Économie de transition

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Une économie de transition est une économie anciennement planifiée ayant amorcé un passage vers une organisation où domine l'économie de marché dans un système capitaliste, et où pour cela :

  • l'État a perdu une grande partie de son rôle dans la production de biens et services, ceci par des privatisations massives ;
  • l'entrepreneuriat privé a été mis en place et a entraîné l'émergence d'activités nouvelles dépendant du capital privé.

Notons toutefois que le terme de « transition » est aujourd'hui contesté[1], notamment à cause du caractère brutal de nombreux changements intervenus lors du passage d'un système à l'autre, ce qui est incompatible avec le caractère progressif que sous-entend le mot « transition ».

En fait, deux approches économistes s'opposaient vis-à-vis des modalités de cette transition: d'une part, les partisans d'une « thérapie de choc », qui prônaient la libéralisation rapide des prix et du commerce, des programmes de stabilisation de l'inflation et des privatisations massives; d'autre part, les institutionnalistes ou « gradualistes », prônant une transition plus progressive, qui libéraliserait l'économie et privatiserait le secteur public qu'à mesure que les institutions nécessaires au bon fonctionnement du marché se développeraient. Appuyés par les instances internationales (FMI, BERD, etc.), les partisans de la « thérapie de choc » (Jeffrey Sachs, etc.), l'emportèrent notamment en Russie, en Ukraine, et en République tchèque. À l'inverse, la transition fut plus progressive en Biélorussie et, en particulier, en Slovénie.

Les pays concernés[modifier | modifier le code]

Il s'agit essentiellement des pays d'Europe de l'Est. On peut y ajouter la Chine qui, en pleine mutation, débat d'une transition économique et de ses modalités, ainsi que l'Inde, l'Égypte, et plusieurs autres pays en voie de développement ou à revenus moyens (y compris l'Irak.)

Europe de l'Est[modifier | modifier le code]

Ce passage à une économie de marché s'est opéré très rapidement. L'Union soviétique en est l'exemple de mutation le plus rapide et important. On peut y parler d'expérimentation de société libérale sur le plan économique.

Les anciennes entreprises publiques privatisées ont souvent été revendus aux anciens membres de la nomenklatura (souvent l'ancien directeur de l'entreprise) pour un prix modique, voire très modique. Ceux-ci ont ainsi réussi à conserver, voire à étendre leur pouvoir dans la société russe malgré le changement de système.

Dans certaines branches d'activités le processus est même allé jusqu'à la renationalisation des capitaux privatisés au travers de montages financiers. Ainsi, dans le cas du pétrole, alors que la « thérapie de choc » avait conduit à la privatisation des entreprises extractrices de pétroles on assiste depuis 5 années au rachat successif des compagnies par l'État. Le groupe pétrolier public Gazprom, en Russie, après s'être emparé de la compagnie privée Ioukos vient de racheter le pétrolier Sibnef. L'État russe détient désormais 30 % de la production de pétrole de la fédération [réf. nécessaire]. Le mouvement de concentration que connaît le secteur pétrolier russe est le parfait exemple d'une réponse prévisible des anciennes institutions russes face aux institutions montées de toutes pièces par les défenseurs de la "thérapie de choc".

Asie[modifier | modifier le code]

En Chine, la transformation est moins avancée, vu qu'il existe toujours un important secteur public de production de base, d'ailleurs en grande difficulté, et des pratiques de prix non totalement libres (subvention de l'énergie…). L'économie de marché y concerne plutôt le développement d'autres secteurs économiques par l'initiative privée.

Europe de l'Ouest[modifier | modifier le code]

Lors de la transition démocratique espagnole, le pays a dû passer de la rigidité imposée par le régime franquiste (impossibilité pour une entreprise de connaître la faillite) à une économie alignée sur ses voisins européens (voir « miracle économique espagnol »).

