Histoire du Royaume-Uni

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Les actes d'Union de 1707 sont à l'origine du Royaume de Grande-Bretagne, unissant les parlements anglais et écossais, auquel se joint le Royaume d'Irlande en 1800.

L'histoire du Royaume-Uni, État souverain englobant les quatre nations constitutives que sont l’Angleterre, l’Écosse, le pays de Galles et l’Irlande du Nord, est indissociable de celle du Parlement du Royaume-Uni. Elle débute en 1707 avec les actes d'Union qui opèrent une union politique du Royaume d'Angleterre (incluant le pays de Galles) et du Royaume d'Écosse et marquent la naissance du Royaume de Grande-Bretagne. En 1800, un nouvel acte d'Union lie celui-ci au royaume d'Irlande pour former le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande. En 1921, à l'issue de la guerre d'indépendance irlandaise, l'État libre d'Irlande obtient son indépendance et se sépare de l'Irlande du Nord, qui demeure une partie du Royaume-Uni. Depuis 1927, son nom officiel est « Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord » [1].

À partir de la fin du XVIe siècle, l'Angleterre établie des comptoirs commerciaux puis des colonies outre-mer pour finalement former un empire composé de nombreux dominions, colonies, protectorats, mandats et autres territoires gouvernés ou administrés par le Royaume-Uni. Une série de guerres avec la France place l'Amérique du Nord sous le contrôle du Royaume de Grande-Bretagne, juste avant la perte des Treize colonies après la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783). L'Empire britannique, duquel fait partie un quart de la population mondiale de l'époque, soit environ 400 millions d'habitants sur près de 30 millions km2, est la première puissance mondiale à son apogée en 1922. Bien que ruiné par le Première Guerre mondiale, il atteint en effet son extension maximale après le Traité de Versailles en 1919, par lequel il acquiert un territoire grand de 4 700 000 km2. À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de la décolonisation, la plupart des territoires de l'Empire britannique, à commencer par l'Inde en 1947, obtiennent leur indépendance et celui-ci entre en déclin.

Au début des années 1960, le Royaume-Uni cherche à intégrer la CEE (Communauté économique européenne, rebaptisée Union européenne en 1993) mais, en France, le général de Gaulle s'y oppose. Le pays a opéré un rapprochement avec les Américains : sans toutefois y envoyer de troupes, le gouvernement soutient les États-Unis dans la guerre du Viêt Nam. Débuté à la fin des années 1960, le conflit nord-irlandais voit les premiers attentats éclater au début des années 1970 et manquera de se transformer en une véritable guerre civile à plusieurs occasions jusqu'en 1998. Le pays intègre finalement la CEE en 1973, ce que confirme un référendum organisé en 1975. Dans les années 1980, les trois mandats de Margaret Thatcher sont marqués à l'extérieur par la guerre des Malouines (1982) et son opposition à l'URSS dans le cadre de la Guerre froide, et à l'intérieur par une politique économique libérale très marquée. La fin des années 1990 voit l'avènement du travailliste Tony Blair (1997-2007), qui voit d'abord dans l'Europe un grand marché, soutenant les candidatures de presque tous les pays d'Europe de l'Est et la guerre d'Irak malgré une opinion publique britannique plutôt défavorable. Il démissionne en 2007, pour laisser la place à son ministre des finances Gordon Brown, lui-même battu aux élections de 2010 par le conservateur David Cameron. C'est sous le ministère de ce dernier que se tient un référendum sur l'indépendance de l'Écosse en 2014 et un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne en 2016, lequel aboutit sur une sortie de l'Union européenne et la démission de Cameron.

Sommaire

Conquêtes et unions jusqu'en 1707[modifier | modifier le code]

La conquête de l'Irlande[modifier | modifier le code]

La conquête de l'Irlande commence en 1169, sous Henri II[2]. À l'origine, ce n'est pas strictement une conquête anglaise, puisqu'elle est déclenchée par un petit groupe de Normands n'agissant pas au nom de la Couronne anglaise. Richard FitzGilbert de Clare, dit Strongbow, baron normand du pays de Galles, dépossédé de ses terres, fait équipe avec Diarmait MacMurrough, roi d'Irlande en exil, pour l'aider à reconquérir son royaume de Leinster[2]. Par la suite, les Normands prennent pied en Irlande, et s'emparent de Dublin en 1170[réf. nécessaire]. Inquiet de la puissance montante de Strongbow, Henri II décide d'envahir lui-même l'Irlande en octobre 1171[2],[3]. Il parvient à contrôler Dublin et ses alentours.

En 1541, le parlement d'philemon reçoit l'ordre de changer le statut de l'Irlande en royaume, avec Henri VIII proclamé roi. Celui-ci, qui se montrait toujours comme au-dessus des lois du Parlement, se montre comme roi d'Irlande l'année suivante. Cet acte crée une union des couronnes. Pendant le reste du XVIe siècle, les monarques Tudors étendent leur autorité sur l'Irlande à partir de la région autour de Dublin, l'English Pale, et finissent par contrôler la totalité de l'île en 1603. La reconquête de l'Irlande par les Tudors voit se dérouler des épisodes particulièrement violents, comme les deux révoltes des comtes de Desmond (1569-1573 et 1579-1583) et la guerre de Neuf Ans. Le XVIe siècle voit aussi la création des « plantations d'Irlande » : pour renforcer l'influence anglaise en Irlande, des terres sont confisquées à leurs propriétaires irlandais et distribuées à des colons anglais.

L'Union des Deux Couronnes (1603)[modifier | modifier le code]

L'Écosse, jusqu'en 1707, reste un royaume indépendant et résiste à l'expansion de la domination anglaise. À cause du climat, de la géographie physique et de la densité de la population, le royaume d'Écosse a, d'un point de vue économique et militaire, tendance à être considéré comme inférieur à son voisin au sud, le royaume d'Angleterre. Cependant, l'« Auld Alliance » avec le royaume de France inquiète les gouvernements anglais successifs, et la volonté de séparer l'Écosse de son alliée catholique est une des constantes de la politique anglaise vis-à-vis de l'Écosse jusqu'à l'union des couronnes, en particulier pendant la Réforme protestante.

Le roi Jacques Ier d'Angleterre (Jacques VI d'Écosse) peint par Paulus van Somer.

La Réforme écossaise provoque un conflit entre la « vieille » religion (le catholicisme romain) et la nouvelle (l'Église écossaise ou presbytérienne.) La reine Marie Ire (dite Mary, Queen of Scots) se voit contrainte d'abdiquer après un véritable coup d'État, et de fuir pour l'Angleterre en abandonnant son fils Jacques VI aux soins de tuteurs protestants. En Angleterre, les doutes à propos de la légalité du mariage d'Henri VIII avec Anne Boleyn font que beaucoup perçoivent Mary comme une prétendante plus légitime au trône d'Angleterre que sa cousine protestante Élisabeth Ire (l'arrière-grand-père de Marie fut le grand-père d'Élisabeth, Henri VII, par un mariage d'alliance entre l'Angleterre et l'Écosse). Élisabeth, méfiante, assigne sa cousine à résidence puis, pour conjurer les rumeurs d'un complot visant à la renverser[réf. nécessaire], la fait exécuter pour haute trahison. La reine Élisabeth meurt en 1603 sans héritier direct.

Jacques VI, maintenant roi d'Écosse, succède à sa cousine Élisabeth et prend le titre de Jacques Ier d'Angleterre en 1603, tout en conservant son titre de Jacques VI, roi d'Écosse. Les Stuart sont maintenant la famille royale de « Grande-Bretagne »[notes 1], mais les deux royaumes conservent des parlements séparés. L'Union des Deux Couronnes a préparé une éventuelle unification des deux royaumes. Cependant, pendant le siècle suivant, de fortes différences politiques et religieuses continuent à diviser les deux royaumes, et la royauté unique ne parvient pas à empêcher des guerres intestines.

Le Commonwealth et l'annexion temporaire de l'Écosse et de l'Irlande[modifier | modifier le code]

L'accession du fils de Jacques Ier, Charles Ier, au trône en 1625 marque le début d'une période de conflit entre le Roi et le Parlement. L'adhésion de Charles à la doctrine de la monarchie de droit divin attise une bataille de suprématie entre le Roi et le Parlement, qui culmine avec la guerre civile anglaise (1642-1651). En 1649, Charles est décapité. C'est le début de la République, ou Commonwealth (de 1649 à 1653), suivie par une période de gouvernement personnel du Lord Protector Olivier Cromwell. Le nouveau régime est impopulaire, et la mort de Cromwell en 1658 laisse la place à un vide politique que le gouvernement de son fils Richard (1658-1659) ne parvient pas à combler. En 1659, on tente de revenir au système antérieur au Protectorat de Cromwell, mais, en définitive, la volonté de stabilité politique pousse le Parlement à négocier la Restauration de la monarchie en 1660. Le fils de Charles Ier, Charles II, monte sur le trône. La période des crises entre le parlement et Charles Ier dans les années 1620 jusqu'à la restauration de la monarchie en 1660 est de plus en plus surnommée la Révolution anglaise par les historiens.

Oliver Cromwell, Lord Protector d'Angleterre.

La période du Commonwealth voit l'annexion de l'Irlande et de l'Écosse par l'Angleterre et l'abolition de leur autonomie législative. L'Irlande fut particulièrement touchée par la période des guerres civiles; en effet, après la conquête de Cromwell, la classe terrienne irlandaise catholique fut dépossédée de ses terres et remplacée par une classe dirigeante britannique et protestante. L'Irlande comme l'Écosse voient leur autonomie nominale restaurée après la Restauration. Néanmoins, pendant la période des Guerres des Trois Royaumes, les rois anglais (1639-1651) ont consacré beaucoup de temps à établir la primauté de l'Angleterre sur les deux autres royaumes de la monarchie Stuart.

Le conflit entre la Couronne et le parlement s'achève lors de l'invasion du pays par une armée hollandaise en 1688, qui débouche sur la Glorieuse révolution britannique et son volet économique, la révolution financière britannique.

Les Actes d'Union (1707)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Acte d'Union (1707).

Une intégration politique plus profonde est le projet de la reine Anne de Grande-Bretagne (17021714) qui succède au trône en 1702 comme dernière monarque Stuart de la Grande-Bretagne et d'Irlande. Un Bill d'Union est établi sous l'égide de la reine et de ses conseillers, les négociations commencent pour de bon en 1706. Les circonstances de l'acceptation de l'Écosse sont discutées. Les partisans écossais croient que l'échec de l'accession au Bill provoquera l'imposition de l'union dans des conditions beaucoup moins favorables ainsi que la perspective de longs conflits des deux côtés qui conduiront à un désordre civil, surtout à Édimbourg, dont la population en a une certaine réputation (Edinburgh Mob). Le projet d'une union des deux royaumes est très impopulaire parmi la population écossaise[réf. nécessaire], cependant, après le désastre du projet Darién, le parlement d'Écosse pratiquement en faillite, accepte les propositions à contre-cœur (les petites incitations financières pour les parlementaires écossais ainsi que les manœuvres de l'armée anglaise[réf. nécessaire] dans le nord de l'Angleterre jouent également un rôle dans la prise de décision).

