Soulèvement de Khmelnytsky

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La Pologne-Lituanie ou République des Deux Nations en 1648.
La perte de territoires sous contrôle polonais pendant les guerres.
Frontières de l'État polono-lituanien en 1686.

Le soulèvement de Khmelnytsky est une révolte des cosaques d'Ukraine contre la Pologne-Lituanie entre 1648 et 1654-1657 (les dates varient selon les sources).

Elle était menée par l'hetman Bohdan Khmelnytsky. Les cosaques zaporogues, alliés avec le Khanat de Crimée et la paysannerie ukrainienne locale, affrontèrent lors de plusieurs batailles l'armée et les milices seigneuriales de la « république des Deux Nations » (Pologne-Lituanie).

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le soulèvement commença comme une rébellion cosaque, mais d'autres classes sociales orthodoxes des voïvodies de l'Ukraine polonaise (paysans, bourgeois, petite noblesse) les rejoignirent. L'historiographie ukrainienne moderne fait remonter l'émergence de la nation ukrainienne à cette insurrection et considèrent le hetmanat des cosaques zaporogues comme formant un État ukrainien, mais ce soulèvement est aussi une révolte de serfs et de cosaques orthodoxes sans distinction de nationalité, contre les abus de l'aristocratie polono-lituanienne catholique, de l'Église catholique polonaise elle-même (qui exigeait d'eux une dîme) et des affermeurs juifs qui géraient les immenses domaines nobiliaires et écclésiaux : c'est d'ailleurs l'une des racines de l'antisémitisme dans la région[1].

Le succès de Bohdan Khmelnytsky fut tout d'abord énorme : il souleva en effet toute l'Ukraine, rassembla une armée de plus de 80 000 hommes, battit les armées polonaises à plusieurs reprises et fit vaciller la puissante « République des Deux Nations ». De nombreuses batailles sanglantes et meurtrières l'opposèrent aux chefs polonais, entre autres le duc Jeremi Wiśniowiecki, voïvode d'Ukraine.

De nombreux pogroms secouèrent l'Ukraine pendant ces années. Liés à la noblesse polonaise, qui les utilisait pour gérer ses domaines et collecter les impôts, les affermeurs juifs furent en effet également visés par les révoltés. Le nombre de juifs tués durant cette période varie selon les sources. 50 à 60 000 selon l'historien Henri Minczeles, de 80 à 100 000 selon l'historien Tcherikower[2].

La « République des Deux Nations » se ressaisit, réorganisa ses armées et les révoltés furent battus à plusieurs reprises en 1651, mais la résistance cosaque ne fut pas définitivement matée. Bohdan Khmelnytsky se tourna alors vers le tsar de Moscovie et convainquit les cosaques, non sans mal, de se mettre sous sa protection.

Le traité de Pereïaslav de 1654 entérina cette proposition qui donnait au Tsar la rive orientale du Dniepr que les Cosaques contrôlaient encore. La révolte cosaque se transforma alors en guerre russo-polonaise qui ne se termina qu'en 1667, à la signature du traité d'Androussovo.

Le résultat du soulèvement fut la perte du contrôle polonais sur l'Ukraine orientale au profit de la Russie, les terres cosaques passant sous protectorat russe. Dans ces territoires, ce fut donc aussi la fin du contrôle de la szlachta (l'aristocratie polonaise), de l'église catholique polonaise (de rite latin) et des intermédiaires juifs (« arendaches ») sur les paysans ukrainiens.

Ces évènements, associés aux conflits et hostilités avec la Suède, entrainèrent une sévère chute de la puissance polonaise (connue dans l'histoire polonaise sous le nom de Déluge).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mérimée, Prosper, Bogdan Chmielnicki, Paris, L'Harmattan, 1865 - 2007, 1re éd. (ISBN 978-2-296-02965-1)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Daniel Tollet, Histoire des Juifs en Pologne, PUF 1992, (ISBN 978-2-13-044084-0).
  2. Histoire de la Lituanie. Un millénaire, sous la direction d'Yves Plasseraud, Édition Armeline, Crozon, 2009, p.194

Source[modifier | modifier le code]

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