Bogdan Khmelnitski

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Bogdan Khmelnitski
Illustration.
Titre
Hetman de l'Ukraine
Prédécesseur Création
Successeur Iouri Khmelnytsky
Biographie
Dynastie Clan Abdank
Date de naissance
Lieu de naissance Soubotiv, république des Deux Nations (Ukraine actuelle)
Date de décès (à 61 ans)
Lieu de décès Tchyhyryne, Hetmanat cosaque (Ukraine actuelle)
Conjoint Anna Somkivna
Hélèna Czaplińska (pl)
Anna Zolotarenko
Religion Chrétien orthodoxe russe

Signature de

Bogdan Khmelnitski

Bohdan Khmelnytsky du clan Abdank (en ukrainien : Богдан Зиновій Хмельницький, Bohdan Zynoviï Khmelnytskyï), plus connu en français sous la translittération de Bogdan Khmelnitski, né le , mort le , fut chef militaire et politique des Cosaques d'Ukraine.

Il organisa un soulèvement massif en 1648 contre la noblesse polonaise. Bohdan Khmelnytsky deviendra après sa mort une véritable légende, symbole de la résistance cosaque et héros ukrainien. Son hetmanat fut aussi marqué par des massacres et pogroms de Polonais, d'uniates et surtout de Juifs, à l'origine de la mort de plusieurs dizaines de milliers d'entre eux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Toile de 1885 de Jan Matejko représentant Bohdan Khmelnytsky avec le stratège tatar de Crimée Tugaï Bey à Lviv. Effrayés par l'apparition de Saint Jean de Dukla dans le ciel au-dessus de la ville, Khmelnytsky et Tugaï Bey renoncèrent à l'assiéger et se retirèrent sans combattre. L'événement de 1648 est commémoré à Lviv par une colonne votive toujours visible aujourd'hui.

D'origine noble, probablement né en Ukraine centrale à Tchyhyryne. Son père servit sous l'hetman polonais Stanisław Żółkiewski qui lui fit don de la terre de Soubotiv en 1617. Ayant étudié chez les jésuites à Léopol et sans doute à Cracovie, Bogdan Khmelnitski prit part à la bataille de Cecora en 1620 contre l'armée du sultan au cours de laquelle son père mourut. Lui-même fut fait prisonnier, et il apprit le turc et le tatar pendant sa captivité. En 1637, il devint secrétaire militaire des Cosaques enregistrés, puis commandant d'une centurie cosaque. Il avait déjà commencé une vie de noble ordinaire lorsqu'un violent conflit personnel l'opposa à un staroste adjoint local qui se termina par la mort de son fils de dix ans.

Bogdan Khmelnitski décida de se venger et se réfugia chez les cosaques zaporogues dont il devint hetman en 1648, avec l'aide des Tatars de Crimée. Il incita alors les paysans ukrainiens à la révolte, ceux-ci espérant échapper à la domination des nobles polonais. L'Ukraine avait déjà connu plusieurs révoltes, mais cette fois elle se transforma en guerre de libération en raison des problèmes religieux, sociaux et nationaux cumulés sur les terres ukrainiennes[1]. Son succès fut important : il souleva en effet toute l'Ukraine, rassembla une armée de plus de 80 000 hommes, battit les armées polonaises à plusieurs reprises et fit vaciller la puissante République aristocratique polonaise de l'époque. De nombreuses batailles sanglantes et meurtrières l'opposèrent aux chefs polonais, entre autres le duc Jeremi Wiśniowiecki, voïvode d'Ukraine.