La reine Anne (17021714), gravure d'un atlas d'Auguste II de Pologne.

En 1707 les actes d'union reçoivent la sanction royale, les parlements d'Angleterre et d'Écosse sont abolis pour créer le royaume de Grande-Bretagne avec un parlement unique. Anne devient formellement la première occupante du trône britannique uni et envoie 45 Membre du Parlement au nouveau Parlement de Westminster. Le plus grand bénéfice de cette union est pour l'Écosse le fait de profiter du libre-échange avec l'Angleterre et son empire colonial d'outre-mer. Elle reçoit également des subsides, appelés « l'Équivalent », d'un montant égal à la part de la dette publique anglaise qu'elle assume. Pour l'Angleterre, un allié possible des états européens hostiles à l'Angleterre est neutralisé, ainsi que la succession protestante au trône sécurisée.

Cependant, certains aspects des royaumes auparavant indépendants, sont maintenus. Certaines institutions anglaises et écossaises n'ont pas fusionné dans le système britannique : l'Écosse conserve son système judiciaire de même que son système banquier. L'église presbytérienne ainsi que l'église anglicane demeurent séparées, tout comme le système d'éducation. Un aspect de l'Acte d'Union, celui de nommer l'Angleterre et l'Écosse en « Bretagne du Nord » (North Britain) et « Bretagne du Sud » (South Britain) n'a guère trouvé de partisans et est par conséquent abandonné assez vite (en Angleterre, les termes d'England et Britain continuent d'être souvent interchangeables, cependant, la même situation ne s'est jamais produite en Écosse).

La Grande-Bretagne au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Pendant le XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne émerge comme une grande puissance en Europe et dans le monde entier. Le siècle est marqué par une rivalité avec la France, qui se prolonge à leurs colonies outre-mer en Amérique du Nord, aux Antilles, et en Inde. Dans la guerre de Sept Ans (1756-1763), la Grande-Bretagne triomphe décisivement sur ces trois fronts, conquérant la Nouvelle-France (le Canada) ainsi que des îles dans les Antilles mais aussi et surtout, gagne de manière décisive le contrôle du sous continent indien.

Cependant, le triomphe britannique en Amérique du Nord est de courte durée. En 1775, 12 ans après la défaite de la France en Amérique du Nord, ses treize colonies lancent une guerre d'indépendance. Il faut savoir que les coûts financiers de la guerre de sept ans avaient ruiné le pays qui avait alors augmenté les taxes des colons américains et ce sans les avoir consultés au préalable. Avec l'assistance de la France motivée par l'envie de revanche, les États-Unis gagnent leur indépendance en 1783.

Sur le continent européen, la Grande-Bretagne soutient uniformément le statu quo. La Révolution française préoccupe considérablement le gouvernement britannique, qui déclare la guerre contre la nouvelle République française en 1793. La guerre continuera au XIXe siècle (guerres napoléoniennes).

Les changements économiques importants du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

L'arrivée du hollandais protestant Guillaume III d'Orange sur le trône, après la glorieuse révolution de 1688, se traduit par une vie parlementaire marquée par l'élection et le débat d'idées. Financiers, navigateurs, experts dans l'art des voies navigables, les hollandais donnent à une Angleterre encore très peu peuplée des ressorts pour se lancer dans une économie d'exportation et d'innovations technologiques.

Une économie irriguée par la finance et les voies navigables[modifier | modifier le code]

  • À la révolution, l'Angleterre se dote d'un parlement, élu par une dizaine de milliers d'aristocrates. À l'époque où Richelieu tente d'interdire les duels, le parlement anglais devient le lieu de joutes oratoires et du débat d'idées. Il offre des prix aux inventeurs et organise des concours, comme celui de 1734 pour créer un chronomètre de marine, gagné par John Harrison.
  • La création en 1694 de la banque d'Angleterre, qui prête directement à l'État, précède d'un siècle celle de la Banque de France. Pour moderniser le pays, le nouvel État s'endette. En 1720, l'écrivain Daniel Defoe, père de Robinson Crusoé, fustige l'activisme des hollandais qui tiennent le centre financier de Londres et multiplient les astuces pour placer la dette publique : loteries, obligations sur la marine, ou emprunts convertibles en actions.
  • Le budget de l'État anglais s'élève en 1783 à 15 millions de livres sterling contre 16 millions en France, où le PNB est pourtant 2,5 fois plus élevé (160 millions de livres sterling contre 68 millions pour l'Angleterre) selon l'historien Fernand Braudel (Civilisation matérielle, économie et capitalisme, page 475). Revers de la médaille, l'impôt pèse 22 % du PNB au nord de la Manche contre 10 % au sud. Mais selon Braudel les prélèvements de l'Église et des nobles sont plus élevés en France. Louis XIV a mené quatre guerres grâce à la fiscalité directe sur une population trois fois plus nombreuse.
  • Le nouvel État britannique, dirigé par les hollandais, s'inspire du triomphe maritime de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales depuis 80 ans : il arme une flotte rivalisant avec celle de la France, trois fois plus peuplée. Critiquée pour sa dette, Londres surveille ses dépenses. Les guerres deviennent plus courtes : 7 ans pour prendre le Canada en 1764, 7 aussi pour céder l'indépendance des États-Unis en 1783.
  • L'État britannique investit surtout pour aménager le réseau fluvial, dans le premier quart du XVIIIe siècle, portant les voies navigables à 1 160 miles, afin de compléter une intense activité de cabotage, selon Fernand Braudel (page 452). Le canal du Midi construit par Colbert de 1666 à 1681 est visité par des aristocrates anglais, dont Lord Bridgewater, qui en 1761 s'endette pour relier ses mines de charbon aux voies navigables, par un canal privé. Son succès inspire d'autres canaux, financés par une Bourse qui fonctionne à plein régime. Les inventions, des années 1770, le puddlage de l'acier et la machine à vapeur sont gourmandes d'un charbon deux fois moins coûteux à livrer grâce aux rivières aménagées puis aux canaux.
  • Le rôle spécifique d'une révolution agricole britannique est relatif car le PNB français progresse de 110 % entre 1715 et 1800 contre +82 % pour l'Angleterre. Trois fois plus peuplée, la France a beaucoup plus de campagnes arriérées que l'Angleterre mais également plus de campagnes riches, de commerçants et d'artisans dynamiques. Et elle profite plus que l'Angleterre de la traite vers les colonies sucrières les plus rentables, comme Saint-Domingue.
  • La nouvelle banque d'Angleterre devient le pivot du développement des grandes banques privées de Londres. Leur nombre s'élève jusqu'à 73 en 1807. En province, les petites banques de comté se multiplient: une douzaine dès 1750, puis 120 en 1784, 200 aux environs de 1797 et 370 en 1800, selon l'historien Fernand Braudel (page 761).
  • Ces nouveaux banquiers de proximité diffusent l'épargne et le crédit dans les villes nouvelles, en exigeant des fonds propres, incitant les entrepreneurs-inventeurs du coton, comme Richard Arkwright et Edmund Cartwright à trouver des associés. Le boom du coton recentre la croissance sur des régions peu peuplées du Nord-Est, alors en retard, et se diffuse aux autres secteurs vers 1880, via le charbon, l'acier et la machine à vapeur.
  • En 1698, les spéculateurs hollandais délaissent le Royal Exchange, où leurs nouvelles techniques déconcertent les anglais, pour se retrouver au Jonathan's Coffee-House, qui brûle en 1748, devient un club de 161 courtiers en 1661 et bâtit en 1773 son propre bâtiment, le Stock Exchange, féroce rival du Royal Exchange dont il triomphe rapidement. Rôdés, les courtiers sont prêts à accompagner la révolution industrielle.

La croissance du commerce extérieur[modifier | modifier le code]

Le commerce extérieur de la Grande-Bretagne connaît au XVIIIe siècle une croissance exceptionnelle. De 1700-1701 à 1797-1798, la valeur des importations passe d’un peu moins de six millions de livres sterling à 24 millions. La valeur des exportations de biens produits en Grande-Bretagne passe de 4,5 millions de livres sterling à 18,3 millions. La valeur des réexportations passe de 2,1 à 12 millions de livres sterling[4].

Cette importante croissance s'explique par trois phénomènes majeurs :

  1. la demande croissante en Grande-Bretagne pour des produits exotiques en provenance d’Amérique et d’Asie (tabac, sucre, thé, café, produits colorants comme l’indigo) ;
  2. la demande croissante dans les pays d’Europe de l’Ouest et du Nord pour les mêmes produits, qui sont importés en Grande-Bretagne avant d’être réexportés ;
  3. la demande croissante dans les colonies américaines, où vivent 1,5 million de personnes, dont seulement 250.000 esclaves, en 1750 à la fois en produits manufacturés et en produits réexportés venus d’Asie[5].

La région composée de l'Angleterre et du Pays de Galles, de l'Écosse, de l'Irlande, des colonies d'Amérique et des Antilles, et dans une certaine mesure des côtes d'Afrique de l'Ouest, fonctionne au XVIIIe siècle comme une zone de libre-échange, dans laquelle les marchands britanniques peuvent commercer librement. C'est en revanche une zone protégée de la concurrence étrangère par les Navigation Acts.

Une autre cause de la croissance phénoménale du commerce extérieur britannique est le développement d'un marché du crédit particulièrement performant, soutenu par les principaux grossistes et marchands internationaux, et par des institutions comme la Bank of England, et qui permet de pallier la pénurie constante de numéraire. Le taux du crédit est particulièrement bas dans la Grande-Bretagne du XVIIIe siècle : autour de 3 à 4 % en moyenne, ce qui correspond grosso modo aux taux actuels, alors que dans le reste de l'Europe, il est rare de pouvoir emprunter à moins de 10 %.

Les prémices de la Révolution industrielle[modifier | modifier le code]

La croissance des exportations britanniques au XVIIIe siècle s'explique aussi en grande partie par l'explosion, dans les vingt dernières années du siècle, d'un nouveau commerce, celui de produits cotonniers fabriqués non plus dans des manufactures artisanales mais dans de vraies entreprises industrielles, profitant des progrès technologiques apportés par les inventions des premiers entrepreneurs du coton britannique qui lancent la révolution industrielle à partir de 1777.

La croissance du coton décolle dès 1771 et accélère encore en 1787, au fil des progrès technologiques: sur seulement 37 ans, entre 1771 et 1808, les importations de coton brut de l'Angleterre sont multipliées par douze. Les exportations de produits cotonniers finis, avec leur valeur ajoutée sont encore plus importante.

Jusqu'en 1760, le coton joue au contraire un rôle mineur, avec seulement 10 % des exportations contre environ 25 % pour la laine.

De l'acte d'Union de 1800 à la mort de Guillaume IV[modifier | modifier le code]

Le drapeau du Royaume-Uni basé sur les drapeaux de l'Angleterre, de l'Écosse et de l'Irlande. Ce schéma ne présente pas le drapeau de Cornouailles (voir image ci-dessous).
Le drapeau de Cornouailles, constitué d'une croix blanche sur fond noir
Le drapeau de Cornouailles.

