Industrie lourde

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Le terme d'industrie lourde désigne en général les activités nécessitant, pour exister, l'emploi d'outils et de capitaux très importants. On peut cependant considérer les secteurs liés à la production ou la transformation de matières premières comme les mines, la métallurgie, la papeterie et la chimie de première transformation comme étant des exemples de ce que l'on classe couramment dans l'industrie lourde[1]. Certaines activités à dominante mécanique ou électrique comme la construction navale ou la production d'électricité sont également de bons exemples.

Caractéristiques principales[modifier | modifier le code]

Outils[modifier | modifier le code]

Paysage industriel de l'industrie lourde avant la Première Guerre mondiale, les hauts fourneaux d'Anzin,

À titre d'exemple, en sidérurgie, l'investissement liée à la construction d'une usine « standard » de brames à partir de minerai de fer et de houille, d'une capacité de 5 millions de tonnes par an, peut atteindre 9 milliards de dollars[2]. Le montant de ce « ticket d'entrée » implique donc souvent :

  • une participation ou une protection de la part des États, tant pour constituer que pour pérenniser un outil industriel ;
  • la modernisation permanente des outils existants, moins coûteuse que la construction d'installations neuves ;
  • des fluctuations importantes des prix de vente (comme pour l'essence ou l'acier), dues au fait que l'offre ne peut qu'évoluer plus lentement que la demande.

Cette sensibilité à la conjoncture économique explique que, malgré leur taille, les entreprises sont fragilisées par les investissements qu'elles consentent. Les sidérurgistes lorrains ont, par exemple, été pénalisés par la construction de l'usine à chaud de la Solmer à Fos-sur-Mer, qui a coûté 14 milliards de francs en 1974[3], mais inaugurée en plein choc pétrolier, ce qui a bloqué la finalisation de l'usine et pénalisé sa rentabilité au point que le gouvernement estima 10 ans après que la meilleure solution consisterait à tout fermer[4]. De même, et plus récemment, victime de la crise de 2008, le complexe sidérurgique américain de ThyssenKrupp (aciérie au Brésil et laminoirs en Alabama), dont la construction avait coûté, en 2010, près de 15 milliards de dollars[note 1] au sidérurgiste allemand, a été revendu à ses concurrents 4,2 milliards trois ans après[6]

D'autres exemples, dans l'extraction et la métallurgie du nickel, montrent que le coût de construction d'une usine produisant 60 000 tonnes/an de ferronickel à partir de latérite, coûte environ 4 milliards de dollars (Koniambo, Nouvelle-Calédonie). Soit un investissement de 70 000 dollars par tonne de nickel produite annuellement… qui sera vendue entre 10 000 et 20 000 dollars[7].

La course à la taille des outils est un moyen efficace pour diminuer l'investissement spécifique, même s'il entretien la fuite en avant vers le gigantisme. Par exemple, on a, pour une fonderie de cuivre :

Coût d'investissement d'une fonderie de cuivre[8]
Coût total
($ US)
Capacité
(t de cathode de cuivre)
Coût
($/t de cathode de cuivre)
225 000 50 4 500
487 500 150 3 250
810 000 300 2 700

Capital[modifier | modifier le code]

Les outils étant dimensionnés pour produire, au moindre coût, de grandes quantités de produits, l'achat des matières premières devient un enjeu essentiel de la performance économique. On peut constater que le prix d'achat du baril de pétrole représente la moitié du prix du fioul lourd sur le marché domestique européen. Pour une usine sidérurgique intégrée, les proportions peuvent être encore plus importantes : les achats de charbon et de minerai de fer correspondent à 75% du prix de vente d'une brame (au troisième trimestre 2011 : 491 $ d'achats [9] pour une tonne de brame vendue 646 $[10]). La faible valeur ajoutée est donc une caractéristique essentielle de l'industrie lourde, qui privilégie alors la quantité pour trouver des marges acceptables.

On peut aussi remarquer que l'usine sidérurgique brésiliennes citée plus haut, d'une capacité de 5 millions de tonnes par an, génère un chiffre d'affaires d'environ 3 500 millions d'euros. La mobilisation et la réduction du fonds de roulement représente alors également un enjeu essentiel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Soit presque le double de l'estimation initiale, qui était de 5,2 milliards de dollars[5]!

Références[modifier | modifier le code]

  1. « définition industrie », sur http://academie-des-sciences-commerciales.org (consulté le 25 mars 2015)
  2. (en) « Brazil may bar Thyssen unit sale to foreigner », Reuters,‎ 15 juin 2012 (lire en ligne)
  3. [PDF]Michel Freyssenet, La sidérurgie française 1945-1979 : L'histoire d'une faillite. Les solutions qui s'affrontent., Paris, Savelli, coll. « Documents critiques »,‎ 1979, 241 p. (ISBN 9782859300302, OCLC 417353871, notice BnF no FRBNF34648522, présentation en ligne, lire en ligne)
  4. [PDF]Olivier C. A. Bisanti, « L'aventure sidérurgique de Fos-sur-Mer - Logiques d'hier, d'aujourd'hui et de demain », soleildacier.ouvaton.org,‎ 7 avril 2003
  5. (en) « Second blast furnace fired up at ThyssenKrupp CSA in Brazil », ThyssenKrupp,‎ 20 décembre 2010
  6. (en) « ArcelorMittal, Nippon Steel Buy ThyssenKrupp Alabama Steel Mill for $1.55 Billion », Reuters,‎ 29 novembre 2013 (lire en ligne)
  7. (en) Frank K. Krundwell, Michael S. Moats, Venkoba Ramachandran, Timothy G. Robinson et William G. Davenport, Extractive Metallurgy of Nickel, Cobalt and Platinum Group Metals, Elsevier,‎ 2011, 610 p. (ISBN 978-0-08-096809-4), p. 27-29
  8. Pierre Blazy et El-Aid Jdid, « Cuivre : ressources, procédés et produits », dans Techniques de l'ingénieur, Éditions techniques de l'ingénieur (lire en ligne), § Pyrométallurgie
  9. [PDF](en) « Semi-finished steel prices Billet and slab price data 2008 - 2013 », Association for Iron and Steel Technology,‎ novembre 2011
  10. (en) « Ask World steel dynamics », steelonthenet.com