abordent aussi un autre problème qui relève de la spécificité de ces massacres, celui de couples mixtes. En effet les bourreaux obligeaient le conjoint ukrainien à assassiner son propre conjoint polonais. Ce type de barbarie n'a jamais été relevé dans le cas de couples polono-russes ni celui de couples germano-juifs (cf. le cas du professeur Karl Jaspers où le couple vécut certes durant des années dans le Suizidbereitsschaft mais il n'était jamais question d'assassiner son conjoint juif). Pire, le génocide fut accompli par les Ukrainiens, citoyens de la République de Pologne, habitants de ses territoires orientaux, ayant rarement démontré une quelconque loyauté à l'égard de l'État de l'entre-deux-guerres parmi lesquels, après la guerre, certains se faisaient reconnaître cette citoyenneté, parfois en utilisant les papiers de leurs victimes assassinées, afin d'être considérés comme "rapatriés" en direction de la Pologne dans les frontières de Yalta ou des zones d'occupation occidentales de l'Allemagne pour y recevoir le statut de réfugiés et émigrer en Amérique anglo-saxonne (Canada en particulier).

Les historiens ont aujourd'hui la certitude : en 1943 le chef de l'UPA pour la Volhynie, Klym Sawur (ou Savour) donna l'ordre de liquidation de la population polonaise habitant les 11 cantons (powiats) de la voïévodie, hommes, femmes, enfants et vieillards. L'idée, l'acceptation et l'exécution de l'ordre étaient conformes à l'idéologie nationaliste de l'OUN et l'UPA : au nom du peuple, on peut tout faire et même tuer. La minorité polonaise de ces territoires orientaux aspirait à la renaissance de l'État polonais dans les frontières d'avant la guerre alors que la minorité ukrainienne de cet État, à la création d'un État ukrainien indépendant sur les mêmes territoires. Les deux parties proposaient le soutien de leur cause en échange d'une future autonomie ethnique et culturelle. Léopol (Lwów ou Lviv) était la pomme de discorde.

Selon l'historien Grzegorz Motyka, connaisseur des événements volhyniens, aucune des deux parties ne voulait et ne pouvait céder. Le conflit polono-ukrainien s'avéra vite inévitable. Mais, l'ordre de Klym Sawur n'aurait pas dû peser si lourdement, les massacres n'auraient pas dû avoir lieu. L'UPA décida de liquider tous ceux qui empêchaient l'action libératrice de ses partisans. Le slogan : « Il n'y aura pas de Polonais, il n'y aura pas de problème en Volhynie » fut mis en œuvre dans sa forme la plus sanguinaire.

Une partie des historiens de l'Ukraine occidentale comme beaucoup d'hommes politiques et de leurs sympathisants préfèrent taire l'affaire de la tragédie de Volhynie ou de parler de deux vérités de ces événements : polonaise et ukrainienne. Cette dernière évoque et explique les causes des événements par les injustices commises par la Pologne de 1918-1939, les crimes et la supposée collaboration de l'AK avec les Allemands entre 1941 et 1943.

La discussion sur la Volhynie fut difficile sous les communistes, Moscou ainsi que Kiev considéraient l'OUN et l'UPA comme des organisations criminelles. Le statut de combattant fut refusé aux anciens membres. Beaucoup de leurs dirigeants furent déportés aux goulags mais pas pour les crimes commis sur les Polonais volhyniens. Les communistes n'ont jamais accepté les aspirations nationales à créer un État ukrainien indépendant d'autant plus qu'il s'agissait d'un État non communiste. Jusqu'en 2003, l'UPA était considérée par Kiev comme une résistance à caractère criminel. La déclaration commune de 1997 des présidents ukrainien, Koutchma et polonais, Kwaśniewski, où il était question du sang polonais versé en Volhynie entre 1942-43, n'évoquait en rien le caractère criminel et ne fut en fait qu'un dialogue de salon qui n'a jamais touché les deux sociétés. Le grand débat des historiens "Pologne-Ukraine. Questions difficiles" où la Volhynie fut l'un des thèmes les plus importants mais le plus aussi difficile, n'a pas atteint une large opinion publique et cela malgré le partenariat stratégique déclaré entre les deux États.