L'acte d'Union de 1800[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Acte d'Union (1800).

L'invasion de l'Irlande par les Anglo-Normands en 1170 est suivie par des siècles de lutte. Tour à tour, les rois anglais cherchent à conquérir et à piller l'Irlande. Au début du XVIIe siècle commence une colonisation majeure de la province de l'Ulster par des protestants écossais et anglais ; beaucoup de catholiques irlandais sont contraints de quitter leurs terres. Depuis le temps de la première invasion normande, l'Irlande est un sujet de contrôle et de régulations de la part de l'Angleterre et plus tard de la Grande-Bretagne. Les Irlandais ont profité de la Première Révolution anglaise pour tenter de recouvrer leur indépendance. Cromwell débarque à Dublin (été 1649) avec ses soldats, les « Côtes de Fer » William Lamb, et organise un véritable massacre organisé. Suivant les sources, entre le tiers et la moitié de la population de l'île est massacrée. Après sa défaite, l'Irlande est soumise à l'autorité et aux lois de l'Angleterre et les terres du nord du pays sont confisquées et attribuées à des colons venus d'Écosse et d'Angleterre.

La guerre de l'Indépendance américaine (1775-1783) trouve un puissant écho au sein du peuple irlandais. En effet, des associations de volontaires militaires irlandais usent de leur influence pour parler en faveur d'une plus grande indépendance du Parlement irlandais. Ce souhait est réalisé en 1782 par l'obtention de droit au commerce autonome et de l'indépendance législative de l'Irlande. Cependant, avec l'attrait des principes de la Révolution française, les demandes de réforme de la Constitution se radicalisent. La Society of United Irishmen, composée de presbytériens de Belfast et d'anglicans et catholiques de Dublin, fait campagne pour la fin de la domination britannique. À leur tête se trouve Theobald Wolfe Tone (17631798) qui travaille avec la Convention catholique en 1792 pour abolir la loi pénale. N'arrivant pas à gagner le soutien du gouvernement britannique, Tone embarque pour Paris où il peut encourager quelques forces navales françaises qui l'aideront lors des soulèvements en Irlande. Les paysans se soulèvent à Wexford et, quoique insuffisamment armés, combattent avec bravoure. Dublin est en danger, mais les insurgés sont défaits par les forces régulières à Vinegar Hill. Une force française de mille cent hommes, menée par le Général Humbert, débarque dans la baie de Killala, mais arrive trop tard pour apporter une assistance efficace. Néanmoins, les rébellions ont enfin convaincu le Premier ministre britannique William Pitt (dit William Pitt Le Second) qu'il devait mettre un terme à l'indépendance de l'Irlande.

La loi promulguant l'Union reçoit l'assentiment royal le 1er août 1800[6]. L'union législative de la Grande-Bretagne et de l'Irlande est scellée le 1er janvier 1801 par les deux parlements irlandais et anglo-saxons sous l'Acte d'Union de 1800. Le pays est alors nommé « Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande » (United Kingdom of Great Britain and Ireland). Dès lors, l'Irlande dispose de 100 membres à la Chambre des communes, dont 64 élus par les comtés, 35 par les boroughs et 1 par l'université de Dublin[6],[notes 2] (House of Commons) de Westminster et 28 pairs à la Chambre des lords (House of Lords)[6]. Cependant, la lutte armée pour l'indépendance continue sporadiquement durant le XXe siècle. Une République d'Irlande s'autoproclame à Dublin en 1916 et est approuvée en 1919 par Dáil Éireann, le parlement lui aussi auto-déclaré. Une guerre anglo-irlandaise a lieu entre les forces de la couronne et l'Armée républicaine irlandaise (IRA) de janvier 1919 à juillet 1921[7].

Le traité anglo-irlandais de 1921, négocié entre les représentants de Grande-Bretagne et d'Irlande et approuvé par trois parlements, établit l'État libre d'Irlande qui quitte le Commonwealth britannique et devient une république après la Seconde Guerre mondiale, sans lien constitutionnel avec le royaume britannique. Cependant six comtés majoritairement protestants du nord de l'Irlande choisissent de rester dans le Royaume-Uni.

Le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Premiers ministres : William Pitt le Jeune | Lord Grenville | Duc de Portland | Spencer Perceval | Lord Liverpool | George Canning | Lord Goderich | Duc de Wellington | Lord Grey | Lord Melbourne | Sir Robert Peel | Lord John Russell | Lord Derby | Lord Aberdeen | Lord Palmerston | Benjamin Disraeli | William Ewart Gladstone | Lord Salisbury | Lord Rosebery
Périodes : Époque georgienne - Époque victorienne - Époque édouardienne

Le XIXe siècle est marqué par de grandes avancées en géologie et en paléontologie, ainsi qu'en génie civil, avec des ingénieurs tels qu'Isambard Kingdom Brunel. Le Royaume-Uni est le premier pays à connaitre un un essor fulgurant du chemin de fer puis un recours massif à la monnaie de papier, alors que les métaux précieux restent dominants ailleurs, en particulier aux États-Unis, où la Paniue de 1837 montrent qu'ils restent primordiaux. Sur le front social, le chartisme, de 1838 à 1848, mobilise des millions de personnes pour obtenir le suffrage universel. Le syndicalisme prend forme dans les années 1860, avec les Trades Union Congress (TUC, congrès des syndicats), et s'étend dans les années 1880 au-delà des seuls ouvriers qualifiés.

Article détaillé : Empire britannique.

L'Irlande[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Irlande.

Une partie des négociations autour de l'Acte d'Union de 1800 stipulait que la loi pénale serait abrogée ainsi que l'émancipation catholique garantie. Cependant le roi George III bloque l'émancipation en argumentant que de l'accepter irait à l'encontre de son serment de défendre l'Église anglicane. Une campagne menée par l'avocat et politicien Daniel O'Connell ainsi que la mort du roi George mène à la concession de l'émancipation catholique en 1829, les catholiques sont autorisés au parlement. O'Connell essaie ensuite de faire abroger l'Acte d'Union, une campagne sans succès.

Quand l'épidémie de mildiou atteint l'île en 1846, une majeure partie de la population rurale n'a plus rien à manger. Cependant, les politiciens britanniques comme le Premier ministre Robert Peel pratiquent à cette époque la politique économique du laissez-faire qui déclare que le pouvoir n'a pas à intervenir en particulier dans le domaine économique. Par ailleurs, des sommes énormes sont levées par des particuliers et des associations caritatives (des Indiens américains envoient des approvisionnements, la reine Victoria donne l'équivalent de 70 000 €) mais l'inactivité du gouvernement britannique (ou au moins une activité inadéquate) font du problème une catastrophe. La classe des laboureurs des champs est pratiquement anéantie dans ce qui sera connu sous le terme de Famine des pommes de terre en Irlande (Irish Potato Famine).

La Grande Famine dans les années 1845-1849 en Irlande provoquée par l'épidémie de mildiou.

La plupart des Irlandais élit des MP libéraux et conservateurs appartenant aux grand partis politiques britanniques (les pauvres n'avaient pas le droit de vote à l'époque). Une minorité significative élit également des unionistes qui défendent la maintenance de l'Acte d'Union. Un avocat tory qui fait de la campagne à l'échelle nationale, Isaac Butt, établit un nouveau mouvement nationaliste modéré, la Home Rule League, dans les années 1870. Après la mort de Butt, la Home Rule League ou plutôt l'Irish Parliamentary Party comme elle est appelée dès à présent, devient une force politique majeure sous William Shaw et le propriétaire protestant radical Charles Stewart Parnell. L'Irish Parliamentary Party domine la politique irlandaise à l'exclusion des partis libéraux, conservateurs et unionistes qui existaient auparavant. Le mouvement de Parnell rencontre un succès global, parmi les propriétaires conservateurs comme chez la Land League qui fait campagne pour une réforme fondamentale des propriétés irlandaises, la plupart des fermes sont louées par des grands propriétaires aristocratiques.

Le mouvement de Parnell fait campagne pour la Home Rule qui signifie que l'Irlande s'autogouvernera en tant que région du Royaume-Uni, à l'opposition d'O'Connell qui souhaite une indépendance entière avec un monarque et une couronne partagée. Deux Home Rule Bills sont introduits par le premier ministre Gladstone mais aucun ne parvient au statut de loi, surtout à cause de l'opposition de la Chambre des lords. La question divise l'Irlande, une minorité significative (surtout en provenance de l'Ulster) sont contre la Home Rule et craignent qu'un parlement catholique-nationaliste à Dublin entraînera des mesures discriminantes et imposera des tarifs sur l'industrie; bien que la majorité de l'Irlande vit de l'agriculture, six comtés de l'Ulster sont le siège d'industries lourdes importantes qui seraient alors le plus affectés par de nouveaux tarifs.

En 1912, un autre Home Bill passe par la Chambre des communes mais se heurte, tout comme en 1893, à la Chambre des lords. Cependant, la Chambre des lords à cette époque a perdu son droit de véto en matière législative et ne peut que retarder le Bill de deux ans - jusqu'en 1914. Pendant ces deux années, l'Irlande est constamment menacé d'une guerre civile avec la création des Unionist Ulster Volunteers et de leur contrepartie nationaliste, les Irish Volunteers. Les deux groupes s'arment en important des fusils et de la munition et s'entraînent publiquement. Quand la Première Guerre mondiale éclate en 1914, la question de l'Irlande est oubliée pour la durée de la guerre. Les forces unionistes et nationalistes rejoignent l'armée britannique et souffrent de pertes considérables dans les tranchées.

Jusqu'en 1918, l'Irish Parliamentary Party reste le parti politique dominant en Irlande bien que divisé depuis la fin du XIXe siècle après l'affaire du divorce O'Shea. Parnell, surnommé « Roi sans couronne d'Irlande » (Uncrowned King of Ireland), vivait avec la femme d'un de ses MP, et fut le père de nombreux enfants. Quand le scandale éclate, les non-conformistes religieux britanniques, qui étaient l'appui du parti libéral irlandais, forcent W. E. Gladstone d'abandonner la cause irlandaise aussi longtemps que dure l'adultère Parnell. Le parti se divise en pro- et anti-Parnellites qui se battent pendant les élections.

Une République irlandaise est unilatéralement déclaré à Dublin en 1916 lors de l'insurrection de Pâques (Easter Rising). L'insurrection est assez vite matée par les forces britanniques et les chefs sont exécutés. Ceci provoque une augmentation du support pour l'insurrection en Irlande et la déclaration d'indépendance est ratifiée par le Dáil Éireann, le parlement de la république auto-déclarée en 1919. De 1919 à 1921, les forces de la Couronne et l'armée de la République irlandaise se trouvent en guerre.

