Soulèvement de Khmelnytsky

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Territoires sous contrôle de l'insurrection pendant la guerre.
Frontières de la République des Deux Nations en 1686.

Le soulèvement de Khmelnytsky, qui débute en 1648, est une révolte des Cosaques d'Ukraine, alors partie de la République des Deux Nations[1] (royaume de Pologne et grand-duché de Lituanie), contre le roi Jean II Casimir Vasa.

Dirigés par Bohdan Khmelnytsky, les Cosaques zaporogues, alliés avec le khanat de Crimée (de population tatare) et soutenus par la paysannerie ukrainienne, affrontent l'armée polono-lituanienne et les troupes privées des grands seigneurs, les magnats.

D'abord victorieux (1648-1649), les insurgés sont battus en 1651, mais trouvent l'appui de la Russie (traité de Pereïaslav conclu entre Khmelnytsky et le tsar Alexis Ier en 1654). Le soulèvement se transforme alors en une guerre russo-polonaise, qui a lieu parallèlement à une guerre entre la Pologne et la Suède (1655-1660).

Le soulèvement de Khmelnytsky, précisément le traité de Zboriv, signé en 1649, est à l'origine de l'institution de l'hetmanat cosaque et Bohdan Khmelnytsky est le premier à occuper la fonction d'hetman cosaque.

Contexte[modifier | modifier le code]

Au début des années 1640, la République des Deux Nations contrôle la plus grande partie de l'Ukraine, notamment la ville de Kiev.

La noblesse, polonaise ou polonisée, généralement catholique, domine une classe de paysans serfs, généralement de religion orthodoxe. Mais l'Ukraine comporte aussi une composante importante de population cosaque (notamment les Cosaques zaporogues), elle aussi orthodoxe : les Cosaques sont des hommes libres, souvent agriculteurs, mais aussi capables de faire la guerre en tant que cavaliers d'une grande expertise.

Néanmoins, les relations entre eux et le gouvernement de la République sont souvent tendues, les Cosaques bénéficiant de la sollicitude des tsars de Russie, adversaires de la Pologne[2].

Historiographie[modifier | modifier le code]

Le soulèvement commence comme une rébellion cosaque, mais des orthodoxes des voïvodies de l'Ukraine polonaise (paysans, voire des bourgeois ou des membres de la petite noblesse) les rejoignent.

L'historiographie ukrainienne moderne fait remonter à cette insurrection l'émergence de la nation ukrainienne et considèrent l'hetmanat des cosaques zaporogues comme formant un État ukrainien, mais ce soulèvement est aussi une révolte des serfs et de cosaques orthodoxes sans distinction de nationalité, contre les abus de la noblesse polonaise catholique, de l'Église catholique elle-même, qui exigeait d'eux une dîme, et des affermeurs juifs qui géraient les immenses domaines nobiliaires et ecclésiastiques (c'est une des causes de l'antisémitisme dans la région[3]).

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les succès de l'insurrection (1648-1649)[modifier | modifier le code]

L'entreprise de Bohdan Khmelnytsky est au départ un succès : il soulève toute l'Ukraine, rassemble autour de lui une armée de plus de 80 000 hommes et l'emporte à plusieurs reprises sur les armées polonaises commandées par le prince Jeremi Wiśniowiecki, voïvode d'Ukraine.

Le traité de Zboriv signé en 1649 entérine ces succès en accordant des avantages aux Cosaques. En particulier, le chef (hetman) de l'armée zaporogue ne peut être qu'un Cosaque : c'est le début de l'hetmanat cosaque, qui durera jusqu'en 1764.

Mais les combats reprennent ensuite, l'Église catholique polonaise refusant d'accepter certaines clauses du traité, notamment celle qui fait du métropolite (orthodoxe) de Kiev un membre du Sénat[4] de la République des Deux Nations.

La contre-offensive polonaise (1650-1651)[modifier | modifier le code]

Jean II Casimir lance alors une offensive qu'il commande lui-même et les révoltés sont battus à plusieurs reprises en 1651, sans que les Polonais viennent totalement à bout de la résistance cosaque.

L'alliance de Khmelnytsky avec la Russie[modifier | modifier le code]

Bohdan Khmelnytsky se tourne alors vers le tsar Alexis Ier et convainc (non sans mal) les Cosaques de se mettre sous sa protection.

Par le traité de Pereïaslav (1654) entre Khmelnytsky et la Russie, celle-ci (en cas de défaite de la Pologne) doit recevoir la rive orientale du Dniepr, qui relève de l'hetmanat cosaque (cela signifie que les Russes prendront aussi le contrôle de Kiev).

La révolte cosaque se transforme alors en guerre russo-polonaise qui ne se termina qu'en 1667, avec la signature du traité d'Androussovo.

La question des pogroms[modifier | modifier le code]

L'insurrection s'accompagne de pogroms.

Le nombre de juifs tués durant cette période est énorme : 50 000 à 60 000 selon l'historien Henri Minczeles, de 80 000 à 100 000 selon l'historien Tcherikower[5].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le résultat du soulèvement est la perte de l'Ukraine orientale par la Pologne, au profit de la Russie, et l'instauration d'un protectorat russe sur les territoires cosaques.

Dans ces territoires, c'est donc la fin du contrôle de la noblesse polonaise, de l'Église catholique polonaise et des intermédiaires juifs (« arendaches ») sur les paysans ukrainiens.

Associés au conflit avec la Suède (connu dans l'histoire polonaise sous le nom de « Déluge (suédois) »), ces événements portent un coup sévère à la puissance polonaise.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le mot « République » (Rzeczpospolita) est officiel à l'époque, bien que son chef soit roi de Pologne et grand-duc de Lituanie ; mais il est élu par la noblesse, sans droit à l'hérédité de la succession.
  2. Le mot « Pologne » ici employé comme synonyme de « République des Deux Nations », comme dans la formule connue « Partages de la Pologne ». Sinon, on a affaire au « royaume de Pologne » (Krolestwo Polskie), aussi appelé à l'époque, « la Couronne » (Korona) et au grand-duché de Lituanie, en abrégé « Lituanie » (bien qu'il inclue l'actuelle Biélorussie).
  3. Daniel Tollet, Histoire des Juifs en Pologne, PUF 1992, (ISBN 978-2-13-044084-0).
  4. Le Sénat (Senat) est la chambre haute de la Diète, à côté de la Chambre des députés (Izba poselska).
  5. Yves Plasseraud (dir.), Histoire de la Lituanie - un millénaire, Crozon, Édition Armeline, 2009, p. 194

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Source[modifier | modifier le code]