Pourtant en Ukraine occidentale, de Lviv (Lwów) à Loutsk (Łuck) et Rivne (Równe), l'UPA est reconnue comme une armée héroïque. C'est elle qui se battait pour la liberté contre les Polonais, les Allemands et aussi contre les Soviétiques. Elle était de fait la résistance patriotique par excellence. Ce culte s'est renouvelé et fortifié dans l'Ukraine indépendante. L'UPA y est presque vénérée. Le parti politique nationaliste UNA-UNSO, qui se réfère à l'idéologie de l'UPA, est représenté au parlement. Pour la droite et non seulement l'extrême droite, les temps de gloire de l'UPA et son idéologie sont devenus des valeurs référentielles de tout Ukrainien-patriote et anticommuniste. On érige des kurhans (colline-nécropole) à leurs dirigeants : à Rivne et à Zbaraz Klym, Sawur a son monument. Dans certains milieux, c'est grâce à cette mémoire de l'UPA que l'Ukraine indépendante est ressuscitée. Le sujet des massacres est évité, considéré comme nuisible, non autorisé, prématuré.

Les préparatifs en Pologne du 60e anniversaire du drame étaient perçus en Ukraine comme une tentative d'exploiter la crise politique persistante, d'affaiblissement de la position du pays en Occident et enfin d'extorquer le repentir et une demande de pardon indus. Le Kiev officiel se taisait. Il n'y avait pas d'idée de commémoration, puis, finalement le président Koutchma a déclaré en février 2003 : "Les crimes contre l'humanité ne peuvent être justifiés". "La vérité, même amère, concernant le passé", a-t-il ajouté, "ne saurait pas nuire aux bonnes relations entre les deux États". Victor Miedviedtchouk, chef de l'administration présidentielle et du Parti social-démocrate a interrompu le silence en désignant responsables "les chefs initiateurs et les exécutants de l'OUN et de l'UPA" pour l'action criminelle de dépolonisation. Il a rajouté que "l'État ukrainien devrait condamner l'extermination de la population polonaise en Volhynie et Galicie orientale et la société devrait l'y aider". "Ni les forces politiques qui enfoncèrent la Volhynie puis la Galicie orientale dans l'anarchie et les pogroms, ni leurs héritiers jusqu'aujourd'hui n'ont trouvé en eux la virilité pour en porter la responsabilité morale de la tragédie volhynienne". Le problème de ces déclarations est que ces personnalités politiques de premier plan étaient accusées de corruption, de mensonges et d'affaiblissement de l'État et les partis politiques au parlement ukrainien n'étaient pas les autorités morales qui avaient le droit de s'exprimer au nom de la nation. Les communistes ne l'étaient pas non plus, car ils n'avaient pas changé d'opinion critique à l'égard de l'UPA. La position du chef de l'opposition "Notre Ukraine", Viktor Iouchtchenko, n'était pas claire, non plus, et ce malgré l'appui de Varsovie. Un de ses députés, Vassil Tchervonyi, de Loutsk, a organisé une action anti-polonaise d'affichage et des rassemblements de la jeunesse nationaliste équipée de drapeaux et symboles de l'OUN et de l'UPA et dont les déclarations frôlaient des propos nazis. Les nationalistes de l'UNA-UNSO se taisaient encore en 2003 bien que cela soit leur unique chance de se détacher de la responsabilité des crimes commis par l'UPA mais qui ne pèse pas de manière collective sur la nation ukrainienne. On sait que la fraction Taras Boulba se démarqua de la décision de Sawur et que les meurtres furent condamnés par le métropolite uniate Andrzej Szeptycki.