Le traité anglo-irlandais de 1921 négocié entre les représentants britanniques et irlandais et ratifié par quatre parlements[notes 3] établit l'État libre d'Irlande (Irish Free State) qui est initialement considéré comme un dominion de l'Empire britannique, tout comme le Canada ou l'Afrique du Sud, mais qui quitte le Commonwealth britannique et devient une république après la Seconde Guerre mondiale sans aucun lien constitutionnel avec le Royaume-Uni. Six comtés du nord, majoritairement protestants, restent attachés au Royaume-Uni (Irlande du Nord).

Irlande du Nord[modifier | modifier le code]

Carte de l'Irlande du Nord.

L'Irlande du Nord est créée par l'Acte du Gouvernement d'Irlande (Government of Ireland Act) en 1920 et ratifié par les parlements britanniques et irlandais en 1921. Face à des demandes divergentes des nationalistes irlandais et des unionistes concernant le futur de l'Irlande (les nationalistes votant pour un parlement unique qui pratique la Home Rule sur l'île entière, les unionistes opposées à n'importe quelle manière d'application de la Home Rule) et à la crainte d'une guerre civile entre les deux groupes, le gouvernement britannique sous David Lloyd George passe l'Acte créant ainsi deux Irlandes sous Home Rule, l'Irlande du Nord et l'Irlande du Sud. L'Irlande du Sud ne parviendra jamais à s'établir en tant qu'État et est remplacé par l'État libre d'Irlande en 1921. Aujourd'hui, l'état est connu sous le nom de République d'Irlande.

Après avoir reçu l'auto-gouvernement en 1920 (bien que ceci n'était pas demandé et certains comme Sir Edward Carson y étaient farouchement opposés), le gouvernement de l'Irlande du Nord pratique sous James Craig et ses successeurs une politique de discrimination envers la minorité catholique et nationaliste. L'Irlande du Nord devient, selon les mots du lauréat du prix Nobel, chef du parti unioniste et Premier ministre d'Irlande du Nord David Trimble « a cold place for Catholics. » Des localités et villes sont arbitrairement découpées en circonscriptions électorales pour rendre caduques les élections gouvernementales locales pour assurer un contrôle protestant des conseils locaux. Des arrangements qui donnent aux entreprises commerciales le droit de vote et qui règlent le salaire minimal aident également à atteindre ce but.

Dans les années 1960, le Premier ministre unioniste modéré Terence O'Neill (plus tard Lord O'Neill du Maine) tente de réformer le système mais se heurte à une opposition générale des chefs protestants comme Ian Paisley. Les pressions de la part des nationalistes et des unionistes extrêmes augmentent et conduisent à des mouvements qui luttent pour les droits civiques avec à leur tête des personnages comme John Hume, Austin Currie et d'autres. Des désaccords entre les manifestants et le Royal Ulster Constabulary conduisent à des différends au niveau communal. L'armée britannique est envoyée en Irlande du Nord en 1969 par le secrétaire d'État britannique James Callaghan pour protéger les nationalistes, ce qui est vivement reconnu. Cependant, le meurtre de treize personnes civiles sans armes en 1972 à Londonderry par des troupes paramilitaires britanniques (« Bloody Sunday ») enflamme la situation et les nationalistes du Nord se tournent contre l'armée britannique. L'apparence de l'« Armée républicaine irlandaise provisoire » (IRA) qui se sépare de l'IRA officielle qui devient de plus en plus marxiste, et une campagne de violence orchestrée par des groupes terroristes locaux comme l'Ulster Defence Association et d'autres, poussent l'Irlande du Nord au bord d'une guerre civile. Au cours des années 1970 et 1980, des extrémistes des deux côtés commettent des meurtres en masse, les victimes sont souvent des personnes civiles innocentes. Parmi les outrages les plus notoires on peut citer le bombardement de Le Mon ainsi que les bombardements d'Enniskillen et d'Omagh.

Certains hommes politiques britanniques comme le ministre Tony Benn du parti travailliste sont pour un retrait britannique de l'Irlande, mais les gouvernements irlandais successifs sont opposées à cette politique qui prédisent les résultats possibles d'un retrait britannique, le « Doomsday Scenario », en évoquant des différends locaux à l'échelle nationale suivis par un exode en masse de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui se réfugient de leur 'côté' de la province, des nationalistes se sauvant à l'Ouest de l'Irlande du Nord, des unionistes à l'Est. La peur la plus grave est celle d'une guerre civile qui ne concernera pas uniquement l'Irlande du Nord mais également la République d'Irlande ainsi que l'Écosse, les deux ayant des liens étroits avec l'une et/ou l'autre communauté. Plus tard, l'impact possible d'un retrait britannique est appelé la balkanisation de l'Irlande du Nord à l'image de l'éclatement de la Yougoslavie.

Au début des années 1970, le Parlement de l'Irlande du Nord est reporté après le refus du gouvernement unioniste sous Brian Faulkner de transmettre le pouvoir au gouvernement britannique qui instaure le gouvernement direct (Direct rule) depuis Londres à partir du . Des nouveaux systèmes de gouvernement sont essayés mais s'avèrent tous des échecs, tels l'Accord de Sunningdale (Sunningdale Agreement), l'essai d'une dévolution progressive (Rolling devolution) et l'Accord anglo-irlandais (Anglo-Irish Agreement). Dans les années 1990, l'échec de l'IRA de gagner le support public ou d'atteindre son but, le retrait britannique, en particulier après le désastre d'Enniskillen suivi d'un changement de pouvoir avec le départ de Ruairí Ó Brádaigh et l'arrivée de Gerry Adams voit l'IRA se détacher du conflit armé pour entamer une voie d'accords politiques. Ces changements sont suivis par de nouveaux chefs à Dublin (Albert Reynolds), à Londres (John Major) et à la tête des unionistes (David Trimble). Des pourparlers initiés par Adams et Hume, chef du parti social-démocrate et travailliste, débouchent sur des discussions globales entre les partis qui conduisent à l'Accord du Vendredi Saint (Good Friday Agreement) en 1998, approuvé par la majorité des communautés en Irlande du Nord ainsi que par la République d'Irlande, où la constitution Bunreacht na hÉireann est modifiée pour remplacer une revendication sur le territoire de l'Irlande du Nord en reconnaissant l'existence de l'Irlande du Nord, mais en reconnaissant également le désir des nationalistes d'une Irlande unifiée.

Sous l'Accord du Vendredi Saint, correctement « Accord de Belfast », une nouvelle assemblée nord-irlandaise est élu dans le but de former un parlement nord-irlandais. Tout parti atteignant un niveau spécifique de support est autorisé de nommer un membre du parti au gouvernement et de revendiquer un ministère. L'unioniste David Trimble de l'Ulster devient Premier ministre de l'Irlande du Nord. Le député et leader du SDLP, Seamus Mallon, devient député Premier ministre de l'Irlande du Nord, mais sera plus tard remplacé par Mark Durkan, nouveau leader du parti. Le parti unioniste d'Ulster, le SDLP, le parti unioniste démocrate et le Sinn Féin ont tous des ministres de droit dans l'assemblée au pouvoir partagé. L'assemblée ainsi que son exécutif sont pour l'instant tous les deux suspendus à cause de menaces de la part des unionistes dues au retard de l'IRA dans son processus de désarmement et également à cause de la découverte d'un cercle d'espionnage lié à l'IRA qui opère au cœur du service civil (ceci s'est révélé faux, Denis Donaldson qui avait les documents qui accusaient l'IRA travaillait pour l'intelligence britannique). Le gouvernement est à nouveau entre les mains du Secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord, Peter Hain qui a à ses côtés une équipe ministérielle britannique.

Royaume-Uni et Commonwealth[modifier | modifier le code]

Drapeaux des membres du Commonwealth à Londres.

Le contrôle de l'Empire britannique sur ses colonies diminue au cours de l'entre-deux-guerres. Le nationalisme prend une part importante dans quelques parties de l'Empire, notamment aux Indes et en Égypte.

Entre 1867 et 1910, l'Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande reçoivent le statut de dominion (une indépendance au sein de l'Empire). Ils deviennent des membres fondateurs du Commonwealth britannique (connu sous le nom de Commonwealth of Nations depuis 1949), une organisation informelle qui réunis les anciennes colonies britanniques. Avec l'indépendance des Indes et du Pakistan en 1947 qui parachèvent la décolonisation de l'Empire. Aujourd'hui, la plupart des anciennes colonies britanniques font partie du Commonwealth, pratiquement toutes en tant que membre indépendant. Restent cependant treize colonies britanniques anciennes — dont les Bermudes, Gibraltar et les Îles Malouines — qui décident de garder leur lien politique avec Londres, ce sont les territoires britanniques d'outre-mer.

Bien que souvent marqué d'un nationalisme économique et politique, le Commonwealth donne au Royaume-Uni son mot à dire dans les affaires concernant les pays en développement et fait également figure de forum pour les problèmes de ces pays. À noter que l'Irlande, les États-Unis ainsi que les anciennes colonies et protectorats du Moyen-Orient ne font pas partie du Commonwealth. En plus, le Commonwealth aide à préserver des institutions calquées sur le modèle britannique, comme la démocratie parlementaire westminsterienne, dans ces pays.

Histoire sociale[modifier | modifier le code]

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De retour des tranchées, beaucoup éprouvent de la rancœur face à l'indifférence des civils et, compte tenu de leur propre sacrifice (en France, un phénomène semblable a lieu), la conscription brasse des populations d'origines et rangs divers et ce nivellement de masse accéléra le changement social d'après-guerre. Les réformes sociales du siècle dernier donnent naissance en 1900 au Parti travailliste, qui n'accède cependant au pouvoir qu'en 1922.

The Subsidised Mineowner, caricature britannique de 1925.

En 1919, la loi sur le logement social du Premier ministre Lloyd George fait sortir les gens de leurs taudis de banlieue de l'époque victorienne. Cependant, les tramways utilisent la fée électricité bien avant les habitations. Le droit de vote est reconnu aux femmes en 1918, mais le suffrage universel ne voit le jour qu'en 1928.

La Grande Dépression de 1929 frappe durement le nord de l'Angleterre et le Pays de Galles (70 % de chômeurs dans certaines régions). Auparavant déjà, la grève générale de 1926 est proclamée en solidarité avec les mineurs et leurs salaires diminués. Le roman Le Quai de Wigan de George Orwell décrit bien les conditions d'existence de la classe ouvrière du nord de l'Angleterre durant les années 1930. Alors commence le lent déclin de l'industrie charbonnière du Royaume-Uni qui atteint son paroxysme au début des années Thatcher (1979) avec la longue grève des mineurs (un an, sans grande compensation).

Le début de la Seconde Guerre mondiale est l'occasion d'une relance de l'emploi (défense, armements…). Elle commence par la « drôle de guerre » ou rien de sérieux ne se produit du à mai 1940 (débuts du Blitz et de l'attaque allemande en Europe et en Angleterre). Les enfants sont tôt évacués loin des agglomérations. Le nombre des pertes humaines est deux fois moindre qu'en 1914-1918 mais les « progrès » dans la guerre aérienne accroissent le nombre de civils touchés. D'ailleurs les sévères bombardements aériens par la Luftwaffe sur les grandes villes forgent l'esprit britannique de résistance à l'ennemi.

