Petite bourgeoisie

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Le terme petite bourgeoisie désigne une forme économiquement plus faible de la bourgeoisie.

Dans le langage courant, l'expression est employée pour désigner la classe moyenne, bien que les deux concepts puissent être distingués.

Définition marxiste[modifier | modifier le code]

Selon les théories établies au XIXe siècle par Karl Marx, la petite bourgeoisie regroupe essentiellement des catégories socio-professionnelles telles qu'artisans, petits commerçants, boutiquiers, ou petits agriculteurs propriétaires. Dans la vision de Marx, la petite bourgeoisie a peu de pouvoir de transformer la société car elle ne peut guère s'organiser, la concurrence du marché positionnant ses membres « les uns contre les autres ».

Non classe[modifier | modifier le code]

Agamben : «petite bourgeoisie planétaire»[modifier | modifier le code]

« S’il nous fallait encore une fois penser le sort de l’humanité en termes de classe, nous devrions dire qu’il n’existe plus aujourd’hui de classes sociales, mais uniquement une petite bourgeoisie planétaire, dans laquelle se sont dissoutes les anciennes classes : la petite bourgeoisie a hérité du monde, elle est la forme dans laquelle l’humanité a survécu au nihilisme[1]. »

« la petite bourgeoisie planétaire est vraisemblablement la forme sous laquelle l’humanité est en train d’avancer vers sa propre destruction[2] »

Selon Paul Virno le concept de «petite bourgeoisie planétaire» s’annoncerait comme l’idéal de la postmodernité, idéal désormais sans idéal, sans transcendance, mais se vivant « tel quel », coulé dans « l’abandon sans réserve à sa propre finitude[3]

Rôle social et politique[modifier | modifier le code]

Les défenseurs de la petite bourgeoisie avancent que celle-ci, qui s'apparente aux classes moyennes, serait « la colonne vertébrale de toute société démocratique[4]. » L'écrivain libéral Jacques de Saint Victor estime ainsi en 2009 que la dégradation de l'image du petit bourgeois moyen au profit de l'affrontement entre les deux extrêmes de l'échelle sociale menace la démocratie.

Sociologie[modifier | modifier le code]

Le nom de petite bourgeoisie a pu être donné au cours du XXe siècle à une certaine catégorie de fonctionnaires, d'employés qualifiés, de cadres moyens, voire de cadres ou cadres supérieur-e-s (des PME), renforçant la confusion de la notion avec celle de classe moyenne.

Peuvent être qualifiés de « petits bourgeois » certaines catégories de travailleurs indépendants, comme les gérants de petits commerces.

Cette définition, prise dans un sens restrictif, fait de la petite bourgeoisie une catégorie sociale en déclin continu dans les pays industrialisés au cours du XXe siècle, du fait de la disparition de nombreux petits commerces au bénéfice de la grande distribution, dont les employés peuvent être assimilés à la classe ouvrière.

Trotsky[modifier | modifier le code]

« la petite-bourgeoisie peut se ranger du côté des ouvriers si elle voit en eux un nouveau maître. La social-démocratie apprend à l’ouvrier à se comporter comme un laquais. La petite bourgeoisie ne suivra pas un laquais. La politique du réformisme enlève au prolétariat toute possibilité de diriger les masses plébéiennes de la petite bourgeoisie et par là même transforme ces dernières en chair à canon du fascisme. »[5]

Qualificatif péjoratif[modifier | modifier le code]

Le terme de « petit-bourgeois » a parfois été employé dans le langage courant pour qualifier négativement des idées ou un mode de vie jugés médiocres. « Depuis Baudelaire, Flaubert ou Brecht, le « petit bourgeois » est l'image de l'anti-héros par excellence. », explique un journaliste du quotidien Le Figaro en 2009[6]. Le petit bourgeois est généralement moqué ou critiqué pour son mode de vie (qui serait matérialiste, routinier, banal, sans imagination) et sa mentalité (qui serait fermée, centrée sur la défense de ses intérêts immédiats, sur sa petite propriété, sans ambition)[7].

Royauté - Monarchie - Ancien régime[modifier | modifier le code]

En 1966, Jean Alter écrit : « La place que l'Ancien Régime réserve à la petite bourgeoisie n'a rien d'enviable. Elle se trouve à la limite du tiers état et du peuple. Ses métiers ne mènent ni à l'honneur, ni à la fortune, ni même à la considération publique. Elle groupe petits marchands, boutiquiers et revendeurs, usuriers du quartiers, maîtres artisans «qui se rapprochent de la condition ouvrière», fonctionnaires subalternes de justice, sergents, huissiers, procureurs, commis divers, paysans enrichis[8]. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La communauté qui vient Théorie de la singularité quelconque. Agamben Giorgio, http://www.multitudes.net/La-communaute-qui-vient-Theorie-de/ printemps 1990
  2. Agamben Giorgio, La communauté qui vient, page 66
  3. Paolo Virno, « Opportunisme, cynisme et peur », col. Tiré à part, Éd. de l’Éclat. Lire De l’obstacle à l’émancipation (critique d’une certaine idée de la communauté) par Nicole-Edith Thévenin http://www2.univ-paris8.fr/RING/spip.php?page=print&id_article=1074
  4. Le Figaro, 13 mai 2009, page 16, d'après Jacques de Saint Victor, Il faut sauver le petit bourgeois, PUF, 2009.
  5. Trotsky, Le révisionnisme et le plan, 1934
  6. Le Figaro, 13 mai 2009, page 16.
  7. Flaubert: cf. Cyril Piroux: La figure du rond-de-cuir ou l'écriture de l'impotence. Une idée du roman français au XXe siècle. Agrégation en littérature, Université du Québec à Chicoutimi 2011
  8. Les Origines de la satire anti-bourgeoise en France. De Jean Alter, Librairie Droz, 1966

Bibliographie[modifier | modifier le code]