Les Ukrainiens n'ont pas encore eu de vrai débat approfondi sur leur histoire, leur attitude face à la collaboration, sur l'extermination des Juifs, citoyens de cet État polonais honni et disparu en septembre 1939. Il n'est pas étonnant qu'ils n'y soient pas préparés afin de superposer les faits aux mots univoques, selon Myroslav Popovitch, philosophe, président de l'Académie des sciences de l'Ukraine. Ils préfèrent des euphémismes qui ne veulent rien dire. L'Histoire, ce n'est pas un processus mécanique. Ce sont des décisions prises par les gens, des choix pour lesquels il faut prendre la responsabilité. Il rajoute : « ce sont des malfaiteurs et ainsi faut-il les appeler » en parlant des exécutants des ordres de Sawur et on ne peut pas attendre un meilleur moment car il n'arrivera jamais. La commémoration des crimes c'est un devoir des Ukrainiens aussi vis-à-vis de leurs petits-fils. Le fait d'appeler les événements de Volhynie « criminels » est une chance de rupture par rapport au passé.

Nombre de victimes[modifier | modifier le code]

Le nombre exact de victimes civiles polonaises reste inconnu, les différentes estimations variant de 35 000 à 60 000 pour la Volhynie et, selon les sources, de 100 000 à 500 000 pour l'ensemble du territoire de l'Ukraine. Les actions de représailles entreprises par l'Armée de l'intérieur (Armia Krajowa) polonaise ont également coûté la vie de 10 000 à 60 000 civils ukrainiens. Une partie des morts peut également être attribuée à l'action de la police sous les ordres des Allemands ou aux partisans soviétiques qui ont aussi opéré dans la région.

Actuellement, en Pologne, l'Institut de mémoire nationale (IPN) conduit des investigations à ce sujet et a déjà collecté quelque 10 000 pages de documents et rapports.