On assiste alors à un « retour » des populations vers les champs, l’agriculture et les jardins privatifs pour subvenir aux besoins alimentaires. Les femmes prennent largement part à cet effort de guerre (usines mais aussi agriculture) : les « Land Girls » (les filles de la terre), cinq cent mille femmes dans les forces armées. Même la princesse et future reine Elizabeth II contribue à l'effort de guerre en conduisant des camions. La révolution sexuelle commence déjà avec cette émancipation.

Époque victorienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Époque victorienne.
La reine Victoria (1837–1901).

Victoria devient reine en 1837. Son long règne (1837-1901) voit le Royaume-Uni à son apogée en termes de puissance économique et politique.

Guerre de Crimée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Crimée.

Guerre de Sécession[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Sécession.

Expansion de l'Empire[modifier | modifier le code]

La Grande Famine en Irlande[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grande Famine en Irlande.

Début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Époque édouardienne (1901-1914)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Époque édouardienne.

La première Guerre mondiale et dépression[modifier | modifier le code]

Entrée en guerre[modifier | modifier le code]

Le Royaume-Uni était membre de la Triple Entente, un accord diplomatique l'unissant depuis 1907 à la Russie (elle-même alliée à la France), conclu en réaction aux rodomontades des puissance de l'Axe : Empire allemand, Autriche-Hongrie et Empire Ottoman. Toutefois, les Britanniques ne déclarèrent finalement la guerre à l'Empire allemand que le 4 septembre 1914, après n’avoir reçu qu’« une réponse non-satisfaisante[8] » à leur demande de respecter la neutralité de la Belgique.

Conflit[modifier | modifier le code]

En l'espace de quelques semaines, le Front de l'Ouest tourna au massacre : des centaines de milliers d'hommes y perdirent la vie, sans que les Forces de l'Axe parviennent à imposer leur guerre de mouvement ; mais désormais, la stabilisation du front exigeait du Royaume-Uni un renfort continu d'hommes et de munitions.

La Royal Navy dominait les mers, et elle infligea une série de défaite aux bâtiments de surface de la marine impériale allemande, d'abord à Heligoland (1914) puis sur le Dogger Bank (1915), et ferma l'accès de la Mer du Nord. Désormais, ses ports entourés de mines, l'Allemagne subissait un blocus, provoquant une interruption du ravitaillement de l'Outre-mer et à terme, une véritable disette. La stratégie navale de l’Allemagne se tourna donc exclusivement vers l'emploi des U-Boats pour tenter de faire plier les Britanniques, au risque de frapper des navires neutres : le Haut commandement allemand proclama « zone de guerre » les eaux territoriales britanniques ce qui signifiait que tout navire y pénétrant devenait une cible légitime. C'est ainsi qu'en mai 1915, les submersibles allemands envoyèrent par le fond le paquebot Lusitania, tuant plus de 100 passagers américains. Les protestations des États-Unis poussèrent l'Allemagne à renoncer à cette guerre sous-marine.

La Grande-Bretagne s'engageait à fond dans le conflit, mais les Catholiques d'Irlande étaient décidés à rompre avec la Couronne et fomentèrent une rébellion en 1916 ; elle échoua, mais la dureté de la répression qui s'ensuivit marqua le début d'une hostilité séculaire envers les Britanniques[réf. nécessaire]. Dès 1916, la lassitude de la guerre faisant ses effets, les engagements volontaires avaient cessé : ce changement poussa le gouvernement britannique à imposer la conscription (mais non en Irlande), afin de maintenir ses effectifs sur le Continent. Confrontés à une mobilisation laborieuse de leur appareil industriel, les Britanniques remplacèrent en décembre 1916 leur premier ministre Asquith par un homme à poigne, David Lloyd George. La nation réussit alors à mobiliser sa main d’œuvre, masculine et féminine, son industrie, ses finances, ses colonies et sa diplomatie pour abattre l’Empire allemand et ses alliés. La Royal Navy écrasa l'essentiel de la marine impériale allemande (Hochseeflotte) lors de la seule grande bataille navale de la guerre, la Bataille du Jutland. Les Américains, quoiqu'ils n'eussent pas officiellement rejoint la coalition de l’Entente, fournissaient désormais les Alliés en argent, nourriture et matériel.

Outre-mer, les Britanniques, les Français, les Australiens et les Japonais s'emparaient des colonies allemandes, désormais livrées à elles-mêmes. Alors le Royaume-Uni crut venu le moment d'abattre l’Empire Ottoman, mais il essuya une série de défaites lors de la bataille des Dardanelles puis en Mésopotamie, et tâcha de soulever les minorités arabes contre les Turcs.

Pourtant, en 1917, l'échec des offensives en France portait le moral du pays au plus bas, et seule l'entrée en guerre des Américains (2 avril 1917) donnait quelque espoir. Ayant obtenu la capitulation de la Russie, les Allemands essayèrent au printemps 1918 de faire la décision à l'Ouest avant que les millions de soldats Américains viennent bouleverser l'équilibre à leur détriment, et même ils reprirent la guerre sous-marine[9],[10]: ce fut en vain. La mise en œuvre d'une tactique de convois sur l'Atlantique mit un terme à la menace des U-Boote.

Finalement débordés au début de l'automne par le débarquement de 10 000 Américains par jour, les Allemands, réalisant que l'équilibre était rompu, durent accepter en novembre un armistice, qui était à vrai dire une capitulation.

L’économie britannique a connu une croissance remarquable de 14% entre 1914 et 1918, malgré l'absence de centaines de milliers d'ouvriers mobilisés ; dans le même temps, l’économie allemande se contractait de 27%. La consommation intérieure a baissé au bénéfice de l'industrie d'armement. La part des investissements publics dans le PIB est passée de 8% en 1913 à 38% en 1918 (elle atteindra toutefois jusqu'à 50% en 1943[11],[12]). La guerre a forcé la Grande-Bretagne à puiser dans ses réserves financières et à emprunter massivement auprès des banques new-yorkaises. Après l'entrée en guerre des États-Unis en avril 1917, le Trésor de la Couronne empruntera directement à la Réserve fédérale.

Le mode de vie et les idéaux victoriens, qui s'étaient épanouis à l'Époque édouardienne, ont été bouleversés par la Première Guerre mondiale. L'armée n'avait jamais auparavant été un gros employeur : ses effectifs culminaient à 247 432 hommes au début du conflit[13] ; or en 1918, plus de 5 000 000 d'hommes étaient sous les drapeaux et la toute nouvelle Royal Air Force, créée par fusion du Royal Naval Air Service (RNAS) et du Royal Flying Corps (RFC), rassemblait à elle seule pratiquement le même effectif que l'armée du début de 1914. Les 900 000 morts et plus de 1 600 000 blessés[14], la génération perdue du poète écrivain T.S. Eliot, ont profondément affecté la nation britannique ; malgré cela, plusieurs auteurs ont jugé que leur sacrifice avait été sous-estimé, comme en témoigne par exemple le poème Blighters de Siegfried Sassoon, qui reproche l'esprit Va-t-en-guerre de la population de l'arrière-front.

La flotte commerciale et militaire a été en grande partie détruite. Le Royaume-Uni a du mal à assurer le commerce avec ses colonies, et l'activité économique ralentit. Pour reconstruire sa flotte le Royaume uni doit faire appel au crédit américain. Les États-Unis prennent la place de première puissance maritime.

Opposition à la guerre[modifier | modifier le code]

Opposés à la guerre, John Burns et John Morley, respectivement President of the Board of Trade et lord président du Conseil[réf. nécessaire], démissionnent à l'annonce de l'engagement du Royaume-Uni dans le conflit[15]. Le parti travailliste et les trades unions, d'abord opposés à la guerre, s'y rallient en août 1914[15]. Seule une minorité de travaillistes est pacifiste[15], ils sont représentés dans le Cabinet de coalition formé en mai 1915, et possèdent même trois ministres, plus tard, dans le gouvernement de Lloyd Georges (en)[15]. Des intellectuels libéraux remettent également en cause les raisons et les origines du conflit et forment en septembre 1914 l'Union of Democratic Control (UDC) pour promouvoir la paix par la coopération internationale[15]. Le mouvement gagne petit à petit du terrain, notamment chez les Fabiens et dans l'Independant Labour Party, une composante de Labour[15]. La majorité des travaillistes se rallie néanmoins au pacifisme à partir de 1917, alors que la guerre est devenue extrêmement impopulaire[15]. En décembre 1917, ils signent avec les syndicats un « Mémorandum sur les buts de la guerre » demandant l'arrêt du conflit[15]. Parmi les signataires figurent notamment Ramsay MacDonald, Sidney Webb et Arthur Henderson, un démissionnaire du gouvernement[15].

Home Rule, insurrection et guerre d'indépendance en Irlande[modifier | modifier le code]

L'entre-deux guerres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Entre-deux guerres.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Winston Churchill au Québec en 1944.

Winston Churchill, qui hésite entre les libéraux et les conservateurs depuis qu'il est élu député en 1900, a déjà une longue expérience en politique lorsqu'il arrive au pouvoir, d'abord comme Premier Lord de l'Amirauté en septembre 1939 puis comme Premier ministre en mai 1940[16]. Il a beaucoup d'opposants ; les syndicats, auxquels il est hostile ainsi qu'aux grèves, les soldats de Gallipoli, dont il a conçu la désastreuse expédition ayant causé la perte de 252 000 soldats britanniques[17], et les conservateurs, qui imputent l'échec électoral des années 1920 à sa politique économique[18]. Sa défense de la présence britannique en Inde et ses sympathies pour Benito Mussolini et Francisco Franco l'empêche de se former une image d'ennemi du fascisme, malgré son opposition à l'Allemagne nazie[18].

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

L'expérience travailliste (1945-1951)[modifier | modifier le code]

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, le Labour est devenu l'une des deux principales force politique du pays, annonçant le principal clivage politique qui perdurera tout au long du XXe siècle[19]. Clement Attlee, dirigeant du Labour depuis 1935[20] et Vice-Premier ministre travailliste du gouvernement de coalition mené par Winston Churchill entre 1940 et 1945, est porté au pouvoir par le raz-de-marée électoral de 1945[20],[21], avec pour la première fois une majorité suffisante pour former un gouvernement[20]. Au programme : les nationalisations des services, des transports et la création d'un État-Providence moderne pour la protection sociale, la santé, l'assurance maladie, les retraites, etc.

Aneurin Bevan, premier secrétaire pour la Santé, crée le Service national de santé britannique (NHS) contre l'avis général du corps médical. Les travaillistes l'emportent aux élections de 1950 mais avec une majorité faible, ce qui provoque de nouvelles élections en 1951. Les travaillistes perdent ces élections à cause du système électoral (plus de voix qu'en 1945, et plus de voix que les conservateurs… mais moins de sièges).

Politique sociale[modifier | modifier le code]

Les réformes sociales travaillistes sont consensuelles dans la classe politique jusqu'au thatchérisme, les libéraux et conservateurs disposant en effet des mêmes projets dans leurs programmes électoraux[22].

