Petite Russie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Territoire approximatif de la Petite Russie (en jaune), à la fin du XVIIIe siècle.
Nikolaï Alexandrovitch Sergueïev Pommiers en fleur dans la Petite Russie, huile sur toile (1895).

La Petite Russie, ou Petite Rus’ (en ukrainien : Mala Rus’ ; en russe : Malaya Rus’ ou Malorossiya), est un nom historique de la majorité de l'actuelle Ukraine.

Le terme distingue la région ukrainienne de la « Grande Russie »[1]. Sous l'Empire russe, la Petite Russie — avec la Grande Russie et la Russie blanche (Biélorussie) — est considéré comme faisant partie intégrante de la nation panrusse, ou nation russe trinitaire. Selon ce point de vue, la Petite Russie est habitée par des Petits-Russes (Ukrainiens) qui parlaient la « dialecte petit-russe » (la langue ukrainienne).

Principauté de Galicie-Volhynie[modifier | modifier le code]

Le nom vient du nom donné au pays par les Byzantins pour l'organisation de l'Église orthodoxe qui appelaient les parties sud et nord de la Rus' « Petite Russie » et « Grande Russie ». Le siège métropolite de la principauté de Galicie-Volhynie fut créé en 1303 et comportait six éparchies (diocèses orthodoxes) : Galicz (ou Galitch), Peremychl (future Przemyśl), Vladimir (Volhynie), Kholmsk (en polonais : Chełm), Loutsk, Tour (aujourd'hui en Biélorussie). En 1354, le siège métropolite fut transféré à Kiev[réf. nécessaire].

Le prince de Galicie, Georges II Boleslav, dans une missive adressée au Grand maître des chevaliers teutoniques Dietrich von Altenburg, le , s'intitulait en latin : dux totius Russiæ Minoris (litt. « duc de toute la Petite Russie »). Il n'hésita pas lui-même à prendre le titre à l'intérieur de ses terres du rex Russiæ (« roi de Russie »), ou même dux et dominus Russiæ (« Duc et seigneur de Russie »). Les appellations de Petite et Grande Russies, prirent donc une tournure officielle[réf. nécessaire].

Le roi de Pologne, Casimir le Grand, s'intitulait roi des Lechs et de Petite Russie[réf. nécessaire].

En 1361, le Patriarche de Constantinople nomma deux métropolites, l'un en Petite Russie à Novgorodko[Où ?] et à Galitch, et l'autre en Grande Russie à Vladimir et à Kiev. Par conséquent le terme de Grande Russie s'appliquait alors à une partie de l'Ukraine actuelle et à une frange de la Russie actuelle. Certains historiographes modernes préfèrent utiliser le terme de Rus de Kiev pour ne pas utiliser celui de Grande Russie, repris plus tard par la Russie impériale[réf. nécessaire].

À Constantinople dès la seconde moitié du XIVe siècle, dans les documents du patriarcat œcuménique, une distinction s'établit sur deux parties du territoire de l'ancien État de la Rus' de Kiev. Les territoires gouvernés par les Lituaniens et les territoires gouvernés par les Mongols de la Horde d'or étaient différenciés. Selon l'historien russe Andreï Zoubov, pour la région que les Byzantins comprennent comme étant la métropole de la Rus' — les régions de Kiev, Tchernihiv, Novhorod-Siverskyï et Pereiaslav — ils ont utilisé le terme « Petite Russie »[2],[3] (Μικρὰ Ῥωσσία, Mikra Rossia)[note 1]. Pour la zone de peuplement ultérieur, à la périphérie du territoire d'origine des Rus' — la principauté de Vladimir-Souzdal, et plus tard la Rus' moscovite — ils utilisent le terme de « Grande Russie »[2],[3] (Μεγάλη Ῥωσσία, Megalê Rossia)[note 2]. Selon Zoubov, La terminologie grecque s'apparentait à la distinction classique entre « Petite Grèce » et « Grande Grèce ». Le premier est le pays d'où migrent les Grecs (Hellas), le second est l'aire de la colonisation grecque le long des rives de la Mer Noire et en Italie du Sud et Sicile[2],[3],[note 3].