Des efforts ont lieu actuellement pour arriver à une réconciliation entre Polonais et Ukrainiens au-delà de ces événements tragiques.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Varsovie qualifie de génocide les massacres de Volhynie: Kiev fulmine
  2. [1] (en anglais)
  3. a, b et c [2] (en polonais)
  4. a et b [3] (en anglais)
  5. a et b [4] (en polonais)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Beauvois, Le triangle ukrainien, 2006 (ouvrage en français et en polonais sur les relations complexes entre Polonais, Russes et Ukrainiens entre 1793 et 1914, réalisé par un historien et écrivain français, poloniste et russiciste, connaisseur des cultures russe, ukrainienne et polonaise, directeur du Centre d'études polonaises à Lille puis, du Centre d'histoire slave à la Sorbonne, membre des Académies Polonaise et Ukrainienne des Sciences).
  • Norman Davies, No Simple Victory: World Two in Europe, Viking Penguin 2007
  • Konferencje IPN, Antypolska akcja OUN - UPA, 1943-1944, Fakty i interpretacje, Warszawa 2003 (Conférences de l’Institut de la Mémoire nationale, Action anti-polonaise de l'OUN - UPA, 1943-1944 dans Fakty… . Beaucoup de controverses)
  • Aleksander Korman, Stosunek UPA do Polaków na ziemiach poludniowo-wschodniej II Rzeczypospolitej (L'attitude de l'UPA face aux Polonais des territoires du Sud-Est de la IIe République), NORTON-Wrocław, 2002 ; (l’auteur a répertorié 362 méthodes de torture pratiquées par les nationalistes ukrainiens sur les Polonais et façons de leur infliger le coup mortel).
  • (en) Filip Ożarowski, Wolyn aflame, Chicago, WICI, (ISBN 0965548813).
  • (en) Tadeusz Piotrowski, Vengeance of the swallows: memoir of a Polish family's ordeal under Soviet aggression, Ukrainian ethnic cleansing and Nazi enslavement, and their emigration to America, Jefferson, N.C, McFarland & Co, (ISBN 0786400013).
  • (en) Tadeusz Piotrowski, Poland's Holocaust: Ethnic Strife, Collaboration with Occupying Forces and Genocide in the Second Republic, 1918-1947, Jefferson, NC, McFarland, (ISBN 9780786429134).
  • (en) Tadeusz Piotrowski, Genocide and rescue in Wołyń: recollections of the Ukrainian nationalist ethnic cleansing campaign against the Poles during World War II, Jefferson, NC, McFarland, (ISBN 0786407735).
  • (en) Viktor Polishchuk, Bitter truth: the criminality of the Organization of Ukrainian Nationalists (OUN) and the Ukrainian Insurgent Army (UPA): the testimony of a Ukrainian, Toronto, Author, (ISBN 0969944497)
  • Wiktor Poliszczuk, Gorzka prawda-cień Bandery nad zbrodnią ludobójstwa (Vérité amère-ombre de Bandera sur le génocide), Toronto 2004
  • Wiktor Poliszczuk, Dowody zbrodni OUN i UPA (Preuves des crimes de l'OUN et l'UPA), Toronto 2000
  • Wiktor Poliszczuk, Ludobójstwo nagrodzone (Le génocide récompensé), Toronto 2003
  • Edward PRUS, Holocaust po banderowsku (Holocauste à la Bandera), NORTON-Wrocław, 2001 ; (Le livre, bien documenté, trace le martyre des Juifs et Polonais, assassinés par les nationalistes ukrainiens, d'abord sous le commandement allemand puis seuls).
  • Edward Prus, Stepan Bandera (1909-1959). Symbol zbrodni i okrucieństwa (… Symbole du crime et de la cruauté), Norton-Wrocław, 2004
  • Edward Prus, Banderomachia, Norton-Wrocław, 2007 ; (genèse et conséquences de la naissance du "gouvernement" Stećka, créé par les nationalistes ukrainiens à Lwów-Lemberg-Lviv en juillet 1941, peu de temps après l'entrée des troupes allemandes dans la ville).
  • (pl) Andrzej L. SOWA, Stosunki polsko-ukraińskie 1939-1947(Relations polono-ukrainiennes 1939-1947), Kraków 1998 (ISBN 83-90931-5-8) édité erroné
  • Władysław Siemaszko, Ewa Siemaszko, The Reconstruction of Nations: Poland, Ukraine, Lithuania, Belarus, 1569-1999, Yale University Press, New Haven, 2003. "Ludobójstwo dokonane przez nacjonalistów ukraińskich na ludności polskiej Wołynia 1939-1945 (Le génocide commis sur la population polonaise de Volhynie par les nationalistes ukrainiens 1939-1945), Wydane przy pomocy finansowej Kancelarii Prezydenta Rzeczpospolitej Polskiej (Édition financé par la chacellerie du Président de la République de Pologne), Varsovie 2000, (ISBN 83-87689-34-3)
  • Timothy Snyder, The Reconstruction of Nations: Poland, Ukraine, Lithuania, Belarus, 1569-1999, Yale University Press, New Haven, 2003.
  • Timothy Snyder, To Resolve the Ukrainian Question Once and For All: The Ethnic Cleansing of Ukrainians in Poland, 1943-1947, New Haven, novembre 2001
  • Bronisław Szeremta, Watażka - wspomnienia nierozstrzelanego i jego zbrodnie (Vataj'ka [chef de bande tartare ou cosaque] : souvenirs d’un non-fusillé et ses crimes), Toronto, 2001. Sur Dimitr Kupiak, cryptonyme de « Klej », chef des Services de Sûreté de l'UPA connu pour ses crimes cruels perpétrés contre les Polonais et les Ukrainiens désobéissants ; il s’est réfugié au Canada après la Seconde Guerre mondiale et n’a pas retourné dans l’Ukraine indépendante. IL est également auteur de Spohady nerostrilanoho (Confessions du non-fusillé)
  • (en) Mikolaj Terles, Ethnic cleansing of Poles in Volhynia and Eastern Galicia, 1942-1946, Toronto, Alliance of the Polish Eastern Provinces, (ISBN 0969802005)
  • (ru) (uk) Zerkalo Nedeli (Le Miroir hebdomadaire), 15-21 février 2003. Édition pour souligner le 60e anniversaire des évènements.

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