Volet le plus attendu du programme travailliste[23], la mise en place de l’État providence intervient pour l'essentiel entre 1946 et 1948[24]. En 1946 tout d'abord, le National Insurance Act permet aux résidents au Royaume-Uni d'être assuré, et ceci obligatoirement, en matière de chômage, maladie[25], retraite (dont l'âge est fixé à 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes[22],[26]), maternité et décès[24], ainsi que veuvage[22]. La même année, le National Health Service est créé par le ministère de Bevan, assurant à chaque Britannique des soins gratuits, et ce quelles que soient ses ressources[22]

De 1945 à 1951, près de 1,2 million de logements sociaux sont construits, c'est-à-dire bien moins qu'avant la guerre, alors que les besoins sont bien plus importants du fait des bombardements[22]. Des préfabriqués sont installés, mais la demande est trop importante (de l'ordre de 3 millions en 1945[22]) ; les sans-logis manifestent et occupent de nombreux logement vacants dans les grandes villes[22].

Les travaillistes, en taxer plus fortement le capital et en améliorant la progressivité de l'impôt, parviennent à diminuer quelque peu la part de la richesse nationale des plus fortunés : en 1950, les 1 % les plus riches en possèdent 42 %, contre 56 % en 1936[22].

Nationalisations[modifier | modifier le code]

Deux phases de nationalisations surviennent, l'une plutôt consensuelle entre 1946 et 1947, l'autre plus conflictuelle entre 1948 et 1951[27]. Le 1er le capital de la Banque d'Angleterre passe entièrement sous contrôle de l’État[27]. Celle-ci peut désormais émettre de la monnaie, contrôler le change, gérer la masse monétaire et le crédit, fixer le taux d'escompte, réguler la zone sterling et même conseiller le Cabinet en matière économique et financière[28]. Le 1er août 1946, une loi à effet immédiat est votée et nationalise l'aviation civile, la British European Airways et la British South American Airways, qui s'ajoutent à la British Overseas Airways Corporation, déjà publique depuis 1939[29]. À partir des 1er janvier 1947, les mines et les charbonnages sont nationalisés et placés sous la houlette du National Coal Board[29].

De la partition à l'indépendance de l'Irlande[modifier | modifier le code]

En 1949, le gouvernement Attlee un loi stipulant que l'Irlande du Nord ne peut cesser d'appartenir au Royaume-Uni sans le consentement du Parlement de la province[30].

La décolonisation et le déclin de l'Empire britannique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Partition des Indes.

Prémices et première vague d'indépendances[modifier | modifier le code]

Les prémices de la décolonisation se faisaient déjà sentir avant le début de la Seconde Guerre mondiale, les Japonais s'étant emparés de la Malaisie, de Singapour, de la Birmanie, de Hong-Kong, ce qui avait fait craindre au Britannique qu'on emportât également l'Inde et l'Australie[31]. Sur fond de tensions entre hindouistes et musulmans, l'Inde se révolte et, en août 1946, des révoltes au nord du pays font plusieurs centaines de milliers de morts[31]. L'indépendance intervient le 15 août 1947[32], mais le Royaume-Uni laisse un pays divisé en trois territoires : l'Inde à majorité hindouiste, et le Pakistan musulman, lui-même fragmenté entre une moitié occidentale et une moitié orientale (qui deviendra le Bangladesh), distants de 1 700 km[31]. Cette partition entraîne le transfert de 14 millions de personnes[31] et provoque des massacres sanglants faisant, selon les historiens, de quelques centaines à un million[33],[34], voire deux millions de morts[35]. Malgré tout, le Royaume-Uni estime avoir réussi son retrait[34]. Elle conserve des liens étroits avec l'Inde et correct avec le Pakistan[31], qui acceptent tout deux d'intégrer le Commonwealth[34]. La première vague de décolonisation asiatique prend fin en 1948 avec la proclamation de l'indépendance de Ceylan et de la Birmanie[35][réf. insuffisante]. Le pays souhaitant garder la main sur l'étain et l'hévéa, l'indépendance de la Malaisie ne survient qu'au début des années 1960[35].

Le 26 octobre 1951[36], Winston Churchill est de retour au pouvoir en tant que Premier ministre[37]. Il s'attache à maintenir et entretenir la « relation spéciale » avec les États-Unis, s'alignant sur les positions américaines dans le cadre de la guerre froide ou de la problématique coréenne[37]. Il doit affronter les soubresauts des crises internationales, souvent liées au réveil des nationalismes dans les ex-colonies, et le déclin du prestige et de la puissance de l'Empire britannique. Par exemple, la crise anglo-iranienne au sujet du pétrole : le Parlement iranien vote en mars 1951 la nationalisation de l'Anglo-Iranian Oil Company, fortement appuyée par le vieux leader Mohammad Mossadegh. La Cour internationale de justice propose un partage des profits, que Churchill rejette. Les Britanniques envisagent un coup d'État qui finalement se forme au sein même de l'armée et de factions pro-britanniques au Majlis.

Anthony Eden, arrivé au pouvoir le 7 avril 1955, se concentre sur l'Alliance avec les États-Unis d'Eisenhower même s'il ne parvient pas à s'entendre avec le secrétaire d'État John Foster Dulles.

La crise du canal de Suez[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crise du canal de Suez.

En juillet 1956, le président égyptien Gamal Abdel Nasser annonce sa volonté de nationaliser la compagnie franco-britannique exploitant le canal de Suez[35]. Après des mois d'intenses négociations et de tentatives de médiation[réf. nécessaire], le Royaume-Uni, la France et Israël[réf. nécessaire] réagissent en attaquant et occupent la zone du canal[35]. L'URSS et surtout les États-Unis, tout deux partisans de la décolonisation[réf. nécessaire], s'y opposent chacun de leur côté[35] ; l'opinion internationale est majoritairement défavorable à l'intervention. Face à ce tollé diplomatique, la France et la Grande-Bretagne cèdent et retirent leurs troupes[35]. Il apparaît ainsi que ces deux pays ne sont désormais plus les grandes puissances d'avant-guerre.

Très critiqué jusque dans son camp, Eden est contraint de démissionner en janvier 1957[38].

Seconde vague d'indépendances[modifier | modifier le code]

À partir de la fin des années 1950, une seconde vague d'indépendances survient, cette fois sur le continent africain : la Gold Coast (actuel Ghana) en 1957[35],[39], le Nigeria en 1960[35],[39], puis dans le reste de l'Afrique. En Méditerranée et aux Caraïbes, Chypre suit en 1960[39], la Jamaïque en 1962[39], Malte en 1964, Trinidad et Tobago, la Barbade en 1966 et enfin les Bahamas en 1973[35].

Une difficile adhésion à la Communauté économique européenne[modifier | modifier le code]

Harold Macmillan (janvier 1957-1963), spécialiste des affaires économiques et financières, recherche le plein emploi contre l'avis de ses collaborateurs, qui doivent finalement démissionner. Il crée la Commission nationale de contrôle des revenus dans le cadre de sa politique subtile de croissance « sans inflation ». Il supervise de près la politique étrangère du pays, recherche un rapprochement avec l'Europe et explore les pistes d'une entrée dans la CEE. Il confirme sa politique de décolonisation en accordant l'indépendance au Ghana et à la Malaisie (1957), au Nigeria (1960), au Kenya (1963), et dans son discours « Wind of Change » de 1960, mais maintient la présence britannique au Moyen-Orient (Irak, Oman). Il mène les Conservateurs à la victoire en octobre 1959. La technologie nucléaire (militaire) n'étant pas encore au point, il se rapproche des États-Unis pour l'améliorer (loi Mac Mahon, 1957). Il signe le traité d'interdiction partielle de tests nucléaires en 1962. En 1961, il annonce la candidature du pays à la Communauté économique européenne, mais de Gaulle s'oppose à cette entrée du Royaume-Uni dans la CEE[40], de Gaulle est en effet en désaccord avec la politique britannique qu'il estime soumise à celle des États-Unis et qui répond à la tentative ratée du Royaume-Uni de créer une Alliance concurrente de la CEE. Il gèle les salaires en 1961 en raison d'un déficit dans la balance des paiements, ce qui provoque une baisse de popularité croissante et, malgré un changement de cabinet en 1962, doit démissionner en 1963.

Une seconde candidature à la Communauté économique européenne est déposée en 1967, mais elle se heurte de nouveau au refus de de Gaulle[41]. En 1971, le Premier ministre Edward Heath réussit à convaincre Georges Pompidou et le 1re janvier 1973, le pays intègre finalement la CEE[41].

Harold Wilson, arrivé de nouveau au pouvoir en 1974, forme un gouvernement minoritaire en attendant les élections d'octobre, où il n'obtiendra qu'une mince majorité. Les travaillistes veulent renégocier les termes de l'accord d'entrée dans la CEE. Les Communes votent pour rester dans la CEE en en renégociant les termes[réf. nécessaire] mais en 1975 un référendum (une première dans les institutions[réf. nécessaire]) confirme l'ancrage de la Grande-Bretagne dans la CEE[41]. La crise économique perdure toutefois et Wilson démissionne en mars 1976.

La question de l'Irlande du Nord[modifier | modifier le code]

Harold Wilson (1964-1970), chef du Parti travailliste, remporte les élections mais avec une faible majorité de cinq sièges. Ce n'est pas suffisant pour gouverner. Aussi, d'autres élections sont décidées en mars 1966. La majorité est alors plus nette (quatre-vingt-dix-neuf sièges). Il doit dévaluer la livre sterling en novembre 1967. Plusieurs anciennes colonies connaissent des crises (Rhodésie, futur Zimbabwe, et Afrique du Sud). Le gouvernement soutient les États-Unis dans sa guerre du Viêt Nam mais refuse d'y envoyer des troupes. Sa perception des problèmes socio-économiques nationaux est vécue comme inadéquate par le pays. Les marins font grève durant six semaines sitôt Wilson réélu en 1966, ce qui accroît ce sentiment.

Edward Heath (1970-1974) doit affronter la question de l'Irlande du Nord. Les premiers attentats éclatent, les morts tombent dans les « camps » catholiques et protestants. (Bloody Sunday, 1972 : quatorze hommes sont tués lors d'une manifestation catholique non autorisée à Londonderry). Il se défend plus tard, en 2003, de n'avoir jamais autorisé l'usage illégal des armes par la troupe. Les unionistes (en faveur du maintien de la Grande-Bretagne en Irlande du Nord) cessent progressivement de soutenir les conservateurs au Parlement, ce qui va amener Heath à démissionner plus tard. En 1973 cependant, il réussit à faire entrer le pays dans la Communauté économique européenne. Mais il doit faire face à l'opposition grandissante des syndicats (Trade Unions congress : TUC). L'inflation est galopante, une grave crise énergétique doublée du choc pétrolier à la suite de la guerre du Kippour (1973) oblige le pays à ne travailler que trois jours par semaine. Aux élections de février 1974, les parlementaires unionistes d'Irlande du Nord refusent de soutenir le gouvernement. Les négociations échouent aussi avec les libéraux pour former un gouvernement et Heath démissionne.