Pogroms[modifier | modifier le code]

De nombreux pogroms secouèrent l'Ukraine pendant ces années. Ces massacres touchèrent les Polonais, les uniates accusés d'hérésie et d'être les agents de la polonisation, ainsi que les Juifs qui servaient d'intermédiaires économiques entre la classe dirigeante et les paysans[2]. À ceci s'ajoutait l'antijudaïsme religieux et la prise des Juifs comme boucs émissaires. Ces émeutes déciment les communautés juives d'Ukraine, réduisent en cendres des centres importants de Volhynie, Lituanie et Pologne[3],[4]. Nombre d'auteurs sont marqués par ces événements sanglants et des scènes d'une extrême cruauté. Dans son ouvrage intitulé Le Fond de l'abîme, Rabbi Nathan Nata Hannover, témoin oculaire, appelle Khmelnitski « le persécuteur » en décrivant les malheurs de ses victimes, Juifs massacrés, convertis de force au christianisme ou vendus comme esclaves sur les marchés de Constantinople[5]. Un roman d'Isaac Bashevis Singer[6], publié en 1933, débute par une chronologie historique évoquant cette période de persécutions antijuives et de tueries en Ukraine en 1648-1649[7]. La complainte du badkhn (l’amuseur traditionnel des mariages juifs) rappelle ces épisodes :

« Les haïdamaks nous ont massacrés et martyrisés

Ils tuèrent de jeunes enfants, ils enlevèrent des femmes.

Chmielnicki fendait les ventres et y cousait des chats (à cause de nos péchés !)

Voilà pourquoi nous nous lamentons si fort et t’implorons,

Venge, Seigneur, le sang de tes saints massacrés ! »[7].

Le nombre de Juifs tués durant cette période varie selon les sources. 50 000 à 60 000 selon l'historien Henri Minczeles, de 80 à 100 000[8],[9] selon l'historien Ilia Tcherikover[10].

Église de Soubotiv, construite par Khmelnitski qui y est enterré.

Traités[modifier | modifier le code]

Le soulèvement aboutit au traité de Zboriv et à la création de l'Hetmanat cosaque. Les batailles ukraino-polonaises des années suivantes furent défavorables aux cosaques ukrainiens et réduisirent les avantages obtenus par le traité de Zboriv. Khmelnytsky se tourna alors vers le tsar Alexis Ier de Moscovie et convainquit les cosaques non sans mal de se mettre sous sa protection. Le traité de Pereïaslav de 1654 entérina cette proposition. Néanmoins la Russie, alors connue sous le nom de Moscovie, prit de plus en plus le contrôle de l'Hetmanat cosaque, ce qui conduisit Bogdan Khmelnitski à se tourner vers une alliance avec un nouveau protagoniste en Europe orientale, la Suède[11]. Ces tractations n'aboutirent pas.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Le , Khmelnitski fut touché par une hémorragie cérébrale qui le laissa paralysé[12]. Moins d'une semaine plus tard, le , il mourut à 5 heures du matin. Ses funérailles eurent lieu le dans son domaine de Soubotiv.

Khmelnitski avait prévu de rendre la dignité d'Hetman héréditaire dans sa famille et il avait fait élire avant sa mort son fils Iouri comme successeur. Iouri était encore mineur et pas particulièrement apte à assumer la charge, les cosaques décidèrent donc d'élire en Ivan Vyhovsky, aristocrate ukrainien cultivé et intelligent[13].

Mariages et descendance[modifier | modifier le code]

Bogdan Khmelnitski se marie avec Hanna Somkivna. ils eurent 5 enfants :

  • Stepanida
  • Olena
  • Kateryna
  • Tymofiy (en) (* 1632, † 5/)
  • Iouri (* 1641 † 1685)

Jugements historiques[modifier | modifier le code]

Statue à la gloire de Bohdan Khmelnytsky.

Le rôle de Bogdan Khmelnitski dans l'histoire de l'Europe de l'Est est sans aucun doute important. Il a non seulement façonné l'avenir de l'Ukraine, mais a aussi considérablement modifié l'équilibre des pouvoirs en Europe orientale.

Du point de vue ukrainien moderne, il apparait comme le père de la nation, ayant ouvert la voie vers l'indépendance. Il a inscrit sur la carte politique de l'Europe, par le traité de Zboriv, l'Ukraine sous la forme d'une entité autonome nommée « Hetmanat ». Un régiment de la république populaire ukrainienne portant son nom fut constitué le et depuis l'indépendance de l'Ukraine en 1991, des billets à son effigie ont été mis en circulation. Un oblast d'Ukraine porte son nom.