Les processus de la transition[modifier | modifier le code]

Les processus de transition passent par la création d'un certain nombre de règles juridiques ou sociales, telles :

  • les modifications juridiques permettant l'entreprise privée et le marché de concurrence
  • des privatisations massives et rapides des actifs de l'État
  • la libéralisation des prix et du commerce
  • des programmes de stabilisation pour lutter contre l'inflation

Les conséquences de la transition[modifier | modifier le code]

Conséquences économiques[modifier | modifier le code]

La transition vers une économie de marché génère de graves tensions entre ancien régime et nouveau régime économique. Dans la plupart des pays dits "en transition" les réformes économiques sont ou ont été portées par des organismes internationaux tels que le FMI, la Banque mondiale et l'OCDE. Ces trois organismes ont des divergences sur la manière de mener à bien les transformations vers l'économie de marché. Cependant ils s'accordent sur la nécessité d'utiliser le modèle du capitalisme occidental et de le plaquer avec des adaptations limitées dans les pays anciennement planifiés. L'Union européenne (programmes PHARE et TACIS et les aides de la BEI) partent davantage des situations de terrain et du coaching éducatif.

Toujours est-il que se trouvent créés des problèmes de légitimation des nouvelles institutions face aux anciennes encore très présentes. Pour y remédier, le FMI a encouragé les autorités de ces pays à utiliser une "thérapie de choc" monétaire et financière et à transcrire le plus fidèlement possible dans le droit de ces pays des principes de la propriété privée, de l'entrepreneuriat et de la concurrence. Étant opposés avec les principes qui régissent les anciennes institutions, ces règles sont souvent contournées voire ignorées par les populations. Cela génère une forme d'immobilisme dans les transformations et pourrait nuire à l'amélioration des conditions de vie dans ces pays. Toutefois les résultats sont généralement favorables sur les chiffres de la croissance économique, surtout dans certains pays.

Conséquences sociales[modifier | modifier le code]

À partir de 1992, la Russie privatisa massivement, la thérapie de choc étant mise en œuvre de façon complète à partir de 1994: à cette époque, plus de 50 % du secteur public (112 625 entreprises d'État) avaient été privatisées[2].

Dans un contexte de privatisations hâtives et d'inflation persistante, la transition s'est d'abord traduite par une quasi-division par deux du produit intérieur brut, ce qui a fait naître des controverses sur le rôle joué par le Fonds monétaire international (FMI) [3]. Le chômage, qui s'élevait à moins de 0,1 % de la population active au début des années 1990, a grimpé à 0,8 % en 1992 et jusqu'à 7,5 % en 1994[2], quatre fois plus vite qu'en Biélorussie (0,5 % en 1992 et 2,1 % en 1994), qui a adopté une méthode plus graduelle de libéralisation[2]. Dans le même temps, souligne une étude comparative entre pays post-communistes du Lancet (2009), le taux de mortalité augmenta quatre fois plus vite en Russie qu'en Biélorussie[2]. L'étude constate une corrélation entre les privatisations massives et rapides et l'augmentation du chômage, et entre celle-ci et l'augmentation des taux de mortalité[2]. Elle attribue ainsi une augmentation de plus de 18 % de la mortalité en Russie attribuable aux privatisations massives (et au chômage conséquent, menant entre autres à un accès difficile aux soins, à l'augmentation de l'alcoolisme et de comportements alcooliques dangereux - ingestion de substances toxiques -, etc. [2]); tandis qu'en Biélorussie, l'augmentation du taux de mortalité attribuable aux privatisations, plus progressives, aurait été de 7,7 % [2]. L'étude avance en outre le rôle important du capital social (appartenance à une association, un syndicat, une Église, une organisation politique ou sportive, etc.) pour la santé, ce qui expliquerait notamment l'impact beaucoup moins grand de la thérapie de choc en République tchèque sur la santé publique qu'en Russie[2]. Enfin, l'étude observe que « la stratégie de privatisation, et en particulier de rapides privatisations de masse, modifiait l'effet des privatisations sur les taux de mortalité » [2].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Comme l'indique par exemple Pierre Thorez dans La Russie, CNED/SEDES, 2007, p. 91.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i David Stuckler, Lawrence King, Martin McKee, « Mass privatisation and the post-communist mortality crisis: a cross-national analysis », The Lancet, 2009; 373: 399–407 (Published Online; January 15, 2009; DOI:10.1016/S0140-6736(09)60005-2. Compte-rendu dans The Financial Times: Andrew Jack, Soviet sell-offs led to deaths, says study, 15 janvier 2009.
  3. Joseph Stiglitz, La grande désillusion, 2002

Bibliographie[modifier | modifier le code]