Les grèves de l'hiver 1978[modifier | modifier le code]

James Callaghan, Premier ministre à partir d'avril 1976[42], avait occupé les postes successifs de chancelier de l'Échiquier (ministre des Finances), secrétaire au Home Office (ministère de l'Intérieur), puis au Foreign Office (ministère des Affaires étrangères) sous Wilson[42]. Il a du mal à asseoir son autorité : il a été choisi parmi les travaillistes principalement comme alternative à la droite et au centre et pour contrer Michael Foot, que l'on trouve trop à gauche, et sa majorité est faible aux Communes[42]. Son gouvernement est minoritaire et il doit s'allier aux libéraux pour former un gouvernement stable (le pacte « Lib-Lab »). Majoritaire dans les sondages, il a la possibilité de provoquer des élections anticipées en 1978. Il ne le fait pas et va regretter un an après. Callaghan souhaite limiter les hausses de salaires à moins de 5 % mais parvient dans un premier temps à convaincre les dirigeants du Trades Union Congress[42]. Mais l'inflation est importante (16 % en 1977, 8 % en 1978[42]) et de nombreuses grèves se produisent tout de même pour demander l'augmentation des salaires[42]. En 1978, Callaghan impose le plafonnement des 5 %, les dirigeants du TUC le lâche, et l'« hiver du mécontentement » (winter of discontent) voit se succéder les grèves pour réclamer de meilleurs salaires, d'abord chez les ouvriers de Ford, chez les boulangers et les pompiers, puis au début de l'année 1979 chez les camionneurs, les éboueurs et les travailleurs du secteur public et de la santé[42]. La TUC et le gouvernement passe un accord pour tenter de limiter l'inflation à 5 % à trois ans mais cette année-là, celle-ci augmente de 13 %[43]. Il doit alors se résigner à augmenter les salaires[réf. nécessaire]. Son impopularité est grandissante. La chambre des Communes vote une motion de censure en mars 1979[43]. Les élections générale de 1979 lui sont fatales, elles sont remportés par les conservateurs menés par Margaret Thatcher avec 44 % des voix et une forte majorité aux Communes[43].

De Thatcher à Cameron[modifier | modifier le code]

Margaret Thatcher et la New Right[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Gouvernement Thatcher et New Right.

L'arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir marque un tournant politique à bien des égards : le libéralisme et l'anticommunisme exacerbés, la rupture avec le keynésianisme, les prétentions nationalistes, les guerre contre les trade unions sont autant de transformations marquantes, dans les années 1980, du paysage politique britannique[43]. Au trois mandats de Thatcher succède celui de John Major en 1990, marqué notamment par la guerre du Golfe.

Premier mandat (1979-1983) et guerre des Malouines[modifier | modifier le code]

Margaret Thatcher.

Margaret Thatcher veut amoindrir au maximum l'intervention de l'État dans l'économie[44]. Elle entend mettre un terme aux politiques socialistes menées depuis trente ans, selon les mots de son mentor Keith Joseph[réf. nécessaire]. Elle est sur de nombreux thèmes (à l'exception notable des déficits publics) au diapason avec les idées de Ronald Reagan (les Reaganomics), élu un an après elle. Ses grands inspirateurs économiques sont Friedrich von Hayek et Milton Friedman[45]. Elle élève les taux d'intérêt pour diminuer la masse monétaire, préfère l'impôt indirect à l'impôt sur le revenu[46], élève la TVA de 8 à 15 %[47] (un record à cette époque). Le nombre de chômeurs, à 2,8 millions à la fin de l'année 1981, atteignent les 3,3 millions à l'hiver 1982-1983, pour la première fois depuis la crise des années 1930[46]. Entre 1979 et 1981, le pays perd 15 % de la capacité industrielle et entre 1979 et 1983, ce sont 2 millions d'emplois qui sont supprimés, pour la majorité industriels, masculins, à plein-temps, souvent situés dans le Nord, au pays de Galles ou en Écosse[46].

Le 2 avril 1982, la guerre des Malouines (la guerre des îles Falklands pour les Britanniques) éclate. L'Argentine revendique ces îles depuis longtemps et les envahit dans l'espoir de redorer son blaison[48], croyant que le Royaume-Uni sur le déclin cédera[réf. nécessaire]. Le gouvernement britannique envoie un corps expéditionnaire de 10 000 soldats et 44 bâtiments[48]. Le 14 juin, la dictature argentine est défaite et les Malouines sont de nouveaux sous contrôle britannique[48]. L'intervention a fait 1 000 morts dont les trois quarts argentins[48]. La côte de popularité de Mme Thatcher qui était la plus basse qu'avait connue un Premier ministre en fonction[réf. souhaitée], remonte alors. Pendant ce temps, le Parti travailliste se radicalise de plus en plus, s'éloignant aussi de sa base[réf. souhaitée]. Thatcher relie les réformes économiques et la victoire aux Malouines, Britain is great again! s'exclame t-elle, et fait de cette dernière son principal atout pour briguer un second mandat[49].

Second mandat (1983-1987)[modifier | modifier le code]

Durant le congrès des conservateurs à Brighton en 1984, un attentat de l'IRA la prend pour cible, mais elle y échappe de justesse[47].

Grève des mineurs et affaiblissement des syndicats[modifier | modifier le code]

Margaret Thatcher est résolue à réduire la puissance des syndicats. En 1984-1985, la longue grève des mineurs dure onze mois et est ponctuée de violents affrontements avec la police[50]. La grève, déclarée illégalement par le syndicat des mineurs dirigé par le leader gauchiste Arthur Scargill, échoue à obtenir satisfaction de ses revendications : les mineurs grévistes reprennent le travail sans avoir rien obtenu[réf. nécessaire]. Les syndicats réalisent alors qu'ils ne peuvent pas faire plier un gouvernement élu à la régulière.

Attentats de l'IRA[modifier | modifier le code]

Elle doit aussi affronter l'Armée républicaine irlandaise provisoire et ses attentats. Des prisonniers de l'IRA entrent en grève de la faim, en réclamant le statut de prisonniers politiques. Dix d'entre eux meurent — dont un élu au parlement pendant la crise — avant que les prisonniers n'abandonnent. Margaret Thatcher échappe à l'attentat du grand hôtel de Brighton, pendant le congrès du Parti conservateur le 12 octobre 1984.

Chômage et désindustrialisation[modifier | modifier le code]

Elle commence une longue série de privatisations d'entreprises publiques, ce qui s'accompagne d'une forte désindustrialisation[50] : baisse de 30 % de la main-d'œuvre industrielle et fermeture de 55 000 entreprises de 1979 à 1984[51]. Les industries qui ne survivaient que grâce aux subventions disparaissent, impliquant une hausse massive du chômage, les emplois tertiaires en plein essor compensent peu à peu la chute des emplois industriels. Les opposants de Thatcher dénoncent la précarité des nouveaux emplois et la déréglementation de l'emploi.[réf. nécessaire]

Politique extérieure[modifier | modifier le code]

En 1984 elle obtient de la CEE le rabais britannique (avec la célèbre phrase apocryphe « I want my money back »[notes 4],[52]), très populaire au Royaume-Uni, Mme Thatcher s'opposant à l'idée que le Royaume-Uni soit un contributeur net de l'Union européenne. Elle dénonce derrière le discours communautaire, la recherche hypocrite par chaque État de son intérêt particulier.

Elle est d'accord avec Ronald Reagan pour sa politique de défense envers l'Union soviétique (Guerres des étoiles), au grand dam de l'Union européenne qui recherche la détente et de bonnes relations. Mais Mikhaïl Gorbatchev arrivant au pouvoir en 1985, elle révise sa position hostile. Elle appuie le raid aérien contre la Jamahiriya arabe libyenne au départ de bases en Grande-Bretagne alors que les autres membres de l'Otan s'y opposent.

Michael Heseltine, son ministre de la Défense, démissionne lorsqu'elle défend le projet américain d'hélicoptères Sikorsky contre le projet européen Agusta Westland. Par la suite, il s'oppose ouvertement à elle.

Dernier mandat et démission (1987-1990)[modifier | modifier le code]

L'économie est prospère et assainie, ce qui consolide sa popularité et sécurise son troisième mandat. C'est la première fois qu'un Premier ministre obtient un troisième mandat depuis Edward Geoffrey Smith Stanley en 1868. Elle est populaire dans la plupart des quotidiens sauf le Daily Mirror et le Guardian. Elle est haïe par la gauche et de nombreuses chansons s'en prennent à elle.

Ronald Reagan et Margaret Thatcher à la Maison-Blanche en 1988.

En 1988, elle s'oppose aux propositions européennes tendant à accroître le caractère fédéral et la centralisation des structures de décision de l'Union. Elle ne reconnaît à l'Union qu'un rôle de facilitateur de libre échange et craint que les changements stratégiques opérés par l'Union ne détruisent le travail qu'elle met en œuvre dans son pays. Elle lutte contre l'union économique et monétaire, la monnaie unique alors en préparation, se retrouvant minoritaire.

À partir de 1989, l'économie souffre de taux d'intérêt trop élevés. Elle fait reposer cet échec sur le chancelier Nigel Lawson qui aurait mené contre ses consignes une politique permettant une intégration économique européenne. Elle doit affronter une fronde de certains députés en novembre 1989 qui appuient un rival potentiel pour elle : Anthony Meyer, candidature test pour évaluer le soutien de Mme Thatcher et mettre en scène des rivaux plus puissants au sein de son parti le cas échéant.

Elle introduit en Écosse puis en Angleterre et au Pays de Galles la Poll Tax, sorte d'impôt local par tête, indépendant des revenus et les biens, avec des réductions pour les bas revenus. C'en est trop pour ses partisans en Écosse. D'autres impôts locaux grimpent en flèche, sur décision du pouvoir central[réf. nécessaire]. Une immense manifestation contre cette taxation a lieu le 31 mars 1990 et dégénère ; beaucoup refusent de payer et protestent devant les tribunaux. Même les socio-professionnels du secteur économique et marchand, sa propre base, contestent ses décisions économiques. Elle doit céder la « vedette » et la candidature aux élections de 1990 à son ministre de l'Économie et des Finances : John Major.

Mandat de John Major (1990-1997)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gouvernement Major.

Premier ministre durant la guerre du Golfe, John Major doit affronter la récession mondiale. Donné perdant aux élections futures de 1992 face au leader travailliste Neil Kinnock, il mène une campagne adroite et populaire dans les rues, perché sur une caisse à savon. Il remporte la victoire, mais de justesse. Sitôt au gouvernement, il doit gérer la sortie du Royaume-Uni du serpent monétaire (ERM) le 16 septembre 1992 (le « mercredi noir »). Les rivalités internes se font jour mais la droite gronde au sein du parti et de son cabinet, surtout pour la ratification du traité de Maastricht. Son autorité est menacée, après un vote de confiance acquis avec quarante voix de majorité seulement, en 1993. Sa défaite aux élections de 1997 est immense : les travaillistes l'emportent par quatre cent dix-huit sièges contre cent soixante-cinq aux conservateurs et quarante-six aux libéraux démocrates.