Pour les Russes, il a permis la réunification des terres de l'ancienne Rus' de Kiev (en fait partiellement) en signant le traité de Pereïaslav. La Moscovie revendiquait pour elle en effet l'héritage historique de cette ancienne principauté slave orientale. Bogdan Khmelnitski est donc perçu comme un personnage positif, mais dans une approche historique différente du point de vue ukrainien. L'historiographie soviétique a également positionné ce personnage comme positif, symbolisant la « fraternité » entre « peuples frères », en l'occurrence Russes et Ukrainiens. Une médaille militaire, l'ordre de Bohdan Khmelnytsky fut d'ailleurs créée en son honneur.

Pour les Polonais, Bogdan Khmelnitski apparaît comme l'homme ayant affaibli durablement la puissance polonaise. Dans la terminologie polonaise, cette période est appelée « le Déluge » et marque le début de l'affaiblissement de la Pologne. Un affaiblissement qui mènera aux partages de la Pologne au XVIIIe siècle. Bohdan Khmelnytsky marqua la conscience polonaise, il sera d'ailleurs un personnage important de plusieurs ouvrages contemporains de fiction dont la Trilogie Par le fer et par le feu écrit par Henryk Sienkiewicz.

Enfin, Bogdan Khmelnitski est la cause de l'un des plus grands pogroms anti-juifs de l'Histoire en Europe. Il est donc perçu comme un personnage négatif dans l'histoire de ce peuple.