Le terme de Petite Russie ensuite ne se rencontre plus du XVe à la fin du XVIe siècles et ne s'utilise que dans le langage d'Église[réf. nécessaire].

Russie[modifier | modifier le code]

Le terme de Petite Russie se rencontre dans la correspondance entre le métropolite de Kiev et celui de Moscou, alors que dans les chroniques ou les cartes géographiques, jusqu'à la fin du XVIIe siècle, on ne rencontre que les termes de Russia (en latin) (c'est-à-dire la Rous des historiens), pour désigner l'actuelle Ukraine occidentale. On rencontre aussi les termes de Russie rouge, de Basse-Russie (pour les environs de Jitomir et de Belgorod).

Le nom a été adopté par la Moscovie, pour désigner l’Hetmanat cosaque des territoires de la rive gauche du Dniepr, lorsqu’ils passèrent sous la protection russe. Il a ensuite été appliqué à l’actuelle Ukraine de la rive droite lorsqu’elle fut conquise sur l’espace polono-lituanien (gouvernement de Petite Russie).

Le titre officiel des tsars russes depuis 1654 était (traduction littérale) : Souverain de toutes les Russies (c'est-à-dire Rus’) : la Grande, la Petite, et la Blanche. Le terme se rencontre alors de plus en plus fréquemment dans les chroniques, la littérature et les documents officiels et ecclésiastiques.

Alors que l’expression Petite Russie était le nom russe de ce territoire géographique depuis le milieu du XVIIe siècle, le nom moderne d’Ukraine (Oukraïna, Украина) a commencé à être utilisé de différentes façons à partir du XVIe siècle.

En 1677, on voit apparaître le terme de Malorossiskaïa Oukraïna (Малороссийская Украина), qui se traduit du russe par la Marche Petite russienne. Le terme « Ukraine » est traduit de la langue russe qui veut dire "une marche, une limite" et on peut donc interpréter que l'Ukraine (Oukraïna) signifie les Marches (ou la Marche) de l'Empire.

Le terme Ukraine en tant que nom de nation a été accepté vers la fin du XIXe siècle, lorsque le terme de Petite Russie tomba en désuétude.

Réintroduction du nom de Petite Russie chez les séparatistes prorusses[modifier | modifier le code]

Aujourd’hui, de nombreux Ukrainiens considèrent que l'usage moderne de Petite Russie est offensant, car il implique le déni de l’identité nationale ukrainienne séparée de la Russie. Une autre interprétation soutient que le terme n'est pas offensant, car il reconnaît que la région est le berceau de la culture russe qui a grandi bien loin de ses frontières originelles de la Rus’ de Kiev (principauté de Kiev).

Les termes « petit russien » ou « petit russe » pour la langue ukrainienne, qui suggèrent qu’elle n’est qu’un dialecte de la langue russe, et « Petits Russes » pour qualifier les Ukrainiens, sont rejetés par une immense majorité des Ukrainiens, à l'exception d'une partie des habitants du sud et de l'est de l'Ukraine qui sont pro-russes. Selon un sondage de , 92,6 % des Ukrainiens se considèrent de nationalité ukrainienne et 5,5 % déclarent être de nationalité russe.

Le , Alexandre Zakhartchenko annonce la création — dénuée de toute réalité — d'un État nommé Malorossia[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. ou Μικρά Ρωσία (Mikra Rosia)[réf. nécessaire]
  2. ou Μεγάλη Ῥωσσία (Megalê Rossia), Μακρά Ρωσία (Makra Rosia)[réf. nécessaire]
  3. cf. Grande-Grèce, Μεγάλη Ἑλλάς (Megalê Hellas)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire, chap.10; 2015, Éd. Tempus Perrin, (ISBN 978-2262051631)
  2. a b et c (uk) Святослав Хоменко et Анастасія Голубєва, « Путін назвав росіян і українців одним народом. Історики пояснюють, чи це так », BBC News Україна,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. a b et c (ru) Анастасия Голубева et Святослав Хоменко, « Путин назвал русских и украинцев одним народом. Историки объясняют, так ли это », BBC News Русская служба,‎ (lire en ligne, consulté le )
  4. « Les séparatistes pro-russes veulent remplacer l'Ukraine », sur Euronews, (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]