Guerre du Golfe[modifier | modifier le code]
Article détaillé : guerre du Golfe.
Ratification du traité de Maastricht[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Traité sur l'Union européenne.

Tony Blair et le New Labour[modifier | modifier le code]

Le nouveau leader travailliste, Tony Blair, arrive au pouvoir à l'issue des élections législatives britanniques de 1997. En 2007, il laisse place à Gordon Brown. Que ce soit dans la politique économique, la politique sociale ou les relations internationales, leur politique ne marque pas de réelle rupture avec le thatchérisme, si ce n'est peut-être sur la question de l'Europe[53]. Dans le domaine social, la principale innovation consiste en la création d'un salaire minimum[54]. Leurs mandats sont aussi marqués par le maintien de la flexibilité du marché du travail et la faible protection juridique des salariés, l'intégration de la Convention européenne des droits de l'homme à la législation britannique et les nombreuses lois « antiterroristes »[54]. Les moyens pour l'éducation sont accrus mais l'orientation demeure la même[54].

Politique économique[modifier | modifier le code]

Blair transforme le parti travailliste en un parti du centre[55],[56] ; il le rebaptise « New Labour » (« nouveau parti travailliste »), abandonne l'article 4 des statuts du parti, s'éloigne des trade unions et rend plusieurs fois hommage à la politique libérale de Margaret Thatcher[55]. Assitôt nommé en 1997, il charge Gordon Brown, le ministre de l'Économie, d'accorder à la Banque d'Angleterre la prérogative de fixer elle-même le taux de base de l'intérêt. Le parti était depuis un certain temps en bons termes avec la City et les opérateurs économiques accueillirent favorablement cette mesure. Décidé à limiter la dette publique les deux premières années, il rassure ceux qui appellent à la « prudence fiscale ».

Cependant, des difficultés naissent avec Gordon Brown en matières fiscale et économique. Lui ayant laissé carte blanche, il commence à se sentir écarté des grandes décisions en ce domaine. Mieux, Brown refusa le projet Turner sur les retraites, défendu par Blair. Brown avait conclu un accord avec Blair qui devrait lui laisser le poste de premier ministre après deux mandats.

Guerres en Iraq et en Afghanistan[modifier | modifier le code]

En politique extérieure, Blair se présente comme un « europhile » mais d'un type différent des Français. Il ne milite pas dans son pays en faveur ni de l'euro ni des accords de Schengen et reste persuadé que l'Europe doit être un grand marché et non une puissance politique et militaire, soutenant ainsi les candidatures de presque tous les pays d'Europe de l'Est.

Il préfère aligner ses troupes avec celles des États-Unis dans la guerre d'Irak malgré la position de la France et de l'Allemagne et une opinion publique britannique plutôt défavorable[réf. nécessaire]. Les britanniques jouent un rôle fondamental dans la conquête du pays : prise des stations pétrolières de la péninsule de Fao et de la ville de Bassora[réf. nécessaire]. Cette guerre et l'absence d'armes de destruction massive contredisant ses allégations sur leur existence altéreront sa popularité. Après les attentats de Londres du 7 juillet 2005, il lance une politique sécuritaire visant à mieux contrôler les milieux islamistes du Royaume-Uni, en particulier le « Londonistan »[réf. nécessaire].

Sous la pression de factions travaillistes et en raison de l'accord passé avec Gordon Brown, il démissionne en 2007. Gordon Brown est le seul candidat aux élections pour le remplacer.

En 2007, Tony Blair se retire du poste de Premier ministre et laisse place à Gordon Brown[53]. Il forme un nouveau gouvernement et mène le parti travailliste aux élections en mai 2010. Après diverses péripéties et bourdes médiatiques, il est battu par le candidat conservateur David Cameron, dont le parti sera pourtant minoritaire au Parlement. La reine nomme Cameron Premier ministre le 11 mai 2010.

Le gouvernement de coalition de 2010[modifier | modifier le code]

Choisi en 2005 pour diriger les Tories[57], David Cameron remporte la victoire aux élections générales britanniques de 2010 avec 36 % des voix, ramenant les conservateurs au pouvoir pour la première fois depuis 1997[57]. Le mandat de David Cameron est marqué par la crise économique mondiale des années 2008 et suivantes. En 2010, il lance un plan d'austérité dans le but d'y faire face : les budgets sociaux sont fortement réduits et 500 000 emplois de la fonction publique (environ 10 % des effectifs) sont supprimés[57].

Résultats du référendum de 2011 par région :
  •      Non
  •      Oui

En mai 2011, le référendum britannique sur le mode de scrutin proposant le remplacement du scrutin uninominal majoritaire à un tour par le vote alternatif pour l'élection des députés à la Chambre des communes est rejeté par plus des deux tiers des votants.

En août 2011, des émeutes visant les symboles de richesse éclatent dans plusieurs villes anglaises à la suite de l'assassinat par la police d'un jeune noir, Mark Duggan, à Tottenham (quartier de Londres)[58].

L'indépendance de l’Écosse en question[modifier | modifier le code]

Le 18 septembre 2014, un référendum sur l'indépendance de l'Écosse se tient à l'initiative de Cameron. Celui-ci est réélu contre Ed Miliband, le leader travailliste, en mai 2015.

Le référendum sur la sortie de l'Union Européenne[modifier | modifier le code]

Le 23 Juin 2016, le Royaume-Uni se prononce pour une sortie de l'Union Européenne à 51,9%.[59].

Historiographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme « Grande-Bretagne » (Great Britain, ancienne orthographe Great Brittaine) est pour la première fois utilisé par Jacques Ier en et indique que lui et ses successeurs seraient vus en tant que rois de Grande-Bretagne au lieu de Rois d'Angleterre et d'Écosse. Cependant, le nom n'est pas appliqué à l'état comme unité; l'Angleterre et l'Écosse continuent à être gouvernés indépendamment. La validité en tant que nom de la Couronne est également discutée, puisque les monarques continuent à avoir des nombres ordinales séparés (p. ex. Jacques VI/Ier, Jacques VII/II) en Angleterre et en Écosse. Pour éviter une confusion, les historiens ont tendance à ne pas utiliser le terme de « roi de Grande-Bretagne » avant la date de 1707 et d'utiliser le nombre ordinal avec le terme approprié de roi ou reine d'Angleterre et d'Écosse. Les nombres ordinaux séparés sont abandonnés avec l'Acte d'Union en 1707, les souverains successifs utilisent le nombre ordinal basé sur l'histoire anglaise (un argument pour ce choix est que les monarques ont simplement choisi le nombre ordinal le plus élevé, qui a toujours été le nombre anglais). Un exemple est la reine Élisabeth II, qui prend le titre de « seconde » bien qu'il n'y ait jamais eu d'Élisabeth Ire d'Écosse ou de Grande-Bretagne.
  2. Le nombre a varié maintes fois entre 1801 et 1922[réf. nécessaire].
  3. Le traité anglo-irlandais est ratifié par (i) le parlement britannique (Communes, Lords et sanction royale), (ii) le Dáil Éireann et (iii) la Chambre des Communes de l'Irlande du Sud, un parlement créé sous le Government of Ireland Act qui fut dans les yeux des Britanniques le parlement en fonction en Irlande du Sud et dont les membres étaient pratiquement identiques au Dáil, mais qui devait se rassembler séparément pour ratifier le traité qui ainsi fut ratifié sous les théories constitutionnelles britanniques et irlandaises.
  4. « Je veux récupérer mon argent. »

Références[modifier | modifier le code]

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  58. Lebecq et al. 2013, p. 894
  59. "http://www.leparisien.fr/international/victoire-du-brexit-ce-qui-va-changer-pour-les-britanniques-24-06-2016-5909423.php"

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Histoire des îles britanniques[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Lebecq (dir.), Fabrice Bensimon, Frédérique Lachaud et Joseph Ruggiu, Histoire des îles britanniques, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige Manuels », , 2e éd. (1re éd. 2007), 976 p. (ISBN 213061745X et 978-2130617457). 
  • (en) The Penguin Illustrated History Of Britain And Ireland From Earliest Times To The Present Day, 2004, (ISBN 0-140-51484-8)
  • (en) Norman Davies, The Isles: A History, Macmillan, 1999.
  • (en) Jeremy Black, A history of the British Isles, Macmillan, 1996.

Histoire de l'Angleterre[modifier | modifier le code]

Relations entre les Nations[modifier | modifier le code]

  • (en) Frank Welsh, The Four nations: a history of the United Kingdom, Yale, 2003.
  • (en) Hugh Kearney, The British Isles: a history of four nations, Cambridge, 1989.
  • (en) G. Williams, Wales and the Act of Union, 1992.
  • (en) S. Ellis et S. Barber (dir.), Conquest and Union: Fashioning a British State, 1485–1725, 1995.
  • (en) Linda Colley, Britons: Forging the Nation, 1707–1837, New Haven, 1992.
  • (en) R.G. Asch (dir.), Three Nations: A Common History? England, Scotland, Ireland and British History c. 1600–1920, 1993.
  • (en) S.J. Connolly (dir.), Kingdoms United? Great Britain and Ireland since 1500, 1999.

Histoire de l'Empire britannique[modifier | modifier le code]

  • (en) P. J. Marshall (dir.), The Cambridge Illustrated History of the British Empire, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Illustrated Histories », , 400 p. (ISBN 0521002540 et 978-0521002547)
  • (en) Barbara Metcalf et Thomas R. Metcalf, A Concise History of Modern India, Cambridge et New York, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Concise Histories », , 372 p. (ISBN 0-521-68225-8). 

Histoire contemporaine[modifier | modifier le code]

  • François-Charles Mougel, Une histoire du Royaume-Uni de 1900 à nos jours, Perrin, , 576 p. (ISBN 978-2-262-03747-5). 
  • Roland Marx, La Grande-Bretagne depuis 1945, Éditions du Seuil, coll. « Mémo »,

Royaume-Uni dans la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

  • (en) Adrian Gregory, The Last Great War: British Society and the First World War, Cambridge Univ. Pr.,
  • Ian F.W. Beckett, The Home Front, 1914–1918 : How Britain Survived the Great War,
  • Arthur Marwick, The Deluge: British Society and the First World War (1965)
  • David Stevenson, With Our Backs to the Wall: Victory and Defeat in 1918, Harvard U.P.,
  • Niall Ferguson, The Pity of War,
  • (en) Edward Erickson, Ordered to Die : A History of the Ottoman Army in the First World War, Westport, Greenwood Publishing, (1re éd. 2000) (ISBN 0-313-31516-7)

Histoire sociale[modifier | modifier le code]

  • (en) Rebecca Fraser, A People's History of Britain, Chatto & Windus, , 830 p. (ISBN 0701169370). 

Histoire politique[modifier | modifier le code]

  • (en) Vernon Bogdanor, The British constitution in the twentieth century, Oxford University Press, Oxford, 2005.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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