Bohdan Khmelnytsky.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Iaroslav Lebedynsky, Ukraine, une histoire en questions, Paris, L'Harmattan, coll. « Harmathèque », , 269 p. (ISBN 978-2-296-05602-2, lire en ligne), p. 107
  2. Iaroslav Lebedynsky 2008, p. 111
  3. (en) Shaul Stampfer, « What Actually Happened to the Jews of Ukraine in 1648? », Jewish History, vol. 17, no 2,‎ , p. 207–227 (ISSN 1572-8579, DOI 10.1023/A:1022330717763, lire en ligne, consulté le 12 août 2020)
  4. "Une série de massacres perpétrés par les cosaques ukrainiens sous la direction de Bogdan Chmielnicki a entraîné la mort de jusqu'à 100 000 Juifs et la destruction de peut-être 700 communautés entre 1648 et 1654 ..." Samuel Totten. Enseigner le génocide: problèmes, approches et ressources, édition de l'ère de l'information, 2004, (ISBN 1-59311-074-X), p. 25.
  5. (en) « Le fond de l'abime : les Juifs dans la tourmente des guerres cosaco-polonaises 1648-1650 / Nathan Nata Hannover, présentation, traduction, notes par Jean-Pierre Osier | The National Library of Israel », sur www.nli.org.il, (consulté le 12 août 2020)
  6. New York, Farlag Matones, 1943, trad. par Gisèle Bernier, La corne du bélier, Paris, Stock (1982), 1998. Première parution en feuilleton dans la revue Globus, Varsovie, janvier 1933. Première édition, Varsovie, Pen Club, 1935. La traduction française a été faite à partir de la version anglaise, Satan in Goray, New York, Noonday Press, 1955.
  7. a et b Carole Ksiazenicer-Matheron, « Messianisme et intertextualité dans La corne du bélier, d'Isaac Bashevis Singer », Raisons politiques, vol. 8, no 4,‎ , p. 81 (ISSN 1291-1941 et 1950-6708, DOI 10.3917/rai.008.0081, lire en ligne, consulté le 12 août 2020)
  8. Sources estimant 100 000 Juifs tués : "Bogdan Chmelnitzki dirige le soulèvement cosaque contre la domination polonaise ; 100 000 Juifs sont tués et des centaines de communautés juives sont détruites." Chronologie du judaïsme 1618–1770 , CBS News. Consulté le 13 mai 2007. "Les paysans d'Ukraine se sont soulevés en 1648 sous un petit aristocrate Bogdan Chmielnicki. (...) On estime que 100 000 Juifs ont été massacrés et 300 de leurs communautés détruites". Oscar Reiss. Les Juifs en Amérique coloniale , McFarland & Company, 2004, (ISBN 0-7864-1730-7) , pp. 98–99.Sources estimant 100 000 Juifs tués: "De plus, les Polonais devaient être parfaitement conscients du massacre des Juifs en 1768 et plus encore du fait des massacres beaucoup plus répandus (environ 100 000 morts) des pogroms Chmielnicki antérieurs au siècle précédent." Manus I. Midlarsky. The Killing Trap: le génocide au XXe siècle , Cambridge University Press, 2005, (ISBN 0-521-81545-2) , p. 352.Sources estimant 100 000 Juifs tués: "... pas moins de 100 000 Juifs ont été assassinés dans toute l'Ukraine par les soldats cosaques de Bogdan Chmielnicki qui se déchaînaient." Martin Gilbert, Holocaust Journey: Voyager à la recherche du passé , Columbia University Press, 1999, (ISBN 0-231-10965-2) , p. 219.Sources estimant 100 000 Juifs tués: "Une série de massacres perpétrés par les cosaques ukrainiens sous la direction de Bogdan Chmielnicki a entraîné la mort de jusqu'à 100 000 Juifs et la destruction de peut-être 700 communautés entre 1648 et 1654 ..." Samuel Totten. Enseigner le génocide: problèmes, approches et ressources , édition de l'ère de l'information, 2004, (ISBN 1-59311-074-X) , p. 25.Sources estimant 100 000 Juifs tués: "En réponse à la prise de contrôle par la Pologne d'une grande partie de l'Ukraine au début du XVIIe siècle, les paysans ukrainiens se sont mobilisés en tant que groupes de cavalerie, et ces" cosaques "lors du soulèvement de Chmielnicki en 1648 ont tué environ 100 000 Juifs." Cara Camcastle. Le côté le plus modéré de Joseph De Maistre: points de vue sur la liberté politique et l'économie politique , McGill-Queen's Press, 2005, (ISBN 0-7735-2976-4) , p. 26Sources estimant 100 000 Juifs tués: «N'y a-t-il pas une différence de nature entre l'extermination par Hitler de trois millions de juifs polonais entre 1939 et 1945 parce qu'il voulait que chaque juif soit mort et le meurtre de masse de 1648–49 de 100 000 juifs polonais par le général Bogdan Chmielnicki parce qu'il voulait mettre fin à la domination polonaise dans l'Ukraine et était prêt à utiliser le terrorisme cosaque pour tuer des Juifs dans le processus? " Colin Martin Tatz. Avec l'intention de détruire: Réflexions sur le génocide , Verso, 2003, (ISBN 1-85984-550-9) , p. 146.Sources estimant 100 000 Juifs tués: "... massacrant environ cent mille juifs comme l'avait fait l'Ukrainien Bogdan Chmielnicki près de trois siècles plus tôt." Mosheh Weiss. Une brève histoire du peuple juif , Rowman et Littlefield, 2004, (ISBN 0-7425-4402-8) , p. 193.
  9. (en) Chanes, Jerome A., Antisemitism : a reference handbook, ABC-CLIO, (ISBN 978-1-85109-497-4, 1-85109-497-0 et 1-280-72846-9, OCLC 270457318, lire en ligne), p. 56
  10. Histoire de la Lituanie. Un millénaire, sous la direction d'Yves Plasseraud, Édition Armeline, Crozon, 2009, p. 194.
  11. Iaroslav Lebedynsky 2008, p. 116
  12. (en) Mykhaïlo Hrouchevsky, Illustrated History of Ukraine, BAO, Donetsk, 2003, p. 330.
  13. Francis Dvornik, Les Slaves, Éditions du Seuil, Paris 1970, p. 855.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]